Chapitre 21 : Des nouvelles de Legolas
« Seigneur Elrond, je suis désolé que nous nous revoyions dans de telles circonstances, annonça Gimli.
L'elfe mit quelques secondes à réagir. Puis il s'avança vers le nain, et l'entraîna vers une pièce isolée.
- Maître Gimli ! Je ne vous attendais pas.
- Je vous présente mes excuses si jamais je dérange, seulement, j'ai pensé qu'il valait mieux que je vienne moi-même.
Ils s'assirent. Le nain semblait mal à l'aise, aussi Elrond décida-t-il de commencer :
- Vous avez parlé de circonstances particulières ?
Gimli acquiesça nerveusement mais ne décrocha pas un mot. Elrond serra les lèvres, un peu agacé par ce mutisme, mais conserva son calme. Il hésita un instant avant de demander :
- Auriez-vous des nouvelles de Legolas ?
Il espérait de tout son cœur que ce soit le cas, bien que l'attitude réservée du nain, attitude qui lui ressemblait si peu, ne pouvait pas être annonciatrice de bonnes nouvelles.
Gimli se redressa à ces mots. Il observa un moment l'elfe, avant de soupirer et inclina la tête. Il m'a dit que cela faisait un certain temps qu'il vivait à Fondcombe. Mais que malgré la gentillesse des elfes d'ici, il ne s'y sentait pas tout à fait chez lui.
Il y eut un silence. Gimli craignit que le seigneur des lieux ne fût blessé par cette déclaration. Mais Elrond pensait à une toute autre chose.
Il s'était bien douté le Prince n'accepterait pas sa nouvelle cité avec autant de facilité qu'il l'avait laissé paraître. Il était à la fois trop reconnaissant et trop fier pour qu'il accepte de s'assoir en face de lui et lui avouer ce qui n'allait pas. Elrond s'en voulait un peu de n'avoir pu faire oublier à l'elfe blond les tourments qu'il avait subi toute sa vie. Mais il ne pouvait tout arrêter pour s'occuper de lui. Il avait pour le prince une profonde affection, mais nombres d'affaires en court requéraient son attention, et de toute évidence, cela ne cesserait jamais. Il s'était beaucoup reposé sur ses fils. Si les jumeaux avaient pu tout à fait gérer la chose, Aragorn, dont l'esprit était aussi occupé que le sien, n'avait pu tenir.
Tout serait tellement plus simple si Legolas ne se posait pas tant de questions. Mais ce ne serait pas Legolas sans ça…
Elrond entendit Gimli se racler la gorge, dans une piètre tentative pour sortir son interlocuteur de ses pensées poliment. Elrond reposa son regard sur lui, les sourcils froncés. Le nain se tortilla sur son siège, gêné devant les yeux inquisiteurs de son hôte. Il toussota et poursuivit :
- Je vais commencer par le début, il me semble que c'est la meilleure façon de vous raconter ce qu'il s'est passé.
L'elfe leva une main pour l'interrompre :
- Si vous voulez bien patienter quelques minutes, maître Nain, je vais aller chercher Aragorn. Il se sent coupable pour son ami, aussi je voudrais qu'il entende ce que vous avez à nous dire. Si toutefois il n'y a pas besoin que, d'une quelconque façon, je le prépare à un récit plus noir que ce que je crains qu'il ne soit … ?
Le nain secoua aussitôt la tête pour indiquer que non. Elrond en fut profondément soulage, mais Gimli n'avait pas démenti que l'histoire serait morose.
Quelques instants après qu'Elrond eût envoyé quérir son fils, la porte s'ouvrit brusquement devant un homme paniqué :
- Ada ? Legolas est ici ?
Gimli sauta au bas de sa chaise pour se précipiter vers le rodeur. Ils avaient tous les deux passé beaucoup de temps ensemble au cours de la quête de l'Anneau, et le nain se sentait beaucoup plus d'affinité avec lui qu'avec l'elfe qui le recevait.
- Gimli ? On ne m'a pas prévenu que vous étiez là ! S'exclama-t-il en jetant un bref coup d'œil interrogateur à son père.
- Je viens d'arriver, le seigneur Elrond et moi ne sommes là que depuis quelques minutes.
- Qu'est-ce qui vous amène jusqu'ici ? Il s'interrompit, conscient que cette brusque interrogation pouvait être interprétée comme la dernière des impolitesses. Pardon, asseyons-nous d'abord. Excusez mon impétuosité, Gimli. Peut être savez vous que nous sommes sans nouvelles de Legolas depuis plusieurs semaines, ce qui me mets à la torture.
- Je suis effectivement au courant, et des nouvelles, je vous en apporte. J'allais commencer on récit quand votre père m'a interrompu pour vous envoyer chercher avant. Histoire que vous puissiez en profiter, ajouta-t-il précipitamment, craignant de ne pas être assez clair.
- Vous nous apportez des nouvelles de Legolas ? s'écria presque Aragorn. Comment va-t-il ?
Elrond interrompit le flot de questions qui s'annonçait :
- Laissez donc notre invité narrer son histoire, nous serons fixés. Maître Gimli, s'il vous plait…
Gimli se rassit, et après un petit soupir commença :
- Legolas est arrivé aux cavernes étincelantes il y a trois semaines de cela. J'ai été tout à fait surpris mais bon, il m'avait promis qu'il viendrait un jour, aussi étais-je heureux. Je l'ai accueilli comme il se doit, mais il a refusé toutes mes propositions de festin et de fête, en disant qu'il voulait se reposer. Ca m'a complètement abasourdi. Legolas qui veut se reposer ? Enfin bon, je n'ai pas insisté en pensant qu'il avait eut un dur voyage. Mais je me suis vite aperçu qu'il n'était pas dans son état normal.
- Qu'est ce qui vous fait dire ça ? Demanda Aragorn en haussant les sourcils. Il se méfiait en effet des prétendues connaissances du nain au sujet des elfes. Lui connaissait Legolas depuis fort longtemps. De plus, Legolas pouvait montrer des réactions qui sembleraient étranges à d'autres elfes mêmes ! Il aimait donc autant savoir avec précision ce que Gimli jugeait « normal ».
- Et bien, il ne parlait presque pas, uniquement quand je l'y poussais. Avec un soin pour le choix des mots qui allongeait considérablement toute conversation. Et il ne mangeait pas tellement plus ! Oui, je sais que Legolas n'est pas précisément une personne qui s'épand beaucoup sur lui-même et qui se goinfre, mais tout de même … Il ne mangeait que des minuscules bouts de ces ridicules lembas ! Pardon, seigneur Elrond, s'excusa-t-il brusquement.
Ce dernier lui adressa un petit sourire compréhensif et hocha la tête, pour l'engager à poursuivre.
- Je veux dire qu'il m'a semblé tellement mince et pâle… S'il n'y avait que ça, j'aurais envoyé un message pour vous prévenir qu'il était ici. Mais là je me fais trop de soucis, je suis venu.
Elrond et Aragorn échangèrent un regard inquiet. Pourquoi un simple message n'aurait-il pu suffire ?
Devinant leurs pensées, Gimli poursuivit :
- Ce qui m'a décidé à venir est que je l'ai trouvé un matin dehors. Il m'a souri, mais ce n'était pas un sourire gai. Cela m'a brisé le cœur.
- Les elfes sont souvent mélancoliques après avoir observé les étoiles, nota Elrond.
Le nain leva les yeux au ciel :
- Je l'avais remarqué, oui ! Mais est-ce courant que les elfes observent les étoiles par une nuit nuageuse ? Alors qu'il pleut ? Quand je suis allé le rejoindre, il était trempé ! Et quand je le lui ai fait remarquer, il m'a regardé avec étonnement et m'a répondu qu'il ne l'avait pas remarqué ! Une fois que je l'ai obligé à rentrer s'abriter, je me suis décidé à le bousculer un peu. Je lui ai dit que j'allais vous écrire, vous demander de venir. Sa réaction a dépassé toutes mes attentes. Je ne l'avais jamais vu aussi bouleversé. Il m'a répondu qu'il avait suffisamment causé de soucis à suffisamment de monde. Et il est parti se coucher. Se coucher ! En milieu de matinée ! J'ai décidé de laisser couler, mais le lendemain, quand je suis allé le voir, il était toujours au lit et il toussait ! Si mes connaissances sont exactes, les elfes ne sont pas affectés par les maladies, n'est-ce pas ? Qu'est ce qui a pu provoquer ça ? Bien sûr, quand je lui ai posé la question, je n'ai eu droit qu'à un regard bleu acier, totalement absent. Alors là j'ai…
Aragorn s'était levé, lentement, sans attendre que Gimli finisse son récit. Il sembla vouloir parler mais finalement referma la bouche et déclara :
- Gimli ? Etes-vous assez en forme pour repartir dès maintenant ? Si ce n'est pas le cas, rejoignez-moi dès que vous le pourrez.
- C'est si grave que ça ?
Aragorn hocha la tête sans répondre, et quand Gimli vit la figure fatiguée et inquiète du seigneur Elrond, il s'alarma aussi.
- Je n'ai pas défait aucune des affaires que j'ai emmenée. Par contre, je n'ai pas de cheval…
- Cela vous pose un problème si nous chevauchons ensemble ?
- Aucun.
Alors qu'Aragorn se précipitait dans sa chambre pour y réunir quelques bagages indispensables, Elrond posa sa main sur l'épaule du nain et d'un air grave lui demanda :
- Soyez la personne raisonnable de vous deux, mon fils va vouloir chevaucher le plus vite possible sans tenir compte d'aucun danger. Retenez-le, malgré votre inquiétude commune pour Legolas. Blessé, Aragorn ne lui sera d'aucune utilité. »
Le nain hocha lentement la tête mais en son for intérieur n'était pas sûr d'être capable de retenir l'humain alors que lui-même n'avait qu'un envie : retourner auprès de son ami elfe.
