Notes : Bonjour à tous ! Nous voici arrivés quasiment à la fin du voyage. Merci encore pour votre suivi
et vos superbes commentaires qui ont ensoleillé mes journées :) Bienvenue à BenPotter, Guest et Snape05 !
C'est le dernier chapitre ou presque, assez long. J'espère que vous prendrez plaisir en le lisant :) Rendez-vous à la fin !
Avertissement : aucun
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Chapitre XXV - Regrets Eternels
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Il y a quelque chose de doux dans le mouvement des obsessions quand elles partent vers le large. Elles cessent de vous importuner nuit et jour. Ce n'est ni une capitulation ni un abandon. Elles attendent leur heure. Elles peuvent tout à la fin de l'histoire se transformer en cuisants regrets. Mais, si elle sont assez vivaces, elles ressurgiront au moment qui leur semblera le plus propice – à elles, Les Enfants, Véronique Ovaldé
Il y a des regrets, des remords, des fêlures et des compromissions qui ne cicatrisent pas, qui ne cicatriseront jamais, Je l'aimais, Anna Gavalda
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- Où se cachait-il ? demande-t-elle sur un ton curieux, les sourcils légèrement froncés. Elle cherche à changer de sujet, irritée d'éprouver une attirance pour cet homme déroutant, qui l'a tant fait souffrir et qui est malgré tout le père de l'enfant qu'elle porte.
- Chez Rusard, répond-il d'une voix laconique.
- Le concierge ? Je croyais pourtant qu'il n'appréciait pas le bonhomme, avoue-t-elle très étonnée.
- Il n'apprécie peut-être pas Rusard, mais je crois que Miss Teigne le trouve plutôt... à son goût, explique-t-il avec un clin d'œil amusé.
- Oh vraiment ! réplique-t-elle sans pouvoir retenir le blush qui colore ses joues.
- Oui. Et comme Rusard voue une véritable adoration pour sa chatte, il s'est occupé de Pat... Patau...
- Pattenrond, précise-t-elle en souriant, sans cesser de passer une main amoureuse dans le pelage luxuriant du susnommé.
- De Pattenrond comme de son propre chat depuis la Bataille Finale, achève-t-il. L'homme n'aime pas les enfants, par contre il se comporte en mère poule dès qu'un animal s'apparente à la r...
Il ne termine pas sa phrase. Son visage est soudainement déformé par la douleur. Sa main appuie sur son avant-bras gauche.
Voldemort l'appelle.
Il la regarde avec une intensité particulière. N'y lit-elle pas ce qui s'apparente à du regret, de la douleur ?
"Hermione... Je ne suis pas sûr de... revenir. Si tel était le cas, Gandral a reçu mes instructions. Il t'amènera dans un lieu sûr. Tout ira bien pour vous... deux, ne t'inquiète pas."
Un tourbillon de cape. Il est déjà parti.
Pourquoi sent-elle subitement une toile d'araignée étreindre son cœur ?
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Une sourde angoisse se propage dans chacune de ses cellules. Pourquoi Rogue croit-il qu'il ne reviendra pas de sa convocation ? Etait-ce un adieu de sa part ? Il avait l'air si accablé, si abattu...
Un miaulement plaintif la tire de ses pensées. Elle est en train d'étouffer Pattenrond en le serrant trop fort contre elle. Elle le relâche et le félin en profite pour s'étirer et gambader gaiement autour d'elle.
Elle doit savoir ce qui se prépare. Elle a un contentieux avec Rogue, mais il est le père de son enfant. Elle se précipite vers le Manoir en courant, Pattenrond sur ses traces.
"Gandral ! Gandral ! J'ai besoin de toi ! s'écrie-t-elle en pénétrant dans le hall de la vaste demeure.
- Maîtresse ? s'enquiert l'elfe en glissant un parchemin à l'intérieur de son gilet.
- Pourquoi m'appelles-tu Maîtresse ? s'étonne-t-elle en stoppant son avancée, les sourcils froncés.
- Parce que le Maître m'a ordonné de vous obéir comme à lui. Il m'a prévenu que vous portiez son enfant et de ce fait votre statut devient l'égal de celui d'un Prince. Je suis attaché à cette famille depuis toujours, explique l'elfe dans son agitation coutumière."
Avant qu'Hermione ait le temps d'assimiler cette information, Gandral s'émotionne sur un ton frénétique :
"Maîtresse, nous devons partir. Maintenant. Vous n'êtes plus en sécurité. Venez !
- Partir ? Mais où ? s'informe la jeune femme.
- Dans une maison sur la côte est de l'Irlande. Le Maître a tout prévu, mais nous devons nous hâter, il y a des Mangemorts qui sont en train de défaire les Sorts de Protection qui entourent le Château. Ils ne vont pas tarder à les abolir et à vous retrouver. Ne vous inquiétez pas pour vos affaires, elles vous attendent déjà là-bas.
- Et Magdalena ? Ne faut-il pas la prendre avec nous ? s'alarme Hermione.
- Ne vous tracassez pas pour elle Maîtresse, cela fait déjà plusieurs jours qu'elle a quitté le Manoir et qu'elle est en sécurité dans sa famille à l'étranger, la rassure Gandral. Le Maître s'en est occupé.
Il a tout prévu comme... comme s'il savait ce qui devait arriver.
- Oh, très bien. Alors dépêchons-nous de partir, ordonne-t-elle en prenant Pattenrond sous son bras.
Elle reconnaît au loin les voix de Dolohov et de MacNair. Son cœur bat à tout rompre dans sa poitrine.
- Vite ! Nous n'avons plus de temps à perdre ! Ils arrivent ! s'affole l'elfe en s'approchant d'elle.
Mais les Mangemorts sont déjà là, leur baguette pointée sur eux, un sourire déplaisant sur le visage.
- N'es-tu pas d'accord avec moi, Walden ? La Sang-de-Bourbe est plutôt bien roulée, ironise sur un ton méprisant Dolohov en balayant son corps d'un regard appuyé et lubrique.
Hermione sent la peur monter en elle, et qui menace de la paralyser. Elle déteste ce sentiment d'être prise au piège. Ce n'est pas le moment de paniquer. Pas maintenant. Elle doit sauver son enfant. C'est sa priorité absolue. Il faut réfléchir. Et vite.
Un bruissement familier. Rogue est là. Il chancelle. Il est couvert de sang, en sueur mais il est revenu. Il est grièvement blessé : de nombreuses coupures s'étendent sur son corps, notamment au niveau du cou et de sa poitrine. L'odeur âcre et métallique du sang frappe les narines de la jeune femme.
"Tu as réussi à t'échapper ? s'étonnent les deux Mangemorts avec dans le regard une lueur perplexe.
- Il est mort, c'est moi qui l'ai tué, répond Severus d'une voix faible en se plaçant devant elle, ce qui fait resurgir le souvenir d'une scène similaire quand il s'était interposé entre Lupin loup-garou et ses amis et elle, à la fin de la troisième année.
Il s'agit de Voldemort ? Il est mort ? Et c'est Rogue qui l'a tué ? Pourquoi ? Je ne comprends plus...
- Traître ! Tu vas payer et ensuite je m'occuperai de la Sang-de-Bourbe, se gargarise Dolohov.
Mue par une impulsion subite, Hermione hurle :
- Gandral, maintenant !"
Elle tend sa main et attrape le bras de Severus au moment-même où les baguettes des Mangemorts envoient le Sortilège de la Mort en direction du sorcier. Un éblouissement, et ils sont aspirés dans un tourbillon puissant qui coupe momentanément la respiration de la jeune femme.
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SP SP SP
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Ils atterrissent assez rudement sur un tapis de verdure. Hermione, prise de vertige, lâche la main du sorcier et de Pattenrond qui s'enfuit. Les embruns maritimes chatouillent son nez. Elle perçoit le fracas des vagues sur les rochers.
Nous sommes près de la mer, enregistre-t-elle machinalement.
Elle reste quelques secondes allongée en essayant de retrouver son souffle. Elle ressent encore les effets de la peur éprouvée face aux Mangemorts. Elle tremble de tous ses membres. Elle tourne la tête.
"Maître ! Maître ! hurle Gandral les yeux pleins de larmes. Maîtresse, sauvez-le, je vous en prie, implore-t-il en tendant ses mains dans une supplication désespérée.
Rogue est immobile, le teint blafard. Elle se met à quatre pattes et cherche un signe, aussi infime soit-il, de vie. Elle pose sa main sur son cœur, en essayant de faire abstraction des battements désordonnés du sien.
Il bat. Lentement mais il bat. Elle retire sa main. Elle est couverte de sang. Il faut faire vite. Elle regarde autour d'elle et aperçoit une petite maison en pierres apparentes. Ce ne peut être que sa propriété.
"Gandral, transporte-le à l'intérieur, dans sa chambre, ordonne-t-elle. Et reviens me chercher."
L'elfe, les yeux brouillés de larmes, obtempère sans répondre. Il prend la main de Rogue dans la sienne et disparaissent. Hermione s'avance vers la demeure. Elle sent les Enchantements Protecteurs qui la reconnaissent et la laissent pénétrer. Elle arrive devant la porte en chêne lorsque Gandral réapparaît. Il la conduit dans une chambre auprès du sorcier, allongé dans un lit immense. Il est inconscient et respire à peine. Il a perdu beaucoup de sang. Elle n'est pas sûre de pouvoir le sauver. Ses compétences sont limitées en Médicomagie.
Sans perdre de temps, elle ôte un par un ses doigts agrippés à sa baguette. Elle prend délicatement la tige et la dépose sur la table de chevet. Elle le déshabille d'un Divesto et fouille ses poches. Elle découvre dans l'une d'entre elles un morceau de tissu couvert de sang. Il lui semble vaguement familier.
"Gandral, il y a un laboratoire dans cette maison ? demande-t-elle avec une note d'espoir.
- Oui Maîtresse, répond-il en tordant ses mains.
- Parfait. Il faut que tu me ramènes tout ce qui est susceptible de soigner les blessures ouvertes : Dictame, Potions Régénératrice et Réparatrice, pansements..." ordonne-t-elle sur un ton qui se veut ferme.
Malgré l'angoisse qui lui tord l'estomac, à l'aide de sa baguette, la jeune femme tente de refermer la plaie la plus importante et qui se situe dans le cou. Deux trous profonds et parallèles. Ce ne peut être que la morsure d'un... serpent. Nagini, bien sûr.
Non seulement il a perdu énormément de sang, mais je crains que le venin ne se soit propagé dans le sang. Ses lèvres sont violettes. Sa respiration est à peine perceptible et il est si pâle !
L'elfe revenu avec les flacons, elle oblige Rogue à ingérer la potion la plus urgente, celle Régénératrice de Sang. Il déglutit difficilement. Même après trois flacons, son teint est toujours aussi blême. La couleur violacée de ses lèvres l'inquiète. Elle repousse avec douceur les cheveux de jais collés par la sueur.
"Gandral, il faut que tu trouves un bézoard dans le laboratoire. C'est urgent. Fais vite !
- Oui Maîtresse, acquiesce l'elfe dans un état d'extrême agitation.
En attendant son retour, elle s'occupe des nombreuses autres coupures. Il semble qu'il ait été victime de son propre Sort, Sectumsempra, celui qu'Harry avait utilisé sur Drago l'année précédente, en se référant au manuel du Prince de Sang-Mêlé.
"Vulnera Sanentur... Vulnera Sanentur..." entonne-t-elle d'une voix mélodieuse durant de longues secondes, en passant sa baguette sur les plaies qui se referment lentement, l'une après l'autre. Seule la blessure faite par le reptile reste purulente. Elle s'oblige à occulter les gémissements de douleur qui s'échappent des lèvres desséchées du sorcier.
"Maîtresse ! Je l'ai ! Je l'ai trouvé !" s'écrie Gandral en tendant le bocal comme s'il était en possession du Saint Graal.
Elle s'en saisit aussitôt, le débouche et en extirpe le bézoard. Malgré les tremblements qui agitent ses mains, elle soulève avec précaution la tête du sorcier et parvient à faire glisser la pierre dans sa bouche. Elle attend plusieurs secondes qui semblent des siècles. Il tousse mais ne recrache pas. Ses lèvres prennent une teinte plus claire. Le violet s'atténue. Les paupières lourdes se soulèvent sur ses yeux encre de Chine. Ils sont vitreux.
Le cœur d'Hermione manque un battement.
"J'ai fait du mieux que j'ai pu mais je ne suis pas sûre qu'il survive... avoue-t-elle à Gandral sur un ton las en s'asseyant sur une chaise et en épongeant son front couvert de sueur. Il aurait fallu lui donner le bézoard plus tôt. Il est conscient mais... je crois qu'il n'en a plus pour longtemps. Dans ses yeux... il n'y a plus le désir de vivre," précise-t-elle en essuyant une larme furtive.
L'elfe tord ses mains dans la crainte. Ses oreilles sont repliées, ses yeux larmoyants. Il marche de long en large en murmurant des mots sans suite. Soudain, il cesse ses allées et venues et sort de la pièce. Moins d'une minute plus tard il est de retour.
"Tenez Maîtresse, c'est pour vous, déclare-t-il en lui tendant un flacon.
- Qu'est-ce que c'est ? demande Hermione intriguée en se saisissant de la fiole dans laquelle baigne un liquide parfaitement incolore.
- Ce sont les souvenirs du Maître, répond l'elfe sans retenir les chaudes larmes qui inondent son visage. Regardez-les, je vous en supplie. Vous comprendrez... tout... Venez, il y a une Pensine dans le bureau. Je l'ai préparée, insiste-t-il en entraînant la jeune femme par la main.
Ils pénètrent dans un bureau. Une Pensine est posée sur un secrétaire. Hermione s'approche et verse d'une main tremblante le liquide transparent dans le récipient circulaire. Il se transforme aussitôt en une substance d'une couleur argent tirant sur le blanc, et formant un nuage. Elle doit agir rapidement. Il reste peu de temps avant que Rogue ne... meure.
Elle prend une grande inspiration et plonge sa tête dans la mémoire du sorcier.
...
Bibliothèque du Square Grimmauld
C'est elle. Elle est plus jeune. Certainement la fin de la cinquième année. Elle est assise sur le canapé en train de lire. C'est l'été. Elle porte un débardeur bleu pâle avec un short blanc. Ses cheveux indisciplinés sont simplement retenus par un crayon. Elle ne l'a pas entendu et joue avec l'une de ses boucles rebelles. Rogue l'observe du pas de la porte. Elle peut lire dans son regard une étincelle admirative. Comme s'il la trouvait... séduisante... Mais son autre moi ne le voit pas. Il s'avance de son pas discret.
"Bonjour Miss Granger, s'annonce-t-il de son timbre de velours.
- Oh professeur ! Vous m'avez fait peur, je ne savais pas que vous étiez là, s'écrie-t-elle en laissant tomber sur le parquet l'ouvrage qu'elle lisait.
Hermione reconnaît sur son visage qui prend une belle teinte cramoisie, tous les signes de l'agitation dus à un émoi amoureux.
Oh Merlin ! C'était écrit sur ma figure que j'éprouvais des sentiments pour lui.
Elle se penche pour ramasser son livre et en profite pour cacher son émotion à son professeur. Ce dernier se baisse en même temps pour se saisir de l'ouvrage et leurs mains se touchent. Le regard ténébreux vacille une fraction de seconde.
Elle se souvient encore de la sensation de sa peau contre la sienne. Chaude. Brûlante. Tout se mélangeait.
"Vous devriez prendre plus soin de ce grimoire qui a plus de deux cents ans, Miss Granger. Cela m'étonne de vous... déclare-t-il sur ce ton sarcastique qui n'appartient qu'à lui.
Il me taquinait et moi j'étais mortifiée comme une gamine prise avec les doigts dans le pot de confiture... Sa voix, son toucher, ses yeux : tout en lui me rendait fébrile.
"Professeur, je voulais vous remercier pour... m'avoir sauvée de la Malédiction lancée par Dolohov.
- Vous m'avez déjà remercié à l'infirmerie, Miss Granger. N'importe qui en aurait fait autant.
Les yeux du sorcier se plissent, mais c'est pour cacher une étrange lueur qui adoucit son regard sombre.
- Non, je ne crois pas. Madame Pomfresh m'a expliqué que sans vous je serais certainement... morte... Je vous dois une Dette de Vie à présent.
- Non ! Ne dites pas ça ! la coupe-t-il brutalement, ses yeux lançant des éclairs. Vous ne me devez rien, et surtout pas votre vie. J'ai fait ce qui était juste. Rien de plus. Vous comprenez ? ajoute-t-il cette fois plus doucement en détaillant son visage.
- Je... oui... Pardon professeur... Merci... bafouille-t-elle lamentablement en hochant la tête et en se mordant la langue.
Oh, ce regard énamouré, on lit en moi comme dans un livre ouvert...
La scène s'efface.
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Laboratoire de Potions
Elle s'affaire autour d'un chaudron en suivant les instructions de son mentor : Severus Rogue. Il lui a proposé au début de la sixième année de la prendre comme apprentie et de lui inculquer toutes les potions délicates à la condition expresse que cela reste un secret entre eux deux, et elle a été trop heureuse d'accéder à sa demande, sachant qu'il acceptait rarement un apprenti auprès de lui.
Ils travaillent côte à côte, et Hermione ne peut s'empêcher d'admirer sa dextérité. Ses mains, si longues, si fines, si habiles. Elle les imagine sur son corps, sur sa peau... Elle a chaud. Elle secoue sa tête. Elle ne doit pas avoir de pensées inappropriés envers son professeur. C'est contraire à l'éthique, elle ne l'ignore pas. Et pourtant, elle ne peut s'empêcher d'éprouver une forte attirance pour cet homme.
Elle n'ose lui montrer ses sentiments. Elle redoute tellement sa réaction ! Elle imagine le dégoût, le rejet, la colère dans ses charbons puis dans sa voix pleine de sarcasme, dans ses gestes emplis de répulsion. Elle ne supporterait pas sa révulsion, alors elle enferme son amour tout au fond de son cœur.
Comment pourrait-il lui retourner ses affections lui, ce sorcier redoutable, intelligent, à l'une de ses élèves, de vingt ans sa cadette, aussi brillante soit-elle ?
Les vapeurs du chaudron chauffe son visage et le fait transpirer. Elle ne remarque pas le regard brûlant posé sur elle. Les coins de la bouche du sorcier s'incurvent momentanément pour former un sourire. Elle lève sa tête, mais le visage masculin a déjà repris son masque illisible.
...
Bureau du Directeur de Poudlard
Un nouveau souvenir.
Rogue et Dumbledore ont une discussion particulièrement animée. Le cœur de la jeune femme se serre en découvrant ce dernier en vie. Il est installé dans un fauteuil. Ses traits sont tirés. Il semble supporter une grande souffrance. La voix du Maître des Potions la détourne de son analyse.
"Vous voulez envoyer à la chasse aux Horcruxes trois jeunes gens tout juste sortis de l'enfance ? Vous avez perdu la tête ? s'insurge-t-il en marchant de long en large dans la pièce, faisant virevolter sa cape derrière lui.
- Tu exagères Severus. Ce sont des adultes à présent, et nous avons besoin d'eux dans la lutte contre Voldemort, fait remarquer le vieux sorcier sur un ton las.
- Allons, vous savez aussi bien que moi que Potter et Weasley ne possèdent pas plus de cervelle qu'un Troll des Montagnes, qu'ils sont incapables de contrôler leurs émotions et qu'ils ont pour habitude de foncer tête baissée dans le danger sans évaluer les conséquences...
- Tu exagères mon ami. Ils possèdent de nombreuses qualités. N'oublie pas qu'ils seront accompagnés de Miss Granger qui elle, a parfaitement la tête sur les épaules et qui saura réfréner leurs ardeurs...
Les obsidiennes se troublent. Une ombre douloureuse traverse le visage austère.
- Savez-vous ce qu'il adviendra d'eux quand un Mangemort ou le Seigneur des Ténèbres les tiendra entre ses mains ? Ils seront torturés, affamés, tués... Ils n'ont aucune chance, aucune, explique-t-il avec force.
- Il ne peut y avoir de guerre sans dommages collatéraux. C'est le risque que nous devons prendre, déclare le vieux sorcier, sinon le monde risque d'être englouti par l'Obscurité.
- Nous ? Vous ne serez pas là pour les voir, ricane méchamment Severus. Ont-ils seulement une chance de réussir ? s'enquiert-il avec une trace d'inquiétude dans sa voix..
Pourquoi dit-il que Dumbledore ne sera pas là ? C'est comme tous deux savaient que le Directeur allait... disparaître !
- Eh bien, disons je l'évalue à une pour mille, avance Dumbledore en caressant distraitement sa longue barbe.
Il a l'air si fatigué, usé. Son teint est jaunâtre. Il est malade, c'est certain. Comment ai-je pu passer à côté d'une telle évidence ? Son soi-disant assassinat, tout était prémédité ! Rogue n'est pas son meurtrier, je comprends tout.
- Une pour mille ? Alors autant les envoyer directement à l'abattoir, répond amèrement le Serpentard en fermant ses poings, la couleur de ses yeux vire à l'orage. Laissez-moi m'occuper du Seigneur des Ténèbres. Je le connais, insiste-t-il en mettant le plus de conviction dans sa voix.
- Non Severus. Nous en avons déjà discuté. A chacun son rôle. Avec ma disparition, la confiance de Voldemort en toi ne feras aucun doute. Tu seras nommé Directeur de Poudlard et tu t'assureras de protéger discrètement les élèves, tranche sur un ton ferme l'aîné. Jédusor ne peut être anéanti sans la destruction préalable de ses Horcruxes, et il devra affronter Harry, affirme sur un ton inhabituellement autoritaire Dumbledore.
Hermione comprend que le plus Serpentard des deux n'est pas forcément le plus jeune des deux sorciers.
- Bien, je vois qu'il est inutile de poursuivre cette conversation puisque votre choix est fait et que vous n'en démordrez pas. Je vous laisse", crache le Serpentard le regard furieux, les poings serrés. Il ouvre la porte et la fait claquer sciemment avec violence derrière lui.
...
Laboratoire de Potions
Il est assis à son bureau, seul. Un flacon de Whisky devant lui. Il tient dans sa main un verre rempli aux trois-quarts. Son habituel masque d'indifférence a disparu.
Il a l'air si fatigué...
Elle brûle d'envie de tracer de ses doigts les contours anguleux de son visage ; la lumière en accentue chaque ligne. Il semble qu'il ne se soit pas rasé depuis deux ou trois jours. Elle ne l'a jamais vu dans un état aussi négligé. Cela ne ressemble guère au personnage. Cela lui donne à la fois un air las et vulnérable.
Il boit une longue rasade de Whisky, puis fait miroiter le liquide ambré en jouant avec la lumière qui passe à travers le verre. La lumière vacillante du feu dans la cheminée envoie des ombres menaçantes qui dansent le long des murs. Cette tristesse au fond de ses yeux charbonneux. Elle voudrait l'effacer mais sa main passe à travers lui. Il ne sait pas qu'elle est là, ne la voit ni ne l'entend.
Il repose le verre sur son bureau et ouvre le premier tiroir à sa droite. Il en extirpe un foulard. Hermione le reconnaît immédiatement. C'est son foulard. Celui que sa mère lui avait offert pour son entrée à Poudlard, et qu'elle portait constamment, comme un porte-bonheur. Elle s'était demandé où elle avait pu l'égarer. Elle avait pensé au laboratoire lors de l'une de ses séances privées avec Rogue. Elle l'avait cherché mais n'avait pu le retrouver et le sorcier lui avait assuré qu'il ignorait où son vêtement se trouvait...
Il m'a menti pour le conserver. C'est le tissu que j'ai retrouvé dans sa poche. Il l'a toujours gardé avec lui.
Elle était partie à la chasse aux Horcruxes sans lui.
Rogue plonge son nez dans le frêle tissu, comme pour s'imprégner de ses fragrances. Il murmure si bas que la jeune femme a du mal à comprendre les mots. Elle s'approche tout près et entend :
"Hermione... Hermione..."
La douleur dans la voix soyeuse brise le cœur de la jeune femme en mille éclats. Il m'aimait.
Tout se brouille.
...
La Bataille Finale
Elle repère sa frêle mais fière silhouette dans le parc du Château qui affronte plusieurs Mangemorts, leur masque argenté recouvrant les traits de leur visage. La bataille fait rage. Les Sorts fusent de tous côtés. Ils sont seulement une poignée d'étudiants à lutter contre des dizaines de sorciers aguerris. Elle se bat avec l'énergie du désespoir mais elle est épuisée. Harry a été tué par Voldemort peu auparavant, provoquant une débandade chez la plupart des Combattants de la Lumière. Elle ignore où se trouve Ron. Ils ont été séparés durant les affrontements.
Elle ne voit pas venir la lueur verte sur sa gauche qui se dirige droit sur elle.
Un Mangemort posté non loin d'elle enregistre la scène. Ses cheveux noir corbeau forment un contraste saisissant avec la clarté de son masque. D'un sang-froid remarquable, il lance un Petrificus dans le dos et elle s'écroule aussitôt, sombrant dans les ténèbres accueillantes avant même de toucher le sol.
L'Avada Kedrava passe au-dessus d'elle et se perd dans un buisson d'aubépines. Le sorcier aux cheveux sombres s'approche et la prend dans ses bras. Il vérifie que sa respiration est régulière et que son corps n'a pas subi de blessures importantes.
Malgré le masque, le soulagement dans ses obsidiennes est perceptible. Il caresse d'un geste discret le visage amaigri de sa prisonnière, ôte la boucle importune qui masque sa joue et disparaît avec elle.
Il m'a sauvée...
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Salon du Manoir Prince
"Tu es friand de ta Sang-de-Bourbe. Elle a beau être une Esclave-Trophée, je vois bien que tu es différent avec elle... déclare tranquillement Malfoy en dégustant une gorgée de Cognac et en laissant tomber la cendre de son cigare dans le cendrier de cristal posé sur le guéridon.
- Tu te trompes Lucius. Son traitement est différent de celui de Magdalena, justement parce qu'elle est un Esclave-Trophée, réplique Rogue sur un ton neutre, mais un pli soucieux barre son front.
- Nous nous connaissons depuis longtemps, et j'arrive à lire en toi, même si tu es remarquablement doué pour cacher tes émotions. Sois ferme avec elle, sinon elle te perdra, affirme le Blond en faisant miroiter l'ambre de l'alcool à travers son verre. Le Seigneur des Ténèbres n'acceptera pas que son bras-droit se laisse mener par le bout du nez par une esclave, fut-elle la Princesse de Gryffondor.
La main de Severus se crispe sur son verre. Il inspire profondément avant de répondre :
- Tu te méprends Lucius. Je la traite comme il se doit, et elle connaît chaque recoin de la Chambre des Tortures", susurre-t-il d'une voix persuasive.
Son interlocuteur se contente de hausser les épaules en affichant un sourire ironique et en rejetant une bouffée épaisse de son Havane. La suspicion est clairement lisible dans son regard acier.
"Comment se porte Narcissa ? s'enquiert peu après Severus sur un ton affable.
Il change de conversation, c'est clair comme de l'eau de roche.
- Elle est toujours dans un état dépressif. Elle sort peu, répond Lucius gravement en tirant sur son cigare.
- Elle pense toujours à sa sœur ? demande poliment son hôte.
Le silence s'installe.
- Non. En fait, elle ne cesse de ressasser la Bataille Finale. Elle est persuadée que le Seigneur des Ténèbres l'a emporté à cause d'elle, répond enfin Malfoy. Elle croit qu'en lui ayant avoué que Harry Potter n'était pas mort, cela a permis sa victoire et... elle regrette. Elle ne supporte plus son règne de terreur, les emprisonnements, les viols, les tortures... Elle a peur pour Drago, pour nous," achève-t-il la main légèrement tremblante.
Oh Merlin ! Ce n'est donc pas Rogue qui a trahi Harry ! C'est Narcissa ! J'ai toujours cru que c'était lui, et la Résistance aussi...
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Chambre de Severus, Manoir Prince
"Je vous déteste... avoue-t-elle pathétiquement en chuchotant les mots. Une tristesse mêlée de regret assombrit son regard noisette.
- Je le sais", répond-il avec résignation, et son ton est sans victoire.
On peut lire une profonde douleur au fond des yeux ébène. Mais l'Hermione de ce soir-là ne regarde pas vers le sorcier.
Ce dernier hésite et poursuit, cherchant malgré tout à la réconforter.
"Tu n'as pas à avoir honte des réponses de ton corps. Tu es jeune et ta chair est réceptive. Il est normal que tu éprouves du plaisir, même entre mes bras..." déclare-t-il de sa voix soyeuse.
La jeune femme lui tourne ostensiblement le dos en haussant les épaules et se recroqueville, entortillée dans le drap de satin vert empire. Elle est tellement repliée sur elle-même que l'on dirait un enfant qui se cache.
Comme je le détestais en cet instant ! Mais je me haïssais plus encore parce que j'avais apprécié chacune de ses caresses...
Rogue lève son bras et va pour poser sa main sur son épaule. Devant son attitude hostile, il suspend son geste. Un air de résignation accablée et désenchantée passe comme une ombre sur son visage.
...
Un léger sourire éclaire les traits de Rogue quand il ouvre la porte de la salle de bains. Mais son regard enregistre immédiatement la scène en une fraction de seconde. Hermione lui tourne le dos face au miroir. Une partie de ce dernier a été brisée, des éclats jonchent le sol. Son visage affiche un air d'incompréhension. Il remarque la serviette au sol et comprend tout. Il aperçoit un bout de miroir dans la main d'Hermione et il se fige.
Dans le reflet de la glace, les yeux ambrés noyés de larmes affrontent les onyx orageux. Malgré le tremblement qui agite sa main, elle appuie la pointe coupante dans son cou, sur la carotide. Elle déglutit avec difficulté.
"Si vous approchez, si vous tentez quoi que ce soit, je l'enfonce..." coasse-t-elle faiblement.
Les yeux du sorcier se plissent dangereusement. Il s'arrête. Ses doigts sont crispés sur sa baguette. Elle a peur, mais il peut lire une grande détermination au fond des yeux Whisky.
Et dans ses yeux à lui, je n'y lisais que de la colère alors qu'ils reflétaient de... l'inquiétude et de la frayeur. Il avait peur de... me perdre.
Il s'approche d'Hermione. Elle appuie aussitôt sur son arme de fortune, mais rien ne se passe, elle ne peut plus bouger. Elle ne comprend pas. Au fond des yeux noirs brûle une rage froide. Elle voudrait s'enfuir, mais elle est dans l'incapacité de faire le moindre mouvement. L'homme est effrayant.
Je peux à nouveau ressentir la colère dans chacune des cellules de son corps.
"Un simple Stupéfix Informulé", explique-t-il d'une voix mortellement calme dans le creux de son moi du passé en écartant ses doigts pour retirer l'éclat qui disparaît aussitôt.
Ses mains tremblent en ôtant la pointe. Je croyais que c'était un effet de mon imagination, mais non. Il ressentait une profonde émotion.
"Que croyais-tu faire ? exige-t-il.
Elle peut à nouveau se mouvoir, mais elle est encore tétanisée par la peur. Elle parvient pourtant à chuchoter :
- Vous échapper."
Les narines du sorcier palpitent. Son visage est plus pâle que d'ordinaire. Il est dans une telle fureur qu'il est capable de commettre l'irréparable.
Il y a également de la... souffrance dans son regard.
- Lucius a raison : je suis trop doux avec toi. Mais cela va changer. Ton acte ne restera pas impuni."
Tout s'efface.
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SP SP SP
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Hermione retire son visage de la Pensine. Elle ne sent pas les larmes silencieuses qui ruissellent sur ses joues, sur son corsage. Elle couvre son visage et essaie d'étouffer les sons horribles de désespoir qui sortent de sa bouche. Mille pensées contradictoires se bousculent dans sa tête. Elle s'est trompée sur toute la ligne. Il n'a jamais voulu lui faire du mal. Jamais. Le plus terrible, le plus douloureux, c'est qu'il a agi sans tenir compte de ses sentiments, des retombées sur sa personnalité, des conséquences sur sa vie, sur leur avenir.
Il m'aimait. Il m'aime. Tout simplement. Il a trahi l'Ordre quand tout était perdu. Toutes ses actions ont été motivées dans le seul but de me protéger, moi. Pour que je vive, pour que je ne sois pas violée, torturée ou tuée par un autre Mangemort. Comment ai-je pu croire qu'il était seulement un être froid, calculateur, cruel, insensible ? Un traître... quand il risquait sa vie. Un lâche quand il était courageux. Je ne lui ai retourné que mon mépris et ma haine.
Elle se dirige comme un automate vers la chambre de l'homme qui agonise et qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a pas cherché à comprendre. Un poids étreint sa poitrine. Elle s'approche du lit. Tout près de lui. Il respire à peine. Elle prend une main dans les siennes en s'asseyant au bord du matelas.
"J'ai vu vos souvenirs, commence-t-elle. La main pâle se contracte imperceptiblement. Vous avez fait tout ça... pour moi ? Pour me sauver ? Vous auriez dû me parler, m'expliquer..." chuchote-t-elle en oralisant ses pensées, sans chercher à retenir les ruisseaux de larmes qui aveuglent ses prunelles Whisky et mouillent leurs mains jointes. Elle pleure pour lui, pour elle, pour leur enfant qui ne connaîtra pas son père, pour la vie qu'ils auraient pu avoir...
Severus détourne le regard et ne répond pas. Pendant un long moment, ils restent enfermés dans le silence, seulement ponctué par leur respiration hachée.
Les paroles prononcées par Hermione transpercent le cœur de Severus, mais il est trop tard pour leur échapper. Le remords et la culpabilité fondent sur lui, le jettent dans la profondeur inimaginable des ténèbres. Durant ce qui semble une éternité, il dégringole dans un puits sans fond. Il suffoque, se bat pour s'en soustraire, mais il n'a d'autre choix que de permettre à la vague obscure de le transporter dans un vide sans fin.
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Ce dernier chapitre étant plus long que prévu, j'ai décidé d'en couper une partie que vous pourrez lire la semaine prochaine en même temps que l'épilogue...
C'est en imaginant les trois derniers chapitres que toute cette fiction a été écrite...
Un p'tit com ?
