Dire que la réunion des deux parties du Royaume après des années de guerre froide l'avait transformé aurait été un euphémisme. On pourrait à peine le reconnaître. Bien sûr, certains éléments étaient restés les mêmes. Tout le monde n'était pas devenu jeune et beau, ni ne maîtrisait son pouvoir retrouvé comme si rien ne s'était passé. Mais la magie était bel et bien de retour. Et les arbres aussi. Beaucoup, beaucoup d'arbres. De ses anciennes frontières à ses contrées les plus lointaines, parsemé de plantes nouvelles, le Royaume n'avait jamais été aussi vert, mais aussi jaune, et rose, et bleu… Notamment depuis que l'Arbre de Vie avait percé le toit de l'ancienne tour, redevenue blanche, de taille modeste et protégée sous l'ombre des bourgeons de son nouveau protecteur. De ses fenêtres ouvertes, on pouvait quelquefois apercevoir le roi et la reine saluer la foule… Parfois même dans le même cadre.

De l'ancienne Barrière, une haie de fleurs avait poussé par-dessus laquelle petites filles et petits garçons sautaient allègrement. Pour eux, c'était comme si rien n'avait changé. Ils avaient seulement plus de copains, c'est tout. Ils ne faisaient pas partie de ceux qui, en plus de la magie, devaient aussi faire avec les souvenirs retrouvés, qui revinrent à tous non en même temps comme une onde, mais par soubresauts, plus ou moins vifs. Ceux qui avaient disparu dans les batailles d'antan n'étaient pas revenus d'entre les morts pour célébrer la victoire… Mais leurs visages, leurs voix, leurs mots et leurs regards n'avaient jamais été aussi nets.

Quand ce genre de spasmes du passé arriva à Max en présence de Chanyeol, celui-ci n'avait aucune idée de ce à quoi il devait s'attendre et il la jaugea seulement du regard, inquiet. Elle non plus n'avait pas l'air de savoir comment y réagir : pendant quelques minutes, elle demeura silencieuse, les sourcils froncés, comme si elle écoutait une conversation qu'elle seule pouvait entendre, puis le regarda. Quand les autres furent au courant et se mirent à la presser de questions, elle leur répondit seulement d'une voix posée :

« J'ai les réponses que je cherchais, c'est tout ce qui compte. Quand il sera prêt, je le retrouverai. En attendant, je veux lui laisser le temps de se préparer. Et à moi, aussi. Une famille, ça ne se reconstruit pas en un jour.

-Je confirme, dit Delf. En attendant, on est tous là. Ça aussi, ça compte. En tout cas, le premier qui le contredit, je lui balance Namu dans la tête.»

Max acquiesça et elles se tournèrent vers les autres d'un air satisfait. Tao pouvait être fier de lui, se dit Chanyeol. Sa plus grande prophétie s'était accomplie.

Allongés sur l'herbe de la lande, tandis que chacun rentrait chez soi fatigué des montagnes russes émotionnelles qu'avait été cette longue journée, nous admirions tous ensemble, les douze garçons et les onze filles, notre premier coucher de soleil, tirant lui-même volontiers sa révérence pour la première fois depuis une éternité. Nous étions surpris d'apprendre que même certaines des filles avaient trouvé un partenaire avec qui le regarder. C'était du moins le cas de Sunny et la maknae Seo-hyun, tandis que les deux premiers commentaient les couleurs du soleil en rigolant alors que les deux autres semblaient y regarder au travers avec un air de s'ennuyer mortellement. Pourtant, à en juger par leurs soupirs de contentement, ce n'était pas le cas.

Alors que le ciel s'assombrissait, la première étoile apparut avant de s'enfuir aussitôt, comme une timide invitée arrivée trop tôt.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda Sehun.

-Ça s'appelle une étoile filante, expliqua Luhan, un sourire aux lèvres.

-Je crois que quand on en voit une, il faut faire un vœu, c'est ça ? Demanda Lay en hésitant.

-Oui, mais faut pas le dire, lui répondit Chen, sinon il se réalisera pas.

Moi, j'avais pourtant envie de crier le mien au monde entier, surtout depuis que je ne bégayais plus. Heureusement, il s'accomplit dans la minute qui suivit alors que, le rose aux joues, Delf se pencha pour murmurer à mon oreille :

-Je sais que le sort d'amour a été purifié mais… je ne suis pas contre qu'on vérifie quand même si on est encore corrompus.

Sentant moi-même le sang me monter à la tête, comme un ressort, je me relevai en lui saisissant la main.

-Do et moi on est fatigués, alors… bonne nuit tout le monde ! » Bredouilla-t-elle précipitamment tandis que je la tirai en direction du palais.

Ignorant les dizaines de sourires goguenards qui me collaient à la nuque comme des moustiques, je m'éloignai rapidement avec Del-Fynn tandis qu'elle se mit à courir avec moi sur la lande en riant comme une fillette. Moi-même je ne pus réfréner un sourire à ce son angélique.

« Euh… C'est pas qu'on veut vous quitter comme ça, déclara soudain Suho alors que Jessica l'assaillait de regards insistants, mais… on doit se parler. Des trucs de leader, tout ça…

Aux regards en coin que se lancèrent Chen et Xiumin à côté de moi, nul n'eut besoin de plus d'explication.

-Allez fonce, veinard ! S'exclama moins subtilement Kris en lui tapant vigoureusement l'épaule.

-Euh, merci… hyung, lui répondit Suho avec une grimace en se frottant le dos.

-Allez, à plus tard, les gars ! Lança Jessica à l'assemblée en poussant Suho sur le chemin alors qu'il cherchait encore à s'expliquer.

De leur côté, Baekhyun et Taeyeon s'étaient contentés de se regarder lascivement dans les yeux avant de commencer à s'embrasser, d'abord doucement, puis de plus en plus… Kai à côté d'eux toussa.

-Hyung, vous voulez peut-être aller « vous parler », vous aussi ? Suggéra-t-il alors que Tao s'était caché le visage dans ses mains, rouge jusqu'aux oreilles.

-Yah, il a raison, eonnie ! Approuva Sooyong. Quel modèle tu fais pour nos cadettes ?

-Alors on peut pencher la tête pour avoir un meilleur accès ? S'interrogea tout haut Yuri qui, derrière Baekhyun, imitait elle-même l'angle qu'avait pris le visage de sa leadeur.

Comme Sooyong avait fusé vers elle pour lui couvrir les yeux et que toutes deux se chamaillaient maintenant dans l'herbe, Baekhyun et leur aînée se relevèrent.

-On y va, dit-il simplement avant de reprendre avec un clin d'œil, je dirais bien qui m'aime nous suive mais...

-Essayez et vous allez voir, compléta Taeyeon en montrant le poing, laissant des étincelles s'échapper en crépitant de ses phalanges avant que tous deux ne tournent les talons et ne partent tranquillement main dans la main, puis épaule à épaule les bras fusionnés au bout de quelques mètres.

Ainsi, petit à petit, alors que le crépuscule traînait encore ses dernières couleurs dans le ciel, comme les paupières tombaient ici et là, tous partirent par petits groupes jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Xiumin, Chanyeol et moi. L'aîné se leva à son tour, les mains dans les poches.

-Eh ben, j'ai personne pour m'accompagner au dodo, moi, dit-il avec un sourire en coin en tournant la tête à droite et à gauche comme pour vérifier.

-Hyung, si tu tentais ta chance avec les filles de Taeyeon ? J'en ai vu qui te lançaient des regards, lui dit Chanyeol en haussant les sourcils d'un air suggestif.

Xiumin lui sourit, bien que ses yeux semblèrent tristes.

-Trop jeunes, c'est comme des petites sœurs pour moi. Qu'est-ce que tu veux qu'elles fassent d'un vieux machin comme moi ?

-Tu finiras bien par trouver une qui te plaira, répondis-je.

Quand Xiumin se tourna vers moi, je vis un éclat revenir dans ses yeux.

-Je sais. Tao me l'a dit. Mais croyez pas que je vais rester planté là à l'attendre. Je vais partir à sa recherche. Je sais qu'elle existe quelque part et qu'elle ne rêve que d'une chose : qu'on prenne un café ensemble. »

Sur cette parole, satisfait, Xiumin prit congé de nous et s'éloigna dans l'air du soir en sifflotant joyeusement une de leurs anciennes chansons du club. Il ne restait plus que nous deux tandis que nous restâmes longtemps allongés côte à côte sans un mot, à regarder les constellations que nous connaissions par cœur. C'est alors que je sentis un bras s'enrouler autour de ma taille alors que le visage que j'aimais tant se tourna de côté en soupirant paresseusement.

-Chez toi ou chez moi ?

J'éclatai de rire tandis qu'il sourit comme un gamin fier de sa blague.

-Chez moi, évidemment... mais j'ai la flemme de marcher, admis-je en boudant.

-J'en étais sûr. Moi aussi. Mais ça tombe bien, chuchota-t-il en m'embrassant l'oreille, j'ai tout prévu.

D'un claquement de doigts, je sentis soudain un orbe de chaleur nous envelopper tandis que nous nous retrouvâmes de nouveau à cheval sur son dragon.

-Décidément, tu le quittes plus, dis-je avec un rictus tandis que Chanyeol, cette fois installé devant moi, plaça mes mains sur ses épaules.

-Qu'est-ce que tu veux, il aime bien qu'on le sorte, pas vrai, Chan ? Dit-il en faisant mine de tapoter les flammes tièdes qui formaient le flanc.

Nous nous envolâmes dans la nuit. Ainsi cramponné à lui, regardant le Royaume sous nos pieds rétrécir à vue d'œil, j'appréciai l'air frais qui me balayait le visage alors que j'enfouissais mon visage entre ses épaules en sentant sa poitrine gonfler et expirer contre mes mains. Quand nous atterrîmes cependant, nous n'étions pas arrivés chez moi.

-Chanyeol, c'est pas le village, qu'est-ce que… dis-je en reconnaissant les profonde racines de l'Arbre de Vie qui s'entremêlaient dans la terre derrière le palais.

-Je sais, dit-il en me plaquant soudain contre l'écorce de l'une d'elle. Max… Maxine…, chuchota-t-il en replaçant une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille. J'ai repensé à tout ce que la vieille nous disait…

-Tu veux dire Mama ? Dis-je en haussant un sourcil.

-C'est ça. Et j'ai réfléchi. Je… Je…

-Ça fait mal quand tu réfléchis, on dirait.

-Yah ! Arrête de m'interrompre, c'est déjà assez dur comme ça !

Il paraissait soudain réellement nerveux. Prise de remords, comme il ne parlait plus, je portai ma main à sa joue.

-Excuse-moi. C'est juste que tu me rends nerveuse, moi aussi. Je sais pas du tout à quoi m'attendre !

-Max, dit-il d'un air soudain de nouveau grave. J'ai beaucoup réfléchi. A tout ce qu'a dit Mama et tout ça. Je veux jamais que tu regrettes d'être avec moi, ou que tu te crois obligée de rester parce qu'on a sauvé le monde ensemble. Et je veux pas non plus que ce soit par peur d'être seule. Alors on va faire de ce jour-là un jour spécial, pour qu'on s'en rappelle pour toujours. Et je veux que Lui, il soit témoin, dit-il en désignant les branches protectrices au-dessus de nous qui bruissaient en semblant murmurer une bénédiction. Maxine Brienne, dit-il en s'agenouillant devant moi, est-ce que tu veux être ma reine ?

Ce disant, il sortit une bague faite en tige de fleurs au bout de laquelle brillait une perle que je reconnus appartenir au bracelet de Delf et Do.

-Ch… Chanyeol…

Ça expliquait pourquoi ils parlaient si souvent ensemble ces derniers temps dans notre dos, comme en complotant. La gorge serrée, je me couvrais la bouche des mains. Le con ! Le con ! Le con !

-Max ? Tu…

-C'est… C'est oui !

-C'est vrai ? Tu dis oui ? T'es sûre ?

-Oui ! Evidemment que je dis oui ! C'est pour ça que je pleure, t'avais pas besoin de te faire du mouron comme ça !

Comme je sautai dans ses bras, je le sentis encore stupéfait, osant à peine m'étreindre en retour.

-J'ai eu peur, dit-il d'une voix blanche, je me suis dit « elle flippe ! elle va se barrer ! elle vient de se rendre compte que je suis pas un mec bien pour elle, elle… »

-Arrête. Ferme juste ta gueule. Je pensais peut-être ça au début mais je me suis trompée sur toi, ok ? T'es un mec beaucoup plus… Qu'est-ce qui t'arrives ? Tu pleures ?

-Mais non, je pleure pas ! J'ai un truc dans l'œil, c'est tout! Dit-il en essuyant ses paupières alors que des larmes avaient coulé dans son grand sourire blanc, ce qui me fit avoir un sourire en coin.

-Alors mets-moi cette foutue bague au doigt et embrasse-moi. »

Comme une histoire dont on tourne la dernière page, ce n'était pas sur sa belle fin que je comptais, c'était sur celle que nous comptions écrire après. Après avoir séché les dernières traces de ses joues, il s'exécuta et se colla une nouvelle fois contre moi et le tronc.

Dans ses appartements, sous l'ombre apaisante de l'Arbre de Vie à sa fenêtre, j'embrassais Delf. Comme je m'y étais attendu, j'étais déjà prêt à passer à l'étape suivante tandis que je la serrais contre moi, assise sur mes genoux au bord de son lit. C'est alors qu'elle se sépara de moi et me sourit.

« Mon couronnement se fait dans un mois, t'imagines ? Dans un mois, vous devrez tous m'appeler « Mama » !

Son petit nez se fronça d'excitation et j'en souris à mon tour.

-Je l'imagine sans problèmes, ma reine.

Je m'emparai de nouveau de ses lèvres mais elle nous sépara encore et je ne pus retenir un grognement de frustration. C'est alors qu'elle saisit mon visage entre ses mains tandis que sa chevelure inonda mes joues.

-Deviens mon roi, murmura-t-elle tout contre ma bouche. T'as pas à être prince comme Papa. Je peux tout arranger pour que ça se fasse.

Toujours le sourire aux lèvres, j'enroulai mes mains autour de ses poignets et secouai la tête. Elle me regarda d'un air déçu.

-Pourquoi ?

Comme je les tenais précieusement dans les miennes, j'embrassai le dos de ses mains solennellement pour calmer son cœur que j'avais senti s'affoler.

-Mama, je t'aime plus que tout ce que j'ai connu. Mais je peux pas être roi. Je ne sais pas régner. Je sais que toi tu sauras le faire, mais personne ne veut d'un débutant à tes côtés.

Alors je vis ses sourcils se froncer et un éclair froid allumer ses adorables yeux.

-Si c'est ce que tu essaies de me faire entendre, sache que j'épouserai jamais personne d'autre! Je m'en fiche, je préfère garder un trône vide à côté de moi que de ne pas t'avoir !

-Je sais. C'est pour ça que je serai toujours avec toi. Je veux t'épouser. Et je veux te voir régner. Et je n'ai pas besoin d'être roi pour voir ces deux choses arriver. Tu sauras bien guider nos deux peuples sans l'aide de personne, dis-je en relevant son menton de l'index.

Son visage, qui s'était un instant voilé de tristesse, s'éclaira de nouveau sur mes derniers mots.

-Alors qu'il en soit ainsi, mon époux, dit-elle en rapprochant une fois de plus nos visages et en s'emparant de mes lèvres.

Je souris une fois de plus dans notre baiser tandis qu'elle inséra sa langue dans ma bouche et qu'elle et la mienne se mirent à danser ensemble. Ce fut plus que je ne pouvais supporter quand nous tombâmes à la renverse et qu'elle se retrouva ensuite au-dessus de moi, toujours à dominer notre baiser. Ivre d'excitation, je nous retournai et la pressai contre ses oreillers tandis que je retirai ma chemise, si vivement que les coutures en craquèrent, ce qui sembla l'exciter alors qu'elle gémit quand je dégrafai de même sa tunique et que nous nous retrouvâmes tous deux torses nus, le souffle haletant.

-Maintenant, laisse-moi t'honorer comme il se doit, ma reine, déclarai-je sombrement.

Ses bras s'enroulèrent autour de ma poitrine quand je m'attaquai à son cou alors qu'elle geignit à mon oreille comme une douce mélodie, ce qui me poussa à la mordre jusqu'à la faire serrer les mâchoires alors que l'air chuinta entre ses dents.

-Je mérite pas le nom de roi. Je préfère te servir, toujours, même si je n'ai rien d'autre à t'offrir que moi. Tu peux pas savoir comme je suis content de pouvoir te dire tout ça, de pouvoir te répéter encore et encore tout ce que j'ai toujours voulu te dire…

-D… Do…

-Oui, dis mon nom, murmurai-je contre sa tempe. Il n'y a que de toi que j'aime l'entendre. Crois-moi, je ferai tout pour que ce soit le seul nom que tu prononces comme ça. Toujours. »

Ce disant, je pressai mes hanches contre les siennes et donnai un coup de rein, la faisant se cambrer sous moi en poussant un cri muet avant qu'elle ne se colle encore plus contre moi en continuant de geindre. Je voulais continuer de parler. Je voulais crier, chanter, souffler son nom sur mes lèvres asséchés. Cette fois-ci, c'était bon. Elle… Del-Fynn… Elle était à moi ! A moi !

De tout le chemin, pas une seule fois Jessica n'avait cessé de me pousser. A présent que nous étions dans sa chambre au palais, écoutant les feuilles de l'Arbre de Vie se balancer au-dehors, je ne pouvais m'empêcher de me sentir intimidé tandis qu'elle s'assit sur son lit et que je restai au centre de la pièce.

« C'est joli ici. T'as su l'aménager pour que ça te ressemble, lâchai-je un peu pathétiquement.

-Je suis pas habituée à tout ce luxe, répondit-elle négligemment. Bientôt, j'irai me chercher ma propre maison au village. Tu pourras venir m'y rendre visite, oppa, dit-elle en m'adressant un sourire malicieux.

-Ah…

Elle parlait déjà d'avenir. Moi-même, j'essayais encore de me rendre compte depuis des heures que la guerre était finie et que nous étions libres. Je ne savais même pas ce que j'allais faire maintenant que je n'étais plus chef de groupe, encore moins où j'allais installer ma propre maison. D'ailleurs, de savoir qu'elle ne m'avait pas inclus dans ses plans me laissait… Déçu ? Fâché ? Vexé ?

-Pourquoi tu ne viens pas me rejoindre ?

Sorti de mes pensées par son ton curieux, je m'exécutai et vins à elle avec une démarche de robot. J'avais mené des dizaines, peut-être des centaines de demoiselles à mon lit mais je ne savais toujours pas comment marcher naturellement vers elle ! Comme je m'arrêtai maladroitement juste en face d'elle, si près que nos genoux se touchaient, je lui souris.

-Je me demandais comment le faire de la façon la moins classe possible. J'espère que j'ai réussi.

-T'as réussi, dit-elle en levant ses grands yeux noirs vers moi. J'ai jamais vu une marche romantique aussi foirée.

-A votre service, gente dame, répondis-je en lui faisant un délicat baisemain.

Avec un sourire en coin, elle soupira.

-Oppa, t'as autant d'expérience que moi mais tu sais toujours pas quand une fille veut qu'on arrête de faire des manières, hein ?

Comme je la regardai sans comprendre, elle inclina la tête, comme pour acquiescer à ses dires, puis se releva et je fus surpris de me retrouver à mon tour assis sur le matelas en face d'elle, tandis qu'elle me maintenait en place, les mains fermement plantées sur mes épaules.

-C'est bien ce qu'il me semblait. Suho-ssi, exceptionnellement, je vais te donner une leçon de rattrapage sur le côté obscur du plumard.

Sur ces mots, elle écarta mes jambes et se mit à genoux avant de trifouiller les boutons de ma braguette.

-Mais après, je compte sur toi pour bien me montrer ce que t'as appris.

-Jessica, qu'est-ce que tu… Ah !

Je m'interrompis quand je sentis ses lèvres douces m'envelopper de leur chaleur brûlante et qu'elle commença à effectuer de vigoureux vas-et-viens autour de moi en resserrant les parois de ses joues contre mon membre. Ça allait trop vite, c'était trop en même temps.

-R…Ralentis, suppliai-je. Si tu continues, je vais… !

Je me sentais me raidir davantage dans sa gorge. Quand je tentai de l'arrêter, elle serra mes deux poings contre mes hanches et accéléra encore. Alors, malgré moi, je me relâchai en elle avec un grognement et la regardai, désolé, s'éloigner de moi et essuyer les fluides qui coulaient de sa bouche en cascades dégoûtantes. Malgré ça, quand elle me regarda de nouveau dans les yeux, les siens brûlaient d'extase et sa respiration s'était amplifiée. Jamais je n'avais vu un visage aussi érotique que le sien à cet instant et je me sentis vite m'en regonfler, ce qui sembla la ravir.

-Alors ? Qu'est-ce qu'on retient de mettre le costume de gentleman au placard ? Demanda-t-elle en riant.

Soudain, comme possédé, je me jetai sur elle et fis voler tout ce qui la couvrait encore à mes yeux jusqu'à ce qu'elle soit complètement vulnérable sous moi. Alors, par terre, sans que la quitte des yeux, je fis serpenter une main entre ses cuisses et y glissai mes doigts d'un coup sec tandis qu'elle poussa un petit cri.

-Oppa, doucement, tu m'as fait mal.

-Tu crois que j'en ai quelque chose à foutre ?

D'abord surprise, elle eut ensuite un rictus de malice tandis que je remuai mes phalanges en elle et que ses geignements se changèrent en couinements de plaisir.

- Quand je pense, après que tu m'aies embrassé, que tu penses à te faire une vie sans moi… Je vais te montrer lequel de nous deux a des leçons à prendre de l'autre.

-Oui ! C'était pour te provoquer ! Je suis allée trop loin ! Pardonne-moi, oppa !

-Jamais.

A moitié amusé, pris au jeu, je me laissai aller à ce rôle alors qu'elle semblait perdre la tête sous mon emprise. A vrai dire, une partie de moi avait vraiment envie de la punir et lui montrer qui était le maître. Qui serait là pour nous en empêcher ? Sous la protection de l'Arbre, loin de tout, nous avions toute la nuit pour nous déshonorer. Peut-être même plus…

Pour baiser, on s'était installés dans une auberge vide. Tant mieux, on n'avait pas besoin de plus. On avait appris à s'en passer. De la fenêtre, on pouvait encore apercevoir l'Arbre, si haut et touffu qu'il semblait soulever la lune. Contre un mur dans le noir, une de mes jambes enroulée autour de sa taille, je laissai Baekhyun dévorer ma bouche alors que je retenais moi-même sa tête contre la mienne d'une main, jusqu'à ce qu'il s'interrompe pour qu'on reprenne notre souffle.

« Alors ? Y'en a beaucoup qui sont venues te voir quand t'étais prisonnier là-bas ? Demandai-je.

Encore essoufflé, il eut un petit rire.

-T'es sérieuse ? Ça fait des années qu'on s'est pas vus, on va faire l'amour et tu penses à celles que je me suis faites ?

-Je peux te parler de mes mecs en premier, si tu veux.

-Non merci, ça ira, répondit-il avec une grimace.

Comme je ne le lâchai ni du regard ni de ma prise, il finit par répondre :

-Y'en a eu qu'une. C'était Delf, celle qui vous a guidées hors de la Barrière.

-Alors, c'est vrai. Quand j'ai voulu en savoir un peu plus, Max a rien lâché. Mais les mecs ont craqué. Donc y'a qu'avec elle que tu couchais, et elle, elle couchait avec personne d'autre ?

-Elle avait passé un accord avec Madame. J'étais son préféré avant même qu'on couche. Me regarde pas comme ça, je pouvais rien faire à l'époque ! Se justifia-t-il comme il devait voir les éclairs dans mes yeux. J'avais aucun droit, j'étais un gros profit ! Elle me visitait quasiment tout le temps et…

-Connard.

La peur dans les yeux, Baekhyun se laissa faire quand je retournai la situation et que je le plaquai à son tour contre le mur, serrant les poings si fort que toute la pièce s'en éclaira d'un coup.

-Elle a de la chance d'être pote avec Max et qu'elles nous aient sauvé la peau toutes les deux. Parce que sinon, elle serait certaine qu'elle aurait plus toutes ses dents, cette gamine!

-Je suis pas sûr que les gardes royales t'auraient laissé faire ça, commenta Baekhyun avec un rictus.

-Les gardes royales ?

-Ben oui. Delf, c'est notre princesse, après tout…

-On a une princesse ? Et elle croit que ça me fait peur ?

Cette fois, Baekhyun éclata franchement de rire avant de m'embrasser.

-C'est pour des phrases comme ça que tu m'as manquée tous les jours !

Puis il me serra contre lui. Moi-même je me blottis dans ses bras et soupirai d'aise en sentant son visage s'enfouir dans mon cou.

-Tous les jours ?

-Chaque putain de jour, confirma-t-il en appuyant sur chaque mot.

A mon tour, je fermai les yeux pour humer l'odeur de ses cheveux. Musc et vanille. Comment ce garçon faisait pour sentir naturellement une odeur aussi peu virile ? Et pourquoi j'adorais ça ?

-Toi aussi, tu m'as manqué. Je suis désolée de te dire que j'ai pas eu la même chance. Apparemment, je ne suis pas digne d'un contrat exclusif avec un prince, moi.

-Evidemment que si. La preuve, tu m'as, moi ! En tout cas, avec toi, j'ai l'impression d'en être un.

En le sentant se cacher dans le creux de mon épaule pour rire et se protéger de mes coups, comme il savait que je détestais ça, je le séparai de moi pour le regarder gravement.

-Une autre réplique aussi niaise et je te coupe la bite. »

Hochant la tête comme un benêt, il prit de nouveau mon visage dans ses mains et m'embrassa, plongeant directement sa langue entre mes lèvres alors que je le plaquai contre le mur avant qu'il ne se cramponne fermement à mes fesses. Il ne fallut pas longtemps à mes entrailles pour s'enflammer à nouveau à ce contact.

Le vent glacé soufflait contre ma peau nue. Qu'importait. Enfoui en Max, peau à peau, j'étais incapable de penser à autre chose. Accrochée à moi contre les racines, le poing serré sur ma bague, je la regardais planter ses dents dans sa lèvre rose pour ne pas crier. Mais je voulais qu'elle crie. Je voulais qu'elle écoute sa propre chair claquer contre la mienne. Je voulais qu'elle se rende compte comme elle me rendait fou !

Do n'était pas mon premier. Je voulais certainement qu'il soit mon dernier. Mon expérience le rendait jaloux et j'aimais comme sa rage se libérait dans chaque coup de rein dont il me gratifiait, comme une punition pour tous ceux avant lui. Mais je n'étais plus au stade où je pouvais encore dire avec des mots que je ne pensais plus au passé, qu'il n'avait rien à craindre de ces garçons fantômes avec qui je n'avais plus rien à faire. C'était trop bon.

Pauvre Suho. Même quand il jouait les méchants, son amour et son attention émanaient de chacun de ses mouvements prudents quand il me manipulait. A quatre pattes, alors qu'il maintenait fermement sa prise sur ma nuque d'une main, il martelait si intensément en moi que je ne pouvais m'empêcher de me sentir proche de la fin. Je savais qu'il n'y avait qu'à lui que je pouvais confier un fantasme aussi... secret. Il était parfait.

Je pouvais presque pleurer d'entendre Taeyeon jurer, feuler, me crier des ordres et plonger ses doigts dans ses longues mèches trempées de sueur alors que je m'acharnais à la faire jouir avant moi. C'était une tigresse, ma tigresse. Et qu'importait si le pouvoir qui nous échappait à tous deux mettrait le feu à la baraque autour de nous. Ça n'en serait que meilleur. Que tout le Royaume s'amène et réalise à quel point on est incontrôlables ! Qu'on ne nous arrête pas !

Je ne pouvais pas tenir plus longtemps ! De mes dernières forces, je mes premiers gémissements jusqu'aux étoiles. Il se joignit à moi sans s'arrêter. On y était presque !

J'étais au bord de l'épuisement ! Mais j'aurais préféré recommencer dix fois que de finir avant elle. Comment quelque chose pouvait être aussi bon sans tuer? Allez, craque !

Il n'y aurait plus personne d'autre. C'était elle et seulement elle. Elle me comprenait et je la comprenais parfaitement. Je te ferais jouir ce soir ! Et je serais plus féroce demain ! Encore !

J'avais oublié comme c'était génial, qu'il n'y avait qu'avec lui que j'aimais gueuler sans jouer la comédie. Et j'avais oublié son petit regard fier qui me ferait presque rougir. T'arrêtes pas !

Je…

Je…

Je…

Je…

Oppa et moi, on a fait un câlin, c'était cool.

Oppa et moi, on a fait un câlin, c'était cool !

« Oh, regardez ma chère, des fleurs se sont épanouies dans l'Arbre. Comme elles sont belles !

-Il n'y a pas de doute, mon cher. Je crois que nous aurons de beaux fruits, cette année. »

FIN.