CHAPITRE XXV - C'est la fête au château - Partie 2

Ce fut Ron qui retrouva Harry prostré derrière la statue de la grand-mère de Romilda Vane, dans un recoin sombre du deuxième étage.

La soirée venait de se terminer et il n'était pas loin de quatre heures du matin. Les professeurs avaient été un peu souples au niveau du couvre-feu.

Ron s'agenouilla précautionneusement à côté de son ami, qui conservait un visage fermé et qui cognait en rythme sa tête sur la robe en marbre de la statue (statue par ailleurs érigée quand Mme Vane avait sauvé une brassée de pains à la citrouille lors du Grand Incendie de 1866).

« Ch'a va, mon 'ieux ?» fit le bassiste des Potterstones d'un ton conciliant.

Harry secoua la tête, le regard obtusément au loin, refusant aussi par ce geste la part de brioche que lui offrait Ron.

« Dure soirée, hein ! enchaîna ce dernier après avoir avalé une bouchée qui n'en finissait pas. Je te dis pas... La Granger m'a bien épuisé les nerfs. Elle m'a fait une crise de jalousie... (il prit la voix d'Hermione) bip-bip-bip-biiiiip ! Enfin, tu la connais.»

Harry lui jeta un regard perplexe.

«Oui, elle a réellement dit ça, reprit Ron en se découpant une tranche de rôti qu'il avait sortie des profondeurs de sa cape. Elle a toujours l'apparence d'une pile électrique, alors la conversation a... disons, a tourné court. Elle était là, à clignoter de rage juste parce que j'étais allé au bal avec Viktor. Tu te rends compte ? Bon, je te l'accorde, elle avait mis une super robe qui mettait bien sa cathode en valeur, mais je te le dis - il agitait son couteau vers Harry d'un geste excédé - je ne lui appartiens pas. Elle n'avait qu'à m'inviter, si ça la mettait autant en colère.»

Il fit une pause et se gratta pensivement la racine de Branchiflore qui lui sortait de l'oreille (tiens ! il a finalement choisi de l'ajouter à son look, nota mentalement Harry avant de se rendre compte que ça lui allait plutôt bien).

« Bref, conclut Ron. C'est la vie. Sinon, bonne soirée. Viktor, lui, s'est bien amusé. On a dansé comme des fous sur Call me Mayb-

- Désolé d'avoir disparu comme ça en plein milieu du bal», interrompit Harry en sortant enfin de son mutisme.

Il avait besoin qu'on parle un peu de lui, parce que les histoires de Ron, ça allait bien cinq minutes mais ça manquait cruellement de Potter dedans.

Ron acquiesça, compréhensif, puis enfourna dans sa bouche un pilon de poulet entier.

« 'Est pas 'rave, articula t-il à grand peine. 'Ai 'u 'o 'arlé à 'una et 'ai om'ris.

- Hein ?

- J'ai vu Cho parler à Luna et j'ai compris, déglutit Ron au bout d'efforts visibles. Pas étonnant que tu aies été jaloux. Fais gaffe, parce que Loufoca pourrait bien... tenter de te la piquer. Elle avait l'air vraiment à fond. Enfin; c'est ce que j'ai cru comprendre quand elle a sorti son bouquin d'autographes de gnomes de jardin pour lui faire lire. C'est un truc personnel qu'elle ne montre pas à tout le monde, un peu comme si je te sortais ma (Ron avala une longue gorgée de jus de citrouille) carte préférée de Jeu de Quidditch.

- Grave, dit Harry qui n'en avait rien à cirer.

- Du coup je comprends ta colère», conclut son ami d'un ton psychologue.

Puis, semblant satisfait de son propre discours réconfortant, Ron s'alluma une petite clope. Bien entendu, c'était juste du tabac. Toute autre substance était formellement interdite dans l'enceinte de Poudlard.

Juste du tabac.

HEY, pourquoi ce sourire en coin ?

Bref.

Harry laissa Ron à son contentement. Il ne voulait pas tout lui raconter. C'était trop intime, et ça laissait transparaître une partie de lui qui était fragile, si fragile... Il ne voulait pas lui donner l'impression qu'il était vulnérable. Plutôt mourir.

« Je me sens blessé parce que Cedric Diggory m'a envoyé chier quand je lui ai demandé d'aller parler dans un coin plus calme avec lui parce que je voulais lui parler de choses sérieuses après avoir détourné l'attention de Cho en utilisant Luna comme appât et je sais que c'était un peu bas de plafond mais c'était le seul stratagème que j'ai trouvé pour me retrouver juste lui et moi et lui dire tout ce que je ressens mais rien ne s'est passé comme selon le plan parce que Cedric était en fait en colère contre moi parce que j'étais en train de gâcher son rendez-vous avec Cho parce qu'il a vite compris ce que j'avais manigancé avec Luna sauf qu'il n'était pas flatté il était juste irrité et il m'a dit que tout ce qu'il s'est passé l'année dernière dans le cimetière était une chose merveilleuse qu'il chérirait toujours mais qu'il devait avancer parce que ainsi va la vie et maintenant il voulait être avec Cho et c'était elle qui comptait et que je devais faire un petit pas en arrière parce que je lui marchais sur le pied merci.»

Harry s'arrêta de parler pour reprendre son souffle.

Il en profita pour fusiller Ron du regard, comme pour le mettre au défi de se moquer de lui. Mais celui-ci le contemplait avec des yeux ronds.

Harry se dit qu'il avait dû y aller un peu fort, en déballant d'un seul coup ses sentiments les plus profonds.

Ron prit le temps d'exhaler sa fumée de cigarette en de petits cercles, semblant réfléchir à ce qu'il allait répondre. Il paraissait un peu sous le choc.

« Sérieusement ?... murmura t-il. Alors... les fantômes peuvent sentir quand on leur marche sur les pieds ?»

Ce fut au tour de Harry de le regarder d'un air ahuri.

« Oui, je... J'imagine que oui, Ron.

- C'est fou, répondit Ron d'un ton rêveur. Oh, et ça craint sinon, ajouta t-il de sa voix normale. Pas cool l'amour.

- Oui, dit simplement Harry, soulagé par la réaction de son ami.

- Mais bon du coup, si ça peut te remonter le moral, Cho non plus avait pas l'air de passer une bonne soirée. Surtout après le cinquantième autographe de Gnomatus le Peureux.

- Ça me réconforte, assura Harry. Bon, je vais me terrer dans mon lit de douleur.»

Il se leva péniblement, les muscles engourdis d'être restés si longtemps dans cette position - il avait voulu que Ron le trouve comme ça, replié sur lui-même, dans une suprême représentation de son chagrin. La tragédie incarnée, quoi. Il aimait bien les grands élans dramatiques, et n'hésitait pas à exhiber sa douleur. C'était pas sa faute s'il avait la fibre théâtrale. Il tenait ça de son papa.

« Allez zou, dodo», fit Ron en tirant sur sa clope une dernière latte qui le fit rire bêtement.

Puis il agita sa main pour chasser une abeille qui voletait près d'eux, lui abîmant l'aile gauche au passage. Sur le coup, Harry ne réalisa pas ô combien saugrenue était la présence de cet animal diurne dans le couloir du château en plein milieu de la nuit. Normalement, les abeilles vivaient le jour, non ? Celle-ci avait dû se perdre bien loin de chez elle...

Strange bee, songeait-il toujours alors que le portrait de la Grosse Dame pivotait pour les laisser entrer dans la Salle Commune.

Tiens, ça ferait un chouette nom de chanson. Il manque plus qu'à y insérer un message engagé, du genre les espèces en voie de disparition ou les paradis fiscaux, et le tour est joué. Number one au hit parade.

Note : Merci de me lire et de suivre Harry dans ses péripéties musicales ! J'espère que ça vous plaît. N'hésitez pas à poster une review pour donner votre avis !

Peace

Potterstone