Note de l'auteur:

En réponse à beaucoup de questions, voici l'énigme Naomi.

Une fois de plus, mes chers lecteurs (lectrices), je vous remercie du fond du coeur d'être toujours là. Je répète encore. lol Alors, Blue Eyes Dreamer, merci d'êtreENCORE là. lol Et puis Orieul (quand t'es là lol), Xuwum (très apprécié vraiment, merci beaucoup), Saya (qui que tu sois toi aussi) et je parle pour les anonymes, bien sûr. Et puis, ElfeMystique merci (désolée encore un chap triste mais après ça devrait aller)...

Et oh! à propos, plus triste que le précédent chapitre. Encore désolée.

J'espère que je ne vous décevrai pas. Je croise les doigts.

Grosses bises!

Chapitre

25 Au pied du grand chêne

L'image que lui renvoyait ce foutu miroir ressemblait à tant d'autres vus auparavant; d'ailleurs, elle ne comptait plus les ecchymoses et les blessures tant elles avaient été nombreuses jusque-là. En somme, si elle récapitulait le tout, rien n'avait manqué au dictionnaire médical omis les cancers ou les maladies naturelles.

À peine vingt ans et déjà si cruellement brisée jusqu'au plus profond des entrailles, y compris – et surtout – elle-même; une côte, une cheville, une jambe, un bras fracturés. Rien n'avait résisté aux assauts. C'était sans compter, bien entendu, la fois la plus terrible où sa tête avait heurté de plein fouet un mur de béton alors qu'il l'avait projetée contre en la faisant claquer à plusieurs reprises contre ce satané mur. Il en avait résulté une sérieuse commotion cérébrale.

Quand elle y repensait, le seul moment d'accalmie qu'elle avait connu fut pendant sa grossesse où la main qui retombe si durement sur elle s'était montrée plus clémente; elle n'avait essuyé dès lors que des coups mineurs en comparaison de ceux qui laissent tout de même des traces visibles et surtout invisibles mais qui ne s'effacent pas davantage, ni même avec le temps.

Richard, son conjoint depuis deux ans, se montrait d'une violence presque démesurée. Et elle n'avait encore jamais pu – ni trouver – le courage de s'en éloigner, principalement par manque d'autonomie financière. Mais surtout que la punition, l'effet boomerang, s'était avérée encore plus terrible lorsqu'elle avait essayé de s'enfuir.

Elle savait bien qu'il ne fallait pas continuer, convaincue que tôt ou tard, il aurait sa peau entre les doigts. Mais malgré le faible sursaut de force et de volonté qui grandissait dans sa poitrine, consumée par la colère et la révolte face à ces traitements de faveur, elle n'était toujours pas parvenue à fuir.

Et pourtant, elle comprenait qu'à moins qu'un des deux n'y reste fatalement, c'était là tout ce qui restait à faire.

Oh oui. La scène, fort amère, renouvelée une millième fois, demeurait si familière à sa propre vision : la lèvre partiellement déchirée et ornée d'un mince filet de sang qui s'en écoulait, une partie de l'œil et de la joue tuméfiés d'une couleur presque violette. Oui. Comme à chaque fois que cette main terrible se refermait sur son visage, elle restait étourdie pendant de très longs moments avant qu'un peu de calme – il claquait la porte derrière ses actes – ne vienne enfin la hanter, ne serait-ce que quelques instants.

Comme à chaque fois, un combat terrible faisait rage en elle, se méprisant par la même occasion de se montrer aussi faible et impuissante, totalement à la merci de ce fou furieux incapable du moindre respect, de la moindre retenue pour elle ou pour tous ceux qui tournoyaient dans son orbite.

Et puis, un certain mois, ses règles ne s'étaient pas présentées au rendez-vous; elle était tombée enceinte, malgré ses nombreuses prières, muettes, pour ne pas que cela arrive. Mais le malheur ne vient jamais seul. Ce n'était pas cet enfant à venir qui en était la cause ou qui l'accompagnait. C'était l'instant et le conjoint qui s'y prêtaient si mal.

Et puis un vent d'espoir était retombé sur sa tête, tourbillon complètement dément, à espérer qu'il changerait peut-être de comportement avec cette nouvelle. Et cela semblait fonctionner pendant les premiers mois. Il devait avoir lu – entendu plutôt-quelque part que c'est le moment le plus fragile de la grossesse puisque son naturel était bien vite revenu au galop ces trois mois passés; il était tout simplement beaucoup trop impulsif et trop enclin à la violence pour y compter raisonnablement.

Seulement elle ne savait plus que faire et n'avait nulle part où aller. Personne vers qui se tourner pour de l'aide. Personne qu'il ne connaissait déjà. Pas un endroit où il ne saurait la retrouver.

Complètement anéantie et désemparée par tant de mal, aucune porte de sortie possible ne s'ouvrait entre elle et le monde; elle restait prisonnière de cette violence conjugale, emmurée dans ce carcan sauvage.

Mais quelle idée lui était-il passé par la tête de quitter le cocon familial- sa mère étant la seule qui vivait encore – pour aller vivre avec un malade pareil sitôt l'âge adulte entamé?

Elle n'avait rien vu venir. Son inexpérience, fraîchement adulte par ses dix-huit ans, ne l'avait pas préparée à ces sévères missives. Et puis, pendant les quelques mois où ils s'étaient précédemment fréquentés, il s'était toujours montré d'une gentillesse qui cachait tellement bien ses pulsions. Elle avait vraiment crû qu'il serait l'homme de toute une vie, malgré les réticences de sa mère. Elle avait alors désobéi et ignoré ses pressentiments. Quand on est jeune, on pense que ça ira, on a confiance en la vie et en ses moyens aussi. On ne peut pas prévoir que des ennemis sont là, à nous guetter dans l'ombre, pour nous casser et nous plier comme des roseaux. L'avenir n'était-il pas facteur d'espoir?

En cette fin d'après-midi, elle essayait de reprendre ses sens, encore tout étourdie par ce dernier combat qui venait de se terminer quelques minutes plus tôt.

Et pourtant, cette fois-ci, quelque chose avait réellement changé. La seule famille qui lui restait, sa mère, venait de décéder d'un cancer moins de deux semaines auparavant; elle en avait hérité près d'un quart de million de dollars. Et bien entendu, Richard reluquait incontestablement cette fortune comme si elle eut été sienne. Par profit et tout pour garder son emprise sur elle. Il savait bien qu'à grands coups de menaces, tôt ou tard, il y mettrait la main comme il la mettait partout. Cela représentait un assez bon montant pour qu'elle puisse espérer, toujours pendant un court instant, aspirer à une qualité de vie meilleure avec sa petite fille, cette enfant maintenant âgée de treize mois et sur laquelle il avait évité, jusque-là, d'assouvir une partie de sa violence.

Seulement, en cette fin d'après-midi, il avait osé non seulement lui infliger quelques paires de claques mais en plus il l'avait projetée durement sur le canapé., comme un objet quelconque. C'était justement en essayant de la protéger qu'il s'en était à nouveau pris à elle et lui avait infligé une autre très sévère correction.

Et c'était trop. C'était ce geste peut-être que, inconsciemment, elle redoutait tant et qu'elle espérait pour tenter enfin de mettre un point final à cette vie d'enfer.

Forte d'une certaine sécurité financière, elle était prête à jouer le tout pour le tout; s'expatrier avec sa gamine au bout de la terre pourvu qu'il ne soit plus là.

Elle savait qu'il n'aurait au moins pas les moyens de les poursuivre. Et c'était tout ce qui importait.

Bien qu'elle n'en avait averti personne, elle était plus décidée que jamais à agir au plus vite.

Devant ce visage atrophié, et reprenant difficilement son souffle, elle s'était juré que ça en était fini. Richard était allé trop loin. Il fallait se rendre à l'évidence, il ne changerait jamais.

Mais le temps des changements était définitivement arrivé. Sans lui.

Après s'être assuré que la petite allait bien et qu'elle n'avait rien de cassé, elle s'était empressé de la rassurer en la serrant dans ses bras et en la berçant tendrement. Même les baisers s'étaient imprégnés sur ce joli petit front lorsqu'elle s'était finalement endormie, bien à l'abri dans les bras de sa mère.

Aussitôt, elle s'était précipitée vers le miroir où elle appliquait vainement des compresses d'eau froide en s'épongeant le sang qui coulait encore de sa déchirure à la lèvre.

Mais la colère et le mépris s'étaient emparé de tout son être. Une indication qu'elle avait finalement atteint le point de non-retour.

Elle allait partir. La petite avec elle sous le bras et une valise, la plus légère que possible pour ne pas l'encombrer durant la fuite. C'était tout de dont elle avait besoin.

Rapidement, elle avait couru jusqu'à la chambre ouvrant une valise sur le lit pour y projeter, en hâte, le strict nécessaire pour les deux puis la referma.

Puis elle avait réveillé la petite, quelques instant plus tard pour la vêtir et la faire manger avant de quitter; elles avaient encore le temps puisque Richard ne devait pas revenir du travail avant plusieurs heures.

À nouveau, elle la serra contre elle comme si elle y puisait là tout le véritable courage qu'il lui fallait désormais pour franchir cette porte une fois pour toutes.

Oui, dans quelques heures, elles seraient libres; une vie nouvelle s'offrait enfin à leurs yeux, dépassant, espérait-elle, toutes ses attentes.

Gentiment, elle prit la petite dans un bras et la valise dans l'autre main puis se dirigea vers la porte. Elle n'eut pas le temps de déposer cette fameuse valise que la porte s'était ouverte devant elle. L'enfant terrible était de retour prématurément, se tenant bien droit et encore plus menaçant lorsqu'il aperçut la valise par terre et qu'il comprit ce dont il était question.

-Tu allais quelque part?

Elle voulut balbutier quelques mots, incapable d'en émettre un seul véritable, déjà terrifiée par la réaction qu'allait entraîner cet écart. Et elle s'était mise à trembler soudainement.

« Oui je veux m'en aller, salopard… Mais pousse-toi de mon chemin…laisse-moi partir…j'en peux plus. »

C'était sans aucun doute beaucoup trop demander.

Richard ne s'emporta pas tout de suite; en revanche, il arracha l'enfant des bras de sa mère.

-Elle reste ici, sinon si elle part, ce sera avec moi. Et tu ne la verras jamais plus, je te le jure » lui dit-il avec une pure provocation dans la voix.

Elle demeurait figée. Tout son corps réclamait la petite. Il fallait qu'elle la reprenne pour sortir de là. Mais son plan était à l'eau puisqu'il savait maintenant ce qu'elle s'apprêtait à faire.

Subitement, il la poussa violemment par terre tout en déposant l'enfant sur un fauteuil.

- Tout compte fait… toi non plus tu n'iras nulle part » s'écria-t-il en haussant le ton alors qu'une montée de colère s'emparait de lui.

D'un rapide coup d'œil, elle s'assura que la petite allait bien alors qu'elle essayait, elle-même de se relever.

Mais il ne lui en laissa pas le temps; son pied vint d'abord s'écraser sur sa poitrine et lorsqu'elle fut de nouveau allongée sur le plancher, il le laissa glisser avec force sur sa gorge, la privant d'air, délibérément. Il prit même un certain plaisir à la regarder se débattre en essayant vainement de repousser cette botte.

« Il va me tuer cette fois… »

Puis il se rétracta, ôtant son pied lui-même alors qu'il se penchait pour l'agripper solidement par le bras.

- Sale petite garce…tu crois vraiment que je vais te laisser partir…et avec MON enfant? »

D'un coup son poing vint s'écraser contre son nez qui se mit aussitôt à gicler du sang. Elle sentit d'ailleurs qu'il devait être cassé tant la douleur s'immisça gravement à l'intérieur.

-Mais pourquoi tu fais ça? Qu'est-ce que je t'ai fait pour mériter tout ça? » s'écria-t-elle en proie aux larmes qui l'aveuglaient et la rage qui montait en elle.

-Tais-toi! » cria-t-il en l'acculant au mur.

Une forte paire de gifles vint à nouveau s'échoir sur son visage.

Puis il l'envoya encore valser au plancher avec ravissement d'avoir autant de force sur cette créature rendue si frêle.

D'un geste, il rejoint la fillette qu'il prit dans ses bras.

-On s'en va. Et si tu la revois un jour, tu seras bien chanceuse… » vociféra-t-il avec haine.

Cette fois, elle se releva malgré la douleur. Elle allait se battre même si elle ne savait pas comment. Mais son cœur de mère la poussa à se précipiter au secours de son enfant. Parce qu'elle en était persuadée; elle était en danger tout autant qu'elle. Oui. Elle allait essayait de faire face, quitte à y rester. Il n'y avait même pas de choix à faire.

Avec un cri de guerre, elle courut dans sa direction, levant les bras pour essayer de lui reprendre la petite des mains. Mais comme il s'amusait à lui tourner le dos pour qu'elle ne puisse pas y toucher, elle se choqua davantage et l'inévitable se produisit : dans l'agitation, elle parvint à lui asséner un coup de poing au visage, ce qui eut pour effet de le mettre encore plus en colère, lui qui se contrôlait passablement jusque-là.

Avait-elle réellement espéré être suffisamment forte pour l'allonger de ce simple coup? En revanche, lui l'était.

-Sale garce…t'aurais pas dû »

À nouveau, il posa la petite sur le plancher cette fois et frappa la mère à plusieurs reprises ne prêtant aucune attention aux cris de terreur de l'enfant qui comprenait sûrement, malgré son jeune âge, ce qui arrivait. Du moins, sentait-elle que quelque chose de terrible était en train de se passer. Et elle pleurait.

Sa mère accompagna bientôt ces hurlements de panique et de douleur, atteinte du ventre au visage. Elle essayait bien de se protéger mais il revenait encore plus violemment à la charge. Du sang coulait sur ses vêtements et tachaient même les poings de Richard qui se calma à peine alors qu'il la corrigeait même de ses pieds quand elle tomba par terre, de plus en plus engourdie par le mal.

Lorsqu'il crût qu'elle avait enfin son compte, il tourna les talons pour aller reprendre la fillette.

Gisant dans une partie de son sang, sa mère tenta de se relever mais incapable d'y arriver complètement, rampa jusqu'à lui sur le plancher.

De ses deux mains, elle agrippa sa cheville, résolue à ne pas le voir emporter sa petite fille qu'elle perdrait peut-être pour toujours.

À nouveau, il lui flanqua deux bons coups de pieds aux côtes pour lui faire lâcher prise, ce qui s'avéra en vain. Il perdit légèrement pied et fut arrêté dans sa chute par un meuble d'entrée en bois noir, assez massif qui culbuta, sous l'impact, et vint s'écraser sur une partie du dos de la mère, ce qui provoqua son évanouissement.
C'était beaucoup plus que ce qu'elle pouvait endurer, déjà trop affaiblie par la raclée qu'elle avait reçue. Son corps n'en pouvait plus. Mais dans son âme, elle se souvint qu'une seule pensée ne la quittait pas avant de sombrer: la petite.

&&&&&&

-Tout va bien…vous êtes en sécurité, lui répéta une voix féminine alors qu'elle ouvrait les yeux péniblement.

Elle se trouvait dans une chambre d'hôpital, ce qu'elle pouvait affirmer sans se tromper puisqu'elle n'en était pas à sa première visite ni à son premier réveil dans ce genre d'endroit.

Frénétiquement, elle chercha dans la pièce une présence fort désirée à ses côtés. Une présence qu'elle ne trouva pas.

-Du calme… lui répéta l'infirmière, fort attendrie par ce difficile moment. « Reposez-vous… ça va aller… » insista-t-elle avec ce qui ressemblait à un léger sanglot dans la voix.

Malgré ses douces paroles, sa patiente se montra pourtant fort récalcitrante alors qu'elle essayait de s'agripper à la paroi du lit pour se lever.

-Je veux voir ma fille….où est-elle…?

Avec beaucoup de compassion, l'infirmière insista pour qu'elle se recouche.

-Plus tard… il faut vous reposer pour l'instant, vous comprenez?

La jeune patiente, épuisée par la souffrance et l'effort de se battre contre l'alourdissement de son propre corps, retomba au creux de ses draps.

&&&&&&

La porte était close mais elle pouvait entendre le bruit de pas et de chariots qui passaient dans le corridor. C'est finalement ce qui la réveilla.

« Ma fille… »

Cette pensée qui ne l'avait pas quittée, même dans le plus profond sommeil, s'obstina encore une fois dans son esprit. Elle était morte d'inquiétude et des remords atroces lui rongeaient le cœur; est-ce qu'il s'était enfui avec elle? Avait-il réussi à lui causer encore plus de mal qu'il n'avait déjà fait?

Mais elle se souvenait de ce qui était arrivé avant qu'elle ne perde complètement le nord. Une fois de plus, elle s'était montrée totalement incapable de se protéger. Pire, elle n'avait même pas pu délivrer sa propre progéniture des mains de ce tyran.

Elle avait réussi à se relever, péniblement, et à s'asseoir lorsque la porte s'ouvrit enfin sur le médecin au courant de son réveil.

-Bonjour, souffla-t-il doucement en venant constater l'étendue des dégâts.

Tout son corps lui faisait si mal, des pieds à la tête.

-Vous avez eu beaucoup de chance… à peine 5 centimètres et vous seriez peut-être tombée paralysée à vie… dit-il encore voulant la rassurer.

Il parlait de blessure qu'elle avait subi au dos avec ce meuble qui lui était tombé dessus.

-...mais ce n'est rien… il ne vous restera à peine qu'une toute petite égratignure, à peine visible, lorsque ce sera entièrement guéri. Ne vous en faites pas… avoua-t-il une fois de plus.

Mais c'était bien là le moindre de ses soucis. Elle était encore en vie et tous ses membres, plus douloureux les uns que les autres, s'unissaient pour lui rappeler.

-Docteur… murmura-t-elle en l'interrompant avant qu'il ne continue à déblatérer son répertoire médical. « Je veux juste voir ma fille, d'accord? »

Les traits du visage du médecin se contractèrent d'une manière fort ennuyée.

-Oh! s'écria-t-elle à cette vision. Il est parti avec elle et vous ne savez pas où ils sont, c'est ça?

L'homme put apercevoir la panique sur le visage de sa patiente. D'ailleurs, même le ton de sa voix la trahissait.

Il se proposa un moment de silence avant de répondre, totalement hésitant.

-Euh…oui, nous les avons retrouvés.

Encore, il laissa traîner ses pensées.

Vivement, il soupira.

-En fait, votre conjoint était bien parti avec votre fillette…mais…

« Mais quoi? »

Il choisit de s'éclaircir la voix, dégoûté par les mauvaises nouvelles qu'il s'apprêtait à répandre.

-…il y a eu un accident de voiture…

Elle sursauta gravement, à l'affût de chaque parole du médecin.

-Quand? Quoi?

« Mais répondez-moi…dites-moi ce qui est arrivé… »

-…il y a trois jours…vous avez dormi beaucoup… fallait récupérer dans votre état…

- Arrêtez! s'écria-t-elle sous le choc plus angoissée que jamais.

Il toussota légèrement.

- Je suis désolé…. » souffla-t-il réellement compatissant. La petite…n'a pas survécu…je suis vraiment navré…nous n'avons rien pu faire pour la sauver.

&&&&&&&

Il faisait froid.

Un épais tapis de neige recouvrait la terre gelée, s'étendant jusqu'aux arbres dont les branches nues demeuraient lourdement pétrifiées sous la glace.

De très loin, et plus discret que jamais, Kaiba suivit les traces de Naomi qui s'arrêta juste au pied d'un grand chêne.

Il le savait; là résidait son entière faiblesse, son fléau existentiel et son chemin de croix; juste à l'ombre de ce grand arbre gisait la fragile et petite dépouille d'une fillette qui y dormait en permanence.

Sa fillette.

Naomi chancela un instant, visiblement en proie à l'hésitation d'y rester ou de passer son chemin.

Caché derrière un arbre un peu plus loin, Kaiba ne manqua rien de ces retrouvailles émouvantes. Il avait le cœur serré dans un étau invisible, jeté aux affres d'une torture qui normalement n'aurait jamais dû être la sienne. Et pourtant…il souffrait. Il souffrait tant, comme si son cœur avait fusionné avec celui de Naomi qui, doucement, se laissa finalement choir à genoux devant une stèle enneigée.

Si seulement il avait été là…rien de tout ça ne serait jamais arrivé. Il l'aurait protégée. Il les aurait protégées. Au moins, jamais il n'aurait ressenti cette gangrène lui ronger le coeur, mélange d'impuissance et de culpabilité.

Comme chaque fois qu'elle avait souffert et encaissé les pires humiliations, les plus amères déchirures de son existence; il n'avait pas été là.

Sauf en ce premier du mois de février.

Frêle, elle en balaya la neige d'un revers de la main, le regard fixe sur la pierre immuable. Encore plus tendrement, ses lèvres se posèrent sur la pierre comme si c'eût été le front d'une délicieuse enfant.

-Pardon. De n'avoir pas été là. De n'avoir pas été forte…même pas pour toi…surtout pas pour toi… murmura-t-elle.

Là, au milieu de nulle part dans cet immense Sahara blanc, un océan de larmes se déversa dans les yeux puis sur tout le visage de Naomi dont les bras se refermèrent sur la stèle comme si elle tenait contre elle ce petit corps invisible.

De ces litanies jusque là silencieuses, un cri et des pleurs transpercèrent brutalement l'âme et les oreilles de Kaiba qui serrait rageusement les poings. Et ce n'était encore rien comparé à la douleur qui lui déchirait l'intérieur et lui perforait le ventre jusqu'à la gorge.

Il avait beau être un homme fort et puissant. Mais son empire ne s'étendait que sur le monde des vivants.

Il demeurait figé, baissant les yeux et courbant la tête, cruellement affligé par la dévastation complète de Naomi.

Il n'y pouvait rien. Absolument rien.

Les cris de rage de Naomi redoublèrent furieusement et furent bientôt accompagnés de coups violents dont elle martelait la terre gelée de ses poings malgré la puissance et l'invincibilité de cette adversaire immobile.

Elle déversait là toutes ces années d'amertume et de douleur entretenues à errer sur les grands chemins comme un fantôme.

Kaiba frissonnait sous la torture de ne pas pouvoir la secourir, l'accompagner même à battre cette terre indocile. À deux, ils l'auraient fendue en son centre.

« Vas-y »

« Non! Je ne peux pas. Je n'ai pas le droit. »

« Elle ne me pardonnerait pas… »

Une nouvelle fois, l'ouie déformée par ces pleurs insupportables, Kaiba s'obligea toutefois à ne pas la quitter du regard.

Elle avait ralenti son allure effrénée comme si elle avait finalement été vaincue par son adversaire et qu'elle y avait dépensé toutes ses forces. Épuisée, elle s'était laissée reposer de tout son long, juste au-dessus de la sépulture, un bras replié sur la terre ferme comme si elle tenait encore ce petit être dans ses bras.

Mais plus aucun son ne franchissait ses lèvres.

Kaiba respira vivement, les yeux brûlés par l'eau acide qui miroitait dans son regard bleu, comme si tous les glaciers de son ciel étaient en train de fondre.

« Elle a besoin de toi… »

Il lutta farouchement contre l'envie pressante de se précipiter vers elle bien qu'une part de lui-même le déterminait à la laisser vivre ce deuil seule.

Il s'inquiéta qu'elle ne prenne froid et qu'elle y attrape son coup de mort.

Et si c'est ce qu'elle voulait?

N'était-ce pas, au fond, ce qu'elle souhaitait?

Kaiba se raidit avec détermination.

« Je ne la laisserai pas faire. Je ne le la laisserai pas. »

"I'm so tired of being here

Suppressed by all my childish fears

But if you have to leave

I wish that you would just leave

Cause your presence still lingers here

And it won't leave me alone

Theses wounds won't seem to heal

This pain is just too real

There's just too much that time cannot erase

When you cried I'd wipe away your tears

When you'd scream I'd fight away all of your fears

And I've held your hand through all of these years

But you stil have all of me

You used to captivate me

By your resonating light

Now I'm bound by the life you left behind

Your face it haunts my once pleasant dreams

Your voice it chased away all the sanity in me

These wounds won't seem to heal

This pain is just too real

There's just too much that time cannot erase..." (1)

Le temps s'éternisait cruellement; Naomi n'avait plus bougé depuis d'interminables minutes, 15 minutes, une demi-heure peut-être, toujours étendue sur le tapis blanc. La chaleur de son corps avait creusé sa silhouette dans la neige depuis longtemps. Elle ne tremblait même plus, profondément abîmée dans les pires cauchemars de son passé.

Elle était congelée depuis un petit moment déjà.

Mais elle ne ressentait plus rien. Et le silence qui bordait le cimetière l'envahit tout à coup, lui procurant il lui semblait pour la première fois depuis une éternité, un peu de calme dans son esprit tourmenté. Et elle ne bougeait plus, totalement incapable de décrisper le moindre de ses membres. Sur son visage, l'eau gelée avait creusé des sillons rougis par le froid.

Combien de temps s'était-elle assoupie sur cette tombe?

Des heures? Des jours?

Des années.

À fuir et à se rattraper.

« Alexandra…Séto… »

C'était étrange comme lui non plus ne la quittait plus.

Il avait été le seul réel bonheur qu'elle avait goûté dans sa misérable existence. Et cela fut si court.

Il avait fallu qu'elle le fuit, persuadée qu'elle n'en méritait pas autant.

Peu importait maintenant.

Elle sombrait dans l'engourdissement total du corps et de l'esprit.

&&&&&&&

Elle n'entendit pas la marche silencieuse de Kaiba qui arrivait près d'elle, d'un pas hésitant.

Sans dire un mot, il s'accroupit très doucement, posant ses bras autour d'elle pour la relever avec une délicatesse telle qu'il eût peur de la casser en lui touchant.

D'une voix presque inaudible et sans même le regarder, elle murmura tout bas dans un profond délire…

-Sé…to?

Était-elle déjà si loin que les rêves l'enveloppaient de leur manteau rassurant?

Serait-il la dernière image qu'elle emporterait en quittant ce monde?

-Oui, souffla-t-il entièrement concerné et s'animant à la prendre délicatement contre lui.

-Qu'est-c …

« Je veux pas me réveiller… »

Mais la voix de Naomi s'éteignit aussitôt, complètement gelée et trop en état de choc pour différencier le vrai du faux. Elle se mit même à trembler furieusement au contact de Séto dont le corps réchauffait le sien.

De ses mains, il frottait ses bras et son dos, prenant le plus grand des soins à la blottir contre lui.

Mais il gardait le silence, conscient que c'était là le moment de respecter ceux qui dorment.

Roland s'était précipité rapidement vers eux avec des couvertures chauffantes dont il s'empressa d'entourer Naomi.

Mais Kaiba fut celui qui la prit dans ses bras pour la ramener à la voiture.

Toujours en proie à un lourd silence, elle grelotta tout le long du chemin qui les menèrent à un splendide chalet au bas d'une montagne, la tête posée au creux de l'épaule de Séto, qui maudissant les hommes et les dieux, laissait perdre son regard au loin.

Kaiba avait bien compris que son esprit à elle n'avait pas encore réintégré son corps et qu'elle demeurait dans une pleine phase léthargique.

Aussi, il la souleva dans ses bras pour l'amener à l'intérieur du chalet où il la découvrit de ses vêtements mouillés et l'emmitoufla de plusieurs couvertures chaudes, attardant son regard sur elle pour vérifier l'étendue des dégâts; ses yeux étaient encore tout rougis et gonflés par les larmes et le froid.

Mais elle ne lui retourna aucun de ses regards inquiets; elle s'était réfugiée dans un silence immuable, éternellement en deuil.

Pourtant, il ne doutait pas que ce n'était là qu'une courte accalmie avant la véritable tempête. Il allait devoir passer en jugement pour sa présence importune et ses connaissances jadis acquises par pure indiscrétion; en la suivant, il s'était volontairement exposé à sa colère. Mais il avait fait le choix de se montrer honnête. Il avait également fait le choix de tenter de la retenir une nouvelle fois, terrifié et plus que conscient qu'elle ne serait sûrement jamais revenue d'elle-même.

Il l'avait suivie par peur de la perdre même s'il le risquait davantage maintenant. Mais ça ne serait pas sans livrer bataille.

Pendant des heures, Naomi s'obstina dans ce silence, le regard fixe sur le feu de foyer devant elle, faisant le tri dans ses pensées incohérentes.

-Tu…

Le corps de Kaiba se crispa durement face à la fenêtre dans laquelle il voyait leur reflet.

« C'est commencé. Courage Kaiba. » se dit-il, sachant d'avance les paroles qui allaient émaner de la bouche de Naomi.

-… m'as….suivie?

Kaiba ferma les yeux, respirant vivement pour se donner contenance.

-Oui.

La voix de Naomi vacilla légèrement.

-…tu as osé…

Dans le fond de son cœur, elle se sentait trahie.

Kaiba saliva difficilement, comprenant que le pire restait à venir.

-Et…tu le savais? demanda-t-elle, se retenant d'exploser de colère.

À nouveau, il ferma les yeux.

-Oui, avoua-t-il le plus honnêtement du monde.

Naomi figea brutalement.

-…depuis longtemps?

Il soupira lourdement.

-...le début, avoua-t-il encore, l'estomac noué par l'incertitude.

Un flot de colère et d'amertume s'empara de Naomi qui luttait pour chasser de nouvelles larmes qui lui étaient montées aux yeux.

- C'est pas vrai….répéta-t-elle.

Kaiba s'était retourné pour lui faire face, se retenant difficilement de se précipiter vers elle.

-tu m'as menti…et trahi…

-NON! dit-il avec fermeté.

D'un bond, elle s'était levée pour lui tourner le dos lorsqu'il l'avait rejoint précipitamment et qu'il voulut la prendre dans ses bras.

-Personne n'échappe à Séto Kaiba, c'est ça? PERSONNE! s'écria-t-elle avec une défaillance marquée dans la voix. Elle tremblait de colère et de déception.

-Tu as tous les droits. Tu avais tous les droits….sauf CELUI-LÀ! lui dit-elle encore comme si son pardon était devenu impossible à acquérir.

-Ce n'est pas ce que… voulut-il se défendre.

- SUFFIT! cria-t-elle en lui coupant la parole. « Je te déteste! »

Le corps de Kaiba s'était raidi, écorché par des mots aussi cruels.

« Tout sauf ça…essaie de comprendre… »

Il vint pour poser une main sur son bras mais elle s'en éloigna furieusement.

- NE ME TOUCHE PAS! ordonna-t-elle en l'esquivant..

Kaiba tremblait à présent comme si tout son corps allait éclater en morceaux.

« Je l'ai mérité, je sais. Mais ça fait mal. »

- Écoute-moi! implora-t-il.

- NON!

- Je te jure que j'aurais préféré ne jamais savoir, affirma-t-il.

- NON! TU VOULAIS SAVOIR. Parce qu'il faut que tu saches tout. Au risque de blesser et du moment que tu as ce que tu veux, le reste n'a aucune importance! s'écria-t-elle en ravalant ses larmes.

-PLUS MAINTENANT! C'est faux! protesta-t-il fortement.

Elle soupira vivement ennuyée.

- Tu ne penses qu'à toi.

Chaque parole qu'elle prononçait prenait l'allure d'un véritable coup de couteau en plein cœur. Comme si elle le mettait à mort, sans regrets.

- C'est vrai. Je l'admets. Je n'ai toujours pensé qu'à moi…. admit-il sur un ton rempli d'excuses.

-…jusqu'à toi…

Un très court silence s'immisça entre eux, Kaiba nageant dans une pleine incertitude.

-Je ne veux plus rien entendre! dit-elle au bout d'un moment.

- Attends…

- Laisse-moi!

Cette fois, elle ne lui laissa pas le temps de répliquer et disparut rapidement dans une des chambres où elle laissa claquer la porte violemment.

Kaiba resta immobile un très long moment, au milieu du salon, complètement abattu.

Seule la voix de Naomi résonnait dans sa tête.

« Je te déteste »

« Je te déteste »

&&&&&&&

Elle n'avait pas dormi de la nuit. Pas plus que Séto qui était resté écroulé sur le divan, trop choqué pour savoir comment réagir mais cherchant en vain une façon de recoller ces morceaux invisibles éparpillés dans la pièce.

Il n'osa même pas relever la tête lorsque la porte de la chambre s'ouvrit et que Naomi en sortit pour venir s'asseoir sur la petite table devant lui. Elle non plus n'osait pas le regarder.

Comme s'ils étaient devenus de purs étrangers, un sentiment de défaite horrible envahit l'âme de Kaiba qui s'attendait maintenant au pire.

« J'ai perdu…elle ne veut plus de moi »

- Je.. je ne crois pas que tu aies fait tout ce chemin dans l'unique but de me voir souffrir…

« Laisse-moi finir, s'il-te-plaît »

Comme s'il l'avait entendue, Kaiba referma la bouche avant d'avoir prononcé une seule syllabe.

-Je ne crois pas non plus que tu ce que tu as appris sur moi t'a fait plaisir. Et je ne comprends même pas pourquoi tu es toujours là…

Pour la première fois depuis la veille, le corps de Kaiba décompressa légèrement.

-Je sais que tu ne penses pas qu'à toi… tu ne serais pas ici si c'était vrai…

Elle marqua une courte pause, trop émue et épuisée.

- Mais ça m'a fait mal Séto. Tellement mal. Même si ce n'est pas ce que tu voulais….

« Elle le sait… »

Kaiba éprouva soudain un léger soulagement mais l'écouta poursuivre sans dire un mot.

-J'étais sous le choc….et je le suis encore…

Tendrement, il essaya de prendre sa main.

À son grand plaisir, elle ne chercha pas à éviter son contact.

Elle semblait même ressentir de la honte.

-Et…je me rends compte que j'ai été moi-même très égoïste.

Cette fois, elle osa le regarder à travers son regard voilé.

-Moi aussi, je n'ai pensé qu'à moi. Je t'ai fait souffrir sans le vouloir…Je ne voulais rien te dire et te garder loin de tout ça. Et je n'ai vu que la fuite…tu vois? Tout me rattrape…même toi.

"Où que j'ailles…quoique je fasse…je vois ton visage"

Sa voix se fit suppliante alors qu'elle l'envisageait.

- Je t'en prie Séto… je t'en supplie….laisse-moi partir…

Kaiba sursauta légèrement estomaqué.

- Quoi?

- Je serais encore plus égoïste en restant.

Il tentait de deviner ses pensées.

- Je ne suis pas… je ne pourrai pas te donner les enfants que tu désires, Séto…je n'en aurai pas la force… et je n'ai pas le droit de t'en priver. Ça serait injuste pour toi.

À nouveau, elle insista.

- Alors, je t'en supplie, laisse-moi partir…

Kaiba restait muet, à la fois horriblement déçu et soulagé;

-Naomi… souffla-t-il en l'entraînant contre lui.

Comment pouvait-elle croire de lui qu'il ne la désirait qu'avec l'arrière-pensée de fonder une famille?

-Je veux que tu sois heureux.

Kaiba accueillit avec une tendresse infinie la chute de Naomi entre ses bras, conscient qu'elle s'abandonnait enfin à lui.

- Je sais…je sais… murmura-t-il doucement en la serrant.

Mais Naomi avait recommencé à pleurer. De ses poings, elle frappa légèrement le torse de Kaiba qui se raidit.

- Elle était si belle…toute petite, Séto… pourquoi elle et pas moi? Dis-moi!

« Je suis là Naomi »

Il en aurait été malade tant sa douleur le ravageait.

Son emprise se fit plus ferme autour d'elle.

« …si tu veux en parler, je suis là, même si ça m'arrache le cœur »

« Je souffrirai avec toi »

Le sang de Kaiba coagulait dans ses veines. Mais il se faisait violence.

« Le salopard…je le tuerais lui aussi Naomi…si je le croise, je le tue. »

Kaiba lutta farouchement pour continuer à se montrer fort malgré l'envie de tuer qui s'emparait de lui et se battait violemment contre lui-même pour demeurer calme et se montrer réconfortant malgré la rage et le dégoût qui ne le quittaient plus. Même son corps tremblait.

Dans un réflexe, Naomi s'était fermement blottie dans ses bras comme si elle était redevenue la jeune fille fragile et innocente d'alors.

-…et je n'ai rien pu faire…

Sa voix était entièrement brisée par la peine.

-Séto… je n'ai même pas pu la serrer dans mes bras….même pas une dernière fois…

« Comme…Molina? »

Kaiba restait crispé, horrifié et luttant désespérément pour rester solide et garder la tête froide. Même s'il en connaissait les grandes lignes et qu'il avait tenté de tout imaginer, rien n'était comparable à cette cruelle vérité.

Naomi s'agrippa vivement à lui en quête d'une protection évidente.

Mais il dut s'avouer impuissant une nouvelle fois à calmer ses souffrances.

Elle pleura encore un très long moment jusqu'à tomber de fatigue, complètement à bout de force.

Oui. Comme il l'avait redouté ce premier février.

Affectueusement, Kaiba l'amena dans ses bras jusqu'au lit où il la dévêtit et la recouvrit d'une très épaisse couverture.

Il alimenta le foyer de quelques bûches puis, à son tour, se glissa dessous les couvertures, se permettant de scruter cet être qu'il appréciait tant.

« Non. Jamais plus personne ne te fera du mal.»

Dans un réflexe, et encore profondément endormie, Naomi vint se coller à lui, posant sa tête sur son torse où il l'entoura de ses bras, plus protecteur que jamais.

« Des enfants? »

Quelle idée! Il n'y avait même pas encore pensé.

Et pourtant…

« Vrai que j'en voudrais des tonnes…de toi.»

Vrai surtout qu'il n'en était pas question.

C'était là sans aucun doute la plus grande douleur de Naomi. Pourquoi aussi elle l'avait tant rejeté et préféré s'éloigner de lui. Et il n'allait pas jouer dessus.

Aucun bonheur ne serait comparable avec celui que cette femme puisse un jour donner naissance à ses enfants.

Et pourtant, aucun bonheur n'était comparable à celui qu'il ressentait juste à la savoir près de lui.

S'il fallait passer une vie entière avec elle, sans que sa semence ne grandisse et ne s'éparpille aux quatre coins du monde, soit. Il l'accepterait. Tout pour qu'elle reste. Tout pour qu'elle continue de l'aimer un peu plus chaque jour pour ce qu'il est réellement. Tout pour se réveiller le matin en la tenant dans ses bras.

Et pour le reste, peut-être le temps saurait-il plaider sa cause auprès d'elle. Peut-être le temps réussirait-il à panser ses blessures, celles-là même devant lesquelles il se montrait lui si impuissant.

Oui. En y réfléchissant, peut-être restait-il un peu d'espoir.

N'était-ce pas tout ce qui restait?

« Je mentirais à nier que je n'ai pas eu peur de te perdre… tu es là contre moi…et c'est tout ce qui m'importe. »

Encore plus tendrement, ses bras entourèrent ce corps chaud et doux.

Séto Kaiba était amoureux. Pour la première – et dernière - fois de sa vie.

Follement amoureux.

Il le savait depuis longtemps déjà.

Mais enfin aujourd'hui osait-il se l'avouer.

C'est sur cet aveu que son visage s'imprégna d'un réel sourire et que ses paupières se refermèrent, totalement pris au piège.

&&&&&&

Ce fut un mouvement tranquille qui le réveilla quelques heures plus tard; il n'avait pas bougé d'un pouce jusqu'à ce que Naomi ne relève la tête pour l'observer un moment.

Comme il était beau.

Et que n'avait-il pas fait pour elle?

Il n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Mais elle savait bien qu'il ne dormait plus.

Elle avait doucement posé sa main sur son torse et le balayait gentiment dans une caresse.

- Tu ne veux pas me laisser partir? murmura-t-elle encore une fois.

Mais Kaiba ne répondit pas, persuadé qu'elle n'avait pas terminé de livrer le fond de sa pensée.

-Même avec tout ce que tu sais….et ce qui t'attend… dit-elle tout bas, incapable de se résigner à leur sort commun.

-Non, souffla-t-il sans réagir.

« J'ai peur de te faire du mal Séto…et de te perdre toi aussi »

Kaiba ouvrit les yeux, empreint d'une chaleureuse compassion.

Mais Naomi ne maintint pas son regard et préféra reposer sa tête sur son corps.

- J'ai un autre aveu à te faire…dit-elle avec beaucoup d'humilité dans la voix.

Mais il ne bougea toujours pas, attendant la suite.

-…de nous deux… souffla-t-elle avec un regard larmoyant totalement dissimulé à celui de Kaiba. « …c'est toi le plus fort »

Normalement, cet aveu aurait rempli Kaiba de bonheur d'avoir ainsi démontré à son adversaire sa supériorité. Après tout, cela avait toujours fait partie de sa fierté.

Seulement, son cœur était gonflé d'encore plus d'admiration à son endroit qu'en sa force elle-même.

Doucement, il la fit chavirer sur le dos de manière à se retrouver au dessus d'elle et effleura son visage du bout du nez.

- Non… murmura-t-il avec sincérité en secouant la tête. Je ne crois pas, non.

« Et je suis fier de toi »

Elle en avait fait du chemin pour se rendre jusqu'à lui. Et en si peu de temps.

En d'autres circonstances, peut-être aurait-il trouvé le courage de lui dire.

- Je ne crois pas… insista-t-il en lui baisant les lèvres.

Son beau regard noir était encore voilé par la brume, presque suppliant.

« Séto…j'ai besoin de toi… »

Comme si elle lui parlait tout haut, elle était persuadée qu'il entendait.

« Fais-moi l'amour…serre-moi fort contre toi… »

Les lèvres de Kaiba se firent plus insistantes sur les siennes.

- oui… murmura-t-il d'une manière presque inaudible.

« Tout ce que tu veux »

&&&&&&

- Mokuba! s'écria-t-elle en se redressant vivement sur le lit.

Ce qui fit sursauter Kaiba encore tout endormi.

Quoi?

« Mokuba? »

- Où…? Séto! Tu ne l'as pas laissé seul là-bas, n'est-ce pas?

Kaiba ricana doucement.

- Bien sûr que non.

Comment aurait-il pu oublier son frère?

- Il est juste à côté, dans l'autre chalet… souffla-t-il. Vraiment pas très loin.

Naomi soupira d'un réel soulagement.

Mais Kaiba la ramena contre lui en l'entraînant par la taille.

- Viens ici…j'en ai pas terminé avec toi…dit-il sur un ton des plus langoureux.

- Encore? murmura-t-elle légèrement amusée.

- Oh oui…encore…et encore… et…soupira-t-il entre plusieurs baisers.

Depuis leur premier contact, Kaiba appréciait chaque seconde de ces délicieux échanges corporels.

Et pourtant, deux ans auparavant, il en avait eu horreur.

Il se souvenait combien il lui avait été pénible – voire dégradant – d'accomplir ce qu'il qualifiait d'abject et dégoûtant à se fondre dans le corps d'une femme. Il y était parvenu, non sans mépris et même une certaine haine. Et il avait même rejeté cette pauvre fille sans le moindre égard, comme une vulgaire catin. Tout comme les deux ou trois qui l'avaient suivie. Parce qu'il était incapable du moindre sentiment sauf celui de croire à l'exigence de l'acte dans le seul but de procréer. Et c'est d'ailleurs ce qui l'avait poussé à se laisser aller à « s'accoupler ».

Mais depuis Naomi, et ce fameux premier moment, tout avait changé d'angle de vue. Parce qu'il la respectait déjà très profondément, de par ce qu'il en avait appris. Et elle se départageait des autres, dans son esprit.

Et bien sûr, il n'était pas resté insensible ni à sa peine, ni à sa beauté, ni à sa vulnérabilité.

Depuis, le jeu s'était transformé en besoin vital, le désir ne cessant de grandir dans tout son corps qui réclamait toujours plus de sa chair à elle.

Oui, il en redemanderait toujours.

Obsédé?

C'est justement ce qu'il était.

Totalement épris d'elle.

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My Immortal - Evanescence

Qui reflète, je crois, le mieux toute la souffrance et le cheminement intérieur de Naomi.

Maintenant, je me souviens que quelques personnes m'ont dit qu'elles auraient aimé lire les autres fics que j'avais écrites et que j'ai retirées. L'une d'entre elle relatait la « première relation sexuelle » de Kaiba. Un one-shot. Qui n'a pas fait l'unanimité, je sais. Et je peux comprendre puisque ça a pu paraître assez cruel et inhumain, disons. Il est probable que ça ne plaise pas et qu'on ne puisse pas imaginer Kaiba « aussi bas », disons.

Mais je vous offre la possibilité d'entrer dans l'un de ses souvenirs en plaçant ce One-Shot dans le prochain chapitre d'Apparences – bien qu'il n'était pas supposé y entrer. Comprenez : c'est un souvenir qui a toute son importance face à sa relation avec Naomi puisqu'il la précédait. Mais je ne l'avais pas incorporée à la fic et préféré en faire un « à-côté ».

Enfin, réfléchissez et faites-le moi savoir dans une review, si oui ou non, vous seriez disposés à le lire. D'accord?

Je vous donne ici le choix.

Bizoux!