Chapitre 25 : Surprise révélée

House ferma les yeux un instant et respira bruyamment.

« Elle était réveillée… Ce qui veut dire d'une que Wilson avait raison, et de deux, moi aussi puisqu'elle n'avait pas juste un peu « bougé »… Donc elle savait d'avance que j'étais parti et elle n'a pas prit la peine de se réveiller miraculeusement et me faire la morale pendant trois heures… En résumé, je suis en proie de vivre les pires moments de ma vie… »

Elle lui laissa le temps de tergiverser sur cette nouvelle, puisqu'elle savait qu'elle n'échapperait pas non plus à ce genre de spéculations.

« Il est bien allé à l'hôpital… Ce qui veut dire d'une qu'il a tout raconté à Wilson, et de deux, il risque d'y retourner pour lui dire que j'étais réveillée… Donc il savait d'avance qu'il regretterait ce qu'il faisait – m'embrasser – mais il n'a pas prit la peine de se poser les questions nécessaires… En résumé, je suis en proie de vivre les pires moments de ma vie… »

Elle secoua la tête brusquement et reporta son attention sur l'homme qui lui faisait face. Lui aussi, était redescendu sur terre. Il fit une petite moue gênée avant de se rapprocher d'elle d'un ou deux pas.

« Mais qu'est-ce qu'il fabrique ? »

Cette question vint à l'esprit d'Allison quand il commença à se pencher légèrement vers elle.

« Mais il est fou ! »

Elle tenta de dire quelque chose mais aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Elle espéra du plus profond que la position dans laquelle ils étaient – elle les bras ballants devant un homme qui baissait le visage vers elle – ne demeurait pas trop « révélatrice » pour Chase.

« Chase, murmura-t-elle pour que ladite personne n'entende rien. »

House daigna enfin d'arrêter son mouvement et se redressa de quelques centimètres. Il ne la quitta pas des yeux pour autant, essayant de chercher le moindre sentiment qu'elle pouvait ressentir en ce moment – de l'amour, peut-être ? Non, il était sûr qu'elle en éprouvait en ce moment même tout comme elle en éprouvera le lendemain.

« Hum, hum. »

Ils se tournèrent vers Chase qui produisait ce « toussotement » bien faussement joué. Ce dernier accusait directement House du regard. Allison soupira et chercha le sujet de départ de la conversation qu'elle venait d'avoir avec House.

« Quand est-ce qu'il avait entendu la conversation entre Chase et Treize ! se rappela-t-elle soudainement. »

Chase se rapprocha d'eux, la mine mi-décomposée mi-renfrognée. Il n'aimait pas ne pas comprendre, et ce « caractère » était simplement une facette du vrai caractère de House, qu'il enviait sans se l'avouer ni le vouloir vraiment. Quand il fut à une distance respectable d'eux, il se concentra sur son texte :

« Je peux savoir de quoi vous discutiez il y a à peine cinq minutes ? demanda-t-il avec désinvolture, ou du moins de la désinvolture qu'il voulait laisser paraître.

- Hum… Non, c'est classé confidentiel. En revanche si vous souhaitez tant que ça insister là-dessus… répondit House.

- J'insiste.

- Eh bien je lui expliquais quand est-ce que vous avez signé votre « arrêt de mort », vous vous rappelez de cette discussion avec Treize ? »

Chase déglutit difficilement. Il lança des regards noirs à House, et Cameron s'en aperçut aussi.

« Chase, dis-moi la vérité, ordonna-t-elle.

Il n'a pas a tourné autour du pot. Depuis presque une semaine je suis au courant d'une relation qu'il entretient avec Treize, et maintenant il vient chez moi simplement pour « regarder » comment je gère l'affaire ? Eh bien il ne devrait pas être si déçu que House soit plus respectable que lui. C'est presque si House a raison en pensant que Chase me fait plus souffrir que lui. Et c'est même plus que probable, maintenant qu'il est revenu… Est-ce qu'au moins, Chase est conscient du « mal » qu'il m'inflige actuellement ? Peut-être qu'après tout ce n'est pas volontaire, qui sait ? »

Il plissa les yeux vers elle, sûrement pour essayer de capter ses émotions mais elle restait de marbre. Du moins elle essayait. Elle ne voulait pas qu'il sache ce qu'elle ressentait en ce moment, car s'il le devinait, les rumeurs sur les relations personnelles de la jeune femme feraient le tour de l'hôpital. Finalement, il arrêta de la toiser et se contenta de soupirer bruyamment.

« Et il continue de « faire son House »…Ce n'est pas parce que je conserve absolument la place de House dans cette maison qu'en l'imitant il en sera de même pour lui… C'est inconcevable de toute façon, Chase est avoué à partir un jour ou l'autre d'ici, quand il aura trouvé un autre lieu pour se loger… »

Elle lança un regard plus « appuyé » vers Chase pour qu'il réponde à sa question. Finalement il se décida :

« Je n'ai pas d'explications à te donner.

- Vraiment ? Je ne peux réellement pas savoir pourquoi tu emménages chez moi alors que tu entretiens une relation secrète avec Treize…

- Et moi je ne peux pas savoir ce qui se passe entre toi et House ? l'interrompit-il.

- Strictement rien… souffla House.

- Ajouté à cela que depuis ton arrivée c'est la pagaille dans l'appartement et plus rien ne fonctionne correctement, poursuivit-elle non sans lancer un regard plein de remerciements à House. »

Celui-ci lui répondit en un sourire façon « pas de quoi ».

« Il faut bien que les chasseurs s'entraident pour chasser le gibier, s'ils ne veulent pas se tirer dessus mutuellement… pensa-t-il, plus que fier de sa nouvelle métaphore.

- Et selon toi, c'est de ma faute ? s'exclama Chase comme s'il s'agissait de la meilleure blague, une lueur hystérique dans le regard. Ça ne t'ai jamais venu à l'esprit que peut-être… si House n'était pas là, ça serait plus simple ?

- Excuse-moi de te l'avouer comme ça, mais il n'y avait « presque » aucun problème quand il n'y avait que House et moi.

- Qu'est-ce que tu entends par « presque » ?

- J'entends par là qu'hormis les blagues « housessienne » qu'il n'essaie même pas de cacher, il se comporte presque comme un véritable ange. »

Elle ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir vers House, qui se demandait de plus en plus si la jeune femme avait un problème neurologique.

« Il y a quand même ses fichues gaffes, ne l'ignore pas.

- Il n'y a rien d'insupportable là-dedans, et tu ne peux pas le savoir pour la bonne raison que tu n'étais pas là. Attends, j'essaie de me souvenir pourquoi… Ah oui ! Tu étais chez Treize, je m'en souviens maintenant.

- Arrête ce ton ironique, c'est ridicule.

- Pas autant que ta réaction, crois-moi. Tu es encore plus aveugle que moi. Je suis parfaitement consciente que je ne regarde pas les choses en face mais j'assume totalement. C'est peut-être même mieux que si je ne le savais pas. Et justement, toi, tu ne sais pas que tu es aveugle à un point traumatisant.

- Aveugle ? Donne-moi la vue, vas-y.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda-t-elle, lasse de toutes ces réflexions sans aucun sens.

- Qu'est-ce qu'il a fait comme bêtises ?

- Juste… »

Elle hésita un moment. Si elle répondait, les prétendues « erreurs » de House prendraient une ampleur qui ne ferait qu'augmenter. Elle se tourna vers House qui inclina le visage de quelques centimètres pour lui donner son accord. Elle réfléchit un moment au discours – voire même la tirade – qu'elle allait lui sortir avant de vraiment lui déballer :

« Pendant que je dormais il a balancé le salon dans un état catastrophique, c'est vrai. Il n'y avait pas de buts particuliers non plus. Pendant que je dormais, encore une fois, il a fouillé ma chambre à la recherche de quelque chose que je ne voulais absolument pas qu'il trouve. Mais il l'a trouvé, et maintenant je suis dans de beaux draps d'ailleurs. Et je ne te cache pas que j'étais particulièrement énervée dans ces moments là, Robert.

- Et comment tu as réagit, toi ? Comment tu l'as puni ? Ah non c'est vrai tu ne peux pas le punir…

- On a fait un marché. A chaque fois qu'il fait quelque chose de déplaisant, il doit me le rembourser. J'entends par là qu'à chaque fois qu'il fait une erreur, j'ai le droit de lui donner un ordre, quelqu'il soit.

- Et ils les respectent au moins, ces ordres ?

- C'est quelque chose qui ne te regarde pas, répondit-elle plus que catégoriquement. Et n'insiste pas, ce n'est pas la peine de te fatiguer pour rien.

- Je te le répète pour une énième fois : comment fais-tu pour le supporter ? Tu es quasiment inhumaine, je ne comprends pas… Il ne manipule vingt quatre heures sur vingt quatre et la seule chose que tu trouves à faire, c'est le défendre…

- J'y vois un certain intérêt, tu vois.

- Non, je ne vois pas du tout. Il n'y a aucun intérêt à tirer de cette affaire, abandonne tout de suite.

- Tu ne peux pas comprendre, et de toute façon je ne veux pas t'expliquer. »

Un sourire se dessina sur le visage de House quand il comprit où elle voulait en venir.

« Jolie manière de ne pas lui annoncer l'amour qu'elle éprouve pour moi… pensa-t-il, fière d'elle cette fois-ci. Même s'il serait plus correct de qualifier ce sentiment d'obsession irrationnel envers un obsédé tout aussi irrationnel. »

La deuxième satisfaction fut qu'il n'insista pas sur le point qu'elle refusait de lui expliquer cet « intérêt ». Il plaça une main sur son front et la fit glisser tout le long de son visage. C'était très certainement une manière de montrer sa lassitude.

« En bref, ça veut dire « fous le camp », c'est ça ? conclut-il.

- Les gens qui auront fait ce sous-titre là ne sont pas de bons traducteurs. En vérité il fallait traduire « Calme tes ardeurs Chase, nous ne sommes pas les seuls dans cet appartement ». »

Chase ferma les yeux.

« Bizarre, il me semblait que House faisait pareil quand il voulait réfléchir… pensa-t-elle. Qu'il ose me dire qu'il n'essaie pas de l'imiter… Enfin, s'il me le dit je crois que j'aurais le droit à une crise… Mais pas la même qu'avec House, évidemment. »

Elle en profita justement pour fixer ledit House, intensément comme elle aimait bien le faire. Un seul regard ne pouvait normalement pas contenir autant de sentiments, mais pourtant elle y parvenait. Dans un seul regard elle y mettait d'une part sa passion, son admiration, son obsession et elle n'avait pas de réponses à toutes les questions qu'elle se posait sur ses sentiments. Autrefois, elle n'arrivait pas à se dire qu'elle l'aimait, alors qu'en l'observant comme le faisait elle n'arrivait pas à se dire qu'elle ne pouvait pas l'aimer.

Quand il sentit vraiment un regard « profond » et « lourd de sens » se poser sur lui, il croisa les yeux d'Allison et lui sourit. Pour une fois, ce fut lui qui plongea dans ses prunelles plutôt que l'inverse. En moins que cette « noyade mutuelle » ne soit réciproque. A ce moment là, Chase rouvrit les yeux et soupira pour une énième fois. Cameron sursauta et House ria de cette réaction alors que Chase esquissait un sourire un peu forcé.

« C'est pas drôle ! marmonna-t-elle, boudeuse comme une gamine.

- Si, ça l'est, répondit House.

- C'est l'une des premières fois où vous vous trompez…

- Et pourtant ce n'est pas la première fois où vous me dites ça, et qu'au final vous vous rendez compte qu'encore une fois j'avais raison. »

Elle fit la moue mais n'osa pas lui répondre au risque de s'enfoncer encore plus. Elle évita son regard du mieux possible, mais justement ce « possible » n'était pas possible.

« J'ai l'impression d'enfin lire dans vos pensées… murmura-t-il en faisant attention à ce que Chase ne l'entende pas. »

Elle se concentra d'ailleurs à ce dernier.

« Si je me calme, tu ne me vires pas ? demanda-t-il tout plein d'espoir. »

Elle sourit à cette remarque. Elle ne savait même pas d'où elle tirait ce sourire, mais elle savait qu'elle souriait – quelque chose qu'on ne pouvait nier de toute façon, à moins de s'appeler House. Elle ne savait pas non plus s'il s'agissait d'un sourire « normal » ou d'un sourire ironique.

« Pourquoi devrais-je te virer si tu te tiens à carreaux ? répondit-elle avec de même « sourire ambigu ».

- Quelles sont les conditions de ma « sagesse » ? continua-t-il avec un nouveau soulagement bien qu'une partie de lui ne cessait de crier qu'il ne fallait pas qu'il s'arrête là.

- N'essayez pas de lui sauter dessus, par exemple… siffla House.

Allison l'assena d'un regard noir aussitôt imitée par Chase.

- Oh mais à part ça, tout peu aller très bien… se défendit le néphrologue comme si de rien n'était. »

La jeune femme leva les yeux au ciel. Elle était exaspérée du comportement du médecin mais d'une certaine manière, se sentir agacée de ses manies l'empêchait de rire et d'aller trop loin dans ce qu'elle ressentait.

« Si justement je ne suis pas encore allée trop loin… pensait-elle néanmoins. »

Elle évita de justesse de replonger dans ses pensées avant de s'adresser à Chase, sereinement :

« Evite seulement de faire tout et n'importe quoi pour que House finisse à la rue, d'accord ?

- Mais…

- Non, pas de mais. On essaie, on verra si ça marche un point c'est tout.

- C'est plus fort que moi, je ne le supporte pas…

- Comprends-moi un tout petit peu… C'est difficile pour moi de vivre avec un seul homme, alors imagine-moi avec deux hommes. Surtout que House en compte pour cinq, voire même dix. C'est une situation quasi insupportable pour moi, peut-être pour toi aussi je n'en sais rien, mais on essaie. »

Ses prochaines paroles furent adressées à House :

« Et si Chase fait des efforts, il est bien entendu que vous devez en faire autant.

- Il faut d'abord qu'il fasse des efforts, non ? S'il n'en fait pas, je ne suis pas obligé d'en faire n'est-ce pas ? »

Sa blague ne la fit pas rire, loin de là. Il parvint à lire dans ses prunelles que ce n'était pas le moment, pas avec Chase aux alentours.

« D'accord… Je vais « essayer » de faire des efforts mais attention j'ai bien dit « essayer ». Ce n'est pas du tout sûr que j'y parvienne, surtout que moi non plus je ne le supporte pas, marmonna-t-il vaincu.

- Merci bien ! lâcha-t-elle avec euphorie en se retournant vers les « deux hommes » qu'elle devait à présent supporter. »

Son euphorie ne se partagea pas. Chase grogna une énième fois avant de se rallonger sur le canapé. Cameron soupira de soulagement en voyant qu'il abandonnait « enfin » la partie, mais une vague de tristesse l'emporta quand elle tenta d'appréhender sa future situation. Elle profita de ce moment de tranquillité pour regarder sa bibliothèque. Elle fouilla du regard un livre intéressant dont les phrases n'étaient pas encore sues par cœur. Elle en choisit finalement un et s'installa sur une chaise de la cuisine – non confortable soit dit en passant – et bouquina sans se soucier vraiment de ce qui se passait autour d'elle, trop absorbée par son livre.

« Tu ne veux pas venir ici ? »

Elle releva la tête et regarda aux alentours, avant de voir que Chase l'observait.

« Aucun doute, c'est bien lui qui m'a parlé, se dit-elle avec une pointe d'amusement. »

Il enleva ses pieds du fauteuil pour faire une place à la jeune femme mais elle n'en fit rien.

« Ne t'inquiètes pas, je suis très bien ici, répondit-elle de son air le plus convaincant. »

Elle aperçut House, gêné, au milieu du salon à ne rien faire. Elle sourit à l'idée que pour une fois, il ne contrôlait pas parfaitement la situation, contrairement à ce qu'il croyait. Il s'avança discrètement vers elle et se pencha légèrement. Assez pour qu'elle entende et sente son souffle s'abattre sur elle. Il n'eut pas le temps de dire quelque chose qu'elle le devança :

« Si vous avez faim, vous n'avez qu'à cuisiner vous-même, dégaina-t-elle en espérant qu'elle ne supporterait pas d'avantages de tensions.

- Ça risque de poser un problème dans la mesure où vous ne tenez pas à ce que votre appartement finisse dans les flammes. »

Chase tendit l'oreille à ce moment là. En réalité, il tendait l'oreille à peine House eut-il fait quelques pas vers l'immunologiste. Cette dernière était parfaitement consciente que Chase les « épiait », et décida de le faire comprendre à House avec un petit signe de tête vers le chirurgien.

« Vous n'allez tout de même pas refuser parce qu'il est là ? s'offusqua-t-il. Je retourne le compliment du « il te manipule entièrement »… »

Elle frissonna à l'entente du tutoiement, bien qu'elle était consciente qu'il imitait le chirurgien.

« A quoi peut bien ressembler House quand il me tutoie ? se demanda-t-elle pendant environ une minute. Non, c'est ridicule de se poser cette question. Mais ce n'est peut-être pas impossible qu'il me tutoie, finalement…L'espoir fait sûrement parti d'une de mes fichues manies amoureuses, mais d'habitude je parviens à mes fins… »

Elle aperçut à peine le sourire en coin que House affichait.

« Ah je me doute bien que ça doit lui faire un choc quand elle entend un « tu » venant de ma bouche, surtout si c'est adressé à elle… J'espère quand même qu'elle est consciente que j'imitais Chase, sinon c'est moi qui suis dans de beaux draps…En réalité, ce n'est pas si désagréable de la tutoyer… Non, il faut que je m'arrête. Je ne peux pas me rapprocher d'elle, c'est trop dangereux. Je ne veux pas m'engager dans ce terrain là, un terrain beaucoup trop risqué. »

Quand le sourire de House se transforma en une grimace, elle comprit que lui aussi se posait des questions et décida finalement de répondre :

« Mais vous ne pouvez pas être plus discret ? s'exaspéra-t-elle en jouant faussement la comédie.

- Faites comme si je n'étais pas là, surtout… rétorqua Chase, las.

- Entendu, général Robert, répondit Cameron. »

Elle se leva et continua le plat, mis « sur pause » il y a quelques minutes, en ignorant les remarques mécontentes du « Général Robert ». Elle regarda cinq secondes dans sa direction et fut heureuse de constater qu'il ne pouvait l'observer d'où il était. Suite à cette constatation, elle fixa House avec envie. Il s'avança vers elle, se plaça juste derrière elle. Un sourire élargit ses lèvres, qu'il rapprocha vers l'oreille de la jeune femme.

« Pas très malin votre jeu du « je profite qu'il ne nous voit pas »… lui souffla-t-il de manière à ce que Chase ne l'entende pas. »

Elle reposa sa tête sur le torse de l'homme et lui rendit son sourire.

« Et ce n'est pas plus malin que de céder à mes envies… répliqua-t-elle. »

Il se redressa et elle se concentra exclusivement sur ce qu'elle faisait – histoire d'éviter que House ne refasse son bandage à la main. La douleur qui revint aussitôt suite à cette pensée ne l'étonna pas. Sa main frémit légèrement alors qu'elle jetait du plastique dans la poubelle.

« Ça va aller ? demanda-t-il sans intonations particulières.

- Oui…

- Sûre ?

- Certaine.

- C'est que je n'ai pas trop envie de rechanger votre bandage, voyez-vous… »

Il se pencha une deuxième fois vers elle, en même temps qu'il parlait.

« Vous trouvez que c'est malin de ma part de faire rager Chase ?

- Il n'y a pas plus bête…

- Mais c'est une bonne technique pour qu'il parte de la maison, non ? »

Elle ne répondit pas – elle n'avait pas de réponses à lui fournir, de toute façon.

« Sa « non réponse » prouve qu'elle veut qu'il parte. Et pas besoin de preuves pour savoir qu'elle veut que je reste… Qu'est-ce que je suis intelligent ! pensa-t-il. »

Il posa une main sur le dos de la jeune femme, sachant d'avance qu'elle était en proie à un gémissement inévitable. Il afficha un sourire en voyant qu'il ne se trompait pas. House ne se trompait jamais.

« Ce n'est franchement pas drôle… rétorqua-t-elle, en sachant sans se retourner que ça l'amusait.

- Je sais… que ça ne l'est pas pour vous.

- Ce qui sous-entend que pour vous, ça l'est. Super… »

Il fit glisser sa main de façon à ce qu'elle se retrouve sur une des hanches d'Allison. Il se servit de son autre main pour lui caresser la nuque. Elle émit « quelque chose » qui semblait plus fort qu'un gémissement.

« Arrêtez… supplia-t-elle, en sachant d'avance qu'il n'en n'avait rien à faire de ses protestations. »

Il se colla un peu plus à elle, ce qu'il lui prouva qu'elle avait raison sur le point qu'il se fichait totalement de ce qu'elle pensait.

« Je ne comprends pas… Pourquoi voulez-vous que j'arrête quelque chose qui vous obsède ? demanda-t-il.

- Vous m'insultez d'obsédée ?

- Pas dans ce sens là. »

Elle tapota un coin du mur, espérant que cette façon d'exprimer son agacement provoque en lui une réaction. Une réaction comme « il faut que j'abandonne » mais cela ne vint pas.

« Pourtant vous ne détestez pas… ce que je fais actuellement, insista-t-il. »

Il prononça cette phrase en passant un de ses bras autour de sa taille et la serrant contre lui. Elle tressaillit comme pour preuve qu'elle ne détestait pas « ce qu'il faisait actuellement ».

« Oh, bien sûr votre « mouvement » prouve que ça vous importe peu, se moqua-t-il. »

Elle ferma les yeux.

« Bon sang ce qu'il peut ne pas être malin parfois… Il suffit que Chase se relève de quelques centimètres pour qu'il nous voit et pique sa crise… Et si cela ne suffisait pas, il me pose un ultimatum, en sachant très bien mes pensées, se dit-elle.

- Vous taire en dit plus que ce que vous croyez, continua-t-il.

- Ecoutez, Chase n'est pas loin du tout et il suffit qu'il jette un coup d'œil dans la cuisine pour que ce soit un calvaire total ! lâcha-t-elle. »

Elle se félicita tout de même que la distance entre la cuisine et le salon soit assez grande pour que Chase n'entende rien aux murmures qu'ils prononçaient.

« Au moins vous avez une raison de le virer, dit-il une seconde fois.

- Si je le vire, il racontera probablement tout notre « jeu » à l'hôpital et ce sera le calvaire du calvaire.

- Et si vous le laissez ici il sera encore plus conscient de notre « jeu » et l'hôpital connaîtra les détails les plus… enfin, les détails qui sont réellement des détails. »

Une soudaine envie de casser quelque chose s'éveilla en Cameron. Elle serra tout simplement l'angle du mur du mieux qu'elle pouvait – n'étant pas une surhumaine, les chances pour qu'elle le casse était infime.

« Mais de quoi est-ce que j'essaie de me persuader finalement ? House n'est pas jaloux de Chase, car il n'a aucune raison de l'être. Il ne m'aime pas, et je lui ai promis une place certaine dans cette maison. Mais pourquoi est-ce qu'il continue d'espérer que je virerai Chase ? Je n'y comprends plus rien. »

Les pensées de la jeune femme étaient accompagnées d'un soupir que House remarqua.

« Je vous ennuie, peut-être ? demanda-t-il avec un sourire ironique.

- Non ! s'exclama-t-elle. »

House se détacha rapidement d'elle tandis que Chase se redressait pour observer la scène.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il. »

Allison se tourna vers lui.

« Bien joué, House… pensa-t-elle.

- Non, rien du tout, lui répondit-elle. »

Il fronça les sourcils, marque de son étonnement puéril.

« Je te jure que tout va bien…

- Alors pourquoi est-ce que tu as crié ? House te fait quelque chose ? Il t'embête ? »

Il trouva à cet instant seulement qu'il était étrange que son « espionnage » n'était pas efficace. Il comprit qu'ils lui cachaient quelque chose, mais ne devina pas quoi.

« Robert, il n'y a rien. J'ai juste… fait une mauvaise manœuvre avec la cuisine, c'est tout. Arrête d'être sur le qui-vive sans cesse. »

La manière qu'elle avait de le nommer l'apaisa soudainement et il se rallongea sur le canapé, sans pour autant détendre l'oreille qu'il tentait de pointer vers eux.

« Et il ça lui importe tellement si ma « mauvaise manœuvre » me coûte un doigt… pensa-t-elle avec dégoût. »

Houe fit la moue derrière elle. Non, il ne se sentait pas responsable d'avoir été à deux doigts d'être découvert, bien au contraire.

« Si je ne mettais pas retiré à temps, il nous aurait vu, se disait-il. »

Il se rapprocha de la jeune femme et recommença ce qu'il avait interrompu quelques minutes plus tôt.

« House, quand est-ce que vous comprendrez que ça suffit ? souffla-t-elle mi-exaspérée mi-satisfaite. »

Il ne répondit pas, se concentrant principalement sur ce qu'il était en train de faire.

Alors qu'une de ses mains se posait sur le ventre de la jeune femme, ils entendirent un toussotement. House se retourna sans reculer. Une seule pensée lui vint à l'esprit :

« Finalement, ce sera de ma faute… »