Disclaimer : Harry Potter, qu'on ne devrait même plus présenter, appartient à J.K. Rowling. Et moi, à mes heures perdues, j'écris des fanfictions sur cet univers.


Dernier match de l'année.

Lily devait à présent vivre avec cette pensée oppressante. Elle réussissait plutôt bien à donner l'illusion, cela dit. Elle savait que Jason avait des sentiments plus qu'amicaux pour elle, mais étant donné qu'elle ne le voyait plus tant que cela, et qu'il faisait tout pour l'éviter, cela devenait facile pour elle de faire comme si elle ne s'intéressait pas du tout à lui et à ce qu'il pouvait éprouver. En contrepartie, pour éviter de penser à lui lorsqu'elle avait du temps libre, elle faisait en sorte d'être avec Basile. La présence de son petit ami à ses côtés lui rappelait constamment qu'elle avait mieux à faire que de s'occuper des états d'âme de Jason Seek.

C'est en tout cas ce qu'elle se répétait à longueur de journée, afin de ne pas penser plus que nécessaire à cette information qui lui avait été lancée à la figure.

Lily rumina en face de son bol de café. Meredith et elle ne se parlaient presque plus depuis l'incident, et il n'était pas bien difficile de savoir pourquoi. Lily n'avait pas envie d'aller voir Meredith et de lui dire qu'elle avait entièrement raison – c'était remuer le couteau dans la plaie que de penser un peu plus à Jason Seek. Meredith, elle, ne voulait pas retourner voir Lily parce qu'elle s'en voulait d'avoir été aussi franche avec son amie, et de l'avoir tant bousculée.

Alors, Lily faisait tout pour ne pas réfléchir à ce qu'elle venait d'apprendre. Le semblant de soutien totalement inattendu de Miss Sombre, lorsque celle-ci lui avait avoué qu'elle trouvait cela dommage que l'amitié entre Jason et Lily se termine ainsi, avait étonnamment ragaillardi Lily, une fois qu'elle s'était remise de l'émotion et du choc de cette nouvelle. Le soutien d'une personne dont elle n'était pas très proche avait paru plus sincère à Lily que les sourires penauds de Matt ou de Sean. À présent, la capitaine des Gryffondor faisait tout pour ne pas trop réfléchir.

Et l'approche du dernier match de la saison l'aidait grandement à cela.

Depuis que l'échéance avant le match les opposant à Poufsouffle se décomptait en jours, Lily menait une surveillance constante autour de ses joueurs. Ils pouvaient gagner, c'était certain, mais pour que la certitude qu'avait Lily se transforme en une victoire écrasante, elle devait s'assurer que ses joueurs étaient dans un état parfait, qu'il soit physique ou mental. Elle les suivait donc, heure après heure, pour vérifier qu'ils avaient suffisamment mangé, qu'ils ne présentaient pas de signes alarmants de fatigue, et qu'ils n'étaient pas suivis par des élèves mal intentionnés qui n'avaient pas envie de voir les Gryffondor gagner le prochain match.

Certes, cette ultime pratique n'était plus courante depuis plusieurs années, mais Lily voulait s'assurer que dix ans après la dernière guerre ouverte entre deux maisons à cause d'une Coupe de Quidditch, ce ne serait pas cette année que les hostilités se rouvriraient – surtout si cela devait tomber sur sa maison.

- Potter, encore ? soupira une élève de quatrième année de Gryffondor.

Lily lui lança un regard noir, qui fit perdre toute contenance à l'impertinente qui osait lui faire remarquer que suivre Samantha Dubois à la trace n'était pas une pratique très rassurante.

- Va me chercher Samantha, dit alors Lily.

L'élève soupira, mais légèrement effrayée par l'air patibulaire de la capitaine des Gryffondor, elle ne fit pas d'histoires, et retourna d'où elle venait pour aller chercher la batteuse, qui traîna les pieds jusqu'à Lily. Elle se posta devant sa capitaine, et leva des yeux ennuyés vers elle.

- Lily, je vais bien ! lui assura Samantha, qui n'appréciait que moyennement cette surveillance constante.

Lily fronça les sourcils, bien qu'un sourire soit en train de naître sur ses lèvres. Samantha avait un problème avec l'autorité et le fait que l'on cherche à surveiller le moindre de ses faits et gestes, ce que Lily comprenait tout à fait, puisqu'elle avait le même. Mais elle se moquait totalement du problème de Samantha, parce qu'en tant que capitaine, elle avait besoin d'être certaine que ses joueurs allaient bien. Et il fallait qu'elle en soit certaine en le constatant de ses propres yeux.

- Je préfère m'en assurer, lui dit Lily.

- On dirait mon père, souffla Samantha. Est-ce que tu sais qu'il avait instauré un système pour que ses joueurs soient suivis entre tous les cours ? Afin d'être sûr qu'ils ne soient pas attaqués par les Serpentard ?

Lily hocha la tête. Oui, elle était au courant, et l'unique raison qui l'avait empêchée de faire exactement pareil était que les risques que les joueurs soient attaqués étaient plutôt faibles. Ce n'était pas comme à l'époque de leurs parents, où les passages à l'infirmerie avant un match étaient systématiques, et signifiaient aussi que l'on représentait une menace réelle pour les joueurs des autres équipes.

- Estime-toi heureuse que je n'instaure pas la même chose ! rit Lily. Allez, file avant de manquer le début de ton cours. Je vais m'assurer que les Trois Mousquetaires vont bien, à présent…

Samantha se retint de justesse de faire un commentaire. Elle estimait que la protection de Lily était totalement exagérée, et, d'un côté, Lily était d'accord avec elle.

Mais rien de ce qui pouvait lui garder l'esprit occupé pouvait être une mauvaise chose, à son goût. Alors, elle s'éloigna rapidement de Samantha, et chercha les Trois Mousquetaires.

Lily avait oublié que ses trois poursuiveuses n'étaient pas dans la même année. Aussi, une fois qu'elle eut trouvé les septième année et qu'elle se fut assurée que Sally Sloper allait bien, elle alla au bout du couloir où se trouvaient les quatrième année. Cleo Abercrombie ne put retenir un soupir agacé en remarquant sa capitaine. Elle leva les bras haut, au beau milieu du couloir, et s'exclama, à l'intention de Lily :

- Je vais bien !

Les camarades de Cleo éclatèrent de rire, et Lily, confuse, ne sut comment réagir alors que sa poursuiveuse s'engouffrait dans sa salle de classe pour éviter toute discussion avec sa capitaine, et ne pas s'entendre dire, une nouvelle fois, qu'il fallait qu'elle fasse attention à elle, et qu'elle ne devait surtout pas être seule dans les couloirs, au cas où un malheur lui arriverait.

Lily se remit cependant rapidement du choc. Ses amis, qui arrivaient derrière elle, la contournèrent pour lui faire face. Matt lui lança un regard entendu.

- Tu es certaine que tu n'en fais pas un peu trop ? dit-il, le ton lourd de sous-entendu.

Lily secoua cependant la tête.

- Pas du tout ! Tu peux dire ce que tu veux, je n'exagère pas ! Le Quidditch, c'est important !

Et alors qu'elle s'attendait à ce que Meredith réponde quelque chose comme « Pour toi en tout cas ! », rien ne vint. Lily se mordit la lèvre. Cependant, elle ne s'attarda pas sur cette absence de réponse. Basile venait de glisser son bras sous le sien, et l'embrassait sur la joue.

- Tu devrais peut-être laisser tes joueurs tranquilles…, suggéra-t-il, les sourcils froncés.

- Non ! s'exclama Lily. Pas encore… Il faut que j'aille voir Juliet, ajouta-t-elle d'une voix penaude. Et si je croise les cinquième année, j'en profiterai pour m'assurer que Gavin et Marcus vont bien…

Elle se dégagea de l'emprise de Basile, malgré son air offusqué.

Personne ne comprenait jamais vraiment sa passion pour le Quidditch.

À part Jason, évidemment, mais elle ne devait pas penser à Jason. Surtout, ne pas penser à lui. Elle pouvait tout à fait ne pas penser à lui en allant voir ses joueurs.

Juliet, comme elle s'y attendait, allait très bien, et retint de justesse un soupir frustré en voyant Lily arriver. Gavin, en revanche, semblait plus rassuré de voir Lily. Apparemment, lui-même craignait que quelque chose ne lui arrive, et savoir qu'il était constamment surveillé par Lily le rassurait. À son sens, personne ne pouvait rien lui faire ou, tout de moins, ce ne serait jamais trop grave, puisque Lily arriverait toujours à temps pour le sauver. Après avoir discuté avec lui, Lily s'était sentie étrangement mal à l'aise. Il n'était pas normal que ce garçon se sente aussi peu en sécurité au château.

Quand elle eut terminé avec Gavin, elle se retourna vers Marcus. Les deux garçons étaient en cinquième année, mais Marcus avait attendu que Lily s'occupe de Gavin avant de la voir. Adossé contre le mur, il rejeta ses cheveux en arrière quand il vit que Lily était prête à avoir toute son attention.

- Alors, c'est bon, personne n'a encore été attaqué par un Boursouflet ? se moqua-t-il.

Lily porta les mains à ses hanches, et fit mine d'être en colère.

- Marcus, tu seras bien content que je sois là pour assurer tes arrières, le jour où les hostilités reprendront.

Marcus leva les yeux au ciel.

- Il n'y a aucune raison que les hostilités reprennent, et tu le sais très bien, lui fit remarquer Marcus.

Il se décolla du mur, et se mit au niveau de Lily, qui dut lever les yeux pour continuer à fixer son regard. Marcus avait abandonné son air moqueur, pour le remplacer par un air soucieux.

- Lily… Tu t'assures que tout le monde va bien, c'est super, ça prouve que tu prends ton rôle de capitaine à cœur, ce dont tout le monde se doutait déjà. Mais est-ce que quelqu'un te surveille, toi ? Est-ce que quelqu'un veille sur toi, se préoccupe de ta condition physique ou de ton moral ? Un bon capitaine ne peut pas être en mauvaise forme, tu le sais aussi bien que moi…

Marcus laissa son idée en suspens. Lily ferma brièvement les yeux, essayant de se composer un visage enjoué. Mais lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle n'avait pas réussi à paraître si réjouie que ça. Marcus était toujours inquiet, et ne semblait pas prêt à la laisser tranquille.

- Je vais bien, Marcus, tenta toutefois Lily, espérant que cela lui suffirait à laisser tomber. Je n'ai pas besoin qu'on me surveille.

Évidemment, ce ne fut pas suffisant.

- Je trouve que tu n'es pas en grande forme, avoua-t-il après avoir vérifié que personne ne pouvait les écouter. Je sais que ce n'est pas à moi de me préoccuper de cela, tu as tes amis et ton petit ami, mais je te trouve légèrement…

Il se tut, cherchant le mot le plus adéquat à la situation.

- Éteinte, finit-il par prononcer, légèrement hésitant.

Lily ne put s'empêcher de sourire, accentuant le trouble de Marcus.

- C'est mignon que tu t'inquiètes.

Comme elle pouvait s'y attendre, ce grand gaillard, batteur et âgé de quinze ans, s'offusqua du qualificatif qu'elle osait lui donner.

- Mignon ? Non, merci, renifla-t-il. C'est simplement à cause de mon intérêt pour notre victoire de dimanche que je me pose des questions sur ton état de santé, grommela Marcus en lui lançant un regard noir.

Lily se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire, ce qui serait du plus mauvais effet, et n'aurait pas d'autres conséquences que d'énerver encore plus Marcus. Elle restait toutefois touchée de l'attention qu'il portait sur son état, et était agréablement surprise d'apprendre qu'il possédait une sensibilité assez importante pour qu'il remarque un état de santé légèrement plus mauvais que d'habitude. C'était, finalement, ce qui faisait de Marcus un bon batteur. Il n'était pas uniquement une brute capable de frapper dans un bout de bois pour assommer des adversaires.

Lily déplia un de ses bras, et toucha, difficilement, l'épaule de Marcus, pour le rassurer.

- Je vais bien, Marcus. C'est juste un petit coup de fatigue.

Ils savaient tous les deux que ce n'était pas uniquement cela, mais par respect pour sa capitaine, Marcus ne fit aucune réflexion. Si elle ne voulait pas en parler, ce n'était pas à lui de la forcer à quoi que ce soit. Il resterait inquiet, mais tant qu'elle ne serait pas dans un état de santé alarmant, ou totalement à côté de ses priorités, il ne ferait rien. C'était la volonté de Lily de se sortir seule de cette mauvaise passe, alors Marcus lui laissait toute liberté de le faire. Il ne put s'empêcher, toutefois, d'ajouter un petit commentaire.

- N'oublie pas que ton frère, pour ce que j'en sais, est toujours aussi mal dans sa peau, à force de tenter de se sortir tout seul de sa mauvaise passe…

- Je…

Pour la deuxième fois dans la même journée, Lily se retrouva à court de mots, surprise par une réaction d'un de ses joueurs. Marcus se dégagea lentement du bras de Lily, lui sourit une dernière fois, et lui souhaita une bonne journée avant de s'éloigner, la laissant dans ses réflexions.

Sa situation n'avait rien à voir avec celle de James, alors, pourquoi est-ce que Marcus la mettait en garde, lui rappelant que son frère ne s'en sortait pas seul, et qu'il était toujours aussi mal dans sa peau, depuis le décès d'Astrid ?

Son cas n'avait rien à voir avec celui de son frère. Elle irait très bien, et ne passerait pas le restant de ses jours à se morfondre. C'était juste une accumulation de mauvaises pensées qui la rendait légèrement fébrile.

Tout allait très bien se passer. Tout le monde semblait le penser.

Elle n'avait plus qu'à s'en persuader.

Le jour du match arriva bien trop vite au goût de Lily. Elle avait pourtant su que la date se rapprochait, elle avait compté les jours et elle avait fait en sorte que tout soit prêt pour le grand jour. Elle avait entraîné Gavin Crivey de sorte qu'il couvre correctement ses trois anneaux, elle s'était assurée que ses poursuiveuses avaient une cohésion parfaite et un jeu d'équipe irréprochable, elle était certaine que ses batteurs ne la laisseraient pas tomber et, de son côté, elle s'était entraînée à attraper le Vif d'Or de tellement de façons différentes qu'elle n'avait plus su quelles situations créer pour continuer à se surprendre. Elle aurait pu demander de l'aide, évidemment, mais se lancer le Vif d'Or était une activité qu'elle ne faisait qu'avec son père. Il était le seul à pouvoir la conseiller et jouer avec elle. Alors, elle avait préféré s'exercer seule. Cela dit, elle était plutôt satisfaite de ce qu'elle avait réussi à faire.

Et pourtant, le jour du dernier match de l'année, elle avait l'impression d'oublier quelque chose. Encore et toujours.

Elle chassa finalement ses pensées néfastes. Ce n'était vraiment pas le moment de douter de ce qu'elle avait accompli en tant que capitaine. Elle préféra donc sortir sa baguette magique de sa poche, et la pointer sur ses lunettes, auxquelles elle lança un sortilège pour les fixer. Puis, elle se leva et regarda ses joueurs qui finissaient de se préparer.

Elle avait vérifié, au cours du petit-déjeuner, qu'ils avaient tous mangé correctement. Ils lui avaient paru plus stressés que d'habitude, mais entre la pression d'être ceux clôturant la saison et le fait que le résultat de ce match déciderait de leur victoire ou non de la Coupe, ils avaient tous un nœud dans l'estomac.

Lily le savait bien. Elle avait exactement le même. Elle se leva, la bouche sèche, se demandant si elle arriverait à parler à ses joueurs. Mais elle n'eut pas le temps de s'interroger trop longuement. Le silence se fit, encore plus pesant qu'auparavant, et elle prit une grande inspiration.

- Je ne sais pas trop quoi vous dire, confessa-t-elle. Les conseils de dernière minute ne seraient pas suffisants, aujourd'hui. Alors, je vais vous dire une seule chose. Jouez comme si c'était votre dernier match. Comme si rien d'autre ne comptait. C'est comme ça que vous marquerez le plus de points, que vous stopperez le plus les tirs adverses, que vous viserez au mieux les Cognards. Jouez comme si rien d'autre n'avait d'importance… Et laissez-moi attraper le Vif d'Or pour vous offrir la victoire que vous méritez. La Coupe est quasiment à nous. C'est la dernière ligne droite.

Les six joueurs hochèrent la tête, sérieux. Lily expira le peu d'air qui restait dans ses poumons, et sourit difficilement.

- Alors, si vous êtes prêts, allons-y !

Aussitôt, les joueurs de Gryffondor se levèrent, et ouvrirent la marche jusqu'au terrain.

Lily sentit le nœud dans son estomac reprendre sa place.

Pourquoi est-ce qu'elle abordait ce match avec autant d'appréhension, alors qu'il n'était qu'une formalité, finalement ?

Elle serra la main du capitaine des Poufsouffle sans réellement s'en rendre compte, à tel point que lui-même parut surpris. Lily tenta donc de se recomposer un visage sérieux et concentré, malgré les efforts que cela lui demandait. Heureusement, Sidney McWill n'avait pas que ça à faire, que de se préoccuper de l'état de santé de son adversaire. L'arbitre siffla le début de la rencontre, et tous les joueurs partirent dans les airs.

- Et voici l'ouverture du dernier match de la saison ! Les Gryffondor ont encore la possibilité de gagner, du moment qu'ils terminent le match avec plus de deux cent points. Ils dépasseraient alors les Serdaigle, et remporteraient la Coupe…

Pour la première fois depuis bien longtemps, Lily ne parvint pas à se couper des commentaires qui provenaient des tribunes. En fait, elle voulait les entendre. Surtout ceux qui expliquaient de combien devaient gagner les Gryffondor pour être en tête, et remporter la Coupe.

Parce qu'elle se souvenait enfin de pourquoi elle se sentait aussi mal.

C'était parce qu'elle n'avait aucune envie de gagner.

- Les Poufsouffle marquent ! s'exclama le commentateur. Belle ouverture de match, mais cela ne décourage pas les Gryffondor, qui ont repris le Souafle immédiatement, et se dirigent vers les buts adverses sans paraître gênés par les Cognards qui sifflent…

Lily arrêta son balai, regardant autour d'elle, comme à la recherche du Vif d'Or. En réalité, elle était en plein dilemme.

Et si elle ne cherchait pas à attraper le Vif d'Or ?

Non, elle ne pouvait pas faire ça. Silvestrov était bien trop mauvaise pour que Lily se permette de perdre contre elle. C'était juste impossible.

- Gryffondor marque ! s'exclama le commentateur. Les Poufsouffle récupèrent le Souafle et… le perdent aussitôt.

Lily reprit son vol, regardant autour d'elle.

Elle ne pouvait pas perdre contre Silvestrov. Cette attrapeuse ne lui arrivait pas à la cheville, et pourtant, Lily n'aimait pas dire du mal de ses adversaires. Mais c'était la stricte vérité. La capitaine des Gryffondor inspira profondément, et réfléchit à ce qui convenait de faire.

Elle ne pouvait pas perdre contre les Poufsouffle.

Elle essayait de s'en persuader, mais plus les mots tournaient dans sa tête, moins elle parvenait à les croire et à les accepter.

Elle se secoua. Son équipe venait de marquer, à nouveau. Elle devait chasser ses pensées négatives. Elle ne pouvait pas perdre contre les Poufsouffle, elle devait se mettre à la recherche du Vif d'Or.

Elle devait attraper ce fichu Vif d'Or, et gagner le match contre les Poufsouffle.

Les ongles de Léana étaient profondément enfoncés dans la chair du bras de Jason, mais celui-ci était bien trop choqué pour dire quoi que ce soit.

En fait, l'entièreté du stade était choquée.

- Elle n'a pas fait ça…, murmura finalement Jason en lançant un regard en coin à Léana.

Mais l'air abasourdi de Léana lui confirma que si, Lily Luna Potter venait bien de faire cela.

Et le commentateur, qui réussissait enfin à se remettre du choc, vint lui confirmer ce à quoi Jason venait d'assister – ce à quoi tout le stade venait d'assister, en fait.

- Les Gryffondor gagnent le match… mais pas la Coupe. Il leur manque vingt points pour cela… Serdaigle remporte la Coupe !

Aussitôt, autour de Jason, la joie laissa place à la stupéfaction. Il se sentit poussé dans tous les sens, et plus principalement vers la tribune professorale, où l'attendait la Coupe que Serdaigle avait en sa possession depuis quelques années, et pour une année de plus à partir de ce jour.

Alors, Jason laissa de côté ses pensées tortueuses et torturées, et choisit de se réjouir de l'instant – celui où la Coupe était à nouveau entre ses mains.

Non, Lily Luna Potter ne pouvait pas perdre contre les Poufsouffle. C'était certain.

En revanche, rien ne l'interdisait de perdre contre les Serdaigle.

C'est pour cela qu'elle avait choisi d'attraper le Vif d'Or avant que son équipe ne marque plus de quatre buts, de sorte à ne pas être à égalité, ou dépasser Serdaigle.

Sauf que maintenant, elle allait devoir assumer les conséquences de ses actes.

Elle prit une profonde inspiration, et regarda ses joueurs.

- Je suis sincèrement désolée. Je ne sais pas pourquoi… J'ai mal calculé l'écart de points, et j'étais persuadée que Silvestrov allait attraper le Vif d'Or avant moi, et…

Elle se tut. Elle ne savait pas quoi dire. Ses mensonges étaient pitoyables, et la vérité encore plus. Elle avait fait en sorte que les Serdaigle gagnent, parce qu'elle restait persuadée que le match qu'elle avait joué contre eux était biaisé, et que jamais elle n'aurait dû le gagner.

Oui, dans un sens, Lily estimait avoir agi correctement, mais cela restait un geste égoïste, et non pas dans l'esprit d'équipe. Elle se laissa glisser contre les casiers des vestiaires, et ramena ses genoux contre son bustes, afin d'y poser sa tête, et de ne plus regarder ses joueurs. Elle ne pouvait pas les regarder après ce qu'elle venait juste de leur faire. C'était totalement injuste pour eux.

Elle avait fichtrement envie de pleurer, tout à coup, mais elle devait se retenir. Elle n'allait pas pleurer devant eux, pas comme ça, pas maintenant !

- Eh, Lily, ce n'est pas grave…, murmura Sally Sloper en s'asseyant à côté d'elle, et en passant un bras autour de ses épaules. Ça arrive à tout le monde, de se tromper dans ses calculs…

Lily hocha difficilement la tête, sans la relever. Elle ne se sentait pas de les affronter du regard. Si jamais elle les regardait, elle craquerait, et leur avouerait que s'ils n'avaient pas gagné, ça avait été intentionnel de sa part.

- Ne t'inquiète pas, Lily, on ne t'en veut pas. C'est pas grave, on gagnera l'année prochaine ! ajouta Samantha Dubois, sans vraiment réussir à cacher la déception qui perçait dans sa voix.

Et Lily ne pouvait pas la blâmer. Elle aussi aurait été déçue, à la place de Samantha. Et maintenant, Lily réalisait qu'avoir délibérément perdu empêchait deux de ses joueurs de jamais gagner la Coupe. Elle avait été tellement égoïste…

- Bon, on va laisser Lily tranquille, intervint Marcus O'Neil. Allez, tout le monde dehors ! Je reste avec elle…

Il y eut quelques protestations, mais comme Lily ne fit rien pour les empêcher de partir, les joueurs finirent par quitter les vestiaires, certainement pour se préparer afin d'aller à la fête de victoire des Serdaigle.

Lily gémit.

Comment est-ce qu'elle allait se montrer chez les Serdaigle alors que Jason devait savoir qu'elle avait perdu de son plein gré ? Il la connaissait. Il devait se douter qu'elle n'aurait jamais fait une erreur de calcul aussi bête.

Marcus prit place à côté de Lily, et sortit sa baguette.

- Collaporta.

Lily releva la tête. La baguette de Marcus était pointée sur la porte des vestiaires.

- Je me suis dit que tu n'aurais pas trop envie que Martell, ou un de tes amis, vienne te voir alors que tu as clairement besoin d'une petite minute rien que pour toi. Je me trompe ? demanda-t-il.

La gorge nouée, Lily secoua la tête. Non, Marcus ne se trompait pas. Le batteur hocha donc la tête, et sourit doucement à sa capitaine.

- Pour ce que ça vaut… Je trouve que ton geste était très beau.

Lily rit nerveusement.

- Alors, comme ça, personne n'est dupe ?

Marcus grimaça.

- Si, bien sûr, certaines personnes penseront vraiment que tu as mal calculé le nombre de points qu'il fallait que l'on marque pour remporter la Coupe. Mais je pense que beaucoup d'élèves se doutent que tu as fait cela pour que les Serdaigle l'emportent…

Lily grimaça.

- Je me sens minable. Et les joueurs qui attendaient tellement cette victoire…

Marcus soupira. Il semblait se retenir d'en vouloir à Lily.

- Ouais… Mais on ne peut pas gagner à tous les coups, souffla-t-il.

Lily hocha la tête, avant de replonger dans le silence. Et puis, Marcus lui pressa le genou.

- Tu veux que je te laisse tranquille ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête, et un sourire fragile s'empara de ses lèvres.

- J'ai juste besoin d'encore quelques minutes. Tu sais, afin de réussir à me blinder, à me fortifier, pour aller affronter toute l'école. Et puis, ensuite… On ira à la fête. Parce que les Serdaigle ont mérité leur victoire.

Marcus lui sourit.

- OK, Lily. On fait ça.

- Et, Marcus...

- Oui ?

- Merci d'être resté.

Il pressa un peu plus son genou.

- Toujours, capitaine. Il faut bien un co-capitaine pour épauler la capitaine quand elle n'est pas en forme, lui dit-il avec un clin d'œil.

- Tu n'es pas co-capitaine, lui rappela Lily.

- Encore mieux, je fais ça non pas par devoir, mais par envie. Je suis vraiment parfait, soupira le garçon de cinquième année.

Lily éclata de rire.

Au moins, dans son entourage, il y avait encore une personne capable de la faire rire.

Lily le cherchait depuis un moment déjà. Elle avait évité Basile, qui était persuadé qu'elle avait besoin de son soutien, alors qu'elle voulait simplement voir Jason. Même pour une demi-seconde. Juste pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas démérité cette victoire.

Mais, pour le moment, elle n'arrivait pas à le croiser. C'était frustrant.

La seule bonne chose qui s'était produite, durant cette soirée, c'est que Meredith et elle s'étaient parlé. Elles avaient mis de côté leurs différends, et Lily avait retrouvé sa meilleure amie. C'était une bonne chose de faite. Et, surtout, Meredith avait su trouver les mots, et les gestes, pour consoler Lily. Bien sûr, Meredith avait immédiatement compris pourquoi Lily avait perdu ce match – elle n'avait pas, un seul moment, douté du fait que Lily avait fait exprès de rater le Vif d'Or. Elle le savait. Les meilleurs amis sentent ce genre de détails. Meredith l'avait senti, évidemment. Pendant un bref instant, donc, elles étaient redevenues des meilleures amies, sans dispute entre elles. Meredith avait su être là. Mais lorsqu'elle avait libéré Lily, elles avaient compris que tant qu'aucune ne présenterait d'excuses à l'autre, la situation ne s'améliorerait pas. Elles étaient encore en froid. Pour cette soirée, toutefois, elles mettaient de côté leur désaccord.

Mais en réalité, Lily n'avait pas besoin de sa meilleure amie ce soir. Elle avait besoin de croiser Jason. Alors, elle faisait profil bas au milieu des autres élèves, qui la dévisageaient tous. Elle entendait bien évidemment les murmures sur son passage mais, étonnamment, ils ne la blessaient pas tant que ça. Rien ne l'atteindrait tant qu'elle n'aurait pas parlé à Jason.

Ce ne fut pas avant que la soirée fût bien avancée qu'elle réussit enfin à croiser la vedette du jour.

Ils se retrouvèrent chacun d'un côté de la table où étaient servies les boissons. Ils échangèrent un regard.

- Bièraubeurre ? demanda Lily d'une petite voix timide, sans oser le regarder dans les yeux.

La mâchoire de Jason se tendit. Il s'était longuement demandé pourquoi Lily avait agi comme cela. Il se doutait que c'était en partie parce qu'elle estimait que les Serdaigle méritaient la victoire – Lily était ce genre de personnes capables de laisser de côté une victoire personnelle pour permettre celle des autres. Mais ce n'était pas la seule chose.

Elle savait.

Elle savait ce que Jason ressentait pour elle. C'était la seule explication à son comportement distant, à ses joues roses et à son incapacité à le regarder.

- Tu le sais, murmura Jason d'une voix sourde.

Elle n'eut pas besoin de confirmer. Son attitude le clamait.

- Désolée, souffla-t-elle, le teint totalement rouge.

Comme souvent, dans ces cas-là, elle plaqua ses mains sur ses joues afin de tenter, maladroitement, de faire disparaître son rougissement. Jason soupira.

- Qui te l'a dit ? Oh, et puis non, en fait, l'empêcha-t-il de parler. Ça n'a aucune importance.

- Tu as raison. Ce qui est important, c'est de savoir pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

Ce fut au tour de Jason de rougir, agacé par la colère dans la voix de Lily.

- Laisse tomber, Lily. Disons simplement qu'on est quittes. On ne saura jamais vraiment lequel d'entre nous est le meilleur, puisque le match qui nous opposait était biaisé à cause de ma blessure, et qu'aujourd'hui, tu as préféré m'assurer une victoire plutôt que de la donner à ta maison.

Les mots de Jason la blessèrent plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre. Alors, c'était tout ? Ils n'allaient pas plus discuter ? Jason allait arrêter là cette conversation, et retourner faire la fête, comme s'il ne s'était rien passé ? Et si Lily n'était pas d'accord avec cela, que devait-elle faire ? Rien ? Le laisser s'en aller ?

- Est-ce qu'on pourrait au moins en parler ? demanda-t-elle dans un filet de voix.

Jason posa des yeux inexpressifs sur elle, la faisant trembler légèrement. Jason était réellement blessé pour ne pas montrer le moindre sentiment à son égard, en cet instant. Et Lily comprenait enfin que tout était de sa faute. Elle aurait dû voir les gestes, dû comprendre que Jason était plus attentionné avec elle qu'avec d'autres. Mais elle avait préféré se voiler la face, jour après jour.

- Parler de quoi, Lily ? De ce match ? De ce que j'ai été assez stupide de te cacher ? De Quidditch ? De toute façon, tout ça a été fait et ne pourra pas être défait. Alors… Non. Non, je ne crois pas que nous pourrons en parler…

Lily ferma les yeux, se sentant particulièrement faible, tout à coup. Elle rouvrit les yeux. Jason était toujours là.

- Est-ce que je peux te poser une question ? Juste une ? Je te l'ai déjà posée, mais je ne crois pas que tu aies été honnête avec moi, ce jour-là.

Jason croisa les bras sur son torse, et l'encouragea d'un signe de tête à lui dire ce qu'elle voulait.

- Est-ce que nous sommes toujours amis ?

Cette fois, il prit le temps de répondre. Il réfléchit à la question.

Ou, plutôt, réalisa Lily, il prenait son temps pour lui dire la vérité qu'il avait déjà voulu lui dire, mais qu'il n'avait pas osé proférer, afin de ne pas la blesser.

Il baissa la tête, fixant ses pieds.

- Je ne crois pas que je pourrais me comporter comme un ami alors que tu sors avec Martell, finit par avouer Jason.

Lily hocha la tête, les yeux remplis de larmes, même si Jason ne pouvait les voir.

- Très bien, souffla-t-elle. Je comprends.

Jason ricana, mauvais.

- Non. Justement, je ne crois pas que tu comprennes. Mais ce n'est pas grave. Je ne m'attendais pas à ce que tu comprennes quoi que ce soit, finalement…

Lily déglutit nerveusement en le voyant s'éloigner.

Alors, c'était ça, maintenant ? Leur amitié n'existait plus, sauf si elle rompait avec Basile ? Sauf qu'elle n'avait pas prévu de rompre avec Basile.

Cela dit, elle n'avait pas prévu de perdre son amitié avec Jason, non plus. La vie était vraiment injuste.

Lorsque le bras de Matt se posa sous le sien, Lily ressentit un faible soulagement. Elle n'était pas seule, finalement. Elle avait ses amis.

- Tes cousins proposent de te ramener à la tour des Gryffondor, et je pensais venir avec vous, murmura Matt à l'oreille de Lily. Est-ce que tu veux bien ?

- Non… Restez-là. Je rentrerai toute seule.

Matt lui adressa un petit sourire.

- Je ne suis pas certain que tu en sois capable. Allez, viens. On va retourner chez les Gryffondor. Et là-bas, tu pourras pleurer autant que tu en auras envie.

Et, étonnamment, Lily dut reconnaître que la perspective de pleurer toute la soirée lui semblait bien plus attrayante et adaptée à la situation que quoi que ce soit d'autre.


Note d'auteur.

Oui, alors, non. JE NE SUIS PAS EN RETARD. Petit 1) parce que comme je ne suis pas encore couchée, ma journée de lundi n'est toujours pas terminée. Donc voilà. Petit 2) parce que quelque part sur la planète terre, c'est toujours lundi. Genre, au Minnesota, par exemple, c'est encore lundi. Au hasard. ET, petit 3) parce qu'il fut un temps où je postais le mardi, alors voilà, chut. (Vous la sentez, la fatigue de mon week-end bien rempli ? Non, parce que moi, je la sens...)

BREF. On remercie DelfineNotPadfoot pour la correction, ET J'AI TERMINÉ LE CHAPITRE 29 ! (Non, les deux parties de ma phrase n'ont rien à voir l'une avec l'autre. M'en fiche, c'est ma note d'auteur. Il faut que je dorme.) Sinon, euuuh, merci pour vos reviews, lecteurs :) Apparemment, vous êtes plutôt contents que Lily sache enfin la vérité. Maintenant, est-ce que vous trouvez qu'elle a agi de la bonne façon ? Autant le dire, notre Lily connue de tous est un peu en train de perdre les pédales, là. Pour ceux qui ont lu Invisible, vous savez que ça va continuer comme ça encore un moment...

Sinon, j'espère que votre semaine s'est bien passée. Perso, oui. Et je me suis ruinée ce week-end. Faut vraiment m'empêcher d'entrer dans des librairies. Pour le bien-être de mon porte-monnaie, quoi. Tant pis, c'est fait, c'est fait, j'ai envie de dire...

Allez, je vais arrêter là mes âneries.

titietrominet, tu as ta réponse quant à ce qu'elle fait ou non ;) Mais en fait, Lily est très logique... mais c'est juste qu'elle n'a pas encore totalement ouvert les yeux, donc elle ne peut pas comprendre POURQUOI elle n'a plus envie de gagner la Coupe. Eh oui... Mais ça va venir. Promis. Ah, ah, un coup d'État ou un hold up... Je crois qu'on va s'en passer, pour cette fois :)

Et sur ce, je vous souhaite une bonne semaine, et m'en vais lire un peu et retrouver la chaleur de mon lit.