Chapitre 25 : Fouilles et bafouilles
Ron et Hermione revinrent, comme promis, le lendemain soir et, étant donné qu'Harry et Ginny avaient passé toute la journée ensemble, à parler de la quête des horcruxes, notre brunette put rapidement aborder le sujet important qu'elle avait mentionné la veille.
'Muflatio ! Lança Harry.
Il échangea un regard amusé avec Ginny.
Voilà, on peut parler tranquillement maintenant !'
Hermione pinça les lèvres et commença d'un ton de femme d'affaires :
'Tout d'abord, on voulait te dire que l'on a fouillé minutieusement la Salle Commune des Serpentards – je préfère de très loin la nôtre d'ailleurs – mais sans résultat. On va avoir besoin de toi pour ouvrir la Chambre des Secrets, et ça tombe bien tu es déjà sur place, on n'a même pas besoin de te faire venir illégalement !'
'Super, on en a de la chance !' S'exclama ironiquement Harry.
'Oui, bon désolée. On s'occupe quand alors de la chambre ?'
'Dès qu'on peut !'
Hermione leva les yeux au ciel, agacée, et une fois n'est pas coutume, renonça à argumenter.
'Bon, d'accord, si tu le dis…'
Elle tira de sa poche un petit carnet noir que le jeune homme reconnut aussitôt : 'Hé mais c'est le – '
'… livret de recherche de Natalia Longsight, traduction de tes parents, sur la destruction des horcruxes. J'ai essayé de déchiffrer et de comprendre le procédé, mais une fois qu'on a éclaircit un peu la démarche, c'est en fait très simple.'
Elle fit une pause pour ménager le suspense. Seulement voilà, Ron n'aimait pas le suspense.
'Bon, tu te décides ?'
'Très simple, oui.' Reprit-elle un peu plus rapidement cette fois.
En fait, les recherches de Longsight se concentraient sur la manière de détruire la parcelle d'âme enfermée sans en détruire le réceptacle. Je ne sais pas à quoi elle pensait en voulant faire une chose pareille, mais elle ne devrait pas être – heu – très saine d'esprit.
En tout cas, ses découvertes nous serons très utiles quand il faudra s'occuper de la coupe, car non seulement cela n'endommagera pas l'une des rares reliques d'Helga Poufsouffle, mais cela permet d'éviter les effets imprévisibles…'
'Quel genre d'effets imprévisibles ?' Demanda Ginny.
'Eh bien, il semble que lorsqu'on détruit un horcruxe, la magie noire utilisée pour le réaliser est libérée d'un coup (sans parler des protections que l'on a mises en place). C'est sûrement ce qui a abimé la main de Dumbledore…'
'… et fait perdre la vue à Hawkeye.' Acheva Harry. 'Mais pourquoi cela ne m'a-t-il rien fait lorsque j'ai tué Nagini ? Ou détruit le journal ?'
'Je n'en sais rien Harry. Nagini était un être vivant, peut-être que son organisme avait assimilé la magie de lui-même ? Et pour le journal, je suppose que Jedusor avait consommé cette magie pour se détacher des pages…'
'Et est-ce qu'on est sûrs à cent pourcents qu'avec la manière de Longsight, tout ne nous explosera pas à la figure ?'
'Je n'en sais rien !' S'énerva Hermione. 'Mais tes parents ont employé cette méthode, et ils n'ont rien eu ! Si tu as une meilleure idée…'
Il y eut un silence.
'Excuse-moi. Je me demandais, c'est tout !' Dit humblement Harry.
'Continue, Hermione.' Dit Ginny.
La brunette eut un regard reconnaissant dan sa direction, et reprit ses explications :
'Pour détruire l'âme enfermée, il faut d'abord, avec un sortilège, la séparer de son « âtman » (1), l'objet qui la conserve. C'est le passage le plus compliqué car le sortilège doit être parfaitement réalisé – et c'est un sortilège plus complexe que tous ceux que j'ai rencontré.'
'Donc, si toi tu n'y arrives pas, on est fichus !' Résuma Ron, placide.
Hermione haussa modestement les épaules, les joues un peu roses.
'En admettant qu'on – que tu – réussisse le sort, qu'est-ce qu'il fait faire après ?' Questionna Ginny.
'Détruire l'âme isolée, en lançant l'avada kedavra. Cette méthode est appelée le jnâna-marga (1) dans le livret, mais il y a aussi la méthode du karma-marga (1), une sorte de rituel rapide qui réintègre l'âme dans le corps de son possesseur…'
'Qui réintègre ??'
'Oui, les morceaux d'âme sont reliés entre eux, un peu comme deux pièces de tissu. Il est précisé que le processus est particulièrement désagréable, et dangereux pour la personne concernée…'
'Ca ne me pose pas de problème ! En quoi consiste le rituel ?'
Hermione eut soudain l'air mal à l'aise.
'Euh.. je n'en sais trop rien. Longsight mentionne le Brahman, expression qu'elle a traduit par Lebenschenkung…' (2)
'A tes souhaits.' Fit Ron.
'… J'ai un peu bataillé avec les dictionnaires de la bibliothèque, mais on pourrait traduire ça par Don de vie.'
'Ce n'est pas très explicite.' Fit remarquer Harry.
'Non, renchérit Hermione, et Longsight n'explique pas davantage. On a juste l'impression que c'est quelque chose d'évident.'
'Pour une experte, peut être, mais pas pour nous !' Dit Ginny d'un air sombre. 'On pourrait croire qu'il s'agit d'un sacrifice humain. Ca peut dire tout et n'importe quoi !'
Ils soupirent tous quatre de concert.
'Au moins, il reste la première méthode. Et comme Harry peut lancer le Kedavra…' Fi remarquer Ron.
'Oui. Mais j'aimais bien l'autre méthode, le jnâna… chose.' Fit Ginny.
'Jnâna-marga.' Précisa Hermione.
La convalescence d'Harry fut l'une des plus agitées qu'il ait jamais passé à l'infirmerie de Poudlard. Hawkeye passait quotidiennement pour le tenir au courant de la manière dont se passait leur infiltration à l'école et discutait de nombreux points concernant les cours qu'ils allaient donner (après une âpre discussion, le jeune homme était finalement parvenu à la convaincre qu'une course d'orientation dans la Forêt Interdite n'était pas une bonne idée) ; McGonagall venait de temps en temps prendre des nouvelles et Ron et Hermione venaient tous les jours apporter ses cours à Ginny et manger quelques friandises en leur compagnie. Le reste de ses journées était en grande partie consacré à faire tourner chèvre Mme Pomfresh et à se lancer dans de très longues conversations avec Ginny sur le premier sujet de discussion qui lui passait par la tête.
Ses brûlures guérissaient étonnamment rapidement, en dépit de leur gravité, même si la peau brûlée avait la fâcheuse tendance à peler par morceaux entiers, à la manière d'un serpent en train de muer, comme l'avait fait plaisamment remarquer Ginny ; comme il l'avait promis, au bout d'une semaine, il était sur pied, une peau toute neuve le tiraillant encore un peu, mais fin prêt pour affronter les élèves de Poudlard.
'On était vraiment obligés de s'habiller comme ça ??' Demanda-t-il à Hawkeye en tirant nerveusement sur le col de sa chemise.
La femme lui sourit d'un air amusé.
'Il s'agit de la tenue la plus appropriée pour un bretteur entraîné. Le truc, quand on est professeur le premier jour, c'est de ne pas rater son entrée.'
'Oui, mais quand même ! Le noir façon croquemort, je peux comprendre, mais les poignards, ça ne fait pas un peu trop ? Surtout que la robe ne les cache qu'à moitié…'
Le sourire de la professeur s'élargit.
'Bien sûr, si les élèves ne pouvaient pas les voir, ça n'aurait pas son petit effet ! allez, Evans, en piste !'
Harry émit un grognement exaspéré. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l'impression qu'Hawkeye s'amusait beaucoup.
Lorsque la nouvelle professeur de DCFM entra dans la salle, le silence se fit immédiatement. Il faut dire que son aspect était pour le moins inquiétant : un bandeau noir sur les yeux, elle tenait sa canne blanche plus comme une arme dangereuse que come un outil de guidage : sa démarche, aussi souple et assurée que si elle avait 10 à chaque œil, faisait tourbillonner sa longue robe noire et laissait entrevoir à chaque pas les poignards sinueux accrochés à ses cuisses.
Oui, il ne faisait aucun doute que même aux yeux des septième années, le professeur Hawkeye avait quelque chose qui, d'office, les incitait à se tenir à carreau.
Elle fit tournoyer sa canne comme un bâton de majorette et l'abattit avec force sur son bureau. Dans le silence qui suivit, un sourire amusé étira ses lèvres. Les élèves, qui avaient sursauté au bruit de la canne sur le meuble, se détendirent… légèrement.
'Bonjour.' Dit-elle d'une voix calme et posée. 'Je suis Elizabeth Hawkeye. Avant de commencer, je dirais que je ne supporte pas les bavardages stupides et improductifs. Vous avez parfaitement le droit de comparer la couleur de vos vernis à ongles ou de commenter le dernier match des Hollyhead Harpies – mais en dehors de mes cours.'
'Eh ben, elle a pas l'air commode avec les vernis à ongles.' Chuchota Parvati à Lavande. Les deux filles pouffèrent.
'Sachez également que j'ai une excellente ouïe et que je n'ai aucunement l'intention d'être aimable avec vos vernis, mesdemoiselles du fond.'
Lesdites demoiselles se trémoussèrent sur leur chaise en rougissant.
'Bien, rangez vos livres, sortez vos baguette. (les élèves obéirent en échangeant des regards à la fois enthousiastes et inquiets)
'Pour commencer, nous allons – '
'Heu… professeur ?'
Hermione avait levé la main, mal à l'aise, ignorant la conduite à adopter face à un professeur aveugle.
'Oui, miss… Granger, c'est cela ?'
Il y eut des murmures dans les rangs. Comment savait-elle le nom d'une élève qu'elle rencontrait pour la première fois ?'
'Oui, c'est ça. Je me demandais… excusez-moi, mais le professeur McGonagall a dit que vous auriez un assistant…'
'Le professeur James Evans, oui.' Coupa Hawkeye. 'Et qu'avez-vous à dire à Mr Evans, Miss Granger ?'
Le sourire aimable qu'elle arborait sembla rendre Hermione encore plus gênée qu'elle ne l'était.
'Rien du tout, mais… pourquoi n'est-il pas là ?'
Tous les élèves approuvèrent en hochant la tête.
Le sourire d'Hawkeye s'élargit.
'Mais il est là, Miss Granger.' Répondit-elle en désignant le fond de la classe. Toutes les têtes se tournèrent dans la direction qu'elle indiquait.
Vêtu presque exactement comme Hawkeye, un jeune homme aux cheveux châtain, la peau mate et avec des lunettes rectangulaires était nonchalamment appuyé contre le mur ; ses vêtements sombres se confondaient parfaitement avec l'obscurité de la pièce, ce qui expliquait pour quoi personne ne l'avait encore remarqué et il ne dissimulait que difficilement son amusement face à la situation.
'Le professeur Evans est entré quelques secondes après moi, lorsque je faisais mon cirque avec ma canne, et bien qu'il soit parfaitement familier des diverses méthodes de dissimulation, n'importe lequel d'entre vous aurait dû le voir si vous aviez été un tant soit peu attentifs.'
Un long silence suivit ces paroles alors que les septièmes années, vexés de s'être laissé berner si facilement, fronçaient les sourcils.
'Voici ce que nous allons essayer de vous inculquer, le professeur Evans et moi : la vigilance de tous les instants afin de ne jamais vous laisser surprendre…'
Elle s'écarta vivement. Un poignard, lancé par James, se planta dans le tableau noir en vibrant. Les élèves étouffèrent des exclamations.
'… et d'être capables de parer à toutes les éventualités.'
'Whaou !' Souffla Seamus d'un ton admiratif.
'Merci, Mr Finnigan. James, à l'avenir, préviens-moi que tu fais ça pour mettre des élèves récalcitrants dans ma poche, c'est une excellente idée…'
Il y eut quelques éclats de rire et Harry, qui commençait à prendre goût à son rôle de professeur assistant, adressa une révérence ironique à Hawkeye.
'Avec grand plaisir, très chère.' La salua-t-il pompeusement.
'Il est trop canon !' Souffla Lavande à Parvati.
Ron esquissa un mouvement pour se retourner et lui lancer un regard noir, mais Hermione lui balança un coup de coude dans les cotes. Il défendrait les intérêts de sa sœur un autre jour ; le cours qu'ils allaient suivre s'annonçait passionnant !
XXXXXXXXXXXX
Ron et Hemione attendaient plus ou moins patiemment dans les toilettes de Mimi Geignarde, Ron, mollement appuyé contre un lavabo et Hermione faisant les cent pas devant lui.
'Mais qu'est-ce qu'ils font ? On avait dit 15h00 ici !' S'exclama Hermione, agacée.
'Mione, il n'est que 15h05 !' Répliqua son ami.
La pote des toilettes s'ouvrit sur une Ginny un peu pâle.
'Ah, te voilà ! Tu ne sais pas où est Harry par hasard ?'
A ce moment, Harry ôta sa cape d'invisibilité.
'Hermione, on est dimanche, il fait grand soleil et tous les élèves sont dehors, il n'y a aucune raison de s'énerver comme tu le fais !' Dit-il calmement.
'Tu as changé de tête ?' S'enquit Ron.
Le jeune Potter se passa une main dans ses cheveux en batailles et haussa les épaules.
'C'est Harry Potter qui va se charger de ça, pas James Evans.'
Ron approuva d'un signe de tête.
'Bon, on y va ?' Demanda Hermione.
Tous sortirent leur baguette et Harry se dirigea vers un des lavabos. Il effleura le serpent gravé à la base du robinet et le fixa avec intensité, s'efforçant d'imaginer qu'il s'agissait d'un vrai…
'Ouvre-toi.' Siffla-t-il en fourchelang.
Un éclat émeraude brilla dans les yeux de la sculpture et les lavabo bascula, révélant l'entrée de la Chambre des Secrets.
'Après vous.' Dit-il en s'écartant obligeamment.
Ron et Hermione échangèrent un regard et Ron s'avança.
'Et c'est parti mon kiki !' S'exclama-t-il avant de sauter avec énergie dans le conduit.
Hermione le suivit, avec un peu moins d'enthousiasme, cependant ?
Harry se tourna ensuite vers Ginny. La jeune fille se tenait très droite, fixant le conduit avec angoisse, le teint blême.
'Ginny ?' Murmura le jeune homme en s'approchant.
'Ca va. C'est juste… ça me rappelle d'horribles souvenirs…' Sa voix était étouffée et tremblante et pour la première fois depuis qu'il la connaissait, elle semblait complètement perdue.
Harry la serra doucement contre lui et lui passa une main réconfortante dans le dos, sentant que tous ses muscles étaient tendus.
'Moi non plus, je n'aime pas l'idée de redescendre la dedans. Mais il n'y a rien à craindre. Jedusor a été détruit et le basilic est mort. La seule chose qui doit faire peur, c'est son squelette, et l'ignoble bobine de la statue de Serpentard !'
Ginny eut un petit rire et se détendit. Harry la relâcha et la regarda dans les yeux. L'inquiétude y brillait toujours mais la détermination avait repris le dessus.
'Merci.' Dit-elle.
Et avant qu'Harry n'ait pu faire quoi que ce soit, elle l'embrassa brièvement sur les lèvres avant de s'engager dans le conduit obscur, non sans un dernier coup d'œil en arrière.
(1) Ces trois termes appartiennent à la religion bouddhiste (eh oui !). J'avais besoin d'élément sur l'âme et la religion pour ce passage et j'ai dû faire quelques recherches (merci, la bibliothèque familiale). Bref, dans la religion bouddhiste, âtman signifie 'âme individuelle', karma-mârga, voie du rituel et des bonnes actions et jnâna-mârga, voie de la connaissance
(2) Pour cette expression en allemand, j'ai moi-même dû batailler avec le dico français-allemand pour pondre un truc potable. Bon, normalement, en Albanie, on parle serbe, mais je n'avais pas de dico serbe et l'allemand était ce que j'avais de mieux en rayon, donc…
Aha, ma soeur est en train de faire une syncope ! Elle déteste Ginny, et la fin du chap ne lui plait PAS DU TOUT !!
Ah, ça y est, elle s'est évanouie... Merde. Faut que j'aille la ranimer... Pfff...
Bon, je vous laisse ! Un petit topo sur la suite ? De points pour Gryffondor, des combinaisons de sortilèges et des avances douteuses, une Hermy suspicieuse, des aurors antipathiques, un petit coucher de soleil...
Et des reviews, évidement !
