- Je peux savoir pourquoi tu te tartines les yeux comme si on t'avait frappé ? Me demanda Edward observant mon reflet dans le miroir.
Cela devait faire environ un quart d'heure que je galérais à appliquer l'eyeliner gentiment prêté par Sheska mais avec cet énergumène dans mon dos, impossible de faire mon trait correctement.
- Je te l'ai dit, je sors ce soir.
- Pour une fille qui voulait retrouver au plus vite son monde, tu n'as pas l'air si pressée de trouver une solution.
Au contraire, Ed, si tu savais, tu me donnerais un bon point pour ma conduite exemplaire. Je donne de mon temps pour sauver quelqu'un de ton monde, tu devrais me remercier. Oh, j'oubliais, je ne peux rien te dire car à tous les coups, tu risquerais de faire foirer mon plan en te jetant dans la gueule du loup ! C'est sur ces remarques que je terminais de maquiller mes yeux. Un coup de brosse à cheveux plus tard et j'étais enfin prête à sortir.
Havoc n'avait pas pu refuser mon invitation, je l'avais fixé de mes plus beaux yeux de biche, déposant une main suppliante sur son bras. Alphonse avait assisté à la scène et n'était pas intervenu. De toute façon, il n'aurait rien gagné à le faire.
- Et je peux même pas savoir avec qui tu sors ce soir ? Insista le petit blond en se rapprochant de moi.
- Tu le sauras quand je rentrerai si tu es encore levé.
Je pourrai lui dire, mais je vois que ça le fait chier de ne pas savoir alors pourquoi s'en cacher ? En regardant une dernière fois ma présentation dans le miroir, je me fais à l'évidence : non, je n'aime absolument pas cette couleur dans mes cheveux. Si avant de repartir, il ne me remet pas ma blondeur, je lui promets qu'un monde de différence ou pas je reviendrai pour lui couper les siens.
Trois coups sont frappés à la porte. Je sors en trombe afin qu'Edward n'ait pas le temps de sortir et de voir mon partenaire d'un soir. Je fais à peine attention aux formules de politesse d'Havoc que je le guide en dehors de l'hôtel, un tantinet pressé.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Demanda-t-il essoufflé par cette course inattendue.
Je reprends ma respiration à mon tour et reprends une allure décente, affichant un sourire désolée au grand blond. Il a troqué son uniforme militaire pour une tenue plus sobre, une veste noir par-dessus une chemise et un jean bleu foncé, classique mais efficace.
- Rien de grave, je voulais juste éviter que les frères Elric ne me posent trop de question.
Mon explication parait lui convenir car il change directement de sujet de conversation tandis que nous marchons vers un petit restaurant, celui auquel Roy m'avait invité lors de ma deuxième soirée dans ce monde. Je ne sais pas trop quelle attitude employer avec lui, il est clair que tout ce que je veux faire, c'est me rapprocher de lui au point de savoir quand il croisera Envy. Loin de moi l'idée de vouloir lui faire de la peine. C'est avec appréhension que nous nous installons sur la terrasse, loin des regards et des commères de quartier ou même des couples venus passer un bon moment ensemble.
- J'ai été très étonné par ton invitation, me dit-il en s'asseyant en face de moi. C'est vrai, je pensais vraiment que tu serais plus attirée par un garçon comme Edward ou Alphonse.
Je manque de m'étouffer à l'énonciation des deux prénoms. Comment a-t-il pu croire un instant qu'Edward correspondrait à mes attentes en terme de mec ? Il est chiant, bruyant, malpoli, on dirait presque moi dans le sexe opposé quand je suis dans ma mauvaise phase ! Quant à Alphonse, la question ne se pose pas réellement.
- Je vois que je me suis trompé.
- LOURDEMENT trompé, rectifiai-je en toussant ce qu'il me reste de dégout. Il faut croire que je préfère les choses plus raffinées et romantiques, m'empressai-je d'ajouter.
Le serveur vient prendre nos commandes, je ne prête pas attention au regard que me jette Jean à ce moment-là. Je suis en mission personnelle, il ne faut pas que je perde ça de vue mais d'abord il faut qu'il ait confiance en moi…j'avoue que je pense avoir gagné des points en abaissant légèrement mon décolleté pour l'occasion mais on ne sait jamais.
- Ca se passe bien au quartier général ? Poursuivis-je en me penchant légèrement en avant, les doigts légèrement entrelacés.
- Oui ça peut aller, on a énormément de travail, paperasses, des trucs ennuyeux dans le genre.
- Je vois, j'espère que je ne prends pas de ton temps de travail.
- Mais bien sûr que non, répondit-il en plongeant ses perles bleues dans les miennes.
Nos commandes arrivent enfin, j'ai pris quelque chose de facile à manger et le choix parfait que peut faire une fille à un premier rendez-vous : une salade. Je vais juste crever de faim après, certes, mais je serai classe et raffinée. Le vent est particulièrement frai et agréable ce soir, j'observe un instant la nappe blanche recouvrant la table et la parcours du bout des doigts.
- Je ne devrai peut-être pas t'en parler, dit Jean d'un ton plus bas, mais le Fullmétal nous a confié que tu étais apparemment d'un autre monde.
Je manque d'arracher le tissu sous cet aveu, il a fait quoi ?! Je n'étais même pas au courant de ça moi ! Ce petit morveux, il ne paie rien pour attendre…
- Je vois et…qui d'autre est au courant ? Demandai-je en apportant le verre à mes lèvres.
- Le colonel Mustang et le Lieutenant Hawkeye, je pense mais je peux te poser une question ?
Si c'est à propos de notre société ou des bêtes noires qui dominent notre monde afin de préparer un plan pour l'envahir, il est hors de question que je…
- Elles sont comment les filles de l'autre monde ?
…Ohw.
- …Les filles ? Répétai-je sur le point de m'effondrer.
- Oui, est-ce qu'elles sont plantureuses, avec de longs cheveux et des formes parfaites ?
Je…c'est la première fois que je n'ai aucune idée de comment m'échapper d'une conversation. Ce mec est un véritable pervers en fait, c'est pas Mustang.
- Eh bien, elles sont comme ici, j'imagine.
Je voyais bien à son regard qu'il adorerait venir avec moi dans l'autre monde rien que pour s'en assurer. Il commence réellement à me faire peur. Je grignote au plus vite mes petits bouts de salade tandis qu'il avale son steak en me posant diverses questions, que j'éludais facilement en moins de trois syllabes.
- Dis-moi Jean, il se passe quelque chose en ville en ce moment ? Quelque chose qui pourrait forcer l'armée à rechercher des individus ?
Ma question est assez mal posée et a le don d'intriguer Havoc. Je ne sais pas de quelle manière je peux lui demander comment il risque de se mettre en danger dans les prochains jours.
- Eh bien…en ce moment, y a pas mal d'incendies qui se déclarent aux extrémités de la ville mais on n'a aucune idée de qui ça pourrait être, ils ne laissent aucune trace à chaque fois.
- Des incendies ?
Il acquiesce en buvant une nouvelle gorgée. C'est une piste, d'autant plus que je n'imagine pas Laetitia gambader comme si de rien était dans les rues de Central. J'en toucherai deux mots à Alphonse.
Le repas se termine calmement, j'apprends de plus en plus de chose sur Jean, comme le fait qu'il a failli ne pas être militaire suite à un comportement peu louable, que le colonel s'amuse à lui piquer toutes ses conquêtes et qu'il n'a toujours pas compris que les lettres de Karen étaient factices. Tel un gentleman, il me raccompagne jusque l'hôtel où les frères Elric et moi-même logeons. Il pousse le vice à me suivre jusque la porte de la chambre. Je redoute un moment qu'Edward soit resté éveillé juste pour savoir avec qui je sortais, c'est donc à pas de souris que je me glisse jusque l'entrée.
- Merci pour la soirée, conclus-je en lui adressant un petit sourire.
Il me le rend volontiers mais je sens que quelque chose m'échappe. Jean dépose délicatement sa main sur mon épaule, se penchant légèrement vers moi alors que j'agrippais le chambrant pour ne pas tomber. Son visage se rapproche dangereusement du mien dans un élan qui me dépasse. Au moment-même où je sens un souffle balayer ma peau, une voix s'élève au beau milieu du couloir.
- Est-ce que vous êtes obligés de faire vos cochonneries devant la chambre ?!
- Boss ?
- LIEUTENANT HAVOC ?!
Mes oreilles…pendant que les deux hommes se dévisagent, j'en profite pour rentrer à l'intérieur de l'appartement et salue Alphonse, assis sur le canapé. La porte se referme dans un grand fracas et Edward ne tarde pas à se poster devant moi.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?! S'écria-t-il.
- Bah quoi ? Je suis juste sortie avec Jean pour une soirée, je vois ce qu'il y a de mal.
- J'avoue, je me demande pourquoi le faire de sortir avec un militaire nous emmerderait dans notre quête. Rétorqua-t-il ironiquement en jouant la comédie.
- Qu'est-ce qui se passe le petiot, t'es jaloux ? Si tu veux, on peut sortir ensemble demain soir si ça te gêne autant.
- Non merci, je n'aime pas les rousses.
…Je vais lui niquer sa race, il va s'en prendre une tellement fort que ça réveillera la Vérité. Aucun intérêt de me justifier pour le coup, j'ai ce que je voulais, je vais devoir surveiller les entrepôts à l'extérieur de la ville.
- Comment ça s'est passé ? Me demanda Alphonse un peu plus enjoué.
- Assez bien, sauf qu'il est un peu flippant sur les bords.
- Dans ce cas, pourquoi tu sors avec, marmonna Edward tout bas pensant que je ne l'entendrai pas.
- Pour une raison qui ne te regarde pas, n'est-ce pas Alphonse ?
Il approuve d'un coup de tête, je m'assois confortablement sur le deuxième canapé et admire les veines qui sortent une à une du front du petit blond.
- Vous voulez dire que vous avez un plan et que vous ne m'en avez même pas parlé ?!
Personne ne lui répond, il ne se mettrait que plus en colère mais je dois dire que ça m'amuse de le mettre hors de lui. Le pauvre petit alchimiste, renommé qui plus est, évincé d'une simple petite mission, c'était jouissif. Voyant notre manque de réaction, Edward poussa un énorme soupir et partit en direction de sa chambre personnelle.
- Ok, si vous voulez rien me dire, allez vous faire voir. Pesta-t-il d'un ton dur.
Sa porte claque dans un grand bruit. Je crois que je l'ai vexé.
- J'espère vraiment que ça valait le coup de l'énerver, souffla Alphonse en se tournant vers moi.
J'affiche un sourire satisfait qui dû traduire mes pensées.
- Dès demain, j'irai faire une petite expédition dans Central.
Il opine du chef, me demandant une nouvelle fois de faire très attention. Jetant un petit coup d'œil à l'heure, je décide d'aller me coucher, laissant à mon grand regret Alphonse dans sa solitude nocturne. Si seulement j'étais capable de tenir des nuits blanches, peut-être que je passerai plus de temps avec lui. Je rejoins ma chambre, me glissant sous les draps propres de mon lit, j'ai la femme de me démaquiller et je m'en occuperai demain matin. Le visage enfoncé dans mes coussins, je sens peu à peu la fatigue m'envahir et me pelotonne au matelas. La nuit dans le train ne m'avait pas vraiment reposée.
Mes paupières se soulèvent, se referment et répètent ce mouvement pourtant automatique pendant des heures. Incapable de dormir, pourtant, ce n'est pas la fatigue qui me manque. J'avais réussi à somnoler pendant une heure environ. Las de ne pas trouver le sommeil, je m'installe en tailleur en baissant la couverture jusque mes genoux. Les lumières de la ville filtrent à travers les rideaux et m'apaisent l'espace d'un instant. Je baille à plusieurs reprises, contrastant avec ma soudaine insomnie.
Je sors du lit, déterminée à trouver un moyen de me fatiguer. Sur la pointe des pieds, je m'approche de la porte et tire la poignée. A ma plus grande surprise, aucune trace d'Alphonse, j'imagine qu'il est parti se dégourdir les jambettes métalliques.
- Al ? Appelai-je d'une voix à peine audible.
Evidemment, personne ne me répond. Un gargouillement provenant de mon ventre et une sensation de manque m'informe que j'ai faim. Je décide de sortir de l'appartement pour voir s'il y a encore quelqu'un dans les cuisines pour y chiper un ou deux trucs à grignoter. Lorsque je me retrouve dans les escaliers, le vent s'engouffrant par les fenêtres frôle mes jambes et mes bras. Je réprime un frisson en dévalant les dernières marches. Les lumières de l'accueil sont éteintes, je ne sais quelle heure il est mais je devine que nous devons être tard dans la nuit.
Une lumière au bout d'un couloir attire mon regard, une faible odeur de sucre s'en dégage et je ne peux dire si c'est mon ventre ou mes jambes qui m'y conduisent. Arrivée à l'entrebâillement, je jette un coup d'œil à l'intérieur pour voir qui s'y trouve. Je ne distingue qu'une ombre penchée vers le contenu du frigo, c'est donc bien la cuisine de l'hôtel. Je me suggère de retourner dans la chambre quand une faible voix parvient à mes oreilles.
- J'en étais sûr qu'ils en avaient, je crève la dalle.
Ce timbre, ni grave, ni aigue, je reconnais là les paroles d'Edward, il ne devrait pas dormir lui, par hasard ? Je pousse discrètement la porte afin de lui faire une petite frayeur. Glissant sur les pavés froids pour ne pas faire de bruit, je me retrouve derrière lui, les mains agrippant un pot de glace dans la partie congélateur du frigidaire.
- Il est formellement interdit de fouiller dans les affaires de l'hôtel, le réprimandai-je d'une voix plus grave en déposant ma main sur son épaule.
- Mais qui que hein ?! S'égosilla-t-il en se prenant la porte du frigo dans la tête après avoir sursauté.
D'une main sur ma bouche, je réprime l'envie que j'ai de me moquer de lui mais on ne sait jamais qu'un vrai responsable passe dans le coin. Toujours est-il que ma blague a fait son petit effet, le visage d'Edward est rouge et il referme le frigo en se frottant la tête d'une main, me foudroyant de son regard le plus noir.
- Je n'étais pas en train de voler, bredouilla-t-il sans me quitter des yeux. J'effectuais une vérification des produits pour être sûr que personne ne tombe malade.
- De nuit ? Et je pense aussi qu'il fallait impérativement vérifier la senteur de ce pot de glace dans les plus brefs délais !
- Exact ! Et je peux savoir ce que tu fous toi aussi ? Tu devrais pioncer, les prochains jours risquent d'être durs pour une faible comme toi.
Au moment même où je comptais répliquer d'une phrase cinglante, mon ventre émet un son que j'aurai préféré garder secret. Les lèvres d'Edward s'étirent pour former une expression telle que j'aurai voulu prendre un couteau et couper dedans.
- Alors, on dirait que le restaurant n'a pas suffit à mademoiselle rousse.
- Ecoute moi bien, je vais te…
Mon ventre grogne à nouveau, j'abandonne, je le pousse légèrement sur le côté pour atteindre le frigo et me servir sans gêne. J'en sors le fameux pot de crème glacée qu'il avait tenté de subtiliser et le dépose sur la table.
- Je ne saurai pas le manger toute seule, déclarai-je en me dirigeant vers l'argenterie. Tu m'aides ? Après tout, pour avoir quelque chose, il faut en sacrifier une autre de même valeur, n'est-ce pas ? Alors je sacrifie la moitié de cette glace pour t'en donner l'autre.
- Je crois que j'aime bien ta notion de l'échange équivalent, répondit-il en s'emparant de la cuillère que je lui tendais.
Afin d'être tranquille et de ne pas nous faire prendre, nous remontons dans l'appartement et plus précisément dans la chambre d'Edward où la vue sur la ville était plus agréable. Nous nous installons l'un à côté de l'autre, plaçant le pot au centre du lit. Chacun à notre tour, comme des enfants, nous plongeons nos cuillères pour manger cette succulente glace à la vanille. Si à chaque trêve, on s'offre un moment comme ça, j'accepte que les vitres explosent à force de nos cris.
- C'est bon… ! Gémis-je au bout de la troisième portion.
- Comment cha che fais que tu dors pas ?
Je serre mon couvert en réfléchissant, ma première heure de sommeil n'avait pas été calme et sereine. Je revoyais encore Jean sous la menace de l'homonculus mais ce n'était pas ce qui me troublait le plus. Pour la première fois, j'avais rêvé de ma mère, je l'avais vu l'espace d'un songe. Elle s'inquiétait de ne plus me voir, je ne parvenais pas à lui parler, comme si une vitre se dressait entre elle et moi. Cette vitre, c'est la porte de la Vérité. En me remémorant le visage triste de ma mère, je ne pouvais pas m'empêcher de laisser les larmes s'accumuler aux bords de mes paupières. L'une d'entre elles se permet de couler le long de ma joue quand une main dure se poser sur ma tête. Je remonte le visage et m'aperçois que c'est la mécagreffe d'Edward, il détourne les yeux pour ne pas affronter les miens. Progressivement, ses doigts s'enfoncent dans ma chevelure dans une caresse qui m'apaise, seuls nos respirations et mes quelques sanglots rythmes les minutes qui défilent. Je me sens mieux au fur et à mesure mais ne dis rien, dans l'espoir qu'il ne brise pas tout de suite ce contact.
- La glace va fondre, marmonna-t-il en retirant sa main.
Ses joues légèrement rosies ne m'échappent pas, si seulement il pouvait être aussi mignon la journée…J'acquiesce et reprends une grande cuillère de crème glacée. Nous le terminons assez rapidement, mes hanches risquent de m'en vouloir demain. Une fois la tristesse envolée, je me sentais tomber lentement dans la fatigue. Je me lève pour rejoindre ma chambre, une fois la main sur la poignée de la porte, je me retourne et croise ses yeux d'or.
- Merci.
Les rayons du soleil et le bruit de la capitale ont raison de ma grasse matinée, je traine les pieds jusque la salle de bain. Un coup d'œil dans le miroir me rappelle que j'avais omis de me démaquiller hier soir, mes yeux sont noirs, on dirait une gothique rousse. Je répare vite fait mon erreur et continue de vérifier les moindres détails de ma peau. Plus le temps avance, plus j'ai l'impression que de la buée se dépose sur le miroir. Etrange, la buée n'apparait que quand il y a une source chaude qui…Une image traumatisante vient de s'encrer dans ma tête, probablement à vie et probablement aussi dans mes prochaines réincarnations ainsi que celle de mes enfants. Dans le reflet, j'avais vu quelqu'un sortir de la douche, dont je n'avais pas prêté attention à mon arrivé. Je me cache les yeux à l'aide des mains mais c'était trop tard, beaucoup trop tard.
- QU'EST-CE QUE TU FOUS ICI ?! Hurla Edward – nu je peux le confirmer - dans mon dos.
- JE SAVAIS PAS QUE TU ETAIS DANS LA DOUCHE ! Me justifiai-je sans penser une seconde à sortir. RHABILLE-TOI VITE.
- T'as qu'à sortir !
- Je peux pas, j'ai les yeux fermés !
- Ouvre les !
- Non, je risque de te voir et ton…enfin tes…enfin tu comprends !
Même avec les yeux fermés, je peux sentir la tension de cette méprise. J'ai chaud, la chaleur de la pièce en était étouffante. Deux mains s'emparent de mes avant-bras mais je m'extirpe de son emprise en criant.
- Ne me touche pas, t'es nu !
Un grognement lointain m'indique qu'il quitte la salle de bain. Je m'autorise quelques minutes après à ouvrir yeux. Il n'est plus là, à mon plus grand bonheur. Mon Dieu, j'ai vu son…enfin ça…enfin voilà quoi j'en perds même mon vocabulaire. Pour le coup, je n'ose même plus quitter la pièce de peur qu'il ne soit toujours pas habillé.
- Tu comptes rester trois heures là-dedans ?! M'engueula Edward de l'autre côté de la porte.
- Tu es habillé ?
- Mais oui !
Enervé de m'attendre, il ouvre la porte, j'en profite pour déguerpir sans croiser son regard. Je retourne dans ma chambre, ne prêtant pas attention à l'armure plantée en plein milieu du salon, assistant malgré lui à cette scène qui se voulait…traumatisante.
Le ciel nuageux de Central au dessus de la tête, je me promène dans la capitale dans l'espoir de trouver les entrepôts dont me parlait Jean hier soir. J'essayais par tous les moyens de me changer les idées, les rougeurs n'avaient toujours pas décidé de quitter mes joues, je dois ressembler à une tomate sur pied. Avec mes cheveux roux, je pense que j'ai assez donné pour aujourd'hui.
- Pssssch hey toi, la rousse !
…non, le prochain qui m'appelle comme ça, je coupe mes tiffes et je lui fais avaler. Je regarde de droite à gauche et finis par apercevoir quelqu'un qui m'observe assis à la terrasse d'un café. Elle est plutôt belle à première vue, des formes généreuses et une taille fine. Ses cheveux sont longs et d'un noir aussi intense que ses yeux violets. Intriguée, je m'approche de sa table et l'interroge du regard.
- Assis-toi, je t'offre quelque chose ? M'invita-t-elle d'une voix sensuelle.
- Ohw euh, excusez-moi si vous vous méprenez, mais je ne suis pas vraiment de ce bord-là, non pas que vous soyez repoussante bien au contraire !
Elle pousse un rire discret qui ne me met pas vraiment à l'aise.
- Ne t'en fais pas, je ne suis pas en train de te draguer. Je t'ai vu hier soir avec Jean. Solaris, enchantée.
Vu la façon dont tu me regardes, soit tu me dragues, soit tu veux me tuer, me dépecer et me manger. Je préfère encore la première version. J'accepte cependant le verre qu'elle me propose.
- Vous êtes une amie de Jean ?
- Eh bien, je pensais être sa petite copine jusqu'à ce que je vous voie hier…
Elle semble peinée, ce qui ne me réjouit pas. Je n'aime pas faire du mal aux autres, d'autant plus que je n'ai aucunement l'intention de sortir avec Havoc. Je me dépêche donc de réparer cette erreur.
- Ne vous en faites pas, je ne suis qu'une amie, c'est moi qui ai insisté pour dîner avec lui.
Elle semble satisfaite, je l'observe pendant que je sirote lentement mon verre. Ce qui me choque le plus, c'est qu'elle porte presque un col roulé, alors que la température extérieure n'est pas si froide que ça, surtout qu'avec une poitrine pareille, je ne vois pas pourquoi elle ne l'afficherait pas. Poitrine…ah, je comprends mieux pourquoi c'est la copine d'Havoc. En buvant mon dernier coup, je m'apprête à repartir, il faut absolument que je trouve les entrepôts avant qu'Alphonse ne soit obligé de balancer mon deuxième plan. Au moment même où je veux quitter les lieux, Solaris me retient d'une main sur l'épaule. Je sens à travers ses longs gants noirs que ses ongles sont longs et pointus, je n'avais jamais vu ça.
- Ne pars pas comme ça, je veux au moins savoir ton prénom. Dit-elle d'une voix plus grave qu'à l'accoutumé.
- Hum, je m'appelle Lorène. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir dans un autre contexte.
-…J'en suis certaine, ajouta-t-elle lorsque je reprenais la rue piétonnière.
Contrairement à ce que j'aurai pu penser, ça ne ressemblait pas à une politesse, à une envie de me revoir mais plutôt à…une menace ? Non, je dois me faire des films.
