EDIT du 13/04/2014 : J'ai réécrit toute une partie de ce chapitre qui parle de Peter. C'est la quatrième partie pour ceux qui veulent y aller directement. J'explique pourquoi j'ai changé cette scène dans ma note d'auteur à la fin. Je vous invite vraiment à lire la nouvelle version, qui me plaît beaucoup plus que l'originale.

Je vous souhaite une bonne année tout le monde :) Une excellente santé, plein de réussite, de bonheur, d'amitié et d'amour. J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes et de bonnes vacances et que vous êtes à fond pour 2014 !

Qui a vu Hunger Games 2 ? Parce que pour moi c'était le méga événement culturel des vacances, j'ai sur-adoré ce film, je l'ai trouvé vraiment génial. Et je suis retombée folle amoureuse de mon violon, d'Haydn et de Bruch, voilà, il fallait que je le dise.

Si vous pensiez que je n'étais pas capable d'écrire de chapitre encore plus long, détrompez-vous, celui-ci fait 42 pages ! Et ouais, c'est dingue, mais que voulez-vous... Devinez ce qu'il se passe en ce moment dans ma vie ? J'ai mes partiels dans 3 semaines, ce qui veut dire que... La méga inspiration faut-absolument-que-je-révise-mais-oh-zut-je-suis-super-inspirée-ça-serait-dommage-de-pas-en-profiter-tant-pis-pour-les-exams va sûrement venir me faire un petit coucou ^^ une bonne nouvelle pour le chapitre 26 donc !

Et on souhaite un joyeux anniversaire en avance à Severus Rogue qui est né le 9 janvier si je me souviens bien. Il aurait eu 54 ans (ha l'ancêtre...).

Un grand merci aux revieweurs : Fraize00, Lacouleurduciel, Tchoupi95, likyboy's, Zod'a Quatique et EwilanGil'Sayan, vos reviews m'ont fait super plaisir. Merci aux lecteurs silencieux et à ceux qui mettent en alert/favoris !

Disclaimer : Tout à JKR évidemment. Le titre du chapitre et les paroles de la fin sont extraites de "Welcome Home (Sanitarium) de Metallica (La phrase du titre est ma phrase tirée d'une chanson que je préfère au monde, j'espère que vous remarquerez la beauté de ces quelques mots). Les paroles glissées dans le chapitre viennent de "Venus In Furs" de Lou Reed.

Playlist : Metallica - Welcome Home (Sanitarium) ; Lou Reed - Venus In Furs - Animal Serenade (album) ; Silversun Pickups - Rusted Wheel - Three Seed - Common Reactor ; Florence & The Machine - Spectrum ; Foo Fighters - Darling Nikki ; Nickelback - Leader of Men - Believe It or Not ; Puggy - Dubois Died (album) - Dubois - When You Know ; Porcupine Tree - Up The Downstairs (album) ; Gorillaz - Clint Eastwood ; Supertramp - Fool's Ouverture - Crime of the Century ; The Heavy - How You Like Me Now ; Coolio - Gangsta's Paradise ; The Roots - Now Or Never - Why (What's Goin' On) ; Eric Clapton & BB King - Hold On I'm Coming.


The Gentlest Feeling

25. Sleep my friend and you will see that dream is my reality


La voie était libre. Elle courut sans plus attendre, bouscula un Mangemort au passage auquel elle jeta immédiatement un Petrificus Totalus. Les portes s'ouvrirent à la volée devant elle - les avait-elle ouvertes ? On aurait dit qu'elles s'étaient actionnées dès que Lyra s'était avancée vers elles. Dès qu'elles se refermèrent derrière elle, Lyra n'entendit plus que lointainement la clameur des combats à l'extérieur. À l'intérieur du Piano Bar, tout était silencieux. C'était comme si les murs étouffaient les bruits des combats venant du dehors.

D'abord déstabilisée par l'inactivité sombre et muette du bar, Lyra s'avança ensuite à pas rapides vers la porte qui donnait sur la cour extérieure. Cour qui s'avéra toute aussi vide et silencieuse. Elle se dirigea machinalement vers la réserve, la petite cabane au fond de la cour. Son cœur battait la chamade. Elle ouvrit la petite porte et scruta l'obscurité de ses yeux plissés. Un unique rayon de soleil réussit à passer à l'intérieur et Lyra le suivit des yeux. Le rai de lumière éclaira une forme sur le sol. D'abord une main, puis un poignet et un bras. Lyra reconnaîtrait le bracelet qui ornait ce poignet entre milles.

Retenant sa respiration, elle franchit les derniers pas qui la séparaient du rayon de lumière à la manière d'une automate. Ses yeux s'étaient plus ou moins habitués à l'obscurité à présent, mais pour en être sûre, Lyra murmura un « Lumos » d'une voix tremblante et l'extrémité de sa baguette se retrouva entourée d'un léger halo lumineux. Elle distingua un visage au regard vide, aux traits figés, aux yeux écarquillés par la surprise. La surprise d'être tué si facilement.

Lyra plaqua une main sur sa bouche, incapable d'émettre un son alors qu'elle aurait voulu crier et pleurer le nom de son ami mort. À la place, elle recula, ne pouvant quitter des yeux le cadavre de Jim. Une fois qu'elle eut quitté la réserve, la porte se referma d'elle-même - cette fois, Lyra ne s'en étonna pas, encore sous le choc. Puis elle entendit une voix grave et masculine derrière elle s'écrier « Lyra, non ! »

Elle fit volte-face, sa baguette pointée devant elle. À quelques mètres d'elle, Jim lui souriait. Il était certes pâle, mais bien vivant. Ce qu'elle avait vu dans la cabane n'était qu'un leurre, qu'une illusion. Son sourire était fatigué mais heureux de la voir. Un soulagement et une joie s'emparèrent de Lyra et elle fit un pas vers lui, toujours incapable de parler.

- Ragio, susurra une autre voix derrière Lyra - il s'agissait en réalité de l'exacte même voix, grave et masculine, qui l'avait appelée quelques secondes plus tôt.

Un éclair rouge sanglant toucha Jim. Son artère carotide éclata littéralement, son sang se déversa abondamment sur son cou et ses vêtements. Lyra tourna la tête pour voir qui avait lancé ce sort et n'en crut pas ses yeux lorsqu'ils rencontrèrent ceux de Lyndon Lovitz, froids comme la glace. Lyndon baissa sa baguette et fit un sourire à Lyra qui lui fit froid dans le dos, ainsi qu'un clin d'œil terrifiant. Lyra se retourna pour voir Jim étalé sur le sol, une mare de sang se formant autour de lui. Elle le vit fermer les yeux et exhaler son dernier soupir. Elle le vit mourir et cria, cria de toutes ses forces, cria son horreur et son désespoir et la traîtrise de Lyndon Lovitz.

Lyra se réveilla en sursaut, des mèches de cheveux collées sur son front par la sueur. Assise dans le lit, elle plaqua ses mains sur sa bouche en se demandant si elle avait également crié dans son sommeil et si elle avait réveillé ses colocataires. Elle posa une main sur sa poitrine pour calmer son cœur qui battait à tout rompre et écouta avec attention les sons du dortoir. Tout le monde semblait dormir. Ce fut à ce moment que Lyra s'aperçut qu'elle n'était pas dans son propre dortoir. Et qu'elle se souvint que c'était la deuxième nuit qu'elle passait dans celui des Maraudeurs, dans le lit de Sirius.

D'un geste vif, elle attrapa l'oreiller qui reposait derrière elle et le posa sur ses genoux pliés. Elle enfouit son visage à moitié dans ses mains et à moitié dans l'oreiller, respirant l'odeur rassurante et heureusement encore présente de son petit-ami. Elle avait fait un cauchemar, juste un cauchemar. Son rythme cardiaque et sa respiration étaient encore un peu rapides et elle prit de grandes inspirations. Lyra s'aperçut alors qu'elle tremblait. Des larmes se mirent soudainement à couler sur ses joues et elle plaqua son visage contre l'oreiller pour étouffer ses sanglots.

C'était un cauchemar terrifiant, douloureux, et surtout stupide et empli de non-sens. Elle savait pertinemment que Lyndon n'avait pas tué Jim, que ce n'était pas de sa faute si Jim était mort. Que ce n'était pas parce que Lyndon avait pris Lyra à part pendant un certain temps pour lui demander d'être son Gardien du Secret que Lyra n'avait pas pu sauver Jim. Lyra n'aurait certainement pas pu arriver à temps de toute façon, ou peut-être que le Mangemort qui l'avait tué aurait été le plus fort. C'était son heure, voilà tout.

Lyra avait beau se raisonner, ça lui faisait encore mal, tout ça, et son inconscient n'avait pas l'habitude d'écouter sa raison. Lyra ne faisait jamais de rêves qui avaient beaucoup de sens, de toute manière. Son inconscient mélangeait toujours tout, ce qui faisait qu'elle ne comprenait jamais rien à ce qu'il voulait lui dire et qu'elle se réveillait souvent bouleversée sans grande raison. C'était déjà assez compliqué et douloureux de faire son deuil en étant éveillée, elle n'avait pas besoin que ses rêves lui retournent le cerveau et la fassent pleurer.

Plus que jamais, elle aurait souhaité que Sirius la prenne dans ses bras et la rassure. Qu'il l'embrasse, lui fasse l'amour, lui fasse oublier. Elle ne supportait plus d'être seule dans son lit et l'odeur de son copain dans le coma ne lui suffisait plus. Elle essuya ses dernières larmes qui s'étaient taries, renifla un bon coup et ouvrit doucement les rideaux du baldaquin. Son regard se posa sur le lit voisin du sien, celui de James. Ce dernier n'avait pas fermé ses rideaux et remuait tellement que Lyra ne saurait dire si son ami dormait réellement ou pas. Elle ignorait s'il avait d'habitude un sommeil agité ou non.

Revenant à l'âge de ses cinq ans où elle s'incrustait dans le lit de ses parents après un horrible cauchemar, Lyra prit l'oreiller de Sirius et se leva. Elle s'approcha sur la pointe des pieds du lit de James et s'accroupit à hauteur de son visage tourné de l'autre côté. Elle remua doucement son épaule et murmura son prénom.

James se réveilla aussitôt et s'assit brusquement, les yeux grands ouverts - comme Lyra quelques minutes plus tôt. Elle posa une main sur son bras et l'appela de nouveau. Il tourna des yeux embrumés par le sommeil - bien qu'il ne dormait pas très profondément, vu comme Lyra l'avait réveillé facilement - et surpris de la voir. Elle lui offrit un sourire triste.

- Ça t'ennuie si on dort ensemble ? J'ai fait un cauchemar, chuchota-t-elle d'un ton qu'elle voulait nonchalant, bien que ses yeux étaient suppliants.

Elle s'attendait à ce qu'il la rembarre sans états d'âme, à ce qu'il ronchonne pour l'avoir tiré des bras de Morphée, à ce qu'il se moque de son comportement enfantin. Mais à sa grande surprise, James se décala immédiatement dans le lit pour lui faire de la place et souleva sa couette. Lyra le rejoignit, cala son oreiller comme elle le put dans le lit une place et s'allongea. James l'imita et ils se retrouvèrent tous deux sur le dos, les yeux fixés sur le plafond du baldaquin, les mains croisés sur leur ventre et leur bras pratiquement l'un sur l'autre tant la place manquait.

- Moi aussi, dit-il d'une voix rauque.

Lyra fronça les sourcils sans comprendre tout de suite, puis elle comprit que lui aussi avait fait un cauchemar. Peut-être était-il tout aussi rassuré de sa présence dans son lit. Elle retint un sourire à cette idée. « J'ai rêvé de » Il soupira « Laisse tomber ». Lyra ne pouvait dire comment mais elle savait que James avait également rêvé de la bataille de Pré-Au-Lard.

- Moi aussi, j'ai rêvé de ça.

Puisqu'il ne la contredisait pas, Lyra sut qu'elle avait deviné juste. Elle l'embrassa sur la joue et se tourna sur le côté pour essayer de dormir, montrant son dos à James. Au bout de quelques secondes, il poussa un profond soupir et tenta de trouver une position confortable. Un moment plus tard, James se positionna sur le côté et passa son bras par-dessus le corps de Lyra. « Ça te dérange si je me mets comme ça ? » Sa tête était surélevée pour pouvoir lui parler « Y'a vraiment pas de place » Elle secoua la tête de gauche à droite et James s'allongea complètement.

Son bras entourait Lyra mais cette étreinte n'était pas des plus confortables. Elle leva ses propres bras, cala celui de James autour de son ventre et le recouvrit des siens. Elle rapprocha ensuite son corps du sien pour se caler contre lui, pas trop pour qu'ils ne soient pas collés. Leur position, plutôt intime, n'était pas des plus gênantes ni des plus naturelles. James et Lyra étaient de bons amis et se faisaient souvent des câlins, bien qu'un peu moins depuis que Lyra n'était plus célibataire - simplement parce qu'elle passait plus de temps dans les bras de Sirius désormais - mais n'avaient jamais dormi ensemble dans le même lit ni si proches.

Ils s'habituèrent rapidement à l'autre et Lyra ferma les yeux, prête à retrouver le sommeil. Seulement, dès que ses paupières étaient closes, son rêve lui revint, les images plus vives encore. Lyra ferma les paupières avec force pour chasser ces images, mais rien n'y fit. Elle découvrait encore et encore le corps mort de Jim dans la cabane, contemplait avec impuissance sa carotide exploser et son corps se vider de son sang encore et encore. Et Lyndon qu'elle n'avait jamais vu si vil, si terrifiant, si horrible.

Ces images qui refusaient de la quitter l'effrayaient tant que son corps réagit. Son cœur retrouva un rythme endiablé, sa respiration se fit difficile et les sanglots la reprirent. Bien qu'elle essayait d'étouffer ses pleurs, James sentit son corps trembler contre le sien et comprit ce qu'il se passait. Il caressa son bras, son épaule, sa tête et murmurait « chuuuuut » pour tenter de la calmer. Il la serra plus fort contre lui et elle se retourna pour qu'il la prenne complètement dans ses bras. Elle enfouit son visage dans son torse et pleura allégrement.

Les mains de James lui caressaient tendrement le dos, sa bouche lui embrassait le sommet du crâne et la tempe. Il ne se demandait pas pourquoi elle pleurait. Elle aussi, après tout, avait fait un cauchemar à propos de la bataille. Sûrement pleurait-elle Nicole ou son ami Jim ou l'absence de Sirius qui les inquiétait tous. Il la comprenait autant qu'elle le comprenait. Ils avaient certes vécu des choses différentes - premièrement, Lyra n'avait sûrement tué personne - mais leur souffrance restait la même - ou du moins était-elle semblable et ils pouvaient la partager l'un avec l'autre.

Les pleurs de Lyra se calmèrent et finirent par cesser. Ils ne desserrèrent pourtant pas leur étreinte, tous deux rassurés par cette proximité. Le corps de Lyra se détendit dans les bras de James et il crut qu'elle s'était endormie. Le Maraudeur, quant à lui, n'avait plus sommeil. Il se contentait de serrer son amie dans ses bras et laissait ses pensées vagabonder. Puis Lyra renifla, murmura « Zut » et sortit du lit pour s'enfermer dans la salle de bain.

Surpris, James ne réagit pas tout de suite. Il souleva les couvertures et se rapprocha de la salle de bain. Collant son oreille contre la porte, il toqua doucement et chuchota « Je peux entrer ?

- C'est ouvert » répondit-elle. James actionna délicatement la poignée, entra et referma derrière lui. Il resta bouche bée devant la vision qu'il avait sous les yeux. Postée devant le miroir, la tête légèrement en arrière, Lyra tenait des feuilles de papier toilette enroulées sur elle-même et humides juste sous ses yeux.

- Bordel, qu'est-ce que tu fabriques ?

Lyra jeta les feuilles, s'examina dans le miroir, reprit du papier toilette qu'elle enroula et mouilla d'eau froide et les posa de nouveau sous ses yeux. « C'est dommage que vous ayez pas de disque de coton, ça serait beaucoup plus efficace.

- On est pas des filles, répondit simplement James. Ça sert à quoi ce que tu fais ?

- Je ne peux pas m'endormir juste après avoir pleuré comme ça » Elle se tourna vers lui sans cesser d'appuyer sur les feuilles humides « Le sel des larmes irrite à mort la peau et le lendemain je me réveille avec des yeux gonflés comme si j'avais un œil au beurre noir. Sauf que la peau est rouge vif et pas noire »

James sourit et laissa échapper un petit rire moqueur « Ça t'es déjà arrivée ?

- Oui.

- Tu devais avoir l'air complètement ridicule, sourit James en imaginant la scène.

Elle hocha la tête, jeta les feuilles et se passa de l'eau sur le visage. « C'était quand j'ai appris la mort de ma mère. J'avais pleuré toute la nuit » James croisa les bras sur sa poitrine, se sentant stupide de s'être moqué d'elle.

Lyra s'observa dans le miroir avec un œil critique « Je crois que c'est bon » Elle regarda le reste de la pièce « D'habitude je mets un peu de crème hydratante en plus... » James secoua la tête de gauche à droite.

- Tu n'en trouveras pas ici.

- Je me doute bien.

Ils échangèrent un sourire « Tu veux retourner te coucher ? » demanda James après quelques secondes de silence. Elle haussa les épaules. « Tu veux faire un tour dehors ? ».

Le plus silencieusement possible, James passa un pull et sa cape, enfila ses chaussures et se dirigea vers la sortie. Lyra se dépêcha de passer sa robe de sorcière au-dessus de son t-shirt et de son short de pyjama, mit ses chaussettes, ses chaussures et sa cape, prit sa baguette et sortit du dortoir à sa suite. Ils traversèrent la salle commune déserte et passèrent par le portrait.

- Vous devriez être dans vos lits, jeunes gens » Lyra sursauta en entendant la voix de la Grosse Dame mais James ne réagit pas.

- On va à l'infirmerie. Lyra ne se sent pas bien, mentit-il avec conviction.

La Grosse Dame jeta un regard soupçonneux à la sorcière, puis Lyra porta sa main à la bouche et fit semblant d'avoir un haut le cœur. Cette fois, la gardienne de la Tour des Gryffondors la regarda avec dégoût « Et bien on se dépêche, qu'attendez-vous ? » James jeta un regard amusé à son amie et fit un signe de tête pour l'encourager à le suivre.

Ils marchèrent côte à côte en direction du hall de Poudlard. James sortit la Carte du Maraudeur de sa poche et jura à haute voix en découvrant qu'il avait oublié sa baguette magique. Lyra lui tendit naturellement la sienne et James tapota le parchemin en murmurant « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ». Sur la carte, Rusard était dans son bureau avec Miss Teigne, aucun professeur ou préfet ne patrouillait dans les couloirs et seuls deux Aurors faisaient leur ronde. « Ils viennent dans notre direction » chuchota James en fronçant les sourcils.

Il attrapa la main de Lyra et accéléra le pas vers un placard à balai dans lequel ils se cachèrent. Pratiquement collés l'un à l'autre vu la petitesse du placard, ils entendirent les deux Aurors passer devant eux, leur pas s'éloigner, et ils sortirent lorsque le silence redevint total.

Ils restèrent muets pour éviter de se faire remarquer jusqu'à ce qu'ils atteignent le Hall de Poudlard. Murmurant le sortilège pour ouvrir les portes du château - cela faisait un an que Sirius et lui avaient découvert ce sortilège, différent et bien moins compliqué que celui qui ouvrait les portes de l'extérieur - il sortit dans le parc à la suite de Lyra. Respirant l'air frais du dehors, il tâtonna dans la poche de sa cape et trouva son paquet de cigarette. Il s'en alluma une avant d'en proposer à Lyra.

Cette dernière refusa d'un signe de tête « Tu fumes maintenant ? » Il haussa les épaules. Elle resserra sa cape autour de ses épaules. Il faisait frais bien que cela restait supportable. Elle leva la tête vers le ciel étoilé et le regarda en marchant à côté de son ami.

- J'avais oublié pour ta mère, avoua James. Je n'y avais pas pensé avant, mais... Tout ça doit te rappeler pas mal de mauvais souvenirs, non ?

Il lui jeta un regard de côté. Elle soupira, eut un léger pincement au cœur, mais parvint à parler d'une voix qui ne tremblait pas. « Oui, ça me rappelle de mauvais souvenirs. Ça fait un certain moment que penser à la mort de ma mère n'a pas été aussi douloureux. Elle me manque plus que jamais. Mais je pense que c'est normal que je me sente triste comme ça puisque j'ai deux nouveaux deuils à faire.

- C'est sûrement normal » En réalité, James n'en savait rien. Il n'avait jamais vécu de vrai deuil. Sa grand-mère, la mère de son père, était morte de vieillesse alors qu'il n'avait que cinq ans, et il en gardait très peu de souvenirs. À part Nicole, personne de son entourage proche n'était décédé depuis. Et encore, bien qu'ils aient essayé de rester amis après leur rupture, cela avait été impossible après que Remus ait brisé le cœur de la jolie métis.

Il jeta un autre coup d'œil en biais à son amie. Il n'était pas du tout à l'aise avec les filles qui pleuraient. Et pour avoir côtoyé Marlene, une vraie pleurnicheuse dans son enfance, il savait qu'un geste de sympathie était parfois l'élément déclencheur pour que les vannes s'ouvrent. Ce fut donc très prudemment qu'il changea sa cigarette de main et passa son bras sous celui de Lyra.

- Ça me rend furieuse, continua-t-elle. Nicole et Jim sont morts sans aucune raison valable. Lily m'a dit que Nicole n'avait même pas sa baguette dans la main quand elle l'a retrouvée morte. Elle n'a même pas pu se défendre ! S'attaquer à des gens sans défenses comme ça, ça me rend... Ça me rend folle. C'est dégueulasse.

Elle parlait vite et fort, la colère animant ses traits « Ma mère non plus n'avait rien demandé, et celle de Lily et de Liana non plus. Elles se promenaient en toute innocence, elles ne faisaient de mal à personne. Elles n'étaient que des moldues, elles n'avaient rien à voir avec tout ça. Même si c'est les moldus que Tu-Sais-Qui veut exterminer et que c'est pour ça qu'il veut entrer en guerre, elles n'étaient pas concernées »

- C'est une guerre de sorciers » renchérit James en acquiesçant. Il tira une dernière bouffée de sa cigarette et la jeta par terre. Lyra fronça les sourcils de dégoût et la fit disparaître à l'aide d'un Evanesco.

- Tu pollues.

Il lui donna un coup de coude amical. « Comment s'appelait ta maman ?

- Solène » Elle eut un léger sourire « J'ai toujours adoré ce prénom » Elle regarda James et s'étonna de le voir plisser le front, l'air en pleine réflexion.

- C'était pas Susan ? Le prénom de la mère de Liana ?

- Si, répondit-elle en acquiesçant.

- Et celle d'Evans ?

- Sarah.

James regardait droit devant lui avec concentration. Lyra ne fit plus attention à lui. « Tu les aurais vues, toutes les trois » confia-t-elle « Elles étaient les meilleures amies du monde. Complètement inséparables. Elles partaient dans des délires que personne ne comprenait. Parfois, elles discutaient de quelque chose, puis il suffisait qu'elles se regardent et elles parlaient d'un truc complètement différent sans qu'aucune des trois ne soient perdues dans la conversation, comme si elles avaient décidé de changer de sujet télépathiquement »

Elle secoua la tête, amusée « C'était super drôle à voir. Nous, on était totalement perdus quand on les écoutait. Elles se connaissaient par cœur. Mon père a plusieurs fois engueulé ma mère à cause de ça.

- À cause de quoi ?

- Parce qu'elles étaient trop proches. Ma mère se confiait d'abord à ses amies avant lui. Elle leur racontait absolument tout - même des trucs personnels sur son couple, et ça ça rendait mon père dingue.

James hocha la tête. Une amitié aussi forte lui rappelait un peu celle qu'il avait avec les Maraudeurs.

- Elles se connaissaient depuis longtemps ? C'est elles qui ont décidé d'accorder vos prénoms ? Vous avez toutes les trois un prénom qui commence par un L.

- Non, pas du tout. Elles se sont rencontrées un peu après qu'on soit nées. C'est juste une coïncidence. En fait, ça ne m'étonne qu'à moitié, parce qu'elles se ressemblaient beaucoup, elles avaient pratiquement les mêmes avis sur tout, elles aimaient les mêmes choses. Ça ne me surprend pas qu'elles aient toutes les trois aimé des prénoms qui commencent par cette lettre, tu vois ce que je veux dire ?

- Et tu ne trouves pas ça bizarres qu'elles aussi aient un prénom avec la même initiale ? Et qu'elles aient été les meilleures amies du monde, tout comme vous trois ?

Il l'observait alors qu'elle réfléchissait à sa question. « Oui tu as raison. C'est bizarre. On l'avait déjà remarqué avec les filles, mais c'est juste... Je sais pas, une coïncidence bizarre. Tu savais que Lily, Liana et moi sommes nées le même jour ? Le 30 janvier »

- On était venu à un de vos anniversaires, non ? se souvint James.

- Ouais, à nos quinze ans, c'est vrai. Et bien - je ne sais pas si tu vas me croire, c'est assez dingue -, mais nos mères aussi avaient le même anniversaire.

- C'est pas vrai !

- Si, le 4 juillet.

- Quand même pas la même année, si ?

Lyra répondit par un hochement de tête positif. « Ça fait beaucoup de coïncidences bizarres, tu ne trouves pas ?

- Et tu trouves pas ça, je sais pas... Flippant ? Parce que ça fait quand même beaucoup, commenta James en s'allumant une deuxième cigarette.

- Quand tu penses à l'amitié que tu as avec Sirius. Ou même avec Remus et Peter. Est-ce que » Elle réfléchit quelques secondes à quels mots mettre sur ses pensées « Est-ce que c'est une simple coïncidence pour toi ? »

James éclata de rire. Deux ans plus tôt, lors des vacances d'été, Sirius et lui en avaient discuté, complètement alcoolisés. Les explications faramineuses s'étaient terminées par une véritable déclaration d'amour amicale qu'ils n'auraient jamais tenue en étant sobres. « Pour moi, c'est plutôt le destin. Des gens qui s'entendent aussi bien, ce n'est pas le hasard, je pense. J'aurais pu me trouver avec d'autres mecs dans mon dortoir et on ne serait pas les Maraudeurs à la vie à la mort aujourd'hui » expliqua-t-il, convaincu.

- C'est exactement ça. Pour les filles et moi, et pour nos mères, c'était aussi le destin. Quelque chose nous a poussé les unes vers les autres. Et soit toutes ces coïncidences bizarres ont été un moyen de nous pousser à nous trouver, soit ce sont des preuves qu'on est bien avec celles avec qui on est supposées être.

- Ça va chercher un peu loin, acquiesça pourtant James. Mais la magie existe, non ? On ne sait pas tout ce qu'elle est capable de faire.

Lyra ne pouvait être plus d'accord avec lui. Vu toutes les prouesses magiques dont ses amies et elles étaient capables, surtout quand elles étaient ensemble. N'avaient-elles pas toutes les trois réussi leur Patronus pour la première fois en se touchant les unes les autres ? Peut-être bien que c'était la magie elle-même qui les avait poussés à se rencontré et à devenir amies... Lyra secoua la tête de gauche à droite, chassant cette pensée absurde.

N'empêche que. Leurs mères s'étaient trouvées une fois dans le monde moldu, puis avaient été séparées par le Ministère et un sortilège d'Amnésie. Elles s'étaient retrouvées grâce à leurs filles, dans un tout autre registre, grâce à Poudlard. Et Lily, Lyra et Liana, qui s'étaient connues pratiquement depuis la naissance, s'étaient elles aussi retrouvées après des années de séparation. Si ce n'était pas un signe qui leur indiquait que le destin lui-même voulait qu'elles soient ensembles, Lyra ne savait qu'en penser.

- Attends un peu » James s'arrêta. Ils étaient à présent à la lisière de la Forêt Interdite. Lyra se sentait en sécurité dans l'enceinte du parc, pourtant elle n'osait pas trop croiser les yeux menaçants que son inconscient attribuait à la forêt « Si vos mères se sont connues un peu après que vous soyez nées, ça veut dire que vous vous connaissez depuis que vous êtes bébés !

- En effet, articula lentement Lyra, devinant sa prochaine question.

- Alors vous vous connaissiez déjà en arrivant à Poudlard ! comprit James, ébahi, se souvenant très bien de sa rencontre avec Liana dans le train et elle lui disant qu'elle ne connaissait personne.

Lyra se gratta l'arrière de la tête « C'est plus compliqué que ça... » S'apprêtant à se lancer dans un récit long et complexe, elle regarda dans le vague pour savoir où commencer. À l'arrière de son crâne, sa main s'immobilisa et ses yeux s'écarquillèrent. Il y avait réellement des yeux qui la regardaient depuis la forêt interdite.

Elle attrapa le bras de James et pointa son doigt dans leur direction « Regarde » Il plissa les yeux derrière ses lunettes avant de hausser des sourcils. Lyra recula d'un pas, ses doigts s'enfonçant dans le bras de son ami.

Deux petites formes ovales, en amande, symétriques, étincelaient et leur blancheur tranchait dans le noir de la forêt.

- On dirait... Des yeux ?

- Sans pupilles ? déglutit Lyra.

Les « yeux » disparurent à peine le temps d'une microseconde et réapparurent aussitôt « Il a... Il a cligné ? » bredouilla Lyra, de moins en moins rassurée.

- Il ? » James semblait plus intéressé qu'effrayé. Il cherchait dans ses souvenirs, mais dans toutes ses expéditions avec ses amis dans la forêt, il n'avait jamais vu de pareils yeux.

- Il, elle, j'en sais rien, moi- Putain, tu fous quoi ? » La voix suraiguë de Lyra ne le dérangea pas alors qu'il s'avançait prudemment et doucement - pour ne pas effrayer « les yeux ». La main de la sorcière retenait son bras en arrière, ce qu'il remarqua à peine. « James, on retourne au château ? S'il te plaît ?

- Attends juste trente secondes, demanda-t-il avec calme.

À la déception de James et au soulagement de Lyra, les yeux disparurent de nouveau et ne réapparurent pas juste après. Elle laissa échapper un profond soupir et adoucit son emprise sur le bras du garçon qui scrutait encore la forêt dans l'espoir de les voir réapparaître et si possible d'en voir plus. On étouffait pas la curiosité de James Potter si rapidement.

Lyra tourna la tête sur la droite et son cri déchirant de peur faillit lui exploser les tympans. James sursauta et se tourna à son tour, le souffle coupé par ce qu'il voyait. Loin d'être effrayé par le hurlement, la créature à moitié cachée par la pénombre de la forêt en sortit complètement et se dévoila à eux grâce à la lumière des étoiles et de la lune. On aurait dit une sorte de cheval... Un cheval dépourvu de chair, au corps squelettique dont les os se voyaient parfaitement sous sa robe noire. Avec une paire de grandes ailes noires et lisses comme celles d'une chauve-souris géante. Et une tête ressemblant à celle d'un dragon. Un cheval, vraiment ?

- Bordel de Merlin » souffla James. Il en avait vu, des créatures terrifiantes. Sous sa forme d'Animagus, il avait galopé à toute vitesse devant une Acromantula. Il avait vu un dragon un jour avec ses parents, un gigantesque Boutefeu chinois. Il avait vu un bon nombre de créatures dans la forêt interdite dont il ignorait même le nom. Il côtoyait un loup-garou une fois par mois. Chaque fois qu'il en découvrait une nouvelle, il se délectait de cette familière poussée d'adrénaline.

Il se plaça devant Lyra en passant ses bras en arrière autour de sa taille. « Ne bouge pas, ne fais pas un geste » lui conseilla-t-il.

- Tu sais ce que c'est ? murmura-t-elle à son oreille.

- Aucune idée. Ça n'a pas l'air méchant » Comme si le pégase squelettique voulait le contredire, il se mit brutalement battre des ailes. Il se tint sur ses deux pattes arrières et battit l'air de ses pattes de devant. Lyra étouffa un cri en plaquant sa main sur sa bouche - James l'entendit cependant distinctement - et il fouilla dans la poche de la sorcière pour trouver sa baguette.

Ils reculèrent de concert de plusieurs pas lorsque le cheval se reposa sur le sol et, tout en les regardant fixement, il gratta la terre de son sabot comme s'il s'apprêter à galoper vers eux. James se sentait transpercé par son regard menaçant. « Cours, Lyra » dit-il « Ce truc est là pour moi, j'en suis persuadé.

- De quoi tu parles ?

J'en suis sûr. Ce truc ressemble à quelque chose de maléfique. On dirait une sorte de présage, comme les Sinistros. J'ai tué un être humain. Cette chose est là pour me punir.

- Je te le dirais pas deux fois, s'exclama-t-il plus durement. Va-t'en !

- T'es malade si tu crois que je vais te laisser tout seul. On court maintenant et tu as foutrement intérêt à venir avec moi !

Sans attendre de réponse, elle lui agrippa la main et le tira derrière elle tandis qu'elle détalait vers le château. Dans leur course, James regarda derrière son épaule et vit la créature s'envoler dans le ciel. La silhouette du cheval ailé disparut bientôt à travers les étoiles. Sans pour autant ralentir, ils grimpèrent les quelques marches quatre à quatre, ouvrirent précipitamment les portes qu'ils avaient laissées déverrouillées - puisqu'ils ne connaissaient pas le sortilège pour la fermer derrière eux -, les refermèrent et s'adossèrent contre elles.

Ils échangèrent un regard tout en essayant de reprendre leur respiration. James rendit sa baguette à Lyra qu'elle accepta avec un hochement de tête. Elle avala sa salive, hésitant entre s'exclamer « Bordel de merde, c'était quoi cette chose » et demander à James ce qu'il entendait par « Ce truc est là pour moi, j'en suis persuadé ». Elle fut cependant coupée par une autre question prononcée par une toute autre personne.

- Je peux savoir ce que vous faites ici en pleine nuit, jeunes gens ?

James et Lyra levèrent les yeux sur Horace Slughorn, sa cape de sorcier recouvrant son pyjama, une chandelle illuminée qu'il tenait à la même hauteur que son bonnet de nuit.


- James » Le Maraudeur fronça les sourcils, refusant de laisser cette voix douce et chuchotée le tirer des bras de Morphée « Réveille-toi » Il papillonna des paupières. Il fronça des sourcils et poussa un petit gémissement en voyant le visage de Lyra, aux traits encore tirés par le sommeil qu'elle venait de quitter, si près du sien, envahissant son espace vital.

Elle se recula de lui avec un sourire amusé de le voir si grincheux au réveil « Il faut se lever, mon petit Jamesie » dit-elle tendrement en ébouriffant ses cheveux. Elle évita la main de James qui voulait chasser la sienne comme si elle n'était qu'une vulgaire mouche. Il se tourna dans son lit pour lui montrer son dos.

- On est mardi, non ? grommela-t-il.

- Oui.

- Les cours ne reprennent que demain.

- Mais y'a la cérémonie ce matin. Tu sais, pour les élèves » Morts samedi, continua-t-elle pensée. James hocha la tête, son visage devenu grave « Je vais prendre ma douche dans mon dortoir. Tu m'attends en bas ? »

Il acquiesça de nouveau, les yeux déjà clos, et entendit à peine la porte de son dortoir se fermer. Il rouvrit les yeux pour voir que Remus et Peter s'étaient déjà levés. Estimant que Lyra était une fille et qu'elle prendrait deux fois plus de temps que lui à se préparer, il voulut profiter de se réveiller tranquillement dans la tiédeur de ses draps. Pourtant, à la pensée que dans - il regarda son réveil - environ une heure il se tiendrait dans le cimetière de Poudlard - qu'il n'avait jamais vu et il se demandait comment lui et les mecs avaient pu passer à côté d'un truc pareil - pour rendre hommage à ses camarades assassinés, l'envie de se prélasser le quitta. Il se leva et décida de prendre une longue douche bien chaude.

Un moment plus tard, il attendait Lyra en bas des escaliers. Il entendit ses pas précipités qui dévalaient les marches. Son visage s'éclaira à sa vue « Je me suis dépêchée, j'avais peur que tu m'attendes pas.

- T'as même pas pris le temps de te sécher les cheveux » Elle haussa les épaules. Il pointa sa baguette sur elle « Tu vas attraper la mort » et sécha ses cheveux d'un sort informulé.

- Merci » Elle le prit dans ses bras. Il répondit à son étreinte sans surprise. Cela faisait un moment qu'il était habitué aux câlins du réveil de son ami. Lyra avait toujours besoin d'un câlin pour bien commencer la journée.

Ils prirent le chemin de la Grande Salle après que Lyra ait rassuré la Grosse Dame sur sa santé. Pas encore bien réveillés, ils restèrent silencieux jusqu'à ce qu'ils arrivent dans le Hall. Avant qu'ils ne passent les portes, Lyra attrapa le bras de James pour le retenir. « Explique-moi un truc s'il te plaît » dit-elle, les sourcils froncés « Pourquoi tu as dit que la chose qu'on a vue hier dans le parc était là pour toi ? »

Elle le regardait avec attention, ne le quittant pas des yeux. James se demanda comment il allait répondre à sa question. Devait-il lui dire la vérité ? Il ne s'en sentait pas encore prêt...

- Tu te souviens qu'on avait tous les deux fait un cauchemar sur samedi ? » Elle acquiesça « Le mien m'a un peu... Retourner le cerveau » Jusque-là, c'était la vérité « Et du coup quand j'ai vu ce machin... Je sais pas » Il haussa les épaules mais Lyra n'était pas satisfaite de ces explications.

- Mais de quoi t'avais rêvé pour penser ça ?

Il soupira, agacé « Si tu veux tout savoir » Il passa une main dans ses cheveux en cherchant un mensonge à toute vitesse. Elle ne lâcherait jamais l'affaire sinon, il le savait « Au début, mon rêve commençait normalement, c'était la bataille de samedi avec des Mangemorts et tout. Mais ensuite c'est devenu du grand n'importe quoi, je me battais avec tout sauf des sorciers, comme si » Il vit que Lyra était pendu à ses lèvres « Comme si c'était des allégories de Mangemort » Je raconte vraiment n'im-por-te quoi, pensa-t-il « Et quand on a vu ce cheval bizarre, j'ai dû croire que je rêvais encore et que c'était une autre allégorie »

Il fit exprès de diriger son regard vers autre chose que son amie. Cette dernière crut cependant à son histoire « Je pensais que pas que tu savais utiliser des mots comme 'allégorie' » se moqua-t-elle gentiment. James éclata de rire et la poussa gentiment.

Ils entrèrent finalement dans la Grande Salle et prirent place à côté de leurs amis à la table des Gryffondors. Lyra s'assit face à Lily et Liana et raconta tout de suite leur aventure de la nuit pendant que James embrassait Mary pour lui dire bonjour - il l'avait complètement délaissée depuis l'attaque de Pré-Au-Lard. Remus écoutait le récit de Lyra avec attention.

- Vous avez vu un Sombral » leur apprit-il. James cessa aussitôt d'écouter sa petite-amie et se tourna vers son ami Maraudeur.

- Un Sombral ?

- Mais oui ! » Lyra frappa le bras de James avec force ce qui lui arracha une grimace de douleur. Il se frotta le bras en jetant un regard noir à son amie « On les a étudiés l'année dernière en Soins aux Créatures Magiques ! » Elle le frappa une nouvelle fois au même endroit.

- Arrête de me frapper ! » Il fit la moue en tournant la tête à sa droite « Chérie, elle me maltraite » Mary lui caressa la cuisse avec un sourire mi compatissant mi moqueur.

- Mon pauvre chou. Sérieusement, vous avez vraiment vu un Sombral ?

- C'est Hagrid qui les élève, continua Remus. Et c'est eux qui tirent les diligences qui nous amènent à Poudlard.

- Et c'est parce qu'on a vu la mort qu'on peut les voir maintenant, c'est ça ? demanda James à Remus.

- C'est ça, répondit le lycanthrope.

Lily, quant à elle, était perdue dans ses pensées. La première fois qu'elle avait vu la mort, c'était quand Johann Azaria s'était vidé de son sang devant elle. Elle chercha automatiquement Severus Rogue à la table des Serpentards. Celui-ci était en pleine conversation avec Mulciber et Avery. Pinçant les lèvres d'un air morose, elle se réintéressa à son petit-déjeuner.


C'était surprenant de voir que presque la totalité des élèves de Poudlard s'étaient rendus à la cérémonie tenue en hommage à leurs camarades décédés. Certains étaient peut-être là parce qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de voir le cimetière de l'école, se dit Lily. Pourtant, elle savait que cette attaque avait profondément touché tout le monde même si tous les élèves n'avaient pas perdu un de leurs proches. Après le petit-déjeuner, Dumbledore avait demandé que chacune des quatre maisons suivît leur directeur. Le Professeur McGonagall dirigea ses élèves de Gryffondor dans le parc et ils marchèrent le long de l'allée qui menait au terrain de Quidditch. Puis ils quittèrent le chemin, marchèrent dans l'herbe quelques mètres et rejoignirent un autre chemin.

Ils contournèrent le château pendant de longues minutes et ce fut dans un coin très reculé du parc que se trouvait le cimetière. Au centre se tenaient quatre statues dos à dos qui représentaient les fondateurs de Poudlard. Helga Poufsouffle les regardait avec un sourire bienveillant en caressant un blaireau dans ses bras. Le visage de Rowena Serdaigle était fier et hautain, son bras tendu horizontalement devant elle sur lequel un aigle était perché. Le regard pénétrant, Godric Gryffondor tenait une épée dont la pointe était enfoncée dans le sol, ses deux mains sur le pommeau à la forme d'une tête de lion. Enfin, un serpent s'enroulant autour de sa jambe, Salazar Serpentard les défiait du regard mais ses bras étaient levés devant lui en signe d'accueil. Selon l'Histoire de Poudlard, le directeur de la maison des verts et argents était toujours celui qui traditionnellement accueillait ses élèves avec le tout premier discours de l'année.

Des pierres tombales de toute forme se dressaient ici et là, parfaitement alignées. Aucune ne se ressemblait, différenciées par des symboles sorciers ou plus personnels, choisis par les familles des défunts. L'herbe était verte et méticuleusement coupée. Des fleurs décoraient les tombes. Lily, qui s'était toujours sentie à l'aise dans les cimetières, apprécia beaucoup celui-ci. Chaque fois qu'elle visitait ses grands-parents, elle avait l'habitude de se rendre à celui de leur village pour lire le nom de ses ancêtres sur les pierres tombales. Elle gardait un souvenir précieux du cimetière juif de Berlin, le plus beau qu'elle ait jamais vu, lorsqu'elle avait visité la capitale allemande avec ses parents et Pétunia.

Elle trouvait celui de Poudlard magnifique, et la superbe clairière de la forêt interdite qu'on voyait au fond lui donnait un charme très mystérieux et pittoresque. Lily lut avec curiosité le nom des morts tout en suivant le reste de ses camarades vers un somptueux monument aux morts. Elle ne connaissait aucune des personnes enterrées, mais s'était renseignée auprès de Nick Quasi-Sans-Tête. Le fantôme lui avait appris que les professeurs du collège choisissaient souvent de reposer ici. De plus, dans le cadre d'une guerre qui opposa les sorciers aux gobelins au quinzième siècle, une grande bataille avait eu lieu dans les environs et les sorciers avaient fait de Poudlard leur rempart et quartier général ; beaucoup de ces sorciers décédés lors de cette bataille étaient également enterrés à cet endroit.

La cérémonie commença par un discours du directeur. Lily examina plus attentivement le monument aux morts. Les blasons des quatre maisons étaient sculptés dans la pierre. En-dessous, on pouvait lire la date tragique du 7 avril 1973, et le nom des défunts l'un en-dessous de l'autre par ordre alphabétique. Bien que seuls les parents de cinq des étudiants assassinés avaient accepté d'enterrer leurs enfants à Poudlard, le monument rendait hommage aux sept. Dumbledore répéta solennellement les sept noms et demanda une minute de silence. Aux côtés de Dumbledore se trouvait les parents de cinq des sept défunts, leurs frères et sœurs, d'autres de leurs proches. Lily reconnut les parents de Nicole avec un pincement au cœur. Elle chercha Mei du regard qui pleurait déjà silencieusement, la tête posée sur l'épaule de son petit-ami. Lily se fraya un chemin jusqu'à elle et prit sa main qu'elle serra fort.

Devant leur pierre tombale correspondante, les cinq cercueils disparurent dans un fossé prévu à cet effet et la terre les recouvrit. Puis Dumbledore demanda aux parents de s'avancer. Pour chaque élève se répéta le même sortilège. Père et mère prononcèrent le prénom de leur enfant, baguettes dressées vers le monument aux morts. Le nom sculpté dans la pierre brillait alors d'une lumière rouge, jaune, verte ou argentée - cela dépendait de leur maison à Poudlard. Un ruban de la même couleur naissait des lettres étincelantes et se détachait de la pierre. Il voletait ensuite jusqu'à la tombe où était enterré l'étudiant, se déposait sur la pierre tombale et se fondait en elle en formant une forme particulière. Le contour coloré du blason de la maison à laquelle appartenait l'élève étincelait sur la pierre avant de s'éteindre. Le blason était gravé en-dessous du nom du défunt, de ses dates de naissance et de mort et des mots que la famille avaient choisi d'y marquer.

Lorsqu'Adelaïde et Wilfred Wheeler prononcèrent le nom de leur fille, un ruban rouge s'échappa du monument aux morts pour venir former un lion sur la tombe de la Gryffondor. Au-dessus du lion qui orna ainsi la tombe de Nicole était gravé « Toujours dans nos cœurs ».

Pendant la suite de la cérémonie, où quelques-uns des proches choisirent de prononcer quelques mots, Mei écouta à peine. Toujours appuyée sur l'épaule de Joseph, elle observait discrètement cette fille. Heather Nardini avait le visage baigné de larmes. Elle pleurait dans les bras d'un garçon avec qui elle sortait sûrement. Le bouleversement de cette fille l'agaçait prodigieusement. Tous ceux qui pleuraient dans l'assistance étaient des proches des défunts, et ils n'étaient pas si nombreux que ça à sangloter. Nicole ne lui avait jamais parlé d'Heather, elles ne pouvaient donc pas être si liées que ça. Mei détestait les mélodrames inutiles.

La cérémonie prit fin. Mei s'avança vers le père de Nicole pour lui serrer la main et sa mère s'effondra dans ses bras. Elle reprit le chemin de Poudlard bras-dessus bras-dessous avec Adelaïde en se remémorant Nicole, se souvenant d'à quel point c'était une fille fantastique et souriant de quelques anecdotes. Les proches des défunts étaient tous invités à déjeuner au château mais la famille Wheeler avait refusé l'offre de Dumbledore pour continuer les funérailles de leur fille chez eux, entourés du reste de leur famille et de leurs amis.

Mei quitta ainsi Wilfred et Adelaïde Wheeler en les prenant dans ses bras chacun leur tour et en leur promettant de leur écrire bientôt. Elle les observa pendant quelques minutes prendre le chemin de Pré-Au-Lard et se retourna ensuite pour revenir au château. À sa plus grande surprise, Heather Nardini l'attendait quelques mètres plus loin.

- Je te présente une nouvelle fois toutes mes condoléances » dit la septième année de Poufsouffle d'une voix tremblante. Elle essuya les dernières larmes qui coulaient sur ses joues et lui offrit un sourire triste qui ressemblait plus à une grimace douloureuse.

Mei ne dit rien, se contentant de la regarder froidement. Heather soupira et fixa un point derrière l'épaule de la chinoise. « Je crois qu'il est temps que tu sois au courant » Elle secoua la tête de gauche à droite « On aurait largement préféré que tu l'apprennes dans d'autres circonstances...

- Qui ça, on ? demanda sèchement Mei.

- Nicole et moi » Heather inspira profondément et planta un regard assuré dans celui de Mei « On sortait ensemble »

Mei haussa les sourcils si haut qu'ils disparurent sous sa frange. Elle laissa échappé un rire glacial « Tu crois sincèrement que je vais te croire ? » Puis son visage s'assombrit encore plus si c'était possible et sa voix gronda avec colère « Comment oses-tu salir ainsi la mémoire de Nicole alors qu'elle a été enterrée i peine un quart d'heure ?

- Je ne salis rien du tout, répondit calmement Heather. Je sais que tu penses que les homosexuels sont répugnants, que ce sont des erreurs de la nature, mais Nicole n'était rien de tout ça.

- Nicole n'était pas homosexuelle ! Elle était tout ce qu'il y a de plus hétéro ! Après tous les mecs qui ont défilé dans son lit - ça veut juste dire que tu ne la connaissais pas du tout.

- On s'aimait.

Cet aveu coupa la parole à Mei. Il n'y avait aucune trace de mensonge dans sa voix ou dans ses yeux. Elle paraissait tout ce qu'il y avait de plus sincère « On s'aimait purement et simplement. Pour tout te dire, je n'ai jamais autant aimé quelqu'un de ma vie.

- Je ne te crois pas. Tu as définitivement eu le béguin pour elle d'après ce que je vois mais c'était à sens unique, et tu as imaginé le reste.

- On s'est parlé pour la première fois un peu avant les vacances de Noël. Elle tutorait un élève dans la bibliothèque et moi j'étais en retenue, en train de faire le ménage pour Mrs Pince. On s'est revues par hasard pendant les vacances sur le Chemin de Traverse. On faisait toutes les deux nos courses de Noël et on a pris un café. On a complètement accroché et elle me plaisait déjà beaucoup. Et la première fois qu'on s'est embrassé...

- La ferme ! interrompit Mei dans un hurlement. Tu mens comme tu respires, c'est pas possible merde ! Je n'écouterai pas un mensonge de plus. Et je te préviens, tu as intérêt à me laisser tranquille à partir de maintenant sinon je vais vraiment te le faire regretter !

Elle lui jeta un dernier regard haineux en passant devant elle et se dirigea vers le château. Heather choisit de ne pas abandonner et sa voix s'éleva avec force dans le dos de la Gryffondor « Tu ne t'es jamais demandée pourquoi tu ne l'as vue sortir avec aucun garçon depuis Noël ? » Mei se retourna.

- Elle est sortie avec quatre mecs depuis les vacances, répliqua-t-elle avec triomphe.

- Mais en cachette, n'est-ce pas ? Elle te disait qu'elle les voyait en cachette parce qu'après Remus, elle ne se voyait pas s'engager avec qui que ce soit. Et ne pas s'afficher avec eux rendait les choses plus faciles pour elle, et elle trouvait le secret super excitant.

Mei resta bouche bée en entendant presque mot pour mot ce que lui avait expliqué Nicole des semaines plus tôt. « Et tu ne t'es jamais demandée pourquoi aucun de ces quatre mecs n'avait pas l'air plus triste que les autres ? Pourquoi aucun n'était venu te voir pour te présenter leurs condoléances ?

- Amos Diggory est venu me voir.

- Les Diggory et les parents de Nicole sont amis. Amos et elle se voyaient souvent pendant les vacances. Ils ne sont jamais sortis ensemble. Elle te disait tout ça pour que tu ne te doutes de rien, pour que tu ne te demandes pas pourquoi tu la voyais rester célibataire si longtemps alors qu'elle l'était rarement d'habitude.

Cette fois, Mei commença à douter. Elle ne voulait pas croire que sa meilleure amie soit devenue lesbienne sans qu'elle ne l'ait remarqué. Qu'elle puisse avoir eu une relation à priori très sérieuse sans le lui avoir dit. Qu'elle lui ait menti ainsi. Sauf qu'excepté Amos, aucun des garçons avec qui Nicole était supposément sortie ces derniers mois n'était, en effet, venu voir Mei. Pour quelle raison Nicole lui aurait-elle menti ? À part pour cacher une relation amoureuse avec la fille qui lui faisait face...

- Nicole ne voulait pas te le dire » Mei ne s'était pas aperçue qu'Heather s'était rapprochée d'elle « Du moins, pas tout de suite. Elle n'était pas encore prête. Mais notre relation comptait énormément pour elle » Elle renifla bruyamment et la Gryffondor vit des larmes couler sur le visage de la Poufsouffle « Elle a eu beaucoup de difficulté à l'accepter, mais après elle s'est engagée à fond. On a passé des moments formidables » Un sourire triste naquit sur ses lèvres et elle essuya ses joues humides « Elle t'aurait tout raconté un jour, et plus tôt qu'elle-même ne le pensait »

Mei examina les traces de larmes sur le visage de Heather Nardini, ses yeux rouges, et se souvint de quelque chose « Je t'ai vu dans les bras de ce type aux funérailles.

- Gavin est mon meilleur ami. C'est lui qui m'a encouragé à venir te parler. J'aurais peut-être dû ne rien te dire, mais j'ai pensé que c'était mieux pour toi que tu connaisses réellement celle qui a été ta meilleure amie pendant si longtemps.

Mei réagit d'une manière qu'elle n'aurait jamais pu prévoir. Elle gifla violemment la Poufsouffle, si fort que la tête de la septième année tourna à quatre-vingt-dix degrés. Puis Mei marcha rapidement vers le château sans un regard en arrière.


Ils n'avaient attendu qu'une heure après la fin du déjeuner qui suivit la cérémonie pour convoquer Peter. Il était déjà venu dans le bureau de Dumbledore à cinq reprises auparavant, chaque fois accompagné par au moins l'un des Maraudeurs, chaque fois à cause d'une de leurs blagues. Excepté que cette fois-ci, Peter était convoqué seul et il ne s'agissait plus d'humilier des Serpentards. Lorsqu'il entra, Peter ne s'émerveilla plus devant la magnifique pièce circulaire. Il n'essaya plus d'imaginer à quoi pouvait bien servir tous ces petits et étranges appareils en argent sur les étagères, ni de deviner quels anciens directeurs dans leur portrait dormaient réellement.

Une boule d'angoisse lui dévorant l'estomac, Peter cachait ses mains dans ses poches parce qu'il craignait qu'elles se mettent à trembler. Il s'assit sur la chaise que lui présenta Dumbledore, face au bureau directorial derrière lequel son propriétaire était assis. Son regard se portait souvent sur McGonagall, debout à la droite du directeur, et sur la lueur de soutien qu'il pouvait lire dans ses yeux. À la gauche de Dumbledore, le professeur Slughorn le fixait comme s'il essayait de résoudre une énigme. Albus Dumbledore le regardait avec une lueur tranquille, comme si la situation n'avait rien de sérieux - Peter aurait pu le frapper pour ça. Et l'Auror Edgar Bones, appuyé sur le bureau juste devant Peter, était celui qui l'effrayait le plus.

- Nous regrettons de vous faire venir en ce jour de recueillement, Mr Pettigrew, commença le directeur. Vous comprenez cependant que cette affaire doit être réglée au plus vite.

Peter acquiesça sans pour autant comprendre un traître mot de ce qu'on lui disait. Le moment qu'il redoutait depuis samedi soir, depuis qu'il s'était confié à James et que tout ça était devenu réel, était arrivé. Bien que Lily l'avait rassuré, la veille alors qu'ils cherchaient dans les grimoires de la bibliothèque, sur le fait qu'il ne serait sûrement pas reconnu coupable, la perspective de peut-être finir à Azkaban le tétanisait.

- Nous avons entendu parler de ce qu'il s'est passé dans le couloir du premier étage. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet, Peter ? » La voix du directeur était calme, bienveillante. Cependant, Peter remarqua le regard de reproche que McGonagall jeta à son collègue derrière son dos. Il aurait pu l'embrasser pour ça. Elle se rendait compte du malaise de Peter et que cette formulation ne faisait qu'aggraver les choses pour lui.

Le Gryffondor ouvrit la bouche mais la referma sans rien dire. Il lança un regard suppliant à sa directrice de maison et celle-ci hocha la tête d'un air encourageant. Bones le scrutait du regard. Il prit un parchemin sur le bureau et le lut.

- Nous avons parlé à des élèves qui ont vu la scène et qui ont accepté de nous la raconter. Mr Tyler Hilton a dit que vous lui avez lancé le sortilège du Doloris » Il leva les yeux de son parchemin et Peter aurait voulu se trouver n'importe où plutôt que sous ce regard « C'est une accusation très grave » Il baissa les yeux sans attendre une quelconque défense de Peter « Miss Alicia Stewart dit que vous l'avez désarmée. La perte de sa baguette l'a rendue vulnérable alors qu'un autre Mangemort s'apprêtait à l'attaquer. Son frère Charles était heureusement présent pour l'aider et lui redonner sa baguette magique.

- C'est son frère qui a dit que je l'avais désarmée, corrigea Peter d'une voix tremblante.

- Excusez-moi, qu'avez-vous dit ?

Peter se racla la gorge et parla d'une voix un peu plus assurée « Hier, dans le couloir, c'est Charles, le frère d'Alicia, qui a raconté que j'avais désarmé sa sœur » Bones haussa un sourcil.

- N'en est-ce pas moins vrai ?

Peter hocha la tête « Ça reste vrai. Mais si vous m'accusez de quelque chose, le mieux serait que vous relatiez un témoignage exact » Il n'en revenait pas de sa propre insolence.

- Et donc, Mr Pettigrew » Bones baissa le parchemin sur ses genoux et le regarda attentivement « Vous reconnaissez que vous avez attaqué vos deux camarades ? »

Peter ferma les yeux. Ça y'était. Il devait trouver la parfaite formulation pour qu'on ne l'accuse de rien. Il les rouvrit, son cœur battant à deux mille à l'heure.

- J'ai lancé le sortilège du Doloris à Tyler et j'ai désarmé Alicia.

- Vous ne niez pas.

- Non. Mais j'ai quelque chose à rajouter » Il prit une profonde inspiration « J'étais sous le sortilège de l'Imperium »

Personne dans la pièce n'était surpris par cette déclaration. Bones lut quelques lignes de son parchemin - alors que Peter était persuadé qu'il le connaissait par cœur - et hocha la tête plusieurs fois pendant sa lecture « C'est également ce qui est retranscrit ici. Il est écrit que vous vous êtes excusés de nombreuses fois auprès de Mr Hilton et Miss Stewart et que vous avez expliqué que vous étiez victime de l'Imperium quand vous les avez attaqués.

- C'est vrai.

- Qui vous a lancé l'Imperium, Mr Pettigrew ?

- Je ne sais pas.

- Vous ne savez pas ?

- Je ne m'en souviens pas.

- Vous ne vous en souvenez pas.

Peter se retint de lever les yeux au ciel, agacé par cette manie de répéter tout ce qu'il disait. Il vit que Bones était sur le point de lui poser d'autres questions quand Dumbledore prit la parole à son tour.

- Depuis ce qu'il s'est produit hier, Peter, d'autres élèves ont demandé à voir les professeurs. Miss Iolana Flint prétend que vous lui avez lancée un sortilège de Bloque-Jambe et Mr Jeremy Williams que vous l'avez aussi désarmé.

Peter plissa le front en essayant de chercher dans ses souvenirs encore brumeux. À force de retourner dans sa tête ce qui avait été dit la veille dans le couloir du premier étage, il avait fini par se rappeler que l'un des deux Doloris qu'il avait lancés avait torturé Tyler et qu'il avait en effet pointé sa baguette sur Alicia sans se souvenir quel sort il lui avait lancé - Peter ne doutait pas qu'il s'agissait de l'Expelliarmus puisqu'elle l'avait dit elle-même. Il lui avait fallu gamberger une bonne heure pour démêler ses souvenirs, il lui en faudrait tout autant pour se souvenir de Williams et de Flint.

- Ils sont tous les deux à l'infirmerie, c'est ça ? finit-il par dire.

- Pour une toute autre raison qu'un Bloque-Jambe et un sort de Désarmement, le rassura McGonagall. Et ils pourront en sortir bientôt.

- Qu'avez-vous à dire à propos de Mr Williams et Miss Flint, Mr Pettigrew ? Reconnaissez-vous les avoir attaqués également ?

Ne pas mentir, pensa-t-il. « S'ils disent tous les deux que je les ai attaqués, je les crois » Bones perdit son masque inflexible et haussa les sourcils avec surprise « Je reconnais que je les ai attaqués. Je ne m'en souviens pas, du moins pas encore, mais dès que les souvenirs me reviendront je vous le dirais si vous voulez »

Peter s'exprimait d'une voix tranquille, alors qu'intérieurement il bouillonnait de peur. « Vous ne vous en souvenez pas non plus ? » Peter fit « non » de la tête « Comment cela fait-il que vous vous rappelez de Miss Stewart et de Mr Hilton ? »

Bones le regardait à présent avec les sourcils froncés. Peter remarqua qu'il n'y avait plus d'accusation dans son regard ; l'Auror ne le condamnait plus mais il se rendait compte que la situation était plus compliquée qu'il n'y paraissait.

- Pensez-vous avoir reçu un Sortilège d'Amnésie, Mr Pettigrew ?

- Oui, monsieur.

- Que vous souvenez-vous de la journée du 7 avril ?

Peter commença son récit, jetant régulièrement des regards à sa directrice de maison au fil de ses mots en quête de son soutien. Il raconta qu'il était allé à Pré-Au-Lard avec ses amis, que tout le village était plongé dans la panique lorsque la Marque des Ténèbres était apparue et que les premiers Mangemorts avaient transplané. Il parla comment il avait combattu plusieurs partisans de Voldemort en compagnie de ses amis et camarades.

- La dernière chose dont je me souviens distinctement est de marcher dans Pré-Au-Lard près de Honeydukes ; il faisait encore jour. Puis je me suis réveillé avec un mal de crâne pas très loin de la poste sorcière. Il faisait nuit. Alma Hawks était penchée au-dessus de moi et me criait de me dépêcher, qu'un loup-garou traînait dans le coin.

- Fenrir Greyback, lâcha McGonagall.

- Et que s'est-il passé entre le moment où vous étiez près de Honeydukes puis près de la poste ? demanda Bones en notant ce que Peter lui racontait sur un parchemin.

Peter prit quelques secondes pour réfléchir à sa réponse « Quand je me suis réveillé, je n'avais aucun souvenir de ce qu'il s'était passé entre ces deux moments. La mémoire m'est revenue très progressivement. J'avais quelques flash-backs confus. J'avais l'impression d'avoir fait un rêve très réel - vous savez comme dans les rêves on a l'impression de ne pas être... maître de ce qu'on fait, et comme parfois on a du mal à s'en souvenir au réveil ? C'était ça. Tout était très confus, et les seules choses dont je me rappelais, c'était moi qui marchais dans les rues de Pré-Au-Lard sans avoir... Vraiment décidé de marcher dans ces rues comme si j'étais un pantin, comme si je n'étais pas moi-même. Mais plus je retournais ça dans ma tête, plus j'avais l'impression que ce n'était pas un rêve. Ça avait été réel, ça s'était réellement passé »

Les adultes l'écoutaient religieusement. L'Auror avait cessé d'écrire et le regardait d'un air scrutateur. Peter se laissa emporter par son récit. « Ce dont je me suis souvenu ensuite, c'était des sorts que j'avais lancé. Je n'en connaissais pas la plupart. Et toujours cette sensation de ne pas avoir fait le choix de les lancer. J'ai fini par me souvenir que j'avais attaqué mes camarades mais je ne pouvais pas mettre de nom ou de visage sur eux. Je me suis distinctement rappelé d'avoir lancé deux Doloris - sans savoir à qui - parce que » Sa main droite fut prise d'un tic nerveux et il serra le poing « Leurs cris... » De douleur « M'ont énormément marqué » et traumatisé.

Et aussi parce que l'enfoiré de Mangemort prenait tellement son pied devant tant de souffrance que j'ai ressenti son extase. Ça non plus, je ne l'oublierai jamais.

- Vous parlez de deux Doloris ? rebondit aussitôt Bones.

Peter hocha la tête « J'ai lancé le deuxième à Liana Harper, monsieur.

- Pourquoi ne nous a-t-elle rien dit ?

- C'est la petite-amie de l'un de mes meilleurs amis » expliqua Peter « Et elle me croit quand on lui a dit que j'étais sous Imperium quand je l'ai » Il déglutit difficilement « torturée. Elle n'a pas voulu m'attirer d'ennui »

Bones hocha la tête en écrivant sur son parchemin. « Je lui parlerai.

- Je pense que le Mangemort m'a lancé un sort d'Amnésie uniquement pour que j'oublie son visage et sa voix, reprit Peter. Et j'ai lu que quand on lançait un sort d'Amnésie sur une personne qui n'est pas en totale possession de ses moyens psychiques - quand on est inconscient par exemple ou, comme moi, sous l'Imperium justement - les souvenirs qui nous restent, les souvenirs des événements qui sont chronologiquement proches de ceux qu'on veut effacer, sont très... Flous, termina-t-il sans parvenir à trouver un meilleur mot. C'est pour ça que mes souvenirs sont revenus progressivement. J'ai dû vraiment me concentrer pour me rappeler que Hilton et Alicia faisaient partis de ceux que j'avais attaqués, et je pense que je devrais me concentrer encore un moment pour me souvenir de Flint et Williams.

- Et vous pensez que vous parviendrez à vous souvenir de celui qui vous a ensorcelé, donc ?

- Pas d'après ce que j'ai lu, répondit Peter en secouant la tête de gauche à droite. Le Mangemort ne m'a pas lancé le sort pour que j'oublie ceux que j'avais attaqué, c'est pour ça que j'ai fini par me rappeler d'eux. Il me l'a lancé pour que je l'oublie lui, donc je ne pourrais pas me souvenir de lui. Du moins c'est ce que je pense.

Maintenant qu'il avait dit tout ce qu'il avait préparé, la peur redevint omniprésente chez Peter et il ne quittait pas des yeux l'Auror qui examinait son parchemin. Il voulait lui demander s'il le croyait, mais il craignait que sa question soit mal perçue. Heureusement, Dumbledore la posa pour lui. « Qu'en pensez-vous, Edgar ? »

Bones prit son temps pour répondre. « Je pense que votre histoire est convaincante, Mr Pettigrew » Peter commença à ressentir du soulagement, avant que sa raison ne lui murmure cruellement que ce n'était sûrement pas suffisant « Vos professeurs m'ont tous dit qu'ils vous pensaient incapable de torturer sciemment quelqu'un, vos camarades qui plus est, dans un tel contexte. Tous ceux qui vous connaissent et à qui j'ai parlé croient en la théorie de l'Imperium. Et vous n'avez pas l'air de m'avoir menti pendant tout cet entretien »

Peter attendait le « mais » qui ne tarderait pas à venir « Mais » Gagné « J'aimerais en être sûr. J'aimerais que vous preniez rendez-vous avec un Oubliator du Ministère. Et si c'est possible, si vous me donnez l'autorisation, j'aimerais examiner vos souvenirs maintenant »

Bones, qui avait évité le regard de Peter pendant son monologue planta finalement ses yeux dans ceux du Gryffondor. « Vous pouvez refuser » continua Bones « Mais si ce que vous dites est vrai, vous pourrez vous considérer comme innocenté si j'en vois la preuve dans votre esprit »

Peter n'attendit pas plus longtemps « Allez-y » Bones échangea un regard avec Dumbledore. D'un geste de la baguette du directeur, la porte d'une armoire à quelques mètres d'eux s'ouvrit et une cuvette en pierre finement ouvragée en sortit. Elle flotta dans les airs tranquillement jusqu'à se poser au centre de l'assemblée, sur le bureau de Dumbledore. Intrigué, Peter observa les reflets argentés du liquide qui remplissait la cuvette. Puis la lumière se fit dans son esprit.

- Une Pensine ! s'exclama-t-il sans réfléchir, surpris.

- En effet, Mr Pettigrew, acquiesça Dumbledore. Connaissez-vous le fonctionnement de cet objet ?

- La théorie, seulement, répondit-il distraitement en observant l'éclat argenté. Je n'ai jamais essayé.

- Mettez l'extrémité de votre baguette contre votre tempe » Peter s'exécuta « Revenez à la journée de samedi » Il ferma les yeux pour plus de concentration « Pensez-y avec force. Quand vous êtes prêt, éloignez lentement votre baguette de votre visage »

Une fois que Peter se souvint avec le plus de clarté possible des événements de samedi, il éloigna avec lenteur sa baguette et rouvrit les yeux. Du coin de l'œil, il vit un mince filament argenté s'étendre entre le bout de sa baguette et ce qu'il supposa être sa tempe. Puis le filament lâcha et se balança à l'extrémité de sa baguette. « Déposez-le dans la Pensine » termina Dumbledore.

Peter obtempéra et le liquide clair se troubla, se mit à s'agiter et à tournoyer. Peter cligna des yeux et se pencha avec surprise au-dessus de la Pensine. On pouvait voir à l'intérieur une rue vue d'en haut. De minuscules personnes couraient, d'autres silhouettes toutes aussi petites, drapées de noires et pourvues de baguettes lançaient des sorts - des Mangemorts, ceux de son souvenir. Qui attaquaient des élèves. C'était comme être perché sur un balai et revoir la scène d'en haut.

- Si vous êtes d'accord, continua Bones, seuls le directeur, vous et moi verrons vos souvenirs.

Peter aurait préféré ne pas replonger dans cette horrible journée, pourtant il estima ne pas avoir le choix. Il acquiesça. Imitant les deux adultes, il plongea son visage dans la Pensine. Il se sentit alors plonger dans le vide et atterrir avec douceur sur le sol de Pré-Au-Lard. La bataille faisait rage autour de lui. Il voulut se jeter à terre pour éviter un sort mais Dumbledore le retint par le bras.

- Ce n'est qu'un souvenir, Peter. Vous ne risquez absolument rien.

Peter hocha la tête, se sentant particulièrement idiot. Surtout, il avait peur de ce qu'il s'apprêtait à voir... Bones ouvrit la bouche mais fut interrompu par un cri poussé par nul autre que Peter. Mais par le Peter du souvenir. Le Peter du présent sursauta et ses yeux se posèrent sur son double.

- James ! » s'écria le Peter du passé en attrapant la manche de son ami à lunettes. Il pointa une direction du doigt en criant, affolé, « Marlene ! » Le James du passé, les deux Peter, Dumbledore et Bones suivirent le doigt pointé.

Peter sentit un poids tomber dans son estomac en voyant Marlene qui se battait seule contre un Mangemort. Non non non. L'Auror ne devait pas voir ce souvenir. Il devait à tout prix protéger James, à tout prix les empêcher de voir le crime que son meilleur ami avait commis... Tout à coup, les couleurs se mélangèrent autour d'eux trois, les contours et les silhouettes se floutèrent. Ils ne voyaient plus que de fines formes noires qui bougeaient avec une rapidité étourdissante autour d'eux dans une myriade de couleurs qui rappelaient vaguement l'environnement de Pré-Au-Lard.

- Que se passe-t-il ? s'écria Bones en sortant sa baguette.

Mais cet étrange phénomène cessa aussi soudainement qu'il avait commencé. Ils se trouvaient dans la même rue mais quelques mètres plus loin. Peter chercha des yeux James, Marlene et lui et retint un soupir de soulagement en voyant les deux premiers marcher rapidement, bras-dessus bras-dessous, et son double les suivre. Ils se faufilaient le plus discrètement possible entre les combats pour se rendre jusqu'à Honeydukes et ramener Marlene au château.

La panique de Peter à l'idée que James soit suspecté de meurtre par sa faute avait été telle qu'il avait été capable de faire un saut dans le temps, une sorte d'avance rapide sur son propre souvenir. Du moins, c'est ce qui lui semblait le plus vraisemblable. Au moins, James serait tiré d'affaire. Il se tourna vers l'Auror avec l'air le plus surpris qu'il avait en réserve.

- Je ne sais pas ce qui s'est passé. Ma mémoire doit avoir des ratés. Mais c'est de ce moment dont je vous parlais quand je disais que je marchais vers Honeydukes. La dernière chose dont je me souviens.

Bones acquiesça, acceptant son explication étonnement facilement. Mais Peter fut nettement moins rassuré en voyant que son regard était particulièrement concentré sur ses deux amis. Bones se mit à suivre les trois étudiants du passé, vite imités par Peter et Dumbledore.

- Est-ce qu'il s'agit bien du fils Potter et de la fille McKinnon ?

Le Gryffondor était de moins en moins à l'aise. Il essayait de paraître le plus détendu possible pour ne pas ameuter les soupçons de l'Auror. « Ce sont mes amis. Marlene était mal en point après s'être battue contre un Mangemort et on voulait la ramener à Poudlard.

- Et c'était juste avant qu'on vous ai jeté l'Imperium ?

Peter réfléchit à toute vitesse. James et lui accompagnaient Marlene jusqu'à Honeydukes pour qu'elle emprunte le passage secret qui menait à Poudlard. Peter se fichait que les professeurs sachent qu'ils connaissaient des moyens de rejoindre le village sorcier en toute impunité. Mais il ne se fichait pas de parler des quelques minutes qui suivirent le tout premier meurtre de James. Et si le récit de Peter mettait la puce à l'oreille des Aurors ? La dernière chose qu'il voulait c'était qu'on s'intéresse à James...

- Oui. Je ne pense pas qu'ils aient vu quoi que ce soit, rajouta précipitamment Peter. On marchait très vite et ils évitaient de se retourner pour ne pas attirer l'attention sur eux.

Peter se demandait si cela se voyait qu'il essayait de décrire une situation de laquelle il était impossible de tirer quoi que ce soit de valable. S'il pouvait éviter un interrogatoire à James...

- Je leur parlerai » Peter retint une grimace. Et merde. Dépité, il se remit à observer son double qui marchait derrière Marlene et James. Potter se retourna pour croiser le regard de son ami qui lui répondit par un hochement de tête. Soudain, alors que James s'était déjà retourné, Peter vit son double s'immobiliser. Bones fit un geste de la main pour que Peter et Dumbledore s'arrêtent à leur tour.

Peter vit les épaules de son double se détendre, son visage se figer, ses yeux se vider de toutes émotions. Son regard paraissait presque voilé, presque... Mort. Peter frissonna. C'était déjà suffisamment bizarre de se voir lui-même revivre les événements de samedi, mais là, c'était devenu carrément flippant de se voir sous l'emprise de l'Imperium. Parce que oui, Peter ne doutait plus que c'était ce qui était en train de se passer.

L'environnement changea de nouveau autour d'eux, mais d'une manière différente. Les alentours étaient moins clairs, les contours moins distincts, les personnes bougeaient d'une manière plus chaotique. Le changement était surprenant.

- Cela s'explique par la modification de votre mémoire, expliqua Dumbledore sans qu'une question ne soit posée. Comme vous l'avez si justement dit, les souvenirs qui se rapprochent de ceux qu'on a voulu effacer ne sont pas des plus limpides. C'est pour cela que vous avez tant peiné à vous souvenir.

Peter acquiesça, mais il oublia aussitôt cette explication lorsqu'il vit son double lever sa baguette. Peter fronça les sourcils, qui essayait-il de viser ? Ignorant les consignes de l'Auror, Peter se posta juste derrière son double. Il comprit que sa baguette était pointée sur les dos de James et de Marlene. Le Mangemort qui l'avait ensorcelé avait-il voulu qu'il attaque ses amis ? Il n'en avait aucun souvenir. Peter observa son double et le vit entrouvrir les lèvres. Puis les refermer aussitôt, et il baissa sa baguette.

Peter ferma les yeux, se concentrant intensément, essayant de se souvenir s'il avait failli attaquer ses amis ou non. Les souvenirs refusèrent de lui revenir. Il entendit l'Auror l'appeler, il rouvrit les yeux et rattrapa les deux adultes qui suivaient son double. Celui-ci s'était détourné du chemin menant à Honeydukes et revenait sur ses pas, vers les combats. Peter sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine en se voyant stupéfixer un Poufsouffle.

Il jeta un regard en coin aux deux adultes, qui gardaient un visage impénétrable. Dumbledore lui lança un bref regard rassurant. Bones observait avec attention le Peter du passé. À leur surprise à tous, son double fit un étrange signe de la main gauche - il avait baissé son majeur et son annulaire, tandis que son pouce, son index et son auriculaire restés tendus vers le ciel. Tous les trois suivirent le regard - vide - du Maraudeur ensorcelé pour comprendre à qui il désignait ce signe étrange. Ils virent un Mangemort rire et faire une révérence.

- Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda sèchement l'Auror.

- Je n'en ai aucune idée, répondit sincèrement Peter. Je ne m'en souviens pas.

- Serait-il possible que ce soit un message adressé aux Mangemorts ? tenta Dumbledore. Le Mangemort qui a ensorcelé Mr Pettigrew montrerait à ses collègues par ce signe qu'il est sous Imperium pour ne pas qu'il soit attaqué ?

Peter haussa les sourcils devant cette explication abracadabrante. Pourtant, il ne voyait pas pourquoi son double aurait pu faire ce signe pour une autre raison. Bones hocha la tête « C'est possible. On ne sait jamais, avec eux »

Ils avaient suivi le Peter du passé sans cesser de se poser des questions. Le Maraudeur, cependant, se contentait d'observer son double en silence. Il sentit ses entrailles se glacer en apercevant Tyler Hilton se battre contre un Mangemort. Non..., pensa-t-il avec désespoir. Il n'avait aucune envie de voir ça.

Le Mangemort jeta un sort au Gryffondor qui fut soulevé dans les airs sur plusieurs mètres jusqu'à s'écraser contre un mur. Hilton se frotta l'arrière du crâne avec une grimace, pouvant déjà sentir l'énorme bosse qui s'y formait. Le Peter sous Imperium s'approcha de lui. D'un mouvement du poignet, sa baguette fit léviter Tyler jusqu'à une porte qui s'ouvrit. Dumbledore, Bones, les deux Peter et Hilton se trouvèrent ensuite dans la cour déserte d'un magasin dont toutes les portes et les fenêtres étaient fermées.

Une silhouette se dressait aux côtés du Peter du passé. Le Peter du présent se mit à trembler de peur. Les contours de la silhouette étaient floutés, elle était drapée de noir et masqué, pourtant il ne fut pas difficile pour Peter de le reconnaître, sans pour autant parvenir à l'identifier. Elle flottait à côté de son double, lui susurrait des paroles que Peter ne pouvait qu'imaginer puisqu'il ne s'en souvenait pas, semblait le hanter comme elle hantait à présent ses cauchemars. C'était Peter qui attaquait les autres, mais c'était cette silhouette qui lui disait quoi faire, qui représentait la partie sombre qui avait infiltré son esprit le temps d'une après-midi.

Peter tressaillit en entendant sa propre voix, éteinte, prononcer la formule du Doloris. Il plaqua ses mains sur ses oreilles lorsque le premier cri de douleur de Tyler déchira le silence. Il ferma les yeux pour ne pas voir son camarade se tordre sur le sol. Les larmes coulèrent sur ses joues. Il souhaita avec une telle force ne plus se trouver ici, ne plus revivre ce souvenir, qu'il parvint à s'échapper de la Pensine. L'élan le fit reculer et tituber dans le bureau de Dumbledore et, devant les yeux surpris de Slughorn et McGonagall, ses jambes le lâchèrent.

Honteux d'être pris en train de pleurer, il inspira profondément en essuyant ses larmes de sa manche. Il se leva pour s'asseoir sur un des fauteuils et enfouit son visage dans ses mains. Quelques secondes plus tard, Bones et Dumbledore s'étaient relevés de la Pensine. Seulement quelques secondes, mais qui savait comment le temps s'écoulait dans des souvenirs ? Quels autres de ses monstrueux crimes étaient-ils désormais les témoins ?

Une main bienveillante se posa sur son épaule. Il releva la tête et croisa le regard de Dumbledore, un regard dans lequel il put lire toute l'empathie et la sollicitude du directeur. Il déglutit et, avec le peu de détermination qu'il lui restait après un tel bouleversement, planta un regard résolu dans celui de l'Auror.

- Vous me croyez, à présent ?

L'Auror pinça les lèvres. « J'en référerai à mes supérieurs » Il adressa un hochement de tête à Dumbledore « Merci de nous avoir prêter votre Pensine.

- Est-ce que vous me croyez ? répéta Peter.

- Ce n'est pas à moi que revient la décision de vous innocenter ou non, Pettigrew. Mais » Il lui offrit un maigre sourire, alors que Peter n'aurait pas pensé que l'Auror était capable de sourire « Vous m'avez convaincu. Je ne crois pas que vous soyez coupable »


Lily sentit quelque chose lui picoter la nuque. Elle se sentait observée depuis plusieurs minutes mais chaque fois qu'elle se retournait, elle ne voyait que les étagères de la bibliothèque et les nombreux grimoires qui les remplissaient. Elle se replongeait ensuite dans Projets de loi concernant la protection légitime d'autrui par tentative d'annulation de l'attaque, prenait quelques notes, se sentait de nouveau épiée mais ne voyait personne dont le regard était dirigé sur elle.

Elle entendit le bruit d'un objet tombant sur le sol et leva les yeux de son grimoire. Severus Rogue passa devant elle et marcha en direction de la sortie de la bibliothèque en rangeant ses livres de cours dans son sac. Lily fronça les sourcils. Etait-ce lui qui l'observait depuis derrière les étagères ? C'était plus que probable. Son regard se posa sur le Manuel avancé de préparation des potions tombé sur le sol. Elle regarda dans son sac et y vit son propre exemplaire.

Il ne lui fallut qu'une seconde pour comprendre que Rogue, en rangeant son sac de cours, avait perdu sans s'en rendre compte son manuel de potions de sixième année. Elle le ramassa, se demandant si elle devait courir après lui pour le lui rendre, alors qu'ils ne s'étaient pas parlés depuis si longtemps... Puis quelque chose lui vint à l'esprit. Elle savait très bien que Severus tenait une sorte de journal de tous les sorts qu'il inventait. Il se contentait de les écrire dans la marge de ses livres de cours.

Avec précipitation, elle ramassa le manuel et le feuilleta avidement. Elle tomba sur le Levicorpus accompagné de son contre-sort, Liberacorpus, sur une des pages. Elle trouva ensuite finalement ce qu'elle cherchait ; 'Sectum Sempra' et juste en-dessous était écrit 'Contre les ennemis'. Ce fut alors qu'elle remarqua un petit morceau de parchemin plié en quatre dans la pliure du livre, au même endroit. Elle le déplia et y lut 'Vulnera Sanentur : pour les sauver'.

Lily fixa le petit papier, en profonde réflexion. Elle avait tenté le Vulnera Sanentur sur Johann Azaria. Deux fois. Et ça n'avait pas fonctionné. Elle n'avait pas pu le sauver. Cela signifiait donc... Que le maléfice dont avait été victime Johann n'était pas le Sectum Sempra. Ou alors qu'elle avait raté le sort de guérison ? Non, Lily le réussissait très bien d'habitude, et même le stress vécu ce jour-là n'aurait pas pu lui faire manquer ce sortilège. Ce n'était pas le Sectum Sempra.

Un large sourire étira les lèvres de Lily. Ce n'était pas le sort inventé par son ancien meilleur ami qui avait tué Johann. Elle n'avait plus de raisons de suspecter Rogue de ce meurtre. De plus, elle n'avait pas croisé le Serpentard à Pré-Au-Lard de la journée. Il ne l'avait pas tué.

Plus que soulagée, Lily ramassa ses affaires, laissant les grimoires juridiques sur la table - elle n'avait pas envie de les ranger et si elle se dépêchait, Mrs Pince ne la verrait pas s'enfuir -, attrapa le Manuel avancé et se lança à la poursuite de Rogue. Elle ne s'aperçut pas qu'elle avait oublié le petit parchemin plié sur la table. Elle avança à pas rapides et, une fois sortie, elle courut en direction des cachots des Serpentards.

Elle eut la chance de trouver Rogue sur le chemin. « Severus ! » l'appela-t-elle le souffle court, oubliant sa résolution de ne plus l'appeler par son prénom. Le Serpentard se retourna vers son ancienne amie, abasourdi en la reconnaissant. Elle lui tendit son livre, son sourire toujours aussi grand. « Tu as oublié ça à la bibliothèque » Severus prit son manuel et avant qu'il n'ait pu dire un mot de remerciement, Lily se sauva avec un joyeux « À plus tard ! ».

Elle prit ensuite le chemin de la Tour des Gryffondors, le cœur léger. Elle chercha une personne précise dans la salle commune, sans succès, et, après une longue hésitation, elle se décida à monter dans le dortoir des garçons de son année. Elle toqua à la porte et sans attendre une réponse ouvrit la porte, mais pas complètement, préférant rester derrière.

- Potter, t'es là ? C'est moi, c'est Lily. Je peux entrer ? T'es décent ?

James vint lui-même ouvrir la porte avec un éclat de rire. « Tu crois que je me balade à poil dans mon dortoir ?

- On sait jamais. Vous les garçons, vous êtes une espèce bizarre.

James secoua la tête en pouffant de rire. Lui qui était d'une humeur plus que morose quelques secondes plus tôt - il pensait à Peter qui était toujours dans le bureau de Dumbledore, à Sirius toujours dans le coma, à ses problèmes toujours présents - il était content qu'Evans puisse lui remonter le moral si simplement.

- Je peux faire quelque chose pour toi ?

- C'est plutôt moi qui essaye de t'aider, sans vouloir être prétentieuse » Elle ferma la porte derrière elle et s'assit sur un lit au hasard. James sourit intérieurement et se garda bien de lui dire qu'elle était assise sur le lit de Sirius, son ennemi juré « J'ai cherché dans tous les grimoires de loi que j'ai pu trouver et j'ai une idée plutôt bonne des options que tu as » James redevint sérieux et s'assit sur son lit face à celui de Sirius.

- Dis-moi tout.

Lily sortit plusieurs parchemins de son sac noircis de son écriture « Alors voilà. On peut t'accuser d'homicide volontaire parce que tu avais des raisons de tuer ce Mangemort, puisque tu pensais qu'il venait de tuer une de tes amies les plus chères. Il y a le mobile, mais ta manière d'agir ne colle pas. Tu as lancé un Expulso et ce n'est pas ça qui l'a tué mais la pierre quand sa tête est tombée dessus. Donc je pense que tu éviteras l'accusation de meurtre.

- C'est déjà une bonne chose, se rassura James.

- Si tu es accusé d'homicide involontaire ou accidentel, ce qui correspond à ton cas, tu risques un à trois ans d'Azkaban et quarante mille Gallions d'amende.

James passa sur les Gallions - la fortune des Potter valait au moins deux cent fois cette somme - mais s'angoissa en entendant le nom de la prison des sorciers « Un à trois ans ? » s'alarma-t-il.

- Je sais » Elle le regarda avec tristesse « Mais tu peux aussi y échapper. Les seuls cas où tu ne seras pas du tout sanctionné » James se pencha en avant vers elle, appuyant ses coudes sur ses genoux « C'est l'homicide involontaire dans le cadre de la légitime défense ou de la protection légitime d'autrui par tentative d'annulation de l'attaque.

- Attends, protection légitime de... quoi ?

- Tu sais quand on attaque quelqu'un, tu vas essayer de désarmer l'attaquant parce que tu pars de l'hypothèse qu'en neutralisant l'adversaire-

- Le sort qui attaque le quelqu'un va s'annuler de lui-même, c'est ça ?

- Oui, ou en tout cas il y a des chances pour que ça marche, même si pas sur tous les sortilèges. Donc quand tu as vu que Marlene était victime d'un sort qui pouvait la tuer, tu as essayé d'attaquer à ton tour le Mangemort pour que le sort lancé sur Marlene s'annule.

- C'est ça que ça veut dire, la légitime tentative de protection machin ?

- Oui » Elle aussi avait dû lire cette suite de mots plusieurs fois avant d'arriver à la retenir « C'est le cas qui te correspond le mieux. Mais il faut que tu saches que si tu choisis cette stratégie pour te défendre pendant l'enquête ou le procès » Elle fronça les sourcils « Attends » et chercha parmi ses parchemins « Voilà comme ils le disent dans les textes : 'Etant donné la manière dont les émotions affectent le raisonnement ainsi que le mystère que représente l'esprit humain, la loi se réserve le droit de recourir à la Légilimancie pour distinguer le désir de vengeance du souhait de protéger, voire de secourir, un tiers »

Elle leva les yeux vers son camarade qui lui regardait dans le vide en se répétant ces paroles. Puis il déglutit et parla avec une voix désabusée « Donc là, je suis mort. S'ils veulent utiliser la Légilimancie sur moi, ils verront dans ma tête que je voulais tuer ce salopard. Je pensais qu'elle était déjà morte et que je ne pouvais plus la sauver. Je voulais juste me venger » Il croisa le regard de Lily.

- Peut-être qu'ils n'utiliseront pas la Légilimancie, dit-elle pensivement.

- Mais peut-être que si. Ils verront que c'était un homicide volontaire et c'est quoi ça, Azkaban à vie ? C'est mort. Je ne peux pas prendre ce risque.

Elle acquiesça d'un signe de tête « La seule solution, c'est de garder ça pour toi, alors.

- Tu as raison » Abattu, il prit son visage dans ses mains et tomba en arrière pour se retrouver allongé sur son lit. « J'avais pas non plus super envie de le dire aux autorités, mais j'ai l'impression que je vais exploser si je garde le secret.

- Tu n'as pas d'autre choix, James. Mais si tu veux en parler, tu sais que je suis là, hein ?

- Je sais » Il la regarda depuis sa position allongée « Merci » Il se rassit d'un bond et, impulsivement, prit les mains de Lily dans les siennes « Merci encore. Tu ne sauras jamais à quel point je suis reconnaissant que tu fasses tout ça pour moi »

Lily rougit légèrement, gênée par cette effusion de gratitude. Elle hocha la tête et attendit quelques secondes avant de retirer ses mains de celles de James. « Il faut trouver un moyen que tu ne sois jamais suspecté » continua-t-elle ensuite. « Je ne sais pas si les sorciers ont un moyen magique de trouver le meurtrier en examinant un cadavre.

- Non, ce n'est pas possible. C'est mon père qui me l'a dit une fois.

- Donc... si les Aurors trouvent le cadavre du Mangemort et qu'ils ouvrent une enquête, c'est tout lien entre toi et ce Mangemort qu'il faut supprimer.

- Marlene ne sait pas que je l'ai tué. Je suis sûr qu'elle n'a rien vu, elle pleurait dans les bras de Peter quand je les ai rejoints, et ça m'étonnerait qu'elle ait remarqué autre chose que le fait qu'elle était vivante.

- Ça se tient, appuya Lily. Elle ne connaissait pas le Mangemort de toute façon, non ?

James s'immobilisa. « Et merde » chuchota-t-il, les yeux écarquillés dans le vague.

- Quoi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- Elle a vu son visage. Mais quel con ! Avant qu'il ne lui lance le Maléfice d'Asphyxie, expliqua-t-il, elle lui avait jeté un sortilège de Découpe qui avait découpé sa cape et sa cagoule. Il avait le visage découvert du coup, c'est comme ça que j'ai pu le reconnaître et lui courir après pour me venger.

- Tu penses qu'elle se souviendra de lui ?

- Un mec de quarante ans avec des cheveux argentés jusqu'aux épaules, je ne sais pas si ça s'oublie, surtout quand il essaye de vous tuer. Et puisqu'elle ne sait pas qu'il est mort...

- Oui ? demanda Lily alors que James s'était tu, plongé dans sa réflexion.

- Je ne suis pas sûr, mais... Dumbledore a dit qu'on pouvait aller voir les Aurors si on avait des informations. Admettons que Marlene veuille faire plonger le Mangemort qui l'a attaqué - un Maléfice d'Asphyxie ça correspond à une tentative de meurtre, non ? Et en plus elle est capable de le décrire physiquement. Si elle raconte ça aux Aurors, c'est une information qu'ils pourront vraiment utiliser. Et s'ils savent déjà que le Mangemort est mort ou s'ils découvrent qu'il l'est, et elle leur aura forcément raconter comment je l'ai sauvée - ou comment elle croit que je l'ai sauvée - bien ils viendront forcément m'interroger moi, et il y a de grandes, énormes, gigantesques chances pour que...

Il enfouit son visage dans ses mains. Lily se pencha en avant pour poser une main sur son épaule. Ni l'un ni l'autre n'avait besoin de terminer sa phrase.

- Il faut que Marlene ne témoigne pas, conclut-elle à voix basse.

Il hocha la tête sans relever son visage. Lily se mordilla la lèvre inférieure avant d'ajouter « Tu veux qu'on aille lui parler ensemble ?

- Non » Il dégagea son visage de ses mains et Lily retira la sienne « Elle pensera qu'il y a quelque chose d'important là-dessous. Il faut que j'aille la voir seule, que je sache si elle compte témoigner et que j'arrive à lui faire dire qu'il ne faut pas qu'elle le fasse, mais que... Il faut que ça soit son idée à elle, qu'elle ne pense pas que c'est moi qui le lui ai demandé. Je refuse qu'elle connaisse la vérité, tu comprends ? »

Elle acquiesça. James se leva nerveusement, chercha son paquet de cigarette et découvrit avec déception qu'il était vide. Lily tâta ses poches de robe et sortit son propre paquet. Elle en offrit une à James qu'il accepta d'un signe de tête et ils s'en allumèrent chacun une. Ils fumèrent silencieusement pendant quelques minutes. Puis Lily leva les yeux et sourit, amusée, à son camarade.

- Lyra m'a raconté la punition que t'a filé Slughorn.

James pouffa de rire en secouant la tête « Ce type est juste incroyable.

- Pourquoi ? Parce qu'il a décidé de faire une soirée du Club de Slug quelques jours à peine après l'attaque ? Comment il a dit déjà...

- Que c'était pour se remonter le moral ? sourit James.

Lily éclata de rire « Oui. Enfin, c'est aussi pour rendre hommage à Glendell Hawkins. Elle faisait partie du club et elle a été tuée samedi » Elle regarda la cigarette qu'elle faisait tourner entre ses doigts.

- Je sais, dit doucement James. Mais je ne parlais pas de ça.

- Quoi, alors ?

James eut un rictus « Le gars nous attrape, Lyra et moi, alors qu'on venait de se taper une course dans le parc pour échapper au Sombral » Il eut un petit rire car Remus lui avait raconté que les Sombrals étaient de nature plutôt inoffensive, surtout ceux que Hagrid élevait « Et il veut nous punir parce qu'on avait pas respecté le couvre-feu. Mais il nous dit qu'il ne sait pas encore quelle punition nous donner » Son rire reprit « Et le lendemain, il dit à Lyra qu'elle aura une retenue avec Rusard, et que moi j'irais à sa soirée »

Lily pouffa à son tour tandis qu'il continuait « Parce que j'ai refusé chacune de ses invitations et la seule manière qu'il a de m'avoir à ses fêtes c'est de me forcer, finalement. Alors il a fait « Oho ! » » Juste en imitant la célèbre onomatopée signée Horace Slughorn, James fut pris d'un fou-rire qu'il ne put contrôler. Riant jusqu'aux larmes, il parvint à terminer la citation de Slughorn en produisant des sons étranglés et Lily peina à le comprendre, elle-même se roulant sur le lit de Sirius, morte de rire « « Oho, je me demande » hahaha « comment je n'ai pas pu » hihihi « y penser plus tôt ! » HAHAHA ! »

Lily aussi hurlait de rire en se tenant les côtes.

Ce fut quand James et Lily réussirent à surmonter leur fou-rire avec difficulté, reprenant leur souffle coupé, une main sur leurs abdominaux douloureux et l'autre essuyant leurs larmes de rire, que Peter entra dans le dortoir. Devant sa mine grave, les deux Gryffondors retrouvèrent leur sérieux. James se leva et se dirigea vers son ami.

- Comment ça s'est passé ?

- Ils veulent te voir, toi et Marlene » Peter se passa une main dans les cheveux « Bien, je pense » dit-il avant que James n'ait eu le temps de lui demander pourquoi les Aurors voulaient les voir « Bones a cru à l'Imperium, c'est le principal je crois » Il regarda Lily, qui hocha la tête, puis James « Ils veulent que vous leur racontiez ce qu'il s'est passé juste avant qu'on m'a lancé l'Imperium. J'étais avec vous deux quand on a décidé de raccompagner Marlene à Poudlard. Je suis vraiment désolé, James, j'ai pas eu le choix, j'ai été obligé de dire ton nom » Il parlait avec précipitation, rejetant la scène de la Pensine très loin dans sa mémoire.

Il regardait son ami, craignant qu'il lui en veuille et surtout que la situation de James ne s'aggrave en parlant avec les Aurors. James regardait Peter avec un air sombre, mais il posa une main sur son épaule « Je ne t'en veux pas, Queudver. Je comprends. Ce n'est pas grave, ils n'ont pas besoin de savoir.

- Mais si Marlene parle du Mangemort qui a voulu la tuer...

- J'essaierai de répondre à sa place, de mener l'interrogatoire. Si elle voit que je ne parle que du moment où on a traversé Pré-Au-Lard pour la raccompagner, elle ne dira peut-être rien. Elle comprendra qu'on parle de toi et pas d'elle.

Peter pinça les lèvres, essayant de se convaincre que si les choses se déroulaient ainsi, James ne risquait rien « Ils veulent aussi interroger ceux que j'ai attaqué » Lily bondit sur ses pieds.

- Je vais voir Tyler. Il est hors de question qu'il continue à penser que tu étais responsable de ce que tu faisais avant qu'il aille voir les Aurors.

- Merci Lily, sourit Peter pour la première fois. Est-ce que tu pourrais aller voir si Marlene est dans son dortoir ? Elle n'est pas dans la salle commune. J'aimerais lui parler avant qu'elle aille voir Bones.

Lily lança un regard lourd de sens à Peter « Bien sûr » finit-elle par sourire. Peter fit alors quelque chose qui les surprit tous, y compris lui-même. Il prit Lily dans ses bras. Elle répondit à son étreinte avec un sourire surpris avant de sortir pour trouver la cinquième année.

Lily revint à peine une minute plus tard suivie de Marlene McKinnon. Celle-ci les observait avec curiosité et son regard se fixa sur Peter, une expression étrange sur ses traits. Lily et James échangèrent un regard et sortirent pour les laisser discuter seuls. Peter dévorait son amie des yeux et celle-ci, embarrassée, finit par éviter son regard. Il interpréta cela comme la peur de se trouver en sa présence.

- Salut, commença-t-il.

- Salut, répondit-elle à voix basse.

- On a pas trop eu l'occasion de parler tous les deux, de tout ce qu'il s'est passé.

Marlene ne répondit rien. Peter, désespéré, cria presque « J'étais sous Imperium, Marlene ! » ce qui la fit sursauter et enfin croiser son regard. Cette dernière l'observa sans rien dire, les lèvres entrouvertes. Peter sentait le contrecoup d'avoir revu ses souvenirs l'assaillir, il se sentait craquer nerveusement. Il n'aurait que des cauchemars plus limpides et ça l'effrayait déjà.

- Je sais que tu as entendu des choses horribles sur moi, dit-il d'un ton amer. Mais tu ne peux pas penser que j'ai fait tout ça volontairement.

L'air coupable qui s'afficha sur le visage de Marlene donna un coup à l'estomac du garçon. Il allait reprendre la parole lorsqu'elle le coupa « C'est juste que j'ai du mal à comprendre comment on peut réussir à lancer le Doloris sous Imperium » Il la fixa, médusé « Quand on a étudié les Sortilèges Impardonnables, Moroz nous a bien dit qu'on pouvait réussir ces sorts que si on le voulait vraiment.

- Marlene ! cria de nouveau Peter. Je ne voulais pas lancer ces maléfices ! Je n'ai jamais voulu torturer ces gens ! Jamais je n'aurais cru que je lancerais un jour un Impardonnable ! Je me battais dans le camp de Poudlard, dans ton camp !

Les cris de Peter semblèrent effrayer Marlene et elle se recula d'un pas, la lèvre tremblante. Les larmes aux yeux, Peter murmura ensuite « Si toi parmi tous tu ne me crois pas... » Touchée par la détresse de son amie, Marlene n'attendit pas une fraction de seconde pour répondre.

- Je te crois » Il tremblait comme une feuille. Elle le prit dans ses bras. Peter serra avec force la femme qu'il aimait - et qui l'ignorait - contre lui « Je te crois » répéta-t-elle sincèrement.


Tout s'était déroulé plus ou moins comme James l'avait prévu. Bones les avait interrogés dans son bureau, la pièce au rez-de-chaussée prêtée par Dumbledore le temps de leur enquête. Au début, le Maraudeur avait répondu aux questions de l'Auror en premier, devançant Marlene. La Gryffondor avait suivi son mouvement et n'avait pas parlé de sa propre attaque, seulement de leur avancée vers Honeydukes. Bones, concentré sur les éventuelles pistes sur l'identité du Mangemort qui avait lancé l'Imperium à Peter, ne posa pas de questions sur celui qui avait attaqué Marlene.

L'interrogatoire des deux étudiants ne mena cependant pas loin. D'après leur récit, Marlene et James marchaient l'un à côté de l'autre et Peter les suivait derrière. James s'était retourné une fois et avait échangé un regard avec son meilleur ami. Ensuite, l'unique fois où James contrôla la présence de Peter fut lorsqu'ils s'étaient approchés d'Honeydukes et Peter était absent. James et Marlene faisaient tellement attention à ne pas se faire remarquer qu'ils n'avaient pas pu suffisamment observer les alentours, ni, éventuellement, voir le Mangemort qui ensorcèlerait ensuite Peter.

Les deux Gryffondors sortirent du bureau des Aurors et reprirent le chemin de la Tour des Gryffondors. James jetait régulièrement des coups d'œil en biais à son amie d'enfance, avant de trouver le courage de prendre la parole.

- Tu n'as rien dit sur le moment où tu t'es faite attaquée, commença-t-il, en espérant qu'elle n'avait pas remarqué qu'il ne lui en avait pas laissé l'occasion.

- Non, répondit-elle simplement.

Trente secondes silencieuses s'écoulèrent, lors desquelles Marlene pensa à Peter. « Tu comptes aller voir les Aurors et leur en parler ? » Marlene cligna des yeux plusieurs fois pour revenir au moment présent, regarda son ami et secoua la tête.

- Non.

James se sentit soulagé mais il s'obligea à poser les questions suivantes « Tu ne veux pas essayer de savoir qui t'a fait ça ? Et qu'il soit puni ? » Marlene resta pensive. Elle prit une grande inspiration.

- James, je sais que ce Mangemort est mort » Le Maraudeur s'immobilisa, gelé sur place. Il regarda son amie avec de grands yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je voulais aller témoigner. Puis j'ai eu une conversation avec mon amie Valery.

James fronça les sourcils quelques instants « La petite sœur de Liana ?

- Oui. Liana a discuté avec Lily Evans et a raconté à Valery qu'Evans est allée voir les Aurors dès lundi matin.

Cela, James l'ignorait « Pourquoi ?

- À priori, Sirius et elle se sont battus contre Bellatrix et Rabastan Lestrange et contre Lucius Malfoy.

- J'en savais rien !

- C'est étonnant, vu le temps que tu passes avec Evans ces derniers temps, commenta Marlene sans vraiment s'en soucier.

James se promit d'interroger Evans plus tard « Et d'après ce que j'ai compris, Evans n'a pas été super satisfaite de son entretien avec Bones » reprit Marlene « Globalement, il n'en a eu rien à foutre de son témoignage. Parce que même si Evans a su identifier des Mangemorts, elle ne connaît leur nom que parce que c'est Sirius qui les lui a dit, et c'est pas suffisant pour eux.

- Ils vont vouloir interroger Sirius quand il se réveillera.

- C'est ce que je pense aussi. Bref, et en fait le truc c'est qu'Evans et Sirius se sont battus contre Rabastan Lestrange et Malfoy et Sirius les a reconnus seulement en entendant leur voix. Mais Evans a vu le visage de Bellatrix Lestrange parce qu'elle avait enlevé son masque. Sauf que Liana lui a dit - et Evans ne l'avait pas réalisé sur le coup - elle lui a dit qu'elle trouvait bizarre que l'Auror n'ait pas proposé de lui montrer le visage de Bellatrix, sur une photo ou quoi, ou alors de lui proposer de faire un portrait-robot, pour qu'elle la reconnaisse. Pourtant ce sont des choses qui se font, non ? demanda-t-elle à son ami dont les deux parents étaient Aurors.

James réfléchit quelques secondes avant d'hocher la tête « C'est vrai que c'est bizarre.

- Bref, et du coup, Valery est allée témoignée genre hier soir. Elle était avec son copain, Richie. En fait, Richie et elle ont été attaqués par un Mangemort qui n'avait pas de cagoule juste avant que tu ne les retrouves-

- Juste avant que je ne les fasse passer par Honeydukes ? interrogea James.

- C'est ça. Et du coup, Valery a voulu aller voir les Aurors pour leur dire qu'ils avaient au moins un visage. Mais un visage, ça ne suffisait pas à Bones. Mais comme Liana lui avait déjà parlé du témoignage de Lily, Valery ne s'est pas faite avoir et elle a insisté pour décrire le sorcier et même faire un portrait-robot par un Auror Dessinateur. Et ça a été possible, ils ont fait le dessin ce matin juste avant les funérailles. Et c'est là que je vais pouvoir répondre à ta question - le gars a fait un portrait et ils ont sélectionnés parmi les photos qu'ils avaient des sorciers qu'ils suspectaient d'être Mangemort et aussi parmi ceux qu'ils ont retrouvés morts à Pré-Au-Lard.

- Ils ont sélectionné quoi ?

- Des sorciers qui ressemblaient au Mangemort qui a attaqué Valery. Et il se trouve que parmi les photos qu'ils avaient des sorciers morts à Pré-Au-Lard, il y avait un type qui ressemble trait pour trait à celui qui m'a attaqué.

- Mais tu as vu la photo, toi ?

- Non, mais je l'avais décrit à Valery. Elle voulait essayer de jeter un œil sur leurs photos pour voir s'il n'y avait pas celui qui a failli me tuer, dit-elle sur un ton dur. Et elle l'a trouvé. Environ quarante ans, des cheveux argentés longs jusqu'aux épaules, des yeux verts, super pâle, et cette espèce de kyste qui lui gonflait la joue droite.

James resta muet quelques instants « Et tu es sûre que c'est lui ? » Elle acquiesça « Certaine ?

- Oui, James. Du coup, je n'ai pas trouvé d'intérêt à témoigner alors qu'il est déjà mort.

Le Maraudeur ferma les yeux, immensément soulagé. Si personne ne posait de questions à Marlene sur son attaque, il était tiré d'affaire. Il ne lui restait plus qu'à être suffisamment fort que pour garder le secret... « James ?

- Mmmmh ?

- Est-ce que tu penses que... C'est possible selon toi que Bones ait mis de la mauvaise volonté pendant l'entretien d'Evans ? Qu'il ait cherché à protéger les Lestrange et Malfoy ?

- Tu crois vraiment qu'un Auror protégerait des Mangemorts ?

- Non, pas ça, mais qu'il veuille protéger des sorciers au sang-pur et de la haute société.

- Ça m'étonnerait beaucoup, répondit James, dubitatif. Les Bones sont une famille de bons sorciers, ils ont les mêmes valeurs que nos parents.

- Alors, peut-être que ce sont ses supérieurs qui font pression sur Bones ?

James hésita avant de répondre « Peut-être. C'est probable. On dit de plus en plus que le Ministère est pourri jusqu'à la moelle » La main de Marlene attrapa son bras et elle l'obligea à lui faire face. Elle plongea son regard dans le sien.

- Quand tu seras un Auror, deviens un Auror honnête, s'il te plaît.

Il avait rarement vu son amie d'enfance aussi sérieuse. Il passa outre les doutes qu'il avait ces derniers jours quant à devenir Auror. « Bien sûr » répondit-il simplement.

James passa par son dortoir pour prendre des parchemins, une plume et de l'encre. Il se rendit à la volière pour envoyer une lettre à ses parents. Il leur écrit simplement que Peter était dans une situation compliquée - le genre de situation qu'on ne pouvait raconter par courrier - et qu'il aurait sûrement besoin de l'aide des Potter et de leurs connexions. Ils lui répondirent le lendemain matin, disant qu'ils essayeraient de se rendre à Poudlard le week-end même.


Les cours reprirent, tout comme la vie au château, le plus normalement possible. Hyacinthe Armenon, l'étudiante transférée à Sainte-Mangouste, y décéda entourée de ses parents et de sa sœur aînée le mercredi soir. Quatre des cinq élèves retenus à l'infirmerie purent en sortir, excepté Sirius Black toujours dans le coma. On n'avait toujours aucune nouvelle des trois étudiants et du professeur Moroz, disparus le jour de la bataille.

Les étudiants apprécièrent les groupes de partage. Certains se sentaient capables de se confier, d'autres se contentaient d'écouter les premiers et étaient rassurés de savoir qu'ils n'étaient pas seuls. Nombreux furent ceux qui se rendirent au groupe dédiés à ceux qui avaient perdu des proches. Mei s'agaça d'y voir Heather Nardini. Elle n'avait parlé à personne des confidences que la Poufsouffle lui avait faites - elle ne savait toujours pas si elle la croyait ou non. Lyra revint de ce groupe très en colère ; quelques filles lui avaient dit qu'elles la trouvaient « gonflée » de venir alors que Black était seulement dans le coma. Lyra leur avait vertement répondu qu'elle avait perdu deux de ses amis, Jim et Nicole. Beaucoup de filles avaient encore du mal à avaler que Sirius Black n'était plus célibataire...

James avait fini par confier son meurtre à Remus. Seuls le loup-garou, Peter et Lily étaient au courant. Les deux Maraudeurs proposèrent à James d'assister au groupe de partage pour ceux qui avaient dû tuer pour sauver leur vie ou celle des autres - après tout, un sort de Confidentialité était posé sur ceux qui assistaient aux groupes - mais Potter refusa.

Peter se sentait rejeté par tous. Son histoire fit rapidement le tour de Poudlard et bien vite, les élèves commencèrent à lui jeter des regards bizarres. On commençait à raser les murs quand on le croisait dans les couloirs. Plus personne ne lui souriait ou ne s'arrêtait pour discuter avec lui. Il entendait souvent des murmures sur son passage. Cette situation mettait ses nerfs à rude épreuve. Le pire était lorsqu'il voyait certains élèves de Serpentard de sixième et septième année discuter entre eux avec un air sérieux tout en le regardant. C'était dix fois pire que lorsqu'il avait jeté pour la première fois son Patronus et qu'il avait pris la forme d'un serpent. Après cet événement-là, beaucoup de Serpentards s'étaient amusés à lui dire qu'il aurait dû être réparti avec eux. Peter redoutait le moment où les verts et argents recommenceraient à l'ennuyer avec ça, surtout quand il voyait des élèves qu'il soupçonnait être favorables à Voldemort parler de lui.

Heureusement, Peter avait ses amis. Remus tirait avantage de son statut de préfet pour rappeler à l'ordre ceux qui se comportaient mal avec lui. James restait lui-même, provoquant ceux qui regardaient avec trop d'insistance son ami. Marlene faisait son possible pour lui remonter le moral, sa simple présence à ses côtés signifiant déjà beaucoup pour Peter. Ils espéraient qu'en voyant que Peter n'était pas rejeté par ses meilleurs amis, surtout par les Maraudeurs dont l'influence était certaine à Poudlard, les autres élèves finiraient par comprendre que le Gryffondor était innocent.

Les trois Maraudeurs rendaient visite chaque jour à Sirius. Son état stagnait et il ne montrait aucun signe d'un réveil proche. Lyra les accompagnait souvent ou parfois préférait voir Sirius seule. Elle avait cessé de dormir dans le lit de Sirius et était retournée dans son dortoir, pourtant ses nuits n'étaient pas plus faciles. Lily était le plus souvent muette et songeuse. Son regard se baladait régulièrement du côté des verts et argents, vers Rogue. Elle faisait souvent des cauchemars la nuit.

Liana était la plus survoltée des Gryffondors. Elle s'était rendue compte que « la vie pouvait être très courte et qu'il fallait profiter de chaque moment présent avec ceux qu'elle aimait ». Chaque occasion était bonne pour passer un moment de complicité avec ses deux meilleures amies et resserrer ses liens avec Lyra. Elle surprotégeait Valery et, à chaque repas, elle l'obligeait à manger avec Remus et elle en se réjouissant que son copain et sa sœur s'entendent si bien. Elle partait dans de grands discours sur l'amour et l'amitié et l'union qui faisait la force. Parfois, elle agaçait tellement Lily que la rouquine regrettait presque l'absence de Stevenson et de ses joints qui auraient pu calmer Liana.


En cette fin d'après-midi de jeudi, Mary et James se trouvaient seuls dans le dortoir des garçons. En simple caleçon, James se tenait d'un côté de la porte fermée de la salle de bain, Mary était de l'autre. Il regardait pensivement son lit aux draps froissés et complètement défaits, un vague sourire rêveur aux lèvres.

- Tu sais quel miroir tu es en train d'utiliser en ce moment ? cria-t-il à sa petite-amie.

- Non, lequel ? lui répondit-elle sur le même ton.

James retint un rire « Le Miroir à Double-Sens que j'utilise avec Sirius. Il a le même que moi. Il suffit qu'on dise le nom complet de l'autre pour qu'on puisse communiquer ensemble.

- Mais genre... » James ricana « Vous vous voyez dedans et tout ?

- Ouais.

- Argh... Ouais c'est un peu dégueulasse, en fait. T'as vraiment pas d'autres petits miroirs que je pourrais utiliser ?

- Non, désolé. T'imagines, rit James, si Sirius se réveille et qu'il m'appelle dans ce miroir ?

- J'imagine le choc, ouais, rigola Mary. Tout ce qu'il verra, c'est le vagin de ta copine qu'elle regarde pour savoir si tu l'as pas blessée en la dépucelant.

- Tu crois qu'il reconnaîtra que c'est un vagin ? demanda James, hilare.

- Lyra m'a dit qu'il aimait bien lui faire des cunnis, donc je suppose que oui, il reconnaîtra.

- T'es vraiment immonde, dit-il dans un éclat de rire.

- C'est toi qui est prude !

- Et finalement dis-moi, tu es blessée ?

Il dut attendre quelques secondes avant de recevoir une réponse « Ben, à part si tu es capable d'avoir des règles, j'ai forcément saigné vu que y'a une tâche sur le drap. Mais je vois pas où ça saigne en fait.

- C'est normal de saigner pour une première fois, non ?

- Mais oui, t'inquiète pas.

- Et je t'ai vraiment fait mal ?

Il attendit encore. Finalement, il entendit Mary poser le miroir quelque part dans la salle de bain et la porte s'ouvrir. Une seconde plus tard, le corps nu de sa copine se pressait contre le sien et elle l'embrassait tendrement. Elle se recula sans détacher ses bras de sa nuque et le regarda avec des yeux brillants et un grand sourire.

- Je n'ai jamais eu aussi mal de ma vie. Je t'assure ! rit-elle devant la grimace de James.

- C'est pas vraiment super agréable à entendre, figure-toi.

- Mais je m'en fiche, James, le rassura-t-elle. Je trouve que ça s'est bien passé et t'as été super. Je suis super contente de l'avoir fait avec toi pour la première fois.

Son regard était si intense qu'il ne put le supporter et il l'embrassa pour ne plus avoir à le voir. Il se sentait coupable. Lui avait voulu coucher avec sa copine pour de mauvaises raisons. Pour oublier tout ce qui lui pesait en ce moment. Ce n'était pas juste pour Mary, surtout pour sa première fois. La jeune fille commença à approfondir le baiser.

- T'essayes de m'allumer ? chuchota lascivement James. Tu veux déjà recommencer ?

Il lui caressa le dos et les fesses, et Mary gloussa « Ce soir je pourrais sûrement pas » avoua-t-elle « Mais demain, si tu veux... » Elle laissa son doigt glisser le long de son torse. James grimaça.

- Demain j'ai la soirée de Slughorn. Tu peux essayer de venir avec moi si tu veux ?

- Hors de question » Elle secoua vigoureusement la tête « Déjà, je ne suis pas invitée donc ça m'étonnerait que je puisse. Et puis Slughorn me fait flipper. Tu verrais la manière dont il regarde Lily des fois...

- Il a le droit d'avoir des fantasmes, sourit James bien qu'un peu dégoûté.

Elle le frappa sur l'arrière de la tête « C'est super crade ! Surtout qu'il la regarde comme ça depuis qu'elle a réussi sa première potion... Quand elle avait douze ans » termina-t-elle, écœurée.

- Ah ouais » James fronça le nez de dégoût « Heureusement que je serais là avec elle demain soir. Je vais pouvoir la sauver de ses affronts pervers »


Lily et James avaient prévu de se retrouver devant le portrait de la Grosse Dame le vendredi soir pour aller ensemble à la soirée du Club de Slug. Potter portait son uniforme de Poudlard, décidé à ne pas faire d'efforts pour une soirée à laquelle il était forcé de venir. Lily, au contraire, portait une jolie robe argentée, des chaussures à talons et s'était maquillée légèrement.

Lorsqu'ils entrèrent dans le bureau de Slughorn, Lily reconnut le sortilège que son professeur utilisait à chaque soirée et qui lui permettait d'agrandir magiquement la pièce pour accueillir tout le monde. De grandes draperies émeraude, bordeaux et dorées recouvraient les murs et le plafond, et Lily pinça ses lèvres. Ne changeait-il jamais ses décorations ? Une lumière orange baignait la pièce, des elfes de maisons couraient dans tous les sens en portant de lourds plateaux recouverts de verres remplis ou de nourriture. La musique provenait d'instruments qui jouaient seuls dans un coin de la pièce. Lily poussa un gémissement de désespoir derrière ses lèvres closes mais Potter l'entendit distinctement.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Elle pointa du doigt les instruments ensorcelés « Ce sort est plutôt compliqué et ne laisse pas de place à l'originalité ou au bon goût. Ce qui veut dire qu'on aura de la musique pourrie toute la soirée » Elle plaqua ensuite un faux sourire ravi sur son visage lorsque Slughorn les accueillit. Il serra leurs mains avec une trop grande joie du point de vue de James.

- Je suis confus de ne pas vous offrir la présence d'invités remarquables comme j'en ai l'habitude » s'excusa-t-il en montrant le reste de l'assemblée. N'étaient en effet présent que les élèves habitués du Club de Slug et non toutes les célébrités qu'Horace adorait exhiber « J'ai prévu cette petite sauterie si précipitamment que je n'ai eu le temps de prévenir personne de l'extérieur. Mais finalement, j'en suis heureux. Après les événements de ce week-end, rien ne vaut mieux qu'une petite réunion intime entre amis »

James jeta un œil aux cinq Serpentards présents dans la pièce. En vérité, à part Lily, lui, et Dirk Cresswell, un Poufsouffle, il ne restait que des Serpentards. « Certains manquent à l'appel, évidemment. Ils auront choisi de rejoindre leur famille comme le professeur Dumbledore leur en a donné l'autorisation » continua le maître des potions. « Et bien sûr, nous pleurons ce soir l'absence de Glendell Hawkins. Bien qu'elle restera toujours dans nos cœurs »

Il baissa la tête un instant et James leva un sourcil en direction de Lily. Slughorn se redressa brusquement « Je vous demande à tous de lever votre verre » Les deux Gryffondors se dépêchèrent de prendre un verre sur un plateau que leur présentait un elfe « À Glendell Hawkins » Les huit autres personnes présentes l'imitèrent et ils terminèrent le contenu de leurs verres dans le silence.

Une heure plus tard, James était persuadé d'un fait ; il passait la plus mauvaise soirée de sa vie. Au fur et à mesure des minutes et surtout des verres, Slughorn était d'une humeur plus déprimée encore. L'attaque de Pré-Au-Lard avait visiblement beaucoup ébranlée le professeur. Il accaparait en ce moment Rogue et Nott en leur racontant pour la énième fois comment lui et les autres professeurs s'étaient retrouvés bloqués au château. Dirk avait trouvé l'excuse parfaite pour s'éclipser de la soirée ; il s'étouffa - ou fit semblant de s'étouffer, James était incapable de se faire une idée - avec un des amuse-gueules et Slughorn lui donna l'autorisation de partir. Depuis cet événement, James cherchait un moyen de faire pareil sans qu'on le suspecte de jouer la comédie.

Mais de l'autre côté, il avait Lily qui plaisantait avec lui, riait à ses blagues et était prête à le suivre dans chacune de ses combines pour tromper l'ennui. Ce fut ainsi qu'ils se retrouvèrent à fouiller n'importe quel endroit intéressant du bureau en faisant attention à ne pas se faire prendre par le propriétaire. Ils faillirent hurler de joie en trouvant de la liqueur de pomme et en se servant leur mélange alcoolisé préféré à tous les deux, de l'hydromel mélangé à ladite liqueur.

Quelques verres plus tard, James aida Lily à s'emparer d'un des violons ensorcelés sans que personne ne les voit et ils se cachèrent sous une table, à l'abri des regards grâce à la nappe, comme des enfants qui s'ennuient dans une réception. Lily lança un Assurdiato. Elle plaça le violon sous son menton et prit l'archet de la main droite. James l'écouta accorder l'instrument et faire quelques gammes, puis Lily commença un véritable morceau.

Elle avait l'air concentré en fixant ses doigts gauches qui changeaient de position sur la touche. Elle vérifiait régulièrement que son poignet droit restait bien souple en tirant l'archet. Elle grinça des dents en faisant son premier vibrato - elle avait toujours du mal à le réussir parfaitement la première fois dans un morceau. James, qui n'avait pas du tout l'oreille musicale, apprit à reconnaître les rares fausses notes quand Lily fronçait des sourcils. Lorsque le morceau tira à sa fin, un sourire apparut sur les lèvres de la violoniste car c'était son passage préféré. Une fois que la dernière note fut parfaitement jouée et vibrée, elle reposa l'instrument sur ses genoux avec des yeux brillants.

- J'en peux plus de ce morceau, je l'ai joué pendant des années, avoua-t-elle, son sourire contredisant ses paroles. Mais c'est le seul que je connais sur le bout des doigts.

- Tu joues vraiment bien » Elle se ravit de son air impressionné.

- Tu devrais entendre Lyra jouer du violoncelle.

- Je l'ai déjà vue jouer. Elle aussi est super douée.

Lily mordilla sa lèvre inférieure avant de replacer le violon sur son épaule « Tu connais Venus In Furs des Velvet Underground ?

- De nom, mais là tout de suite je m'en souviens pas...

- Tu sais, ça fait « I am tired, I am weary, I could sleep for a thousand years », chantonna-t-elle.

- « A thousand dreams that would awake me », continua-t-il sans chanter.

Elle sourit « J'ai appris la partie de l'alto. Bon, ça sonne moins bien au violon. C'est juste après « Severin taste the whip, now plead for me » » Elle joua alors de longues notes très graves, rauques, sombres et mystérieuses. Elle joua sur deux cordes pour continuer sur des accords tout aussi graves et sombres. Son archet s'emballa ensuite, James reconnut l'air et joua dans sa tête les quelques notes de guitare qui accompagnaient le passage de l'alto.

- Miss Evans ! Mr Potter ! Où vous cachez vous ?

Lily ferma les yeux. James, déçu de l'interruption, lui fit une grimace avant de sortir de sous la table pour retrouver Slughorn et le distraire. Pendant ce temps, Lily sortit discrètement et remit l'instrument à sa place. Slughorn venait de faire apparaître une montagne de fruits frais. Lily en dégusta quelques-uns en s'amusant de la conversation que lui offraient Slughorn et James. Le directeur des Serpentards parlaient des figures de la haute société sorcière que James connaissait grâce à son rang et à ses parents. Le Maraudeur s'amusait à inventer de fausses rumeurs sur ces sorciers que le professeur trouva particulièrement croustillantes.

Lily croqua dans une fraise et jeta un coup d'œil aux autres invités. Surprise, elle s'aperçut que Théodore Nott la regardait fixement. Ou plutôt, il fixait avidement ses lèvres. Lily voulut pousser son manège un peu plus loin. Elle prit une cerise et mordit dans la chair du fruit, lécha et suça le jus qui en coula. Elle termina la cerise et se lécha les doigts en les enfournant progressivement dans sa bouche. Rougissant, Théodore attrapa son verre et le but cul sec. Il croisa son regard à ce moment-là. Et Lily s'aperçut qu'en voulant jouer avec lui, elle s'était prise à son propre jeu.

La chaleur monta à ses joues. Elle ne pouvait détacher ses yeux des siens. Il la regardait avec désir et elle sut qu'elle lui retournait le même regard. Son estomac se tordit de cette agréable manière qu'elle reconnut aussitôt. Cela avait beau faire plusieurs semaines qu'ils avaient eu ce fameux cours d'Approfondissement Magique, cette alchimie sexuelle entre eux n'avait pas disparu.

Cet échange sensuel s'interrompit lorsqu'on frappa à la porte du bureau. Slughorn se pressa d'ouvrir et accueillit avec ravissement la nouvelle venue « Chère Minerva, je suis heureux de vous voir participer à ma petite fête ! » Elle jeta un regard ennuyé au reste de l'assemblée.

- Je viens seulement vous parler, Horace. En privé, ajouta-t-elle à voix basse. C'est important.

Lily sentit ensuite quelqu'un lui attraper le bras, la tirer derrière la montagne de fruits et elle se retrouva ensuite sous la table qui soutenait les fruits, cachée de nouveau par la nappe. À côté d'elle, James soulevait légèrement la nappe pour voir Slughorn s'excuser devant ses invités et leurs deux professeurs disparaître dans une petite salle adjacente. Il sortit quelque chose de sa poche et répondit à son regard interrogatif.

- C'est ma cape d'invisibilité.

- Tu as une-

- Pas le temps, Evans. Je dois absolument savoir ce qu'ils vont se dire.

- Et tu crois que personne n'a remarqué qu'on avait disparu sous la table ? s'étonna-t-elle.

Il sourit « Croisons les doigts » Avec une grande difficulté, ils sortirent de sous la table, tous deux recouverts de la cape, sans se faire remarquer - ce qui releva de l'exploit. Ils marchèrent discrètement vers la petite salle, poussèrent la porte qui n'avait pas été fermée et s'engouffrèrent à l'intérieur jusqu'à un coin de la pièce. McGonagall regardait suspicieusement la porte.

- C'est moi, je ne l'ai pas fermée, s'excusa Slughorn. De quoi souhaitiez-vous me parler ?

- Bien. Vous vous souvenez des sorts de protections que les professeurs ont placés sur Pré-Au-Lard pour la sortie ?

- Parfaitement, j'y ai contribué.

- Les Aurors ont fini d'analyser les lieux. Ils ont trouvé une brèche dans ces protections, ce qui explique pourquoi les Mangemorts ont pu apparaître si facilement.

- Une brèche ? Comment ?

- Dumbledore l'a analysée à son tour. Il est persuadé que cette brèche vient de l'intérieur.

Elle posa un regard pénétrant sur son collègue. Sous la cape, James et Lily échangèrent un regard choqué. Slughorn papillonna des paupières plusieurs fois avant de comprendre. « De l'intérieur ? Minerva, vous n'insinuez quand même pas qu'un des nôtres ait pu abîmer nos protections ?

- C'est exactement ce que j'insinue. Albus l'a insinué en premier. Réfléchissez-y, Horace, qui d'autre aurait pu réussir à défaire une partie de nos sortilèges sans qu'on ne le remarque ?

- Et vous avez une idée de qui, parmi nos collègues, auraient pu... demanda Slughorn, brusquement mal à l'aise.

- Moroz est aux abonnés absents depuis samedi, répondit McGonagall sans détour. Et c'est un nouveau professeur à qui nous avons été obligés d'accorder notre confiance très vite.

Les deux étudiants réfléchirent à toute vitesse à ce qu'ils venaient d'entendre. Ils savaient que Moroz était étrange et avait des secrets, ils en connaissaient d'ailleurs quelques-uns. De là à penser qu'elle était un traître... Les deux professeurs échangèrent encore quelques mots avant de sortir. Lily et James attendirent quelques minutes avant de les imiter et de retirer furtivement la cape.

James ouvrit la bouche en regardant sa camarade mais ne sut quoi dire. Lily non plus. Elle se demandait quoi faire de cette information lorsqu'elle entendit quelque chose. Une voix très lointaine, familière mais qu'elle ne sut reconnaître tout de suite. Puis elle distingua un mot prononcé par cette voix. « Potter, je crois qu'il y a quelqu'un qui t'appelle » dit-elle en regardant autour d'elle. Il lui lança un regard étonné.

- T'entends des voix maintenant ?

- Je t'assure, y'a quelqu'un qui dit ton prénom en ce moment.

James eut alors un éclair de compréhension et chercha quelque chose dans sa poche. Il en sortit un petit miroir rond et poussa une exclamation ravie en reconnaissant le visage qui se trouvait à l'intérieur.

- C'est de voir ta tronche qui te rend si joyeux ? rit-elle en se penchant pour regarder dans le miroir également. T'es vraiment-

- Pour une fois fais-moi plaisir, Evans, ferme-la.

Sans le vouloir, Lily obéit à la voix qui venait du miroir. Le choc d'y voir le visage fatigué mais bien éveillé, bien réel, de Sirius Black l'avait rendu muette. « Ça va comment, mon pote ? » demanda James. Lily voyait pour la première fois depuis samedi un véritable sourire heureux sur son visage.

- Un peu déçu de constater que tu ne passais pas tes jours à mon chevet à attendre que je me réveille, mais sinon ça baigne, répondit Sirius.

- J'arrive tout de suite, Patmol ! s'écria-t-il.

- T'as intérêt, dit Black alors que James remettait le miroir dans sa poche.

James s'excusa aussitôt auprès de Slughorn et celui-ci les laissa partir Lily et lui sans problèmes, il se réjouit même du réveil de Sirius. Lily suivit James sans vraiment savoir pourquoi. Elle finit par décider qu'elle se rendait également à l'infirmerie parce que Lyra et Liana y seraient sûrement et elle pourrait ainsi leur parler de la discussion entre McGonagall et Slughorn. Pour l'instant, elle devait courir pour suivre James qui se précipitait vers son meilleur ami.

- Tu vas pas assez vite ! lui cria James en se retournant brièvement.

- Essaye de courir avec des talons, toi, maugréa Lily.

James lui prit alors la main et la fit courir tellement vite que Lily crut qu'elle allait mourir au bout du compte. Arrivés près de l'infirmerie, ils freinèrent leur course en se tenant l'un à l'autre, riant de leur perte d'équilibre. James poussa violemment la porte de l'infirmerie et dépassa Mrs Pomfresh sans un regard pour elle. Lily lui fit un sourire désolé pour s'excuser de leur arrivée fracassante. Elle suivit James jusqu'à un lit entouré de Remus, Peter et Liana qui lui offrirent des sourires radieux.

Sirius était dans son lit, le visage un peu pâle, l'air épuisé. Lyra était déjà blottie contre lui, sa tête reposant contre sa clavicule. Lily n'avait pas vu son amie aussi sereine depuis plusieurs jours. Elle regarda avec amusement le visage radieux qu'affichait James. « Tu veux pas lui rouler une pelle tant que t'y es » lui dit-elle à voix basse mais James ne l'entendit pas. Il prit une chaise et s'assit près du lit de Sirius.

- Mec, si tu savais comme je suis heureux de te voir !

- Je sais, tu ne peux pas vivre sans moi, répondit Sirius, lui aussi tout sourire de revoir son meilleur ami. Et apparemment, elle non plus, plaisanta-t-il en parlant de Lyra. Je ne savais pas que je sortais avec un sortilège de Glue Eternelle.

- Si tu veux que je m'en aille, dis-le, répliqua Lyra sans faire un geste pour se dégager.

- Sûrement pas » Il passa un autre bras autour d'elle et lui embrassa le sommet du crâne. Il remarqua alors Lily, postée derrière James. Ils échangèrent un simple regard mais pas un mot. Sirius cligna des paupières et posa ses yeux sur James « Alors, comment vous allez tous ? »

Lily se mit en retrait derrière Peter et Liana « C'est plutôt à nous de te poser cette question » dit James « Tu te sens comment ?

- Comme je disais aux autres, j'ai l'impression qu'un troupeau d'Hippogriffes m'a passé dessus. Il paraît que j'ai dormi cinq jours ? Qu'est-ce que j'ai raté ?

Lily se rendit compte qu'aucune de ses amies ne lui prêteraient attention tant qu'ils se réjouissaient du retour de Sirius et qu'ils lui racontaient les derniers événements. Elle préféra s'éclipser silencieusement, se sentant de trop.

Liana fut la seule à remarquer son départ. Elle la regarda partir et lorsqu'elle se tourna pour faire face aux quatre autres, elle vit que leurs visages étaient tristes, soudainement. Ils venaient d'apprendre à Sirius le décès de Nicole - du moins, le croyaient-ils.

- Je le savais déjà » se souvint-il, le visage fermé « J'étais avec » Il chercha Lily des yeux « Evans est partie ?

- Oui, lui répondit Liana tandis que les autres remarquèrent seulement l'absence de la rouquine.

Sirius soupira « J'étais avec elle quand on a trouvé Nicole. Elle était déjà morte » Sirius garda pour lui les larmes et les hurlements d'Evans, le moment où il avait dû la porter pour la détacher du corps de Nicole, et celui où elle s'était précipitée, en larmes et poussant un cri vengeur, vers des Mangemorts. Et comment il l'avait suivie ensuite. Il garderait cette vision de sa vieille ennemie probablement toute sa vie.

- Au fait, se reprit-il, comment ça se fait que j'étais dans le coma ?

- C'est ma faute » Remus regardait Sirius, la culpabilité brillant dans son regard.

- Mais non, Remus, c'était pas ta faute, râla Liana en levant les yeux au ciel.

Ils racontèrent à Sirius le sort de Magie Noire que lui avait lancé Rabastan Lestrange, qui avait tellement épuisé sa magie que Sirius était entré dans un coma le temps de la régénérer. Ce fut ensuite Lyra et Liana qui répétèrent ce que leur avait raconté Lily, à savoir comment elle les avait sauvés, un Sirius évanoui et elle, d'un Remus transformé en loup-garou et comment elle l'avait ramené jusqu'à Poudlard.

Sirius garda le silence pendant toute la durée de leur récit. Il était incapable de dire à haute voix la vérité - à savoir que Lily Evans lui avait sauvé la vie - et incapable de dire quoi que ce soit tout court.

Les Gryffondors discutèrent jusqu'à ce que l'infirmière les chasse, répétant que Sirius avait encore besoin de se reposer.


Malcolm Baddock et elle avaient quitté un Pré-Au-Lard en pleine bataille. Isée avait laissé son ancien camarade la détourner de ses élèves qui se battaient contre des Mangemorts et qui avaient besoin d'elle pour accomplir une tâche plus sérieuse encore. Défaire la barrière sur Poudlard qui empêchait Dumbledore et les autres professeurs de venir au secours de leurs étudiants.

- Tu peux le faire ?

- Je peux le poser, donc je peux le défaire, en effet.

Elle respira profondément, releva ses manches et serra sa baguette dans son poing. Son bras tremblait légèrement. Elle hésita une seconde de plus avant de se tourner vers son ancien camarade. « Je comprends pourquoi tu fais ça. Mais pourquoi crois-tu que moi, je vais le faire ? » Il plongea ses yeux noirs dans les siens.

- C'est simple. Tu m'as suivi jusqu'ici.

- Je peux toujours me dérober au dernier moment » lui fit-elle remarquer « Si je me suis donnée tant de mal pour les poser, ces fichues barrières, et ce pour Tu-Sais-Qui, tu crois vraiment que je vais prendre un tel risque ?

- Oui, je le crois. Tu as simplement besoin de quelqu'un pour te demander de le faire » Il avait parlé avec sincérité, sans une once de moquerie, de médisance ou de dédain dans la voix. Il la savait courageuse, capable de se dresser contre le plus grand mage noir de tous les temps. Il pensait qu'elle n'avait que besoin de quelqu'un pour lui dire qu'elle en était capable.

- Il n'y a pas que moi » Sa voix trembla d'émotion « Il n'y a pas que ma vie en jeu » Il acquiesça.

- Je sais.

Une livre de plomb tomba à l'intérieur de l'estomac d'Isée. Un silence assourdissant suivit ces mots qui résonnèrent à l'oreille d'Isée comme s'il les avait criés. « Tu quoi ? » Ses yeux brillaient et toute la sollicitude et la compassion qu'elle lisait dans ceux de Baddock la clouèrent sur place. « Tu l'as vu ? »

Baddock ne répondit pas. Son regard criait qu'il était désolé de ne pas pouvoir l'aider. Isée plaqua une main sur sa bouche pour retenir ses sanglots.

- Il va le tuer. Il le tuera devant mes yeux parce que je lui aurais désobéi, tu le sais. Je ne peux pas risquer sa vie, tu le sais !

Il la prit par les épaules « Tu lui diras que je t'y ai obligé ! Que j'ai menacé la vie de ton fils, que je t'ai dit que je savais exactement où il était et que j'allais le tuer moi-même ! » Isée secoua la tête avec hystérie.

- Il va me rire au nez ! Parce qu'après tout comment pourrais-tu être assez malin pour te faufiler là-bas sans qu'il ne te voie ?!

- Dans ce cas, tu lui diras qu'une mère ne pense pas rationnellement quand on s'attaque à son enfant. Que c'est pour ça que tu te plies à toutes ses exigences depuis le début et que tu ne penserais jamais à déjouer ses plans par peur que ton fils n'en souffre.

Les larmes coulant sur ses joues, ses yeux se perdirent dans le vague. Malcolm attrapa son menton entre ses doigts et l'obligea à croiser son regard « Pense à tous ces gamins qui se font torturés et tués, là-bas. Pense à l'aide que les professeurs vont pouvoir leur apporter, à toutes les vies que tu vas sauver »

Isée se détacha de lui et le regarda avec haine « Ça ne me suffit plus. Tu sais où il est ? Tu sais où il le retient ? Dis le moi ! » ordonna-t-elle avec force. Baddock hésitait, pesa le pour et le contre.

- Je l'ai vu, articula-t-il lentement.

- Où est-il ?

- Dans un des cachots du manoir. Surveillé vingt-quatre-heure sur vingt-quatre. Tu ne pourras jamais l'en sortir seule.

- J'ai une chance si tu m'aides » Malcolm ne parut même pas étonné par sa réponse « Tu veux que ces satanées barrières tombent ? Tu m'amènes là où mon fils est prisonnier et tu m'aides à l'en sortir »

Comme l'avait dit Baddock, une mère ne pense plus rationnellement quand son enfant est en danger. Isée n'avait plus ressenti un tel espoir depuis que son fils lui avait été enlevé, la veille du jour où elle était arrivée à Poudlard en tant que professeur. En ce moment, elle pensait réellement qu'elle avait une chance de sauver son fils. Malcolm ne fit rien pour l'en dissuader. Il la regarda un moment avant de dire d'une voix solennelle « C'est d'accord »

- Donne-moi ta parole.

- Tu as ma parole.

Ils se jaugèrent du regard. Isée tenta de déchiffrer son visage, et l'émotion l'induit en erreur. Elle le crut réellement sincère. « Maintenant, enlève ces fichues barrières.

- Ensuite, on parlera de comment libérer mon fils.

- Exactement.

Isée finit par hocher lentement la tête de bas en haut. Elle renifla bruyamment et essuya ses larmes de sa manche. Elle se racla la gorge et se tourna de nouveau vers le château « Okay » dit-elle à mi-voix « C'est parti »

Les barrières de Poudlard tombèrent et les professeurs volèrent en direction de Pré-Au-Lard. Baddock lui confia qu'il voulait disparaître, se cacher pour que Lord Voldemort ne le retrouve pas. Isée pensa brièvement que l'idée n'était pas mauvaise. Elle voulait qu'ils se cachent quelques jours pour qu'il puisse mettre au point leur plan. Puis ils retourneraient dans ce manoir qui faisait office de quartier général et où son fils était retenu. Baddock parviendrait à s'y introduire sans que personne ne s'en rende compte si Isée distrayait le Seigneur des Ténèbres, si elle se rendait à lui. Elle savait qu'elle subirait de terribles remontrances, mais si elle rejetait la faute sur Baddock, si elle disait qu'il l'avait forcée, elle ne serait peut-être pas en trop mauvais état. Elle pourrait profiter d'un moment d'inattention en faisant croire qu'elle souffrait trop - elle se doutait qu'elle recevrait un ou deux Doloris - et rejoindrait Baddock puis son fils.

Son plan, imaginé en l'espace de deux secondes, lui parut parfait. Elle commença à en parler à Baddock en sautant les étapes. Ce dernier l'encouragea à rejeter toute la faute sur lui. Puis il lui dit qu'il allait l'assommer magiquement et Isée ne réagit pas, trop occupée à essayer de comprendre pourquoi l'assommer aiderait leur plan. Et ce fut là qu'Isée Moroz comprit qu'en faisant confiance à Malcolm Baddock, elle venait de commettre la plus terrible erreur de sa vie.

Son corps la faisait tellement souffrir qu'Isée ne cessait de s'évanouir sous la douleur et de se réveiller brusquement. Lors de chacun de ses évanouissements, elle se souvint de ce qui l'avait amenée à cet endroit précis. Elle voyait les souvenirs défiler devant ses yeux, essayant de retenir dans son esprit les jours, les heures, avant...

Isée eut la malchance d'être retrouvée évanouie dans la Forêt Interdite par un Mangemort qui la fit aussitôt transplaner auprès de Voldemort. Ce dernier la réveilla de son sommeil magique pour lui faire endurer les pires sévices. Il l'interrogea et bien qu'Isée blâma Malcolm Baddock corps et âme, ce fut elle qui reçut tous les Doloris. Rien ne se passa comme prévu.

On la transféra dans un des nombreux cachots du manoir, au sous-sol. Malgré ce que lui avait dit Baddock, Isée ne se sentit pas plus proche de son fils, parce qu'elle savait qu'il y avait des cachots à chaque étage de la demeure. Sans baguette, à peine nourrie, terriblement affaiblie par les tortures qu'elle avait subi, Moroz n'avait aucune chance de s'enfuir. Voldemort lui rendait souvent visite et son corps plus meurtri à chaque fois était témoin de sa colère. Elle avait beau lui dire tout ce qu'elle savait, lui parler de toutes les protections qui étaient posées sur Poudlard et qu'elle connaissait, le Seigneur des Ténèbres était insatisfait. Il n'avait pas encore trouvé de moyen pour contrer ces protections. Il entrait dans une colère noire dès qu'Isée lui disait qu'elle ne pouvait pas l'aider, surtout parce que Dumbledore avait rajouté ses propres sortilèges et que sa magie était trop particulière pour que même les connaissances en Ancienne Magie d'Isée puissent y faire quelque chose.

À chacune de ses visites, Isée le suppliait de la laisser voir son fils. Son souhait fut réalisé au bout de trois jours de détention. Ce jour-là, Voldemort entra dans son cachot. Un Mangemort l'accompagnait et tenait une frêle silhouette à la peau noire dans ses bras.

- Léo ! s'égosilla-t-elle en reconnaissant son enfant inanimé.

Des larmes coulèrent sur ses joues. Elle tremblait de tout son corps. Persuadée qu'il était mort, elle crut s'évanouir de bonheur en voyant la poitrine du garçon de huit ans se soulever. Le faible son de sa respiration sonnait merveilleusement aux oreilles de la mère. Isée tenta de se mettre debout sur ses jambes tremblantes mais d'un geste de la main, Voldemort la souleva du sol et la plaqua contre le mur, les bras en croix.

- Qu'est-ce que vous faites ?! » Survoltée, elle oublia totalement d'avoir peur et se débattit comme une furie contre ses liens invisibles « Détachez-moi ! Laissez-moi MON FILS !

- Tu m'as désobéi » dit calmement Voldemort. Isée ne sembla pas l'entendre et continua de se débattre sans quitter des yeux son enfant. « Je ne t'avais donné qu'une mission, une seule. Et tu avais l'autorisation de te battre contre mes Mangemorts pour que ta couverture soit sauvegardée. Au lieu de cela, tu m'as désobéi »

Isée se calma progressivement, au fur et à mesure que les mots qu'elle avait déjà entendu une dizaine de fois depuis samedi s'inscrivirent dans son esprit. Le souffle court, le menton pendant sur sa poitrine, elle regardait le sol dallé de pierres froides et noires qu'elle connaissait à présent par cœur.

- Je suis très déçu, Isée. Nous avions un marché, pourtant.

Elle se concentra sur sa voix et n'y entendit pas une once de déception. Plutôt une énorme pincée de menace. Pas de colère. Si elle lisait entre les lignes, elle entendit distinctement quelque chose comme « Tu vas le regretter ». Son cerveau ralenti par sa faiblesse physique, elle ne comprit que maintenant ce qui allait se produire. Elle leva lentement la tête et ne vit que son fils endormi dans les bras d'un Mangemort.

- Non, souffla-t-elle, les yeux écarquillés. Je vous en prie, non...

- Nous avions un marché » répéta-t-il. Isée lui jeta un regard terrifié. Elle pouvait voir à ses yeux brillants qu'il jubilait de la voir enfin comprendre. « Tu faisais absolument tout ce que je te disais de faire et ton fils n'avait rien à craindre. Il n'avait pas à se plaindre, tu sais, ton petit »

Il détacha ses yeux d'elle pour les poser sur l'enfant. « Il a pleuré au début, c'est vrai. Mais nous l'avons nourri, nous lui avons fourni un lit, des vêtements propres. L'une de nous s'est même chargée de lui donner une éducation, des livres, de quoi l'occuper. Tu devrais nous remercier. Qui d'autre aurait pu prendre si bien soin de lui pendant que tu jouais les maîtresses d'école, dis-moi ?

- S'il vous plaît, pleura Isée.

- Je l'aime bien, moi, ton fils. Tout le monde l'apprécie, c'est devenu en quelque sorte notre petite mascotte. J'aurais aimé le garder avec moi, faire de lui mon bras droit, mon successeur... S'il s'en révélait digne dans le futur, évidemment. Mais malheureusement, tu ne me laisses pas le choix.

Voldemort sortit sa baguette de sa poche. Le cri de Moroz resta étranglé dans sa gorge. « Il faut que tu comprennes que sous aucun prétexte » Il fit un léger signe de sa baguette et le Mangemort déposa l'enfant au centre de la pièce « Tu ne dois me désobéir.

- Ne faites pas ça, je vous en prie, je ferais tout ce que vous voudrez...

- Ça n'a plus d'importance aujourd'hui. Tu as déjà failli à ton devoir.

Isée leva les yeux vers le Seigneur des Ténèbres. Elle s'attendait presque à voir un visage désolé de tuer un enfant qu'il appréciait, désolé de faire du mal à une mère. Mais non, il souriait. Evidemment qu'il souriait, content de lui, heureux de voir qu'il pouvait causer une telle souffrance chez les autres, qu'il avait tant d'ascendant sur eux. Cet homme était dépourvu d'âme.

Il n'ajouta pas un mot. La formule dite sur un ton normal résonna comme un hurlement aux oreilles d'Isée. L'éclair vert frappa son enfant et, au début, Isée ne vit pas de différences, puisque Léo dormait. Mais bien vite elle ne vit plus sa poitrine se soulever et s'abaisser au rythme de ses respirations. Alors, Isée cria, cria et pleura, suppliant qu'on mette fin également à ses jours. Ses liens invisibles disparurent et elle tomba durement sur le sol. Elle voulut ramper jusqu'au cadavre de son enfant, le serrer dans ses bras, mais le Mangemort le fit léviter de sa baguette.

Elle tendit une main vers le corps, mais personne n'accorda une attention à sa prière muette. On la laissa seule. Isée sentit un froid glacial s'emparer d'elle.

Une larme coula sur sa joue. Elle était trop faible pour pleurer convenablement. Elle avait si souvent rejoué dans sa mémoire la mort de son fils. Elle se fichait de savoir que son propre corps était sûrement en bouillie. Ses membres étaient parfois pris de spasmes et même ce simple mouvement musculaire la faisait gémir - parce qu'elle n'avait pas la force de hurler. Elle se sentait moite et humide de partout. Il était probable qu'elle se soit oubliée comme il était probable que ses nombreuses blessures saignaient encore.

Soit elle ouvrait les yeux et la lumière aveuglante la faisait souffrir d'avantage, soit elle les gardait fermés et revoyait ces scènes de cauchemars se jouer de nouveau derrière ses paupières closes. Ni l'un ni l'autre n'était un choix qui lui convenait, et pourtant, dans l'un de ces scénarios, elle pouvait voir quelques secondes le visage serein de son fils endormi.

Elle s'était réveillée dans la même position. De nouvelles courbatures douloureuses s'ajoutèrent à son état. Isée se recroquevilla sur elle-même, ses larmes continuaient de couler. Elle entendit un gémissement de douleur et se figea en réalisant qu'il ne venait pas d'elle. Elle releva doucement la nuque et aperçut une autre forme de l'autre côté du cachot.

- Qui... Qui est là ? articula-t-elle d'une voix rauque.

- C'est moi, murmura l'homme qu'Isée n'identifia pourtant pas.

Elle rampa jusqu'à lui. Elle n'avait même plus la force de s'horrifier devant son visage tellement tuméfié qu'Isée n'avait aucune chance de le reconnaître. « Il m'a retrouvé en même pas vingt-quatre heures » dit l'homme avec peine. « Il m'a gardé dans un autre cachot jusqu'à toute à l'heure. Il m'a dit... Il m'a dit qu'il venait d'avoir une merveilleuse idée et qu'il allait me faire partager un cachot avec quelqu'un d'autre. Je ne savais pas que c'était toi jusqu'à ce que je t'entende pleurer.

- C'est toi, le reconnut-elle enfin.

Elle était à peine surprise. Elle rassembla ses dernières forces et se hissa sur ses bras. La haine et la colère battaient à ses tempes. Elle ressentait une telle haine contre cet homme qui l'avait trahi qu'elle en oublia progressivement sa faiblesse. Portée par sa rage, elle parvint à s'installer à califourchon sur Baddock, ce qui lui arracha un gémissement de souffrance.

Isée appuya ses mains sur son cou. Elle ne réfléchissait plus. Ses gestes étaient guidés par un instinct bestial qui s'emparait de sa volonté. Elle ne se contrôlait plus, elle ne se sentait plus humaine. Même si son souhait le plus cher était de voir souffrir cet homme, de le tuer de ses mains, elle avait l'impression d'être un animal et que la bête en elle agissait à sa place.

Elle serra de toutes ses forces ses mains contre son cou. Ses yeux étaient secs d'avoir trop pleuré. Il ne se débattit pas, il n'en avait pas la force. Elle ignorait même s'il comprenait ce qu'il se passait, qu'il était en train de mourir. Peut-être s'imaginait-il qu'il se faisait torturer une fois de plus. Elle serra plus fort. Elle vit son visage devenir encore plus rouge, puis bleu, elle l'entendit hoqueter à la recherche d'oxygène. Elle sentit son corps se crisper entre ses cuisses. La sueur perlait sur le front d'Isée.

Puis elle sentit le corps de Baddock se détendre d'un coup. La faible résistance qu'il avait montré avait disparu. Si elle avait posé une main sur sa poitrine, à l'endroit de son cœur, elle ne l'aurait plus senti battre. Mais elle ne le fit pas, convaincue d'avoir réussi. Elle se laissa tomber à côté de l'homme qu'elle venait de tuer, à bout de forces.

D'autres larmes coulèrent sur son visage. Pas parce qu'elle venait de se souvenir du meurtre bestial qu'elle avait commis, mais parce qu'elle pensait toujours à son fils. Si seulement elle n'avait pas écouté Baddock, si seulement elle n'avait pas eu la bêtise de croire qu'il l'aiderait en retour... Elle avait mal, plus mal que jamais. Et pourtant, personne ne voulait l'aider, personne ne voulait abréger ses souffrances alors qu'elle ne demandait que cela.

Elle ouvrit les yeux, seulement à moitié tant la lumière blessait sa rétine. Elle avait passé tant de jours dans l'obscurité que le soleil lui apparaissait comme une torture de plus. Elle tourna sa tête sur le côté pour le fuir. Isée rencontra alors un autre regard, voilé et totalement vide. Elle reconnut le visage inanimé de Kay Stevenson. Derrière son élève décédée, elle parvint à distinguer en plissant les yeux une gigantesque demeure. Elle comprit alors que ce qui lui meurtrissait le dos depuis qu'elle s'était réveillée était les marches qui menaient à la porte du château de Poudlard.

Sleep my friend and you will see
That dream is my reality
They kept me locked up in this cage
Can't they see that's why my brain says rage


Traduction des paroles de la fin : Dors mon ami et tu verras, que le rêve est ma réalité, Ils m'ont gardée enfermée dans cette cage, Ne voient-ils pas que c'est pour ça que mon esprit crie vengeance. (bon c'est "mon esprit crie rage" normalement mais c'est ma traduction à moi là).

Si ça c'est pas de la méga révélation de la mort qui tue au sujet d'Isée Moroz ! Est-ce que vous vous souvenez un peu du chapitre 23 ? La première scène c'était Baddock et Moroz qui se faufilaient près de la barrière magique, puis la deuxième parlait de Rogue, et la troisième c'était Moroz qui défaisait la barrière magique. Le premier flashback qu'a Isée dans cette dernière partie prend donc place entre la 1ere et la 3e partie du chapitre 23. A la base j'avais écrit le tout comme une seule scène, dans le 23 donc, et puis j'ai décidé que j'étais pas encore prête à que vous sachiez pour le fils d'Isée donc j'ai coupé mais j'ai gardé le milieu en flashback.

Alors, qu'en avez-vous pensé ? Vous aviez pratiquement tous deviné qu'Heather était la copine de Nicole, celle a qui Nicole voulait offrir un bijou avant de mourir, je suis fière de vous. A la base j'avais pas prévu que Mary et James coucheraient ensemble... Mais bon, s'ils veulent faire leurs cochonneries hein ;) J'attends vos commentaires avec impatience :D !

Le prochain chapitre se nommera : Never you mind, death professor tiré de la chanson "DLZ" de TV On The Radio. Mais que va-t-il se passer ?

PLUS QUE QUATRE CHAPITRES DE 6E ANNEE LES ENFANTS ! En plus je commence d'être impatiente de commencer la 7e là, avec le grand événement que vous attendez tous : Lily et James ENFIN ensembles ^^. A bientôt !

13/04/2014 : Pourquoi j'ai modifié l'interrogatoire ? A la base, lorsque Peter se fait interroger, j'avais pensé que Dumbledore allait le Légilimancer ou qu'ils verraient les souvenirs dans la Pensine. Mais que ce n'était pas suffisant, donc j'ai inventé l'histoire du halo bleu pour ceux qui s'en souviennent. Avec Peter qui fait le Prior Incantatum jusqu'à remonter aux sorts qu'il a lancé à Pré-Au-Lard et comme de par hasard il y a un halo bleu, et le halo bleu prouve qu'il était sous l'influence de l'Imperium. J'étais super fière d'avoir inventé ça. Puis quand j'ai réellement écrit la scène en décembre 2013, j'ai zappé l'histoire de la Légilimancie ou de la Pensine parce que ça me gavait de l'écrire, j'ai seulement écrit le coup du halo bleu. Mais autant l'idée me plaisait, autant une fois écrit quelque chose me dérangeait beaucoup. Ca ne me paraissait pas crédible. Je me suis prise la tête pendant longtemps, puis j'ai décidé de poster comme ça, en me disant que, "sur un malentendu ça devrait marcher" (à comprendre : ça devrait passer aux yeux des lecteurs même si j'y croyais pas).

Et en fait, c'est passé. Je n'ai pas reçu de remarques par rapport à ce halo bleu. Du moins, pas tout de suite. J'ai eu une review (l'auteur se reconnaîtra) qui m'a fait réaliser pourquoi le coup du halo bleu n'était pas crédible DU TOUT (attention je ne dis pas que la review était méchante au contraire, c'était une simple petite phrase qui a résonné comme un gros tilt dans mon esprit) : s'il était si facile de prouver qui était sous Imperium et qui ne l'était pas de cette manière, pourquoi personne n'a utilisé cette technique dans les tomes ? Je crois que c'était Arthur Weasley ou bien Sirius qui a dit à Harry un truc comme "c'était une sombre époque, Harry, on ne savait pas à qui faire confiance, qui était sous Imperium ou pas" dans je ne sais plus quel tome. Donc je me suis rendue compte que mon idée de halo bleu était pourrie.

Pendant des semaines je me suis demandée ce que je devais faire : est-ce que je laissais ça comme ça ou est-ce que je modifiais ? Et modifier quoi ? Je me suis vraiment prise la tête. Comment innocenter Peter du coup ? La légilimancie, la pensine ? J'ai fini par opter pour la pensine comme vous avez vu. Ca a été très dur à écrire, j'ai eu du mal à raconter des souvenirs flous pour Peter, ce que ça lui faisait d'être plongé dans ces souvenirs, le déroulement de l'interrogatoire qui change du coup... Et puis je me souvenais plus à quoi ça ressemblait dans une pensine et j'avais pas mes livres HP avec moi... Ca a été dur mais finalement je suis un petit peu satisfaite, je trouve que je m'en suis pas trop mal tirée.

C'était en partie pour ça que je tarde tant à écrire la suite. Cette histoire m'a foutu un grand coup. Moi qui faisait l'effort, cet effort qui était devenu une règle de conduite, de respecter tout l'univers de JKR même si ma fic partait dans tous les sens, j'avais échoué. J'avais choisi la facilité. Je comprends que ce n'est pas grand chose pour vous, lecteurs, habitués aux digressions que tout le monde fait sur ce site, mais pour moi ce fut un coup dur. Je ne mélodramatise même pas. J'étais furieuse contre moi-même. Je n'arrivais même plus à ouvrir mon fichier Word du chapitre 26, je ne voulais plus penser à la suite, penser à cette fic tout court. J'ai vraiment eu besoin d'une pause par rapport à cette fic.

Là, si la suite tarde, c'est parce que je bloque. Ca fait environ un mois que j'essaye à tout prix de retrouver la motivation et l'inspiration, et j'ai vraiment du mal. Mais je ne me fais pas tant de soucis que ça en fait (c'est juste frustrant) puisque (vous en avez peut-être marre que je me répète ^^) je n'abandonnerai pas cette fic.