ORE NO IMOUTO GA KONNA NI KAWAI WAKE GA NAI
VOLUME FINAL
chapitre 3.8
Nous étions entré dans la dernière semaine du mois de juin de l'année. Une nouvelle ère allait débuter pour moi, pour ma sœur et pour beaucoup de monde.
Mais avant ça, j'avais un gros obstacle à franchir avant de tourner la page l'esprit en paix. Et cet obstacle, c'était de trouver le moyen de me réconcilier avec Kirino une fois pour toute. Voilà pourquoi je m'étais retrouvé ce dimanche après midi en bas du fameux hôtel Excelsior qui se trouvait à quelques stations de métro de chez moi. Je ne savais pas pourquoi Kuroneko m'avait demandé de venir ici aujourd'hui, si ce n'est que ça allait apparemment résoudre mon problème. Je ne demandais qu'à y croire mais franchement, j'étais dubitatif.
Finalement, j'avais décidé d'entrer après avoir regardé autour de moi s'il n'y avait pas de connaissances qui auraient pu me voir. Je n'avais en effet pas trop envie que d'éventuels potes me suprennent en train d'entrer dans un love hôell. Ma réputation avait déjà été traînée suffisamment dans la boue comme ça. Une fois dans le hall, j'avais comme convenu averti Kuroneko par SMS que j'étais arrivé. Quelques secondes après, elle m'envoya une réponse.
« Rend toi à l'ascenseur à ta gauche et montre au 24ème étage »
Le 24ème étage ? Pourquoi avait elle réservé une chambre quasiment au sommet de la tour ? J'avais espéré que c'était parce qu'il n'y avait pas d'autres chambre de libre en ce moment mais connaissant Kuroneko, c'était voulu. Résigné, je m'étais présenté à l'accueil où on m'avait effectivement dit que j'étais attendu à la chambre 2404 et que je pouvais prendre l'ascenseur. Mais alors que je m'apprêtais à m'y rendre, une silhouette familière semblait déjà attendre devant. La personne qui venait d'appeler l'ascenseur en question était bien … Kirino !
« Eh ! Qu'est ce que tu fais ici ? » lui avais je dit en arrivant vers elle.
Kirino se tourna vers moi surprise elle aussi. Elle avait lâché un léger cri de stupéfaction en me voyant mais elle s'était vite hâtée de refermer sa bouche pour ne pas me montrer davantage de réaction.
« Quoi ? Même ici tu as l'intention de m'ignorer alors ? » avais je réagi en soupirant. « C'est Kuroneko qui t'a demandé de venir aussi ? »
Mais ma sœur n'avait même pas daigné regarder vers moi et s'était contentée d'attendre impatiemment que l'ascenseur arrive tel un vaisseau libérateur du harceleur que j'étais. Las, j'avais décidé de ne pas réagir davantage. Après tout, Kuroneko devait sûrement avoir son plan. Ce n'était pas étonnant au fond qu'elle ait également demandé à Kirino de venir. Peut être que la situation allait s'arranger tout compte fait même si je n'y croyais toujours pas trop.
Enfin, le ding signalant l'arrivée de l'ascenseur sonna la fin de l'atmosphère lourde qui s'était installée. Deux personnes sortirent de l'ascenseur où Kirino se dépêcha de s'engouffrer. Mais alors que je m'apprêtais moi aussi à y entrer, ma soeur s'était arrangée pour me bloquer le passage tout en gardant le dos tourné. J'avais légèrement grommelé avant de décider de la contourner par la gauche mais cette idiote s'était déportée du même côté, m'empêchant à nouveau d'entrer. Elle se servait du miroir installé devant pour regarder mes mouvements et m'empêcher de passer.
« Tu vas encore jouer longtemps comme ça ? » avais je fini par protester en regardant ma sœur par le biais le miroir.
Mais Kirino ne me répondit toujours pas. Elle s'était contentée de continuer de me surveiller discrètement grâce au miroir en me regardant d'un air vitreux du style « il n'y a pas assez de place pour nous deux dans l'ascenseur, t'as qu'à prendre l'escalier » Après quelques autres essais infructueux pour rentrer, les portes de l'ascenseur s'étaient finalement décidées à se fermer. Je m'étais attendu à ce que les portes rebondissent sur moi mais elles s'étaient fermées assez brutalement, ce qui m'avait assez surpris. Du coup, alors que j'étais seulement à moitié rentré, l'élan des portes m'avait propulsé à l'intérieur de l'ascenseur en bousculant un peu brutalement ma sœur au passage. Elle fit un peu la moue mais recommença rapidement à m'ignorer.
Soudain, alors que l'ascenseur s'était mi en marche et que nous étions au niveau du 15ème, l'ascenseur se mit à nous secouer brutalement Kirino et moi pendant quelques secondes avant de s'arrêter inerte. Ayant perdus l'équilibre tous les deux, je m'étais relevé en tendant la main à ma sœur qui était toujours à terre en lui demandant si elle allait bien. Mais elle s'était contentée de repousser brutalement ma main et se releva toute seule.
« Ouaaah ! Qu'est ce qui s'est passé ? Pourquoi l'ascenseur ne monte plus ?! » s'était écriée ma sœur sur un ton un peu pris de panique.
« On dirait qu'il s'est bloqué » répondis je en montrant le compteur d'étage qui oscillait entre 15ème et 16ème.
« C'est pas vrai. Ne me dis pas que je suis coincée ici toute seule avec toi ! » avait renchérit ma sœur toujours paniquée en mettant ses mains sur ses joues.
« Eh bien … ça m'en a tout l'air » avais je réagi en souriant sarcastiquement. « Attends, je vais appuyer sur le bouton d'alarme »
Ce faisant, j'avais actionné le bouton rouge pour alerter un gardien que l'ascenseur était bloqué. Je m'attendais à ce qu'une alarme se déclenche comme quand j'avais appuyé dessus une fois par mégarde étant enfant. Mais la seule réaction fut un petit signal vocal nous indiquant qu'une alerte avait bien été lancée au personnel de l'hôtel. C'est vrai que de cette façon, ça ne risquait pas de déranger les autres clients de l'hôtel.
Quelques minutes s'étaient écoulées mais personne de l'hôtel n'était encore venu s'intéresser à nous. Kirino n'avait pas arrêté de se plaindre pendant ce temps là. Elle se demandait ce qu'elle pouvait bien avoir fait de mal pour mériter de se retrouver coincée ici seule avec moi et un tas de remarques venimeuses à mon encontre que je préfère ne pas vous raconter. Alors que je commençais moi aussi à trouver le temps long, j'avais reçu un SMS sur mon portable. En l'ouvrant, j'avais vu que c'était un message de Kuroneko. J'avais pensé qu'elle me l'avait envoyé parce qu'elle s'inquiétait de ne pas nous voir arriver ma sœur et moi mais quand j'eus lu le contenu du dit message, j'avais failli rire jaune.
« J'ai bloqué l'ascenseur pour que Kirino et toi puissiez passer un peu de temps ensemble pour vous réconcilier. Tu n'as pas besoin de te presser, Saori a payé l'hôtel pour que vous puissiez monopoliser l'ascenseur jusqu'à demain matin si nécessaire. Bonne chance »
Jusqu'à demain matin ? Je serais sûrement mort d'ici là si ça devait arriver. Par ailleurs, Kirino s'impatientait de plus en plus de voir quelqu'un de l'hôtel venir nous délivrer. De mon côté, j'étais conscient qu'il fallait que je profite de cette occasion pour recoller les morceaux avec ma sœur mais j'eus beau me creuser la tête, aucune idée ne m'était venue. Je m'étais alors ici dans un coin de l'ascenseur en espérant avoir l'esprit plus clair dans cette position.
« Hé ! Qu'est ce que tu fous ? » m'avait invectivé Kirino en me voyant m'asseoir par terre. « On est bloqué dans ce putain d'ascenseur je te rappelle ! »
« Qu'est ce que tu veux que j'y fasse ? » répondis je en soupirant. « J'ai déjà appelé le personnel et tu n'as pas arrêté d'appuyer toi aussi sur le bouton depuis tout à l'heure. Tout ce qu'on peut faire c'est attendre » avais je rajouté en passant mes mains derrière la tête pour m'étirer un peu.
« Ah, c'est tout toi ça » avait protesté ma sœur. « Dès qu'il faut prendre les choses en main, tu baisses les bras avant même d'avoir réussi à faire quelque chose ! »
Les propos de ma sœur m'avaient un peu piqué au vif.
« Grumpf ! Même si tu dis ça, il n'y a rien à faire dans l'immédiat de toute façon » lui avais je rétorqué en détournant la tête.
Ma sœur ne trouva pas quoique ce soit à redire sur le moment. Elle se mit alors à regarder un peu partout de bas en haut puis elle s'adressa à nouveau à moi en me montrant quelque chose du doigt.
« Regarde là haut, il y a une trappe. Fais moi la courte échelle pour que je puisse l'ouvrir »
« Elle est scellée cette trappe » lui avais je précisé un peu las en lui montrant les boulons qui l'entouraient.
« Tu n'as pas un truc du genre une pince ou un couteau suisse sur toi ? » m'avait demandé ma sœur sur un ton sérieux qui m'avait dérouté
« P … Pourquoi tu voudrais que je me balade avec un couteau suisse sur moi ? » avais je répliqué un peu confus devant un tel raisonnement.
Ma sœur me regarda dépitée comme si n'importe quel type normal autre que moi lui aurait répondu par l'affirmative. Et sans que je n'aie eu le temps de me remettre de sa première requête, voilà qu'elle m'en avait adressé une autre toute aussi farfelue :
« Hum … Tu ne pourrais pas essayer de desceller ces boulons avec les dents ? Tu sais, comme dans les westerns où on en voit qui décapsulent des bouteilles comme ça ? »
« Je ne suis pas un cow boy ! »
« Tchiii … Tu sers vraiment à rien » s'était contentée de répondre Kirino en croisant les bras pour montrer sa déception.
Ma sœur décida alors finalement de s'asseoir par terre à son tour au coin opposé au mien pour être le plus loin de moi qu'il lui était possible d'être. L'ambiance s'était un peu allégée et j'avais pu recommencer à réfléchir à la manière dont j'allais pouvoir gérer la situation. J'avais discrètement regardé ma sœur de temps à autre dans l'espoir qu'elle me donne de l'inspiration mais je me sentais tel un boxeur poids plume face à un adversaire poids lourd dont la défense ne présentait aucune faille.
Un peu à cran, j'avais sorti mon baladeur numérique pour me détendre un peu en écoutant quelques morceaux de musique. En me voyant mettre mes écouteurs, Kirino m'avait soudainement adressé la parole. J'en avais été tellement surpris que j'avais failli en lâcher mon appareil.
« Tiens ? Tu as ton baladeur numérique toi aussi ? »
« Hein ? Ah … Oui, je l'emporte avec moi assez souvent »
« Passe le moi » m'avait elle dit en tendant sa main.
« Pourquoi ? Tu as le tien non ? » avais je réagi en voyant un écouteur qui dépassait de son sac.
« Contente toi de me le passer bordel ! » m'avait brutalement intimé Kirino
« Euh … D'accord » avais je répliqué en me redressant légèrement pour le tendre à ma sœur.
Une fois qu'elle l'eut dans les mains, elle sortit son propre baladeur numérique et y connecta un fil qu'elle avait relié au mien.
« Ah, tu voulais juste me passer quelques unes de tes chansons » avais je déclaré, soulagé de comprendre la réaction de ma sœur.
« Tiens, reprend le » m'adressa t'elle après qu'elle ait fini de réaliser son transfert.
« Merci » lui avais je dit en souriant.
Cela m'avait étonné que Kirino ait une telle attention pour moi, surtout en un moment pareil. Peut être que c'était le bon moment pour essayer de tenter quelque chose ? Mais alors que mon regard reconnaissant était passé de ma sœur à mon baladeur, mes traits s'étaient soudainement un peu durcis. Elle m'avait en effet bien transmis des chansons mais il y avait quelque chose qui n'allait pas.
« Eh ! Tu as effacé tous les dossiers contenant mes chansons ! » m'étais je écrié complètement indigné.
« Bah. Il n'y avait que des conneries dessus de toute façon » rétorqua ma sœur en faisant un signe de la main du style « bon débarras ».
« Espèce de … » avais je commencé à murmurer avant de prendre sur moi.
« Ne me remercie pas » avait ajouté Kirino en souriant. « Maintenant, tu vas pouvoir écouter de la vraie musique ! »
« Grumpf ! »
En jetant un coup d'œil sur les titres de chansons qu'elle m'avait passé, elles étaient toutes plus ou moins reliées à des eroges ou à des animés. Du style « thème de Shinko – le bain avec aniki » ou encore « Meruru – la fusion avec la sorcière du bien ». Je m'étais forcé à en écouter une ou deux prises au hasard mais rien à faire, ce n'était pas du tout mon style.
« Alors ? Ça te plaît ? » m'avait adressé ma sœur en souriant.
« Euh … Oui c'est assez … original » avais je répondu pour ne pas la vexer.
« Ah ! Je vois que tu commences enfin à apprécier de la vraie musique. Ne t'inquiète pas. Quand on sera rentré, je m'occuperai personnellement de te faire découvrir tous les trésors musicaux des animés ! » avait réagit Kirino en gigotant un peu d'enthousiasme comme à chaque fois où elle parlait de ses passions.
J'étais toujours un peu vexé que Kirino ait effacé mes chansons comme ça mais en la regardant me parler si naturellement, je n'avais pas pu m'empêcher de sourire un peu. C'était comme si il n'y avait à nouveau plus aucune barrière entre nous. En constatant mon air un peu à côté de la plaque, Kirino m'avait demandé si j'écoutais bien tout ce qu'elle était en train de me dire.
« Oui, ne t'inquiète pas. C'est juste que … Ça me fait plaisir de pouvoir reparler avec toi comme avant » lui avais je répondu calmement.
« Hein ? … I … Idiot ! » avait réagit promptement ma sœur en rougissant un peu tout en détournant son regard du mien.
En regardant de plus près la situation, je m'étais dit que c'était le moment ou jamais de crever l'abcès avec ma sœur. J'aurais pu aborder n'importe quel autre sujet pour détendre encore un peu l'atmosphère mais j'avais choisi d'y aller directement.
« Tu ne veux pas que je parte, c'est ça ? » avais je dit en regardant ma sœur d'un air sérieux.
« Hein ? » avait répliqué de surprise ma sœur en tournant à nouveau son regard vers moi.
« Si tu ne veux pas que je parte, alors … Tu n'as qu'à me le dire » avais je poursuivi en me levant. « Je resterai ici »
Kirino m'avait suivi du regard sans chercher à dissimuler sa surprise. Elle avait tenté de me répondre quelque chose mais elle l'avait dit si faiblement que je n'avais pas compris.
« Même si ça veut dire que je doive passer le reste de l'année à travailler pour rembourser papa, et même si je dois repasser des examens d'entrée pour être accepté dans une nouvelle école au Japon … Alors je le ferai ! » avais je rétorqué avec conviction sans quitter ma sœur des yeux.
Kirino m'avait encore regardé quelques secondes avant de baisser la tête comme si elle commençait à être gênée. Elle avait eu l'air de marmonner encore quelque chose mais c'était toujours incompréhensible. Puis, sans que je n'aie eu le temps de réagir davantage, elle s'était levée calmement et s'était rapprochée de moi pour me donner une gifle. Pas le genre de gifle qu'elle me donnait quand elle était énervée. C'était une gifle molle, presque douce, qui ne m'avait même pas fait mal.
« Idiot » m'avait elle lâché calmement avant de me tourner le dos.
« Eh ! Qu'est ce que ça veut dire ? » avais je demandé à ma sœur sur un ton d'incompréhension alors que j'étais en train de me masser la joue en m'interrogeant sur la signification de son geste.
« Ça suffit maintenant » avait limite chuchoté Kirino toujours le dos tourné en saisissant son portable où elle tapa rapidement un message avant de l'envoyer.
Quelques secondes plus tard, avant que je n'aie eu le temps de comprendre ce qui s'était passé, l'ascenseur s'était soudainement remis en route. Après avoir repris mes esprits, je m'étais demandé si ça avait un lien avec le message que ma sœur venait d'envoyer. Je lui avais posé la question sereinement mais elle avait persisté à me tourner le dos. Une fois l'ascenseur arrivé finalement à ce fameux 24ème étage, les portes s'ouvrirent. Un peu perplexe, j'étais resté dans l'ascenseur en attendant que ma sœur descende en premier mais elle était restée clouée sur place.
« Dégage ! » m'avait lancé brutalement ma sœur en se retournant en voyant que je n'avais apparemment pas l'intention de sortir tant qu'elle ne l'aurait pas fait elle-même.
L'expression de Kirino m'avait vraiment mis mal à l'aise. On aurait dit qu'elle m'en voulait terriblement. J'avais voulu répondre mais je m'étais contenté de déglutir difficilement avant de me décider à sortir enfin de cet ascenseur. Une fois que je m'étais retrouvé sur le palier, ma sœur appuya sur le bouton menant au rez de chaussée et laissa les portes se refermer sans m'adresser un seul regard.
Complètement dépassé par la situation, j'avais fini par me souvenir que Kuroneko et Saori m'attendaient dans la chambre 2404. Je m'y étais rendu dans l'espoir que les choses s'éclaircissent. En toquant à la porte, ce fut Saori qui vint m'ouvrir. Bien qu'elle avait aujourd'hui ses fameuses lunettes d'otaku, je pouvais sentir que son expression ne débordait pas de joie.
« Ah … Kyosuke-shi » fit elle en m'invitant à entrer. « Je suis désolée que ça se soit mal passé avec Kiririn-shi »
« Hein ? Comment est ce que tu … » avais je commencé à répliquer en jetant un premier coup d'œil dans la chambre. « Aaaah ! Il est encore là celui là ! » m'étais je écrié en désignant l'homme qui était assis à côté de Kuroneko sur le lit.
Il s'agissait de Sanada évidemment. Cet imbécile s'était contenté de répondre à ma provocation en me faisant un signe du bras pour me saluer
« Yo, Kyosuke-kun ! »
« Du calme senpai » avait réagit Kuroneko. « Il était juste là en tant que spectateur » ajouta t'elle en tapotant quelques touches sur le portable qu'elle tenait sur ses genoux.
« Hein ? Comment ça en tant que spectateur ? » avais je répliqué perplexe alors que je m'étais assis sur la table à côté du lit.
« Nous t'observions toi et Kirino dans l'ascenseur » m'avait répondu naturellement Kuroneko en me montrant l'écran de son portable qui montrait ma sœur atteignant le rez de chaussée dans la cage d'ascenseur où je me trouvais il y a encore deux minutes.
« Quoi ? Alors ça veut dire que … vous nous avez observé pendant tout ce temps ?! » avais je protesté d'un ton outré.
« Evidemment Kyosuke-shi » avait poursuivit Saori en mettant une de ses mains sur mon épaule. « On devait s'assurer que tu ne fasses pas de gaffes avec Kiririn-shi ! »
Je m'étais contenté de sortir un « grumpf » de désapprobation en croisant les bras. Décidément, le fait que Saori soit très riche n'était pas toujours une bonne chose pour moi.
« Néanmoins, il semblerait que quelque chose d'imprévu se soit produit » avait rajouté Kuroneko d'un air ennuyé en continuant de manipuler son portable.
« Oui c'est vrai » avais je répondu en faisant mine de faire table rase de la scandaleuse violation de vie privée dont je venais d'être victime. « Et d'ailleurs, pourquoi l'ascenseur s'est il remis en marche d'un coup ? Il y a eu un problème ? »
Kuroneko et Saori se regardèrent mutuellement et se firent un signe de la tête.
« En fait Kyosuke-shi … Kiririn-shi était au courant pour ce qui allait se passer avec l'ascenseur » m'avait lancé Saori en étant un peu embarrassée.
« Hein ? » m'étais je exclamé surpris.
« Kirino m'avait téléphoné un peu avant que tu ne le fasses » avait poursuivit Kuroneko. « Elle aussi voulait se réconcilier avec toi et elle m'a demandé conseil ».
« Oh »
Je venais de prendre une sacrée secousse mentale. Alors que j'avais cru être le seul à me préoccuper de notre relation, il s'était avéré que c'était un sujet qui tenait aussi à coeur Kirino. Je m'en doutais un peu intérieurement bien sûr mais le fait que ça soit devenu une pensée concrète m'avait un peu remonté le moral.
« Alors je lui ai suggéré de vous réunir tous les deux dans un endroit confiné pour que vous puissiez vous rapprocher » avait ajouté Kuroneko.
« Dit comme ça, ça a l'air un peu ambigu … » répondis je un peu gêné de voir à quel point mon ex sortait ce genre de chose de façon totalement naturelle. « Mais au fait … Si elle était au courant, pourquoi moi je ne l'ai pas été ? » avais je demandé sur un ton inquisiteur.
« Parce que si on t'avait prévenu, tu aurais été capable de vraiment venir avec un couteau suisse sur toi » m'avait lancé Kuroneko sans décoller son regard de son écran.
« Ah … Tu crois ? » avais je dit embarrassé.
« Mais elle m'a envoyé un message tout à l'heure disant qu'elle voulait arrêter » déclara Kuroneko sur un air interrogateur. « Je ne comprends pas pourquoi elle a fait ça. A moins que … »
« A moins que quoi ? » avais je rétorqué, agacé que mon ex s'arrête au moment où ça devenait intéressant. Tout le monde était soudainement pendu à ses lèvres.
Mais Kuroneko s'était contenté d'éteindre son portable et de se lever sans dire un mot de plus.
« Saori. Shinya. Vous pouvez nous attendre dehors s'il vous plait ? Je me charge de ramener les clés de la chambre à l'accueil » avait déclaré Kuroneko en rangeant ses affaires.
Sanada et Saori avaient accepté sans trop chercher à comprendre. Une fois partis, Kuroneko se dirigea vers la fenêtre et l'ouvrit comme pour prendre un bol d'air frais. Toujours dans l'attente d'un éclaircissement de la situation, je lui avais demandé de quoi elle voulait me parler en privé.
« Ce n'est pas évident, senpai? » me lança Kuroneko sur un ton mielleux en s'avançant lentement vers moi en commençant à défaire un bouton de son chemisier.
« Hé … Pas de blagues ! Tu … Tu as un petit ami maintenant ! » avais je vivement rétorqué en reculant avant de commencer à rougir.
Puis en plongeant sa main à l'endroit au niveau qu'elle venait de déboutonner, Kuroneko sortit une petite clé usb. En la voyant, l'intimidation que j'avais ressentie retomba net, non sans que cela ne me gêne un peu.
« Toujours l'esprit aussi pervers hein ? » déclara mon ex en souriant en rallumant son portable.
« La ferme ! » répondis je outré.
Satisfaite de l'effet qu'elle avait eu sur moi, mon ex s'était assise à ma gauche sur la table en y posant son portable avant d'y insérer la clé usb qu'elle en avait sorti à l'instant. J'en avais fait autant de manière à pouvoir encaisser sans broncher ce qu'elle avait potentiellement à me dire.
« Ta sœur ne voulait pas t'empêcher de partir » avait finalement lâché Kuroneko après m'avoir fait mijoter d'inquiétude pendant plusieurs secondes.
« Hein ? Mais alors, qu'est ce qu'elle veut ? »
« Tu n'as pas encore compris ? »
« Non. Je n'arrive vraiment pas à la comprendre. Et c'est assez frustrant d'ailleurs … » avais je répondu un peu perdu
« Frustrant dans quelle sens ? »
« Eh bien … Toi tu as l'air de la comprendre tellement bien » avais je fini par rétorquer. « Pourquoi je ne peux pas le faire moi aussi ? »
Kuroneko me regarda d'un air mi compatissant, mi dépité. Elle m'avait répondu que je devais encore travailler ma relation avec ma sœur et que même si j'avais l'air d'être sur la bonne voie, j'avais encore une longue route à parcourir. Sur ces mots, Kuroneko s'était levée et m'avait invité à sortir de la chambre pour qu'elle puisse la fermer avant d'aller rendre les clés à l'accueil.
« Hein ? Mais tu ne m'as toujours pas encore dit pourquoi Kirino avait réagit comme ça dans l'ascenseur ! » avais je protesté.
« Réfléchis y » s'était elle contentée de rétorquer avant que je ne sois sorti et qu'elle n'ait refermé la porte.
Une fois dans le couloir, nous nous étions dirigés vers l'ascenseur que nous avions pris pour retourner au rez de chaussée. J'avais essayé de questionner plusieurs fois Kuroneko pour essayer d'obtenir plus de précisions de sa part mais ce fut en vain. Et les rares fois où elle me répondait, c'était par des paroles énigmatiques qui ne m'avançaient guère davantage. Lorsque nous eûmes rejoints Sanada et Saori à l'extérieur, nous avions discutés brièvement avant que Saori ne parte de son côté et que Kuroneko et Sanada ne l'imitent. En essayant de lui tirer les vers du nez une ultime fois, Kuroneko m'avait juste répondu :
« Réfléchis y calmement et tu trouveras »
C'était ce que j'avais fait toute la semaine. Que ce soit au boulot, sur le chemin du boulot, pendant les repas, dans ma chambre ou en prenant mon bain. Je n'avais pas arrêté de penser à la raison du geste de Kirino ce jour là. Notre relation n'avait pas vraiment changé même si elle avait plus ou moins cessé de m'ignorer. Elle me disait bonjour, bonsoir, parfois même merci quand je lui passais le sel.
Mais ça s'arrêtait là.
En y prêtant davantage attention, le regard de Kirino était un peu plus terne qu'auparavant. J'avais bien senti que quelque chose la préoccupait à elle aussi et qu'elle voulait m'en parler. Il m'avait même semblait qu'elle s'arrêtait parfois brièvement devant la porte de ma chambre quand elle sortait de la sienne comme si elle hésitait à toquer pour venir me voir. Mais à chaque fois, elle finissait par descendre ou par s'enfermer dans sa chambre sans m'avoir dérangé.
La semaine s'écoula de cette façon. Sans que toutes mes pesantes réflexions ne m'aient menées où que ce soit.
Et un matin sans même avoir le temps de m'en rendre compte, alors que j'étais couché bien confortablement, le réveil sonna. Une fois encore.
Nous étions finalement arrivé au 2 juillet, 9h00. Mon dernier jour au Japon.
