Après le nouveau chapitre de mon autre fic "Chloé dans la tourmente" voici celui de "Kidnapping" en espérant qu'il vous plaira. Bonne lecture. Chapitre 24 :
Draco s'évanouit deux fois dans l'entrée avant qu'Harry ne le transporte dans sa chambre, où il savait que les attendait dans la cheminé du bois qui ne demandait qu'à être allumé. Hors d'haleine, Harry se dirigea en vacillant vers le lit et y laissa Draco y tomber. Ses vêtements étaient raides et recouverts d'une pellicule de glace quand Harry tenta de le déshabiller. Ce fut quand le brun retira son pantalon que le blond ouvrit la bouche pour la première fois depuis qu'Harry avait courut à son secours.
- Douche, marmonna Draco faiblement. Douche chaude.
- Non, répliqua Harry d'un ton qui se voulait sérieux et impersonnel tout en lui ôtant ses sous-vêtements gelés. Pas encore. Quand on souffre d'hypothermie, il faut se réchauffer lentement, pas avec une source de chaleur directe. J'ai appris cela aux cours de secourisme de la fac. Et si je vous déshabille, n'y faites pas attention. J'ai fait du basket à l'université et les douches communes, je connais. Pour moi, vous êtes comme un coéquipier, un coéquipier comme les autres, mentit-il. Ne vous rendormez pas ! Ecoutez-moi !
Harry fit glisser son slip le long de ses jambes musclées, baissa les yeux pour voir ce qu'il faisait et sentit ses joues s'empourprer. Le superbe corps d'homme étalé devant lui ressemblait à celui d'un dieu grec tant il semblait parfait. Mais celui-ci était bien réel, bleuit par le froid et parcourut de frissons.
Harry l'enveloppa dans des couvertures, les frotta sur sa peau, puis il en sortit quatre autres du placard, qu'il étendit sur lui. Satisfait de ce qu'il venait de faire, il se précipita vers la cheminée d'angle et alluma le feu. Harry attendit qu'il y ait de hautes flammes dans l'âtre pour se déshabiller à son tour. Craignant de laisser Draco seul, il resta au pied du lit et observa sa respiration lente et courte tout en retirant sa combinaison.
- Draco, vous m'entendez ? demanda-t-il.
Comme le blond ne répondait pas, Harry lui tint un discours sans queue ni tête pour l'inciter à reprendre du poil de la bête et pour ramener en lui-même un espoir défaillant.
- Vous êtes très fort, Draco. Je l'ai remarqué quand vous changiez ma roue et quand vous êtes sorti de cette rivière en rampant. Vous êtes aussi courageux. Il y a un petit garçon dans ma classe, qui s'appelle Dean Thomas et qui voudrait plus que tout au monde être fort. Comme il est handicapé, il est coincé dans un fauteuil roulant, et ça me fend le cœur, mais jamais il n'abandonne la partie. Je vous en ai parlé hier soir, vous vous souvenez ? Il est très courageux, tout comme vous, ajouta Harry sans avoir conscience de la tendresse qui transparaissait dans sa voix. Mes frères avaient des photos de vous dans leur chambre. Je vous en ai parlé ? Il y a tant de choses que j'aimerais vous dire, Draco, fit-il d'une voix entrecoupée. Et je le ferais si seulement vous restez en vie. Je vous dirai tout ce que vous voudrez savoir.
La panique envahit Harry. Peut être devrait-il en faire davantage pour le réchauffer et le maintenir en éveil. Et si Draco mourrait à cause de son ignorance ? Harry prit un épais peignoir de bain dans le placard, l'enfila, puis il s'assit sur le lit et appuya l'extrémité de ses doigts à la base de son cou, les yeux rivés sur la pendule de la commode. Son pouls était dangereusement bas.
- Pour hier soir, dit-il, la voix et les mains tremblantes, tout en arrangeant les couvertures sur ses larges épaules, je voudrais que vous sachiez que cela m'a plu quand vous m'avez embrassée. Je n'avais pas envie que vous vous arrêtiez là et c'est bien ce qui m'effrayais. Cela n'avait rien à voir avec le fait que vous ayez été en prison, ni même parce que vous êtes un homme, c'était parce que je… parce que je perdais les pédales, et cela ne m'était jamais arrivé.
Harry savait que Draco ne l'entendait sans doute pas, et il se tut quand un nouveau spasme parcourut brutalement le corps du blond.
- C'est bien de frissonner, répéta Harry en cherchant frénétiquement ce qu'il pourrait faire.
Il se rappela soudain les saint-bernard et leur petit tonneau autour du cou pour les promeneurs bloqués par les avalanches et bondit. Il revint quelques minutes plus tard à son chevet avec un verre de cognac, encore frémissant de ce qu'il venait d'entendre à la radio de la cuisine.
- Draco, dit-il avec empressement, puis il s'assit à côté du blond et glissa le bras sous sa tête pour approcher ses lèvres du verre, buvez-en un peu et essayez de comprendre ce que je vais vous dire. Je viens d'entendre que votre ami, Blaise Zabini, est à l'hôpital d'Amarillo. Il va mieux. Vous comprenez ? Il n'est pas mort. Il a repris conscience. On pense que le détenu de l'infirmerie de la prison qui a donné cette fausse information c'est trompé ou qu'il essayait de transformer le mouvement de protestation des prisonniers en une véritable émeute, et c'est exactement ce qui c'est produit… Draco ?
En quelques minutes Harry n'avait réussi à lui faire ingurgiter qu'une cuillérée de cognac. Il renonça. Il savait où se trouvait le téléphone que Draco avait caché et pouvait donc appeler un médecin, mais celui-ci reconnaîtrait le blond et appellerait immédiatement la police. On viendrait le chercher ici pour le renvoyer en prison, et il avait dit qu'il préférait mourir que d'y retourner.
L'incertitude et l'épuisement firent perler des larmes aux coins des yeux de Harry à mesure que les minutes passaient. Il resta assis, les mains croisées sur les genoux, se demandant que faire jusqu'à ce qu'une prière sorte faiblement de ses lèvres.
- Aidez-moi, murmura-t-il. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas pourquoi Vous nous avez réunis tous les deux. Je ne comprends ni pourquoi Vous avez mis en moi ces sentiments pour lui ni pourquoi Vous voulez que je reste avec lui, mais je crois que c'est Votre volonté. Je le sais parce que… parce que je n'ai plus senti ainsi Votre main sur mon épaule depuis que j'étais un petit garçon et que Vous m'avez envoyé les Potter.
Harry inspira longuement, par à-coups, et essuya une larme, mais en prononçant ces derniers mots, il se sentait déjà plus fort.
- Je vous en prie, prenez-nous sous Votre garde.
Puis il leva les yeux vers Draco et contempla son corps frissonner et s'enfoncer plus profondément sous les couvertures. Quand Harry comprit que le blond était profondément endormi, et non évanoui comme il le redoutait, il se pencha vers lui et l'embrassa brièvement sur les lèvres.
- Continue à frissonner, lui murmura-t-il tendrement. C'est excellent.
Harry, qui ne vit pas que deux yeux orage venaient de s'entrouvrir avant de se refermer, alla prendre une douche chaude dans la salle de bains.
En s'enveloppant de nouveau dans le peignoir de bain, Harry songea qu'il pourrait au moins trouver le téléphone pour appeler ses parents et les rassurer sur son sort. Il s'arrêta près du lit et posa la main sur le front de Draco en observant sa respiration. Sa température semblait proche de la normale, et il respirait plus profondément à présent, du rythme régulier d'un sommeil réparateur. Harry avait les jambes flageolantes de soulagement quand il se retourna pour raviver le feu qu'il avait allumé. Il laissa Draco dormir et se mit en quête du téléphone, après avoir fermé la porte derrière lui. Il était logique de chercher d'abord dans la chambre que Draco occupait. Harry ouvrit donc la porte et s'arrêta net, sidéré par le luxe incroyable qui s'étalait sous ses yeux. Pour lui, une chambre avec une cheminée, des portes à miroir et une salle de bains carrelée et spacieuse était déjà le comble du luxe, mais celle-ci était quatre fois plus grande et dix fois plus somptueuse. Le mur de gauche était tapissé de glaces qui réfléchissaient un lit immense, avec de grandes lucarnes au-dessus et une superbe cheminée de marbre blanc en face. Agrémenté de fenêtres en longueur, le mur du fond s'évasait en un demi-cercle, dessinant une vaste alcôve où trônait un jacuzzi de marbre blanc. Deux canapés arrondis, tapissés d'un tissus à rayure ivoire, mauves et vert océan, se trouvaient de chaque côté de la cheminée. Sur l'estrade du jacuzzi, il y avait deux chaises bien rembourrées et un profond fauteuil recouvert d'un tissu molletonné du même coloris, assorti au dessus de lit.
Harry avança lentement, enfonçant les pieds dans l'épaisse laine de la moquette vert pâle. A sa gauche, il aperçut les poignées de cuivre de deux panneaux couverts d'une glace, qu'il ouvrit avec précaution, puis il poussa un cri surpris devant la vaste salle de bain à dalles de marbre, au plafond transparent donnant sur le ciel, divisée en son centre par deux longs éléments de marbre contenant un lavabo double, surmonté d'un miroir. Chaque partie de la salle de bains était équipée d'une immense douche de verre et d'une baignoire de marbre à robinetterie d'or.
Si le reste de la maison pouvait convenir à un homme comme à une femme, il y avait là une touche féminine qui donnait à cette suite un air d'opulence accueillante. Harry avait lu dans un magazine de décoration appartenant à sa mère, qu'un homme marié qui ne doute pas de sa virilité trouve rarement à redire au désir de sa femme quand celle-ci souhaite une chambre féminine, qu'il apprécie plutôt le plaisir défendu que l'on prend à pénétrer dans un domaine jadis "interdit". Jusqu'à présent cela lui avait paru étrange, mais tandis qu'il prêtait attention aux petits détails conçus pour le confort masculin, le lit grand et confortable, les chaises rembourrées près du jacuzzi, il se dit que cette théorie n'était pas sans mérite.
Il se dirigea vers la porte du vestiaire qui donnait sur la partie droite de la salle de bain et y entra pour chercher le téléphone. Après avoir inspecté à fond mais en vain les deux placards et tous les tiroirs de la chambre, Harry céda à la tentation et emprunta un kimono de soie verte, brodé de fils d'argent, dans le placard de l'homme. Il choisit ce kimono parce qu'il était certain qu'il lui irait, mais aussi parce qu'il avait très envie d'être à son avantage si Draco se réveillait le lendemain matin. En serrant la ceinture autour de sa taille, il se demanda où diable Draco avait bien pu cacher ce téléphone et se souvint du petit placard de l'entrée, celui qui était cadenassé. Il y alla tout droit, tourna la poignée et, quand il eut constaté qu'il était verrouillé, il retourna dans sa chambre sur la pointe des pieds. Il trouva la clé dans la poche de pantalon détrempé de Draco.
Ce placard contenait une énorme réserve de vins et d'alcool, et quatre téléphones qu'il dénicha par terre, derrière une caisse de dom-pérignon.
En réprimant une pointe de nervosité inopinée, Harry emporta un appareil dans la salle de séjour, le brancha et s'assit sur le canapé le téléphone sur les genoux. Il avait déjà composé la moitié du numéro quand il se dit qu'il était sans doute en train de commettre une grave erreur. Il raccrocha. L'enlèvement était un délit passible d'un tribunal fédéral et Draco étant un assassin évadé, le FBI devait sans doute attendre qu'Harry téléphone chez ses parents pour localiser l'appel. C'était du moins ce que l'on voyait au cinéma. Harry avait déjà décidé de rester avec Draco et de laisser Dieu prendre les choses en main, mais il devait absolument prévenir sa famille et la rassurer. Harry réfléchit au moyen de parvenir à ses fins. Comme il n'osait pas appeler les membres de sa famille, il fallait d'abord contacter quelqu'un d'autre, quelqu'un à qui il pouvait faire confiance, quelqu'un qui ne serait pas troublé par le message qu'il allait lui demander de transmettre.
Harry écarta d'emblée ses collègues de travail. C'étaient toutes des femmes formidables, mais plus timides qu'audacieuses, et dépourvues du panache nécessaire à la tâche qu'il leur confierait. Son visage s'illumina soudain et il alla chercher le petit carnet d'adresses qu'il gardait dans son sac à dos. En l'ouvrant à la lettre B, il reposa le téléphone sur ses genoux et vérifia le numéro personnel de Sydney Bristow, avant que celle-ci ne devienne Mme Julian Potter. Quelque temps auparavant, Sydney lui avait envoyé un mot pour lui demander de la rencontrer quand elle se rendrait à Keaton. Avec un petit rire satisfait, Harry songea que Julian serait furieux qu'il ait aiguillé Sydney vers la famille Potter, où il ne pourrait plus l'éviter… Et Sydney l'en remercierait.
- Sydney ? fit Harry quand la jeune femme décrocha dans sa maison de famille. C'est Harry. Ne dis pas un mot si tu n'es pas seule.
- Harry ! Mon Dieu ! Si, je suis seule. Mes… Mes parents sont aux Bahamas. Où es-tu ? Est-ce que ça va ?
- Je vais bien. Je te jure que je suis parfaitement en sécurité.
Il s'interrompit pour se calmer avant de poursuivre :
- Est-ce que tu sais s'il y a des gens, la police ou des agents du FBI, chez mes parents ?
- Ils sont chez tes parents et ils posent des questions dans toute la ville.
- Ecoute, je vais te demander de me rendre un immense service. Tu ne violeras pas la loi, mais tu ne parleras pas de cet appel.
- Harry, je ferais n'importe quoi pour toi, répondit Sydney dans un murmure au bord des larmes.
- J'aimerais que tu ailles dire tout de suite à mes parents et à mes frères que je te rappellerai dans une heure pour leur parler. Sydney, surtout ne fais rien pour alerter le FBI. Sois naturelle, arrange-toi pour leur parler en privé et transmets-leur mon message. Tu ne vas pas te laisser intimider par les agents du FBI, n'est-ce-pas ?
Sydney émit un petit rire triste.
- Comme le disais si bien Julian, j'étais une petite princesse gâtée à qui son papa avait fait croire qu'elle pouvait faire ce que bon lui semblait. A présent, pas question qu'une ancienne princesse comme moi se laisse démonter par quelques modestes agents du FBI, ajouta-t-elle avec humour. S'ils essaient, plaisanta-t-elle, je demanderai à papa d'appeler le sénateur Firenze.
- D'accord, répondit Harry en souriant de la témérité qu'il décela dans la voix de Sydney. Encore une chose : fais-leur bien comprendre que je suis parfaitement en sécurité pour l'instant, mais que si quiconque localise cet appel, je courrai un grand danger. Je… Je ne peux pas t'expliquer exactement ce que j'entends par là… Je n'en ai pas le temps et même si je l'avais…
- Tu n'as pas à m'expliquer quoi que ce soit. A ta voix, je sais que tout va bien, et c'est la seule chose qui compte pour moi. Quant à l'endroit où tu es… et à la personne avec qui… Je sais que, quoi que tu fasses, tu fais ce que tu crois bien. Tu es le meilleur ami que j'ai connu, Harry. Il faut que j'y aille. Rappelle dans une heure.
Harry alluma le feu dans la cheminée de la salle de séjour, puis fit les cent pas devant l'âtre, regardant sa montre, attendant impatiemment que l'heure passe. Le calme de Sydney, le fait qu'elle ait tout accepté sans poser de questions ne l'avait pas préparé à ce qui allait se produire lors de son second coup de téléphone. Son père, si stoïque d'ordinaire, décrocha le téléphone dès la première sonnerie.
- Allô ? Qui est à l'appareil ?
- C'est Harry, papa, dit-il en serrant fort le combiné. Je vais bien…
- Dieu merci ! s'exclama le révérend d'une voix enrouée par l'émotion. Lily, c'est Harry et il va bien, cria-t-il ensuite. Julian, Ron, Harry est au bout du fil et il va bien. Harry, nous avons procédé comme tu nous l'as dit, nous n'avons rien dit au FBI.
A mille kilomètres de là, Harry entendit que l'on décrochait d'autres postes et il s'ensuivit une cacophonie de voix soulagées, paniquées, au-dessus desquelles s'élevait celle de Julian, apaisante et pleine d'autorité.
- Calmez-vous tous ! ordonna-t-il. Harry, tu es seul ? Tu peux parler tranquillement ? Tu sais, ajouta-t-il avant qu'Harry ait eu le temps de lui répondre, cet élève qui a une grosse voix, Frank Harris, il se fait un sang d'encre à ton sujet.
Pendant un quart de seconde, Harry resta perplexe devant une telle entrée en matière, d'autant que Julian venait de lancer un nom dont il n'avait jamais entendu parler, puis Harry réprima un rire nerveux quand il comprit que Julian s'était volontairement trompé de nom.
- Tu veux parler de Seamus ? rectifia-t-il. Et je suis seul, du moins pour le moment.
- Dieu merci ! Où es-tu ?
Harry ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Pour la première fois depuis qu'il était arrivé chez les Potter, il allait leur mentir et, bien qu'il eût une bonne raison pour cela, il le redoutait autant qu'il en avait honte.
- Je ne sais pas exactement, fit-il évasivement avec une maladresse telle qu'ils ne pouvaient pas ne pas la remarquer. Il… Il fait très froid ici.
- Dans quel Etat te trouves-tu ? Tu es au Canada ?
- Je… Je ne peux pas le dire.
- Malfoy est là, n'est ce pas ? cria Julian, et la colère qu'il tentait de refouler explosa dans sa voix. C'est pour cela que tu ne peux pas dire où tu es. Passe-moi immédiatement ce salopard, Harry !
- Je ne peux pas ! Ecoutez-moi tous, je ne peux pas prolonger cette conversation, mais je veux que vous me croyiez si je vous dis que je n'ai en aucune façon été maltraité. Julian, dit-il en s'adressant à la seule personne qui connaisse le droit, il n'a tué personne. Je le sais. Le jury s'est trompé, et tu ne peux pas, nous ne pouvons pas lui en vouloir d'avoir tenté de s'évader.
- S'est trompé ! explosa Julian. Harry, tu ne vas quand même pas éprouver des sentiments pour ce fumier ! Il a été condamné pour meurtre et il t'a enlevé !
- Non ! Il n'avait pas l'intention de m'enlever. Tout ce qu'il voulait, c'était une voiture pour sortir d'Amarillo. Il a changé la roue du 4X4. Alors naturellement je lui ai proposé de l'emmener. Il m'aurait laissé partir, mais il ne l'a pas pu parce que j'avais vu sa carte…
- Quelle carte, Harry ? Une carte de quoi ? D'où ?
- Il faut que je raccroche.
- Harry ! l'interrompit la voix du révérend Potter, quand reviens-tu ?
- Dès qu'il me le permettra, non, dès que je le pourrai. Il faut que je raccroche. Promettez-moi de ne parler à personne de cet appel !
- Nous te le promettons et nous t'aimons, Harry, répondit le révérend Potter avec une confiance touchante, inconditionnelle. Toute la ville prie pour que tu sois sain et sauf.
- Papa, fit Harry, ne pouvant s'en empêcher, peux-tu leur demander de prier pour qu'il soit lui aussi sain et sauf ?
- Tu as perdu la boule ? éclata Julian. Ce type est un condamné…
Harry n'entendit pas la fin de sa phrase. Il reposa le récepteur en refoulant des larmes de chagrin. En leur demandant de prier pour son ravisseur, il avait sans le vouloir incité sa famille à le considérer soit comme le dupe de Malfoy, soit comme son complice. C'était dans un cas comme dans l'autre trahir tout ce qu'ils défendaient, tout ce en quoi ils croyaient et tout ce qu'ils avaient cru de lui. En chassant l'abattement qui le gagnait, Harry se rappela que Draco Malfoy était innocent et que c'était pour l'instant la chose la plus importante. Aider un innocent à sortir de prison n'était ni immoral ni illégal, et ce n'était pas trahir la confiance de sa famille.
Harry se leva, remit quelques bûches dans la cheminée, rangea le téléphone dans le placard, puis il se dirigea vers la cuisine où il passa l'heure à nettoyer avant de préparer un ragout. Il était en train de couper des pommes de terre quand il se rendit compte que, si Draco apprenait qu'il avait téléphoné, il aurait le plus grand mal à le convaincre que l'on pouvait se fier à sa famille et à son ex-belle-sœur. Comme Draco avait bien assez de sujet d'inquiétude, Harry décida de ne rien lui dire.
Quand il eût terminé, il retourna dans la pièce principale et s'assit sur le canapé. La radio marchait toujours dans la cuisine de sorte qu'il pourrait entendre les nouvelles concernant Draco.
Quelle ironie ! se dit-il avec un sourire désabusé en s'étirant sur le canapé, les yeux tournés vers le plafond. Toutes ces années où il n'avait jamais dévié du droit chemin, tel Jiminy Criquet, avaient abouti à cela.
Au lycée, il avait eu beaucoup de copines mais cela n'avait jamais été bien loin, et si les filles étaient déçues, elles ne le montraient pas. En dernière année, Fleur Delacourt, la reine du lycée lui avait fait comprendre qu'elle serait plus que ravie d'être sa cavalière au bal de fin d'année. Harry avait secrètement le béguin pour elle, mais Fleur était connue comme une fille légère qui passait d'un garçon à l'autre comme elle changeait de chaussures, et Harry avait donc invité Lisa Turpin, la fille d'un ami à son père. Le soir du bal, il avait vu avec une pointe de tristesse, Fleur, sacrée reine de la fête, embrasser son prince pour la soirée, Cédric Diggory.
Fleur tomba enceinte cette nuit là. Quand elle et Cédric se marièrent trois mois plus tard, ils louèrent un studio miteux au lieu d'entrer à l'université comme tous deux en avaient l'intention, et toute la ville de Keaton savait pourquoi. Certains plaignaient Fleur, mais la plupart se comportaient comme si elle l'avait bien cherché.
Irrationnellement, Harry se sentait responsable de ce cauchemar. Cette expérience l'affermit dans sa résolution d'éviter les ennuis et le scandale à tout prix. Et jusqu'à aujourd'hui, il y était parvenu.
Tandis qu'il comparait la sagesse de son passé au chaos de son présent et à l'incertitude de son avenir, il ne savait s'il fallait en rire ou en pleurer. Pendant toutes ces années, jamais il n'avait dépassé les limites permises, car il ne voulait pas que sa famille ni les habitants de Keaton pensent du mal de lui. A présent qu'il avait quitté le "droit chemin", il n'allait pourtant pas faire une de ses petites entorses aux règles morales te sociales qui feraient jaser Keaton. Non, pas lui, songea Harry avec une ironie désabusée. Il allait non seulement violer des préceptes moraux, mais sans doute aussi les lois des Etats-Unis d'Amérique et, pendant ce temps, les médias rependraient toutes sortes de ragots dans le monde entier. Ce qu'ils étaient d'ailleurs en train de faire !
L'humour avec lequel il considérait les choses se dissipa et Harry contempla sombrement ses mains. Depuis le moment où il était entré dans la famille Potter, il avait choisi de faire certains "sacrifices", y compris de devenir instituteur au lieu d'embrasser une carrière plus lucrative. Et pourtant chacun de ses sacrifices lui avait valu une telle récompense qu'il avait toujours eu l'impression de recevoir plus qu'il ne donnait.
Maintenant, il avait distinctement le sentiment que le destin allait lui demander des comptes. Draco Malfoy était aussi innocent de ce meurtre que lui-même, et Harry ne pouvait s'empêcher de penser que l'on attendait quelque chose de lui.
Roulant sur le côté, il cala son bras sous les coussins et regarda les flammes danser derrière la grille. Tant que l'on n'aurait pas retrouvé le véritable meurtrier, personne au monde, pas même ses parents, ne lui pardonnerait ce qu'il allait faire. Bien sûr, quand sa famille comprendrait que Draco était innocent, elle approuverait sans réserve ce qu'il aurait fait et ce qu'il lui resterait à faire. Sans doute pas tout, songea Harry. Ils n'approuveraient pas qu'il soit si vite tombé amoureux de lui, pour peu que ce qu'il éprouve pour Draco soit véritablement de l'amour, et ils approuveraient encore moins qu'il couche avec lui. Avec un mélange de résignation tranquille et d'impatience inquiète, Harry comprit que cet amour échappait à son contrôle. Il était plus que prévisible qu'il coucherait avec Draco, à moins que le blond n'ait complètement changé d'avis depuis la veille. Harry espérait néanmoins qu'il lui accorderait quelques jours pour mieux le connaître.
A part ça, il ne lui restait plus qu'à se garder des peines de cœur inutiles et à ne rien dire ni faire qu'il ne le rendit plus vulnérable qu'Harry l'était déjà. Le brun n'était pas totalement idiot après tout. Longtemps avant qu'il n'aille en prison, Draco Malfoy avait vécu dans un monde privilégié et luxueux, peuplé d'êtres sophistiqués et dépourvus de sens moral. Harry avait lu assez d'articles sur lui pour savoir que l'homme avec lequel il partageait cette retraite isolée avait jadis possédé des demeures fabuleuses et des villas où il donnait des soirées somptueuses auxquelles assistaient non seulement de célèbres vedettes de cinéma, mais encore des magnats des affaires internationales, les têtes couronnées d'Europe et même le Président des Etats-Unis.
Il n'était pas le rassurant et aimable fils de pasteur qu'était lui-même Harry.
A côté de lui, le brun savait qu'il était aussi naïf et simple que l'agneau qui vient de naître.
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Il était plus de dix heures du soir quand Harry se réveilla en sursaut, perplexe, un coussin serré contre la poitrine. Un léger mouvement à sa gauche attira son attention, et Harry tourna aussitôt la tête.
- Un infirmier qui abandonne son patient et s'endort alors qu'il est de garde ne touche pas un plein salaire, lui dit au même instant une voix amusée.
Le "patient" de Harry avait l'épaule négligemment appuyée au manteau de la cheminée, les bras croisés sur la poitrine, et le regardait avec un sourire nonchalant. Les cheveux encore humides et une chemise crème entrouverte et glissée dans un pantalon fauve, il était superbe, complètement guéri… et s'amusait manifestement beaucoup.
Harry s'assit brusquement en s'efforçant de ne pas prêter attention à son cœur qui battait plus fort à la vue de ce sourire intime, séduisant.
- Votre ami… Blaise Zabini… n'est pas mort, annonça-t-il. On pense qu'il va s'en tirer.
- Je suis au courant.
- Ah bon ?
Draco avait pu l'entendre à la radio, pendant qu'il s'habillait sinon… S'il se souvenait de ce qu'Harry lui avait dit, il pouvait fort bien se rappeler de tout ce que le brun avait raconté dans ces instants où il l'avait cru sourd à ses paroles. Harry attendit, espérant que Draco parlerait de la radio, mais le blond continua de le regarder avec ce sourire qui lui étirait les lèvres, et Harry sentit tout son corps envahi d'une chaleur embarrassante.
- Comment vous sentez-vous ? demanda le brun en se levant à la hâte.
- Mieux maintenant. Quand je me suis réveillé, j'avais l'impression d'être une pomme de terre cuite dans sa peau.
- Quoi ? Oh, vous voulez dire qu'il faisait trop chaud dans la chambre ?
Il acquiesça.
- Je rêvais que j'étais mort et que j'étais en enfer. Quand j'ai ouvert les yeux, j'ai vu des flammes bondissant autour de moi.
- Je suis navré, dit Harry qui le dévisageait en cherchant les traces qu'aurait pu lui laisser le froid.
- Ne vous en faites pas. J'ai vite compris que je ne pouvais pas être en enfer.
Sa bonne humeur était si contagieuse et si désarmante qu'Harry porta une main à son front pour prendre sa température sans penser à ce qu'il faisait.
- Comment saviez-vous que vous n'étiez pas en enfer ?
- Parce que, dit-il tranquillement, un ange veillait de temps en temps sur moi.
- Vous aviez manifestement des hallucinations, plaisanta Harry
- Ah ?
Cette fois, Draco avait dans la voix des accents rauques qui ne trompaient pas. Harry retira sa main, mais il ne put tout à fait détacher son regard du blond.
- Tout à fait.
Du coin de l'œil, Harry remarqua sur le manteau de la cheminée un canard en porcelaine, tourné dans le mauvais sens. Il le remit en place, tout comme les deux cannetons qui se trouvaient à côté de lui.
- Harry, dit le blond d'une voix grave, veloutée, qui altérait son rythme cardiaque, regardez-moi. Merci de m'avoir sauvé la vie, poursuivit-il quand le brun se fut tourné vers lui.
Ensorcelé par le ton de sa voix et l'expression de son regard, Harry dut s'éclaircir la gorge pour ne pas bredouiller.
- Merci d'avoir sauvé la mienne.
Une lueur apparut dans la profondeur de ses yeux, brûlante et attirante, et bien qu'il n'ait pas tenté de le toucher, le cœur d'Harry battit à tout rompre.
- Est-ce que vous avez faim ? demanda le brun pour revenir à des choses plus terre à terre et plus sûres.
- Pourquoi n'êtes-vous pas parti ? insista Draco.
Harry comprit que le blond ne changerait pas de sujet tant qu'il n'aurait pas obtenu de réponse, et il se laissa tomber sur le canapé, incapable de soutenir son regard.
- Je ne pouvais pas vous laisser mourir là bas alors que vous aviez risqué votre vie en pensant que je m'étais noyé.
- Alors pourquoi n'êtes-vous pas parti après m'avoir ramené ici et mis au lit ?
Harry avait l'impression d'avancé en terrain miné. Même s'il avait le courage de regarder Draco en face et de lui avouer ce qu'il éprouvait, il n'était pas sûr que cette déclaration ne lui saute pas à la figure comme une bombe.
- Tout d'abord, honnêtement, je n'y ai pas pensé et puis, ajouta-t-il, saisi d'une inspiration soudaine, je ne savais pas où était les clefs de la voiture !
- Dans la poche de mon pantalon, de celui que vous m'avez retiré.
- En fait, je… Je n'ai pas songé à chercher les clefs de la voiture. Je crois tout simplement que j'étais trop inquiet pour avoir les idées claires.
- Vous ne trouvez pas ça un peu bizarre, étant donné les circonstances qui vous ont amené ici ?
Harry se pencha et prit le magazine qui se trouvait sur la table, qu'il ouvrit et posa sur deux autres revues, puis il déplaça le vase de deux centimètres sur la gauche pour le placer exactement au centre.
- Tout m'a semblé plutôt bizarre depuis trois jours, avança le brun prudemment. Je n'arrive pas à imaginer ce que serait un comportement normal dans de telles circonstances.
Harry se releva et arrangea les coussins qu'il avait déplacé pendant sa sieste. Il allait en ramasser un sur le tapis quand Draco lui dit d'une voix rieuse :
- C'est une manie chez vous de tout remettre en place quand vous êtes mal à l'aise ?
- Pas du tout. Je suis quelqu'un de très ordonné.
Harry se redressa et le regarda tandis que sa mine sérieuse commençait à s'effriter. Son front plissé lui donnait un air de défi moqueur et ses yeux luisaient sous l'effet d'une fascination amusée.
- D'accord, dit le brun avec un pauvre petit rire, je l'admets. C'est une manie. Un jour où j'avais peur de rater un examen au lycée, ajouta-t-il en replaçant le coussin, j'ai entièrement rangé le grenier, puis j'ai classé par ordre alphabétique les disques de mes frères et les recettes de cuisine de ma mère.
- Ai-je fait quoi que ce soit qui vous rende nerveux ? demanda Draco d'un ton perplexe et solennel.
Harry le regarda en riant, ahuri, puis il déclara avec une gravité peu crédible :
- Depuis trois jours, vous avez fait des choses qui m'ont rendu extrêmement nerveux !
En dépit de son ton réprobateur, la manière dont Harry le regardait emplit Draco d'une tendresse poignante. Il n'y avait plus aucune trace de peur, de soupçon, de répulsion ni de haine sur ce visage expressif, et cela faisait une éternité qu'on ne l'avait pas regardé comme cela. Ses propres avocats ne l'avaient pas vraiment cru innocent. Harry si. Il suffisait de le regarder pour en être convaincu, mais le souvenir de ce que le brun lui avait dit au bord de la rivière, de la cassure de sa voix était mille fois plus convaincant. "Vous vouliez que quelqu'un croie en votre innocence, vous vous souvenez ? Je ne vous ai pas vraiment cru alors, mais maintenant si. Je le jure ! Je sais que vous n'avez tué personne."
Harry aurait pu le laisser mourir près de la rivière, ou le ramener ici, puis prendre la voiture et appeler la police à la première cabine. Mais il ne l'avait pas fait. Parce qu'il le croyait vraiment innocent. Draco aurait voulu le prendre dans ses bras et lui dire à quel point c'était important pour lui. Il aurait voulu se réchauffer à la chaleur de son sourire et entendre à nouveau son rire contagieux. Et surtout il avait envie de sentir sa bouche contre la sienne, de l'embrasser et de le caresser jusqu'à ce qu'ils perdent tous deux toute maîtrise d'eux-mêmes, puis le remercier avec son corps de sa confiance. Parce que c'était la seule chose qu'il pouvait lui donner.
Harry sentait que leur relation avait changé et, pour une raison incompréhensible, cela le rendait plus nerveux que lorsque le blond le menaçait de son arme. Draco le savait aussi surement qu'il savait qu'ils allaient faire l'amour ce soir et que Harry le désirait autant que lui.
Harry attendit que Draco dise quelque chose ou qu'il rie de sa dernière blague, mais comme il n'en faisait rien, le brun recula et désigna la cuisine.
- Vous avez faim ? demanda-t-il une deuxième fois.
Draco hocha lentement la tête et la main d'Harry s'immobilisa devant l'intime désir qu'il crut déceler dans la voix du blond.
- Je suis affamé.
Harry essaya de se convaincre qu'il n'avait pas délibérément choisi ce mot-là parce qu'il avait été prononcé lors de leur querelle, alors que le blond tentait de le séduire.
- Que désirez-vous ? demanda Harry de l'air le plus innocent possible.
- Que me proposez-vous ? rétorqua Draco, en jouant cette sorte de partie d'échecs verbale avec une aisance telle qu'Harry se demanda si ce n'était pas son imagination qui inventait tous ces doubles sens.
- Je vous propose de manger, évidemment.
- Evidemment, acquiesça-t-il avec solennité, mais ses yeux scintillaient gaiement.
- Un ragoût pour être plus précis.
- Il est très important d'être précis.
Harry décida d'amorcer une retraite stratégique.
Il recula vers le comptoir qui séparait la cuisine de la salle de séjour.
- Je vais sortir les couverts et servir là-dessus.
- Si on dînait plutôt devant la cheminée, dit Draco d'une voix caressante. C'est plus douillet.
Plus douillet… Harry avait la bouche sèche. Le brun s'activa avec une efficacité évidente, mais ses mains tremblaient tant qu'il eut le plus grand mal à verser à la louche l'épais ragoût dans des bols. Du coin de l'œil, il vit Draco s'avancer vers la chaîne stéréo, fouiller dans les piles de CD, en placer un sur le plateau. Un instant plus tard, la voix rythmée de Barbra Streisand emplit la pièce. Parmi tous les CD du placard, du jazz à Mickaël Jackson, il avait choisi Barbra Streisand.
Plus douillet.
Le mot lui tournait dans la tête. Harry prit deux serviettes, les mis sur un plateau puis, tournant le dos à la pièce, il posa ses paumes sur le comptoir et inspira longuement, régulièrement. Plus douillet. Pour Draco, Harry savait parfaitement que cela signifiait "plus intime". Harry le savait, tout comme il savait que la situation entre eux avait irréversiblement évolué à partir du moment où il avait décidé de rester avec lui au lieu de l'abandonner au bord de la rivière ou de le ramener ici et d'appeler la police. Draco ne l'ignorait pas non plus. Harry ne pouvait nier l'évidence : il y avait une douceur nouvelle dans le regard du blond, une tendresse souriante dans sa voix, qui le mettaient dans tous ses états. Harry se redressa et hocha la tête en songeant à la bêtise et la futilité des illusions dont il avait voulu se bercer. Il ne restait plus rien de sa belle maîtrise de lui-même, plus d'arguments convaincants, plus un seul endroit où il pourrait fuir la vérité.
La vérité, c'était qu'il avait envie du blond. Et Draco de lui. Ils en étaient tous les deux conscients.
Harry posa l'argenterie sur le plateau, jeta encore un regard en biais à Draco par-dessus son épaule et détourna les yeux à la hâte. Assis sur le canapé, les bras étendus sur le dossier, un pied négligemment posé sur le genou opposé, Draco le contemplait, détendu, indulgent, séduisant. Il n'allait pas le presser, il n'était pas inquiet le moins du monde. Il avait fait l'amour des milliers de fois avec aussi bien des hommes que des femmes, tous plus sexy et incontestablement plus expérimentés qu'Harry lui-même.
Le brun réprima une envie maladive de ranger les tiroirs de cuisine.
Draco le regarda approcher, se pencher, poser le plateau sur la table avec des gestes gracieux et incertains. Le feu donnait des reflets brillants à ses cheveux bruns en bataille, et donnait de l'éclat à sa peau, tandis qu'il disposait les sets de table et les bols. Ses longs cils noirs formaient une ombre en éventail sur ses joues lisses. Le souvenir pognant de ses mains lui soulevant la tête près de la rivière lui revint en mémoire. A ce moment là, il était comme le spectateur d'un rêve dont il ne faisait pas partie, mais plus tard, quand il se fut glissé, vacillant, dans le lit, ses souvenirs s'étaient faits plus précis. Il se rappelait ses mains qui arrangeaient les couvertures, l'inquiétude frénétique que le brun avait dans la voix… En le regardant à présent, Draco s'émerveillait de cette étrange innocence qui l'habitait. L'acteur réprima un sourire perplexe quand il s'aperçut que, pour une raison ou pour une autre, Harry évitait son regard. Depuis trois jours, il lui résistait, le défiait. Aujourd'hui, le brun avait déjoué sa surveillance et lui avait sauvé la vie. Et pourtant, malgré son cran, son intrépidité, le brun était étonnement timide depuis que les hostilités avaient cessé.
- Je vais cherché du vin, dit Draco, et avant qu'Harry ait eu le temps de décliner son offre, il était déjà revenu avec une bouteille et deux verres à pied.
- Je ne l'ai pas empoisonné, déclara-t-il quand il vit Harry tendre machinalement la main vers son verre, puis la retirer brutalement.
- Ce n'est pas à cela que je pensais, fit Harry avec un rire gêné.
Il leva son verre et bu, et Draco remarqua que sa main tremblait. Harry avait peur de coucher avec lui, se dit-il. Il était sans doute le premier amant brun. De plus Harry devait se douter qu'il n'avait pas eu de relations sexuelles depuis cinq ans. Il craignait probablement que Draco lui saute dessus dès la fin du repas ou qu'il ne sache pas se contrôler et lui fasse l'amour en deux minutes. Draco ne comprenait pas pourquoi Harry s'inquiétait de tout cela. Si quelqu'un devait se soucier de sa capacité à prolonger agréablement les choses, à se comporter après cinq ans d'abstinence s'était bien lui.
Et il s'en souciait.
Il entreprit de rassurer Harry en lui parlant gentiment de tout et de rien. Il passa mentalement en revue les sujets d'un intérêt immédiat pour lui, renonça à regret à lui faire des compliments sur son physique et ses yeux superbes et, encore plus à regret, à lui rappeler qu'il lui avait murmuré à l'oreille au bord de la rivière qu'il avait envie de coucher avec lui. Draco repensa à tous ce qu'Harry lui avait dit dans la chambre cet après midi, alors qu'il ne pouvait s'arracher à l'engourdissement qui l'empêchait de lui répondre. Il aurait aimé qu'Harry lui parle de ses élèves. Il adorait ses histoires. Il allait le lui demander quand il constata que le brun l'observait d'une étrange manière.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il.
- Je me demandais, dit Harry, l'autre jour… au restaurant… Est-ce que j'avais vraiment un pneu à plat ?
Draco réprima un sourire coupable.
- Vous l'avez vu de vos propres yeux.
- J'aurais roulé sur un clou ou sur autre chose et je ne me serais pas aperçu que mon pneu était crevé ?
- Je ne dirais pas que cela c'est passé exactement comme cela.
Draco était certain que le brun le soupçonnait, mais son visage était si merveilleusement neutre que le blond ne savait pas si le jeune homme jouait au chat et à la souris.
- Comment diriez-vous que cela c'est produit ?
- Je dirais que la face latérale de votre pneu est entrée en contact avec un objet pointu, aiguisé.
Quand Harry eut terminé son assiette, il se laissa aller en arrière et fixa Draco d'un regard qui aurait instantanément tiré une confession honteuse et des excuses de tout garçon de huit ans un peu récalcitrant. Draco l'imagina sur le seuil de sa classe regardant un mauvais sujet avec la même expression.
- Un objet pointu ? fit Harry d'un air interrogateur en haussant les sourcils. Un couteau, par exemple ?
- Un couteau, par exemple, confirma Draco qui essayait désespérément de garder son sérieux.
- Votre couteau ?
- Le mien. Je suis désolé, Monsieur Potter scanda-t-il d'un ton enfantin, avec un sourire impénitent.
Harry lui répondit du tac au tac.
- J'espère que vous me réparerez ce pneu, Draco.
La seule chose qui retint Draco d'éclater de rire fut le choc d'entendre Harry enfin dire son nom.
- oui, M'sieu, répondit-il.
C'était incroyable, songea Draco. Sa vie n'était plus qu'un immense chaos et il n'avait envie que d'une chose : éclater de rire et l'attirer dans ses bras.
- je n'aurais pas à rédiger une rédaction de trois pages ni à expliquer pourquoi je n'aurais pas dû le faire, n'est ce pas ? demanda-t-il en observant ses grands yeux vert qui scintillaient, tandis que le brun fixait le bol que Draco venait de mettre sur le côté.
- Non, dit Harry, mais vous êtes de corvée de vaisselle ce soir.
- Oh zut ! répliqua Draco en se levant pour ramasser son bol. Vous êtes méchant, monsieur Potter !
A quoi Harry répondit avec fermeté :
- Pas de jérémiades !
Draco n'en pouvait plus. Il éclata de rire, détourna la tête et surprit le brun en déposant un baiser furtif sur son front.
- Merci, murmura-t-il en réprimant un rire devant son air décontenancé.
- De quoi ?
- De m'avoir fait rire, dit-il avec une gravité retrouvée, soutenant son regard. D'être resté ici et de ne pas m'avoir donné. D'avoir été courageux, drôle et si mignon dans votre kimono vert. Et de m'avoir préparé un merveilleux repas.
Il lui donna une pichenette sous le menton pour détendre l'atmosphère, mais ce qu'il lut dans les yeux d'Harry, ce n'était pas de la gêne.
- Je vais vous aider, déclara le brun en se levant.
Draco posa la main sur son épaule.
- Ne bougez pas et profitez du feu et de ce qui vous reste de vin.
Trop tendu pour rester en place, impatient de voir ce qui viendrait ensuite, de savoir quand cela viendrait, Harry se dirigea vers la fenêtre. L'épaule contre la vitre, il contempla l'impressionnant panorama des montagnes enneigées au clair de lune. Dans la cuisine, Draco réglait le rhéostat accroché au mur, baissait l'intensité des lampes fixées sur les poutres. Une douce lumière tamisée se répandit dans la pièce.
- Comme ça vous verrez mieux dehors, expliqua-t-il à Harry quand celui-ci lui jeta un regard interrogateur.
Cette lumière tamisée et le rougeoiement du feu pour éclairer la pièce, c'était aussi beaucoup plus douillet, songea Harry. Très douillet et très romantique, surtout avec cette musique.
A suivre…
Oui, je sais je suis quelque peu sadique, pas de lemon pour cette fois ! Vous devrez patienter encore un peu. ! En attendant, dites moi ce que vous en avez pensé. Bises
