31 décembre 07
Gibbs et Corinne étaient fin prêts à partir pour New-York. Corinne avait rempli le coffre de la voiture de cadeaux de Noël qu'elle avait achetés pour ses proches. Comme ils ne partaient qu'une journée, la jeune femme ayant son rendez-vous très tôt le surlendemain, ils n'emmenaient qu'un sac de voyage où ils avaient mis seulement leurs tenues pour la soirée de réveillon, des affaires de rechange pour le lendemain ainsi que leurs trousses de toilette.
Ils décidèrent de partir en fin de matinée car ils avaient quatre heures de route à faire, en supposant que la circulation soit fluide. Gibbs ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu stressé à l'idée de rencontrer sa future belle-famille, surtout que Corinne ne leur avait pas encore annoncé qu'elle allait se marier. Ils savaient juste qu'elle venait avec son nouveau compagnon, qui se trouvait être également son supérieur hiérarchique, rien de plus.
Tony, qui lui n'était qu'à moins d'une heure de l'endroit où il allait passer sa soirée, les accompagna jusqu'à la voiture pour leur dire au revoir. Sentant la nervosité de son père, il lui glissa à l'oreille en se penchant pour l'embrasser,
- Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Je suis sûr que ce ne sont pas des cannibales, ils ne vont pas te manger.
Cela lui arracha un sourire et il ouvrit la portière pour se glisser derrière le volant.
- Passe une bonne soirée et amuse-toi bien !
-Merci, vous aussi. Et soyez prudents sur la route, il risque d'y avoir beaucoup de circulation.
-Sois prudents, toi aussi ! lui lança Corinne par sa vitre baissée. Et fais attention à ma voiture !
-Promis, j'en prendrais soin comme si c'était la mienne.
-Alors tu peux lui faire confiance ! Il tient à sa voiture comme à la prunelle de ses yeux la rassura Gibbs.
Puis, la voiture démarra et s'éloigna rapidement. Tony décida de se regarder tranquillement un film en attendant qu'il soit l'heure pour lui d'aller se préparer pour se rendre à sa petite fête en potes.
1er janvier 08
Le réveillon de Gibbs et Corinne s'était très bien passé. Ce dernier avait été accueilli à bras ouverts par la famille de la jeune femme qui avait été très excitée par l'annonce de leur mariage et les avait chaleureusement félicités.
Tony leur avait téléphoné sur les douze coups de minuit pour leur souhaiter une bonne année. Lui aussi avait l'air de passer une bonne soirée et ils s'étaient donnés rendez-vous le lendemain à leur retour.
Ils quittèrent New-York en milieu de matinée afin de ne pas arriver trop tard à la maison. Quand ils se garèrent enfin dans l'allée devant chez Gibbs, celui-ci fut surpris de ne pas voir la voiture de Corinne. Il pensa tout d'abord que son fils avait dû trop boire et qu'il avait préféré prendre un taxi pour rentrer.
Ils pénétrèrent à l'intérieur, qui était étrangement calme. Gibbs déposa le sac de voyage dans l'entrée et se dirigea vers la chambre de Tony, supposant que ce dernier devait encore dormir. Il ouvrit la porte et découvrit le lit vide et parfaitement fait : son occupant n'était visiblement pas rentré y dormir cette nuit. Il redescendit au rez-de-chaussée, légèrement inquiet.
- Alors, il dort toujours ? demanda Corinne qui était allé faire démarrer un pot de café.
- Non. Il n'y a personne, il n'est pas rentré.
Voyant la mine troublé de son homme, cette dernière tenta de le rassurer.
- Ne t'en fais pas. Il ne devait pas être en état de reprendre la route et il a dû dormir chez ses amis. Ou alors, il est rentré chez lui parce qu'il était trop fatigué et que c'était beaucoup plus près d'aller là-bas que de revenir ici.
- Oui, tu as sans doute raison. Je vais lui passer un petit coup de fil pour lui dire que nous sommes rentrés.
Dix minutes plus tard, Gibbs tournait nerveusement en rond dans son salon, ne tenant plus en place. Il avait, plusieurs fois et en vain, essayé de joindre Tony sur son portable et à son appartement mais, à chaque fois, le téléphone avait sonné longuement avant de basculer sur la boite vocale.
- Bon sang ! Où peut-il bien être ?
- Il doit tout simplement dormir et il n'entend pas son téléphone sonner lui dit calmement Corinne en dissimulant l'inquiétude qu'elle sentait à son tour monter en elle.
- Bon, je vais en avoir le cœur net dit Gibbs en s'emparant de ses clés de voiture. Je vais passer voir chez lui et s'il n'y est pas et bien… j'appellerai Abby pour lui demander de me localiser le signal de son téléphone !!
Sur ces derniers mots, il sortit en trombe pour grimper dans sa voiture et démarra sur les chapeaux de roues. Moins de vingt minutes plus tard, il se gara devant l'immeuble de Tony. Il ne put retenir un soupir de soulagement en voyant la voiture de Corinne garée sur son emplacement réservé. Il bondit hors de sa voiture en claquant la portière derrière lui et se précipita dans le hall, montant les marches quatre à quatre.
Une fois parvenu devant la porte de son fils, il tambourina à grands coups sur le battant.
- Tony ! Tu es là ? C'est moi, ouvre !
Pas de réponse. Il insista quelques minutes et finit par sortir son trousseau de clé pour déverrouiller la serrure. Il pénétra enfin à l'intérieur pour y découvrir un désordre indescriptible, on aurait dit qu'il y avait eu une bagarre. Alerté, il sortit son arme que, fort heureusement par habitude, il portait toujours sur lui et s'aventura plus loin dans l'appartement.
Il se dirigea doucement vers la chambre de Tony et s'immobilisa en entendant un léger bruit en provenance de cette dernière. On aurait dit que quelqu'un se mouvait en essayant de ne pas faire de bruit, comme pour cacher sa présence. Son sang ne fit qu'un tour et, ni une, ni deux, il donna un grand coup de pied dans le battant et fit irruption dans la pièce, arme au poing……
….pour se retrouver nez à nez avec une plantureuse jeune femme blonde complètement nue et aussi complètement terrorisée. Cette dernière poussa un hurlement de terreur provoquant immédiatement une réaction de la forme allongée sur le lit et enfouie sous les draps.
Tony, lui aussi dans le plus simple appareil, bondit hors du lit en s'emparant au passage de son arme qui se trouvait sur la table de chevet et la pointa sur l'intrus. Puis, reconnaissant son père, il la rabaissa et rassura sa compagne qui hurlait toujours.
- Ça va c'est bon, je le connais dit-il tout en arrachant de sa main libre le drap du lit pour en faire un écran entre leurs deux corps nus et le regard de Gibbs.
Ce dernier, mortifié d'avoir surpris son fils au lit avec une femme, ne savait plus où se mettre. Et soudain, la raison de sa visite lui revint en mémoire et il explosa.
- Bon sang ! Je t'ai appelé je ne sais pas combien de fois sur ton portable et ici ! Tu ne peux donc pas répondre au téléphone ? On était mort d'inquiétude !!!
- Tu m'excuseras mais j'ai mis mon portable en mode silencieux et j'ai aussi baissé la sonnerie de mon fixe au minimum pour ne pas être dérangé répondit froidement Tony. Et je ne savais pas qu'à mon âge, je devais te rendre compte de mes actes ajouta-t-il également.
Gibbs eut soudain le sentiment d'avoir un peu outrepassé ses droits. Tony avait raison, il n'avait aucun compte à lui rendre et il n'aurait jamais dû surgir de la sorte chez lui.
- Excuse-moi, tu as raison. Je n'aurais jamais dû faire irruption comme ça chez toi dit-il d'un air désolé en espérant sincèrement que cela ne nuirait pas à la relation de confiance qu'il était peu à peu parvenu à établir avec son fils. Je… je crois que je ferais mieux de partir.
Il fit demi-tour et se dirigea d'un pas pesant vers la porte.
- Jethro, attends !
Il se retourna avec une lueur d'espoir dans le regard.
- Oui ?
- Attends-moi dix minutes dans le salon, j'arrive.
Gibbs se sentit soulagé. Peut-être qu'après tout, son fils allait lui pardonner. Il se laissa tomber sur le canapé et appela aussitôt Corinne pour la rassurer sur l'état de santé de Tony. Il venait tout juste de couper la communication quand celui-ci entra dans la pièce. Il avait pris une douche rapide, au vu de ses cheveux humides, et avait enfilé un jean et un T-shirt.
Gibbs ouvrit la bouche pour s'excuser de nouveau.
- Je suis dés….
- Non, c'est oublié l'interrompit Tony. C'est aussi un peu de ma faute. J'aurais dû te prévenir que je ne rentrerais pas chez toi cette nuit et ne pas mettre mes téléphones en mode silencieux. J'aurais dû me douter que vous alliez vous inquiéter de ne pas me voir à la maison en rentrant et de ne pas pouvoir me joindre. C'est juste que…..je n'ai pas encore vraiment l'habitude que l'on s'inquiète pour moi acheva-t-il doucement.
Gibbs lui sourit et posa sa main sur son bras.
- Je crois bien qu'il va falloir que tu t'y fasses parce que ne changerais pas. Je ne pourrais jamais m'empêcher de me faire du souci pour toi……je t'aime bien trop pour ça.
Tony ne sut pas quoi répondre… il était encore moins habitué à ce qu'on lui dise qu'on l'aime.
C'est ce moment que choisit sa compagne d'une nuit pour entrer à son tour dans la pièce, lui sauvant ainsi la mise. Elle s'immobilisa sur le pas de la porte, mal à l'aise. Elle aussi s'était pris une douche mais, faute de vêtements de rechange, elle avait repassé sa robe du soir.
- Je te présente Mindy.
-Mélinda.
-Ouais pardon… Mirenda. Voici mon père, Jethro Gibbs.
Gibbs se sentit pousser des ailes, c'était la première fois que Tony le présentait comme son père. Bon, ok, la jeune femme n'avait apparemment aucune importance à ses yeux car il n'était même pas capable de retenir son nom correctement, mais en attendant il avait dit ''voici mon père'' et pas '' voici mon ancien patron'' et c'était le plus important pour lui. Son fils lui avait vraisemblablement pardonné et acceptait qu'il continue à faire partie de sa vie.
La jeune femme grogna quelque chose d'incompréhensible avant de s'éclipser rapidement sans demander son reste, visiblement pressée de s'éloigner de cette maison de fous.
- Je crois que tu as définitivement grillé toute mes chances qu'elle m'accorde un jour un deuxième rendez-vous ! remarqua Tony en haussant les sourcils à son intention, une lueur d'humour flottant au fond de son regard, après que la porte se soit refermée.
Gibbs ne put s'empêcher de rougir légèrement, encore gêné en repensant aux événements qui s'étaient déroulés un peu plus tôt.
-Je te sers un café ? Demanda Tony en se dirigeant vers le coin cuisine sans attendre sa réponse pour mettre la cafetière en route.
-Oui ! Tu sais bien que je ne refuse jamais un café.
Cinq minutes plus tard, Tony posa deux mugs sur le bar séparant la cuisine de la salle à manger.
-Alors, cette rencontre avec la belle-famille, ça s'est bien passé ?
-Oui, ce sont des gens charmants. J'ai fait la connaissance de ses parents, de sa petite sœur qui est en internat de neurochirurgie, de ses deux jeunes frères, qui sont jumeaux et de leurs épouses ainsi que de leurs enfants. Ils m'ont tout de suite mis à l'aise et ils ont été très contents d'apprendre qu'on allait se marier.
-Je suis content que tout se soit bien passé pour toi.
-Et toi, comment s'est passé ta soirée ?
-Bien aussi. J'étais content de retrouver d'anciens potes de l'université… et je pense que j'ai bien trop bu.
-J'ai cru voir ça effectivement ! Tu ne te souviens même pas du nom de la femme avec qui tu as passé la nuit.
-Ah, Madga ...
Gibbs émit un petit rire.
-Elle a dit s'appeler Mélinda.
-Ouais…je savais bien que ça commençait par un M.
-Tu as pensé à te protéger au moins ?
-Jethro ! Pour qui tu me prends ?! Je ne suis pas un ado irresponsable !
-Excuse-moi.
- Ça va, pas de problème. Bon, et bien il ne me reste plus qu'à tout remettre en ordre continua Tony en regardant d'un œil morne la pagaille qui régnait autour de lui.
- Tu veux un coup de main ?
- Non, merci. C'est gentil mais ça va aller, vas rejoindre Corinne. Je finis de ranger ici et je vous rejoins chez toi.
Gibbs hocha la tête et prit le chemin de la sortie.
- Et au fait, je te l'ai dit par téléphone mais pas de vive voix, bonne année ! lança Tony dans son dos.
Il se retourna vers lui en souriant.
- Bonne année à toi aussi !
- Oh oui, et grâce à toi, elle a commencé sur les chapeaux de roue ! lui répondit Tony avec un clin d'œil.
Cela déclencha une nouvelle vague de rougeur et Gibbs fila en vitesse.
Quand il arriva chez lui, il rejoignit Corinne dans le salon. Celle-ci l'examina d'un œil de lynx et s'aperçut tout de suite qu'il avait un petit air bizarre.
- Ça va ? Tony va bien, n'est-ce pas ? demanda-t-elle aussitôt.
- Oui, oui, il est en pleine forme. C'est juste que….
Il entreprit de lui raconter ce qu'il s'était passé quand il avait pénétré chez son fils et bientôt la jeune femme se mit à hurler de rire en imaginant la scène. Elle se tint les côtes à deux mains tandis que de grosses larmes coulaient sur ses joues, incapable d'endiguer la crise de fou rire qui la submergeait.
Gibbs, face à cette réaction sur ce qui constituait un des pires moments de honte de toute sa vie, se mit à la foudroyer du regard avant de réaliser le ridicule de la situation et de se laisser, peu à peu, gagner également par un fou rire irrépressible.
Ils finirent par se calmer une bonne vingtaine de minutes après, complètement épuisés et les muscles du ventre douloureux. Ils restèrent un moment étendus sur le canapé à reprendre leur souffle avant que Corinne ne reprenne la parole.
- Tony ne revient pas ici ce soir ?
- Si, il ne devrait pas tarder. Il avait un peu de rangement à faire chez lui. Il semblerait que sa fin de soirée ait été quelque peu agitée…
- Que dirais-tu de partager un petit bain en attendant ?
- Que c'est une excellente idée !
- Le dernier dans la salle de bains a un gage ! Il devra se plier à tous les désirs de l'autre ! dit la jeune femme en bondissant du canapé pour se précipiter dans les escaliers, Gibbs sur ses talons.
Des éclats de rire retentirent dans la maison, bientôt remplacés par des gémissements et des cris de plaisir.
Deux heures plus tard, les deux amants étaient pelotonnés l'un contre l'autre en train de regarder la télé quand Tony arriva enfin chez son père. Corinne se leva aussitôt pour l'accueillir
- Bonne année ! lui dit-elle en l'embrassant et en le serrant dans ses bras.
- Merci. Bonne année à toi aussi.
- Alors, il parait que tu as passé une bonne soirée ? le taquina la jeune femme sans pouvoir réprimer un large sourire.
- Excellente lui répondit Tony en fronçant les sourcils.
Il jeta un coup d'œil soupçonneux en direction de son père, se demandant jusqu'à quel point il lui avait raconté sa mésaventure. À voir à quel point cette dernière avait du mal à ne pas éclater de rire, il n'avait dû lui épargner aucun détail. Gibbs évita soigneusement son regard et changea habilement la conversation.
- Et si on allait fêter cette nouvelle année au resto ce soir ? C'est moi qui invite !
- Volontiers ! s'écria Corinne. Mais il est encore un peu tôt pour aller dîner, il est tout juste 17 heures.
- On pourrait se faire une petite partie de scrabble en attendant. Ça te dit, Tony ?
- Ok.
Gibbs alla chercher le jeu et ils s'installèrent autour de la table du salon pour commencer á jouer. Ils firent deux parties avant de s'arrêter pour aller se préparer. Corinne ne voulait pas rentrer trop tard car elle devait se lever tôt le lendemain matin pour aller passer son entretien et elle voulait avoir les idées claires.
02 janvier 08
-Bonjour.
-Bonjour, Tony ! répondirent en chœur Corinne et Gibbs déjà attablés devant leur petit-déjeuner.
Corinne portait un joli tailleur-pantalon et avait attaché ses cheveux en un chignon moderne.
-Alors, c'est aujourd'hui le grand jour ?
-Oui, j'ai mon entretien dans trois quart d'heure. Je m'apprêtais justement à partir précisat-elle en se levant de table.
Gibbs se leva également pour l'embrasser, prenant bien soin de ne pas déranger son maquillage ou sa coiffure.
Puis, les deux hommes l'accompagnèrent jusqu'à sa voiture et lui souhaitèrent bonne chance. Elle démarra rapidement pour se rendre à l'hôpital.
Quand elle revint, trois heures plus tard, Tony s'était absenté pour passer voir Abby et Gibbs l'attendait dans le salon.
-Alors, comment s'est passé ton entretien ?
-Très bien ! Je commence lundi. Dans un premier temps, je serai supervisée jusqu'à ce qu'ils estiment que je n'en aie plus besoin. Je dois bien avouer que j'angoisse un petit peu mais je suis heureuse. Merci de m'avoir encouragé à reprendre ma carrière de médecin.
Ils échangèrent un baiser passionné.
- Je suis sûr que tu vas t'en sortir comme un chef ! affirma Gibbs quand leurs bouches se séparèrent enfin.
- Merci pour ta confiance et pour ton soutien… c'est très important pour moi.
Il lui sourit et la serra dans ses bras.
- Et si on allait fêter ce succès ?
- Ça veut dire que tu m'invites à déjeuner ? demanda la jeune femme avec un sourire taquin.
- Euh… en fait, j'avais plutôt dans l'idée de monter à l'étage et de nous enfermer à clé dans notre chambre.
- Moui… c'est une autre façon de fêter ça qui me plait bien aussi !
- Alors c'est parti ! dit Gibbs en lui saisissant la main pour l'entraîner vers les escaliers.
Quand Tony revint un petit moment plus tard, il vit que Corinne était rentrée de son rendez-vous. Il partit à sa recherche pour lui demander si tout s'était bien passé et, quand il entendit les bruits en provenance de la chambre de son père, il eut un petit sourire.
« Oui, tout a l'air de s'être très bien passé, on dirait. »
Il redescendit silencieusement au rez-de-chaussée et repartit aussitôt faire un tour pour laisser les deux amoureux s'ébattre tranquillement.
