Chapter 25
Lorsque Zorro arriva enfin à passer de l'autre côté du bar, Zara se jeta sur lui en pleurant. Elle avait des éclaboussures de sang sur le visage et dans les cheveux, mais elle s'en fichait. Il l'avait de nouveau sauvée, et cette-fois, non pas d'un viol, mais carrément de la mort, ainsi que de celle de ses amis. Elle n'arrivait pas à s'arrêter de pleurer, elle était à la fois heureuse, apeurée par ce qui s'était passé, traumatisée, fatiguée, bourrée et soulagée.
Tout le monde était vivant, et Mr Shiro ne viendrait plus jamais vers elle. Il était mort. Zorro l'avait tué. Zara était tellement dans des sentiments contraires qu'elle ne voyait pas pourquoi le héros de la soirée et Trafalgar semblaient si inquiets. Tous les deux se fixaient d'un air grave, et autour, pas un bruit à part les sanglots de l'adolescente. Cette dernière s'agrippait au t-shirt de Zorro, et celui-ci avait passé un bras autour de sa taille pour la soutenir, par instinct.
« Appelle la police, Zorro. Explique leur tout, ça ne peut que t'être bénéfique si c'est toi qui appelle. » expliqua le brun.
« Ouais, t'as raison... »
Il prit son portable dans sa poche, puis commença à taper le numéro, et s'arrêta. Il jeta un œil à Zara puis la poussa vers Trafalgar, qui la prit dans ses bras.
« Occupe toi d'elle, elle a pas l'air d'avoir tout avalé encore. »
Il s'éloigna des autres et appela la police. Zara essaya de se défaire de l'étreinte de Trafalgar, mais celui-ci ne la lâcha pas et l'entraina derrière le bar, vers le lavabo, pour lui laver les tâches de sang sur son visage. L'adolescente n'était pas concentrée sur la tâche et ne cessait de jeter des coups d'oeils aux alentours. Bonney vint l'aider à s'occuper de Zara. Dans le bar, Sanji était assis sur une chaise, la tête dans les mains, sûrement encore secoué d'avoir enclenché la bombe, Makino était aux soins de Nami, et commençait à reprendre connaissance.
Lorsque Trafalgar eut fini de laver Zara, il la fixa droit dans les yeux.
« Ça va ? Tu veux boire un coup ? Ou manger un truc peut-être... T'as fait que boire ce soir, je crois pas que t'aies mangé, non ? »
Elle acquiesça. Elle n'avait pratiquement rien mangé avant que ses amis arrivent. Juste un petit sandwich de rien du tout. Il prit la main de Zara et l'emmena vers Zorro, qui venait tout juste de raccrocher le téléphone.
« Alors ? »
« Ils arrivent » souffla Zorro. « Et elle ? »
« J'voulais l'emmener chez moi pour lui donner un truc à manger, elle va tomber sinon, avec ce qu'elle a bu et la fatigue. De toute façon elle leur sera d'aucune utilité tout de suite. S'ils veulent nous voir, dis leur de passer à mon appart demain. D'accord ? »
« Ok. J'leur dirais. »
Trafalgar emmena alors Zara à sa suite après avoir prévenu Bonney, qui acquiesça tristement. Elle commençait à mesurer l'étendue des dégâts de cette histoire.
Lorsque Trafalgar arriva à son appartement, Zara dormait sur le siège passager. Il dû la porter jusqu'au 3ème étage, puis la déposa dans son lit – n'ayant qu'un petit appartement sans canapé – et s'en alla en cuisine préparer à manger. Elle se réveillerait sûrement dans pas longtemps, affamée, ou alors à cause d'un mal de crâne. Sinon c'est qu'elle avait grandement besoin de repos.
Le brun aux tatouages s'inquiétait plus pour Zorro à vrai dire. Il avait tué de sang-froid Mr Shiro avec un pistolet portant une bombe qui aurait pu se déclencher s'il n'avait pas su lui-même comment fabriquer une bombe et comment fonctionnait un pistolet. Et dans le cas contraire, d'un côté assez mesquin, cela pourrait presque se traduire par une tentative kamikaze de tuer tout le monde ?
Zorro aurait très bien pu désamorcer la bombe et mettre le pistolet hors d'état de fonction grâce à ses connaissances en armes. Au lieu de cela, il avait tué le professeur. Trafalgar était sûr et certain que cela serait souligné au tribunal. Surtout que maintenant que le professeur était mort, ils ne pouvaient plus vraiment plaider contre lui, cela ne servirait plus à rien, et le juge se concentrerait sur la personne encore présente.
En plus, le brun était sûr que Zorro était le premier à avoir frappé le professeur. Et il le nierait pas, même s'il n'y avait que Zara pour le contredire, qu'elle était à moitié bourrée, et que si on lui demandait, elle dirait le contraire pour sauver Zorro. Ce dernier avait un honneur, et il n'avait qu'une parole. Il ne mentirait sur une chose pareille. Il pouvait cacher des secrets à tout le monde, mais nier quelque chose qu'il avait fait, c'en était moins sûr.
Bref, le brun examinait sous toutes les coutures la scène qu'ils avaient vécu, essayant d'y voir tous les points faibles du côté de Zorro. Il aurait besoin d'aide pour faire pencher la balance de son côté. Rien que le fait d'avoir donné le premier coup pouvait lui donner tort, et avoir tué le professeur de sang-froid était encore pire.
Lorsqu'il eut fini de préparer une pizza maison, une moitié pour Zara avec ses ingrédients préférés, l'autre moitié pour lui, avec sa recette habituelle, il alla voir son amie, qui était allongée les yeux ouverts dans son lit. Il s'assit sur le bord du lit et elle tourna la tête vers lui.
« Tu as faim ? »
Elle haussa les épaules.
« Un peu... »
« J'ai fait une pizza, tu en veux ? »
« Vraiment ? »
« Ouais. Avec ce que t'as bu, j'me suis dit qu'une bonne pizza comme t'aimes ça t'aiderait à aller mieux. Tu veux manger ici ? »
« Merci... Manger dans ton lit ? Mais tu rigoles ! »
Il sourit et prit la main de Zara pour l'aider à se lever. Elle le suivit jusqu'à la table et se lécha les babines devant la pizza.
Ils mangèrent ensemble en silence. Zara dévorait sa pizza, alors que Trafalgar mangeait lentement en réfléchissant toujours à tout ce qui s'était passé. Lorsqu'ils eurent fini, l'adolescente se frotta l'oeil en baillant. Elle était encore fatiguée.
« Si tu veux aller dormir, tu peux Zara. »
« Non, merci. Je... »
Elle ne finit pas sa phrase, elle semblait contrariée.
« Zara. Promets-moi un truc s'il te plait. »
Elle hocha la tête en interrogation, se demandant ce qu'il voulait bien lui promettre. Il lui attrapa les mains et l'obligea à le regarde droit dans les yeux.
« Promets-moi que tu ne mentiras pas si on t'interroge à propos de cette soirée. Si tu mens, ça risque de tout faire foirer, parce que Zorro, lui, ne mentira pas. »
Elle enleva ses mains d'un air contrarié.
« Mais pourquoi tu me dis ça... »
« Je crois pas que tu te rende compte de ce qui s'est passé ce soir, mais Zorro va passer au tribunal pour meurtre. Et on va t'interroger, parce que c'est toi qui as tout vu de A à Z. Mais même si c'est pour arranger les choses à Zorro, ne mens pas. Ne mens surtout pas. Je te l'interdis. Ça va mal se finir sinon ! »
« Non ! Ca va pas mal se finir ! Ne dis pas ça. Zorro ne peut PAS aller en prison après ce qu'il a fait, ce n'est pas possible. Il l'a tué, ok, mais bon sang ! C'était pour tous nous sauver de sa bombe ! »
« Zara. » Il se leva de sa chaise. « Laisse-moi te poser une question. Est-ce que Mr Shiro menaçait directement la vie de Zorro ? Est-ce qu'il était en train de se battre contre lui, avait-il une arme sur lui ? »
« Il m'avait moi et sa bombe ! »
« Quand Zorro l'a tué... Est-ce qu'il portait une arme ? »
« Non... Mais... »
« Ils ne se battaient pas non plus. Zorro l'a tué délibérément avec une arme. Il l'a fait exprès, il a voulu le tuer. Ce n'était pas un accident, ni une défense légitime. Le fait de t'avoir toi en otage ne le permettait pas de le tuer. D'une, cela prouve qu'il sait se servir d'une arme, parce que sinon il n'aurait pas tiré alors que tu étais totalement devant Mr Shiro, de deux ça fait de ce meurtre un meurtre de sang-froid et sans mobile qui pourrait lui rendre service. Il est en tort, Zara. En tort par rapport à la loi. Je sais qu'il nous as sauvé. Mais il aurait très bien pu désactiver la bombe sans le tuer, puis te reprendre d'une autre façon. Il a choisi une voix de facilité qui risque de lui coûter cher. Si tu mens en plus de ça... Ça n'ira qu'à son encontre. S'il avoue tout et qu'il regrette, ça devrait déjà beaucoup l'aider. Mais si tu fais tout pour cacher ça, c'est fini. »
Il débarrassa la table pour se calmer tandis que l'adolescente le fixait avec des yeux accusateurs et attristés. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence. Elle serait bien plus utile à Zorro si elle revenait à la réalité que si elle restait sur son nuage, dans l'illusion qu'ils les avait tous sauvés et que tout continu sans problèmes. Malheureusement les lois de ce pays n'étaient pas en faveur de Zorro. De plus, Trafalgar devait encore lui avouer quelque chose. Après tout ce n'était pas forcément rare dans ces cas là, il suffisait qu'ils trouvent des antécédents, des problèmes psychologiques, des choses compromettantes sur Zorro, et ils pourraient très bien le faire. Il suffisait que la défense de Mr Shiro soit plus importante que celle de Zorro – ce qui serait très sûrement le cas vu les moyens de l'adolescent – et qu'ils arrivent à fouiner un peu de son côté, et c'était fichu. Il suffisait d'un élément et c'était fini. Ils pouvaient toujours inventer des choses. Trafalgar en savait assez pour dire que la plupart des personnes condamnées à mort dans ce pays n'étaient pas vraiment fautives au final. Il y en avait sûrement pleins des cas comme Zorro.
Il se retourna vers l'adolescente, dont des larmes coulaient sur ses joues, et se lança.
« Tu sais que la peine de mort est applicable pour des personnes ayant tué. »
Elle lui adressa un regard noir. Il savait qu'elle n'appréciait pas du tout ce qu'il disait, mais il faisait ça dans l'intérêt de Zorro, et aussi dans le sien.
« J'ai déjà lu que des gens comme Zorro, qui ont tué dans le but de protéger leurs familles, ont été condamnés à mort, à cause d'une influence trop pressante de l'autre côté, de l'argent, et aussi souvent du jury. »
« Non, Zorro ne sera pas condamné à mort ! Arrête ça ! Arrête ! C'est juste pas possible ! J'ai de l'argent, moi, je lui paierais un avocat digne de ce nom ! Il ne sera pas désavantagé, il ne peut PAS aller en prison, ni être condamné... »
Elle se leva et partit dans le lit de Trafalgar. Cela lui faisait de la peine de devoir débattre de ça avec son amie, mais il le fallait malheureusement.
Il finit de ranger le reste de l'appartement puis rejoignit Zara, qui dormait à présent. Il se coucha à ses côtés et dormit avec elle.
