Caroline s'était réjouie d'acheter un thé noir, à l'odeur parfumée de gingembre et de cannelle, dans un grand gobelet multicolore.

« Fantastique ces Moldus », ronronna-t-elle avec entrain.

Elle poussa la porte de la boutique, dans un son de cloche familier, puis se mêla à la foule Moldue qui déambulait dans la rue. Caroline trempa ses lèvres dans son thé, jetant un coup d'œil intéressé à l'entrepôt lugubre à sa gauche. Il n'avait plus l'air de servir à qui que ce soit à l'heure d'aujourd'hui. La porte était barrée par des planches en bois, cloutées à même la façade. Personne ne prêtait attention à l'entrepôt, ni même à ce qu'il pourrait cacher en son fort. Caroline termina son thé noir, jeta le gobelet dans une poubelle et s'éloigna de la foule discrètement. Dans un coin sombre, abritée du boucan de la rue, elle se frotta les mains pour se réchauffer et transplana.

L'entrepôt était vide, pas même un rat n'y avait élu domicile. Caroline sortit sa baguette de sa poche et chuchota un sortilège du bout des lèvres. Elle ne vit d'abord rien, mais elle remarqua finalement qu'une porte était apparue dans le fond de l'entrepôt. Caroline esquissa un sourire mutin, malgré l'énorme frousse qu'elle avait. Bianca n'avait pas menti, un sorcier s'était donné la peine de dissimuler quelque chose aux yeux des Moldus. Tout ceci était très suspect.

Caroline avança lentement, sur la pointe des pieds, en direction de la porte. Elle était légèrement entre-ouverte. Le cœur de Caroline bondissait fort, elle le sentait vibrer dans sa poitrine. Était-elle réellement seule ? Ses jambes se ramollissaient telles des guimauves fondues au-dessus d'un feu de camp. Si elle n'était pas seule, qui donc se cachait derrière la porte ?

Elle pensa subitement qu'elle aurait peut-être dû avertir Remus ou Sirius. Ils étaient tous deux de brillants sorciers, ils savaient se défendre contre les forces du Mal et n'hésiteraient pas à lui venir en aide. Alors pourquoi s'acharnait-elle à garder toute cette histoire scrète ? Et pourquoi Sirius & Remus étaient-ils si avenants et agréables ? Elle n'aurait pas hésité à abandonner son propre père si le danger se profilait au loin. Caroline n'était ici que pour réparer l'injustice qu'avait subie Georges. Il était mort dans l'anonymat le plus complet. Personne n'aurait envie de mourir ainsi. Elle n'était pas revenue pour Remus, mais le voir si près d'elle, entendre sa voix, tout ceci l'avait replongée dans une tranche de son passé et elle n'avait plus aucune idée de ce qu'elle devait faire. Néanmoins, une chose était sûre, Bianca pourrait se débrouiller seule, qu'importe le Mangemort qui la poursuivait. L'amatrice d'histoires Moldues qu'elle était ne lui serait d'aucune utilité.

Et aujourd'hui, sa curiosité lui avait fait défaut. Elle se retrouvait de cet entrepôt, seule et à la merci de ce qui se cachait derrière une porte entre-ouverte.

Caroline cessa de tourner autour du pot et poussa délicatement la porte. La pièce exiguë n'était pas éclairée. Elle illumina de sa baguette le bureau jonché de photos, d'articles de presse et d'autres documents officieux.

« Il n'y a personne. »

Caroline ferma la bouche, écoutant sa voix résonner en boucle. Elle posa la main sur une des photos quand elle reconnut le visage de sa mère. Caroline lui ressemblait beaucoup, elle avait l'impression de voir son reflet dans une glace. Les mêmes fossettes, les mêmes cheveux blonds. Une autre photo attira son attention sous celle-ci. Elle représentait deux personnes enlacées, dans un décor hivernal de toute beauté. Le genre de décor que Jack détestait mais que sa mère avait toujours adoré. La mâchoire de Caroline se contracta. Edgard Morval tenait sa mère dans ses bras, avec un grand sourire aux lèvres. Ils avaient l'air de rire, d'être heureux ensemble sous le soleil couchant. L'injustice se fit plus forte dans le cœur de Caroline. Sa mère avait-elle toujours préféré Edgard à Jack ? Elle n'était pas devenue Mangemort par hasard, elle l'avait fait par amour. Caroline détesta se l'avouer, mais c'était certainement la vérité. Elle déchira la photo en deux, avec la subite envie de vomir ses tripes. Sa mère trompait son père avec ce fichu Mangemort. C'était ignoble.

« Papa était-il au courant ? »

Caroline déchira toutes les photos qu'elle trouva, même celle d'Elly et de Celia. Sa haine était palpable. Tous les documents qu'elle vit sur le bureau confirmèrent le fait que c'était bel et bien le repère des Morval. Caroline eut la bouche emplie d'amertume. Un sortilège de désillusion et elle aurait pu les surprendre, les tuer sans qu'ils n'aient eu le temps de se défendre. L'idée était tentante. Mais cette porte entre-ouverte n'était qu'un leurre. Une couche épaisse de poussière recouvrait les objets environnants. Personne ne devait être revenu ici depuis des mois. Cherchait-on à la piéger ? Est-ce que quelqu'un avait délibérément voulu qu'elle tombe sur ces photos ? Caroline eut brusquement envie de s'enfuir. Une sensation oppressante prenait sa poitrine en étau. Dans son dos, la porte claqua d'un coup sec. Elle trébucha contre le coin du bureau, en se retournant, les yeux rivés sur la photo épinglée contre la porte.

Elle et Remus, s'embrassant dans son dortoir.

Le sang de Caroline ne fit qu'un tour. Qui avait bien pu prendre ce cliché ? Bianca n'aurait jamais osé faire une telle chose. Mais ce n'était pas tout. Le clou était planté dans sa tête et du sang séché s'en échappait, serpentant jusqu'au bas de la porte. Caroline eut envie de vomir une deuxième fois. Lentement, elle détacha la photo du mur et la fourra dans sa poche. Et avant qu'elle n'ait pu trouver une explication logique à ce qu'elle vivait, de la fumée s'engouffra dans la pièce. Caroline la regardait monter le long de ses jambes, absente. C'est l'odeur de brûlé qui l'alarma. Elle ouvrit la porte et découvrit l'entrepôt en feu. De grandes flammes s'élevaient jusqu'au plafond et dévoraient les dernières planches en bois qui retenaient la taule. Caroline toussa difficilement, la fumée s'était déjà invitée dans ses poumons. Elle n'attendit pas une seconde de plus; son corps disparut dans un tourbillon silencieux.

Elle atterrit à l'endroit même où elle se trouvait avant de transplaner dans l'entrepôt. De l'extérieur, l'incendie paraissait encore plus agressif. Les murs s'effondraient, puis vint le tour du toit. Les Moldus avaient déjà tracé un périmètre de sécurité à l'aide de leur banderole fluo. Caroline reprit son souffle, s'aidant du mur en briques pour rester debout. Quelqu'un avait mis le feu à l'entrepôt pour lui faire peur. Ce qui avait diaboliquement fonctionné, Caroline tremblait et ses joues noircies la brûlaient terriblement.

Pourquoi s'était-elle sentie obligée d'y aller ? Et pourquoi Bianca lui avait-elle écrit cette lettre ? Quelque chose n'était pas clair, Caroline pressentait qu'elle était à nouveau plongée dans une énigme insoluble. Elle préféra quitter les lieux avant qu'un Moldu ne la soupçonne d'avoir mis le feu. Avec la chance qu'elle avait, ceci aurait été tout à fait possible.


Elle se débarbouilla le visage avant d'entrer dans le Ministère. Heureusement, personne ne faisait attention à sa tenue décousue. Où pouvait bien se trouver cet abruti de Percy ? Son bureau était certainement à côté de celui de Fudge. Caroline arpenta les nombreux couloirs, jusqu'à tomber nez à nez avec le Ministre de la Magie en personne.

« Caroline ! Je suis bien content de te revoir. Ton père m'a dit que tu étais revenue de ton voyage… »

Il se tenait les hanches, un sourire nerveux aux lèvres. Caroline le trouvait très stressé, quelques gouttes de sueur longeaient son visage rondouillet. Elle lui sourit en retour et jeta un coup d'œil à la femme toute de rose vêtue, qui se tenait près de lui. Pas la moindre trace de Percy en revanche.

« Curieuse idée de revenir maintenant. »

Le regard de Caroline foudroya la femme en rose méchamment. Elle n'aimait pas les insinuations voilées derrière ces simples mots. Même si elle était la fille du Chef des Aurors, elle n'en restait pas moins suspecte aux yeux du Ministère.

« Et votre nom ? » demanda Caroline.

La femme sourit d'un air ravi, en penchant la tête de côté.

« Dolores Ombrage, ravie de vous rencontrer Caroline. Votre père fait du bon travail, un honnête homme… J'ai entendu dire que vous étiez là quand Sirius Black avait été retrouvé à Poudlard.

- Je ne vois pour où vous voulez en venir, se rebiffa Caroline.

- Oh, simple constatation. Il semblerait que vous ayez attiré la lumière sur vous l'année dernière, je me demandais juste ce qui a poussé une jeune fille comme vous à partir seule aussi longtemps. »

Caroline plissa les yeux, légèrement troublée par son ton accusateur.

« Ça ne vous regarde pas, Madame Ombrage. »

Cette dernière se pencha subtilement en avant et murmura pour que seul Caroline puisse entendre ce qu'elle chuchota :

« Comme la "relation" que vous entreteniez avec votre professeur de Défenses Contre les Forces du Mal je présume, qui était mystérieusement le meilleur ami de Black ? Ne jouez pas ce petit jeu avec moi Caroline, si j'avais des preuves solides, j'aurais…

- Pardonne-nous Caroline, mais nous devons y aller », déclara le Ministre fermement.

Dolores se redressa, sous le regard courroucé de Cornelius, et lui emboîta le pas en arborant un sourire hypocrite. La jeune femme paraissait calme en apparence, mais à l'intérieur, elle était en état d'apoptose. Comment cette mégère avait-elle mis le doigt sur ce qui s'était passé avec Remus ? Par le barbe de Merlin ! Caroline était certaine que Percy était dans le coup. Cet abruti avait-il délié sa langue ? Ombrage et Fudge étaient ses patrons, il ne serait pas surprenant qu'il ait tenté d'attirer leur attention par le biais de cette révélation. Mais quand même, que venait faire sa soi-disant relation avec Remus là-dedans ? Cette bonne femme était tout bonnement cinglée. Elle pensait sûrement lui faire peur, afin qu'elle avoue où se cachait Sirius…

Caroline finit par trouver Percy quelques minutes plus tard, occupé à ranger de la paperasse. Elle ne le salua pas, empoignant son costume hors de prix avec hargne.

« Qu'es-tu allé raconter à Fudge et cette mégère en rose ? »

Percy fronça les sourcils, peinant à reconnaitre Caroline sous l'étrange couche de suie qui recouvrait son visage par endroit.

« Lâche-moi Caroline.

- Leur as-tu parlé de Remus ? » siffla-t-elle.

Percy comprenait enfin ce qui énervait tant Caroline. Il se caressa la lèvre inférieure d'un geste excédé.

« Je n'ai rien dit d'autre que la vérité. »

La jeune femme recula de quelques pas. Elle n'était pas sûre d'avoir bel et bien entendu ce qui était sorti de sa bouche. Caroline se sentait presque trahie. Percy avait l'air inhumain, presque insaisissable, alors qu'il se trouvait juste devant elle.

« Comment as-tu pu faire ça ?

- Il ne craint rien, mon témoignage n'est pas suffisant pour qu'il soit accusé. »

La mine outrée de Caroline n'échappa pas à Percy, qui continua à clamer froidement :

« Mais il est tout à fait normal de se poser certaines questions.

- Comme ?

- Comme où se cache Sirius Black. Et ne vient pas me dire que ça n'a rien à voir, je sais que le professeur Lupin a joué un rôle dans son évasion. Tu sais où Black se trouve. »

Doux paradoxe. Caroline savait que le Ministère se servait de Sirius pour expliquer tous les évènements troublants de ces derniers jours. Un coupable idéal.

« Tu sais très bien que c'est un Loup-garou et qu'il était dans la forêt. Il n'a pas pu aider Black à s'échapper. »

Ces mots étaient douloureux, Caroline n'avait jamais évoqué ouvertement la nature de Remus avec quelqu'un d'autre.

« Il n'en reste pas moins coupable, il s'est attaqué à toi et tu aurais pu mourir. Ce monstre devrait être enfermé à Azkaban. »

Caroline en était bouche bée. Le dégoût de Percy se lisait sur la moindre parcelle de son visage. Ses lèvres retroussées accentuaient sa colère, si bien contre elle mais aussi contre Remus.

« Tu as changé Percy.

- Je suis juste lucide. Tu devrais en faire autant.

- Non. Avant, tu n'aurais pas été raconté ce qui s'est passé avec Remus et tu… tu n'aurais pas dit des choses aussi terribles à ton père. »

L'éclat de haine qui brilla dans les yeux de Percy effraya Caroline. Devenait-il aussi fou que son patron ?

« Sors d'ici. Je ne veux plus te voir Caroline. »

Elle recula lentement avec l'étrange sensation qu'une partie d'elle se fissurait. Percy lui tournait le dos, et à la place de s'en réjouir, elle en était terriblement déçue. Elle fila avant qu'il ne voie la petite larme qui roulait sur sa joue. Caroline s'était déjà assez ridiculisée aujourd'hui. Elle fit un crochet par le bureau de son père en quittant le Ministère. Il était très occupé, elle ne resta en sa compagnie qu'un instant. Il avait réservé une table dans un restaurant gastronomique Moldu, pour le lendemain soir. Caroline était très stressée, Jack était-il au courant de ce qui s'était passé entre elle et Remus ? Elle cogita sur ce sujet durant plusieurs heures, le temps de rentrer à pied au Square Grimmaurd. Caroline en avait même oublié l'incendie et les photos compromettantes d'Edgard & sa mère.


Quand elle pénétra dans l'entrée de l'Ordre du Phénix, Molly et les enfants Weasley étaient encore en plein nettoyage. Elle salua furtivement la femme d'Arthur et monta à l'étage. Inutile de parler à Molly de sa conversation avec Percy, elle n'en serait que plus peinée.

Et Remus, que penserait-il de l'incendie, de l'attitude de Percy et des photos ?

Caroline soupira longuement, elle devait arrêter de penser à lui. Sinon, elle finirait folle dans un asile Moldu.

« Caroline. »

La voix de Sirius la fit sursauter. Il avait surgi d'une pièce, au fond du couloir, l'épaule appuyée contre le mur. Caroline le regarda droit dans les yeux. Elle avait l'impression qu'il riait. Ce qui était loin d'être le cas. Elle sentait la fumée, même après s'être aérée plusieurs heures d'affilées. Sirius avait déjà remarqué les taches de suies sur son visage et ses habits. Elle s'était encore fourrée dans un mauvais plan.

« Je suis allée voir Percy au Ministère, sourit-elle innocemment.

- Mondingus t'a vue partir ce matin et tu sens la fumée comme si tu t'étais roulée dans un tas de cendres.

- Encore ce nain », marmonna-t-elle.

Sirius voulut enfoncer le clou, mais un cri strident retentit dans toute la baraque. Quelqu'un criait, et même très fort. Caroline se boucha les oreilles, captant tout de même les « INFAMES SANG DE BOURBE », ainsi que les « TRAITES A VOTRE SANG », que la douce mère de Sirius hurlait depuis son tableau. Caroline déchanta rapidement quand la main de ce dernier l'agrippa par le bras et qu'il la força à le suivre au rez-de-chaussée. La mère Black transperça Caroline de ses onyx glaçants, alors que Sirius la lâchait pour aider Molly à refermer le rideau.

« TRAINÉE !

- Eh dis donc ! » s'empourpra Caroline.

Un autre cri déchirant sorti de sa gorge. Caroline resta de marbre, les yeux fermés, priant pour que le rideau se referme le plus vite possible. Finalement, l'odieux chant cessa et Caroline put enfin soupirer de soulagement. Cette vielle folle était flippante. Sirius passa la main dans ses cheveux, replaçant ses mèches brunes de chaque côté de son visage. Caroline était gênée, pourquoi fallait-il qu'elle l'ait traitée de traînée devant tout le monde ? Les deux jumeaux Weasley lui adressaient des regards rieurs, tandis qu'Harry et Ron se retenaient de rire derrière la manche de leurs jaquettes.

« Je voudrais vous y voir, vous, dit-elle à l'attention de Fred et Georges.

- Ne le prends pas comme ça Dorm », rétorqua l'un d'entre eux.

Caroline n'avait jamais réussi à les distinguer. Pour elle, ils avaient la même « tronche ». Percy ne lui avait jamais présenté ses frères et sœurs, ce que Caroline regrettait un peu. Elle aimait bien la famille Weasley, même si elle prenait un malin plaisir à les regarder de travers.

« C'est quoi toute cette suie ? Tu sens vraiment mauvais. »

Fred grimaça en reniflant l'odeur qui s'échappait des habits de Caroline. Elle ne l'avait pas vu se rapprocher. De même qu'elle n'avait pas vu Sirius s'assoir sur une banquette, près d'elle. Caroline se racla la gorge nerveusement.

« J'ai emprunté une voie de cheminée pour me rendre au Ministère ce matin.

- Et tu as croisé Percy ? » demanda Georges tout bas, pour que sa mère n'entende pas.

Molly était retournée derrière les fourneaux. Caroline n'avait jamais parlé aux deux jumeaux jusqu'à aujourd'hui, elle était donc très surprise qu'ils se comportent aussi naturellement avec elle.

« Oui, je l'ai vu. »

Ils attendaient manifestement que Caroline leur raconte ce qu'ils s'étaient dit un peu plus tôt dans la journée. Elle n'était pas certaine que ce soit une bonne idée. Percy l'avait énormément déçue.

« Percy nous parlait beaucoup de toi avant. Nous, on ne t'a jamais vraiment parlé, mais on a l'impression de te connaître. Il n'en a pas l'air, mais Percy se soucie de ce que tu penses.

- Je suis désolée, mais je n'ai rien pu faire. »

Les deux jumeaux lui adressèrent un sourire poli, avant de repartir d'où ils étaient venus avant que la mère de Sirius ne les invite à son concert. Caroline fit de même, sauf qu'une main la retenait fâcheusement par le poignet. Elle leva les yeux au ciel, mais Sirius n'était pas aussi patient que Remus. Il ne souriait plus du tout.

« Tu as l'air préoccupée. »

Qui ne le serait pas après une journée pareille ? Caroline avait beau afficher son petit air taciturne, Sirius n'était pas dupe.

« Remus se fait du souci pour toi, et moi aussi.

- S'il se fait autant de souci que ça, pourquoi n'est-il pas venu me parler ? » s'enquit Caroline calmement.

Sirius hésita un instant. Ses yeux gris la déshabillaient avec douceur, Caroline préféra détourner les siens afin d'éviter de rougir comme une tomate.

« Il est actuellement en mission pour l'Ordre », lâcha-t-il finalement.

Le cœur de Caroline se serra. Était-il en danger ? Ou pire, était-il en compagnie d'une femme ? Elle se mordit la lèvre de dépit. Que pouvait-il bien trafiquer en ce moment ? Vivre dans l'ignorance était parfois beaucoup plus angoissant que de savoir la vérité.

« Il est tout seul ? »

Sirius resta impassible.

« Pourquoi veux-tu le savoir ?

- Parce que c'est plus dur quand on est seul. »

Sirius eut un petit sourire taquin et secoua la tête de droite à gauche. Remus avait donc un partenaire. Ou une partenaire. Caroline mâchait nerveusement une mèche de ses cheveux, imaginant une somptueuse créature dans les bras de celui qu'elle aimait. Par la barbe de Merlin ! C'était un spectacle effroyable.

« Je n'ai pas croisé que Percy aujourd'hui. »

Le regard de Sirius s'assombrit. Caroline se pencha vers lui, après s'être assise sur la banquette. Son souffle frais chatouillait les narines de Sirius.

« Fudge et une bonne femme en rose, Dolores Ombrage, m'ont accosté lorsque je le cherchais.

- Ce matin ? Ils se rendaient sûrement au procès de Harry. »

Elle avait complètement oublié le procès de Potter. Grâce à Dumbledore, il s'en était sorti de justesse. Caroline aurait été bien embêtée s'il avait été renvoyé de Poudlard. Elle aurait dû se le coltiner toute l'année. Car oui, elle projetait de rester au Square Grimmaurd jusqu'à ce qu'elle ait démêlé toute cette histoire.

« Ils ont l'air de fortement penser que je sais où tu te caches.

- Ce qui n'est pas faux », conclut Sirius avec humour.

Caroline lui donna un coup de coude dans le ventre, elle n'avait pas du tout envie de rigoler. Ce n'était pas lui qui était la pauvre cible d'un serpent camouflé sous d'atroces vêtements roses pétants.

« Merci de m'en avoir parlé », reprit-il plus sérieusement.

Elle acquiesça, se sentant plus détendue et sereine. Sirius se releva, tendant sa main à Caroline, dans un geste poli et gentleman.

« Je déteste ça.

- Cesse d'être rabat-joie Caroline. «

Curieusement, elle se mit à sourire, en se remémorant le temps où elle rabâchait les oreilles de Remus avec ce mot. C'était lui le rabat-joie, pas elle. Caroline glissa sa main dans la sienne, savourant le contact rugueux de leurs peaux et se dressa sur ses pieds.

« Si seulement Remus pouvait prendre ma main aussi simplement... », pensa-t-elle à regret.


Deux heures plus tard. Le corps de Caroline était étalé au travers du lit, à moitié déshabillé. Elle sentait une désagréable pression sur son nez qui la chatouillait. Ses yeux s'ouvrirent lentement quand elle fut suffisamment agacée, et ce qu'elle vit la laissa de marbre, avant qu'elle ne réalise l'absurdité de la situation.

« AAAHH ! »

Tonks releva la tête, cessant de chatouiller le nez de Caroline avec le bout de ses cheveux. Caroline s'enroula dans sa couverture et s'écrasa par terre en essayant de se lever dignement. Elle gisait aux pieds de l'Auror, avec un peu de bave au coin de la bouche.

« Désolée, je ne voulais pas te faire peur », ricana tendrement Tonks.

L'enthousiasme de l'Auror la fatiguait déjà. Caroline enfila un vieux T-Shirt qui lui arrivait aux genoux et de grosses chaussettes, quand Tonks sortit de sa chambre. Le dîner était prêt et elle n'avait apparemment rien de mieux à se mettre. De toute façon, ce n'était pas comme si Remus était… nom d'une chouette aveugle ! Il était en train de discuter avec Sirius et Tonks dans la salle à manger. Caroline essaya de se cacher tant bien que mal dans le dos de Molly en entrant dans la pièce. Une autre sorcière qu'elle ne connaissait pas était ici, ainsi que Kingsley et Mondingus. Arthur Weasley discutait avec eux.

« Caroline ! Viens vers nous ! »

C'était Tonks qui l'avait appelée. Maudite Auror ! Caroline ne se retourna pas, faisant mine de discuter avec le buffet. Pouvait-elle être encore plus pitoyable ? Harry Potter et Ron discutaient en bout de table, tandis que les jumeaux complotaient à voix basse à l'autre bout de la pièce. Elle était coincée, aucune excuse valable ne lui venait à l'esprit. Une main chaude enserra subitement sa taille et elle fut projetée avec douceur contre un torse musclé.

« Je sais bien que tu es un criminel, mais je ne désire pas être ta victime ce soir », déclara Caroline avec ardeur.

Ce n'est que quand elle s'assit à côté de Ron qu'elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire à Sirius. Par la culotte sale de Merlin ! Sa langue avait fourché, ce n'était pas du tout ce qu'elle avait voulu lui dire. « Je sais bien que je devrais dire bonsoir à Remus, mais je risque de lui arracher ses vêtements en même temps ». Caroline perdit les dernières couleurs de son visage livide. C'était encore pire ! Elle sentait le regard de Remus peser sur elle depuis son arrivée. Du coin de l'œil, elle le voyait en grande discussion avec Tonks, qui lui… touchait le bras. Les yeux de Caroline se transformèrent en grenades Moldues. Elle se força à tourner la tête et à manger un rognon de pain pour s'occuper l'esprit.

Ron et Harry discutaient de mauvais rêves, enfin, c'était ce que Caroline avait compris de leur conversation. Hermione les avait rejoints et s'était placée en face de la Serpentard. Celle-ci resta prostrée dans son coin, jusqu'au début du dîner. Ron lui avait adressé plusieurs regards désobligeants mais elle s'en fichait royalement. Rien n'était pire que de manger à côté de Tonks et Remus.

« Est-ce que le criminel peut s'assoir à côté de toi ?

- Un criminel fait ce qu'il veut, non ? »

Sirius posa ses mains sur la table, en enjambant le banc. Caroline les détailla avec intérêt. Elle adorait les veines saillantes des hommes. Sirius avait incontestablement de belles mains. Caroline jeta un regard à la dérobée à Remus. Contre toute attente, elle croisa ses prunelles chocolat, qui luisaient étrangement de... était-ce de la contrariété ? Son cœur ne put s'empêcher de s'affoler. Caroline trouva refuge dans le blanc de son assiette, comme elle en avait l'habitude.

« Alors comme ça, tu ne veux pas être ma victime ? ricana Sirius.

- J'ai déjà fait les frais de l'un d'entre vous », se défendit-elle en désignant son épaule.

Sirius planta son attention sur sa cicatrice.

« Tu n'as plus mal j'espère ?

- Non, depuis quelques mois déjà.

- Tant mieux. »

Un ange passa. Sirius servit un verre de Whisky Pur-Feu à Caroline, sous l'œil réprobateur de Remus. Bizarrement, elle était contente qu'il se soucie un peu de ce qu'elle faisait. Il n'était pas totalement indifférent. Caroline et Sirius trinquèrent ensemble avant d'entamer le dîner. Elle s'amusait plutôt bien avec Sirius. Ils discutèrent des Moldus, de son voyage, puis elle écouta Harry et ses amis une bonne heure durant, jusqu'à ce que le thé soit servi. A ce moment-là, Sirius s'éclipsa pour aller aux toilettes.

Un instant plus tard, une main se posa sur son épaule et elle crut impertinemment qu'il était déjà revenu. Caroline se décomposa lorsqu'elle tomba nez à nez avec Remus. Trop près, il était trop près. L'alcool lui embrouillait l'esprit, elle était incapable de réfléchir correctement. Les lèvres de son ancien professeur étaient si proches des siennes, il ne lui manquait qu'un peu de courage pour exaucer son rêve.

« Tu as trop bu, dit-il sans une once de sympathie.

- Bonsoir à toi aussi. »

Elle était légèrement refroidie. « Le voilà le vrai rabat-joie ». Par esprit de contradiction, Caroline termina son verre sous son nez. Elle n'était plus son élève, elle avait le droit de faire ce qu'elle voulait. Remus soupira au creux de son oreille. Il déclencha une série de frissons dans la nuque de Caroline.

« Est-ce que l'on peut se parler seul à seul ? »

Elle était tentée de dire non. Mais au fond d'elle, elle ne pouvait rien lui refuser. Du moins, pas dans son état actuel.

« D'accord. »

Elle se leva difficilement, refusant toute aide, et le suivit discrètement à l'étage. Tout le monde discutait dans le brouhaha, personne ne les avait vu s'éclipser. Et heureusement, car personne ne devait se douter de ce qu'il s'était passé entre eux. Sirius croisa Remus dans le couloir, juste avant qu'il n'entre dans la chambre de Caroline.

« Bonne chance, elle n'a rien voulu me dire, c'est vraiment une teigne », lui murmura Sirius.

Remus échangea un sourire avec son ami, comme au bon vieux temps. Le prisonnier d'Azkaban regagna la salle à manger, et Remus ferma la porte derrière lui. Si seulement Sirius savait, il ne l'aurait pas laissé seul dans cette chambre avec Caroline.


Bonsooir ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes, et que ce chapitre a été à la hauteur ! Merci à faolbee, Leslie (Coucou ! Je crois que Sirius et Remus ont remarqué que quelque chose cloche avec Caroline, mais elle est fermée comme une huitre alors c'est un peu difficle pour eux de l'aider. Mais bon, ça va peut-être changer dans le prochaine chapitre, Remus et Caroline ont enfin l'occasion de discuter tranquillement cette fois-ci aha! En tout cas, j'espère qu'il y a un peu de mystère dans tout ça et que la suite te réservera des surprises ! Merci pour toutes tes reviews !), Julie (Coucou ! Moi je suis très contente que tu aies lu cette histoire plutôt que de faire tout ce qu'il y avait sur ton planning ahah. Et merci d'avoir pris le temps de laisser une review, ça me fait chaud au cœur ! La suite t'a-t-elle plu ? Je prie pour !) , Chl007, Amandine Valentine et LilyPorridge pour vos reviews, je ne carbure qu'à ça ! Dankre ! :D