Bonjour!
Crédits : Masashi Kishimoto les a créé, me les a pas donné et en plus, fait faire pleins de conneries à Naruto et Sasuke ce qui fait que finalement, je n'arrive pas à culpabiliser pour ce que moi, je leur fais...
Détails :
Les rewiews sont le carburant du stylo de l'auteur mais c'est donnant-donnant c'est pour cela que je réponds toujours aux rewiews :
□ Les membres inscrits par le système mis en place par le site.
□ Les anonymes directement sur mon profil.
Bonne lecture !
Merci à mes bêtas sur cette fic : Leeloo et occasionnellement, Kitsune no Kyuubi
Emotions
Ce son. Ces notes. Je les connais. Quelque chose… quelque chose me revient. Ça me fait mal. Un flash. Ts'u, Sarutobi, Iruka. J'ai du mal à respirer, j'halète. Mon cœur s'affole. Cette musique ne cesse pas, elle continue. C'est normal, il ne faut pas bouger, pas bouger jusqu'à ce qu'elle cesse. Je me raidis instinctivement. Les souvenirs affluent à une vitesse affolante. Iruka qui tombe dans la rivière. Par ma faute. Ts'u qui meurt. A cause de moi. Les soldats, Mizuki, la douleur, le sang, la fatigue. Et surtout : la culpabilité. Les notes s'enchaînent et la tempête fait rage dans mon esprit. Ma tête est lourde, douloureuse. Je me crispe encore plus, la tension gagne mes membres. J'ai l'impression de tomber. Le tourbillon des images s'acharne à me persécuter.
Les yeux morts d'Iruka qui m'accusent, les os de Ts'u qui craquent alors qu'il me faisait confiance. Mes parents aussi. Les regards, leurs yeux qui me fixent, ils me disent que tout est ma faute. Ils ont raison. Je suis maudit. Je n'arrive plus à respirer, je m'étouffe. Je suis seul. On essaie de m'attraper. J'ai peur, mais je sais que je ne dois pas bouger. Pas avant la fin de la musique. La souffrance dans ma tête devient insupportable. Je ne voie rien, ma vision ne retient que les yeux de mes victimes. Je n'entends rien que le silence pesant de ma solitude. Celle que je mérite. On m'agrippe. Ils essaient de se venger. Je panique. Je suis désolé ! Au secours ! Je me débats, mais ils sont plus forts que moi. J'appelle, mais rien ne sort de ma gorge. Les monstres n'ont pas le droit de parler a dit Mizuki. Ma tête hurle pourtant. Je veux pas mourir ! Je veux pas être seul ! Je suis désolé, je voulais pas faire de mal ! J'ai peur ! Je cherche un repère auquel me raccrocher. Une seule chose me vient à l'esprit :
Sasuke !
Le cri que j'ai retenu m'échappe. Il se libère. Je dois me cacher de ses mains qui viennent me punir. J'ai si peur. Je me recroqueville. La musique s'arrête. On me parle mais je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre. Tout est flou. Qui suis-je ? C'est trop dur. J'ai trop mal. Je pleure. J'ai peur. Sasuke.. où es-tu ? Non, pas Sasuke. Il faut le laisser en dehors de ça. C'est à moi de le protéger. Faut pas m'approcher. Je suis mauvais. Je veux que ça cesse. Je veux plus faire de mal à personne. Je suis désolé. Tellement désolé. Pardonne-moi, Sasuke. Quelque chose me pique et tout s'assombrit. Je chute. Je ne peux pas lutter.
Vais-je… mourir ?
***
On avait dû stopper le concert et évacuer Naruto, en pleine crise de panique. Tsunade, Jiraya et Sasuke avaient voulu le calmer, mais le blond avait rejeté tout le monde, violemment, avant de s'effondrer sous le choc, replié sur lui-même, cherchant sa respiration. Les secours du NHK, mobilisés comme toujours lors des manifestations de cette ampleur, étaient rapidement intervenus et avaient administré un puissant sédatif qui avait permis à Naruto de sombrer dans le sommeil et de le transporter hors de la salle de spectacle. Il avait été transféré à l'Hôpital de l'université de Tôkyô, en urgence. Depuis, il dormait. Ses tuteurs et Sasuke, de même que ses amis, avaient suivi. Gaara les avait rejoint peu après, informé de la tournure des évènements, n'ayant rien vu de la scène où il se tenait.
Tsunade, en qualité de médecin, avait expliqué ce qu'il s'était passé au confrère qui avait demandé s'il y avait quelque chose dans le passé du blond qui pouvait justifier une telle réaction. Jiraya et Tsunade avaient raconté ce qu'ils savaient, mais s'ils avaient pu émettre de nombreuses suppositions, rien de concret ne put être trouvé quant à la corrélation avec le concert. En désespoir de cause, on demanda à Gaara si le morceau joué avait une signification particulière, mais le roux avait répondu négativement, ayant choisi celui-ci seulement en hommage à ses origines russes, pensant même faire plaisir ainsi à Naruto. Tous les amis du blond avaient suivi à l'hôpital, mais étant donné qu'ils ne pouvaient rien faire de plus, Tsunade avait fini par renvoyer tout ce petit monde dans ses foyers. Seuls restaient désormais ses tuteurs et Sasuke.
Ce dernier demanda à être près de Naruto pour son réveil ce qu'on lui accorda volontiers tandis que Tsunade et Jiraya remplissaient les inévitables formulaires administratifs. Il prit une chaise et s'installa dessus, juste au bord du lit aussi immaculé que le reste de la pièce, lui laissant une impression de malaise. Il ne comprenait décidément pas la volonté du blond de vouloir devenir médecin, acceptant ainsi d'être toute la journée dans cette ambiance déprimante et aseptisée. Il avait envie de repeindre cet endroit de couleurs ensoleillées pour y amener un peu de vie… Itachi serait sûrement du même avis que lui. Il soupira. Réussir à se poser d'aussi absurdes questions alors que Naruto était au plus mal démontrait à quel point il n'allait pas fort lui-même.
Cette petite chambre obscure lui rappelait l'épisode avec Hinata. Il frissonna sous l'effet de ses souvenirs. La dernière fois où il avait veillé Naruto, dans ce même hôpital alors qu'il était entre la vie et la mort. Il avait fallu une longue intervention chirurgicale et deux longs jours à attendre avant que les médecins ne viennent leur assurer que le blond n'était plus dans un état critique, excepté le coma dont ils avaient bon espoir qu'il sortirait rapidement, ce qui avait néanmoins pris presque deux semaines. Deux semaines à ne s'alimenter que par l'insistance de Tsunade ou Jiraya et à ne dormir que sur la chaise ou sur le lit d'à côté qu'on lui avait permis d'occuper, lassé par son obstination. La situation aujourd'hui était différente bien sûr, le blond ne risquait plus sa vie, mais Sasuke avait l'étrange pressentiment que ce serait peut-être pire que la dernière fois et ça le perturbait de ne pas savoir comment aider.
Si la première fois, cela lui avait permis de mettre des mots sur ce qu'il ressentait pour Naruto, là, cela ne l'aidait pas à faire le point. Il aimait Naruto. Ça, c'était clair et même si le blond ne devait jamais lui retourner ses sentiments autrement que de façon fraternelle, il ne voulait pas le voir souffrir. Tsunade entra silencieusement dans la petite pièce occupée par les deux garçons qu'elle aimait comme siens. Elle observa la forme pâle sous le drap blanc puis le visage torturé de Sasuke. Comme chaque fois qu'elle surprenait une expression sur le visage de Sasuke, bien qu'il soit devenu plus expressif depuis le temps où elle l'avait eu comme patient, elle ne put s'empêcher de constater avec étonnement la force du regard d'ébène posé sur la silhouette endormie.
Elle réalisa qu'il n'y avait que Naruto pour réussir à lui inspirer une si large palette de sentiments et, un instant, cela la déstabilisa. Mais il n'était pas temps pour de telles considérations, Naruto devait avoir la priorité et elle chassa ses pensées incongrues de son esprit. Elle posa sa main sur l'épaule du brun, le faisant sursauter. Il tourna de nouveau son visage totalement impénétrable vers elle et elle lui fit signe de l'accompagner en dehors de la chambre pour discuter sans déranger le blond. Il hésita un instant avant d'acquiescer et de se lever pour l'accompagner. Une fois sortis, elle le fit s'asseoir sur le banc du couloir, vide à cette heure avancée de la nuit. Elle chercha soigneusement ses mots :
- Tu te rappelles quand Naruto nous a rejoins? Il la regarda, un peu déconcerté par cette question qu'il trouvait étrange, étant donné les circonstances. Elle voulait parler souvenirs d'enfance, précisément… maintenant ? Tsunade sourit, suivant le cheminement des pensées du brun. Elle posa sa main sur sa tête, ce qui le fit un peu grogner et se dégager. Il n'aimait toujours pas les démonstrations d'affection.
- Oui, je me rappelle. On est allé les chercher à l'aéroport, déclara-t-il placidement. Où voulait-elle en venir ?
- Tu sais qu'au début, je ne voulais pas de Naruto ? Là, elle sourit intérieurement, car Sasuke semblait choqué.
- Quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Questionna-t-il, interloqué.
- C'est la vérité, expliqua patiemment Tsunade. Mets-toi à ma place : tu n'étais pas ce qu'on peut appeler un enfant « facile » (le visage du brun se renfrogna, mais elle décida de ne pas y prêter attention), j'étais très prise par mon travail, je le suis encore d'ailleurs, et j'avais déjà du mal à m'occuper de toi, sans compter Jiraya et ses foutus voyages qui le rendent souvent absent. Je ne voyais pas comment j'aurais pu m'en sortir avec un autre enfant que, de plus, je ne connaissais pas…
- Pourquoi avoir accepté alors ? Fit Sasuke, suspicieux.
- Jiraya m'a expliqué la situation de Naruto. Sasuke tendit l'oreille, Tsunade ou Jiraya n'avait jamais parlé de « l'avant » devant lui.
- Quelle situation ? Se risqua-t-il à demander. Tsunade marqua un temps d'arrêt (qui donna quelques envies de meurtre à Sasuke tant il voulait savoir) comme pour jauger si elle pouvait vraiment lui en parler puis elle lui révéla enfin ce qu'elle savait :
- Naruto était menacé de mort dans son village… Elle balaya d'un geste les questions du brun, lui faisant comprendre qu'il devait cesser de l'interrompre jusqu'à la fin de son récit. D'après ce que m'a dit Jiraya, sa mère est morte en le mettant au monde et son père s'est suicidé en l'apprenant. Pour couronner le tout, des rebelles indépendantistes ont attaqué son village quelque temps plus tard et il y a eu beaucoup de morts. Les villageois ont tenu Naruto pour responsable de cette avalanche de malheurs en si peu de temps car cela coïncidait avec sa naissance. Heureusement pour lui, le chef du village ne croyait pas à toutes ses stupidités et a protégé Naruto. Un autre l'a pris avec lui et l'a élevé, mais… quand Naruto a eu six ans, son protecteur est mort et là encore, on a accablé Naruto. Pourtant, il s'agissait d'un accident à ce que j'ai compris. Toujours est-il que Naruto s'est retrouvé seul pendant presque deux ans jusqu'à ce que Jiraya ne le prenne avec lui. Est-ce que tu comprends pourquoi je t'en parle maintenant, Sasuke ?
- Tu penses que ça explique ce qui s'est passé ce soir ? Répondit celui-ci, pensif.
- Oui, en partie. Mais il y a autre chose d'après moi… Reprit Tsunade.
- Autre chose ? Sasuke était inquiet, le passé de Naruto était déjà suffisamment horrible, qu'y avait-il encore à dire ?
- Tu es la personne dont Naruto est le plus proche, constata simplement Tsunade. Personne ne peut le nier. Bien sûr, il tient à Jiraya ou moi, mais c'est différent entre vous deux.
Tsunade ne se rendit pas compte de la vague de panique que suscita cette remarque chez Sasuke, car celui-ci réussit, certainement du fait de l'intervention divine, à conserver une attitude relativement neutre.
- Vous êtes liés comme des frères, et vos histoires se rapprochant, tu es le plus à même de le comprendre et de l'aider. Plus que n'importe quel médecin ou thérapeute.
- Mais je ne sais pas quoi faire, rétorqua Sasuke, traduisant ainsi son sentiment manifeste d'impuissance.
- Tu trouveras les mots. Si je ne vous ai pas obligés à suivre une thérapie tous les deux, c'est parce que je savais que vous ne vous ouvririez pas en présence d'un professionnel. Toi, parce que je l'avais expérimenté et que Naruto avait su t'aider par sa simple présence. Naruto, parce qu'en dehors de son masque, il n'aurait jamais laissé quelqu'un l'approcher comme il l'a fait avec toi. Nous avons longtemps espéré qu'il s'ouvrirait à toi mais ça ne s'est pas fait… C'est pour cela que je me doutais qu'à terme, ce genre de chose risquait de se produire…
- Tu le savais ! Et tu n'as rien fait ! Accusa Sasuke.
- Qu'aurais-je pu faire ? Rétorqua Tsunade, vexée. Il était évident que son passé lui reviendrait en face un jour ou l'autre, mais il était impossible de savoir quand ou même de trouver un mécanisme pour l'y préparer et, de plus, il ne voulait pas en parler, tempéra Tsunade.
- Tu ne me dis pas tout, reprocha Sasuke. Tsunade grommela intérieurement sur la perspicacité de son pupille mais de toute façon, elle était décidée à lui faire partager ce qu'elle savait ou supposait :
- Tu sais que Naruto n'est pas son vrai nom. Sasuke écarquilla les yeux d'incompréhension :
- Comment ça pas son vrai nom ?
- C'est le nom que lui a donné Jiraya pour venir au Japon. Sasuke réfléchit un instant, il ne s'était jamais interrogé sur cette question, mais Tsunade poursuivit :
- Tu te rappelles que Naruto ne pouvait pas parler à l'époque ? Sasuke hocha la tête en signe d'assentiment. Quand Jiraya lui a demandé quel était son nom, tout ce qu'il a pu répondre c'était qu'il ne s'en souvenait plus. Un éclair de compréhension se fit dans l'esprit du brun.
- Quelque chose s'est passé, qui lui a fait perdre la mémoire ? Et ce soir, tout est remonté, n'est-ce pas ? Il regarda Tsunade qui acquiesça. Il se passa la main sur le visage avant de murmurer, plus pour lui-même que pour sa tutrice : moi qui croyait…
- Qu'il ne te faisait pas confiance ? Acheva Tsunade. Il leva la tête. Sa tutrice sourit avant de reprendre : Naruto te fait confiance plus qu'à quiconque, je croyais que tu le savais pourtant…
- Et pour ce qui est de ce qu'il se rappelle, hein ? Il aurait pu m'en parler ! Poursuivit Sasuke, sa voix trahissant son énervement. Tsunade fronça les sourcils, il fallait que Sasuke se calme avant que Naruto ne se réveille.
- Justement Sasuke. Voilà la bonne question : pourquoi ne l'a t'il pas fait ? Le brun haussa les épaules.
- Je ne sais pas.
- Laisse-moi te poser la question autrement alors, fit-elle patiemment : pourquoi est-ce que toi, tu lui as parlé de ton passé ? Pourquoi lui et pas moi ou Jiraya ?
- Je vous en ai parlé, maugréa Sasuke. Tsunade secoua la tête.
- Non, Sasuke. Tu nous as raconté les grandes lignes, mais c'est à Naruto que tu t'es confié. Elle arrêta l'objection d'un geste. Je ne t'en veux pas, je t'avais dit moi-même, si tu t'en souviens bien, qu'il fallait que tu en parles à quelqu'un, même si ce n'était pas moi. Je suis contente que tu l'ais fait avec Naruto, mais est-ce que tu te souviens de ce qui t'a poussé à lui révéler ton passé ? Elle vit l'adolescent réfléchir intensément avant de reprendre lentement, en mesurant calmement ses mots, signe que la conversation ne le mettait pas à l'aise :
- J'ai pensé… non, j'ai su que… qu'il pouvait comprendre et... qu'il ne me jugerait pas et… euh… qu'il… tenait à moi. Les mots semblaient lui écorcher la bouche et elle posa sa main sur son épaule. Il se tendit, mais ne se dégagea pas.
- Oui, Naruto t'aime. Sasuke tourna un regard incrédule vers elle, mais elle se trompa sur son interprétation. Jiraya et Itachi et moi aussi, nous t'aimons tous. Tu le sais, non ? Tsunade le sentit se détendre, mais, une fois de plus, se méprit sur la signification. Alors, maintenant, réponds : pourquoi Naruto ne voudrait pas te parler de son passé alors qu'il t'aime et te fait confiance ? Elle observa les réactions de Sasuke, son esprit plongé dans ses pensées, sa frustration de ne pas réussir à trouver la réponse et son besoin de comprendre. Elle le vit soupirer avant de la regarder de nouveau et d'avouer :
- Je ne sais pas.
- Moi, je sais. Elle affronta un regard noir puissance dix, mais leva la main en signe d'apaisement. Enfin, je crois le savoir.
Le brun hocha la tête pour lui faire comprendre qu'il l'écoutait attentivement et elle reprit :
- Quand vous étiez enfants, tu le frappais, tu t'en rappelles ? Le brun se détourna, gêné de ses mauvais souvenirs et elle lui saisit la main pour capter de nouveau son regard. Tu te rappelles que nous ne sommes pas ou peu intervenus. Etrange, non ? Tu ne t'étais jamais posé la question, n'est-ce pas ?
L'air incrédule de Sasuke lui apporta sa réponse.
- Il y a une bonne raison à cela : Naruto. Nous avons exigé qu'il avoue que tu lui faisais du mal, mais il a toujours refusé de le faire et t'a défendu devant nous, quitte à mentir honteusement. Est-ce que tu sais pourquoi ? Nouvelle négation du brun. Parce qu'il voulait être ton Taram, Sasuke ?
Un air d'incompréhension totale prit place sur la figure du brun et Tsunade crut bon de s'expliquer.
- Un Taram est un bon génie, un esprit bienveillant qui veille sur autrui, qui prend sur lui tout ce qui arrive à l'homme qu'il protège selon les croyances du pays de Naruto…
- Naruto voulait être mon Taram ? Déclara Sasuke, interloqué, les sourcils froncés. Il ne voyait manifestement pas où elle voulait en venir.
- Il l'est devenu, affirma doucement Tsunade. Elle vit les yeux de Sasuke s'écarquiller de surprise et sourit. N'as-tu jamais remarqué que tout ce que faisait Naruto allait dans le sens où il considérait que c'était bien pour toi ? Il t'a laissé te défouler sur lui parce qu'il pensait que c'était le moyen pour toi de réussir à exorciser ta peine…
- J'ai failli le tuer ! S'exclama Sasuke, désorienté.
- Oui, mais laisse-moi finir, tu vas comprendre, l'admonesta-t-elle. Naruto a appris le jūjutsu non pas pour se défendre, mais pour te défendre. S'il ne te quittait pas, c'était aussi pour ça, pour mieux te protéger. Et qui t'a suggéré d'aller rendre hommage à tes parents pour l'Obon ? A revoir ton ancienne maison pour pouvoir aller de l'avant ? Qui t'a aidé à prendre ta décision pour Itachi ? Qui t'a arrêté à temps pour Orochimaru ?
- Naruto. Il a fait tout ça pour moi… La voix essayait d'être assurée, mais Tsunade sentait bien l'émoi que Sasuke tentait de cacher.
- Et qu'a demandé Naruto, en retour ? Questionna-t-elle doucement. Sasuke prit une grande inspiration et marqua un temps de pause avant de répondre :
- Rien.
- Et maintenant, tu te demandes pourquoi, hein ?
Le brun hocha la tête et se mordit la lèvre inférieure. Il ne comprenait pas, Tsunade chercha le moyen de l'amener à suivre son raisonnement sans pour autant le bouleverser plus qu'il ne l'était déjà :
- Sasuke, écoute-moi.
Le brun, complètement tendu, ne la regardait plus, son regard dans le vague, mais un mouvement de ses épaules lui indiqua qu'il était pleinement attentif.
- Naruto pense que c'est à lui de s'occuper de toi, de te protéger, mais il ne pense peut-être pas qu'il a le droit qu'on s'occupe de lui, qu'il le mérite. Sasuke la fixa, perplexe.
- Comment ça ? C'est ridicule. Tsunade rassembla les trésors de patience qu'elle possédait. Il fallait qu'elle parvienne à lui faire intégrer la logique de Naruto pour qu'ensuite ils puissent l'aider.
- Sasuke, soupira-t-elle, lasse. Naruto n'a pas grandi dans le même environnement que toi. On a traité Naruto comme s'il était responsable de la mort de ses parents, de son tuteur, comme s'il était responsable de tous les malheurs du monde. Quelque part, son amour pour toi est une façon de se racheter.
Elle vit le visage de Sasuke se renfermer et décida de stopper net le cours de ses pensées sombres :
- Cela ne veut pas dire que son affection pour toi n'est pas sincère, sinon, cela n'aurait jamais duré toutes ces années. C'est toi qu'il a choisi alors qu'il aurait pu se reporter sur moi ou Jiraya ou n'importe quel autre de ses amis. Il a vu en toi comme le miroir de ce qu'il est et s'il a voulu t'aider, c'était un peu pour s'aider lui-même. Ne se sentant pas le droit d'être heureux, il a voulu l'être un peu à travers toi. Toutes ces actions étaient tournées dans ce sens.
- Même quand il est parti en Angleterre ? Déclara doucement Sasuke, ébranlé par ces révélations, mais que ce point tracassait particulièrement.
- Oui, je pense même si je t'avoue que je n'ai pas bien compris. Peut-être est-ce le fait qu'Hinata ait voulu t'agresser et qu'il s'est senti fautif et a voulu se punir, mais… Sasuke, reprit-elle, plus fermement, tu as vu tout comme moi ; quand il est revenu de Grande-Bretagne, vous n'aviez pas l'air bien ni l'un ni l'autre. Peut-être qu'il a pensé qu'il était temps pour vous de vous séparer, de prendre votre envol, mais que c'était plus dur que ce qu'il imaginait.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda prudemment Sasuke, sentant des sueurs froides remontées le long de sa colonne vertébrale.
- Vous avez toujours été très fusionnels, mais… vous grandissez. Vous allez devoir apprendre à vivre séparés, mais le lien entre vous est si fort que la rupture a été difficile et il s'est rendu compte que ce n'était pas si aisé de s'éloigner de toi parce qu'il faut alors penser à lui-même et que ça, il ne sait pas trop comment faire. Elle vit, à la réaction de son pupille, que celui-ci avait cerné la difficulté et fit l'impasse sur le malaise de celui-ci quand elle avait mentionné le caractère « fusionnel » de sa relation avec le blond. Les adolescents étaient toujours chatouilleux sur ce sujet de toute façon et Sasuke plus que quiconque.
- Comment je peux l'aider ? Requit pragmatiquement Sasuke. Tsunade sourit et répondit simplement :
- Sois présent, écoute-le, sois patient. Elle le vit prendre une nouvelle grande inspiration, histoire de rendre de nouveau son masque imperturbable en place avant de demander :
- Et maintenant ? Tsunade exhala un profond soupir. C'était bien Sasuke de résumer ainsi la situation.
- Je ne peux pas dire ce qui va se passer. La réaction de Naruto à son réveil est imprévisible et personne ne peut dire à quoi s'attendre…
Un bruit dans la chambre attira leur attention et coupa court à la conversation. Sasuke se précipita, suivit de près par Tsunade et Jiraya qui revenait. En rentrant, la première chose qu'ils virent fut que le lit était vide et que Naruto était invisible. Un sanglot se fit entendre qui provenait de sous le lit. Sasuke s'approcha lentement et se pencha tout en appelant doucement le blond. Celui-ci était replié sur lui-même, la tête entre ses genoux et les bras autour d'eux. Il se balançait d'avant en arrière. Sasuke l'appela encore, mais il ne répondit pas. Il avança la main pour lui caresser les cheveux et tenter de le rassurer, mais à peine ses doigts effleurèrent-ils les mèches dorées que le blond poussa un hurlement et se recula encore plus vers le mur jusqu'à former une boule compacte. Le balancement repris de plus belle accompagné de gémissements paniqués entrecoupés de mots russes incompréhensibles.
Jiraya repoussa Sasuke d'une main ferme et le brun se décida à reculer à contrecœur. Il n'aimait pas ne pouvoir rien faire et la réaction de rejet de Naruto lui faisait mal. Tsunade vint se poster derrière lui et posa sa main sur sa nuque, lui murmurant que Naruto était désorienté et qu'il valait mieux laisser Jiraya lui parler, étant le seul à pouvoir s'exprimer en russe et donc, à lui faire reprendre contact avec la réalité. Le grand homme s'agenouilla à distance respectable et commença à lui parler en russe. Le blond ne répondait pas, pleurant toujours. Néanmoins, quelques minutes s'écoulèrent et le flot des sanglots se tarit, Naruto se calmait progressivement. Encouragé par cette réaction, Jiraya s'avança lentement et se risqua à poser une main sur l'avant-bras du jeune homme. Surpris, celui-ci se recula encore plus en balbutiant quelques mots :
- оставьте меня (Laissez-moi)… Надо не мне приблизиться (faut pas m'approcher)… Я - зло, я делаю зло (Je suis le mal, je fais le mal)… Меня приближаешь нет (m'approchez pas)… Я боюсь (J'ai peur)… совсем один (tout seul)… именно все то я заслуживаю (c'est tout ce que je mérite)… Я - зло, я делаю зло (Je suis le mal, je fais le mal)…
Jiraya écouta attentivement le discours décousu de son protégé avant de le laisser et de se relever. Naruto n'avait pas suffisamment conscience de son environnement ni des personnes qui l'entouraient pour se laisser approcher. Il était déboussolé. Il ne pensait pas voir un jour le jeune homme dans cet état. Même lorsqu'il l'avait rencontré, en Tchétchénie, il ne lui avait jamais semblé aller si mal. Il avait bien eu conscience qu'il y avait des choses qu'il ne savait pas sur le passé du garçon et que sa vie n'avait pas dû être facile, mais il avait pensé avoir laissé tout ça derrière eux en le ramenant avec lui et, après toutes ces années passées à le voir grandir et croquer la vie à pleines dents, cela n'avait plus eu d'importance. Il s'était lourdement trompé. Tsunade l'avait bien prévenu, mais il n'avait pas écouté. « Regarde-le sourire, il est heureux ce gamin », disait-il quand elle avait voulu l'avertir. Il avait repoussé toutes ces inquiétudes du revers de la main. Que faire maintenant ?
Il regarda tour à tour sa femme et Sasuke. Il s'attendait à voir le reproche dans le regard d'ambre de son épouse, mais il y lut le même désarroi qui l'habitait. Elle posa une poigne ferme sur épaule et il lut son soutien, infaillible, comme toujours. Elle ne lui en voulait pas. Cela le soulageait, mais, même s'il avait la certitude que leur famille serait unie dans cette nouvelle épreuve que les Dieux leur envoyaient, il ne savait pas comment faire pour aider ce jeune homme qu'il considérait comme son fils. Alors, il se tourna vers son autre fils, celui qu'il avait eu le plus de mal à apprivoiser et qu'il n'était parvenu à approcher que grâce à l'intermédiaire de l'autre. Sasuke.
Tsunade ne lui avait pas vraiment laissé son mot à dire pour l'accueillir celui-là. Elle était rentrée un soir avec cet air décidé sur le visage et il avait aussitôt su que ça sentait mauvais. Ils s'étaient mariés tardivement, la quarantaine passée, un peu par hasard. Ils s'étaient connus plus jeunes, mais à l'époque, elle l'avait systématiquement rembarré à chaque tentative de drague de sa part, ils n'avaient jamais été plus qu'amis. De toute façon, à l'époque, il était beaucoup trop volage, il s'en rendait bien compte aujourd'hui. Une relation entre eux à ce moment-là aurait gâché leur amitié. C'est aussi pour cela qu'il n'avait vraiment insisté non plus et puis, c'était surtout un jeu entre eux. Rien qui prêtait à conséquences.
Après, leurs études les avaient séparés et ils ne s'étaient retrouvés que des années plus tard dans des circonstances un peu étranges. Ils cherchaient des informations sur le trafic mafieux dans les milieux du jeu et elle cherchait à se défaire de ses dettes de jeu… en jouant. Il l'avait tout de suite reconnu même si la jeune fille plate comme une limande avait pris un peu de « volume ». Il l'avait invité à prendre un verre et elle l'avait accepté. Ils avaient fini saouls tous les deux et, sans qu'ils se souviennent trop de la suite des évènements, ils s'étaient réveillés dans une chambre d'hôtel et manifestement, en n'ayant pas joué au go toute la nuit…
Ils s'étaient rhabillés rapidement, gênés, et s'étaient séparés en se promettant de se revoir, mais avec la ferme intention d'oublier cet épisode. Ils s'étaient de nouveau croisés et comme il aurait été inconvenant de s'éviter, ils s'étaient retrouvés à dîner au restaurant. Elle l'avait trouvé immature, il l'avait trouvée violente (surtout son poing dans la figure quand il avait reluqué la serveuse de trop près). A la fin de la soirée, ils en avaient conclu qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et se mariaient à peine un mois plus tard. Les enfants n'avaient pas été prévus au programme, ils se trouvaient trop vieux et trop occupés professionnellement pour en prendre la charge. Et puis, elle avait commencé à être préoccupée, sombre. Il l'avait fait parler (avec quelques verres de sake) et elle lui avait confié s'occuper d'un nouveau patient, un enfant malmené par la vie. Il l'avait sentie touchée par son histoire et quand elle lui avait demandé à l'accueillir chez eux, il sut qu'il ne parviendrait pas à l'en dissuader.
Il avait dit oui. Il avait immédiatement trouvé l'enfant exécrable. Il était odieux. Oh, bien sûr, il ne disait rien, mais toute son attitude montrait son déplaisir. Le gamin était froid et hautain et il avait beau savoir que cette attitude était le fait d'un abominable traumatisme dont le petit n'était qu'une victime, il ne s'était pas trouvé d'atomes crochus avec le môme. Il l'avait simplement ignoré, s'en tenant loin le plus possible et ne lui adressant la parole qu'au minimum socialement requis. L'arrivée de Naruto avait tout changé. Au début, cela avait conforté son antipathie naturelle pour le protégé de sa femme, mais finalement, le blond avait servi de pont de communication. Il n'aurait pourtant pas parié deux yens sur le lien entre Naruto et Sasuke au départ, mais finalement, ils avaient fini par devenir une famille. Certes, une famille assez atypique, mais ça lui convenait comme ça.
Ça avait souvent été conflictuel, surtout avec Sasuke qui avait eu du mal à le reconnaître dans son autorité et sa place de tuteur alors qu'il respectait Tsunade, mais le blond avait fait tampon. Il était le ciment qui lui avait permis d'ancrer Sasuke, de l'intégrer à leur foyer. Il avait pu commencer à dialoguer avec le brun, lentement mais sûrement. Leur passion commune pour la littérature (pas celle que Tsunade lui avait fait jurer de ne pas montrer à leurs garçons même s'il avait laissé traîner quelques exemplaires... par accident) avait posé les bases de leur complicité et de leur conversation. Il avait découvert un garçon intelligent et attachant malgré sa froideur externe. Il avait fini par les aimer autant l'un que l'autre mais différemment. Ils étaient ses fils, sa famille.
Et maintenant, il voyait l'un d'eux en pleine confusion et l'autre complètement désemparé. Il savait à quel point Sasuke tenait à Naruto. Ils étaient plus liés que les frères de sang parce qu'ils s'étaient choisis. Même si Sasuke avait choisi de renouer avec Itachi, le lien qu'il partageait avec Naruto ne s'était pas délié, mais s'était même resserré. Et le fait qu'il pouvait voir, à cet instant précis le désarroi sur le visage de Sasuke démontrait à quel point il était affecté par ce qui arrivait à Naruto. Mais il savait également une chose : il n'y avait que Sasuke pour atteindre Naruto. Il entraîna Tsunade et Sasuke hors de la chambre pour que Naruto se calme et leur traduisit les paroles du blond.
Il y eut un long silence. Le médecin qui les accompagnait, et avait attendu patiemment le réveil du patient pour l'examiner, suggéra de mettre le blond sous tranquillisants et anxiolytiques et d'envisager une thérapie au plus tôt. Tsunade s'interposa, mais le médecin lui tint tête, il en allait du devenir de son malade. Il voulait voir le blond interné dans le service approprié pour une prise en charge rapide et efficace. Un compromis fut trouvé. Tsunade proposa qu'on laisse intervenir Sasuke qui disposait d'une confiance suffisante pour que le blond se reprenne et ne sorte de son état de repli avant d'envisager une hospitalisation qui prenait tout de même le risque d'augmenter encore la charge de stress pour Naruto en l'éloignant du contexte familial sécurisant. On fit entrer le brun dans la chambre.
Sasuke était désarçonné. Jamais Naruto n'avait montré une telle faiblesse. Mais il ne voulait pas que Naruto soit enfermé. Il voulait l'aider, le rassurer et le ramener à la maison pour prendre soin de lui. Mais… que devait-il faire ? Et si Naruto avait peur de lui ? Comment faire pour l'aider ? Il entra doucement dans la petite chambre et s'approcha de la silhouette toujours recroquevillée sous le lit. Il s'accroupit avant de s'asseoir juste en face de lui. Il le regarda, indécis sur la conduite à tenir. Les mots de Jiraya et Tsunade lui revenaient à l'esprit. Les mots de Naruto faisaient mal. Comment lui faire comprendre sans savoir ? C'était sans doute ça le pire. Il ne savait pas ce qui faisait du mal à Naruto et ne savait pas ce qu'il fallait lui dire. Mais ne pas essayer ce serait comme l'abandonner. L'abandonner ici, tout seul, entre des mains étrangères. Il n'en était pas question. Il ne sut pas trop comment cela commença, mais il se mit à lui parler.
De ce que Tsunade lui avait dit, de comment il lui en avait voulu de ne pas s'être confié à lui, de ce qu'il avait fini par comprendre de ce que Naruto avait fait pour lui et sa voix se mit à trembler quand il laissa sortir à quel point Naruto comptait pour lui. Il lui dit qu'il ne pouvait pas imaginer ce que sa vie aurait été sans lui, sans sa présence. Sa manière d'être qui l'avait obligé à sortir, à se faire des amis, à envisager un avenir, à renouer avec Itachi, aussi. Au bout d'un moment, il ne se rendit pas compte du temps exact qui s'écoula, mais il entendit que les sanglots avaient cessé. Il s'approcha un peu, avec précaution, tout en murmurant des paroles apaisantes. Il était à genoux à présent, juste devant le blond. Il posa doucement ses mains sur celles du blond qui entouraient toujours son corps et en un instant, le blond fut sur lui, s'accrochant désespérément à son cou.
- Je suis là. Tu n'es pas seul. Je ne te quitterai pas… Murmura maladroitement le brun qui n'en menait pas large, serrant fortement le blond.
La porte s'ouvrit et il sentit la prise de Naruto se resserrer sur lui. Il croisa le regard de Jiraya et lui fit comprendre qu'il valait mieux les laisser seuls encore un peu, jusqu'à ce qu'il leur fasse signe. Concentré sur Naruto, il entendit vaguement les murmures de protestations du médecin, mais la fermeté de Tsunade et l'aide de Jiraya ramenèrent rapidement le calme dans la petite pièce. L'étreinte de Naruto se relâcha un peu, permettant à Sasuke de respirer plus confortablement. Il recommença à tenter de l'apaiser, lui répétant que tout allait bien, qu'il n'était pas seul, qu'il resterait toujours avec lui. Il colla sa joue sur celle de Naruto, sa bouche près de son oreille pour être sûr qu'il l'entendrait :
- Tu as tellement fait pour moi, je veux te rendre la pareille. Tu sais pourquoi ? Parce que tu y as droit Naruto. Tu es la meilleure personne que je connaisse…
Le blond s'écarta en secouant la tête de droite à gauche, les mains sur ses oreilles. Sasuke les lui prit et les enleva. Il posa son front sur celui de Naruto pour capter le regard d'azur, mais ceux-ci étaient hermétiquement clos. Un pli triste masquait le sourire habituel du blond. Cela fendait le cœur du brun. Il fallait qu'il lui dise, peu importait les conséquences :
- Tu es la meilleure personne… pour moi. Je… je t'aime Naruto. Pas parce que tu es parfait parce que tu ne l'es pas, mais parce que tu es parfait… pour moi. Je ne veux personne d'autre dans mon monde que toi parce que sans toi… il n'y a rien. Je ne veux que personne d'autre ne t'approche comme ça et t'enlève à moi, mais je veux que tu sois heureux parce que c'est ça qui me fait me sentir bien. Il vit les paupières se soulever et découvrir les merveilleuses prunelles cobalt. Leur intensité était si forte qu'il s'en sentit gêné, il crut bon d'ajouter : Et si tu répètes à qui que ce soit les niaiseries que je viens de te débiter, je te jure que…
Le reste de la phrase de Sasuke resta coincée dans sa gorge. Les yeux de Naruto brillaient et les larmes coulaient sur ses joues. Il eut le sentiment d'avoir fait une connerie monumentale. Il avait empiré l'état de Naruto. Il voulut s'excuser, mais une petite voix frêle et quasiment inaudible l'interrompit avant même qu'il ne commence à formuler ses regrets. Il sentit ses yeux s'écarquiller et son cœur battre la chamade. Avait-il bien entendu ? Il eut une réflexion qui reflétait parfaitement, et avec une intelligence rare et développée, ce qu'il ressentait :
- Hein ?
- J't'aime aussi, répéta le blond qui avait de nouveau fermé ses yeux pour venir se nicher de nouveau contre sa clavicule.
Il resta pétrifié puis resserra son étreinte. Il était heureux, mais aussi inquiet. Il n'y avait rien de précis quant à la nature de ses sentiments. Il n'avait pas été question d'autre chose que d'un amour fraternel entre eux, mais c'était déjà ça. Le reste n'avait pas d'importance. Peu importe comment Naruto l'aimait tant qu'il allait mieux. Il était soulagé. On n'emmènerait pas Naruto loin de lui. Il semblait être sorti de son mutisme même s'il était flagrant qu'il n'était que l'ombre de lui-même pour le moment. Il allait le ramener et l'aider à affronter son passé, quel qu'il puisse être. Pour une fois, il serait celui qui prendrait soin de lui. Il serait fort pour aider Naruto. C'était à son tour de le faire et il ferait tout pour être à la hauteur. Ils restèrent encore un moment ainsi, le blond enfouit contre le torse de Sasuke avant que celui-ci ne murmure doucement :
- Viens, on va rentrer à la maison.
Naruto acquiesça lentement et se redressa. Son visage était plus serein mais pâle. Les yeux étaient inquiets et balayaient sans arrêt l'espace, comme s'ils recherchaient une quelconque menace. Sasuke l'aida à s'habiller. Il fit signe ensuite à Tsunade et Jiraya d'entrer pour préparer Naruto à sortir. Il les accueillit avec hésitation puis, constatant que ses tuteurs ne savaient pas comment agir pour ne pas le troubler, il fit un effort pour venir à eux et se laissa enlacer par eux. Il finit par se détendre et demanda lui-même à sortir. Le médecin les rejoignit et posa quelques questions pour décider si son patient pouvait sortir. Naruto n'y répondit pas. Il se sentait mal à l'aise. Il ne connaissait pas cet inconnu. Il ne voulait pas en parler. Pas maintenant. Il se remit à trembler. Cela empira quand le docteur, constatant ses réticences à lui parler, se montra insistant et se mit à parler plus fort. Tsunade, indignée par cette façon de procéder, entraîna le médecin d'une poigne ferme en dehors de la chambre avant de lui passer un copieux savon.
Jiraya et Sasuke, pendant ce temps-là, s'employèrent à rassurer le blond, de nouveau réfugié dans son mutisme, la figure triste et tourmentée. Sasuke le prit de nouveau dans ses bras et Naruto recommença à se détendre. Quand le médecin rentra de nouveau, il avait l'air d'avoir pris la rouste du siècle. Il les informa que Naruto pouvait rentrer chez lui, Tsunade ayant signé une décharge pour la sortie de son pupille. Il les accompagna jusqu'à la sortie du service, mais les regards noirs de Jiraya et Tsunade ainsi que ceux, meurtriers, de Sasuke dissuadèrent le praticien de tenter ne serait-ce que de regarder Naruto. Celui-ci ne semblait pas vouloir se décrocher de son appui, lui tenant le bras malgré les regards curieux que ce geste suscitait et qui donnaient lieu en réponse aux yeux furieux du brun qui veillait jalousement sur son trésor.
Personne ne tenta de faire parler Naruto. Le plus important, maintenant, c'était de rentrer. Il serait temps d'aviser après. Tsunade avait déposé sa caution de garantir la prise en charge du blond dès son retour. Elle en discuterait avec lui pour savoir ce qu'il vaudrait faire et surtout, ce qu'il se sentait prêt à faire. Il ne fallait pas le brusquer. Une crise de panique de cette importance n'était pas à négliger. Naruto avait besoin de se sentir en confiance, d'être rassuré. C'est pour cela qu'elle savait que l'hôpital n'était pas la bonne solution. Il lui fallait être entouré de sa famille et bon sang ! Jiraya, elle et Sasuke étaient sa famille. Ils ne connaissaient pas tout de son histoire, mais ils étaient les plus à même de l'aider à dépasser son traumatisme, à le comprendre et à l'accepter.
Il était très tôt quand ils arrivèrent devant la maison, le soleil se levait. Ils avaient passé toute la nuit à l'hôpital. Les rues étaient silencieuses, ce qui n'était pas plus mal pour la tranquillité de Naruto. Aussitôt qu'il fut rentré, il leur parut immédiatement que Naruto était moins tendu, néanmoins, il demanda à aller se coucher et personne ne le lui reprocha. Sasuke l'accompagna et attendit qu'il ne soit couché pour sortir, mais seulement après avoir eu confirmation du blond qu'il pouvait le laisser seul. Le brun redescendit les escaliers. Il était las, la nuit avait été longue. Il rejoignit Tsunade et Jiraya dans le salon. Tsunade leur fit un exposé de la situation qui récapitula un peu de ce qu'elle avait dit précédemment à Sasuke et conclut en disant :
- Les jours qui vont venir seront sans doute difficiles. Les réactions de Naruto risquent de paraître incohérentes, voire disproportionnées ou inhabituelles, par rapport au caractère que nous lui connaissons. Il faudra être patient et à l'écoute. Jiraya et Sasuke acquiescèrent. Jiraya poursuivit :
- Mais il faut qu'on sache ce qui le perturbe, comment va t'on s'y prendre ? Questionna-t-il.
- Il ne faut pas le presser de questions, s'il veut se confier, il le fera, mais il est inutile de lui mettre la pression. Jiraya hocha la tête, mais reprit :
- Je devrais peut-être prendre quelques jours de congé, non ?
- Non, c'est inutile. Naruto va se sentir coupable si nous changeons quoi que ce soit dans nos habitudes.
- Et les cours ? Il ne peut pas y retourner dans cet état, ajouta Sasuke.
- Oui, c'est problématique. Je vais contacter son Université pour les informer et lui obtenir une dérogation temporaire. Sasuke ? Tu penses que tu peux t'arranger avec Sakura pour qu'elle lui apporte les cours ?
- Oui, elle le fera sans problème. Mais elle risque de poser des questions et de vouloir le voir. Et les autres aussi, précisa-t-il.
- On verra bien. Sans doute. Naruto nous dira s'il se sent de les voir ou pas. On agira en fonction de ça. Par contre, il faudra absolument éviter de le laisser seul et les briefer avant pour qu'ils ne le harcèlent pas de questions.
- Je vais rester avec lui, affirma Sasuke avec conviction.
- Non, ce ne sera pas la peine. Jiraya et moi avions prévu de prendre des vacances dans deux semaines pour notre voyage : Jiraya ne peut se permettre d'avancer ces congés, mais moi, je peux le faire…
- Non, c'est moi qui resterai avec Naruto. Sasuke fit passer toute sa détermination dans ses simples mots. Tsunade planta son regard dans celui de son protégé. Elle comprit ce qu'il tentait de faire et pourquoi. Elle soupira.
- Très bien, mais il n'est pas non plus question que tu laisses tes études de côté, me fais-je bien comprendre ?
- Oui. Je demanderais à Karin, elle sera heureuse de me rendre ce service, éluda Sasuke. Pour une fois qu'une de ces stupides groupies lui serait utile…
- Ah ! Le tombeur de ces dames ! Taquina Jiraya, permettant ainsi de rompre la tension dans l'atmosphère. Ils se sourirent, ça faisait du bien de se détendre un peu.
Heureusement, c'était dimanche, aucun d'entre eux ne travaillait. Tsunade prépara un repas rapide parce qu'ils n'avaient rien avalé depuis le déjeuner de la veille. Elle mit également ce qu'il fallait de côté pour Naruto si jamais il se réveillait en ayant faim. Sasuke retourna dans la chambre où Naruto dormait à poings fermés. Il se prépara à se coucher lui-même quand il entendit la respiration du blond se faire plus rapide. Il s'approcha du lit. Le blond se mit à gémir et à se débattre contre des assaillants imaginaires, frappant l'air de ses mains et battant l'air de ses pieds. Sasuke se tint hors de portée des coups et entreprit de le réveiller de son cauchemar en l'appelant. Le souffle haletant, le blond, sonné, le fixa sans le voir, les yeux dans le vague. Sasuke ne fit pas un geste, attendant qu'il se réveille totalement, pour ne pas le surprendre. Quand enfin, il le reconnut, il se permit de le prendre contre lui et Naruto se laissa consoler. Il avait du mal avec ce Naruto émotif, mais il ne flancherait pas. Il voulut l'aider à se recoucher, mais le blond ne le lâchait pas. Il sut ce que cela voulait dire et se coucha à ses côtés.
- Sasuke ? Demanda timidement le blond.
- Oui ?
- Pardon, murmura doucement Naruto.
- Pardon ? Pourquoi ? Questionna Sasuke, interloqué.
- Pour… tout ça.
Dans le futon, Sasuke se redressa sur le côté, coude replié pour que sa tête s'appuie sur sa main afin de regarder le blond dans les yeux :
- Ecoute-moi bien. Tu vas arrêter de jouer les abrutis, ok ? Il empêcha Naruto de répliquer et poursuivit sur sa lancée : Tu vas mal, mais tu as le droit d'aller mal. Tu as été là pour moi chaque fois que j'en ai eu besoin et je suis content de te retourner la pareille, mets-toi ça dans le crâne une bonne fois pour toutes.
- Mais tu sais rien de moi, de ce que j'ai fait… Tenta le blond, désemparé.
- Tu me diras tout ce que tu veux, ça ne changera rien entre nous, affirma-t-il.
- Je sais pas si... je peux raconter, avoua le blond. Sasuke se laissa retomber dans les draps et attira le blond contre lui, respirant son odeur à fond :
- Y'a rien qui presse, tu sais que je suis là pour t'écouter. Demain ou dans dix ans, je serais toujours là.
- Merci Sasuke.
- Hn. Dors maintenant.
Le lendemain, Sasuke se réveilla dans une position difficile. Ils avaient dû bouger pendant leur sommeil parce que les draps formaient comme un étau autour de leurs corps entremêlés. Naruto dormait toujours, blotti contre lui. Il était rare qu'il le surprenne en plein sommeil, cela démontrait la fatigue excessive que lui avaient causés les derniers évènements. Il ne voulait pas qu'il se réveille seul et attendit donc qu'il ne s'éveille à son tour. Il entendait le bruit que faisaient Jiraya et Tsunade. Ils devaient être debout depuis un moment sans doute et les avaient laissés dormir.
Il contempla le visage de Naruto. Même dans le sommeil, l'ombre de ses démons intérieurs était visible. Il semblait éteint, comme si sa lumière s'était ternie. Il eut envie de l'étreindre fortement, de le protéger de tout ce qui lui faisait du mal mais il ne pouvait rien faire contre ce qui rongeait son esprit. Un bref mouvement l'informa que Naruto s'éveillait. Les yeux s'ouvrirent et un pâle sourire, sans doute forcé, naquit sur ses lèvres ce qui mit Sasuke en colère. Avant de le laisser parler, il plaqua sa main sur la bouche du blond et le regarda droit dans les yeux :
- Arrête ça, tu veux. Il ne put s'empêcher de laisser transparaître son mécontentement dans sa voix. Constatant la tristesse dans les perles bleues, il s'empressa d'ajouter, plus doucement : Je ne veux pas que tu te forces à sourire ou que tu fasses semblant d'aller bien. Pas avec moi ou Jiraya et Tsunade. On est ta famille, si tu n'as pas envie de sourire, tu ne le fais pas, ok ?
Le sourire se fana pour disparaître tout à fait. Poussé par un élan de tendresse, Sasuke ajouta :
- Par contre, tu as le droit de demander.
- De demander ? Murmura le blond,
- Oui, tout ce que tu veux… enfin, tant que tu n'en profites pas trop quand même ! Déclara Sasuke, malicieux.
Un vrai sourire, petit, mais présent, se fit une place sur le visage du blond avant que des larmes ne le chassent. Naruto se réfugia de nouveau contre Sasuke, l'entourant de ses bras. Celui-ci se laissa faire, répondant volontiers à ce besoin de proximité. Il s'en voulait quelque part de profiter de la faiblesse de Naruto, mais puisqu'il s'était promis de ne pas laisser ses sentiments interférer et de se contenir parce que la priorité était d'aider Naruto, il décida de laisser les choses venir et de ne pas culpabiliser à tout bout de champ pour des détails anodins.
Après un petit moment, Naruto se défit de l'emprise de Sasuke et se leva. Sasuke en fit de même et ils partirent se laver, chacun leur tour, dans la salle de bain adjacente. Naruto avait replié le futon quand Sasuke revint et attendait, manifestement indécis sur la conduite à tenir. Il lui sourit et lui tendit la main. Naruto hocha la tête et inspira fortement avant de la lui saisir. Ils descendirent ensemble les escaliers. Il était l'heure du déjeuner. Tsunade et Jiraya s'immobilisèrent en les voyant entrer dans la salle. Naruto baissa la tête, pressant la main de Sasuke qui lui répondit en affermissant sa prise.
Tsunade approcha et releva le menton du blond.
- Tu n'as pas à avoir honte ou à te sentir mal à l'aise, Naruto.
- J'ai gâché la soirée, murmura le blond.
- Ne raconte pas n'importe quoi, fils, l'interrompit Jiraya. Le plus important, c'est toi pas un concert.
- Jiraya a raison. On peut aller à d'autres concerts, mais on a qu'un seul Naruto, confirma Tsunade.
Naruto hocha la tête, trop ému pour dire quoi que ce soit. Il s'assit sur son zabuton habituel. Le repas se déroula silencieusement. D'habitude, c'était le blond qui faisait l'animation, mais là, ce fut Sasuke qui, pour alléger l'ambiance et éviter que Naruto ne se sente responsable de celle-ci, se décida à engager la conversation sur le nouveau livre de Jiraya… qui saisit allègrement la perche. Le déjeuner passa alors plus agréablement, entrecoupé des descriptions passionnées de Jiraya sur tout l'art subtil de la séduction et des regards noirs accompagnés de quelques joyeuses tapes (histoire de remettre certaines idées en place…) sur la tête de son mari par Tsunade. Naruto ne participa presque pas. Songeur, il semblait absent mais personne ne lui en fit la remarque.
On débarrassa la table. Comme ils s'étaient mis d'accord la veille, Sasuke et Jiraya laissèrent Naruto avec Tsunade. Elle le prit par les épaules et l'emmena dans le jardin, devant le petit bassin qui avait longtemps été témoin de ses escapades matinales. Elle l'invita à s'asseoir dans l'herbe, juste à côté d'elle. Elle laissa passer quelques minutes dans le silence, car elle sentait la tension et l'inquiétude de son pupille. Il fallait lui laisser un peu de temps pour qu'il se sente en confiance. Enfin, elle se décida à entamer la discussion :
- Pour commencer, je ne veux pas que tu voies en moi la thérapeute, Naruto. Il leva des yeux surpris sur elle. Tsunade poursuivit : je ne sais pas trop ce qu'il en est pour toi mais, même si je suis habilitée à t'aider et que je le ferai du mieux que je peux, je te considère comme mon enfant avant tout. Spontanément, Naruto vint poser sa tête contre l'épaule de Tsunade qui l'accueillit en l'entourant de ses bras.
Naruto ne l'avait jamais appelé maman. Elle n'avait jamais vraiment discuté avec lui de cet aspect de leur relation, mais savait qu'il l'aimait. Elle savait par Jiraya qu'il n'avait jamais connu de tendresse maternelle avant elle, mais n'ayant jamais eu d'enfants elle-même, elle ne savait pas trop comment exprimer son affection. Heureusement, c'était souvent Naruto qui était venue à elle. Enfant, elle le surprenait souvent à l'observer puis il avait ensuite timidement demandé à l'aider à préparer le repas. Il aimait la cuisine et ça avait permis de les rapprocher. Il était toujours levé tôt et la rejoignait pour cuisiner le petit-déjeuner avec elle. Ces instants où ils étaient les seuls éveillés dans la maison avaient été des moments privilégiés.
Elle n'avait pas apprivoisé Naruto. C'était Naruto qui lui avait fait sentir qu'elle était mère. C'était différent de ce qu'elle pouvait partager avec Sasuke. Sasuke avait eu une mère. Elle était et serait toujours la seconde. Naruto n'avait jamais connu la sienne et l'avait identifiée comme telle immédiatement, sans se poser de questions. Sasuke était affectueux, mais réservé avec elle. Naruto n'avait pas de retenue. Il l'embrassait en rentrant à la maison, ses démonstrations d'affection avaient un goût de naturel, rien n'était forcé. Pour autant, ils n'en avaient jamais parlé. Les sentiments étaient certes exprimés quotidiennement, mais mettre des mots sur ceux-ci était difficile pour le petit garçon et même encore le jeune homme de maintenant. Comme un voile de pudeur qu'il n'arrivait pas à faire tomber.
- Nous irons à ton rythme. Si tu ne te sens pas de parler maintenant, ça me va. Je respecterais ton choix, mais il faut que tu me promettes que, quand tu te sentiras prêt, quand il y aura quelque chose que tu trouveras trop dur à gérer, tu m'en parleras. Elle l'entendit inspirer et expirer fortement et un filet de voix, si loin de l'exubérance ordinaire de Naruto, se fit entendre :
- Je ne peux pas… pas tout de suite. C'est… confus dans ma tête… j'essaie d'oublier, mais… Je me rappelle maintenant, ça revient tout le temps et… La respiration de Naruto se fit fébrile, il recommençait à laisser son angoisse prendre le dessus. Tsunade passa sa main dans son dos et lui demanda d'inspirer, de compter jusqu'à trois puis de relâcher son souffle pour se calmer. Naruto se détendit rapidement. Tsunade reprit :
- Je comprends que ce soit difficile, ne t'en demande pas trop. Il faut que tu prennes le temps d'accepter ses souvenirs pour ensuite les raconter… Pas tout de suite, quand tu seras prêt, coupa-t-elle en le sentant se tendre. Nous verrons ensemble comment répondre aux questions que tu as sans doute à ce sujet, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais je sais que tu y arriveras, d'accord ?
- Mm, acquiesça Naruto avant de poser une question qui le tracassait : Tsunade… Ton voyage avec Jiraya…
- Ne t'inquiète pas pour ça, d'accord ?
- Mais…
- Nous allons reporter, ce n'est pas quelque chose qui doive t'inquiéter. Nous avons le temps.
- …
- Nous allons travailler cette semaine, mais je pense qu'il vaut mieux que tu restes à la maison, qu'en penses-tu ?
- Je sais pas. Ça me semble… je sais pas, avoua Naruto.
- Tu es désorienté, c'est normal. Tu restes à la maison cette semaine. Sasuke va s'arranger avec Sakura pour qu'elle t'apporte tes cours et je vais appeler ton université pour les prévenir.
- Sasuke… va aller en cours? Je… je vais rester seul ? L'angoisse était nettement perceptible dans la voix du blond. Elle s'empressa de le rassurer.
- Non, cette tête de mule a insisté pour rester avec toi. Un discret soupir de soulagement s'éleva. Tu sais comment il est dès qu'il est question de son petit frère, pire qu'une mère poule. Un petit rire résonna contre sa poitrine. Tsunade sourit. Oui, ça prendrait du temps, mais ça irait mieux.
Ils rentrèrent tranquillement. Le reste de la journée s'écoula paisiblement. Tsunade et Jiraya s'installèrent devant un jeu de mah-jong assorti de coupelles de sake tandis que Sasuke et Naruto s'isolèrent dans leur chambre. Sasuke proposa d'appeler leurs amis pour les tenir au courant, mais si Naruto accepta, il ne voulut pas leur parler lui-même, honteux de ce qui s'était passé lors du concert, notamment auprès de Gaara. Après avoir raccroché difficilement d'avec Karin pour organiser ses cours de la semaine, Sasuke se rapprocha de Naruto qui s'était allongé, le dos contre le mur sous la fenêtre. Il avait été silencieux et s'était désintéressé de la conversation de Sasuke avec ces amis. Il s'assit à côté de lui, sans parler.
Finalement, Sasuke proposa de regarder la télé et ils s'installèrent sur le futon encore déplié de Sasuke pour regarder l'écran. Naruto était toujours contre lui. Il était trop calme, c'était perturbant. « Rendez-moi mon Naruto » priait-il. Ce dernier ne bougeait pas, apparemment captivé par le petit écran, mais Sasuke sentait qu'il n'en était rien. Le dîner arriva vite et fut aussi morne que le déjeuner mis à part les essais de Tsunade et Jiraya pour plaisanter et faire « comme si ». Comme si tout allait bien. Comme si tout était normal. Mais quelque chose manquait. Ce quelque chose avait un nom : Naruto.
Naruto n'eut pas besoin d'en faire la demande. Au moment du coucher, il vint placer son futon à côté de celui de Naruto. Comme la veille, Naruto se réfugia dans ses bras. La nuit se révéla mouvementée. Par deux fois, Naruto se mit à hurler des mots qui n'avaient aucun sens pour Sasuke, gesticulant, cherchant à tout pris à s'échapper de l'étreinte du brun. Jiraya et Tsunade étaient accourus pour le faire sortir de sa transe, mais il avait fallu à chaque fois beaucoup de patience de la part de Jiraya pour le faire sortir de son cauchemar. Alors, se réveillant totalement, Naruto cherchait Sasuke du regard et venait se blottir contre lui et se rendormait instantanément.
Tsunade avait expliqué que les cauchemars permettaient à Naruto d'exprimer ce qu'il n'arrivait pas à faire lors de son état d'éveil. Le lendemain, Sasuke, Jiraya et Tsunade avaient fait le point sur les informations recueillies lors des crises de la nuit passée, mais hélas, les résultats étaient plutôt maigres et les phrases leur paraissaient incohérentes faites de renard, de rivière, de sang... Ensuite, alors que Tsunade et Jiraya étaient partis travailler, Sasuke était retourné auprès de Naruto, attendant son réveil. Les prunelles céruléennes s'ouvrirent un long moment plus tard, moment que Sasuke avait mis à profit pour le couver des yeux.
- B'jour, lança une petite voix encore endormie sur une mine un peu chiffonnée par la nuit.
- Bonjour la marmotte, répondit doucement Sasuke en balayant une longue mèche blonde qui avait eu la prétention de masquer le visage doré.
- T'es d'bout depuis longtemps ? T'aurais dû dormir plus, t'as l'air fatigué, murmura Naruto en passant une main douce sur les traits tirés du brun.
- Tu ne te souviens pas ? Demanda prudemment Sasuke.
- Me souvenir de quoi ? Questionna Naruto en fronçant les sourcils.
- Tu as eu quelques cauchemars cette nuit.
- Oh.
Naruto baissa la tête et voulut se lever, mais Sasuke le retint.
- C'est pas grave, Naruto, dit-il simplement.
- Je t'ai empêché de dormir, fit gravement Naruto, le regard toujours vissé au sol.
- Et alors ? Tu préférerais que je te laisse seul pour aller dormir tranquillement ailleurs ? Naruto parut hésiter.
- Oui… enfin, non, mais… t'as besoin de repos, reprit Naruto.
- Et bien, je ferai une sieste cet après-midi, d'accord ? Arrête de t'en faire pour ça et viens manger, continua le brun pour chasser la tension.
- C'est toi qui a fait la cuisine ? Demanda le blond, suspicieux.
- Non, rassure-toi, répliqua le brun en riant un peu. C'est Tsunade qui nous a laissé de quoi faire.
Naruto sourit un peu en retour et se leva enfin pour aller prendre sa douche. Le repas s'écoula tranquillement, Naruto ne parla quasiment pas, Sasuke n'arrivait pas à s'y faire, mais n'essaya pas de le pousser. La journée se déroula sans évènements notoires à part que le blond était songeur et jetait de fréquents coups d'œil à Sasuke qui faisait mine de ne rien remarquer, attendant que le blond ne se décide à l'aborder, mais il n'en fût rien. En fin d'après-midi. Karin, la camarade de Sasuke, passa lui apporter ses devoirs et ses notes, mais après l'avoir délestée de ses cours, il l'a poussa gentiment, mais fermement vers la sortie tout en la remerciant. Malgré cette façon de faire un peu cavalière pour ne pas dire grossière, la jeune fille semblait ravie, voire radieuse, d'avoir pu parler à Sasuke et repartit en chantonnant.
En s'en retournant vers la maison, Sasuke croisa le visage indéchiffrable de Naruto. Celui-ci ne dit rien et rentra dans la maison. Sasuke n'osa pas l'interroger, il ne savait pas comment s'y prendre en fait. Il aurait bien aimé en discuter avec Itachi, mais il ne pouvait pas en parler au téléphone et encore moins se déplacer jusque chez lui et laisser Naruto seul. La solution aurait été de le faire venir, mais Naruto avait avoué ne pas se sentir prêt à recevoir des personnes de l'extérieur pour l'instant et il se devait de respecter cela.
Sakura et Kiba passèrent également voir Naruto et, pour la jeune fille aux cheveux toujours aussi roses, pour lui amener ses notes et ses devoirs. Face à l'insistance de Kiba, Naruto ne put se résoudre à les laisser dehors malgré les avertissements de Sakura et donna son accord à Sasuke pour les inviter. Ils se retrouvèrent dans le salon, assis sur leurs zabutons. Naruto tentait de faire bonne figure, mais son sourire paraissait forcé, il était visiblement mal à l'aise. Ses amis ne savaient pas trop comment réagir et n'osaient pas poser de questions. Finalement, ce fut Kiba, avec sa délicatesse légendaire, qui mit les pieds dans le plat :
- Tu sais que t'as une sale tronche, mon pote ! Faut prendre le soleil où tu vas finir par ressembler à ce cachet d'aspirine qui t'sert de frangin !
- Kiba ! S'écrièrent en duo Sasuke et Sakura.
- Ben quoi ! C'est pas parce qu'il nous a pété une durite une fois qu'il a changé ! S'exclama Kiba. C'est toujours mon pote, je vais pas lui parler comme à une p'tite chose précieuse ! Sasuke s'apprêtait à lui faire comprendre ce qu'il en pensait, et pas franchement du bien, quand un son clair s'éleva. Naruto riait. Kiba le rejoignit quelques instants plus tard et les deux amis se tapèrent dans les mains, signe que le malaise avait disparu. Naruto se calma et répliqua :
- C'est clair, parce que sinon, je t'offrirais un rendez-vous chez l'ophtalmo illico !
- J'dirai pas non si elle a des formes généreuses, reprit Kiba, complètement pris dans son jeu.
Sasuke et Sakura se jetèrent un coup d'œil complice, rassurés. Kiba n'était peut-être pas le plus diplomate d'entre eux, mais il savait comment y faire quand une situation était prise de tête. Ils parlèrent un moment, alternant entre choses sérieuses (les devoirs scolaires soigneusement accompagnés des commentaires, plus plutôt que moins, assommants de Sakura) et déconnade (Kiba faisant une imitation très convaincante de Miss Piggy du Muppet Show sans que personne ne se rappelle comment le sujet était arrivé sur le tapis). Voyant que le soleil déclinait dangereusement, les deux amis prirent congés. Au moment où ils passèrent la porte, Naruto retint Kiba et murmura « merci, vieux » auquel l'autre répondit par un « mais c'est toujours un plaisir de te mettre en boîte, ma p'tite sardine ». Ils se sourirent avant de se séparer définitivement.
Le repas du soir fut plus égayé que la veille, Naruto semblait aller mieux. Tsunade lui fit signe de la suivre dans le bureau.
- Ça a l'air d'aller mieux, Naruto, demanda-t-elle.
- Ouais, répondit-il, un peu embarrassé.
- Tu veux m'en parler ? Elle le vit tergiverser un peu avant de se lancer :
- C'est pas facile à expliquer, commença-t-il, hésitant. D'un mouvement de tête, elle l'invita à prendre place sur le fauteuil en face d'elle. Il s'assit puis reprit : Je… me rappelle… Il y a des choses… tout est revenu avec la musique et… après, j'avais l'impression d'être différent, comme si il y avait deux « moi »… tu vois ?
- Celui que tu avais oublié et celui de maintenant, c'est ça ? Tenta de résumer Tsunade.
- Ouais. C'était confus. Ça l'est toujours d'ailleurs, c'est comme si ça s'était passé hier et pourtant… c'est pas le cas, expliqua lentement le blond.
- C'est normal que tu ressentes, ça, tu sais. Il va te falloir du temps pour assimiler ton passé et faire la part des choses, rationalisa Tsunade.
- C'est ce que je me suis dit, mais aujourd'hui… j'ai compris un truc important. Il regarda Tsunade dans les yeux et sourit : J'ai des amis qui s'en foutent de celui que j'étais avant, ça n'a pas d'importance pour eux… Je suis pas obligé de leur dire…
- Non, effectivement Naruto, tu n'es pas obligé, continua Tsunade qui avait froncé les sourcils, mais tu ne dois pas chercher à fuir ton passé. Tu dois l'accepter et t'en libérer. Au moins avec ta famille. Elle vit le sourire de Naruto s'effacer et crut bon d'ajouter, tout en se levant et en se mettant à genoux face au fauteuil où était assis Naruto : Naruto, quoiqu'il se soit passé là-bas, rien ne changera avec nous. Jiraya, moi, Sasuke… on continuera de t'aimer, tu le sais ?
Les larmes s'écoulèrent sur le visage de Naruto et elle comprit que c'était là, le nœud du problème. Naruto se croyait responsable de quelque chose de suffisamment grave pour remettre en cause l'affection qu'ils avaient pour lui. Elle aurait beau lui dire, il ne la croirait pas. Comment lui faire comprendre ? Elle lui saisit les mains et poursuivit :
- Naruto. Est-ce que tu crois que Sasuke est responsable de la mort de ses parents ? Elle vit que ses mots avaient atteint leur cible quand elle vit les yeux de Naruto s'ouvrir en grand, cessant net l'afflux de larmes.
- Bien sûr que non, murmura-t-il.
- Pourtant, il l'a cru, lui, et pendant longtemps. Quel âge avait-il quand ses parents sont morts ?
- Euh… pas encore huit ans, répondit le blond, un peu perdu. Pourquoi lui parlait-elle de Sasuke ?
- Sasuke s'en est voulu de ne pas avoir pu empêcher Itachi de tuer son père et sa mère, tu sais ?
- Mais il était trop petit, il n'aurait rien pu faire, s'exclama Naruto, indigné.
- Oui, c'est vrai, confirma Tsunade. Maintenant, dis-moi : quel âge avais-tu quand ça s'est passé ? Les yeux bleus s'écarquillèrent, signe qu'il avait fait le rapprochement avant de s'assombrir :
- C'est pas pareil, murmura-t-il.
- En quoi ?
Le silence se fit. Naruto n'était pas prêt encore à raconter son histoire, mais elle savait qu'elle avait marqué des points ce soir. On frappa à la porte du shoji, doucement, pour ne pas transpercer la fine paroi de riz. C'était Jiraya qui annonçait que le drama préféré de Naruto, GodHAnd Teru[1], commençait et que Sasuke l'attendait devant la télévision, un grand paquet de Pocky dans les mains. Naruto s'essuya ses yeux et ses joues d'un grand mouvement de manche et sortit. Après son départ, Jiraya et Tsunade conversèrent un peu et tentèrent de trouver des moyens pour rassurer le blond sur leur affection.
Ce ne furent pas des hurlements qui réveillèrent Sasuke cette nuit-là, mais le bruit de sanglots qu'on cherchait manifestement à étouffer. Il se redressa sur son futon et s'aperçut que la place à ses côtés était vide. Il se dirigea vers l'origine des plaintes. Cela venait de la salle de bain concomitante. Il tira doucement sur le shoji pour découvrir le blond recroquevillé entre la douche et la baignoire, la tête contre ses genoux. Il s'approcha et le blond renifla un peu avant de le regarder et d'avouer :
- Pardon, je voulais pas te réveiller.
- T'es vraiment agaçant, abruti. Allez, viens.
A contrecœur, Naruto se leva. Sasuke l'entraîna vers le futon et l'obligea à se recoucher avant de le prendre autoritairement dans ses bras. Le jeune homme ne résista pas, se laissant faire. Sasuke passa ses mains dans son dos, de bas en haut, et murmura contre son oreille :
- Naruto, je préfère que tu me réveilles quand tu vas mal… ne me laisse pas en dehors. Je déteste ça. Je me sens déjà suffisamment impuissant alors laisse-moi au moins ça, ok ?
- Excuse-moi.
- Tu promets ? Insista Sasuke.
- Oui, souffla Naruto avant de les laisser bercer par l'étreinte et de se rendormir, suivit par Sasuke, peu de temps après.
Les journées s'écoulèrent assez rapidement après ça. Naruto reçut ses amis et semblait aller mieux de jour en jour même s'il était moins extraverti, plus réservé qu'avant. Il faisait ses devoirs et disait qu'il serait prêt à retourner en cours dès la semaine suivante. Tsunade et Jiraya , malgré les objections de Sasuke, accédèrent à sa demande. Rester enfermé n'était pas une solution de toute façon, à terme. Cela ne ferait que prolonger le sentiment de décalage de Naruto. Il valait mieux qu'il reprenne des repères, un quotidien, plutôt que de ressasser ses souvenirs à longueur de journée. Tsunade et Naruto se retrouvaient parfois le soir, à la demande de Naruto souvent, pour parler. Même s'il ne se confiait pas à elle, il parlait de ses angoisses, de ses craintes et elle le rassurait autant que possible sans savoir sur quoi se baser pour l'aider à avancer.
Il était contrarié par le décalage de leur voyage et insista pour qu'ils partent quand même, mais Tsunade avait refusé net. Ils devaient s'absenter un mois, c'était trop long selon elle, mais Naruto culpabilisait réellement, car c'était la première fois où les emplois du temps de ses tuteurs coïncidaient suffisamment pour leur permettre de s'octroyer une pause bien méritée. Jiraya avait pris de l'avance et délégué ses recherches d'informations à ses assistants et Tsunade avait enfin achevé son cycle de colloques et en récompense, le Directeur de l'institut où elle travaillait lui avait offert de se faire remplacer jusqu'à la fin du semestre. Une telle occasion relevait du miracle et n'était pas prête de se renouveler de si tôt. Avec Jiraya, ils avaient alors décidé de faire un compromis : ils partiraient, mais les garçons devraient les appeler au moins tous les deux jours pour leur donner des nouvelles et au lieu de partir à l'étranger, ils se contenteraient de faire un tour dans leur maison de campagne à Konoha avant de faire quelques incursions dans les ryokan[2] et les rotenburo[3]de la préfecture de Kumamoto, sans compter les salles de jeu, mais ça, pas question d'en parler aux adolescents...
En cas de problème, ils pourraient ainsi revenir rapidement. Tsunade fit promettre à Naruto de l'appeler dès qu'il en sentirait le besoin et Jiraya demanda à Sasuke de bien prendre soin de Naruto. Ils avaient prévenu Itachi et Kakashi de leur départ pour qu'il y ait des adultes disponibles auprès des garçons et notamment pour surveiller qu'ils ne fassent pas trop de bêtises en leur absence. L'aîné Uchiha devait passer régulièrement pour contrôler que « la maison était encore debout » et qu'il ne s'y déroulait pas « d'évènement susceptibles de faire la une des journaux » selon Tsunade. Et vu l'expression qu'elle arborait en répétant pour la millième fois ces recommandations, les garçons savaient qu'ils avaient intérêt à se tenir à carreau.
On était maintenant fin mai et Jiraya et Tsunade venaient de partir. Comme convenu, ils les appelaient régulièrement. Tout semblait redevenu normal à l'exception que Naruto semblait toujours plus ou moins absent parfois et moins joyeux. Sans compter qu'il ne pouvait plus dormir seul la nuit et qu'il se réveillait encore fréquemment, tremblant comme une feuille dans les bras de Sasuke. Au matin, pourtant, il faisait comme si de rien n'était. Sasuke était vexé et triste à la fois que Naruto ne se soit pas encore confié à lui. Il en avait parlé à Itachi qui lui avait demandé de faire preuve de patience, que les choses se débloqueraient d'elles-mêmes s'il savait être patient, mais Sasuke ne voyait pas les choses sous cet angle. Pour lui, Naruto ne lui faisait pas confiance, point barre.
Petit à petit, il commença se faire distant. Il ne recherchait plus systématiquement à vérifier sa présence dans la maison ou à lui proposer de faire des activités avec lui. Il le laissait seul avec leurs amis dès l'arrivée de ceux-ci. Ce qui passait inaperçu au départ commença à devenir franchement visible au bout de deux semaines quand Naruto suggéra d'aller visiter Gaara qui recevait Temari et Kankurô, venus spécialement de Grande-Bretagne pour les congés d'été et que Sasuke répliqua d'y aller sans lui. Naruto eut un choc. C'était la première fois depuis le concert que Sasuke refusait de l'accompagner quelque part. Il hésita un peu puis téléphona à Gaara pour s'excuser de son absence, il viendrait une autre fois. Il fallait qu'il parle avec Sasuke.
Il se dirigea vers leur chambre, mais ne l'y trouva pas. Il passa à côté, dans la salle de musique où il n'avait pas mis les pieds depuis le retour de ses souvenirs. Sasuke était adossé au mur, sur son coussin et le regardait, indifférent. Il s'installa face à lui.
- J'ai fait quelque chose de mal ? Demanda-t-il.
- …
- Je vois bien que quelque chose ne va pas, insista-t-il.
- …
- Parle-moi, Sasuke. Je t'en prie, murmura-t-il.
- Et toi, pourquoi tu ne parles pas ? Répondit Sasuke, furieux en lui lançant un regard noir. Naruto se recula surpris par cette colère qui lui était destinée puis se détourna, il savait bien ce que voulait dire Sasuke, mais il ne pouvait pas.
- …
- Tu vois, constata Sasuke, amer. Tu ne me fais toujours pas confiance.
- J'ai confiance en toi ! Se récria Naruto.
- Et bien ça ne se voit pas ! Hurla le brun.
Le silence s'installa pesant. Naruto mesurait le pour et le contre, mais n'arrivait pas à se décider. Décidant que s'en était trop, Sasuke se leva et voulut sortir mais deux bras enlacèrent sa taille, l'immobilisant tandis que le corps du blond se collait contre son dos. Il attendit que Naruto parle, enfin :
- Je veux pas te faire de mal, Sasuke. Jamais. Sasuke était surpris.
- Qu'est-ce que…
- S'il te plaît, pars pas. Je veux te raconter, mais… j'ai peur, murmura Naruto. Sasuke se retourna et le dévisagea.
- Peur de quoi ?
- Que tu me détestes. Que tu me fuis. Que tu ne comprennes pas. Que tu me vois comme un monstre…
- Naruto…
- Je veux te protéger Sasuke alors… promets-moi qu'après… tu oublieras.
- Qu'est-ce que tu veux que j'oublie ? S'étonna Sasuke.
- Après, quand tu sauras…Tu comprendras. Il faudra oublier, Sasuke. Oublier… que tu m'aimes. Naruto l'enlaçait fermement.
- Q-quoi ? Naruto savait ? pensa t'il, paniqué. De quoi tu parles ?
- Tu m'aimes… mais pas comme un frère… n'est-ce pas ? On y était. Le cœur de Sasuke battait la chamade, il avait redouté ce moment et l'avait espéré si souvent qu'il ne savait pas trop comment répondre, mais les mots s'échappèrent de sa gorge, comme mus par leur propre volonté :
- Oui.
- Tu devrais pas, reprit le blond qui pleurait doucement à présent.
- Je sais.
- C'est mal, continua le blond.
- Je sais, murmura Sasuke, la gorge nouée.
- C'est ma faute. Je suis désolé Sasuke. Je suis tellement désolé, répéta-t-il mais avant que Sasuke ne lui demande ce qu'il entendait précisément par sa responsabilité. La bouche de Naruto se posa sur la sienne et le fit taire. Le blond, les yeux embués, planta son regard dans le sien : Je vais te dire la vérité sur moi, Sasuke mais après…après, il faudra oublier. On a pas le droit, Sasuke… Je vais te raconter, mais…
- Non ! Hurla Sasuke en se détachant. Je refuse que ça se passe comme ça !
- Sasu…
- Est-ce que tu m'aimes ? Reprit Sasuke, à bout de nerfs. Ça ne devait pas se passer comme ça, ça ne pouvait pas se passer comme ça…
- Oui, confessa Naruto, la figure triste.
- Alors, pourquoi ? Rugit le brun, enragé. Pourquoi tu nous fais ça ?
- Arrêt…
Le brun le fit taire en prenant possession de ses lèvres. Naruto se laissa faire et répondit même au baiser. Il n'y avait rien de tendre là-dedans. C'était le désespoir et la colère qui dominait. Là où Naruto cherchait à apaiser Sasuke et à lui faire entendre raison, Sasuke voulait lui faire comprendre qu'il n'y avait rien qu'ils puissent y faire, que l'attitude de Naruto était absurde et injuste et qu'il ne voulait pas céder. Les mains s'accrochèrent aux tee-shirts puis s'enroulèrent autour des corps qui se pressaient de plus en plus l'un contre l'autre dans une fièvre dangereuse. Naruto se perdait de plus en plus dans ce baiser, ces sensations, jusqu'à ce que, brutalement, Sasuke ne le repousse :
- Tu peux dire ce que tu veux, Naruto. Tu peux vouloir le nier, mais… je ne renoncerai pas. Il faudra que tu admettes la vérité. Je n'écouterai pas ton histoire, Naruto. Pas si c'est le prix à payer pour l'entendre.
- Mais tu ne comprends pas ! C'est mal…
- Tu crois que je ne le sais pas ? Tu crois que je n'y ai jamais réfléchi ? S'égosilla Sasuke. J'ai essayé d'oublier ! Je me suis envoyé en l'air avec des dizaines de pétasses pour oublier, pour faire comme les autres et être normal ! Putain ! Je ne veux que toi, je ne vois que toi, encore et encore ! Merde ! Et si tu m'aimes comme tu le dis, alors arrêtons de faire semblant !
- Non, murmura Naruto.
Sasuke le regarda un instant. Il fit un pas en arrière puis un autre avant de courir. Il descendit les escaliers à toute allure, attrapa sa veste, mit ses chaussures et sortit. Il était blessé. Il avait mis son cœur à nu et maintenant, il souffrait. Des pics traversant son cœur à vif n'auraient pu lui faire plus de mal que ce qu'il ressentait à présent. Il aurait pu accepter que Naruto ne le voie que comme un frère ou même qu'il soit dégoûté par ses sentiments pour lui, mais ça… C'était inenvisageable, tellement grotesque. Il lui en voulait de lui faire ça, de leur faire ça. Et pourquoi ? Pour se conformer à la norme !
Il prit le métro pour se rendre chez Itachi. Il avait besoin de conseils.
Ben voilà, encore un chapitre trop long...
Le suivant est quand même plus court et au fait, il commence à faire chaud dans cette fic, je préviens. D'ailleurs plus que deux chapitres après celui-là et on se dira au revoir... C'est triste mais tout à une fin...
Bon week-end.
[1] GodHand Teru est une adaptation du manga God Hand Teru de Yamamoto Kazuki. Mahigashi Teru, fils d'un brillant chirurgien, fut sauvé par ce dernier à la suite d'un accident mortel. Teru décide alors d'emprunter la même voie que son père, décidé à ne laisser aucun de ses patients mourir. D'apparence maladroit, il change totalement d'attitude devant des patients en danger, et laisse apparaître ces vraies capacités grâce à ses "God Hands" ("Mains de Dieu"), qui lui permettent de réaliser les opérations les plus difficiles et délicates.
[2] Auberges japonaises traditionnelles.
[3] Bain creusé en plein air au milieu des rochers et de la verdure.
