Un grand merci à MiaoiFuki, Wado21, little-grumpy, P.Y, Typone Lady, Rosy-lisa, Guest et Eckstein pour vos reviews.
Merci également pour les mises en alerte/favori.
Bonne lecture.
Réponses aux reviews anonymes
P.Y: je suis ravie que tu apprécies et j'espère que la suite te plaira tout autant!
Rosy-lisa: c'est vrai que j'ai mis le temps à les faire évoluer mais je trouve que c'était nécessaire étant donné leurs caractères. Tout ça se mérite ;)
Guest: ton voeu est exaucé, profites-en :)
Chapitre 25
Vague à l'âme
Sanji cuisinait toujours avec passion. Les ingrédients étaient autant de notes de musique qu'il disposait sur la partition de ses assiettes pour en faire la plus savoureuse des symphonies sans même qu'il ait besoin d'y réfléchir. Cette expertise lui était particulièrement utile aujourd'hui tandis qu'il enchaînait les mouvements de manière un peu plus mécanique, perdu dans ses pensées. Son inconscient était donc attentif à la cuisson de la viande et au juste dosage des épices sur le croquant des légumes pendant que son esprit dérivait hors de sa cuisine.
Il avait passé en revue tous les éléments en sa possession et il en revenait toujours à la même conclusion incongrue : il était devenu sensible à certains comportements du sabreur. Qu'elles lui soient adressées ou non, ces particularités inhérentes à Zoro lui provoquaient des frissons désarmants et une agitation intérieure alors qu'il n'aurait même pas dû les remarquer. Comme lorsque le bretteur portait un soin excessif à ses sabres. Ou qu'il ronchonnait quand on le tirait trop tôt du sommeil. Ou encore lorsque son sourire narquois faisait reculer ses adversaires avant même qu'il n'ait fait un seul mouvement dans leur direction.
Pire encore, lorsque ses gestes s'adressaient directement à lui, il sentait son coeur battre un peu plus vite et son esprit s'embrouiller. Comme lorsque l'épéiste avait pris le temps de le défaire de ses vêtements. Ou qu'il avait laissé traîner sa main sur sa hanche à son réveil.
C'était ridicule et stupide compte tenu du fait qu'il s'agisse de cet abruti d'escrimeur et Sanji en était bien conscient mais cela ne changeait rien à la réalité. A sa triste réalité.
Pourquoi avait-il fallu qu'il perçoive autrement l'attitude de la tête d'algue? se demanda-t-il en tournant rageusement son moulin à sel. Et surtout, pourquoi Zoro lui laissait-il parfois l'impression d'agir différemment lui aussi?
Sanji soupira et ajouta un peu de bouillon pour sa cuisson. Se faisait-il des idées concernant les attentions du sabreur à son égard? Zoro lui avait paru moins expéditif envers lui ces derniers jours mais en même temps, il n'avait pas l'air d'y accorder une signification particulière non plus. Connaissant l'homme, s'il avait voulu se montrer prévenant intentionnellement, il se serait trahi d'une quelconque manière tant cette attitude ne lui correspondait pas. Mais là, rien. Il se contentait d'être parfaitement normal, comme si ses gestes n'étaient pas censés communiquer plus que ce que le blond semblait y voir.
Le cuisinier se mordit la lèvre inférieure. Etait-il possible que Zoro ne se rende pas compte de la portée de ses actes? C'était difficile à croire mais encore une fois, si le sabreur agissait sciemment, comment faisait-il pour maintenir son attitude si naturelle devant lui? Pour sa part, depuis qu'il avait réalisé ce qui se tramait en son for intérieur, il se sentait nerveux et terriblement mal à l'aise.
Sanji coupa le feu sous sa cuisinière en constatant que la viande avait atteint la température idéale et posa un couvercle sur sa marmite. Il soupira ensuite tandis qu'il contemplait sans entrain ce qu'il considérait pourtant comme la plus grande passion de sa vie. Il savait qu'il avait besoin d'une réponse mais le sujet était bien trop délicat pour foncer sans réfléchir et poser abruptement la question au concerné.
Sérieusement, développer des sentiments pour la tête d'algue alors que tant de jolies filles n'attendaient que lui pour être adorées? Sans doute était-il maudit...
Le Sunny fut amarré en milieu d'après-midi à l'écart de l'île principale d'un petit archipel dans un joli port fleuri grouillant littéralement de Marines. Nami tenta bien d'empêcher Luffy de débarquer mais c'était peine perdue et elle finit par renoncer. Aussitôt à terre, celui-ci lança ses mains en direction d'un oiseau qu'il voulait voir au menu de son dîner et se fit ainsi repérer par les soldats consciencieux qui se doutaient que la présence d'un homme élastique était suffisamment rare pour signifier que l'équipage du chapeau de paille avait débarqué.
Tandis que le capitaine lançait les hostilités sans même s'en apercevoir quelques secondes plus tard, la navigatrice reporta tous ses espoirs sur le reste de l'équipage qu'elle attira à l'écart.
"Luffy va concentrer toute l'attention sur lui alors essayons d'en profiter, soupira-t-elle. Nous allons nous séparer pour passer inaperçu et faire nos courses le plus rapidement possible. Brook avec Franky, vous êtes les plus reconnaissables alors vous allez retourner sur le Sunny. Préparez-le et restez en contact avec Robin qui s'occupera de surveiller Luffy pour qu'il ne s'éloigne pas trop du port. Sanji et Ussop, tâchez de ramener de la nourriture. Zoro et Chopper, occupez-vous des réserves de cola.
- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire? s'enquit alors le cyborg.
- Je vais me débrouiller pour savoir le temps de recharge du Log-Pose. J'en profiterai aussi pour me tenir au courant des actualités."
Elle se tourna ensuite vers ses amis et leur donna le signal du départ.
"Rendez-vous dans une heure. On prendra Luffy au dernier moment."
Tout le monde approuva et fila à travers la ville pour récupérer le maximum de choses en si peu de temps.
Lorsque l'équipage se retrouva sur le bateau à peu près à l'heure dite, Nami leur apprit avec déception qu'il faudrait deux jours pour que le Log-Pose se charge à nouveau. Elle avait donc décidé de mettre le Sunny à l'abri sur une petite île voisine afin qu'ils restent suffisamment discrets le temps nécessaire.
A sa demande, Robin essaya ensuite d'exfiltrer Luffy de la horde Marines qui lui courait après en haut du port mais celui-ci s'amusait tellement qu'il ne comptait pas s'en aller de sitôt. Sanji et Zoro furent alors dépêchés sur place pour aider l'archéologue à le récupérer manu militari et ils se dirigèrent vers le lieu de la bataille.
Arrivés à hauteur des troupes ennemies, ils constatèrent que les officiers n'étaient pas très expérimentés mais leur nombre suffisamment élevé pour qu'ils doivent rester sur leurs gardes. Zoro sortit ses sabres avec un sourire appréciateur et jeta un coup d'oeil au cuisinier qui semblait contrarié.
"Si tu t'en sens pas capable, tu devrais me laisser me charger d'eux, le provoqua-t-il.
- Ne rêve pas, tête d'algue. Je me disais justement que ce serait à peine une distraction."
Le bretteur accentua son sourire et défia du regard le groupe de Marines qui accouraient vers eux. Un peu plus loin, Robin fit tomber un lourd rocher dans une ruelle pour empêcher le capitaine de suivre des officiers qui s'enfuyaient par là et il se tourna vers elle, déçu.
"T'es pas drôle, Robin!
- Je regrette, capitaine. Il s'agit d'une demande de notre navigatrice. Elle aimerait que nous puissions partir avant de finir emprisonnés.
- Oh, mais j'ai tout nettoyé hier, on peut bien s'amuser un peu maintenant!"
Il se jeta en riant sur un groupe de Marines à la manière d'une boule de bowling, les faisant alors s'enfuir dans tous les sens. Un peu plus loin, Sanji dévia d'un coup de pied le boulet de canon lancé dans sa direction. Alors qu'il se repositionnait avec mauvaise humeur, un officier plus téméraire que les autres s'avança vers lui et lui porta un coup d'épée trop court qui déchira néanmoins le devant de sa chemise.
Le cuisinier le dévisagea, les yeux exorbités.
"Non mais ça va pas de déchirer les vêtements des gens, bande de moules?! hurla-t-il à la ronde tandis que son adversaire reculait, effrayé. J'vais vous apprendre la politesse, enfoirés de Marines!"
Il lança ses pieds en un tourbillon de menu festivité qui envoya s'écraser tous ceux à sa portée au milieu de cris apeurés. Lorsqu'il se releva enfin, il constata que sa chemise s'était encore plus largement déchirée et il se sentit bouillir de colère. Il dut ensuite se baisser brutalement en arrière lorsque la jambe élastique de Luffy le frôla pour atteindre un ennemi à plusieurs mètres de lui et il resserra sa prise sur son mégot en se redressant, définitivement énervé.
A cet instant, son escargophone de poche sonna et il décrocha tandis qu'il s'allumait une nouvelle cigarette.
"Qu'est-ce qui se passe? demanda-t-il posément.
- Des renforts arrivent par l'autre côté du port, Nami exige que nous levions l'ancre immédiatement, lui répondit la voix du squelette.
- Très bien. Dis à Nami-chérie que nous serons de retour dans une minute."
Il raccrocha et aperçut Zoro disparaître sous une montagne d'officiers avant de ressurgir en les faisant voltiger partout autour de lui. Le cuisinier dévia la trajectoire de l'un d'eux avant qu'il ne l'atteigne et s'approcha de la belle archéologue à quelques pas de lui.
"Robin d'amour, il va falloir agir rapidement. D'autres Marines vont arriver."
La jeune femme hocha la tête, étrangla une dizaine d'officiers qui la menaçaient puis lança ses multiples bras autour du corps du capitaine pour le forcer à faire demi-tour. Luffy s'en amusa avant de se débattre, pleurnichant qu'il voulait rester encore un peu mais malgré ses efforts pour se libérer, l'archéologue tint bon.
"Ramène-toi, tête de gazon, on s'en va", lança alors le blond au sabreur non loin de lui.
Zoro abaissa ses sabres et rejoignit Sanji et Robin qui couraient déjà vers le Sunny tout en traînant leur capitaine derrière eux.
Ils se dissimulèrent comme prévu à quelques kilomètres dans la crique d'une petite île paisible qui composait l'archipel. La navigatrice ne voulait voir personne à terre avant le lendemain matin pour ne prendre aucun risque et l'ambiance pendant le dîner fût électrique. Nami continua de reprocher à Luffy d'être un capitaine totalement inconscient et celui-ci bouda parce qu'il s'ennuyait et voulait visiter leur nouvelle destination. Finalement, chacun quitta la cuisine rapidement et Sanji termina sa vaisselle plus tôt que d'habitude.
Il s'installa ensuite en appui contre la balustrade devant sa cuisine pour fumer mais sentit bientôt une présence familière venir dans sa direction. Il se tourna vers la silhouette et s'obligea à se détendre. Il était décidé à se comporter le plus normalement possible avec le sabreur et celui-ci allait peut-être l'aider en approchant avec son éternel sourire narquois aux lèvres.
"Joli tee-shirt."
Sanji fronça les sourcils et resserra ses dents sur son mégot.
"Qu'est-ce que t'as dit, enfoiré?"
Zoro ricana. Le blond avait été obligé d'enfiler un simple tee-shirt à manches longues étant donné l'état dans laquelle il avait ramené sa chemise et il l'avait toujours en travers de la gorge.
"T'étais carrément furieux quand il l'a déchirée, cuistot, lui rappela le bretteur avec un sourire moqueur. T'as un truc avec ça. A chaque fois qu'on touche à tes vêtements, ça te fait perdre les pédales.
- Et alors? répliqua le concerné en tirant sur sa cigarette avec mauvaise humeur. Une seule de mes chemises coûte plus cher que toutes tes fringues réunies, abruti, alors bien sûr que j'en prends soin.
- J'me plains pas. Te voir dans tous tes états me donnent des idées, poursuivit-il nonchalamment en se rapprochant d'un pas. Surtout quand t'as dû te pencher pour éviter le coup de pied de Luffy et que tous les muscles de ton ventre se sont contractés..."
Ce faisant, il passa sa main sous le tee-shirt du cuisinier pour y apposer ses doigts, causant un raffermissement immédiat du corps près du sien.
"...comme ça", termina-t-il en souriant avec arrogance.
Sanji chassa instantanément sa main, rouge de gêne.
"Arrête ça, crétin! Tu crois que j'suis un kit de démonstration?!
- Ce serait bien...
- Voyeur."
L'escrimeur lui arracha alors sa cigarette des lèvres et la balança à la mer avant de déposer sans gêne ses lèvres dans le cou du cuisinier. Passé la surprise, celui-ci se raidit en sentant les frissons dévaler son corps en tous sens. Malgré toute sa bonne volonté, il ne pouvait plus se départir de l'idée de n'être qu'un jouet entre les mains du sabreur désormais. Tant qu'il en avait profité au même titre que Zoro, il n'y avait pas vu d'inconvénient mais ce soir, la situation lui paraissait terriblement inégale.
Ce dernier continuait à faire jouer ses lèvres le long de sa mâchoire, de son cou et de ses épaules sans aucune restriction, laissant le blond s'embrouiller entre le plaisir de son corps et les tourments de son esprit. Cependant, lorsque le sabreur repassa ses mains sous son tee-shirt, Sanji tenta de réagir.
"A-arrête, tête d'algue.
- Et pourquoi? grogna l'autre contre son oreille.
- P-parce que… Parce que... Le-les autres ne sont pas encore couchés…"
Pour toute réponse, Zoro lui attrapa le bras et l'entraîna vers leur chambre en lui faisant dévaler l'escalier. Sanji paniqua une seconde avant d'être rattrapé par la sensation de la large main calleuse qui lui enserrait puissamment l'avant-bras. Il ne comprenait pas pourquoi mais l'idée d'être l'objet d'un désir aussi impérieux de la part du sabreur le laissait presque enivré.
Zoro n'attendit pas l'intimité de la chambre pour reprendre ce qu'il avait commencé et il pressa brutalement ses lèvres contre celles du cuisinier alors qu'ils arrivaient devant la porte. Comme le blond protestait, il le fit entrer en titubant, ne voulant pas décoller sa bouche de la sienne.
Il claqua ensuite la porte derrière eux et y plaqua son compagnon qui frémit sous la force de son geste. Il embrassa ensuite sa peau avec avidité, passant de son cou à sa clavicule tout en remontant ses mains contre son dos. Le sabreur ne se lassait pas de son corps contre le sien, de son odeur, de ses soupirs étouffés contre sa bouche. Malgré sa résistance un peu plus tôt, le cuisinier semblait maintenant être plus enclin à se laisser faire et il comptait bien en profiter.
De son côté, Sanji avait l'impression de se noyer sans faire un seul geste pour remonter à la surface. Ses mains se resserrèrent instinctivement contre le corps chaud de son amant qui continuait à l'abreuver de sensation. Il laissa ensuite le bretteur le débarrasser de son tee-shirt et sentit ses mains caresser son torse avec une impression d'irréalité déconcertante.
"Bordel, comment on en est arrivé là?" murmura-t-il soudain.
Le cuisinier n'eut aucune réponse autre que les baisers brûlants qui descendaient maintenant vers son ventre. Il tenta de fermer les yeux pour profiter de la situation mais il n'en était plus capable. Pourtant, son désir montait, attisé par le feu que les lèvres de l'escrimeur propageaient en lui. Malgré tout, le plaisir s'effaçait pour ne laisser place qu'à un sentiment d'incompréhension qui le dévorait tout entier.
"Zoro…"
Sanji attrapa les mains sur ses hanches pour le stopper et l'obligea à revenir à hauteur de ses yeux.
"J'ai besoin de savoir, lui souffla-t-il.
- Qu'est-ce que tu racontes encore? maugréa l'épéiste, contrarié.
- Comment on en est arrivé à partager une chambre?"
Zoro soupira. Il avait d'abord voulu négliger les questions idiotes du cuistot mais son air préoccupé lui signala qu'il n'y couperait pas.
"Nami trouvait qu'on faisait trop de bruit alors-
- Non, je sais tout ça, le coupa le cuisinier d'une main lasse en s'échappant de son emprise contre la porte. Mais comment on est passé de toute cette haine à toute cette… passion?
- J'en sais rien et j'm'en fiche, avoua tranquillement l'escrimeur en se rapprochant pour reprendre là où il avait été interrompu.
- Comment ça? Tu te poses jamais la question? s'enquit le blond en reculant d'un pas à nouveau.
- Qu'est-ce que ça changerait de le savoir? pointa alors Zoro, agacé par la tournure des évènements.
- Rien probablement, admit-il. Mais j'me sentirai pas si peu maître de ma vie…"
L'épéiste capitula et s'assit lourdement sur le lit.
"Rien que ça, soupira-t-il.
- Ouais."
Sanji se saisit d'une cigarette mais ne l'alluma pas et se contenta d'en mâchouiller le bord à quelques pas de lui.
"On a toujours eu du mal à se supporter et ce qu'on fait maintenant ressemble un peu à nos combats, proposa le sabreur.
- C'est quand même sacrément différent, protesta le blond.
- Ouais mais c'est comme ça que ça a commencé, lui rappela-t-il. On se battait et personne ne voulait laisser tomber. Un combat, c'est une bataille entre deux adversaires pour la suprématie d'un corps sur un autre, pour le soumettre. Ce qu'on fait, c'est aussi une lutte même si la finalité n'est pas la même.
- Si on suit ta logique, ça voudrait dire que t'as envie de baiser tout ce que tu tabasses! Tu vas me dire que c'est le cas?" s'agaça le cuisinier.
Zoro eut un sourire carnassier.
"Je dis seulement qu'un affrontement physique réveille nos instincts et c'est sûrement ce qui a dû se passer. Comme tout à l'heure..."
Sanji ne perçut pas la suggestion du sabreur et resta silencieux un moment avant d'acquiescer lentement.
"T'as peut-être raison. A croire qu'on est simplement passé à une autre forme d'expression. Et pourtant..."
Le blond se tut quelques instants, mal à l'aise. Zoro avait parfaitement résumé la situation qui les avait emmenés dans les bras l'un de l'autre. Apparemment, c'était aussi la manière dont l'escrimeur continuait à voir les choses aujourd'hui et tous les gestes que le cuisinier avait cru percevoir à son égard n'avaient maintenant plus aucun sens.
"Quoi?" l'encouragea soudain son amant d'un ton bourru.
Sanji secoua la tête pour se reprendre.
"Rien, c'est juste que je réalise… Tout ça tient à peu de choses…"
Le sabreur haussa les épaules.
"Appelle ça comme tu veux, le destin ou le hasard. En attendant, on en est là et c'est très bien comme ça."
A ces mots, le cuisinier braqua vivement son regard dans le sien et Zoro fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il avait dit encore?
"Ca veut dire que t'apprécies ce qui se passe?" voulut savoir le blond.
L'épéiste leva les yeux au ciel.
"Non, j'me force.
- Ouais, c'était stupide comme question, convint Sanji en fuyant son regard. C'est juste que… Non, laisse tomber.
- T'as l'art de casser l'ambiance", constata Zoro.
Le bretteur soupira. Le cuistot était définitivement trop compliqué et il n'était visiblement pas d'humeur à s'amuser.
"J'ai compris. Si tu changes d'avis, tu sais où me trouver.
- D'accord..."
Sanji regarda le sabreur sortir de la pièce et resta un moment immobile, les yeux perdus dans le vide. Zoro lui avait donné sa logique et sa vision des choses mais ça ne le satisfaisait pas.
C'était son propre raisonnement qu'il voulait comprendre. Savoir pourquoi son être lui hurlait de ne plus se contenter de cette relation physique. Savoir comment il était possible de ressentir une telle tension, écartelé entre inimité et passion. Connaître la raison pour laquelle il en était là aujourd'hui.
Sanji avisa un tee-shirt de l'escrimeur qu'il avait dû oublier quelques jours auparavant. Zoro avait du mal à ranger ses affaires et laissait tout traîner par terre, ce qui l'agaçait prodigieusement. En soupirant, il le ramassa et se dirigea vers la porte après avoir remis son propre tee-shirt. Il irait le déposer pour la lessive en passant avant de boire un café bien noir qui l'aiderait peut-être à démêler les fils de sa vie.
Arrivé dans sa cuisine, Sanji mit la cafetière en route et regarda le café s'écouler patiemment. Peu après, il sentit une présence discrète s'approcher de lui et il se retourna pour constater avec émerveillement que Robin venait dans sa direction.
"Robin d'amour, as-tu besoin de quelque chose? se pâma immédiatement le cuisinier.
- Je venais prendre un café mais à vrai dire, je suis maintenant intriguée par ton comportement, lui répondit tranquillement la jeune femme.
- Mon comportement?
- Pourquoi t'acharnes-tu sur le tee-shirt de notre fine lame?"
Sanji baissa les yeux pour prendre conscience qu'il déchirait le vêtement de la tête d'algue sans même s'en rendre compte. Pourquoi ne l'avait-il pas déposé dans la salle de bain d'ailleurs?
"Ce n'est rien, chère Robin."
Il déposa en soupirant le lambeau de tee-shirt un peu plus loin et l'archéologue se permit de servir deux tasses de café sans que Sanji veuille l'en empêcher. Elle lui en tendit une et il l'accepta sans broncher, ce qui l'étonna un peu plus encore.
"Dure journée? lui demanda-t-elle en avalant une gorgée de son breuvage.
- Si c'était qu'une journée, marmonna-t-il. Je suis fatigué, je crois."
L'archéologue hocha silencieusement la tête et s'apprêtait à ressortir lorsque le cuisinier l'interpella d'une voix hésitante.
"Robin… Est-ce que…"
Elle l'invita du regard à continuer mais Sanji grimaça. Pourtant, il avait besoin de mettre de l'ordre dans ses pensées et la sérénité de la jeune femme l'invitait à se confier.
"Est-ce que... tu as déjà été amoureuse?"
Robin lui renvoya un regard pensif.
"Non, je ne crois pas, répondit-elle sincèrement.
- Oh, dommage, souffla le blond. Je pensais que tu aurais pu m'éclairer...
- A quel propos? s'enquit-elle.
- Je suis en plein dilemme, Robin d'amour, soupira alors le blond. Je ne comprends pas pourquoi je fais certaines choses ou pourquoi j'en ressens d'autres…
- Tu fais référence à ta relation chaotique avec notre manieur de sabres?"
Sanji se raidit d'avoir été si facilement démasqué mais c'était plutôt logique compte tenu de l'intelligence de la jeune femme et de sa question.
"Oui, admit-il du bout des lèvres en se laissant tomber sur une chaise après quelques secondes de silence.
- Je t'avoue que je n'ai pas été surprise le moins du monde par l'évolution de votre relation, répondit paisiblement Robin en s'asseyant à ses côtés. C'était ça ou alors l'un de vous aurait tué l'autre dans peu de temps."
Cette constatation arracha un sourire à son compagnon d'équipage.
"J'aurais penché pour la deuxième option, lui avoua-t-il. Du coup, je ne comprends pas pourquoi j'en suis là…
- Je crois bien que l'amour reste l'un des plus grands mystères et que tu n'arriveras pas à résoudre cette équation pour l'instant. Mais l'important n'est-il pas ce que tu ressens plutôt que pourquoi tu le ressens? lui fit-elle remarquer.
- Je sais que tu as raison, ma Robin d'amour mais ce serait admettre que je ne contrôle pas grand-chose de ma vie, soupira à nouveau le cuisinier. Surtout… étant donné la personne...
- Parfois, il faut savoir être patient. Il n'est pas dit que la réponse ne vienne pas plus tard."
Elle pencha un peu la tête vers lui et eut un sourire nostalgique.
"Je n'ai jamais eu de véritable ami pendant très longtemps. J'ai toujours été trahie et j'ai trahi moi aussi nombre de personnes. Je rageais, je trouvais injuste de ne pouvoir faire confiance à personne et je me suis longtemps demandée pourquoi le destin s'acharnait contre moi. Et puis, en découvrant la vie à vos côtés, j'ai repris espoir. Lorsque vous êtes venus me chercher à Enies Lobby, j'ai compris que je pouvais moi aussi être heureuse. Je ne sais pas pourquoi j'y ai droit mais je savoure le fait de pouvoir en profiter à chaque instant et ça me suffit maintenant."
Sanji écoutait religieusement la belle archéologue. Il savait les horreurs qu'elle avait vécu tout au long de sa vie et sa force de caractère forçait son admiration.
"Ma très chère Robin, je suis sûr que tu trouveras ce que tu cherches."
La jeune femme eut un nouveau sourire qui fit fondre le coeur du cuisinier. Il bondit alors de sa chaise, ragaillardi.
"Qu'est-ce qui te ferait plaisir, Robin d'amour? s'enquit-il en virevoltant. Une part de gâteau? Un cocktail?
- Une part de ce somptueux gâteau au chocolat d'hier ne serait pas de refus", accepta-t-elle alors tandis que le blond se ruait vers ses placards.
Sanji souffla la fumée de sa cigarette qui s'évapora en un instant dans l'air marin de la nuit. Il s'était installé sur le pont peu après le départ de Robin et contemplait la silhouette sombre de l'île d'un air distrait. Il entendait également le bruit des outils de Franky dans son atelier qui résonnait au milieu du silence.
Un peu plus tôt, il avait aperçu Zoro se diriger vers la salle d'observation. Celui-ci l'avait clairement invité du regard à le rejoindre mais comme l'escrimeur l'avait rapidement deviné, le cuisinier n'était toujours pas d'humeur et il l'avait refoulé d'un coup d'oeil désapprobateur.
Sanji fixa ses yeux sur la mer qui s'étendait devant lui. Il avait besoin de réfléchir et de faire le point. Savoir ce qu'il voulait vraiment. Comme l'archéologue le lui avait conseillé, il se força alors à mettre de côté le pourquoi et se concentra sur ce qu'il ressentait.
Ses nouveaux sentiments lui faisaient l'effet d'une gifle monumentale mais bien qu'abasourdi par cette prise de conscience, il lui restait à prendre une décision qu'il ne pouvait ignorer. Il pouvait tout simplement décider d'enfermer au fond de lui ses ressentis et espérer les oublier en mettant un terme à leur arrangement. Ou alors, il proposait au sabreur une autre forme de relation.
Sanji fronça les sourcils avant de tirer sur son mégot et d'en apprécier le goût âcre. Quel crétin il faisait! Ce n'était pas un choix qu'il avait à faire, c'était une évidence qu'il devait accepter. Car c'était indéniable, il ne voulait plus se contenter de partager le lit du sabreur, il voulait partager sa vie. Quelle personne sensée refuserait la possibilité de se savoir aimée en retour et d'en savourer les conséquences avec celui qui occupait toutes ses pensées?
Cette banale réalisation le laissa étourdi quelques secondes. Il s'agissait tout de même de Zoro. Un être dont la simple présence pouvait suffire à l'énerver au plus haut point. Pourtant, il ne butait plus sur le fait que Zoro soit un homme. Il le voyait, lui. Sa fierté orgueilleuse, sa détermination sans faille et ses yeux froids qui le transperçaient sans détour. Il pouvait bien avoir envie de lui taper dessus la moitié du temps, l'autre moitié, il la passait à désirer son corps et à espérer que ses regards ne glissent pas sur lui sans l'apercevoir…
Sanji laissa la fumée de sa cigarette se perdre dans la nuit. Au détour de cette relation improbable, Zoro et lui avaient tissé un nouveau lien sans s'en rendre compte.
Ainsi, le cuisinier avait appris à apprécier les sourires en coin du sabreur et le froncement de ses sourcils qui lui en disaient plus que de longs discours. Il se plaisait également à croire qu'il connaissait le bretteur mieux que quiconque sur ce bateau à la manière dont il serrait la mâchoire ou demeurait d'une neutralité totale selon les évènements. Il recherchait le regard brûlant que l'escrimeur déposait sur lui lorsque ses yeux étaient obscurcis par le désir. Il chérissait le fait d'être à l'origine d'un tel déchaînement de la part d'une personne habituellement si stoïque.
Lui-même avait découvert l'attractivité du corps du sabreur et il s'apercevait avec horreur à quel point chaque personne qu'ils croisaient pouvaient constater la même chose que lui. Et il n'avait pas envie de partager Zoro. Ni son corps, ni leur rivalité, ni leur complicité fragile. Il le voulait pour lui tout seul.
Le cuisinier soupira et laissa son mégot se consumer seul dans le vent. Évidemment qu'il en était là. Il avait bien fait la remarque à l'épéiste à plusieurs reprises : ce n'était pas dans sa nature de se laisser aller à une relation charnelle sans attachement. Seulement, il avait préféré fermer les yeux pour continuer à profiter de la situation sans remettre en cause leur arrangement et ce soir, il s'en mordait les doigts.
Sanji soupira à nouveau. Il fallait qu'il le lui dise. L'escrimeur allait finir par se rendre compte de quelque chose et lui-même ne supportait pas la situation. Il voulait reprendre un peu le contrôle de sa vie et il ne pouvait plus se voiler la face, quelle que soit la réaction du sabreur. Que Zoro ait également évolué ou non, que Sanji se raccroche à un espoir ou pas, en réalité, peu importait ce qu'il pensait avoir compris des gestes du bretteur parce qu'il serait bientôt fixé.
Pour demeurer à la hauteur de ses principes, le blond savait qu'il ne reculerait pas et irait jusqu'au bout. Jusqu'à dire à son rival et amant toute la vérité. Et tant pis s'il se moquait de lui ou s'il le rejetait. Il était temps qu'il relève la tête et qu'il accepte les conséquences de ses actes et de sa personnalité. Quelle était la valeur d'une simple relation physique s'il en attendait bien plus de toute façon? Son honneur et sa fierté ne lui permettaient plus de se réfugier derrière des excuses.
Il releva spontanément les yeux vers la vigie et chercha l'ombre de l'escrimeur sans pour autant l'apercevoir. Il prit alors une inspiration et son regard se raffermit. Demain, il jouerait à quitte ou double.
Honnêtement, ce chapitre est l'un des plus durs que j'ai eu à écrire. Les idées étaient là mais les organiser n'était pas évident. Du coup, j'espère que le déroulé est resté suffisamment clair pour vous!
