New Vogue Children
Chapitre 25
En garde !
-Je n'ai absolument rien compris de ce que ça racontait, Juka.
-Il faut vraiment que je te fasse entendre, ça nous donne un suspect... C'est un gros morceau, j't'assure.
-Il vaudrait mieux pour toi.. Je passe te chercher dans une vingtaine de minutes, tu me feras entendre ça comme il faut et on traversera le pont quand on y sera arrivé.
-D'accord... à tout à l'heure.
L'autre inspecteur ne répondit pas et raccrocha aussitôt. Juka soupira, il n'aimait définitivement pas Mana et sa façon de faire.
-Qui c'est qui t'exaspère comme ça ? fit la voix de sa femme.
Il leva le regard vers elle, elle se tenait dans l'embrassure de la porte.
-Y a un nouveau qui sait pas trop comment ça marche, au bureau... Ils veulent que je me pointe.
Yuko soupira à son tour.
-Je vois...
Il se leva et alla vers elle, posa une main sur son ventre rond.
-Je m'habille et je file... fit-il en l'embrassant sommairement puis prenant le chemin de leur chambre.
Il lui répéta qu'il reviendrait le plus vite possible, avant de sortir sur le pallier pour aller attendre Mana, en bas.
Lorsqu'il arriva, le blond monta à bord de sa voiture et ils se saluèrent à peine avant de prendre la route, histoire de créer un peu de discrétion. Un peu plus loin, lorsqu'ils furent arrêtés, Juka fit réécouter l'enregistrement de Kamijo à celui qui l'avait remplacé. Ce dernier fronça les sourcils lorsque l'échange sur la cassette prit fin.
-Qui est la tierce personne ?
-J'ai pas encore trouvé...
-On fera faire une analyse de voix... Ne sait-on jamais...
-Oui...
-Donc Hizaki est mort et Kamijo a disparu... Curieusement, Hizaki est mort juste avant qu'on l'intéroge... Il savait donc quelque chose qu'on ne voulait pas que nous sachions. Qui plus est, la dernière fois qu'on a vu ce corps étange, à la morgue, c'était lui qui allait le charger dans le camion réfrigéré pour l'envoyer au labo. Or, le corps ne s'est jamais rendu au labo. Il est donc fort possible que Hizaki ait été tué pour effacer les traces... Il savait où était passé le corps et si ça se trouve, c'était lui qui l'avait mis ailleurs que dans le camion pour le laboratoire, puisque le légiste n'est, de toute évidence, pas dans le coup... Ensuite, y avait toi...
-Et Hora.
-Oui... Se pourrait-il que Hora se soit servit du fait que Hizaki travaillait à la morgue pour récupérer le corps ? Il a bien laissé cet autre chose le tué, comme on a pu l'entendre...
-Donc, Hora contrôlerait ces... trucs ?
-C'est bien ce que nous allons apprendre bientôt... Ensuite, pour ce qui est du journaliste, et bien... C'est triste à dire, mais, à l'heure qu'il est, il doit être dans le même état que son petit ami... Nous allons donc rendre une petite visite surprise à ce très cher scientifique.
-En ce moment, il doit être à l'université...
-Alors rendons-nous là !
oOoOoOo
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il mit un certain temps à se remémorer l'endroit où il se trouvait, premièrement parce qu'il venait de se réveiller d'un sommeil provoqué par une crise, deuxièmement parce qu'il faisait plutôt sombre. Il s'inquiéta pendant une fraction de seconde, mais fut rassuré lorsqu'il se souvint qu'il était, en fait, chez Dada. Par ailleurs, ce dernier lui avait laissé un mot sur la table de chevet. Il alluma la lampe pour mieux lire que celui qui avait écrit la note avait du s'absenter pendant un moment, mais qu'il reviendrait dormir à la maison et lui recommandait de faire comme chez lui. Il reposa la note et s'assit sur le bord du matelas en constatant qu'il ne portait qu'un sous-vêtement. Dada ne s'était donc pas donné la peine de fouiller dans ses affaires pour lui trouver quelque chose comme un pyjama, par exemple. Il jeta un regard circulaire à la pièce et vit bien que ses affaires n'étaient pas là. Il continua d'observer la pièce à la lumière tamisée de la lampe, son hôte devait bien avoir un peignoir en quelque part ! En effet, il y en avait bien un de lancé là, sur une chaise dans un des coins de la pièce. Il se leva lentement, ne sachant pas à quoi s'attendre avec ses jambes. Il se sentait quelque peu faible, mais s'obligea à rester debout : il voulait trouver ses affaires et ça lui permettrait de visiter l'appartement, un peu.
Il enfila donc le peignoir qui s'avéra à être transparent, c'était sur la limite de l'indécent, mais comme ça appartenait à Dada, ça excusait tout, et mis les pieds dans ce qu'il aurait cru être un couloir mais qui était, en réalité, un minuscule salon qui servait aussi d'entrée, celle-ci étant encombrée par ses affaires. Il roula les yeux : Son ami n'avait donc aucunement changé. Ne sachant pas s'il pouvait poser ça dans la chambre, il préféra faire en sorte que ça prenne moins de place et qu'on puisse au moins entrer sans avoir à les enjamber. Il allait pour ouvrir un de ses sacs pour y prendre son peignoir à lui, mais son attention fut retenue par un vivarium posé sur le tatami, non loin de là. L'appartement étant légèrement pauvre en éclairage, il n'arrivait pas vraiment à bien distinguer ce qu'il y avait à l'intérieur. Il le quitta des yeux le temps de prendre son peignoir dans sa valise puis de la refermer puis de s'approcher du grand prisme en verre. Il ne put réprimer un cri mélangeant dégoût, peur et surprise en découvrant l'habitante du vivarium, ce qui le fit aussi reculer de plusieurs pas, manquant de peu de le faire tomber.
Au même moment rentrait Dada sur qui il se jeta presque.
-Merde mais qu'est-ce que tu fous avec une putain d'araignée géante dans ton appartement ?! s'exclama-t-il en l'étranglant presque pour l'avoir attrappé par sa cravate turquoise, d'ailleurs assortie à sa perruque.
-Tire pas comme ça, tu vas m'tuer ! Fit-il en l'enlevant, la laissant dans les mains de Kaya. C'est donc pour ça que t'as crié ! Enfin, quoi ! Faut pas avoir peur ! C'est Roberta ! C'est à une de mes copines Drag Queen ! Tu sais, Vivienne Sato ?
-Ben oui, je sais qui c'est ! Mais pourquoi t'as ça ?! continua-t-il, toujours aussi dégoûté.
-Il était parti en voyage... il est revenu ce soir, mais il lui ont fait une fête spéciale, ce soir, donc il viendra la chercher demain... expliqua-t-il en enlevant ça perruque et se passant une main dans les cheveux.
-Et pis c'est quoi, ces fringues ?! questionna-t-il, cette fois étant plus intrigué qu'autre chose.
-Oh tu connais pas Hatsune Miku ?!
-Non...
Dada lui raconta donc le pourquoi du comment, ce qui finit par durer presque une heure entière.
-Au fait, il te va bien, mon peignoir ! Fit-il en continuant de le jauger.
-T'aurais préféré que j'aie rien, en dessous... retourna-t-il en l'enlevant pour lelui tendre et enfiler le sien.
-Tu pouvais le garder, si tu voulais, ça m'aurait pas dérangé !
-C'est justement pour ça que je l'ai pas garder, répondit-il, un peu trop séchement.
-Hey... Me parle pas comme ça... dit-il avec une moue, je t'ai rien fait de mal, hein...
Kaya ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se ravisa : l'autre avait raison.
-Pardon...
-C'est pas grave...
-Je commence à en avoir sérieusement marre...
-De ?
-Mais de tout, enfin ! De Hora, plus spécialement...
-Ben écoute, ça se comprends, quand même... Il a quoi, 20 ans de plus que toi ? Enfin, il est vieux, il est dingue, il est jamais avec toi... Pourquoi tu tiens tant à rester avec lui ?
-Je... je suis rien, sans lui... Je lui dois tout... Absolument tout... Ma vie comprise... donna-t-il en réponse, la voix tremblante, le regard fuyant.
-Ça, c'est ce que tu veux bien croire, sweetie !
-Non ! C'est seulement que la vérité ! Quand mes parents sont morts, j'avais juste lui ! J'avais pas vraiment d'amis depuis que j'étais sorti du placard !
-T'aurais pas été jusqu'à te suicider.
-Oh tu crois ça !
-T'aurais eu la trouille de le faire. Et pis ça fait dix ans de ça !
-Huit.
-Bon, si tu veux... Mais quand même ! Faut en revenir, un jour ! De toute façon, parti comme ça l'est, tu vas l'avoir ton prince charmant plus très charmant depuis qu'il a appris que t'était pas une meuf !
-Vas te faire mettre, Dada, finit-il par dire, d'un ton neutre, en se levant pour sortir de la pièce.
-J'veux bien, mais par toi, ça m'étonnerait...
Le plus jeune s'arrêta net et le regarda en plissant les yeux, sur un air de défi.
-Ah ouais ?
-Ouais !
-Dans la chambre. Tout de suite, ordonna-t-il presque militairement.
oOoOoOo
Une fois arrivés, les deux policiers se dirigèrent vers les bureaux administratifs où on les informa que le professeur avait donné sa démission tout juste la veille et qu'il avait dit prendre des vacances à Tokushima, sa ville natale, avec son copain.
-On envoie quelqu'un à Tokushima ou on va voir chez lui, avant ? Demanda la blond à l'autre en sortant du bureau.
-Nous allons d'abord voir ce qu'on peut trouver chez lui... D'abord, nous ne savons pas où il s'en est allé, exactement... Il ne nous en manque que trop peu avant de pouvoir émettre un mandat contre lui...
Ils retournèrent donc à la voiture de Mana et Juka lui indiqua le chemin pour se rendre chez Hora et, par conséquent, chez Kaya.
Évidemment, la porte principale était fermée à clef. Il firent donc le tour de la demeure pour trouver une autre porte, ce qui incluait de passer dans la haie de cèdre pour accéder au jardin, derrière la maison, mais la porte se trouvant là était verrouillée, elle aussi.
Ils revinrent alors à l'entrée principale où Mana décida, tout bonnement, de crocheter la serrure. Ils réussirent donc à entrer sans trop de problèmes, mais ne trouvèrent rien d'intéressant, sinon que la porte verrouillée avec mot de passe du laboratoire de Hora.
Juka se souvint alors de la soirée où Kamijo l'avait appelé en disant qu'il tenait quelque chose qui aiderait beaucoup l'enquête : Il était venu ici et avait vu quelqu'un entrer par une porte cachée et avait juger préférable de ne pas s'en mêler tout de suite. Il partit donc dans la direction où il croyait se souvenir avoir vu la silhouette entrer.
Effectivement, derrière un grand buisson se cachait une toute petie porte que l'âge commençait à faire presque abusivement rouiller la poignée, la serrure et les gonds. Elle n'était pas verrouillée, mais ils eurent un mal de fou à l'ouvrir à cause de toute cette rouille. Il se retrouvèrent dans une minuscule pièce où tout ce qu'ils pouvaient faire était de tendre un peu la main pour pouvoir ouvrir l'autre porte qu'ils avaient devant eux. Celle-ci les laissa entrer sans résistance dans ce qui, au peu de lumière qui filtrait depuis l'extérieur, semblait être un genre de laboratoire.
À tâtons, l'aîné réussit à trouver un interrupteur qui fit la lumière sur la question qu'était l'"Où sommes-nous ?" que tous deux se posait.
-C'est son labo... souffla le blond.
-Nous allons fouiller, je vais aller chercher des gants. Ne touche à rien !
-Je sais, je sais ! J'suis pas débutant !
Mana s'absenta donc pendant un moment et revint avec deux paires de gants les empâchant des laisser des traces indésirables. Il en donna une paire à son collègue et enfila les siens avant de s'attaquer à vérifier le contenu des trois ordinateurs qu'il y avait là alors que Juka fouillait les armoirs, les tiroirs et tout autre chose qui s'ouvrait à la recherche de quelconque preuve.
-Bon, et bien, maintenant nous savons où il se trouve... déclara calmement le plus petit.
-Hein ? fit l'autre en se tournant vers lui tout en ouvrant ce genre de tiroir où on conserve les corps, à la morgue.
-Il avait laissé le botin téléphonique sur son bureau, à côté du téléphone, répondit-il en finissant de noter ce qu'il venait de trouver.
-Et ?
-Qu'est-ce que... ? fit-il en levant les yeux sur Juka, voyant quelque chose sur le tiroir.
-Quoi ?
Il baissa le regard et sursauta en voyant le corps se trouvant là.
-Putain ! C'est le corps qui avait disparu ! s'exclama-t-il. Ben on l'a, notre mandat !
-Et on sait où il se trouve. On s'en va à Tokushima.
-Ça j'aime ! J'aurais cru que tu voudrais faire le mandat, avant.
Mana lui jeta un regard en biais.
- Il faut seulement profité du fait qu'il n'est pas parti depuis longtemps et qu'ainsi, nous avons plus de chances de l'attrapper.
