DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonjour à tous,

Le temps m'a manqué pour répondre à tout le monde, particulièrement à toi, Cailean, mais comme toujours, j"ai savouré chaque mot de vos reviews.

Bonne lecture !


Chapitre 23

12 janvier 1913 – Godric's Hollow

La perspective de l'organisation du dîner avec les Malfoy semblait avoir ramené de la vie dans le château. Les domestiques allaient et venaient, veillant à ce que toutes les pièces soient impeccables. Spratt distribuait les ordres et tout le monde à la cuisine était sur le pied de guerre.

A sept heures précises, le bruit des moteurs de voiture et le crissement des pneus dans l'allée, annoncèrent l'arrivée des invités.

Spratt se tenait à la porte, parfaitement droit et raide, accompagné de deux valets qui se chargeraient des manteaux.

- Soyez les bienvenus à Godric's Hollow, dit Harry en venant accueillir le couple Malfoy.

- Merci pour cette invitation, Harry, dit Lucius.

Venait ensuite la Duchesse douairière, laquelle était appuyée au bras de Blaise Zabini.

- Minerva, je suis heureuse que vous ayez pu venir malgré cette invitation de dernière minute.

- Mon cher Harry, à mon âge, on a tout le temps pour les invitations de dernière minute.

- Je ne vous crois pas, Minerva, rigola Harry. Je sais pertinemment que vous êtes encore plus occupée que le Premier Ministre ! Tout le monde se dispute votre présence à sa table !

La vieille dame protesta pour la forme mais semblait ravie du compliment.

Harry serra chaleureusement la main de Blaise avant de se tourner vers Hermione et le Commodore Snape. Il fut surpris de voir ce dernier debout avec des béquilles.

- Commodore, dit-il posément. Je suis heureux de voir que vous allez de mieux en mieux.

- Hm. Ce n'est pas ce que j'appelle aller mieux, maugréa-t-il… mais, j'admets que c'est un progrès.

- Severus est bien trop exigeant avec lui-même, intervint Hermione sur un ton réprobateur. Grâce au planning d'exercices que Monsieur Zabini a mis en place, il a fait d'indiscutables progrès ! Je suis certaine que d'ici quelques semaines, il pourra retourner à l'Amirauté.

- Je ne suis pas entré dans la Royal Navy pour devenir un gratte-papier. Ma place est sur un navire !

- Et tu y retourneras, Severus, dit Blaise. Un peu de patience.

- La patience n'a jamais été le fort de Severus, commenta la duchesse avec un air dégagé. Mais il maîtrise parfaitement l'art de bougonner.

Harry dissimula son sourire, au contraire de Lucius et de Narcissa qui rirent ouvertement.

Tout le monde fut introduit au salon dans l'attente que le dîner soit servi.

Narcissa regarda autour d'elle en prenant place dans le canapé.

- La dernière fois que je suis entrée dans cette pièce, dit-elle d'un air nostalgique, c'était peu avant le départ de Sirius pour l'Amérique du Sud. J'étais venue pour essayer de le convaincre une fois de plus de renoncer à ce projet… mais il ne m'a pas écoutée. Sirius ne m'écoutait jamais, de toute façon… enfin, peu importe. Je garde de merveilleux souvenirs de cette maison.

- Vous veniez souvent ? demanda Harry.

- Tous les étés depuis ma plus tendre enfance. On s'amusait tellement Regulus, Sirius, mes sœurs et moi.

- Sirius m'a un peu parlé de son frère. Il est mort assez jeune, c'est cela ?

- Oui. Il n'avait pas dix-huit ans. Il… il s'est noyé en voulant descendre dans une grotte au pied d'une falaise de l'Ile de Man… Sirius s'en est beaucoup voulu car il avait refusé de l'accompagner. Il s'est toujours senti responsable de son décès.

- Il faut dire que cette vieille mégère de Walburga ne perdait pas une occasion de le lui rappeler, intervint Minerva.

- Walburga ? questionna Harry. Qui est-ce ?

- La mère de Sirius, expliqua Minerva. La plus méchante femme que j'aie jamais connue !

- Mais je pensais que vous étiez amies ! s'étonna Lucius.

- Oui, et alors ? J'ai plein d'amis que je n'aime pas !

Elle reporta son attention sur Harry.

- Walburga Black était une femme épouvantable. Elle passait son temps à vociférer sur tout le monde. Son mari, Orion, a fini sourd comme un pot. A moins que ce n'était qu'une ruse pour prétendre ne pas l'entendre… Bref. Autant elle adorait Regulus, autant elle n'a jamais eu d'affection pour Sirius. Et quand ce pauvre Regulus est mort, mon Dieu… elle a été odieuse avec Sirius.

- C'est vrai, dit Narcissa. A tel point que Sirius s'est enfui pour vivre chez les Potter.

- Chez… chez mes grands-parents ? s'exclama Harry. Mais… ça a duré combien de temps ?

- Très peu de temps, reprit Minerva. Orion et Walburga Black sont morts à quelques semaines d'intervalle de la fièvre typhoïde, de même que plusieurs de leurs domestiques. Sirius a été obligé de rentrer à Godric's Hollow pour assumer son nouveau rôle de Comte de Gryffindor. A mon avis, il n'a dû son salut qu'au fait d'avoir fui le château avant que la maladie ne se déclare. Sans quoi, il serait mort lui aussi.

Harry était abasourdi. Sirius ne lui avait que très peu parlé de sa famille et il en avait déduit que leurs relations n'avaient pas été excellentes, mais il n'imaginait pas que c'était à ce point-là.

- J'ignorais que vous aviez des sœurs, Narcissa, intervint Blaise.

- Oui, deux. Je n'en parle jamais… par habitude, sans doute.

- Pourquoi par habitude ? demanda Harry.

- Oh… eh bien, mon père n'était pas quelqu'un de très… tolérant. Ma sœur aînée, Bellatrix, était sujette à des crises depuis l'enfance. Elle… elle a été internée quand elle a eu seize ans. Mon père a prétendu qu'elle était décédée. Il valait mieux dire cela plutôt que d'admettre qu'il y avait une folle dans la famille, dit Narcissa en riant amèrement. Quant à la deuxième, Andromeda, elle est tombée amoureuse de notre chauffeur. Elle s'est enfuie avec lui à Gretna Green pour l'épouser en cachette. Ils sont partis vivre en France. Mon père nous a interdit à ma mère et moi d'encore prononcer son nom et il l'a déshéritée.

- Il aurait fait pareil avec toi s'il en avait eu le temps, dit Minerva.

- Pourquoi aurait-il fait cela ? demanda Blaise.

Narcissa soupira tristement.

- Mon père était très contrarié de n'avoir eu que des filles. Bien entendu, il en a voulu à ma mère, surtout lorsqu'après ma naissance, il a été clair qu'elle ne pourrait plus avoir d'autres enfants. Mais lui en vouloir à elle ne suffisait pas, alors il a fini par reporter sa rancœur sur mes sœurs et moi. Il disait à qui voulait l'entendre qu'il transmettrait toute sa fortune à Sirius… mais il n'en a jamais rien fait.

- Bien entendu ! commenta Minerva. Cygnus détestait Sirius car il avait hérité de tout ce qui avait de l'importance à ses yeux : le titre et le comté. Ça le rendait malade d'imaginer qu'il aurait également l'argent !

- Sans doute, continua Narcissa pensivement. Toujours est-il que mon père est mort sans avoir pris aucune disposition testamentaire. J'ai donc hérité d'une fortune considérable alors que j'avais à peine dix-neuf ans.

- Vous avez eu de la chance, intervint Hermione. Beaucoup de jeunes femmes se trouvent dans l'impossibilité d'hériter à cause de l'entail qui est presque toujours inclus dans les testaments.

- C'est vrai, approuva Narcissa. Mon père n'a jamais pris la peine de décréter un entail car il n'avait aucun titre à transmettre. Seulement de l'argent. Beaucoup d'argent.

Lucius gigota légèrement sur son siège. Il n'aimait pas évoquer la fortune de sa femme, devenue la sienne, car cela lui rappelait les raisons pour lesquelles il avait épousé Narcissa.

Fort heureusement, Hermione changea de sujet.

- Vous n'avez jamais cherché à revoir vos sœurs ? demanda-t-elle.

- Si. J'ai fini par trouver le nom de l'institution où Bellatrix était enfermée, mais trop tard malheureusement. Elle était décédée depuis plusieurs mois. Quant à Andromeda, je lui ai écrit à la mort de notre père car je souhaitais qu'elle reçoive tout de même sa part de l'héritage. Elle m'a répondu qu'elle ne voulait pas un farthing de la fortune des Black et qu'elle souhaitait que je la laisse tranquille. J'ai respecté son souhait.

- Je suis désolée, dit Hermione.

- Il n'y a pas de raison. C'était il y a longtemps.

Narcissa fit un petit geste de la main pour appuyer son propos.

- Mais cessons d'importuner notre hôte avec ces sordides histoires !

- Vous ne m'importunez pas, au contraire ! répondit Harry. J'ai toujours voulu mieux connaître l'histoire de la famille Black. Après tout, j'ai hérité de leur comté...

- Oh mais le comté n'a pas toujours été la propriété des Black, corrigea Minerva. Loin de là ! Durant plusieurs siècles, il a été le fief des Peverell. Ce sont eux qui ont fondé la lignée des comtes de Gryffindor. Les Black n'ont hérité du titre que très récemment, en 1803, lorsque Ignotus Peverell cinquième du nom, est mort sans enfant.

- Si cela vous intéresse, dit Narcissa, je peux vous montrer l'arbre généalogique des Black et des Peverell. Vous verrez, c'est fascinant.

- Volontiers !

Spratt interrompit la discussion pour indiquer que le dîner était servi.

O°O°O°O°O°O°O

Hôtel Phoenicia – La Valette, Malte

Accoudé à la balustrade de la terrasse de l'hôtel, Draco fixait le ciel. C'était étrange de se dire qu'on était à la mi-janvier et qu'il pouvait passer la soirée dehors à contempler les étoiles, sans mourir de froid. Il fallait dire que les trois verres de whisky qu'il venait de boire avaient certainement contribué à le réchauffer...

Il contempla le fond de son verre vide en soupirant.

-Vous en voulez un autre ?

Draco leva les yeux sur le serveur qui se tenait à côté de lui, un plateau à la main. Il était jeune, avec des cheveux noirs et un teint olivâtre propre aux méditerranéens. Ses yeux marron foncé étaient aussi chaleureux que son sourire. Draco l'avait déjà croisé à plusieurs reprises depuis qu'il était arrivé.

-Non. J'ai assez bu pour ce soir.

Le serveur tendit la main pour reprendre le verre vide, ses doigts frôlant délibérément ceux de Draco.

-Peut-être souhaitez-vous autre chose ?

Son ton suggestif ne laissait aucune place au doute.

- Comme quoi ? demanda Draco.

- A vous de voir, dit le serveur en haussant légèrement les épaules.

Il finit par prendre le verre et le poser sur le plateau.

-Je serai dans le jardin dans une heure, dit-il.

Draco le regarda s'éloigner sans réagir, les sens engourdis par l'alcool. Il sortit sa montre pour consulter l'heure, tout en se demandant s'il irait au rendez-vous.

O°O°O°O°O°O°O

Godric's Hollow

Le dîner fut très agréable et animé.

Harry fut surpris et heureux de constater que le Commodore Snape était moins revêche à son égard que d'ordinaire. On ne pouvait pas encore dire que leur conversation avait été amicale, mais elle était à tout le moins restée courtoise. Plus la soirée avançait, plus Harry était persuadé qu'Hermione était responsable de cette évolution. Il n'avait pas manqué de remarquer la manière dont Snape regardait Hermione. Avec un mélange d'agacement et de tendresse totalement incongru de la part d'un homme aussi froid. Il était certain que l'homme appréciait son amie bien plus qu'il ne voulait le dire, et sans doute que la réciproque était vraie également.

Il n'était pas certain que cette situation lui plaise, mais comme le lui avait déjà dit Hermione, ce n'était pas ses affaires. Il s'efforça donc de garder son opinion pour lui.

Quand, à la fin du dîner, tout le monde se retira au salon pour boire un café, Harry trouva enfin l'opportunité de parler avec Lucius de son dilemme à propos du personnel de Godric's Hollow. Il l'attira avec lui, un peu à l'écart des autres invités et lui expliqua brièvement la situation.

- Sirius n'a jamais réduit le personnel, même quand il vivait seul, répondit Lucius.

- Mais comment parvenir à les occuper ?

- Ce n'est pas votre problème, mais celui du majordome. A moins que...

Lucius semblait hésiter à formuler sa pensée.

- Rencontreriez-vous des... difficultés quant au paiement de leurs gages ?

- Non ! Pas du tout !

- Dans ce cas, laissez les choses comme elles sont. Si vous congédiez du personnel, on aura tôt fait de penser que vous avez des difficultés financières...

- Je me moque de ce que les gens peuvent penser !

- Vous avez tort, Harry. Dans notre milieu, le paraître est souvent bien plus important que tout le reste. Vous êtes un pair du Royaume. Vous êtes responsable d'un comté. Vous vous devez d'être au-dessus des autres, par votre fortune et par votre mode de vie.

Harry soupira en secouant lentement la tête.

- N'avez-vous pas l'impression qu'un jour ce mode de vie n'aura plus aucun sens ? demanda-t-il finalement.

- Priez pour que ce ne soit jamais le cas, Harry. Sans quoi, nous n'aurions plus de raison d'exister.

Avant que Harry puisse répondre quoi que ce soit, Lucius enchaîna.

- J'ai reçu des nouvelles de Théodore Nott.

- Oh. Et que dit-il ?

- Tout s'est parfaitement déroulé.

- Et qu'en est-il de mon cousin ? Est-il... hum... je veux dire...

- Non. Il a seulement été... malmené. Suffisamment pour lui faire comprendre qu'il avait intérêt à rembourser la famille Shelby de l'entièreté des gains qui ont été payés aux parieurs.

- Ce sera suffisant pour l'empêcher de nuire ? Il va se précipiter chez son père qui lui donnera tout l'argent qu'il faut...

- Sans doute. Mais Vernon Dursley ne pourra rien faire contre l'enquête qui est en cours à Birmingham pour escroquerie.

- Quoi ?

- La police de Birmingham a « malencontreusement » eu vent de l'affaire. Il semble que les différents... partenaires de Dudley Dursley aient décidé de coopérer et de dire tout ce qu'ils savaient. A l'heure où l'on parle, votre cousin est sous les verrous.

- Vous ne pensez pas que mon oncle va essayer d'étouffer l'affaire comme cela a été le cas jusqu'à présent ?

- C'est trop tard. Un procureur a déjà été désigné à Londres. Votre oncle a peut-être de l'influence dans son fief et aux alentours, mais je doute que cette influence s'étende jusque dans la capitale.

Harry était abasourdi.

- C'est incroyable, souffla-t-il. Et c'est Draco qui a orchestré tout cela ?

- Parfaitement, dit fièrement Lucius. Tout était en place avant son départ et s'est déroulé exactement comme il l'avait prévu.

- Vous ne craigniez pas que cela affecte la première partie du plan ? Avec toute cette histoire, mon oncle pourrait renoncer à vouloir acheter le tableau.

- Je suis sûr que non. Je vous l'ai dit, Harry, les apparences comptent plus que tout. Vernon Dursley fera tout pour que j'ignore la disgrâce dont sa famille fait l'objet. Il achètera ce tableau comme convenu et je pense même qu'il n'en discutera pas le prix.

- Quand devez-vous le rencontrer ?

- Demain, à Londres. Si nous nous entendons sur le prix, je l'inviterai à venir au Manoir prendre possession du tableau dans les jours qui suivent.

- Et vous ferez en sorte de subtiliser le journal...

- En effet. A ce propos, je voudrais votre accord pour mettre Blaise au courant de notre affaire.

- Pourquoi ?

- J'ai besoin que quelqu'un fasse diversion pour subtiliser le carnet. Ce ne peut être moi ou Narcissa. Dobby est parti avec Draco et je ne veux pas impliquer les autres domestiques.

- Pas même Carson ?

- Il est difficile de croire qu'un homme comme Carson puisse accidentellement renverser du thé bouillant sur un invité...

- Je vous le concède, soupira Harry. Mais Blaise...

- Les Dursley le prennent pour un domestique, coupa Lucius. En raison de sa couleur de peau.

- Et vous allez les laisser croire cela ? s'offusqua Harry.

- Je n'ai pas d'autre choix ! siffla Lucius.

Harry pesa le pour et le contre. Il avait confiance en Blaise, là n'était pas le problème, mais il détestait l'idée d'être complice d'une pantomime qui aurait pour effet de le rabaisser. Pour autant, Lucius avait raison. Leurs choix étaient limités.

- C'est d'accord, dit-il finalement.

- Peut-on connaître la raison de vos messes-basses ? intervint soudain la Duchesse douairière depuis le fauteuil qu'elle occupait.

Les deux hommes sursautèrent.

- Oh, nous parlions politique, dit posément Lucius.

- Eh bien, c'est un sujet comme un autre. Pourquoi ne pas le partager avec nous ?

- Nous parlions de Lloyd George. Et je sais combien cela vous contrarie, ma chère Minerva.

- Evidemment. Lloyd George contrarie tous les aristocrates. Pas vous, mon cher ? demanda-t-elle à Harry.

- Heu... je... non.

- Vous êtes d'accord avec ses réformes ? s'offusqua-t-elle.

- Eh bien, certaines d'entre elles sont... défendables.

- Billevesées ! s'exclama-t-elle. Un aristocrate qui défend les réformes, c'est comme une dinde qui défend Noël ! Un non-sens !

- Vous voyez bien que cela vous contrarie, sourit Lucius.

- Vous avez raison, dit Minerva. Parlons d'autre chose. Saviez-vous que la femme de chambre de Lady Brunswick la quitte ?

- Je l'ignorais, dit Narcissa d'un ton avide. Que s'est-il passé ?

- Elle se marie ! Pouvez-vous imaginer cela ? Quand on sait toute la difficulté de trouver une femme de chambre digne de confiance. Quel égoïsme !

Hermione faillit s'étouffer avec son café. Elle allait répondre vertement mais elle fut coupée par Blaise.

- En parlant de mariage, dit-il avec un sourire. Savez-vous qui va divorcer ?

- Qui donc ? demanda Narcissa.

- Le Marquis et la Marquise de Flintshire.

- Comment ? s'exclama Minerva en portant la main à sa gorge. Vous avez dû mal comprendre !

- Pas du tout. Je suis formel. Et je le tiens de source sûre : le neveu du marquis en personne.

Minerva eut un sourire qu'on pouvait qualifier de prédateur.

- Oh, mon cher Blaise ! Je ne vous savais pas versé dans les potins...

- Moi non plus, commenta le Commodore d'un ton sec. Il semblerait que tu n'aies pas assez de corvées sur le Britannia si tu as le temps de prêter l'oreille aux commérages...

- Oh, Severus, laissez donc ce pauvre garçon ! le fustigea Minerva.

Puis, se tournant à nouveau vers Blaise :

-Racontez-moi tout. Que vous a précisément dit le neveu du Marquis ?

Blaise raconta son histoire bien volontiers, bénéficiant de l'écoute plus qu'attentive de la duchesse et de Narcissa Malfoy.

Severus semblait quant à lui consterné et Hermione plutôt dépitée de n'avoir pas eu l'occasion de dire ce qu'elle pensait, même si cela n'aurait certainement pas plu à la duchesse ni aux Malfoy. Elle croisa le regard de Harry et se résigna. Même si elle était choquée par les propos de la vieille dame, il n'était pas dans ses intentions d'embarrasser son hôte.

La soirée se poursuivit agréablement, sans que plus aucun sujet fâcheux ne vienne perturber les conversations.

O°O°O°O°O°O°O

Hôtel Phoenicia – La Vallette, Malte

Draco se tenait dans le jardin, près d'un bassin dans lequel nageaient tranquillement des poissons koï. Les alentours étaient déserts. Il était tard et l'air s'était considérablement rafraîchi.

- Vous êtes venu, dit une voix derrière lui.

- Qui te dit que je suis là pour toi ?

- Pour qui d'autre ? Nous sommes seuls ici.

- Je suis un homme marié.

- Je le sais. Votre épouse est magnifique. Mais il n'en demeure pas moins qu'elle est seule dans votre chambre d'hôtel alors que vous... vous êtes ici. Avec moi.

Draco soupira. Le jeune homme s'approcha et posa la main sur le torse de Draco, puis remonta vers son visage. Il caressa sa joue du pouce. Quand il s'avança pour l'embrasser, Draco recula.

- Tu fais cela souvent ? demanda-t-il.

- Quoi donc ?

- Séduire les clients.

- Hm... ça dépend.

- C'est de l'argent que tu veux ?

Le jeune homme fronça les sourcils.

- Pourquoi posez-vous autant de questions ?

- Parce que je voudrais comprendre pourquoi tu fais ça, pourquoi tu risques ta place pour quelques minutes avec un homme qui non seulement pourrait te dénoncer, mais qui t'oubliera sitôt qu'il aura le dos tourné.

- C'est bien une réflexion de riche, ça ! s'énerva le garçon. Ce n'est pas parce que c'est un hôtel de luxe que le personnel est bien payé !

- Alors, c'est bien ce que je pensais. Tu fais cela pour de l'argent.

Les épaules du jeune homme s'affaissèrent. Il paraissait soudain complètement abattu.

-C'est vrai, admit-il. Mais ce n'est pas la seule raison.

Il fourra les mains dans ses poches et en sortit un paquet de cigarettes. Il en prit une avant de tendre le paquet à Draco.

-Vous fumez ?

Draco prit une cigarette à son tour et la porta à sa bouche. Le garçon sortit une allumette d'une petite boîte et la gratta contre le mur pour l'allumer. La flamme éclaira brièvement leurs deux visages d'un halo chaleureux.

-Alors ? Quelle est cette autre raison ? demanda Draco après quelques instants de silence.

Le jeune homme souffla lentement la fumée.

- Non... c'est ridicule.

- Laisse-moi en juger.

Il observa un moment le bout rougeoyant de sa cigarette et soupira.

- J'ai toujours l'espoir que l'un d'entre eux me demande de partir avec lui. En Angleterre.

- C'est ça que tu veux ? Quitter cet île ?

- Qu'est-ce que vous croyez ! Que c'est le Paradis sur terre ? Il n'y a rien à faire ici, à part être pécheur ou larbin dans un hôtel de riches !

- Parce que tu crois que la vie est meilleure en Angleterre ?

- Elle est sûrement meilleure qu'ici !

Draco ne répondit pas. Il tira sur sa cigarette et grimaça légèrement. Le tabac était trop âcre à son goût. Il n'avait rien à voir avec la finesse du tabac anglais.

- Et... vous ? demanda le jeune homme presque timidement. Vous... vous ne voulez pas de moi ?

- Comment t'appelles-tu ?

- Sergio.

- Sergio. C'est un prénom italien.

- Oui. Beaucoup de gens ici ont un prénom et même un nom italien. Ou grec. Ou turc. Ou anglais.

- Tu es né ici ? A Valletta ?

- Non. Birkirkara. Dans le centre de l'île.

- Quel âge as-tu ?

- L'âge de faire tout ce qu'il vous plaira que je fasse, répondit Sergio d'un ton suggestif tout en se rapprochant.

Draco soupira en l'écartant de lui.

- Non, dit-il.

- Quoi ? réagit le jeune homme. Je ne suis pas assez bien pour vous ?

- Sergio...

- Je ferai tout ce que vous voulez ! Je vous ferai découvrir des choses dont vous n'avez même pas idée ! Je suis doué, je vous l'assure...

- Je n'en doute pas mais...

- Mais quoi ?

Draco jeta par terre le mégot de cigarette à moitié consumé et l'écrasa du bout du pied.

-J'ai laissé quelqu'un en Angleterre, dit-il à voix basse. Quelqu'un que j'aime plus que tout au monde.

Sergio haussa un sourcil et croisa les bras sur son torse.

-Si vous l'aimiez vraiment, vous ne seriez pas ici, avec moi ! jeta-t-il avec hargne.

La gifle claqua fort dans le silence de la nuit.

-Je n'ai pas de leçon de morale à recevoir d'un gamin ! siffla Draco. Et sois content que je ne te dénonce pas.

Sur ces mots, il se détourna et marcha à grandes enjambées en direction de l'hôtel.

O°O°O°O°O°O°O

- Où étais-tu ? demanda Ariana quand Draco regagna la chambre.

- Au bar. Et puis dans le jardin.

- Le jardin ?

- J'avais besoin de prendre l'air.

Ariana fixa son mari avec attention.

- Draco ? Est-ce que ça va ? Tu as l'air... contrarié...

- Je le suis.

- Que s'est-il passé ?

Draco ôta sa veste et défit sa cravate avant s'asseoir au bord du lit.

- Je n'étais pas seul dans le jardin, finit-il par dire. J'y étais allé pour y retrouver... un jeune homme. Un serveur qui m'avait fait des avances plutôt dans la soirée.

- Ah. Est-ce que... lui et toi... vous...

- Non. Non, il ne s'est rien passé. Je... je n'ai pas pu.

Ariana exhala un petit soupir de soulagement.

- Est-ce cela qui te contrarie ? demanda-t-elle.

- Non, soupira Draco. Ce qui me contrarie, c'est d'être allé dans ce jardin. D'avoir... envisagé de... de...

Il ne put continuer sa phrase. Il ferma les yeux et se prit la tête entre les mains.

-Draco, dit doucement Ariana en s'asseyant à côté de lui et en le prenant dans ses bras. Tu n'as rien fait de mal. Tu es allé dans ce jardin mais tu en es reparti sans avoir trahi Harry. Tu n'as rien à te reprocher.

Draco tourna la tête et la posa sur l'épaule de sa femme. Il la serra contre lui.

- Il me manque, Ariana, dit-il dans un souffle. Il me manque tellement.

- Je sais, mon cœur. Je sais.

Ariana lui caressa doucement les cheveux en même temps qu'elle réfléchissait.

- Tu peux repartir en Angleterre si c'est ce que tu veux, proposa-t-elle après quelques instants de silence.

- Quoi ?

Draco se redressa, l'air complètement perdu.

- Tu m'as bien entendue. Tu devrais rentrer en Angleterre.

- Sans toi ? Après seulement deux semaines ? Mais comment pourrais-je expliquer ça ?

- Tu n'es pas obligé de rentrer immédiatement dans le comté de Slytherin. Tu pourrais séjourner quelque part sur la côte... et Harry pourrait t'y rejoindre.

- C'est... c'est...

- Une brillante idée ! Oui, je sais.

- J'allais dire que c'est complètement fou !

Ariana rigola en l'embrassant sur le front.

- Bien sûr, il te faudra attendre la visite de Pansy, dit-elle, sans quoi, il est sûr qu'elle mettra ton père au courant immédiatement.

- Oui, évidemment.

- Mais après, rien ne t'empêche de partir.

- Et toi ? Tu vas rester seule jusqu'à l'arrivée de Blaise.

- Quelques jours à peine.

Draco réfléchit. C'était insensé. A supposer qu'il rentre en Angleterre, où pourrait-il bien aller ? Il lui fallait trouver un lieu sûr, éloigné du comté. Un endroit où Harry et lui pourraient...

- Brighton, murmura-t-il.

- Quoi ?

- Brighton. Harry m'a dit qu'il avait hérité d'une maison là-bas. Excepté une femme qui vient faire le ménage une fois par semaine, personne n'y vient jamais. Nous pourrions... nous pourrions nous y retrouver...

- Cela semble une excellente idée. Tu devras en parler avec Harry...

- Oui ! Oui, mais pas tout de suite, dit fébrilement Draco. Pas avant de savoir quand je pourrais prendre un bateau de retour.

Ariana sourit. Draco semblait heureux comme un enfant le matin de Noël.

O°O°O°O°O°O°O

14 janvier 1913 – Manoir Malfoy

Hermione referma la porte de la bibliothèque. Elle venait de dire au revoir à Lord et Lady Malfoy et de les remercier chaleureusement pour leur accueil.

- Vos bagages ont été amenés à la voiture, Mademoiselle, dit le majordome.

- Je vous remercie, Carson. J'arrive dans quelques minutes. J'ai encore quelqu'un à voir avant de partir.

- Bien, Mademoiselle.

Elle frappa à la porte du petit salon et entra. Le Commodore Snape était en train de marcher à l'aide de ses béquilles.

- Vous devriez vous reposer, dit-elle. Vous avez fait suffisamment d'exercices ce matin.

- Ce n'est pas en me reposant que je retrouverai l'usage de mes jambes.

- Peut-être, mais il ne sert à rien d'exagérer.

Snape soupira et s'arrêta.

- Alors, vous partez.

- Oui. La formation commence demain. J'ai hâte d'y être !

- Fort bien.

- Severus... je voulais encore vous remercier pour cette opportunité que vous m'avez donnée. Je vous promets de me montrer digne de votre confiance.

- Vous êtes brillante. Je ne doute pas que vous réussirez.

Hermione lui sourit avec sincérité.

- J'ai fait la liste de vos médicaments en indiquant l'heure à laquelle vous devez les prendre, dit-elle en sortant une feuille de son sac à main. J'ai également revu le planning d'exercices avec Monsieur Zabini. Mon père viendra vous voir dans une semaine et j'ai noté dans votre agenda le rendez-vous avec le chirurgien à St Thomas.

- Vous en faites trop...

- Absolument pas ! Vous êtes mon patient et votre santé me préoccupe !

- C'est la deuxième fois que vous le dites.

- Dire quoi ?

- Que je suis votre patient.

- Je ne comprends pas...

Severus fit quelques pas en avant.

- Est-ce vraiment tout ce que je suis à vos yeux ? Un patient ?

- Severus, que...

Hermione n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase car l'homme s'était penché sur elle et l'embrassait. Elle écarquilla les yeux, trop surprise pour pouvoir esquisser le moindre geste. Quelques secondes plus tard, il s'écartait en se détournant.

- Je vous prie de m'excuser, dit-il. Je n'aurais jamais dû faire cela. C'était inconvenant.

- Severus...

- Non. Ne dites rien. C'était une grossière erreur.

- Severus, insista Hermione.

Elle posa la main sur son bras et l'obligea à lui faire face.

- Severus, vous... vous êtes bien plus à mes yeux qu'un simple patient... Beaucoup plus.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Alors... vous... vous ne m'en voulez pas de vous avoir embrassée sans votre permission ?

- Je suppose que je devrais... mais non.

Les yeux d'obsidienne s'égayèrent d'une lueur qu'Hermione n'avait encore jamais vue jusqu'à présent. Snape posa l'une de ses béquilles contre le manteau de la cheminée et prit la main de la jeune femme dans la sienne.

- Epousez-moi, dit-il avec ferveur.

- Quoi ?

- Laissez tomber la formation d'infirmière militaire et épousez-moi ! Je sais que j'ai l'âge d'être votre père mais au moins je vous apporterais la sécurité. J'ai une maison à Londres et un petit domaine dans les Midlands. Vous ne manqueriez de rien.

- Severus...

- Avec moi, vous seriez libre de continuer à travailler. Vous pouvez continuer à exercer à St Thomas ou n'importe où ailleurs, je n'y verrai aucun inconvénient ! Quant... quant au reste, eh bien... je suis en mer la moitié de l'année, alors... si vous avez d'autres... fréquentations, je m'en accommoderai et je...

- Comment pouvez-vous dire une chose pareille ! s'exclama Hermione en retirant sa main.

Elle le regardait avec colère.

- Comment pouvez-vous penser cela de moi ? Que j'accepterais de vous épouser tout en ayant le dessein de fréquenter d'autres hommes ?

- Je... pardonnez-moi. C'est que... je me rends bien compte que je ne présente aucun intérêt pour une jeune femme comme vous. Alors, je...

- C'est absolument faux ! Vous êtes un homme admirable, Severus. Et la femme qui vous épousera aura énormément de chance... mais...

- Cette femme ne sera pas vous, acheva-t-il à sa place.

- Non.

Severus hocha sobrement la tête, sans plus laisser paraître la moindre émotion.

- Puis-je vous demander pourquoi ?

- Parce que je ne suis pas elle.

- Je vous demande pardon ?

- Vous m'avez parfaitement comprise, Severus.

Le masque de Snape se fissura.

- Vous n'avez pas le droit...

- Si. Vous m'avez demandé pourquoi je ne voulais pas vous épouser. Voilà la raison. Vous ne serez heureux avec personne tant que vous n'aurez pas fait la paix avec la mémoire de Lily Evans. Et vous savez qu'il n'y a qu'une seule manière d'y arriver. En faisant la paix avec son fils.

- C'est impossible...

- Pourquoi ?

- Je vous l'ai dit ! Quand je le vois, je vois James Potter ! Je vois celui qui m'a volé ma fiancée !

- N'a-t-il donc rien de sa mère ?

Snape détourna la tête, hésitant à répondre.

- Si, dit-il finalement. Il... il a les yeux de sa mère.

- Alors comment pouvez-vous le détester ? Comment pouvez-vous détester quelqu'un qui a les yeux de la femme que vous aimiez tant ?

- Vous ne pouvez pas comprendre...

Hermione soupira doucement en secouant la tête.

- Je suis désolée, Severus.

- Est-ce que... est-ce que vous me ferez au moins l'honneur de votre amitié ?

- Evidemment. Je vous l'ai dit... vous êtes bien plus qu'un patient à mes yeux, et votre amitié compte énormément pour moi.

Severus lui sourit tristement.

- Prenez soin de vous, Hermione.

- Vous aussi, Severus.

Elle se dressa sur la pointe des pieds et posa un baiser sur sa joue. Puis, elle quitta la pièce sans se retourner.

O°O°O°O°O°O°O

Alors qu'elle refermait la porte du petit salon, Hermione chassa les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle savait qu'elle venait de faire énormément de peine à Severus et elle s'en voulait. Elle savait aussi qu'elle nourrissait des sentiments pour cet homme compliqué mais elle ne se sentait pas prête à y faire face pour le moment. Pas après la débâcle de sa relation avec Ron. Pas alors qu'un avenir prometteur s'ouvrait enfin à elle. De plus, ce qu'elle avait dit à Severus était vrai : elle ne voulait pas être le substitut d'une femme qu'il aimait manifestement toujours et qu'il ne parvenait pas à oublier. Elle voulait être aimée pour elle-même, pas parce qu'elle ressemblait à un fantôme du passé.

-Mademoiselle Granger ? dit une voix dans le couloir. Vous allez bien ?

Elle releva la tête pour voir Blaise Zabini qui l'observait avec inquiétude.

- Oui, dit-elle en s'essuyant les yeux et le nez avec son mouchoir. Tout va bien.

- Vous êtes sûre ? Il... il s'est passé quelque chose ? C'est... Severus ?

Hermione renifla et sourit bravement.

-Je ne suis pas très douée pour les au revoir. C'est un peu pathétique, mais c'est comme ça.

- Ne vous blâmez pas, répondit Blaise avec sollicitude. Ce n'est pas mon fort non plus.

- Vous prendrez soin de lui, n'est-ce pas ?

- Je vous le promets.

- Il... il risque d'être grincheux et il va sans doute rouspéter sur tout ce que vous lui demanderez de faire, mais vous devrez insister.

- Je sais, sourit Blaise. Il n'est pas très différent quand il commande un navire...

- Oh... oui. Je suis désolée... j'oublie parfois que vous le connaissez encore mieux que moi.

- Ce n'est pas grave. Vous avez fait énormément pour lui. Sans vous, il se serait laissé dépérir dans cet hôpital.

- Je... je n'ai fait que mon devoir, dit Hermione en haussant les épaules.

- Vous avez fait bien plus que cela.

Hermione baissa les yeux. Elle avait l'impression que le métis lisait en elle comme un livre ouvert.

- Peu importe, dit-elle. Il faudra veiller à ce qu'il prenne ses médicaments et fasse ses exercices. Je peux compter sur vous ?

- Bien entendu.

- Merci, Monsieur Zabini.

- Merci à vous. Et bonne chance pour votre formation.

Hermione lui sourit et le salua. Quelques minutes plus tard, elle était installée dans la voiture qui la conduisait à la gare et laissa libre cours à son chagrin.

O°O°O°O°O°O°O

- Vous avez demandé à me voir, Lucius ?

- Oui, Blaise. Assieds-toi, je te prie.

Blaise prit place sur le siège qui faisait face au large bureau de Lord Malfoy.

- Si je t'ai demandé de venir, commença Lucius, c'est pour t'expliquer ce qui s'est passé l'autre jour, lors de la visite du Baron Dursley.

- Vous n'avez rien à m'expliquer. Je... j'ai bien conscience que tout le monde ne comprend pas la raison de ma présence sous votre toit et que celle-ci peut s'avérer embarrassante. J'ai aussi conscience de la chance que j'ai eu de ne pas finir dans un orphelinat ou à la rue, grâce à vous, alors...

- Et moi, je souhaite te donner cette explication, coupa Lucius. Je te prie donc de m'écouter sans m'interrompre.

Blaise hocha la tête et écouta attentivement ce que le Comte avait à lui dire. A la fin du récit, il était à la fois en colère contre les Dursley et terriblement chagriné pour Harry.

- Je vois, souffla-t-il. Vous deviez gagner la confiance de ces... gens et vous ne pouviez donc susciter leur hostilité en prenant ma défense.

- Tu as compris. Si je n'étais pas tenu par cette mascarade, crois-bien que je leur aurais fait ravaler leurs propos.

- Je vous remercie, Lucius. Cela compte beaucoup pour moi.

Il hésita un instant, avant de demander :

- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire ? J'ai beaucoup de sympathie pour Lord Black et j'aimerais lui venir en aide.

- A vrai dire, tu peux nous aider.

- Comment ?

Lucius lui résuma son plan.

- Cela signifie que je dois laisser les Dursley croire que je suis un domestique.

- Malheureusement, oui.

- Peu importe, dit Blaise avec un sourire mauvais. L'important est de les faire payer. Et renverser une tasse de thé bouillant sur cet infâme personnage sera pour moi une douce vengeance.

Lucius se leva et contourna son bureau. Il posa une main sur son épaule.

-Je n'en attendais pas moins de toi, fils.

Blaise écarquilla les yeux, pas certain d'avoir bien entendu.

- Tu es un Malfoy, dit Lucius. Et les Malfoy se soutiennent toujours les uns et les autres.

- M... merci, bafouilla Blaise.

C'était la première fois que Lucius Malfoy reconnaissait devant lui leur lien de parenté. Et ce que Blaise ressentit était tout simplement indescriptible.

O°O°O°O°O°O°O

16 janvier 1912 – Manoir Malfoy

- Monsieur le Comte, dit prudemment Carson. Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais... est-ce normal que Monsieur Zabini soit vêtu d'une livrée de domestique ? Et qu'il prétende vouloir servir le thé à vos invités ?

- C'est parfaitement normal, Carson. Ne vous inquiétez pas.

Le majordome haussa ses sourcils broussailleux, décontenancé par la réponse du Comte.

- Nous allons jouer un tour aux Dursley, expliqua Lucius.

- Un tour ?

- Parfaitement. Voyez-vous, je n'ai pas apprécié la manière dont ils se sont comportés lors de leur dernière visite et je compte bien leur apprendre où est leur place.

- Hm.

Carson sembla réfléchir quelques instants, puis hocha la tête.

- Eh bien ma foi... je pense qu'ils l'auront mérité.

- Je le pense aussi.

- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour... aider ?

- Veillez à ce que l'eau du thé soit très, très chaude.

- Bien sûr, Monsieur, répondit le majordome avec un petit sourire.

Une heure plus tard, il entra dans la bibliothèque en annonçant :

-Le Baron Dursley.

Lucius se porta à la rencontre de son invité qui entrait d'un pas conquérant dans la pièce. Il portait une mallette à la main.

- Mon cher Baron, c'est un plaisir de vous revoir, dit-il, affable.

- Moi de même, Lord Malfoy.

- La Baronne ne vous a pas accompagnée ?

- Non. Elle est souffrante.

- Oh ? Rien de trop grave, j'espère ?

- Hm... un mauvais rhume.

- Vous lui souhaiterez un prompt rétablissement.

- Je n'y manquerai pas. Mais trêve de bavardages. Où est mon tableau ?

Le Comte se raidit face au ton directif de Dursley. L'homme ne semblait pas disposé à s'attarder plus longtemps que nécessaire et Lucius se mit à craindre qu'il refuse de rester prendre le thé. Il allait devoir jouer finement afin de l'amadouer.

-Venez, dit-il. J'ai fait en sorte qu'il soit placé dans une caisse afin qu'il ne s'abîme pas pendant le transport.

Lucius accompagna Dursley jusqu'au fond de la pièce et désigna une caisse en bois posée sur une table. Le tableau reposait à l'intérieur sur un lit de paille, entouré d'un épais tissu en velours.

Vernon Dursley écarta les pans du tissu pour découvrir l'œuvre qu'il venait d'acquérir. Lucius le regarda procéder à un examen minutieux, non sans une certaine appréhension. Il savait que la copie était d'une qualité exceptionnelle et qu'il y avait peu de chances que Dursley remarque quoi que ce soit, mais il fut tout de même soulagé de voir le baron hocher la tête d'un air satisfait.

-Parfait, conclut ce dernier.

Il souleva la mallette qu'il transportait et l'ouvrit devant Lucius, dévoilant son contenu.

- 30.000 livres sterling. Le prix convenu. Vous pouvez compter, il ne manque pas une livre.

- Je ne vous ferai pas cet affront, répondit Lucius avec un sourire crispé.

Il prit la mallette et la referma, avant de la poser sur la table.

-Je vais appeler un valet pour qu'on scelle la caisse et qu'on la dépose dans votre voiture. Pendant ce temps, nous pourrions prendre le thé.

Dursley consulta ostensiblement sa montre à gousset mais Lucius ne lui laissa pas le temps de refuser son invitation. Il tira sur le cordon pour appeler un domestique. Il fallut quelques secondes à peine pour que Carson fasse son apparition.

- Monsieur le Comte ?

- Ah, Carson. Faites venir William et Alfred pour qu'ils emportent la caisse contenant le tableau. Veillez à ce qu'elle soit soigneusement scellée avant d'être amenée à la voiture du Baron. Et faites aussi monter du thé.

- Bien, Monsieur le Comte.

Après le départ de Carson, le Comte fit asseoir son invité dans un des canapés. Au même moment, les deux valets entrèrent pour emporter la caisse.

- Vous souvenez-vous du Comte Dolohov ? demanda Lucius à brûle-pourpoint.

- Comment pourrais-je oublier ce mécréant, maugréa le baron.

- Eh bien, figurez-vous qu'il m'a contacté la semaine dernière...

- Ah oui ?

Lucius eut un petit sourire en coin. Il avait attisé la curiosité de Dursley qui ne songeait plus à vouloir partir tout de suite.

- Il semblerait qu'il ait eu vent de notre... affaire.

- Comment est-ce possible ? Je n'en ai parlé à personne ! s'exclama Dursley.

- Oh, je n'en doute pas. Mais vous savez mieux que moi que le monde de l'art est un petit milieu...

- Que voulait-il ?

- Me convaincre de lui vendre le della Francesca, bien sûr. Il m'en offrait 35.000 livres sterling.

- Quoi ? Et vous avez refusé ? Vous ne m'avez même pas demandé de m'aligner sur son prix !

- Pourquoi l'aurais-je fait ? dit Lucius en haussant les épaules. Je m'étais engagé à négocier avec vous, pas avec lui. Je suis un homme de parole, mon cher Baron.

Vernon Dursley le fixa avec étonnement.

- Eh bien, je ne vais pas m'en plaindre, dit-il finalement. Mais pourquoi avoir privilégié mon offre ?

- Oh, c'est très simple. Vous êtes connu dans le milieu non seulement comme un grand collectionneur, mais surtout comme un connaisseur, Sir Vernon. Et je souhaitais que ce tableau revienne à quelqu'un qui aurait pleinement conscience de sa véritable valeur...

Dursley, sensible à la flatterie, se rengorgea.

-Evidemment. Je m'y connais davantage que ce... Dolohov, sorti de nulle part, et qui se prétend collectionneur. Ce n'est rien d'autre qu'un...

Il fut interrompu par l'entrée de Blaise qui portait un plateau sur lequel reposait une théière et deux tasses. Dursley ne put cacher sa désapprobation et son dégoût quand il vit le grand noir l'approcher.

Sans y faire attention le moins du monde, Blaise posa le plateau sur la table basse et fit le service. Il tendit la tasse à Dursley et s'avança ensuite avec la théière. Au moment où il allait verser le thé dans la tasse, son pied se prit dans le tapis. Le thé brûlant se répandit sur la manche du costume du baron, et sur sa main.

- AAAAARGH ! hurla ce dernier en se levant d'un bond.

- Oh Seigneur ! s'exclama Lucius.

- ESPECE DE BON A RIEN ! tonna Vernon en ôtant lui-même sa veste pour empêcher le thé brûlant de s'imbiber davantage dans la manche de sa chemise. VOUS ALLEZ ME PAYER CA !

- Tenez ! dit Lucius en lui tendant son mouchoir pour éponger la chemise et estomper la brûlure.

Puis il fit un geste en direction de Blaise :

-Apportez des linges propres ! Immédiatement !

Dursley, occupé à essayer de défaire ses boutons de manchettes de ses doigts boudinés et toujours en train de vociférer des insultes, ne fit pas attention au fait que Blaise emportait sa veste en sortant.

- Je suis mortifié, dit Lucius à son invité.

- Ce sale nègre ne perd rien pour attendre ! fulmina-t-il.

- Il sera sanctionné, vous pouvez en être sûr.

A ce moment, Blaise réapparut, accompagné d'un autre valet. Il déposa la veste de costume sur le dossier, derrière Dursley et lui tendit une serviette.

- NE M'APPROCHEZ PLUS ! cria-t-il en lui arrachant la serviette des mains et en la posant sur son bras.

- Voulez-vous que j'appelle un médecin ? proposa le Comte.

- Ce n'est pas la peine ! Je m'en vais !

- Sir Vernon, je suis vraiment désolé...

- Vous pouvez ! s'écria Dursley en prenant sa veste et en contournant le canapé.

Il marcha à grandes enjambées en direction de la porte.

-ET VOUS RECEVREZ LA NOTE DE LA BLANCHISSERIE ! clama-t-il avant de sortir.

Lucius et Blaise échangèrent un regard.

- C'est fait ? demanda Lucius.

- Oui.

- Parfait.

O°O°O°O°O°O°O

18 janvier 1913 – Godric's Hollow

Harry et Ron faisaient les cent pas dans le salon depuis plus d'une demi-heure, attendant avec impatience la venue de leur visiteur.

Quand la porte s'ouvrit enfin sur le majordome, ils étaient tous les deux dans un état de nerfs indescriptible.

-Lord Lucius Malfoy, annonça Spratt.

Harry s'avança immédiatement vers lui.

- Lucius, dit-il. Votre message était plus que concis. Comment cela s'est-il passé ?

- Jugez par vous-même, dit le comte.

Il posa sur la table un carnet noir en cuir souple, très légèrement élimé. Ron s'en saisit avec fébrilité et l'ouvrit.

- Par tous les saints, souffla-t-il. Vous avez réussi.

- Doutiez-vous de moi, Monsieur Weasley ?

- Vous me pardonnerez... mais votre plan était plutôt alambiqué.

- Peut-être. Mais il a fonctionné.

Lucius exhiba ensuite la mallette qu'il avait à la main.

- Et j'ai également récupéré l'argent détourné de votre domaine, Harry.

- Bon sang, je n'arrive pas à y croire.

Harry ouvrit la mallette et contempla des dizaines de paquets de livres sterling soigneusement empilés.

- Comme convenu, j'ai prélevé les... émoluments dus aux différentes personnes qui m'ont aidé, dit Lucius.

- Bien entendu, approuva Harry.

Il referma le rabat d'un coup.

- Nous n'y serions pas arrivés sans vous, Lucius. Je ne sais vraiment pas comment vous remercier.

- Oh, il y a un moyen.

- Lequel ?

Le comte s'adressa à Ron.

- Avec son fils en prison et l'argent qu'il a déboursé pour le tableau, Dursley ne pas tarder à revenir vers vous pour vous soutirer de l'argent.

- Je l'imagine bien, oui, dit Ron.

- Faites en sorte de le faire venir ici pour le confronter, dit Lucius. Et permettez-moi d'être présent. J'ai encore un compte à régler avec cet odieux personnage.

Harry et Ron échangèrent un regard.

- Bien sûr, dit Harry. C'est le moins que nous puissions faire !

- Dans ce cas, c'est entendu, répondit Lucius avec un sourire sardonique.

Il tendit la main à Harry et Ron pour les saluer avant de quitter la pièce.

A suivre...


Des raisons professionnelles m'empêcheront de publier samedi prochain. Je vous retrouve donc le 8 mars pour le chapitre 24.

A bientôt !