Chapitre 25

Il était six heures et demi du matin quand le petit appartement reprit enfin vie après une bonne nuit de sommeil. Mary Margaret, David et Henry prenaient le petit déjeuner veillant à ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller Emma qui avait veillé sur Regina toute la nuit.

Tout en buvant son café, Mary Margaret jeta un coup d'œil rapide sur sa fille endormie dans l'ombre de la chambre éclairée d'un maigre faisceau de lumière provenant de la cuisine. La blonde était avachie dans son fauteuil et était enroulée d'une couverture. Emma n'avait même pas prit la peine de se changer. Elle était encore en débardeur blanc, les cheveux attachés, vêtue d'un slim et de ses bottines. Elle avait la bouche entre-ouverte et ronflait que très légèrement. Blanche l'observa longuement. Comme elle regrettait de ne pas avoir assister au premier cauchemar de sa fille. De ne pas l'avoir bercer pour la regarder s'endormir. De ne pas lui avoir compté d'histoire avant d'aller dormir. Ce temps serait révolu pour toujours et la brunette ne cesserait jamais de s'en vouloir. Mary Margaret soupira doucement puis elle revint à la réalité. Des murmures de plus en plus fort l'appelait.

- Blanche, il est l'heure d'y aller. Tu emmènes Henry à l'école et je file directement au chenil. D'accord ? Demanda David.

- Excuse-moi...euh...oui. Henry, file te préparer. On ne va pas tarder.

Sur ces mots, Henry partit s'habiller, laissant ses grands-parents en tête à tête avec leurs tasses de café.

- David, je me demande toujours si on a bien fait d'abandonner Emma. Elle nous en veut tellement et ça me ronge. On ne l'a pas vu grandir. Regarde-la dormir. On n'a même pas pu assister à ses nuits agitées. Nous n'étions même pas là pour la rassurer. Tu te rends compte...je suis une mauvaise mère. Murmura Mary Margaret, les larmes perlant sur ses joues rosées.

David se leva de sa chaise lentement et vint s'accroupir devant la chaise de sa femme. Il lui prit la main et la lui caressa avec son pouce.

- Chuuuut...ne dis pas ça Blanche. Nous n'avions pas le choix. C'était le seul moyen pour qu'Emma reste en sécurité. C'est devenue une jolie jeune femme, elle tient sa bravoure et sa beauté de sa mère. Regarde la Blanche, elle a ta bonté et ton courage. Elle nous ressemble plus que nous ne le croyons. Il lui faut du temps pour la laisser accepter, et ce temps, je suis prêt à le lui donner. Tu devrais faire pareil. Chuchota David en regardant Mary Margaret droit dans les yeux.

- Mais c'est dur David. Sanglota la jeune femme.

Charmant se releva et murmura des "chut" à sa femme qu'il serra dans ses bras. Il lui déposa un baiser sur le front et perdit lui aussi son regard sur sa fille endormie.

Henry descendit quelques instants plus tard. Il comprit qu'il s'était passé quelque chose entre ses grands-parents lorsqu'il vit le visage humide de sa grand-mère. Il comprit tout de suite la raison. Il voyait bien que sa mère et ses grands-parents avaient du mal de parler de leur relation familiale. Il comprenait la réaction de sa mère et savait mieux que quiconque que ce n'était qu'une question de temps avant que tout ne rentre dans l'ordre.

Avant de partir, l'enfant déposa un baiser sur la joue de ses deux mamans et espéra voir Regina sur pied rapidement. Tous trois partirent, laissant le calme régner dans l'appartement.

Il était neuf heures quand Emma daigna ouvrir les yeux. Elle se redressa constatant quelques douleurs dues à son avachissement dans le fauteuil. Elle s'étira et regarda autour d'elle. Elle avait veillé sur Regina qui dormait encore. La blonde posa son regard sur la brune un instant. Elle se demandait bien à quoi elle pouvait rêver.

Swan se leva et constata que l'appartement se tenait dans la pénombre. Ses parents avaient juste laissé la lumière de la hôte allumée pour ne pas les réveiller. Elle les remercia silencieusement.

Comme chaque matin depuis quatre jours, Emma se dirigea vers le lit de Regina. Elle souleva doucement les draps du côté du lit pour attraper la bouillotte située aux pieds de la Reine. Elle alla la réchauffer et revint quelques instants plus tard. Elle souleva à nouveau les draps doucement et fourra la bouillotte aux pieds de la Reine. Mais soudainement, sa main effleura l'un des pieds de Regina, ce qui arracha à celle-ci un grognement digne d'un ourson. Emma se dépêcha de retirer sa main. Son cœur battait à toute allure, elle ne voulait pas réveiller la brune. Lorsqu'elle lui jeta un rapide coup d'œil, elle constata que la brune dormait encore. Emma soupira de soulagement. Mission accomplie se dit-elle.

La blonde se dirigea vers la table, un livre à la main. Pendant ses instants de relaxation, elle aimait lire et manger en même temps. Elle se servit alors un chocolat chaud et se mit à bouquiner en regardant de temps à autre sa belle dormir.

Après un long moment, Swan débarrassa la table et fit la vaisselle. Jugeant son odeur corporelle trop dérangeante, elle opta pour une douche. Elle se dirigea donc à la salle de bain d'où elle ne ressortira qu'une demi-heure plus tard.

Regina ouvrit les yeux à son tour. Elle avait attendu qu'Emma parte pour se réveiller. Elle avait senti la blonde s'occuper d'elle un peu plutôt pour lui remettre une bouillotte chaude. Elle avait d'ailleurs lutter pour ne pas ouvrir les yeux et regarder Emma, qu'elle n'avait pas vu depuis quatre jours. Le doux visage angélique de la blonde lui manquait tant.

Regina regarda autour d'elle. La faible lumière provenant de la cuisine lui éblouissait les yeux. Elle détourna le regard et balaya la chambre. Elle vit un fauteuil dans l'ombre avec une couverture posée en boule dessus. C'était probablement ici qu'Emma dormait la nuit. A ses côtés. Quelque part, le maire aimait la protection que lui assurait le Shérif. Elle se sentait si attirée par la belle blonde.

Regina se redressa dans son lit, alluma la lampe de chevet et jeta un œil au radio-réveil sur la table de nuit à côté du lit. Il était neuf heures et demi. Le jour perçait à travers le rideau derrière son lit. Elle se promit d'aller prendre l'air, de bouger, de se balader. Elle pensait aussi qu'il fallait qu'elle reprenne la main avec la magie qu'elle avait mise tellement de temps à acquérir lors de sa jeunesse.

La Reine entendit soudainement un cliquetis provenant du verrous de la salle de bain. Emma revenait. Le cœur de la brune s'affola. Prise de panique, elle donna un coup dans la table de nuit pour éteindre la lumière et, dans la précipitation, un cadre tomba sur le radio-réveil. La Reine s'engouffra dans ses couvertures et remit vite en place la cadre avant de se remettre à faire semblant de dormir.

Emma sortit de la salle de bain, les cheveux encore dégoulinant. Elle était habillée d'un chemisier bleu - celui que le maire lui avait donné, bien des mois en arrière - et d'un slim noir. Elle se pencha en avant, passa la main dans ses cheveux pour les réajuster et se redressa, faisant vire-volter sa chevelure dans les airs. Elle s'apprêtait à monter reposer ses affaires dans sa chambre quand...la radio se mit à chanter dans la chambre de Regina.
Emma accourut aussi vite qu'elle pu jusqu'à la chambre, lâchant ses vêtements par terre négligemment. Mais, lorsqu'elle arriva à la chambre, elle se pétrifia. Regina se retourna et ouvrit les yeux. Le cœur d'Emma tomba à la renverse. Il battait la chamade comme lors d'un carnaval. Elle n'osait plus bouger, ni même parler.

Leurs regards se soutinrent alors. Chacune plongée dans les yeux de l'autre, à explorer leurs âmes mutuelles dans lesquelles se reflétaient leurs cœurs. Lorsque la musique de la radio parvint à se faufiler à leurs oreilles, la magie opéra davantage faisant chavirer le temps.

" My church offers no absolutes
She tells me, "Worship in the bedroom."

Les deux jeunes femmes reconnurent cette chanson qui les avait auparavant tant retournées. Take me to church se dirent-elles. Ce qu'elles ignoraient, c'était que cette chanson les faisaient penser à l'une et à l'autre mutuellement, sans explications. Elles se surprirent toutes deux à prononcer cette phrase de la chanson du bout des lèvres qui voulait tout dire. " The only heaven I'll be sent to, is when I'm alone with you " .

C'était ce qu'Emma pensait, que le seul paradis où elle pouvait être envoyée était lorsqu'elle se trouvait seule avec Regina. Et de même pour la Reine. Leur attirance physique devrait être interdite par la loi. Le monde tournait autour d'elles. La même ambiance torride du cagibis de l'hôpital se fit ressentir. Emma résistait pour ne pas se glisser sur le lit de la belle brune, de l'embrasser et de succomber à son corps.

La musique continuait d'embaumer l'appartement de son doux son mélancolique. Il fallait qu'elle cesse, elle hypnotisait le Shérif et le maire qui ne savaient plus où se mettre pour ne pas se sauter dessus.

D'un même reflex, la brune et la blonde appuyèrent sur le bouton snooze du réveil et la musique prit fin brusquement. Elles regardèrent leurs mains, posées l'une sur l'autre. Et encore une fois tout chavira.

C'était comme si le feu rencontrait l'essence et que tout d'un coup, leurs corps s'embrasaient de l'intérieur. Comme si un feu d'artifice éclatait dans leurs yeux en scintillant de mille et une couleur. Des centaines de décharges électriques circulaient entre leurs deux mains à cause de ce contact.

Regina releva les yeux sur le visage d'Emma situé à une vingtaine de centimètres de son propre visage. Elle y vit un visage figé qui n'osait plus bouger ni même respirer. Un visage d'ange où deux lèvres rosées étaient entre-ouvertes sous l'étonnement et l'incompréhension. Des cheveux dorés qui s'égouttaient encore et qui terminaient leur course le long de sa poitrine. Lorsque Regina abaissait les yeux - même sans le faire exprès - elle avait une vue découverte sur le décolleté de la chemise qu'elle avait donné au Shérif quelques mois plus tôt. Elle y devinait un soutien-gorge noir, délicieux. Enfin, elle remarqua les deux yeux brillants de la blonde. Était-ce par attirance aussi ? Le cœur de Regina battait contre sa poitrine à cette idée...si seulement cela pouvait être vrai.

Emma leva à son tour ses yeux sur la Reine. Ses cheveux étaient en bataille, emmêlés et légèrement gras mais pourtant, le Shérif la trouvait aussi attirante que jamais. Les lèvres de la brune étaient légèrement entre-ouvertes, sans rouge à lèvre. Regina était tout aussi magnifique maquillée que démaquillée. Elle croisa le regard noisette encore endormi de la brune et y vit des étoiles scintiller. Elle succomba à ce doux regard étoilé. Pourquoi Madame Mills semblait si heureuse ?

L'attirance entre elles ne cessait d'augmenter. Il fallait mette fin à cette loi de gravité. D'un seul et même geste, elles enlevèrent leurs mains du poste radio. C'était comme si elles avaient lu chacune dans les pensées de l'autre.

Emma pensait qu'elle devait parler. Pour revenir à la réalité. Briser cette ambiance torride qui les rendaient confuses. Elle se releva donc et tenta de se redonner un peu de contenance.

- Le réveil fait des siennes parfois. Je suis désolée qu'il vous ait réveillée Madame Mills. J'aurai dû le débrancher. Bredouilla encore Emma la tête baissée, déstabilisée

- Ne vous excusez pas Mademoiselle Swan. Il ne m'a pas réveiller, j'y étais un peu déjà. Sourit Regina en se redressant.

Emma s'efforça de sourire. Elle était gênée par la situation dans laquelle elle se trouvait. Elle était d'autant plus perturbée lorsqu'elle vit l'un de ses pyjamas sur le dos du maire. Elle se mit à triturer ses mains bêtement et releva la tête.

- Comment allez-vous ? Fit Emma.

- Mieux Mademoiselle Swan. Je vous remercie de m'avoir sortie des mains de ce psychopathe. Après avoir appris tout le mal que j'ai pourtant fait à tous ces habitants, vous n'en étiez pas obligée. C'est...très aimable. Merci. Remercia Regina en abaissant la voix.

- C'est naturel. J'ai la conviction que vous n'êtes plus cette Reine d'autrefois. Que vous avez changé. Si moi je l'ai vu, les habitants le verront aussi. Vous devriez organiser une réunion à la Mairie lorsque vous serez sur pied afin de vous excuser. Ils comprendront. Conseilla Emma qui s'étonnait de ses propres mots.

- Je ne suis pas sûre d'y arriver seule, Shérif. Regina appelait Emma à l'aide. Elle avait peur de ne pas être à la hauteur.

- Henry sera là. Je serais là. Je vous protégerais. Vous verrez tout ira bien. Prononça Emma d'une voix douce. Reposez-vous maintenant.

Emma allait tourner les talons et partir quand la brune l'appela.

- Mademoiselle Swan ?

Emma se retourna.

- Merci beaucoup. Fit Regina.

Emma lui sourit et partit. Elle ramassa ses vêtements sales et disparut à l'étage laissant Regina encore reconnaissante de tout ce que la blonde et sa famille avait pu faire.