Chapitre 23 : Il n'est de véritabledéception que de ce qu'on aime.
Le temps semblait figeait. Rien hors mis les sens d'Eslie n'étaient en action. Les paumes de l'homme posaient sur ses joues. Le contact de ses lèvres sur les siennes. Cette douceur immobile attendant sa réaction… Son cœur accéléré par la surprise et l'émotion refusait de se calmer. Une légère odeur de livres, de cafés et feuilles lui chatouillait les narines. Elle sentait les cheveux en batailles de l'homme lui caresser le visage. Paupières clauses, l'adolescente ne voulait croiser le regard de celui qui avait eut le courage de lui voler ce baisé. Pourquoi Reever… ? Depuis quand ? Comment devait-elle réagir ? Jamais elle ne l'avait considéré autrement que comme un camarade, un ami, une sorte de grand frère. Nullement comme un amour.
Karwel le sentit abandonner ses lèvres, et ses mains quitter son visage. Doucement, elle reprit sa respiration avant d'ouvrir les yeux. Reever était bien là, un sourire aux lèvres. Cependant, l'autre « détail » auquel elle ne put échappé, lui coupa encore plus la voix.
Lavi couru. Il monta les escaliers quatre à quatre, et s'engouffra dans le large couloir qui menait au bureau de la section scientifique. Eslie n'était pas amoureuse de Yû. Le garçon en aurait presque eut un grand sourire si la fille n'avait pas ajouté qu'elle le détestait. Mais il commençait à la connaître. Elle avait dit cela sur le coup. Elle ne le pensait pas. Pas vrai… ?
Le garçon amplifia ses mouvements, demandant à ses jambes d'agrandir la distance séparant chaque pas. Il entendait le bruit de ses foulées rapprochées, mais cela ne lui suffisait pas. Le roux souhaitait atteindre la fille, et se déclarer. Maintenant. Peu importe les circonstances. Peu importe de le faire devant le commandant Reever. Peu importe si ce n'est pas lui dont-elle était amoureuse ! Il s'en fichait. Il voulait tenter le tout pour le tout, et serait fixé pour de bon.
L'exorciste prit un virage en épingle et arrêta sa course en entrant en contacte avec quelque chose de petit. Les deux hommes s'écrasèrent au sol.
- Désolé Johnny ! J'ai pas…
- Ça va, ça va, rit-il en replaçant ses lunettes droites.
Un autre scientifique les aida à se relever. Lavi reconnu Tap.
- Tu es bien pressé ! ajouta celui-ci avec un grand sourire.
- Je… je me rendais dans votre bureau justement, répondit le rouquin au garçon au bonnet. Euh ! Vous n'y êtes pas d'ailleurs ?
- Le commandant nous a accordé une pause, expliqua le scientifique aux lunettes.
- Reever !
- Ça arrive de temps à autre. Lorsque Eslie vient pour lui parler. Souvent elle parle avec le Maréchal Tiedoll, mais celui-ci est repartit en mission pour trouver d'autres compatibles. Alors, on n'est pas étonné de la voir. Elle nous rend souvent visite, et joue aux dames avec nous…
- Eslie ne sait pas jouer aux échecs, commenta Tap.
- La première fois ça nous faisait bizarre. C'est sur que l'on a plus l'habitude que ce sois Lenalee qui nous rende visite. Mais elle traîne plus avec Allen ses derniers temps. Tout ça pour dire, que la première fois, on a écouté Eslie. Puis Reever nous a fait sortir après. Et maintenant, ils préfèrent être seuls quand ils parlent ensemble. Faut dire que certains scientifiques posaient trop de questions… Et ça n'a pas plu au commandant. Et puis…
- Johnny ! coupa Lavi. J'ai comprit. Ne pars pas dans un speech.
- Excuse-moi, rigola-t-il. Mais pourquoi voulais-tu nous voir ?
- Techniquement, ce n'était pas vous. Je pensais pouvoir rattraper Eslie, justement.
- Et bien, elle est avec le commandant Reever. La pauvre. Elle n'avait pas l'air d'aller bien…
- Je sais, je sais, dit rapidement le rouquin. Merci les gars.
Il reprit sa route en marchant, laissant les deux scientifiques américains suivit par le reste de la section, discuter. Lavi entendit des « Je verrais bien Eslie et le commandant ensemble », des « Idiots ! Je suis sur que le commandant n'en est pas amoureux », des « Et bien moi je pense »… Sourcils fronçaient le roux ne releva pas et prit le boyau à sa droite. Les éclats de voix s'échappaient de la porte entrouverte du bureau des scientifiques. Hors mis la voix d'Eslie, elle celle de Reever qu'il reconnu, Lavi était plongé dans le silence. L'adolescent se prépara à rentrer sans prévenir, quand il entendit son nom être prononcé.
- Que penses-tu de Lavi ?
C'était Reever qui posait la question. Sa voix était calme et compatissante. Douce… amoureuse ? Non. Il ne fallait pas que les paroles de Johnny Gill et de son gros copain au bonnet de laine ne lui perturbent les paroles qu'il entendait. Le garçon retira sa main de la poignée, mais ne la quitta pas du regard. La fille prit quelques secondes avant de répondre. Toutefois, c'est première paroles furent comme une claque en plein visage.
- … C'est un idiot.
Les mots étaient durs. Elle les avait prononçaient dents serrées. La suite des paroles ne fut pas épargnée.
- Un gros bêta qui cherche à aider les autres, mais qui s'il n'y arrive pas devient infecte.
Infecte… alors si. C'était vraiment ainsi qu'elle le voyait. Elle le détestait bien. Jamais elle ne lui avait pardonné ce qu'elle avait entendu. Eslie gardait au fond d'elle de la rancœur. Il l'avait déçu, blessé. Avait-il vraiment était minable à ce point face à Yû ? En y repensant, oui. Il ne s'était pas rendu compte de l'immaturité dont il avait fait preuve. Un gamin qui ne supporte pas d'avoir tord et qui est jaloux des autres. Voilà, l'image que ça lui renvoyait. Et malheureusement c'était vrai.
- C'est un abrutit qui ne sait pas contrôler ses sentiments. Car quoique le fait que ce soit un bookman, il en a !
Lavi releva la tête surprit. Cette phrase avait été dite différemment des autres. Elle était plus sensible, plus mélancolique. Cela cachait-il quelque chose ? Ce ton ne dura pas.
- C'est quelqu'un qui malgré sa sensiblerie est violant, lunatique.
Elle avait bien insisté sur le violant, là. Il le savait. Eslie ne lui avait pas blanchi son excès de colère en France…
- C'est un sombre crétin qui ment à tout le monde et avant tout à lui-même. C'est un adolescent affichant un masque de rire pour cacher un cœur blessé ! Et comme il est blessé, il veut que les autres le soit !
C'est comme si une lame froide traversa le cœur du bookman. Elle avait pu lire autant en lui ? Quelle honte ! Bookman… il n'était même pas capable de contrôler son image face aux autres. Ce masque que Lavi affichait, il était en effet un moyen de se cacher. Blessé ?... Oui. Elle l'avait touché en plein cœur. Eslie le tuait à petit feu un peu plus chaque jour. Blesser les autres ? Non. Ce n'était absolument pas son intention. Certes, ce qu'il avait dit à Yû, comme quoi il préférait voir Eslie seule qu'avec le japonais, pouvait laisser penser cela. Il l'avait pensé sur le coup. Mais jamais le rouquin ne voudrait voir quelqu'un souffrir autour de lui. Il s'était trop éloigné de la voie du bookman pour y rester neutre.
Lavi leva le regard vers l'intérieur de la pièce et se plaqua contre le mur en voyant le scientifique en blouse blanche s'avancer près de la porte. Il ferma les yeux, se préparant à recevoir une correction. Cependant, le blond ne s'engouffra pas dans le couloir. Lavi tourna la tête pour voir l'entrebâillure à un mètre de lui. Par l'ouverture, à l'intérieur du bureau, il vit Reever juste devant lui. Wenhamm s'était juste collé au mur près de la porte. Le scientifique donna un coup d'œil vers le rouquin. Lavi déglutit avec difficulté, mais l'adulte ne dit rien. Il se contenta d'ouvrir un peu plus la porte avec son pied, pour que le son soit plus audible au bookman. Le roux le regarda interrogateur, mais n'eut pas de réponse. Il s'assit donc, dos au mur.
- Je ne pense pas qu'il blesse les autres intentionnellement, dit Reever le regard de nouveau sur l'adolescente.
Lavi tourna de nouveau la tête vers le scientifique. L'australien lui lança un autre regard, puis lui fit un clin d'œil. Le roux continua à le fixer, sourcils fronçaient. Qu'avait-il en tête ? Son ton était sincère, mais semblait posséder une petite pique. Envers qui ? Lavi ne pouvait le dire.
- … Mais surtout, il ne cesse de me décevoir.
Le scientifique vit le visage de Lavi s'assombrir. Mais Eslie poursuivit avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit.
- Les premières fois encore c'est marrant. Mais très vite, s'en est devenu blessant. Il a passé tout le monde.
Encore cette fameuse promesse…
- Un moment j'ai cru qu'il avait trouvé, vraiment, continua-t-elle calmement. Enfin, je me suis dit, c'est bon, fini de souffrir.
Le roux en resta stupéfié. Alors comme ça, peut être qu'il avait été proche de la réponse ? Si Eslie avait pensé qu'il avait trouvé, c'est que c'était quelqu'un à qui il avait pensé. Mais qui ? Le seul nom que le bookman voulait entendre était le sien. Mais…
- Mais non. Kanda, Allen, Krory… Par moment j'ai même cru qu'il était jaloux.
Bien sur qu'il était jaloux ! Il ne pouvait le nier. Rien qu'en ce moment précis, il éprouvait désir et colère envers Reever d'être aussi près de celle qu'il aime.
- Eslie, murmura-t-il à lui-même, tu es aussi aveugle que moi…
La voix de l'adolescente reprit.
- Comme pour l'histoire Timothy.
Ah oui ! Ce petit vicieux. Il aurait bien eut envie de lui botter les fesses. Franchement ! Jaloux d'un petit gosse français de neuf ans. Lavi était tombé bien bas. Encore une fois, il en rirait presque. Mais l'instant était très loin de l'hilarité. Au contraire. Il avait de plus en plus de mal à entendre les reproches d'Eslie. La seule différence avec ce qu'avait vécu la jeune fille, c'est qu'elle n'était pas soule et qu'elle pensée ce qu'elle disait.
- Ce n'est pourtant pas compliqué à trouver qui j'aime.
Lavi n'arrivait plus à penser. C'est la dernière phrase qui lui acheva le moral.
- C'est incroyable comme je peux le détester par moment !
C'en était assez ! Le roux sera les poings et se leva. Il ne voulait plus entendre un seul mot de la conversation. Il en avait suffisamment écouté. Ce dialogue ne lui apportait rien qu'il ne savait déjà. Ni de qui dont Eslie était amoureuse. Rien de positif sur ce qu'elle pensait de lui. Aucune. Pas la moindre preuve, le moindre petit indice laissant penser qu'elle éprouvait des sentiments pour lui. En même temps, avec les pensées qu'elle avait de lui, cela ne l'étonnait guère. L'adolescent au cache œil se prépara à quitter les lieux quand la voix de Reever lui parvint aux oreilles. Un ton froid et dur. Une tonalité très différente de celle que l'on connaissait habituellement du scientifique.
- Parfois, les gens devraient rester et écouter la conversation en entier. Cela éviterait les quiproquos. Et aucun détail n'échapperait à la personne.
Bookman junior se retourna vivement vers le blond qui le regardait sourcils fronçaient. Le roux le fixa impassible, lui renvoyant son regard noir. D'un signe de tête, Reever lui ordonna de reprendre sa place. L'adolescent continua à le fixer sans bouger.
- Mais c'est ça le problème de Lavi ! Il n'entend que la moitié des choses ! De ce fait, il embrouille tout et ne voit pas les bonnes choses, répondit la jeune fille.
Lavi baissa la tête avant que le scientifique ne lui donne, une nouvelle fois, l'ordre de rester malgré la dureté des paroles de Karwel. Il se retourna, partageait entre rester comme il le lui disait, ou partir. Le commandant poussa un soupir que seul Lavi put entendre, signifiant qu'il ne répondait plus de rien, et reposa ses yeux bleus clairs sur l'adolescente qui reprit la parole.
- Ce crétin… C'est vrai, je le déteste.
Le choix du roux fut vite prit. Il commença à faire un pas lorsque des mots… ces mots d'Eslie… sensibles, tristes, doux, stoppèrent son élan.
- Mais je le déteste autant que je l'aime.
Avait-il bien comprit ?
- C'est souvent cette bêtise que j'aime chez lui.
Son ouïe ne lui jouait-elle pas un mauvais tour ?
- C'est sa façon de s'excuser, de me prendre dans ses bras, de m'écouter, de me réconforter…
Lavi avait-il bien entendu le mot « aimer » ? Il pivota légèrement la tête, mais plus aucun son ne sortait de l'entrebâillure de la porte. Seul Reever le regardait avec un petit sourire, et un regard qui signifiait « Tu vois que tu devais rester ». C'est un cri de souffrance que les deux hommes entendirent.
- Pourquoi tu ne comprends pas ça Lavi ! Pourquoi tu ne comprends pas que c'est toi que j'aime, bon sang ?
Le roux faillit tomber à la renverse. Il se tourna d'un coup, et poussa la porte qui ne fit pas le moindre bruit. Ses yeux étaient fous. Alors ses espérances n'étaient pas absurdes ? Son amour était réciproque ?
- J'avais décidé de renoncer à lui, puisqu'il ne m'aimait pas, mais c'est beaucoup plus dur que je ne le croyais. Lorsqu'il y a quelques jours, à l'infirmerie, j'ai fait ma déclaration…
C'était une déclaration ? C'était la raison de l'accélération de son cœur ? De sa voix tremblante ? De cette lueur de chagrin dans son regard lors de sa réponse ?
- …lorsque je lui ai demandé ce qu'il dirait si je lui disais que je l'aimais… et qu'il m'a répondu qu'un bookman ne devait avoir de sentiments…
Pourquoi ne l'avait-il pas comprit ? Pourquoi s'était-il dégonflé ? Pourquoi ? POURQUOI ?
- Alors… alors, j'ai tellement eu envie de fondre en sanglots dans ses bras ! Lorsque je pense que Lavi pourrait en aimer une autre…
Non.
- …lorsque je me regard dans la glace et que je vois ce corps. Mon corps. Avec peu de formes.
Quel con ! Plus jamais il ne toucherait à une goutte d'alcool. Ce corps, ce contacte charnel qu'il recherchait tant. Cette anatomie qui l'attirait de plus en plus. Cette fille pour qui il serait près à laisser sa vie…
- Je me dis que jamais je ne pourrais lui plaire.
Comme elle se trompait…
- Pas de Strike. Ce mot qu'il dédit à son « type » de fille.
Jamais il ne pourrait le lui dire comme aux autres. Jamais, il ne se rabaisserait à l'employer de la même manière. Eslie n'avait pas à désirer cette expression. Elle était pour lui plus qu'un simple Strike…
Reever garda le silence. Lavi, bouche ouverte, fit de même. Trop de choses se bousculaient sur ses lèvres pour être dis. Eslie reprit la parole. Mais le rouquin n'écouta qu'à moitié. Il ne voyait plus qu'elle, de dos, son visage perdu devant l'immense paysage qui se dessinait derrière la fenêtre. Ses cheveux détachés lui tombant entre les omoplates. La fille marqua une pause. Ces derniers mots avaient été « je t'aime ». C'est tout ce qu'il lui suffisait d'entendre. Il s'approcha doucement d'elle, telle une attraction auquel il n'arrivait à résister. Qu'est-ce qu'il comptait faire ? Il n'en avait pas la moindre idée. Mais l'adolescente ne se retourna pas malgré le son de ses pas.
- Juste une fois, j'aimerai qu'il me regarde comme moi je le regarde. Je donnerai même mon âme pour arrêter de me répéter ses mots dans ma tête. Eteindre ce feu de tristesse qui ne cesse de grandir par n'importe quel moyen…
Lavi ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Il la fit pivoter en lui attrapant les épaules, et s'empara de ses lèvres sans prévenir. Il ne put s'empêcher de fermer les yeux. Le roux sentit comme une lourde vague de chaleur le quitter d'un coup, pour laisser place à une agréable sensation de légèreté. Il posa ses deux mains sur les joues d'Eslie et pressa un peu plus sa bouche. Elle ne bougea pas. Il resta donc ainsi. Combien de temps ? Peu l'importait. Sûrement peu, mais le sablier du temps paraissait bloqué. Encore une fois il lui volé un baiser. Mais cette fois, non seulement il le voulait, mais en plus Eslie était consciente. Lavi y mit cependant fin. Il pouvait presque sentir le sourire de Reever dans son dos. Le garçon retira ses mains, et la jeune fille, le rouge au visage, ouvrit les yeux. Leur bleu donnant un magnifique contraste avec les joues écarlates.
- Hé hé !
Wenhamm n'avait pu se retenir plus longtemps. Eslie battit des paupières en voyant le scientifique toujours au fond de la salle. Elle posa les yeux sur le garçon aux cheveux de feux en face d'elle, réalisant qu'il s'agissait de Lavi. Il la fixait avec un sourire triste qui grandissait. Il allait bientôt atteindre ses oreilles à ce rythme là…
- Eslie, je…
Alors ce n'était pas Reever. Ce n'était pas ses pas dans son dos. Ce n'était pas ses lèvres. C'était Lavi. C'est avec un visage retenant ses larmes qu'Eslie leva la main, tremblante. Lavi et Reever perdirent leurs grimaces. L'adolescente était partagée entre la colère, l'amour et la peine. Elle n'abattit pas la main sur le visage du rouquin. Le garçon approcha sa paume, mais Eslie la repoussa.
- Ne me touche pas.
Elle le poussa et marcha à grands pas vers la porte, puis s'arrêta près du scientifique.
- Tu savais qu'il était là !
- E…
- Tais-toi ! J'avais confiance en toi ! Tu aurais du me le dire !
L'adolescente sortit de la pièce, des larmes de colère coulant sur son visage. Elle longea le couloir, dépassa les autres hommes en blouses et rejoint l'allée principale. Eslie entendait les pas de Lavi se rapprocher dans son dos. Elle accéléra le pas.
- Eslie !
Elle ne se retourna pas.
- Eslie Karwel ! Je te pris de bien vouloir t'arrêter !
L'adolescente continua son chemin. Le regard fixe, loin devant elle, elle rejoint le cœur de la Congrégation, les escaliers qui s'élevaient du pied au sommet de la tour. Eslie ne comprenait pas elle-même pourquoi elle fuyait ainsi. Lavi venait de l'embrasser. Pourquoi alors ? La colère. L'incompréhension. La peur… Lavi, qui l'avait rattrapée, lui prit le poignet avec délicatesse.
- Eslie, murmura-t-il.
- Pourquoi tu fais ça ? hurla-t-elle. Pourquoi tu m'as embrassé ?
- Euh ! La réponse est vraiment utile ? demanda le roux déstabilisé.
Quelques mètres plus loin, Reever rejoint sa section qui observé la scène avec intérêt. Eslie retira son bras puis poursuivit sa route. Le roux lui emboîta le pas.
- Je ne comprends pas là !
- Moi non plus ! dit-elle. Tu te prends pour qui ?
- J'ai trouvé Eslie, dit-il avec un léger sourire. J'ai tenue ma promesse…
L'adolescente s'arrêta et regarda ses pieds.
- Tu penses que cela est suffisant ? Tu crois vraiment qu'il suffise que tu entendes ce que je dise, pour qu'ensuite, on se tombe dans les bras ? Tu imagines qu'après tout ce que tu dis sur moi, je peux te pardonner en un baisé ? Ouvre ton œil Lavi ! Je ne supporte plus d'entendre ça !
- Et moi alors ! dit-il en haussant la voix. Tu ne fais pas la même chose peut être ?
Eslie tourna son visage irrité vers le garçon, ouvrit la bouche pour répliquer, mais finit par tourner les talons et descendre les escaliers. Lavi leva les yeux. Leurs cris avaient attiré de nombreux regards. Le commandant s'avança vers lui, et lui fit un signe de tête.
- Tu attends quoi ?
Lavi ne répondit pas et commença la descente.
- Tu imagines un peu Lavi, commença Karwel. Ce que ça fait de t'entendre complimenter le physique de Lenalee ? D'insulter les hommes que tu crois être amoureux de moi ? De me hurler dessus ?
Le roux s'arrêta.
- Je ne veux pas que tu joues avec moi !
- ESLIE !
La fille se tourna, les yeux rouges, vers l'adolescent. Lavi, le visage sombre, la fixait avec colère. Là, il était à bout. Son cœur prit d'ailleurs possession de ses lèvres.
- Tu veux vraiment que je réponde à ta question ? Si je complimente Lenalee, c'est juste car je n'arrive pas te parler de toi ! J'éprouve trop de gène en plongeant mon regard dans le tien ! Pourquoi je te hurle dessus ? Car les mots que je veux te dire ne veulent sortir ! Car je m'énerve contre moi-même de n'avoir le cran de dire ce que je ressens ! Pourquoi j'insulte Yû ? Car j'étais jaloux que tu puisses en aimer un autre que moi ! Pourquoi je t'ai embrassé ? Car je t'aime pauvre idiote !
- …
- Tu penses que j'ignore ce que ça fait de voir celui ou celle qu'on aime aimer un autre ? Pourtant par ma promesse je ne faisais que ça ! Chercher un autre que moi ! Souffrir autant que toi !
- …
- Je t'aime Eslie ! lança-t-il dans un dernier souffle, poings serraient.
Il reprit sa respiration et fixa l'adolescente en attendant sa réponse. Eslie ferma la bouche.
- Moi aussi. Mais c'est trop tard Lavi.
Elle lui tourna le dos.
- Comment ça c'est trop tard ! Il n'est jamais trop tard ! Pourquoi il serrait trop tard ? Tu ne m'aimes plus finalement ? dit-il avec détresse.
- Je… je…
- …
- Tu es bookman, non ? Qui me dit que finalement, tu ne décideras pas de revenir sur ta décision ?
Les voix autour des deux adolescents prenaient en puissance. Certaines disaient « Pardonne lui ! ». D'autres « Insiste Lavi ! ». La voix de Sokaro avait résonné un moment avec un « Quelles gamineries ! ».
- Eslie !
Timothy ! Karwel leva les yeux deux étages plus hauts.
- C'est ce que tu attendais, non ? Pourquoi tu ne lui pardonnes pas ?
Elle ne savait pourquoi. Lavi s'avança vers elle et lui prit le visage.
- Je ne peux promettre l'avenir, certes, chuchota-t-il. Cependant, je ne peux nier certains sentiments.
Il posa son front contre celui de la jeune fille. Son pouce caressait la pommette de l'adolescente, et sa vision émeraude détailla les prunelles océans qui le fixaient en silence. Silence. C'était le bon mot. Une quiétude pesante régnait dans la pièce. Plus aucune voix. Plus aucun bruit. Le rouquin se sépara hâtivement d'Eslie en voyant le vieux Bookman à un mètre d'eux. Le petit homme le cloua sur place de son regard noir. Il ne dit rien. Eslie tourna la tête vers les deux hommes, sourcils fronçaient.
- Qu'y a-t-il ?
Lavi ne répondit pas.
- Le cœur règle nos intérêts, mais c'est à notre raison de les conduire… dit froidement Panda.
Bookman lança un dernier regard au rouquin et descendit les marches lentement. Lavi tourna la tête vers Eslie, soupira et suivit son grand père sans un mot.
- Que fais-tu ? demanda Lavi.
Bookman termina de préparer le sac posé sur le bureau de la chambre. Le rouquin se tenait debout devant la porte ouverte. Les livres et feuilles qui noyaient peu de temps avant la pièce, étaient correctement rangés en piles. Les lits parfaitement fait. Tout était minutieusement préparé. Le petit homme prit la parole en fermant le bagage.
- Nous partons, dit-il simplement.
- Komui nous envois en mission ? demanda le roux peu convaincu par ses propres paroles.
- Nous en avons suffisamment sur cette guerre. Il est temps pour les bookmen de quitter la Congrégation.
Les jambes du rouquin faillirent lâcher. Ils partaient. Il quittait Eslie. Pourquoi ? L'héritier des bookmen resta muet. Le grand père se tourna vers lui.
- Prépare tes affaires. On part dans peu de temps.
- P-Pourquoi… ?
- Dois-je vraiment te donner les raisons ?
Lavi fronça les sourcils, et serra les dents. Ni lui, ni Bookman n'entendirent Eslie arriver près de la porte.
- Tu as bien remplis ton rôle ici, gamin. Cependant, tu vas un peu trop loin pour avoir des informations.
- Je ne comprends pas.
Bookman leva les yeux.
- Te rapprocher de Karwel pour avoir des informations sur elle est une bonne idée. Cependant, tu pousses ton rôle à son paroxysme. Et ceci est bien trop dangereux.
Le cœur de l'adolescente rata un battement. Lavi lui mentait pour récolter des renseignements sur elle ? Ce n'était qu'un masque ?
- Tu dis sérieusement ce que tu penses ? rugit le roux. Comment tu peux me sortir ça ? Tu sais que je suis sérieux avec elle ! Je ne mentais pas tout à l'heure !
Panda se renferma encore plus.
- Alors tu maintiens tes sentiments, murmura Panda. Il ne faut pas. Cette fille ne doit rester que de l'encre sur notre papier, Lavi ! De l'encre, rien de plus. Un simple nom sans la moindre émotion cachée derrière. Il faudrait que tu te fourres cela dans la cervelle ! Un bookman…
- Je m'en tape ! Je suis amoureux d'elle.
Panda ouvrit de grands yeux, puis plissa le front, ce qui fit encore plus ressortir ses rides.
- Le fou qui court après les plaisirs de la vie trouve la déception, le sage évite les maux, chuchota-t-il.
- Tu sais pertinemment que je n'arrive pas à faire abstraction de ce que je ressens, continua le roux. Je ne peux réduire les gens à l'état d'encre, comme tu dis. Je n'y arrive pas, et je ne le veux pas ! J'ai essayé. Mais non ! Et on compte sur moi !
L'homme attrapa son sac.
- Ton nom sera Kogan à partir d'aujourd'hui.
- Tu as entendu ce que j'ai dis Panda ?
Le vieux attrapa le col du jeune et colla son visage au sien.
- Tu te prends pour un des leurs ? Tu te prends pour un exorciste ? Cette guerre n'est pas la notre. Tu vas me faire le plaisir de te botter le cul, et de te remettre sur le droit chemin Kogan.
- Mon nom, c'est Lavi, dit-il froidement. Je refuse d'en prendre un de plus. Quarante-neuf noms, c'est amplement suffisant. C'est celui que je choisis. Celui qui me correspond !
L'homme le lâcha et poussa un soupire. Quelle tête de mule !
- Les bookmen se retirent. Ou tu me suis, ou tu restes.
Les deux historiens se fixèrent dans le calme. Lavi, poings serrés, fronça un peu plus les sourcils.
- Eslie. Je choisi Eslie.
- … Bien, répondit froidement Bookman. Qu'il en soit ainsi. Je te renie en tant qu'héritier. Tu es démis de tes fonctions de bookman, et tu n'auras plus la possibilité d'accès aux recueils secrets des bookmen. Néanmoins, tu es libre de continuer à retranscrire l'histoire si cela te chante.
Le petit vieux calla son sac sur son dos et se dirigea vers la porte. Lavi resta figeait, le regard dans le vide.
- Il me reste des choses à accomplir ici. Au vu de cet évènement, cela me prendra un peu plus de temps que prévu. Je te pris, exorciste, de rassembler tes affaires et de quitter cette chambre.
- Tu…, ajouta-t-il en tournant la tête. Tu me vires de la chambre ?
Bookman sortit, passa devant Eslie en lui lançant un regard neutre et poursuivit.
- Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi…
Lavi le regarda s'éloigner et disparaître derrière le mur. C'était quoi cette journée ? Il frappa la table du côté de son poing, le regard bouillonnant. Son corps fut prit d'un spasme. Bookman, l'homme qui l'avait prit sous son aile, la plus vielle personne qui comptait pour lui. L'homme qui avait prit la place de sa famille. Cet homme était devenu sa seule famille. Un ami, un être cher, un grand père comme il l'appelait… Une des piles de livres vola à travers la pièce. D'autres s écroulèrent au sol. Le rouquin hurla et tomba à genoux. Il se prit la tête entre les mains et se recroquevilla sur lui-même. Eslie entra dans la pièce en évitant les feuilles par terre, et s'accroupit près de Lavi, inquiète. Le garçon était prit de tremblements, et sa respiration sifflante raisonnait dans la pièce. Une crise d'angoisse. Des murmures sortaient de sa bouche, et son regard était empli de panique.
- Q-Qu'ai-je… f-fais ?... B-Bookman… Bookman… Je l'ai abandonné… Qu'est-ce q-que j'ai fais ?...
- Lavi. Lavi ! Reprends-toi ! S'il te plaît ! Lavi !
L'adolescente le prit dans ses bras, le serrant avec force. Elle posa sa tête contre le roux, et ferma les yeux. Pour une fois, c'est elle qui était là pour lui.
- Il est partit… Il n'est plus avec moi… C'est un bookman. Il ne m'aime pas… Il… Il me déteste…
- Chut. Ne dis pas ça, murmura-t-elle. Je suis sur qu'il t'aime. Comment on ne pourrait t'aimer, Lavi ? Ça va passer. Je te le promets. Tu es fort Lavi. Ça va aller. Ne baisse pas les bras. Pitié, n'abandonne pas…
- Je suis… je s-suis seul…
Eslie se serra un peu plus à lui.
- Non, Lavi. Ne dis pas ça. On n'est jamais seul. Il y a Allen, Krory, Yû… Je suis là moi aussi. Je suis là…
Elle sentit les bras du garçon s'enrouler avec force autour de sa taille. Il enfuit sa tête dans son cou. Eslie le laissa faire comme il l'avait fait avec elle.
- Je t'aime Lavi. Et je suis sur de ne pas être la seule.
Karwel entendit les plaintes du rouquin, et sentit un liquide chaud couler dans son cou et le long de sa clavicule. Elle le laissa vider sa peine, pleurer tel un enfant auquel on a enlevé son doudou. La fille se sentit mal, un douloureux pincement au cœur. Elle était responsable de la situation. Si elle n'avait pas était là, rien ne serait arrivé. Eslie venait de détruire une famille. Il était sur que ses membres lui en voudraient de sa présence à la Congrégation. Elle était sur que Lavi finirait par changer d'avis. En serait-il autrement ?
- …
- Eslie… merci… d'être là…, finit-il par articuler.
