Voici le nouveau chapitre! On commence à se rapprocher du dénouement, mais je pense qu'il y a encore un certain nombre de chapitres avant de clore l'histoire, mon estimation étant d'environ 35-40. J'espère que vous ne vous ennuyez pas, et que l'histoire ne finira pas par vous lasser!
Merci pour les reviews! Même si elles sont moins nombreuses qu'avant, je sais qu'il y a eu les examens et notamment le bac, alors je compatis! J'espère que tous ceux qui l'ont passé s'en sont bien sortis!
Je réponds aux reviews par MP comme je viens de me rendre compte que c'était interdit et car je trouve que la mise en page sera plus aérée. Dites moi ce que vous en pensez! (Je continue à répondre aux non enregistrés sur le chapitre :D)
Bellasidious: Merci pour ton avis super sympa, j'espère que l'attente ne t'a pas fait trop souffrir x) En tout cas, je te remercie de suivre l'histoire et à bientôt j'espère!
fleurpuante:Ta review m'a fait super plaisir, merci! En ce moment, j'ai l'impression qu'elle ne plait plus vraiment (je perds beaucoup de fidèles lecteurs), alors cet avis m'a mis du baume au coeur, si on peut dire :) Merci beaucoup!
Drougael:Tu devrais devenir voyant(e)! C'est exact, beaucoup d'Harry et Lulu au programme! J'espère ne pas te décevoir et merci de ta review! A bientôt!
morane:Ta review m'a touchée, je ne m'attendais pas à autant de compliments merci mille fois! Lucius et Harry vont en effet parler de certaines choses... :) J'espère te revoir au prochain chap'! A bientôt!
Padrig-llio:Coucou! En effet, l'implication de Dora peut paraître assez étonnante mais je pense que si cette situation avait existé, les Black auraient voulu façonner Dora pour la débarrasser de l'influence de son sang moldu, et également pour la ridiculiser! Si ils l'avaient reniée, elle aurait été dans une bien meilleure situation après tout, car les sang-mêlés ne sont pas persécutés comme les nés-moldus. Quand à la bombe, Harry est un génie, je ne m'en fais pas trop pour lui non plus ;)) Comme tu l'as si bien résumé, Harry est partagé. Que va-t-il choisir? Mystère... eEn tout cas merci de cette longue et superbe review, qui m'a fait très plaisir! J'espère te retrouver au prochain chapitre!
Chapitre 24
Lucius Malfoy était totalement fasciné. Merlin, il n'avait pas ressenti une telle fascination pour quelqu'un depuis sa rencontre avec le Seigneur des Ténèbres. Harry Parker était un être unique en son genre.
Ce qui avait attiré le Seigneur Malfoy chez le garçon, c'était avant tout son intelligence unique. L'ex-Serpentard était un véritable prodige, comme on en voit peu. Le Lord en était un, lui aussi. Et, alors que Lucius ne serait jamais le dernier pour dire qu'il était intelligent, jamais il n'aurait même l'idée de se considérer à la même hauteur que ces deux personnages.
La première fois qu'il avait fait la connaissance du jeune Parker, il avait fini poignardé, maudit et abandonné dans un couloir sombre, servant de simple hibou messager entre le jeune homme et le Seigneur des Ténèbres. Lucius s'était rarement senti aussi humilié que ce jour-là. Il en avait voulu au garçon, bien sûr, il lui avait un instant voué une haine atroce. Il n'était même pas sûr qu'elle l'ait quitté.
Mais autre chose avait rapidement remplacé la colère dans son esprit. Alors qu'il voyait le jeune homme danser autour de tous ces puissants sorciers, se frayer un chemin dans l'entourage du Seigneur en étant parti de rien, alors qu'il appréciait les taquineries et les manipulations que Parker effectuait sur tout le monde autour de lui, il avait vite commencé à être intrigué.
Cette curiosité malsaine n'avait jamais diminué depuis. La vue même du brun l'excitait au plus haut point, bien qu'il soit suffisamment maître dans les magies de l'esprit pour le cacher aussi habilement que possible. Sa fascination était en partie sensuelle. Parker était l'une des plus jolies choses qu'il avait jamais vues. Tout en lui respirait la perfection incarnée.
Harry était d'une beauté à couper le souffle. Ses cheveux ébène formaient un contraste saisissant avec sa peau de porcelaine, ses yeux gris, si semblables à ceux des Black, -ou des Malfoy, tout compte fait- semblaient pourtant être plus mystérieux, plus attrayants que ceux de ces deux nobles familles. Harry était petit, probablement fût-il l'un des plus courts sorciers de son année, cependant, cela ne retirait en rien la grâce, la confiance, l'assurance que le sorcier semblait dégager autour de lui.
La magie paraissait vibrer en sa présence, comme en parfaite cohésion avec Parker. Il était impressionnant. Lucius avait absolument hâte de voir ce que le garçon ferait à l'avenir. Il était à coup sûr destiné à de très grandes choses. Le fait était là, Parker jouissait de la solitude, oui, mais il appréciait encore plus la puissance, la connaissance et le pouvoir. Son attirance pour ce dernier le pousserait sûrement, dans les années à venir, à se mettre sur le devant de la scène.
Le jeune homme serait un leader, même si le Seigneur des Ténèbres occuperait toujours la plus haute place, bien entendu. Harry était fait pour diriger, même s'il ne voulait pas l'admettre.
Mis de côté son attirance physique et magique pour le garçon, le fait qu'il soit favorisé aussi vite par le Lord l'avait impressionné. Personne mis à part l'infâme Sirius Black n'avait jamais retenu l'attention du Seigneur des Ténèbres suffisamment longtemps pour qu'il en fasse son apprenti. Et pourtant, la preuve était là : Harry Parker, un simple sang-mêlé relativement médiocre avait réussi à s'imposer au plus grand sorcier de tous les temps.
Lucius en avait été abasourdi, sur le coup. Il avait été à deux doigts de protester, de tenter de faire entendre raison au Seigneur des Ténèbres. Mais alors, il avait vu la véritable puissance du jeune homme. Le contrôle qu'il avait sur sa magie était impressionnant. Il n'était pas de taille pour vaincre le Lord, c'était certain, mais Lucius savait qu'un jour, si on lui en donnait la chance, il serait peut-être en mesure de le contester. Peut-être.
Car quelque chose venait se rajouter à la fascination malsaine de Lucius pour l'ex-Serpentard. La suspicion lui tordait parfois l'estomac lorsqu'il le regardait, comme une piqûre de rappel qui ne voulait pas le laisser tranquille. Malfoy avait toujours été un observateur. Il excellait à repérer les faiblesses des gens et à les utiliser contre eux. Il savait identifier toutes les émotions humaines, mieux encore que le Lord, disait-on, et de plus, il avait un don pour tordre l'esprit des gens. Personne ne parvenait à le tromper bien longtemps.
Du moins, c'est ce qu'il pensait, dans toute son arrogance. Il ignorait beaucoup de choses sur Parker. Le garçon n'avait jamais semblé avoir d'amis à Poudlard. Il avait partagé une chambre avec son fils, fait dont Draco ne s'était pourtant jamais plaint. C'est cette constatation qui l'avait mis sur la piste. Son fils n'aurait jamais manqué une occasion comme celle-ci pour faire de la vie d'un sang-mêlé un enfer sur Terre.
Et pourtant, Parker, alors qu'il se trouvait obligé de porter le masque qu'il s'était imposé, avait réussi à convaincre le jeune Malfoy de le laisser tranquille. Miracle dont Lucius restait encore perplexe. Parker n'avait pas utilisé la force, ou ses capacités exceptionnelles pour faire plier Draco, cela, il en était sûr. Si Harry faisait quelque chose, il le faisait jusqu'au bout et avec soin, peu importe les conséquences. Si Draco s'était mis à l'intimider, il aurait patiemment attendu la fin de Poudlard pour le tourmenter à son tour.
Parker semblait posséder un stock illimité de patience.
Le mystère de la relation entre son fils et Parker restait encore total. Il pourrait aller fouiller dans l'esprit du blond, pour mettre au clair cette histoire, mais le défi le passionnait trop pour qu'il le remporte de manière aussi déloyale. De plus, c'était à peine s'il croisait Draco ces temps-ci. Même au Ministère, au Manoir, ou présentement au bal, le jeune sorcier semblait l'éviter, ce qui rendait Lucius perplexe. Il ne se rappelait pas avoir eu une dispute avec son fils récemment.
Cependant, son obsession pour Parker le rendait plutôt imperturbable aux évènements extérieurs. Personne ne l'avait remarqué sûrement, mis à part Bellatrix et à coup sûr le Seigneur des Ténèbres. Bellatrix l'avait deviné et en profitait pour lui faire faire des tâches ingrates en guise d'échange pour organiser pour lui des rencontres fréquentes avec Parker. Le Seigneur des Ténèbres quant à lui ne l'avait pas approché, mais l'homme savait tout. Sa curiosité envers son apprenti n'avait pas dû passer inaperçue.
Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il sentait, par tous les pores de sa peau, que Parker cachait encore de très nombreux secrets, jalousement gardés au fin fond de son esprit bien protégé par les boucliers d'Occlumancie que lui avait appris Severus.
Lucius grogna en pensant à son meilleur ami. Que l'homme lui ait caché pendant autant d'années son implication avec Parker le rendait furieux. Ce n'était pas tant parce que les deux hommes se disaient tout habituellement – ce n'était bien sûr pas le cas, et Lucius ne s'en portait pas plus mal-, mais plutôt car il aurait alors pu côtoyer le garçon quand il était encore assez jeune pour être facilement manipulable. Il aurait pu découvrir ce qui se tramait dans sa jolie tête avant d'en arriver à cette satanée obsession qui le rendait émotionnel et sentimental. Lucius frissonna. Mais dans le même temps, le plaisir n'aurait pas été aussi grand qu'il l'était actuellement.
La pensée de découvrir encore plus de choses sur Parker le remplissait d'un sentiment qui se rapprochait de la satisfaction sexuelle. C'était presque une délivrance. Le plaisir durerait aussi longtemps que Parker ne décourageait pas sa curiosité malsaine.
Autre fait étrange dans leur relation tordue : Harry semblait jouir autant que lui de ces jeux d'esprit qui sévissaient entre eux. Il ne faisait rien pour les stopper, les encourageait même en faisant mine de minauder devant lui ou en le taquinant presque affectueusement. Il ne faisait qu'alimenter la fascination de Lucius, et il paraissait en être tout à fait conscient.
Lucius s'en trouvait d'autant plus intrigué.
Alors bien sûr, lorsqu'il avait vu le garçon tenter de quitter furtivement la salle de bal, il avait sauté sur l'occasion. S'il découvrait ce que tramait encore le jeune Parker, il découvrirait l'un de ses précieux secrets. Ce serait tout simplement délicieux, et le plaisir n'en serait que plus grand lorsqu'il se rendrait compte que le jeu n'était malgré tout pas terminé. Lucius était persuadé qu'Harry cachait de nombreux autres cadavres dans ses placards. Au sens figuré, bien entendu.
Et désormais, il se trouvait aux côtés de l'objet de ses pensées, déambulant avec lui à la recherche, soi-disant d'une quelconque menace présente dans le Manoir Malfoy. Lucius ne croyait que très peu à la théorie du danger imminent. Son Manoir n'avait pas été attaqué depuis presque deux décennies. Et ses charmes de protection étaient infranchissables. Seul Dumbledore avait pu, à l'époque de la Guerre des Sorciers, en altérer une petite partie, mais ils s'étaient alors reformé tout seuls au fil des mois jusqu'à redevenir aussi forts qu'ils l'avaient été au tout début de leur lignée.
A cause de tout cela, Lucius ne se sentait pas le moins du monde menacé. Cela ne semblait pas être le cas de son camarade qui avançait à l'aveuglette, les traits crispés et l'argent de ses yeux transformé en une couleur métallique, froide, et dure.
Lucius sentait des frissons de plaisir parcourir son dos en notant la puissance que dégageait le jeune homme à cet instant précis.
« Tu ne crois pas réellement qu'il y ait un quelconque danger, n'est-ce-pas Harry ? », finit par lâcher le blond, après ces minutes insupportables où le silence avait régné entre eux.
« Bien sûr que si », répliqua-t-il sans même lui accorder un regard. « Pourquoi prendrai-je la peine de chercher autant dans le cas contraire, Lucius ? », siffla-t-il de sa voix douce, mais très dangereuse.
« Pour me conduire quelque part, ou me faire faire quelque chose, à l'évidence », dit-t-il d'une voix trainante, si reconnaissable car tellement semblable à celle de Draco.
Harry, à ces paroles, se stoppa net. Il resta figé quelques secondes avant de se tourner vers lui et, sourire aux lèvres, de prendre un air narquois.
« Mon cher Lucius, serait-ce de la déception que je sens dans ta voix ? », ricana-t-il. « Je ne comprends pas », minauda-t-il en clignant des yeux d'un air innocent. « Où voudrais-tu que je t'emmène, excepté sur le lieu de la menace ? Et pourquoi voudrais-je utiliser tes services pour quoi que ce soit ? »
L'insolent petit bâtard ! Il sentait l'attirance de Lucius pour lui, et il en profitait allégrement ! Il semblait adorer le fait de se jouer de lui ainsi, car une lueur de pur plaisir brillait dans son regard.
« Je n'en sais rien. Je ne faisais que supposer que tu avais une idée en tête en me prenant avec toi. », lâcha-t-il d'une voix doucereuse, un léger sourire aux lèvres .
Harry plissa des yeux, reconnaissant probablement une insinuation là où il y en avait une. Puis le jeune apprenti rejeta sa tête en arrière avant d'éclater de rire et d'attraper le bras de Lucius pour l'enjoindre à le suivre.
« Tu es tout à fait divertissant, Lucius, tu en es conscient ? », demanda-t-il d'une voix effectivement très amusée.
Le blond ignorait s'il s'agissait d'un compliment ou d'une insulte, aussi se contenta-t-il d'hausser un sourcil interrogateur. Parker ne répondit pas à sa question sous-jacente et continua d'avancer, apparemment sans trop savoir où il se dirigeait. Lucius devenait de plus en plus perplexe au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient.
Se pouvait-il que le Manoir soit réellement menacé par quelque chose ? Et que Parker cherchait véritablement à l'empêcher ? Jouant quelques secondes avec cette idée dans son esprit, Lucius se résolut finalement à prendre la parole.
« Il y a vraiment une menace ? », finit-il par dire, de la voix la plus neutre qu'il était capable d'utiliser.
« Je pensais que nous en avions déjà convenu », répliqua le jeune Parker en lorgnant Lucius, un peu surpris que le blond en doute encore.
« En effet. Je ne pensais juste pas que… »
« …que quelque chose pourrait menacer ce manoir si…intouchable ? », le coupa Harry, étrangement sans aucun malice dans la voix. « Oui…je m'en doutais. L'arrogance viendra à bout des sang-purs, un jour. »
Voyant Lucius prêt à répliquer, Harry leva le bras et poursuivit fortement :
« Je ne dis pas cela pour dénigrer les sorciers de race pure. Je dis cela pour empêcher de nombreux morts dans les mois à venir. Les Surhumains vont devenir plus actifs et se mettre à nous cibler plus fréquemment. Si les sang-purs font preuve d'autant d'arrogance et de confiance que toi, ils ne tiendront pas longtemps. Les Surhumains sont pour la plupart très intelligents, et ceux qui ne le sont pas ne sont pas au pouvoir de toute façon. Ils enverront leurs meilleurs assassins pour vous tuer, vous, les aristocrates et vous vous laisserez berner par cause de stupidité profonde et d'égo surdimensionné »
Lucius était étonné de recevoir un tel avertissement de la part du jeune homme. C'était presque comme s'il avait sa sécurité à cœur, comme s'il ne voulait pas le voir mort. Ce serait assez surprenant, car Parker n'était pas particulièrement connu dans les rangs pour être quelqu'un de sentimental. Le fait que l'homme ait combattu dos à dos avec le Seigneur des Ténèbres avait impressionné bon nombre de disciples et les avait aidés à se forger une image flatteuse et impitoyable de Parker.
C'était le rêve de tout le monde, de monter sur un pied d'égalité avec le Lord. Et pourtant, le blond en était sûr, seul Parker avait une chance d'y parvenir. Tous les autres étaient voués à l'échec, mais ils essayaient malgré tout. Lucius était comme eux.
Ils étaient plutôt pathétiques, tout bien réfléchi.
« Je prends ta préoccupation à cœur, Harry, mais les charmes de protection du Manoir sont infaillibles. », finit-il par déclarer.
« Apparemment pas, puisque quelqu'un a réussi à entrer et tisser une bombe à l'intérieur du Manoir. », murmura le jeune Parker.
Le brun s'était stoppé de nouveau en plein milieu d'un vaste couloir, comme si une idée de génie lui avait traversé l'esprit. Se tournant vers Malfoy Sr, son visage demeura cependant bloqué dans une expression indéfinissable.
« Par qui les charmes de protection peuvent-ils être manipulés ? Qui pourrait les tordre et s'en jouer à sa guise ? », demanda le jeune garçon avec empressement.
Parker tenait une piste, et Lucius croyait voir vers où cette confrontation allait mener. Il trouvait ça beaucoup trop invraisemblable pour être examiné et repoussa ses soupçons avec soin.
« Moi, bien entendu, Narcissa et Draco. », répondit-il d'une voix lourde. « Et la famille Black, dans une moindre mesure. Narcissa est une Black, et donc Draco aussi, évidemment, ce qui donne un très léger pouvoir à Bellatrix et Andromeda par exemple. Mais pas assez pour causer le moindre souci, rassurez-vous. », affirma-t-il avec aplomb.
« Et pourtant… », murmura le jeune Parker en s'appuyant contre le mur à côté de lui, les yeux fermés, comme s'il tentait de se concentrer. « Et pourtant je pense que cette bombe magique ne se trouve pas dans le Manoir, mais sur le Manoir. Elle est en train de se nourrir de ces charmes de protection aussi efficacement qu'une limace sur une salade. Elle va sucer jusqu'à la dernière goutte de magie qu'elle peut trouver pour s'alimenter, et lorsqu'elle n'en aura plus, elle explosera. En explosant, elle sera en mesure d'envahir les pièces et les humains s'y trouvant. Ce ne sera qu'une question de temps avant que les survivants ne décèdent lorsque les dernières traces de leur magie auront été aspirées par la chose. »
Lucius pâlit affreusement, ce qui lui donna l'air d'un cadavre tant il était déjà blanc à l'origine. Agrippant le jeune Parker et le plaquant contre le mur, il le fixa d'un regard dur et froid. Il préparait déjà sa vengeance contre ceux qui avaient posé la bombe.
« Es-tu sérieux ? Il y a vraiment une bombe ? Tu n'es pas en train de te jouer de moi, de tester mon intelligence ? », grogna-t-il, un peu hors de contrôle.
« Si c'était le cas, je t'aurais déjà attribué la note minimale », cracha le jeune Parker, un peu exaspéré par la lenteur de compréhension de son accompagnateur.
Lucius le fusilla du regard mais ne commenta pas son intervention, le relâchant brutalement avant de faire plusieurs pas en arrière.
« Et tu affirmes que la bombe se trouve sur tous les charmes de protection du manoir ? », demanda-t-il finalement, un peu déboussolé.
« J'en suis sûr et certain, en effet. »
« Seuls les membres de ma famille ont accès aux charmes ! », protesta-t-il vivement.
« Eh bien dans ce cas, il est temps pour toi de reconsidérer ta femme, ton fils, et tes deux belles-sœurs sous un jour nouveau. Les ennemis du régime persuadent de plus en plus facilement de nos jours… Un simple instant de vulnérabilité, une faiblesse peut-être, et même le plus honnête des hommes et la plus brave des femmes finissent par plier sous la menace. »
Lucius se tut un instant pour encaisser le choc. Qui ? Qui aurait pu trahir ainsi le Seigneur des Ténèbres ? Le choix était restreint. Narcissa, Draco, Bellatrix, Andromeda. Lui.
Rejetant sa tête en arrière contre le mur, Lucius réfléchit. Son amour pour sa femme et son fils le suppliait de ne pas les soupçonner. En outre, Bellatrix était sûrement la plus fidèle Mangemort du Seigneur des Ténèbres. Le trahir n'avait même jamais dû lui traverser l'esprit. Peut-être même ne comprenait-elle pas cette notion, tellement elle lui était étrangère.
Ce qui laissait Andromeda. L'idée était plausible. La femme était tombée en disgrâce dans la société. Elle avait tout perdu. Son mari avait été réduit en esclavage et servait actuellement une branche mineure de la famille Black. Autant dire qu'il ne devait pas être bien traité. De plus, elle avait perdu la garde de sa fille avec la montée au pouvoir de Voldemort, et avait été contrainte de ne pas se mêler de son éducation et de ne pas protester, même si Nymphadora était traitée plus bas que terre. Pourtant, en dépit de cette enfance difficile, il semblait que la jeune Nymphadora ait hérité du caractère rebelle de sa mère, puisqu'elle posait un certain nombre de problèmes.
Nymphadora. Pourrait-elle être derrière tout cela ? C'était peu probable. Très peu probable. Pour cela, la jeune femme aurait dû posséder presque la totalité de la puissance de Dumbledore, ou Voldemort, car son lien de parenté avec les Malfoy était trop éloigné pour qu'elle prenne légitimement le contrôle des charmes de protection.
Andromeda, de son côté, aurait pu faire quelque chose. Mais là encore, la femme semblait s'être retirée du monde réel et restait enfermée dans sa chambre au Manoir Black à longueur de journées. Elle ne parlait pas, ne faisait rien. Lucius la croyait fermement enfermée dans une profonde dépression.
Mais…Et si elle avait joué avec eux ? Leur avait fait croire ce qu'elle voulait qu'ils croient ? Lucius, intérieurement, était perplexe. Andromeda était une Serpentard dans l'âme, et était plus que capable de les ruser ainsi, mais elle n'était pas très puissante. Sa force résidait dans son intelligence. Or, prendre le contrôle de charmes de protection en ayant un lien de parenté aussi éloigné nécessitait autant de puissance pure et brute que d'intelligence.
Ce qui innocentait Andromeda, au moins pour le moment.
Cela laissait Draco et Narcissa.
« C'est impossible ! », rugit Lucius, faisant sursauter Parker, qui semblait lui aussi plongé dans une transe.
Harry ne lui répondit pas et siffla sous la frustration. Apparemment, Lucius l'avait interrompu alors qu'il pensait à quelque chose d'important.
« J'ai une confiance totale en mon fils et ma femme. », scanda Lucius d'une voix forte, qui n'admettait aucune contradiction.
« C'est idiot. », répliqua Harry. « Je ne fais pas confiance à ma mère. Je fais encore moins confiance à mon père. J'ai une confiance partielle en Severus, mais je ne pourrais jamais me livrer entièrement à lui. La confiance est pour les faibles, Lucius. Elle mène à des situations comme celle que l'on vit actuellement. »
Harry était impassible. Sa voix, insensible, résonnait en Lucius comme un écho dans une grotte. Aucune émotion ne filtrait au-travers des boucliers d'Occlumancie du jeune homme. Il semblait somme toute assez indifférent à la situation conflictuelle dans laquelle se trouvait le Seigneur Malfoy. Sa préoccupation première restait la bombe magique. Les émotions humaines ne semblaient guère avoir une quelconque place dans son esprit.
Bien sûr. Comment Lucius avait-il pu attendre –espérer- une quelconque réaction de la part de Parker ? Il n'aimait pas Draco, ne connaissait pas Narcissa. Il ne leur vouait aucune sorte de considération ou de confiance, il était donc facile pour lui de passer outre le fait que quelqu'un à l'intérieur de la famille Malfoy avait trahi Lucius et la cause du Lord.
Le Seigneur Malfoy, quant à lui, sentait une douleur sourde dans sa poitrine. Il était blessé. Et furieux.
« Draco est le coupable. », l'informa finalement Parker en se remettant à marcher après avoir laissé le temps à Lucius de faire la part des choses.
« D-Draco ? », murmura Malfoy, tentant de ne pas laisser tomber son masque, tentant de garder une certaine dignité malgré la situation. « Comment aurait-il pu faire une chose pareille ? »
« Je ne sais pas. », répondit Parker à la question rhétorique de Lucius. « Je ne comprends pas. »
Quelque chose poussa Lucius à tourner la tête vers Harry. Le jeune homme semblait aussi peu chaleureux qu'à son habitude, mais il était en mesure de voir au-travers des paroles du garçon. Une véritable incompréhension semblait l'habiter, comme s'il ne pouvait pas croire que Draco ait pu commettre un tel acte. Il semblait chercher une autre raison, n'importe laquelle. Un conflit intérieur habitait ses beaux yeux d'argent liquide.
Lucius était dérouté. Harry venait d'affirmer ne faire confiance à personne. Or, il semblait réellement perturbé par la trahison de Draco. Il le cachait mieux que Lucius, mais la peine était là quand même.
Malfoy Sr était perplexe.
« Comment peux-tu être sûr que c'est Draco qui… ? »
« C'est toi qui me l'a dit, bien sûr. »
« Qu- »
« J'ai vu tout de suite comment ton esprit a fonctionné, mon cher Lucius », le coupa Harry. « Tu n'as pas tourné tes soupçons vers Narcissa, mais tu as immédiatement assumé que Draco était le coupable. Si cela avait été ta femme, tu aurais été totalement furieux. Or, ton amour paternel t'a plutôt poussé au déni, ce qui prouve mes dires. Tu as sûrement dû trouver le comportement de ton fils suspect ces dernières semaines. »
Lucius ne savait pas quoi répondre.
Comme s'il y avait quelque chose à dire lorsqu'un père apprenait que son propre fils avait posé une bombe sur le Manoir, projetant de tuer toutes les personnes présentes au bal. Y compris lui-même, son père et sa mère.
Avait-il eu des regrets ? Des doutes, avant de passer à l'acte ?
Pour qui agissait-il ainsi ? Les Surhumains l'avaient-ils contacté ? Cela paraissait totalement surréaliste, les Surhumains exécrant les sorciers de sang-pur, mais il ne voyait pas d'autre raison.
Tout semblait si flou, désormais.
« Il faut désactiver la bombe. », déclara finalement Harry d'une voix monocorde.
« Tu sais faire cela ? », demanda Lucius, abasourdi.
« Non. », cingla le jeune homme. « Mais il faut que j'essaie. »
« Les Lieurs de Sorts de Gringotts-»
« -n'arriveront pas à temps pour empêcher la tragédie. », répliqua Harry. « De plus, ils ne pourront rien faire car ils ne parviendront pas à accéder aux charmes de protection. Comme tu l'as si bien fait remarquer, seuls des membres de la famille peuvent y toucher, ce qui rend le Manoir à priori intouchable. Du moins, en temps normal. Les charmes considéreront les tentatives des Lieurs de Sorts comme des attaques et la magie du Manoir sera furieuse. En s'agitant ainsi, il y a un grand risque que la bombe explose. »
« Le Seigneur des Ténèbres-»
« -ne peut pas nous aider car sa magie déclencherait immédiatement la bombe. J'ai envoyé il y a une dizaine de minutes un avertissement au Lord à l'aide de la marque, j'espère juste qu'il le prendra au sérieux. »
« Un avertissement ? »
« Tu connais le morse ? »
« Evidemment », répliqua Lucius d'un air insulté.
« Alors j'imagine que le Seigneur des Ténèbres le comprendra aussi. »
« Le Seigneur des Ténèbres sait tout. », scanda Lucius avec conviction.
« Bien entendu. », répliqua Harry, une drôle touche d'humour dans sa voix.
Lucius fixa Parker, intrigué par cette insolence suspecte, mais décida finalement que sa curiosité devrait patienter jusqu'à ce qu'ils aient réglé le problème imminent.
« On pourrait juste faire évacuer le Manoir. », dit Lucius, craignant effectivement pour la vie de sa femme et, malgré sa trahison, pour celle de son fils.
« Impossible. J'ai lu que les bombes magiques, une fois posées sur des charmes de protection, interdisaient toute sortie du domaine. Si quiconque tentait de s'enfuir, il exploserait immédiatement. »
« Charmant », convint Lucius, une légère grimace déformant son beau visage. « Je comprends que tu as une certaine connaissance des bombes, malgré tout ? »
« Pas du tout. La seule connaissance que j'aie est celle-ci, et seulement car une inscription concernant les bombes magiques avait attiré mon attention alors que je faisais des recherches sur les charmes. »
« Mais j'ai entendu que tu étais un prodige en charmes. », insista Lucius, comme pour se rassurer.
« C'est le cas », répliqua Harry, apparemment agacé de ne pas pouvoir se concentrer convenablement.
Lucius savait qu'il allait devoir laisser son compagnon travailler en silence, mais c'était plus fort que lui. Quelque chose ne tournait pas rond dans les explications du jeune prodige.
« Mais, en dépit de toutes tes aptitudes, impressionnantes, je dois bien l'avouer, même toi ne peut pas briser aussi facilement les charmes de protection du Manoir », l'informa Lucius en fronçant les sourcils. « Je te l'ai déjà dit, seul un membre de la famille Malfoy pourrait y toucher. Et je suis au regret de t'informer que tu n'en fais pas partie. Sachant que je suis passable en charmes, que ma femme y excelle encore moins, et que mon fils, bien que brillant dans cette matière, est le traître qui veut tous nous tuer, je vois difficilement comment la situation pourrait être pire. »
Harry se figea dans le choc. Lucius était étonné de voir autant d'émotions refoulées dans les yeux gris de son interlocuteur. Ce dernier semblait hésiter, il paraissait presque vulnérable. Soudain, le fait que le garçon ait juste 18 ans lui sauta aux yeux.
Le jeune homme ouvrit plusieurs fois la bouche, sans qu'aucun son n'en sorte. Il détourna le regard pour le fixer sur le mur derrière lui.
Lucius avait l'immense honneur de voir le grand Harry Parker gêné. Il était sûr que c'était quelque chose dont il ne serait plus témoin de sitôt.
« Ecoute, Harry… », commença Lucius, finalement lassé par le silence pesant entre eux.
« Tu as tort, tu sais. », le coupa-t-il. « Si je t'aidais à retirer la bombe en te guidant avec mes connaissances en charmes et ma magie, si nous travaillions ensemble, toi exécutant ce que je te dis de faire, nous aurions une chance. Cependant, et même s'il s'agit de l'explication que l'on va donner au Seigneur des Ténèbres, ceci est trop peu sûr pour que je risque ma vie et celle de tous les invités présents sur cette simple hypothèse »
« Tu veux dire que tu as une autre idée ? », s'étonna Lucius, le blond n'ayant même pas pensé à la première avant qu'Harry ne l'émette.
« En effet. », répondit Harry, calmement, d'un ton paisible.
Lucius pouvait cependant sentir les battements de son cœur de là où il se trouvait.
« Je vais retirer cette bombe seul. Ma magie est plus forte que la tienne, et mes connaissances en charmes suffiront à combler mon manque de pratique dans le domaine. Tes gestes seraient maladroits, comme tu n'excelles pas en charmes, et même si je te guidais, il y a un risque que tes piètres aptitudes déclenchent la bombe plutôt que de la détruire. »
Lucius était exaspéré.
« Harry, je te répète que les charmes de protection ne peuvent être manipulés que par… », commença le blond, avant de s'arrêter brusquement, les yeux exorbités, la mâchoire pendante.
Il venait de comprendre.
Harry le fixa, dans l'expectative. Son expression ressemblait à celle d'un Langue-de-Plomb devant une créature fascinante, mais dangereuse. Il attendait, trépignait presque. Harry avait attendu patiemment que Lucius comprenne.
Inspirant brutalement, le Seigneur Malfoy fixa le garçon, refusant d'admettre ce qu'Harry sous-entendait.
« Lucius, nous n'avons plus beaucoup de temps. Si je ne commence pas maintenant… », le pressa le jeune homme, l'air impatient…mais aussi hésitant.
Lucius n'avait jamais vu Harry Parker aussi peu confiant sur quelque chose qu'en ce moment même. Mais ce fait importait peu pour le moment. Tout ce que le blond pouvait faire, c'était d'analyser le garçon sous toutes les coutures, cherchant un quelconque signe qu'il s'agissait d'une blague de mauvais goût et non pas de la vérité, dure, tranchante, imprévue.
« Tu…tu es de la famille ? », demanda finalement le Seigneur Malfoy, sa voix réduite à un simple murmure.
Harry se contenta de bouger la tête. Si Lucius n'avait pas été aussi attentif, il n'aurait pas su déterminer s'il s'agissait d'un signe positif ou négatif. Mais ses yeux n'avaient pas quitté le garçon devant lui depuis le sous-entendu émis par Parker, aussi ne manqua-t-il pas de remarquer qu'il s'agissait d'un hochement de tête.
Lucius ne sut quoi faire avec l'information. Il se tenait là, les bras ballants. Harry attendait manifestement une quelconque réaction de sa part, mais le blond était trop choqué pour exprimer quoique ce soit d'autre que de la surprise, profonde et sincère.
« A quel degré ? », insista finalement Lucius, à voix basse, comme s'il avait peur de savoir. « Es-tu le fils de l'une des sœurs de ma femme ? Le fils de ma femme ? », demanda l'homme, d'une voix enrouée. Mon fils ?, finit-il silencieusement.
Harry le fixa d'un air vide.
« Nous savons tous les deux la réponse à cette question, Lucius. », répondit-il, comme si c'était en effet tout à fait évident. « Tu sais très bien que ta femme ne t'a jamais trompé, et je vois mal comment elle aurait pu accoucher de moi si peu de temps après avoir mis Draco au monde. Bellatrix est stérile et Andromeda n'a probablement jamais plus touché un homme depuis sa séparation forcée d'avec ce Sang-de-Bourbe, Tonks, je crois ? De là, mon ascendance est assez évidente. »
Lucius sentit son cœur s'affoler, ses jambes tremblantes ne supportaient même plus son poids. Il dût s'appuyer sur le mur derrière lui pour ne pas s'effondrer. Ses grands yeux gris restaient ancrés sur Harry alors qu'il pâlissait affreusement, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson dans l'eau.
Il ne ressemblait plus à un aristocrate. Il ressemblait juste à un homme qui faisait face à son fils, déjà majeur et adulte, pour la première fois.
« Tu…Mon fils ? », haleta le blond.
Harry poussa un cri d'exaspération.
« Nous n'avons pas le temps pour ça ! », cria-t-il. « Écoute-moi bien, Lucius. Tu vas t'asseoir par terre bien gentiment et ne perturber ma méditation sous aucun prétexte, mis à part s'il s'agit d'une question de vie ou de mort, c'est clair ? Ce que je vais faire maintenant est notre unique chance de survie. Tu traiteras avec tes émotions plus tard. Ne bouge surtout pas d'ici. Quelqu'un devra être là si je ne peux pas terminer le travail tout seul, pour quelque raison que ce soit. »
Lucius hocha la tête sans même prendre les paroles de son fils en considération. Son fils.
« Mon fils… », murmura-t-il, en ne quittant pas des yeux l'enfant inattendu qui l'avait tant fasciné depuis leur première rencontre.
Harry Parker était son fils.
Contre toute attente, Lucius rejeta sa tête en arrière et sentit un rire hystérique s'échapper de ses lèvres. Le jour même où Draco le trahissait, il gagnait un autre fils pour assurer la prospérité du nom.
N'était-ce pas monstrueusement ironique ?
Harry sentait Lucius s'agiter à ses côtés et dût se retenir de toutes ses forces d'ouvrir les yeux pour regarder une fois de plus son père.
Il ne pouvait pas croire qu'il venait juste de lui avouer qu'il était son fils. Il ne pouvait pas croire qu'il avait fait une telle chose stupide ! L'homme n'était pas prêt ! Ce n'était pas dans le plan ! C'était inattendu ! Lucius n'aurait jamais dû l'apprendre de cette manière !
Qu'avait-il réellement pour convaincre l'homme de ne pas le dénoncer ? Comment pouvait-il l'obliger à les aider, lui et sa mère ? Il avait fait une erreur. Une terrible erreur.
Ce n'était pas le bon moment !
Au fond de lui, Harry savait que ce monologue intérieur était tout à fait inutile. Tout d'abord, il ne pouvait défaire ce qui avait déjà était fait. D'autre part, s'il voulait être totalement honnête avec lui-même, il savait que c'était en fait l'une de ses meilleures initiatives que d'annoncer la vérité à Lucius de cette façon.
Le blond venait d'apprendre que Draco l'avait trahi, il était donc vulnérable mentalement. Apprendre qu'il avait un autre fils réveillerait automatiquement en l'homme une fibre paternelle que Draco avait durement malmenée ce soir-là. Lucius Malfoy était à son état le plus faible. Une telle occasion ne se représenterait jamais plus.
La stratégie était brillante, n'importe qui en conviendrait.
Mais Harry n'avait jamais totalement réfléchi à la façon dont il se sentirait, lorsque Lucius Malfoy saurait qu'il était son fils. Il ne s'était jamais attendu à ressentir autant d'angoisse à l'idée que son père le rejette, il ne s'était putain pas attendu à être blessé par la lenteur de la réaction de l'homme !
C'était prévisible. Tous les hommes n'apprenaient pas un beau jour qu'ils étaient père d'un enfant qu'ils ne connaissaient ni d'Eve ni d'Adam et dont l'identité de la mère restait pour le moment floue. Harry ne doutait pas que Lucius ait trompé de nombreuses fois sa femme, et pas qu'avec sa mère, aussi ne devait-il pas savoir qui était sa vraie mère. Sûrement avait-il deviné que la prétendue Elizabeth Parker, sous-chef du projet de recherche du Lord, n'était pas ce qu'elle disait être.
Harry craignait et anticipait à la fois de parler véritablement avec le Seigneur Malfoy. Serait-ce maladroit ? Malfoy l'accepterait-il, alors même qu'il venait de faire face à la trahison de Draco, la chair de sa chair, l'enfant pourri-gâté, l'enfant légitime ?
Rien n'était moins sûr.
Harry soupira intérieurement. Draco. L'autre raison pour laquelle il était présentement en train d'échouer misérablement à atteindre la bombe dans les charmes de protection du Manoir. Une profonde tristesse ainsi qu'une insaisissable fureur l'empêchaient de se concentrer. Jamais, même dans ses pires cauchemars, il n'avait imaginé que Draco puisse ainsi le trahir. Car Harry ne se faisait aucune illusion. Si Draco avait rejoint les rebelles, comme il semblait que ce soit le cas, ce devait être lui qui avait convaincu les autres qu'Harry faisait une recrue potentiellement intéressante.
Le traître !
Harry serra les dents. Il avait tout confié à ce sale, dégoûtant, misérable bâtard !
Quelle ironie ! Techniquement, c'était lui, le bâtard, pas Draco.
Le jeune homme sentit une boule monter dans sa gorge. Comment n'avait-il pas vu que le blond avait changé de côté ? Pourquoi cela lui faisait-il aussi mal, alors même qu'il envisageait lui aussi d'aider les Surhumains ? Etait-ce parce qu'il avait toujours cru que Draco serait fidèle à ses convictions ? Ou bien parce que son meilleur ami, son frère, dans tous les sens du terme, n'avait pas hésité à le donner en pâture à tous ces sorciers désireux d'un monde nouveau, à tous ces rêveurs prêts à tout pour changer la société.
Il n'avait pas hésité à le mettre en danger pour un groupe qu'il venait à peine de rejoindre, probablement. La douleur se fit plus forte dans la poitrine d'Harry alors qu'il se remémorait leur temps à Poudlard. Bordel, le blond avait été son seul ami ! C'était bien le seul qu'il n'avait jamais remis en doute. Le seul en qui il vouait une confiance inébranlable, malgré ses derniers propos envers Lucius.
Etrangement ironique que sa propre condescendance envers le blond se retourne ainsi contre lui.
Sa confiance avait été bafouée. Pire, Draco avait marché dessus, comme si ce n'était rien.
Harry n'en voulait pas excessivement au blond d'avoir rejoint les résistants. S'il s'agissait des convictions de son frère, aussi étrange que cela puisse paraître en raison de son statut de sang-pur, Harry n'avait pas le droit de les remettre en cause. Tant que Draco les assumait, le jeune homme n'aurait pas été furieux. En colère, peut-être au début, oui, mais pas furieux.
Mais Draco ne s'était pas contenté de trahir le Seigneur des Ténèbres. Il lui avait caché affreusement bien sa nouvelle loyauté et s'était servi de lui pour se faire une place dans le groupe de résistants, ou du moins c'est ce qu'Harry supposait. Il se sentait comme un vulgaire pion sur le jeu d'échec que jouaient Voldemort et les résistants.
Il haïssait cette sensation de toutes ses forces.
En offrant ainsi son meilleur ami Milicien et apprenti du Lord en pâture aux résistants, Draco avait dû gagner bien vite la confiance du cercle intérieur. Que c'était d'une ironie douce-amère. C'était le blond qui l'avait introduit dans le cercle des Miliciens, et le voilà qui changeait lui-même de côté.
Apparemment, la vie d'Harry ne comptait pas autant pour Draco que celle du blond comptait pour son frère.
Harry se détestait pour être aussi dévasté.
Il avait été pris au dépourvu. Cela ne se reproduirait pas. Il ne laisserait jamais plus quelqu'un se rapprocher de lui ainsi.
Les amis finissent toujours par vous poignarder dans le dos. C'était naturel. C'était la loi du plus fort qui régnait dans cette société, après tout, relativisa-t-il.
Et dire qu'il s'était inquiété de la réaction de Draco à la découverte de sa puissance ! Le garçon n'étant pas un Milicien très haut placé, il aurait dû découvrir la vérité sur Harry en même temps que la plupart des disciples du Lord lors de l'attaque des Surhumains. Le brun se sentait idiot. Draco l'avait probablement su depuis un bon moment. Peut-être l'avait-il toujours su !
Ce serait étrangement amusant. Le manipulateur manipulé.
Harry secoua la tête. Il devenait paranoïaque. Si Draco avait changé de côté, ce devait être relativement récent. Peu avant que George et Angelina ne l'abordent, probablement. Peut-être même était-il déjà embrigadé lorsqu'il les avait surpris, le Lord et lui, dans la salle de réunion à s'embrasser passionnément. Et si ce n'était pas le cas, il avait sûrement quand même dit aux résistants par la suite qu'il avait une liaison avec le Lord. Même si c'était faux, bien sûr.
Pas étonnant que les résistants essaient par tous les moyens de l'avoir de leur côté !
Harry se sentit bouillir. Une haine épouvantable envers les résistants l'envahit. Il savait que c'était illogique de sa part. Draco était fautif. Les résistants, comme toute force qui se respecte, n'avaient fait qu'utiliser les informations du blond à leur propre avantage.
Harry voulait juste se plaire à croire que le blond n'était pas responsable. Que toute la faute revenait aux résistants. Au moins pour le temps où il devrait désamorcer la bombe. Par la suite, il pourrait faire le deuil de son amitié avec Draco. Faire le deuil de cette relation fraternelle qu'ils ne partageraient jamais.
Mais pas maintenant. Ce n'était pas le bon moment pour craquer. Il venait de réprimander Lucius pour se laisser envahir par ses émotions, ce n'était pas le moment pour faire la même chose.
Il fallait qu'il se concentre, où il ne sortirait jamais de là pour assister à la suite des évènements qui se déroulaient présentement en Grande-Bretagne.
Harry commença par réguler sa respiration. Il tenta de vider son esprit, sans grand succès et fut obligé de se plonger dans sa magie sans avoir l'esprit totalement clair. Ce fut une première pour lui, d'agir en étant aussi peu stable. Lorsqu'il était paisible, en méditation harmonieuse, sa magie était calme, douce, soumise. Elle se pliait à sa volonté. Lorsqu'il était aussi agité, son noyau le sentait apparemment et ne lui obéissait plus autant. C'est ce qui avait conduit à la folie de certains Mangemorts durant la Grande Guerre. La magie noire les excitait, et cette excitation leur faisait perdre le contrôle de cette même magie. C'était un cercle vicieux.
Selon Harry, les arts noirs étaient terriblement utiles, mais à manipuler avec précaution et à condition de ne pas en abuser. La magie noire créait une dépendance qu'Harry ne voulait pas du tout. Il admirait Lord Voldemort pour ne pas ressentir cette même dépendance, mais jamais il ne tenterait de savoir s'il bénéficiait lui aussi de cette capacité de résistance. Il tenait à sa santé mentale.
En tout cas, toute pensée parasite mise de côté, sa magie était relativement turbulente ce soir-là. Elle s'échappait en vagues de son noyau magique, et se projetait en ondes puissantes dans son esprit. Harry pouvait la contrôler, oui, mais elle n'était pas obéissante pour autant.
Tant pis.
Il allait devoir faire avec.
Harry canalisa sa magie contre ses globes oculaires, comme il avait appris à le faire il y a déjà de nombreuses années. C'était l'une des bases des charmes supérieurs. Il fallait apprendre à voir la magie et ne plus se limiter à la deviner ou à la ressentir. La première étape était de se rendre voyant.
Facilement, malgré l'insoumission de sa magie, Harry parvint à voir les charmes tissés tout autour de lui dans un enchevêtrement de fils ordonnés. Perpendiculaires, vifs et tendus comme en attente d'une attaque, les fils de magie se déplaçaient en ligne droite, dans le sens de la lumière, formant un drôle de quadrillage par lequel Harry avait toujours été fasciné. Retrouver autant de désordre dans une figure pourtant si ordonnée à l'origine l'intriguait.
Pour tester les charmes de protection du Manoir, Harry pinça mentalement un fil de magie. Ce dernier tressaillit, faisant onduler un deuxième fil positionné au dessus de celui-ci de façon perpendiculaire. Comme une onde, la perturbation subie par le fil de magie se propagea de fil en fil, jusqu'à ce que l'ensemble des charmes de protection se mettent en mouvement à l'unisson.
C'était magnifique. Harry ne put se retenir d'apprécier le spectacle qu'il avait devant lui. Il ne fut ramené à la réalité qu'en sentant les fils se remettre en place. C'était ce qu'il avait espéré. Son intervention, bien sûr, ne causerait pas de dégâts, il y avait veillé. Mais la façon dont les fils se remettaient en place attirait son attention. Il était tout à fait certain que les fils de magie des charmes de protection n'étaient pas censés se toucher entre eux. Se frôler, oui, mais en aucun cas se mélanger.
Or, en observant bien, Harry put voir les fils se tordre et s'enchevêtrer les uns dans les autres, certains ne faisant plus qu'un ensemble.
C'était la bombe. Elle était partout à la fois, les entourant de tous les côtés. Plus il toucherait les fils de magie, plus ils se mélangeraient, et plus la bombe risquait de devenir dévastatrice, gagnant en volume.
Fascinant.
Harry dût se retenir de tirer un autre fil rien que pour le plaisir. Même si son côté Serdaigle caché salivait d'expérimenter un peu plus sur ces charmes, il n'avait pas le temps pour ça. Il avait des vies à sauver.
Reprenant son sang-froid, Harry sentit sa vision se brouiller un moment. Sa propre magie commençait à s'exciter et à devenir plus incontrôlable encore à la sensation de tant de magie près d'elle.
Il allait devoir relever le défi, et vite. Harry ignorait comment désamorcer une bombe. Mais il savait comment retirer des charmes de protection. S'il retirait les charmes de protection que la bombe n'avait pas encore noués ensemble, il stabiliserait la bombe qui ne pourrait plus se nourrir de ces derniers.
S'attelant facilement à la tâche, aidé par son héritage Malfoy qui lui donnait tous les droits sur les charmes, cette question fut réglée en une affaire de minutes.
Bien. Cependant, le fait que la bombe n'augmenterait plus n'annulait pas le problème. Les fils noués ensemble ne se dénoueraient pas. Ils étaient comme un nœud fixé à l'aide de millions de fils. Il lui faudrait plusieurs vies pour tout démêler.
Pas le choix. Il devait couper les fils. Ce n'était malheureusement pas aussi simple qu'on pourrait le penser. Les fils de magie, et c'était l'un des enseignements les plus difficiles concernant les charmes, étaient de différentes natures. Harry n'avait jamais abordé le thème des bombes magiques, mais il avait abordé celui des charmes de protection.
Les charmes de protection n'étaient pas tous identiques. Les plus résistants, comme ceux des Malfoy, formaient une sorte de quadrillage. D'autres, un peu moins efficaces, étaient tressés. On pourrait penser que les charmes seraient alors plus durs à faire tomber, mais c'était le contraire. Les fils tressés avaient tous le même point faible. Si on coupait le fil dominant, le nœud se détruisait. En se détruisant, il propageait l'onde de destruction au nœud suivant et ainsi de suite.
Le plus dur résidait dans le fait qu'il ne fallait pas se tromper de fil dominant. Le fil dominant était différent dans toutes les maisons, dans tous les bâtiments, dans toutes les familles. C'était essentiellement un jeu de personnalité. Un jeu de stratégie. Le fil dominant reflétait les valeurs principales des personnes que les charmes protégeaient.
La bombe ressemblait à ces charmes de protection tressés auxquels Harry avait déjà fait face. Cependant, au lieu d'être parfaitement tressés avec régularité, les nœuds étaient grossiers et mal faits. Les charmes n'avaient plus pour but de protéger, mais de détruire.
Harry jouait gros en se basant sur le fait que les fils magiques de la bombe fonctionnaient sur le même principe que ceux des charmes tressés. Mais il ne voyait aucun autre moyen de la désamorcer.
Harry prit une profonde inspiration. Il n'y aurait pas de seconde chance. Sentant sa magie s'agiter à l'intérieur de son noyau magique, le jeune homme dût prendre une décision. Il n'avait pas le temps de trouver une autre théorie. Déjà, la bombe avait reporté son appétit sur les habitants du manoir, voulant dévorer leur magie, se libérer de l'emprise des charmes de protection. Il devait empêcher à tout prix l'explosion.
Et si cela ne fonctionnait pas, alors il aurait essayé.
C'était tellement hors de son caractère qu'Harry faillit rire. Habituellement, il se fiait beaucoup à son instinct, oui, mais seulement si ce dernier finissait par s'accompagner de preuves scientifiques solides. Ici, il s'agissait juste de logique pure.
Si Draco, qui avait créé la bombe magique, avait fait preuve d'originalité, ils étaient fichus.
Le cœur battant, sentant comme un poids dans son esprit la vie de toutes les personnes présentes au bal entre ses seules mains, Harry s'intéressa à un nœud en particulier. Il fallait trouver le fil dominant de ce nœud. A l'intérieur de ces fils circulaient différentes magies, toutes exprimant des sensations distinctes chez Harry.
Confort. Amour. Suspicion. Attaque. Violence. Chaleur. Sécurité. Cruauté. Pitié. Sadisme. Défense.
Et tant d'autres. Harry, à mesure qu'il s'approchait de ces fils, était envahi par des centaines de sensations différentes, empoisonnant son esprit et tentant de le détourner de son objectif initial.
Voilà où résidait toute la difficulté des charmes de protection. Si le sorcier les manipulant n'était pas assez compétent à gérer ses émotions, il se perdrait dans tous ces sentiments contradictoires et deviendrait fou.
Peu de sorciers avaient en conséquence un jour tenté de retirer des charmes de protection.
Pour Harry, malgré toute la théorie qu'il connaissait, ce serait également une première.
Il pouvait penser, réalisa-t-il alors que toutes les émotions dans son esprit changeaient de nouveau, le laissant un peu perdu. Il se reprit vite. Il pouvait penser, donc il existait. S'il existait, alors il pouvait se contrôler. S'il pouvait se contrôler, il pouvait contrôler les autres. Et s'il pouvait contrôler les autres, la magie qui tentait de détruire sa santé mentale ne pouvait rien contre lui car ce serait lui qui la soumettrait.
Déterminé, Harry sentit sa propre magie s'apaiser enfin à l'intérieur de lui-même, signe qu'il était de nouveau confiant en ses capacités. Les fils de magie du nœud qui l'intéressait n'avaient pas cessé de lui transmettre des émotions –après tout, la magie résidait dans les émotions-, mais ces dernières ne l'atteignaient plus.
Il avait pu se contrôler, et contrôler sa magie. Il était de taille à résister à des attaques extérieures.
Une fois cette prise de conscience faite, il n'avait plus rien eu à craindre, car il était celui qui devait inspirer la crainte à cette magie enchanteresse. Pas l'inverse.
Tendrement, lentement, il observa, ressentit les émotions que dégageaient les fils. Mais cette fois, il ne les laissa pas le submerger et put conserver toute sa pensée logique. Il ne connaissait pas beaucoup les Malfoy, mais Draco était son meilleur ami. Avait été son meilleur ami. Il l'avait autrefois connu par cœur, c'était sûrement la personne qu'il pensait pouvoir prédire le mieux.
Si quelqu'un était capable de définir l'aura de la famille Malfoy, c'était bien lui. Lentement, il vida son esprit de tout sauf des magies qui s'excitaient autour de lui.
Amitié. Ennemi. Préoccupation. Détermination. Persévérance. Instabilité. Chaos. Destruction. Famille. Loyauté.
Que devait-il couper pour affaiblir la bombe, qui s'était alimentée des charmes de protection ? En quoi résidait la force de la famille Malfoy ? S'il voulait désamorcer la bombe, il devait savoir comment il aurait désamorcé les charmes, la bombe n'étant que des charmes tordus ensemble. Quelle était la motivation première des Malfoy ?
La puissance, c'était certain. La reconnaissance aussi. Ils savaient détruire, notamment les réputations des autres, étaient connus pour leur persévérance. Ils étaient têtus, et ne ressentaient que peu de pitié. Ils étaient intransigeants et exigeants envers les autres et eux-mêmes. Mais Harry savait que ce n'était pas là que résidait la force des Malfoy…
« Draco, tu devrais vraiment arrêter de tenter de te prouver aux yeux de ton père. Ce que tu fais, tes excellents résultats scolaires, tes réussites, tout cela ne devrait être que pour toi. Pas pour les autres. Pas pour ton père. Tu es franchement brillant, si tu volais de tes propres ailes, tu ferais de si grandes choses ! », déclara Harry avec conviction à son ami assis en face de lui sur le lit.
Draco secoua la tête en douceur, un léger sourire aux lèvres. Il le regardait presque comme s'il était l'adulte et Harry l'enfant. Le brun détestait ce regard-là.
« Tu sais, Harry, je suis tellement triste que tu ne comprennes pas ce que je ressens. Si je le pouvais, si tu étais un Malfoy, je ferais tout pour que tu te sentes comme je me sens à chaque fois que je rends ma famille fière. C'est quelque chose qui compte plus que tout au monde pour moi, mon vieux. Si j'excelle ainsi, ce n'est pas par amour de la connaissance ou pour un désir de puissance. Si j'excelle, c'est pour rendre honneur à ma famille. Les Malfoy sont parmi les familles les plus soudées qu'il existe. N'oublie jamais ça, Harry. Tu ne pourras jamais me faire changer d'avis sur ce point. La famille est tout pour moi. Nous nous suffisons les uns aux autres. Tant que nous sommes ensemble, nous n'avons besoin de personne d'autre. »
Harry savait quel fil il devait couper dès que cette mémoire se mit à flotter dans son esprit, comme pour le guider dans la bonne direction. La famille était tout pour les Malfoy. Elle allait même au-delà d'une quelconque loyauté à un camp ou à un autre. Les Malfoy vivaient avant tout pour eux-mêmes et pour les autres Malfoy. Ils n'avaient pas le besoin de se prouver sans cesse aux autres sorciers. Se prouver à leur famille leur suffisait.
C'était la famille la plus étrange qu'Harry avait eu le plaisir de côtoyer au travers des dires de Draco. Alors que Lucius était relativement sévère et exigeant envers Draco, sa mère était le contraire. Chaleureuse et tendre, elle prenait soin de son fils comme d'un diamant précieux. L'équilibre entre ces deux extrêmes faisait l'équilibre même de la famille.
Les Malfoy faisaient penser à une sorte de meute.
Un sourire aux lèvres, pas le moins du monde inquiet, Harry pinça le fil qui dégageait cette émotion si particulière qu'il n'avait que trop peu ressenti au cours de sa vie. Le contentement d'être aimé, en sécurité, et choyé, tout simplement. C'était tellement intense que le jeune homme dût se retenir de pleurer en sentant le sentiment s'éteindre à mesure que la magie circulant dans le fil disparaissait.
Et bientôt, elle ne fut plus. Pendant un moment, rien ne se passa. Puis, et Harry sut alors qu'il avait réussi, le premier nœud se dénoua et les fils s'effritèrent. L'onde de destruction passa au nœud le plus proche et le processus se reproduisit de nombreuses fois. Au bout de quelques dizaines de secondes, il n'y eut plus aucune magie dans l'air. Harry était aveugle, signe que toute magie était désormais inexistante sur le Manoir.
Prudemment, le jeune homme se recula, laissant sa magie quitter ses globes oculaires. Peu à peu, il retrouva une vision normale. Sa magie était définitivement calmée à l'intérieur de son noyau, contentée par les derniers évènements. Il semblait allongé à même le sol. Seule sa tête était posée sur quelque chose de mou. Il ne pensait pas qu'il tomberait, mais apparemment c'était quelque chose qu'il devrait prévoir la prochaine fois qu'il ferait ce genre de choses.
Une tête était penchée sur lui, observant avec impatience ses yeux papillonner et sa vision s'éclaircir petit à petit. Harry réalisa rapidement qu'il s'agissait de Lucius Malfoy. Embarrassé, il se rendit compte que l'homme avait mis sa tête sur ses genoux pour lui éviter des crampes inutiles.
Quelle…générosité de la part d'un Malfoy !
Ce dernier le regardait dans l'expectative.
« Tu as réussi ? », finit-il par lâcher, sa voix ne formant qu'un doux murmure.
« Nous n'en serions pas là si ce n'était pas le cas », répliqua Harry, sa verve habituelle absente de son ton à cause de sa fatigue.
« Par Merlin… », murmura son père, les yeux exorbités. « Tu es vraiment un génie, n'est-ce pas ? »
Harry ne put retenir le petit sourire arrogant qui étira ses lèvres.
« Il faut croire. », répondit-il avec modestie.
Etonnamment, Lucius sourit à son tour.
« Je crois qu'il est temps de prévenir le Lord que tout est fini. », enchaina le blond, ayant apparemment retrouvé de sa vivacité d'esprit depuis le choc de sa toute nouvelle paternité.
« Attends. », l'arrêta Harry alors qu'il s'apprêtait à presser sa marque des Ténèbres.
Lucius se stoppa net et se tourna vers son fils nouvellement découvert, intrigué.
« Oui ? »
« Nous devons nous mettre d'accord sur ce que nous allons lui dire. »
« Comment cela ? », dit Lucius en fronçant les sourcils. « En quoi la vérité est-elle préjudiciable ? »
Levant les yeux au ciel, le jeune homme se redressa sur ses coudes.
« Même furieux contre Draco, je suis sûr que tu ne veux pas que le Seigneur des Ténèbres l'emprisonne ou le fasse assassiner, n'est-ce-pas ? »
Malfoy resta silencieux, comme s'il ne voulait pas admettre cette faiblesse qu'était son attachement intense envers Draco, envers son fils aîné.
« Ce ne sera pas un problème de cacher ces informations du Lord. Alors que Voldemort est un très bon Légilimens, sûrement l'un des meilleurs, tu es un Occlumens remarquable, je me trompe ? »
« Non. »
« Il te suffit d'oublier malencontreusement de mentionner Draco. Techniquement, ce ne sont pas des mensonges, ou même de l'omission. On pourra toujours arguer que ce n'était que des suspicions et qu'aucune preuve ne venant corroborer nos dires, nous ne voulions pas accabler Draco sans preuve formelle. Même si nous savons tous les deux qu'il est le seul à avoir pu manipuler les charmes, le Lord n'a pas besoin d'en prendre connaissance. »
« Tu oublies que le Seigneur des Ténèbres est un génie, Harry. Il sait que les charmes du Manoir ne peuvent être manipulés que par des membres de la famille Malfoy. »
« Mmh, mmh. Mais sait-il quelle est la portée maximale possible pour que le lien de parenté soit suffisant ? », demanda Harry, un sourire manipulateur aux lèvres.
« Non », répondit Lucius, fasciné par la ruse qu'il semblait lire dans les yeux d'Harry.
« Parfait ! », rigola joyeusement le jeune homme en se mettant en position assise, luttant contre le malaise qui l'envahit immédiatement.
« Non ! Reste allongé, tu es trop faible pour faire n'importe quel effort pour le moment », le réprimanda légèrement le blond, le tirant pour le remettre dans sa position initiale.
Harry eut la brève sensation d'être dorloté. Il en eut des frissons, et refusa de s'allonger de nouveau. Il se tuerait s'il commençait à faire preuve d'autant de sentimentalisme.
Une lueur de mécontentement, et de quelque chose d'autre qu'Harry ne put identifier brilla dans les yeux de son père, mais il ne fit aucun commentaire supplémentaire.
Harry était majeur après tout.
Luttant contre l'évanouissement qui le guettait, le jeune homme fit signe à son père de s'approcher.
« Et n'oublie pas : pas un mot sur notre lien de parenté, d'accord ? Il est impensable que Voldemort apprenne qui je suis, tu comprends ? C'est vital. Si cette information venait à être révélée au grand jour… »
Malfoy eut un sourire de prédateur.
« Aurais-je trouvé une faiblesse chez le grand Harry Par-», commença-il à se moquer avant de se couper brutalement au nom de famille.
Harry sourit à son tour. Ce jeu était bien plus sain que l'affreux échange de mièvreries qui avait eu lieu lorsque le jeune homme avait fait son annonce.
« Qui est ta mère ? », demanda brusquement le blond, ses yeux fixés froidement sur son visage, comme pour détecter les moindres ressemblances avec sa génitrice.
Cela ne risquait pas d'arriver. A part les lèvres, le nez et la couleur des cheveux, Harry était plus une copie de Lucius qu'il n'était une copie d'Antigone.
« Cela, Lucius », ronronna Harry. « Est une question pour une autre fois. »
Lucius allait le couper pour lui dire le fond de sa pensée, lorsqu'Harry leva la main, empêchant toute protestation.
« N'oublie pas : tu as désamorcé la bombe à l'aide de mon aide. Nous l'avons fait ensemble, compris ? »
« Tu crois vraiment que le Seigneur des Ténèbres est assez bête pour croire cela ? », demanda le blond, incrédule.
« Bien sûr que non ! », cingla Harry en levant les yeux au ciel. « Mais si le jeu l'intéresse, il n'emploiera pas de moyens immoraux pour découvrir la vérité. Il voudra gagner ce défi à armes égales avec moi. Je ne pense pas qu'il lui viendra à l'esprit que je suis techniquement un Malfoy. C'est une théorie très tordue. Il pensera que j'ai découvert un moyen pour pénétrer les charmes malgré la restriction de parenté, et il sera très intrigué. », lui assura-t-il avec un grand sourire.
« Ingénieux… », murmura Lucius dont la fascination semblait augmenter de minutes en minutes. « Tu sembles le comprendre si bien…. C'est déstabilisant. »
« Crois-moi », s'esclaffa le jeune homme en pensant à Tom enfermé dans son journal. « J'ai eu le temps de m'habituer à sa façon d'être. »
Avec ces dernières paroles, le jeune homme s'affaissa, et ferma ses paupières. Avant que tous ses sens ne disparaissent, il crut entendre Lucius murmurer « J'ai un vraiment un autre fils », d'une voix incrédule, comme s'il venait réellement de prendre pleinement conscience de ce qui venait de lui tomber dessus.
Avec un amusement teinté de honte, Harry pensa que le premier geste de Lucius envers lui en tant que père était terriblement…doux. Le prenant dans ses bras au lieu d'utiliser la magie, le blond transplana, probablement au QG du Lord.
Puis ce fut le trou noir.
Grande révélation de faite! J'espère que la manière dont j'ai introduit la chose ne vous a pas trop déplu!
J'ai moitié moins de reviews pour ces derniers chapitres que pour les chapitres 15-16-17 par exemple? Serait-ce parce que je poste plus vite ou parce que l'histoire vous plaît moins? Je comprends qu'avec les examens, beaucoup devaient être plongés dans les révisions, mais je me pose quand même des questions comme mon nombre de reviews tombe en chute libre -''
Enfin, j'écris pour le plaisir, et j'espère que vous continuerez quand même à avoir autant de plaisir à lire Harry Parker que moi à l'écrire!
Merci et à bientôt!
