Le froid enveloppait le corps d'Harry sous les nuages neigeux cachant les rayons du Soleil. Sa discussion avec Lupin le laissait pétrifier devant l'atroce scène qu'avait vu son professeur de défense contre les forces du Mal quelques années auparavant. Sa fiancée était morte sous ses yeux et dans d'atroces souffrances qui horrifiaient Harry. Malgré son esprit confus, il aperçut Ginny s'avancer vers lui. Même s'il ressentait énormément de sentiments pour elle, il préférait les cacher au plus profond de lui-même pour la survie de sa bien-aimé. La perdre était impensable. Il observait sa bien aimé dans les yeux. Il ne pouvait sans détourner et sentit ses mains chaudes se blottirent dans les siennes. Il aurait tout donner pour l'embrasser dans un moment pareil. Ses yeux plongés dans les siens, il croyait se trouver dans un rêve. Mais la réalité ne permettait pas de rêver. Et le réalité, c'était Voldemort. Soudain, une chaleur enivrante l'envahit de sa bouche pour parcourir tout son corps. Il s'échappa de ses pensées malheureuses et découvrit qu'il scellait un baiser avec la petite sœur de Ron. Leurs mains jointes, Harry et Ginny s'embrassaient sous les flocons à l'abri des regards indiscrets. Le jeune homme libéra une de ses mains pour la poser sur la joue de Ginny et la glissa doucement dans son cou mais son geste s'interrompit brusquement. S'il n'avait écouté que son cœur, Harry aurait pu rester des heures sous le charme de la jeune fille. Mais il s'était promis de ne pas la faire souffrir. Il se dégagea doucement de son étreinte et lui murmura :

- Je ne peux pas…

Sa voix était faible, comme si les mots ne voulaient pas sortir. Son cœur criait « [iJe t'aime ! Je t'aime ![/i » mais elle passait au silence face à l'esprit de Harry qui prônait la vigilance. Il devait se résoudre à arrêter ce baiser passionné où Ginny connaîtrait peut-être le même sort que Lybie et lui, du professeur Arwold. Harry remarqua les yeux de Ginny parsemés de larmes et le cœur du jeune homme sembla se briser devant cette tristesse indomptable. Il la faisait souffrir alors qu'il souhaitait simplement son bonheur. Malgré les larmes, Ginny lui souriait :

- Je le sais… répondit-elle en essayant de ne pas dévoiler l'émotion qui s'emparait d'elle. Tu étais si triste, j'ai voulu te réconforter tout simplement et…

Ses larmes se détachèrent et ruisselèrent sur ces joues. Harry les essuya délicatement avec sa son pouce. Au contact de sa peau, il ressentit en lui un désir si fort de la réconforter comme elle venait de le faire. Il était à quelques centimètres de la jeune rouquine. Il pouvait contempler son tendre visage pris d'innocence. Ne pouvant plus résister, il s'approcha d'elle et caressa son visage… Brusquement, comme si son esprit sentit qu'il allait à nouveau céder à son cœur, une image apparut dans sa tête : celle de Ginny dans un de ses cauchemars, pâle, triste et sans vie. Il recula brusquement et ouvrit la bouche dont aucun son ne sortit. Ginny comprit à ce moment là qu'il avait pris sa décision.

- D'accord, souffla-t-elle.

Elle esquissa un sourire qui se tordait de peine et se retourna pour rentrer discrètement dans la maison. Le jeune homme savait qu'elle pleurait même si elle était dos à lui. Harry s'en voulait depuis longtemps d'aimer Ginny sans pouvoir le lui faire partager. A cet instant, il devait soit la rattraper pour vivre leur histoire d'amour ou la laisser rentrer dans la maison pour enfouir leur amour à néant.

Elle ferma la porte.

Il venait de mettre à terme les espoirs d'une histoire entre eux.

Elle le savait.

Il le savait.

- HARRY !

Le cri d'Hermione retentit plusieurs secondes dans sa tête avant qu'il comprenne qu'elle était juste devant lui.

- Qu'est-ce que tu fais dehors tout seul ?

- Je…

A cet instant, aucun mot ne pouvait expliquer ce qu'il ressentait. Pourtant, il n'avait que seize ans. Un amour à cet âge est-il simplement une étape de la vie d'adolescent qui s'efface rapidement avec le temps ? Ces sentiments qu'il ressentait envers Ginny étaient-ils superficiels ? Quand il se souviendrait de cette période de sa vie dix ans plutard, rigolera-t-il devant cette histoire d'amour entre jeunes adolescents ? Non. Il le savait. Il le sentait. Il n'oublierait jamais Ginny. Bien que de nombreux adultes le jugeraient trop romantique pour une amourette de son âge, Harry connaissait son cœur et la description des sentiments, qu'il portait à Ginny, n'était pas celle d'une simple amourette.

- Harry, qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Hermione d'une voix douce.

- Je n'ai pas envie d'en parler, répondit-il d'un ton brusque. Et toi ? Qu'est-ce que tu veux ?

Hermione fit abstraction du ton de Harry et le prit par la manche en lui disant :

- Nous allons défaire nos valises, puis nous pensions aller voir discrètement les jumeaux pour savoir ce qui s'est passé avec Percy…

- Ah oui, grogna Harry, Percy… Au fait, quand est-ce que Bill arrive ?

- D'après Mrs. Weasley, il arrivera dans deux jours. Les Gobelins sont de moins en moins coopératifs depuis le retour de Voldemort, expliqua-t-elle.

Hermione observait son ami sans rajouter un mot. Elle n'osait pas lui faire la morale car elle se doutait que Harry avait repoussé Ginny. Hermione avait remarqué les larmes de la jeune rouquine quand elle était rentrée dans la maison. Hermione aurait voulu secouer Harry et lui dire qu'il faisait une énorme bêtise en cachant ses sentiments. Harry serait plus fort avec Gini ses côtés. Il serait d'ailleurs moins malheureux. Elle était d'accord avec le jeune homme sur le risque qu'encourait Ginny face à Voldemort. Mais… Hermione préféra ne plus penser son discours, de peur de déballer son avis à un Harry énervé et abattu. Elle attendrait le bon moment pour lui en parler. Hermione se dirigea vers la chambre de Ginny tandis que Harry rentrait dans celle de Ron.

- Dommage qu'on n'ait pas le droit à l'usage de la magie, s'écria Ron furieux de se comporter comme un Moldu. En deux, trois coups de baguette, tout ceci serait rangé.

Un sourire se dessina sur le visage de Harry mais s'effaça aussitôt quand il repensa à Ginny. Harry secoua la tête dans l'espoir de ne plus voir Ginny fermer la porte du jardin comme si elle sonnait la fin de leur histoire…

Ron et Harry rangèrent leurs affaires tout en bavardant de l'Ordre, de Percy et du professeur Arwold.

- Il a vu sa fiancée mourir sous ses yeux ? répéta Ron effrayé.

- Oui.

Soudain, les jumeaux débarquèrent dans la chambre en compagnie d'Hermione et Ginny. Harry croisa le regard de cette dernière et elle lui offrit un sourire en retour comme pour le réconforter mais elle tourna rapidement la tête vers ses frères. Le cœur d'Harry se serra. Ginny lui montrait à quel point elle l'aimait : elle ne voulait pas le faire culpabiliser. « [iSi ce n'est pas du vrai amour ça,[/i murmura une voix dans sa tête. »

- Bon, qu'est-ce qui s'est passé avec Percy alors ? demanda Ron anxieux avec une légère pointe d'excitation.

- C'est un crétin, répondit Fred en donnant des bonbons aux filles.

- On le savait déjà, marmonna Ron. Mais qu'a-t-il fait ?

- Tu leur racontes George ? demanda Fred.

- D'accord… Vous vous rappelez de Pénélope Dauclaire ?

- La petite amie de Percy à Poudlard ? questionna Hermione surprise.

- Ouais, répondit George. Ils vont se marier…

- Quoi ? crièrent en cœur Harry, Ron, Hermione et Ginny.

- Chut ! souffla Fred. Maman ne veut pas qu'on en parle…

- Normal… marmonna George.

- Et puis ils se sont simplement fiancés, reprit Fred. Le mariage n'est pas encore prononcé.

- Mais pourquoi maman est si… nerveuse ? demanda Ginny en évitant soigneusement le regard de Harry. Je suis d'accord qu'on peut être relativement choqué, mais bon…

- Le vrai problème, enchaîna George, c'est que cet imbécile de Percy n'avait pas avertit les parents… Ils ont appris la nouvelle grâce à un collègue de papa, il y a deux semaines. Papa n'a évidemment pas apprécié l'attitude de son fils mais il n'en fait pas cas. Tandis que maman…

Les jumeaux se regardèrent la mine grave puis Fred continua :

- Elle n'accepte pas que son propre fils la rejette ainsi. Pénélope a pris contact avec maman pour s'excuser. Percy lui avait omis qu'il ne les avait pas mis au courant. Elle était assez confuse et l'a convié au mariage quand il aura lie Cependant, Percy a envoyé un hibou aux parents où il s'expliquait… George imita Percy en gonflant son torse grotesquement : « [i».

Tous les six demeurèrent silencieux pendant quelques instants. Harry était réellement déçu de l'attitude de Percy, même s'il ne l'avait jamais tellement apprécié. Il éprouvait de la peine pour la famille Weasley.

- A table ! hurla la voix de Mrs Weasley de l'étage inférieur.

En effet, l'heure du dîner avait déjà sonné pendant que la nuit enveloppait déjà la maison. En l'espace d'une journée, Harry avait découvert l'histoire de Lens et Lybie, rompu définitivement avec Ginny et attesta une nouvelle fois de l'égoïsme de Percy. Les jours suivant leur arrivée, Harry, Ron, Hermione et Ginny décorèrent le Terrier aux couleurs de Noël. Quand il faisait beau, ils sortaient jouer au Quidditch en compagnie des jumeaux. Bill était arrivé le lundi soir et Noël était le vendredi. Des membres de l'Ordre passaient par le Terrier : Lupin, Tonks et Maugrey. Mrs Weasley les invitèrent tous les trois à passer la veillée de Noël chez eux, à la grande joie de Harry. Ce dernier appréciait ces vacances avec la famille Weasley et Hermione. Cependant, la relation qu'il entretenait avec Ginny était quelque peu froide. « [iNormal[/i, pensa-t-il tristement ». Hermione ne lui parla toujours pas de son point de vue attendant le meilleur moment pour recoller les morceaux entre Ginny et Harry. Le vingt-quatre au soir, la fête était au rendez-vous au Terrier. Mrs Weasley et Tonks s'occupaient des fourneaux tandis que les jumeaux s'amusaient avec Ginny en lui montrant leurs dernières inventions. Maugrey observait la scène avec un sourire tordu causé par ces multiples cicatrices. Bill, Lupin et Mr Weasley discutaient encore et toujours de l'Ordre et des dernières nouvelles à propos de Voldemort et ses fidèles Mangemorts. Harry, Ron et Hermione s'entretenaient, discrètement, sur le couple Percy et Pénélope.

- Comment peut-elle rester avec un crétin pareil ? s'indigna Ron.

- Elle est amoureuse…. souffla Hermione. Les sentiments, ça ne s'invente pas !

- Mouais, grogna Ron écœuré.

Tout à coup, une balle de couleur jaune frappa la tempe de Ron colorant le point d'impact de jaune canari.

- Mais qu'est-ce que…

Les rires s'intensifièrent en voyant Ron viré au jaune.

- Ce sont des Ballocoloris, expliqua Fred. Nous trouvions que jouer à la balle était lassant. Ainsi, nous avons ensorcelé des balles pour qu'elles colorent leurs victimes de leur couleur. Amusant, tu ne trouves pas Ron ?

Tandis que Ron était partagé entre la colère et le rire, Hermione et Harry se retrouvèrent tous les deux, face à face. Harry buvait son verre de Bièraubeurre quand Hermione lui demanda :

- Alors, avec Ginny ?

Le jeune homme faillit s'étrangler sous la surprise.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?

- Avec Ginny ? Vous en êtes où ?

- Mais entre nous il n'y a…

Harry voulait trouver une excuse pour éviter la conversation. De toute façon, maintenant, c'était fini… Cependant, au fond de lui, il souhaitait se confesser à Hermione. Il se sentait mal depuis son arrivée au Terrier. Ne pouvant parler à Ron, il commença à raconter discrètement sa discussion avec Ginny. A la fin de son récit, Hermione lui dit d'une voix douce :

- Écoute, je ne veux pas paraître insensible ni brutale mais Ginny, qu'elle soit ta petite amie ou ton amie, elle est en danger, elle est contre Voldemort !

- Oui, mais une petite amie signifie qu'elle est la personne à qui je tiens le plus !

- Sache simplement que même si tu ne sors pas avec Ginny, Voldemort sera au courant de tes sentiments pour elle.

- Je… Elle…

Il ne savait pas quoi répondre. Voldemort avait tellement d'espions vicieux, de puissants pouvoirs pour pénétrer l'esprit, qu'Harry ne pouvait que confirmer les paroles d'Hermione.
Il détourna la tête pour admirer Ginny rire aux éclats. Elle resplendissait de bonheur. Ses cheveux roux tombaient sur ces épaules comme de l'eau coulant d'une cascade. Elle était si belle avec son visage parsemé de tâches de rousseur. Que pouvait-il faire ? Être avec elle et la soumettre à davantage de risques mortels ou rester de simple ami malgré la passion qui dévorait leur cœur.

- Ça passera, marmonna Harry à l'adresse d'Hermione. Elle m'oubliera… Elle n'a que quinze ans.

- Peut-être, chuchota-t-elle, mais elle tient tellement à toi Harry… Si tu veux qu'elle soit heureuse, avoue tes sentiments, cache les au monde extérieur si tu le souhaites, mais pas à Ginny… Elle ne le mérite pas…

- Elle ne me mérite pas ! s'exclama-t-il.

Tout le monde le regardait légèrement étonné. Il murmura un vague « [idésolé[/i » avec des joues légèrement empourprées tandis que les autres reprenaient leurs conversations.

- Harry, crois-moi…

- C'est à cause de moi qu'elle a été dans la Chambre des Secrets. C'est à cause de moi qu'elle doit prendre sa potion pour ne pas avoir de malaises. C'est à cause de moi que…

Ces yeux se remplissaient de larmes. Il se rendait compte du mal qu'il avait fait à Ginny seulement parce qu'il existait. Il voulait s'enfuir loin d'ici, loin du mal qu'il avait causé… Il partit discrètement de la table pour aller prendre l'air.

- Attention ! s'écria Maugrey. Les Mangemorts sont en mouvement, même à la veille de Noël. Ne t'éloigne pas !

- Ouais, ouais… lança un Harry malheureux et perdu.