Chapitre 25.

Quand Zigert revint, Neal n'était vraiment pas en état de lui parler. Il semblait se débattre avec des démons bien plus puissants bien que purement imaginaires. Il marmonnait des paroles incompréhensibles et le cœur de Peter se serrait à chaque fois qu'il l'entendait gémir. Le voir ainsi lui était insupportable mais il n'avait aucun moyen de l'aider. Il assistait, impuissant à ce combat qu'il livrait contre lui-même.

Zigert s'avança vers le canapé et, l'un des molosses qui l'encadrait, écarta Peter violemment. L'agent du FBI put voir qu'un autre homme s'occupait à attacher fermement Georges sur une chaise. L'homme n'avait pas bougé, ni opposé de résistance et Peter commençait à en avoir marre de son attitude résignée et complaisante face à ces hommes qui torturaient son propre fils. Il se retrouva bientôt dans la même position que lui.

Zigert força Neal à s'asseoir et le jeune homme posa sur lui un regard vide d'émotions.

-Tu n'as pas l'air très en forme, Luka…

Il passa un doigt le long de sa joue, soulignant la cicatrice que son couteau y avait laissée.

-Tu sais ce que je suis capable de faire…Tu devrais parler de suite.

-Je ne vous…dirais…rien.

Neal retrouvait peu à peu ses esprits mais son attitude provocatrice n'était pas forcément la bonne.

Lorsque Mankell entra, à son tour dans la pièce, Peter se tourna vers lui.

-Eloignez ce monstre de lui. Je peux le faire parler…

-Agent Burke, laissez-nous régler nos histoires en famille…Ne vous mêlez pas de ça.

-Peter…laisse-le faire…Il n'arrivera…pas à nous…briser…

Neal le regarda avec ce sourire triste qu'il avait quand il savait que la situation était désespérée. C'était sa manière de lui au revoir et surtout de lui demander pardon. Peter ne voulait pas de ces adieux, il ne voulait se résoudre à le perdre…pas comme ça…pas maintenant.

-Je t'interdis de faire ça… Tu m'entends…

-Quel autre…choix… ?

-Dis-leur ce qu'ils veulent savoir…

Neal ouvrit la bouche pour répondre mais la main de Zigert le saisit à la gorge. L'homme le tenait à sa merci. Il savait que Neal était trop faible pour se défendre.

-Espèce de lâche…Mankell, vous ne voyez pas que cet homme n'en a rien à faire de vos renseignements, il veut seulement le faire souffrir. Il le tuera même si Neal ne parle pas. Comment pouvez-vous collaborer avec de tels monstres ?

-Je vous l'ai dit, Agent Burke, c'est la famille…

Quels liens pouvaient exister entre ces deux hommes ? Peter n'en savait rien mais cela n'avait, pour le moment aucune espèce d'importance. Neal commençait à manquer d'air et il se débattait désespérément pour faire entrer un peu d'oxygène dans ses poumons.

-Arrêtez-le avant qu'il ne le tue…

Peter savait que sa voix reflétait sa peur mais il ne pouvait rester là à regarder son ami suffoquer.

Neal pencha la tête vers lui, tenta de sourire avant de fermer les yeux. Son corps entier se relâcha quand il perdit connaissance. Mais Zigert ne relâcha pas son étreinte. L'homme était aveuglé par sa haine et Peter se demanda ce qu'il pouvait bien avoir contre Neal. Il n'avait croisé son chemin que pour le faire souffrir. Soit il était bel et bien le pervers qu'il semblait être, soit il y avait quelque chose de personnel entre eux. Neal ne semblait pas le connaître mais, dans cette affaire, tout semblait possible.

-Lâche-le…

Les mots firent sursauter Zigert qui sembla revenir à la réalité. Lorsqu'il retira sa main, Neal s'effondra sur le canapé. Peter pouvait voir la marque rouge autour de son cou mais il fut rassuré de voir sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Mankell prit place sur une chaise face à Peter.

-Il y a quelque chose que je ne comprends pas, Agent Burke. Vous êtes marié et, visiblement, heureux en ménage. Pourquoi vous embarrasser de sentiments pour ce jeune homme ?

Peter sourit en regardant leur hôte droit dans les yeux.

-Ça ne m'étonne pas que vus ne compreniez pas. Et je ne vais pas perdre mon temps à essayer de vous expliquer. Ces sentiments vous sont totalement étrangers…

Peter ne fut pas vraiment surpris de recevoir une violente gifle. Cet homme avait besoin d'exercer son pouvoir sur les autres et de se donner la preuve qu'il pouvait les dominer…Facile quand on a, face à soi, un homme ligoté et désarmé.

-Essayez quand même…

-Il n'y a rien à expliquer. Je l'aime…

Mankell semblait perplexe comme si cet aveu le dérangeait.

-Nous n'avions pas prévu ça.

-De quoi parlez-vous ? Vous n'aviez pas prévu que votre « cobaye » puisse éprouver des sentiments. Vous pensiez qu'il allait se contenter de suivre vos plans. Vous le connaissez bien mal. Neal n'a jamais pu se résoudre à suivre un chemin tout tracé. Il a même du mal à accepter les règles les plus simples.

-En fait, nous avons été plutôt dérangé par votre présence à ses côtés.

-Vous m'en voyez ravi…

Peter s'attendait à recevoir une nouvelle gifle mais il n'en fut rien, Mankell se contenta d'un petit rire amusé.

-Voyez-vous, il nous aurait été facile de le ramener vers nous avant votre arrivée dans sa vie. Kate a failli réussir.

-Il y a une chose que je ne comprends pas. Vous avez dit que c'était Thomas qui l'avait reconnu après l'avoir croisé dans les locaux du FBI et là, vous parlez de l'intervention de Kate. Il y a un problème dans la chronologie…

-Nous avons retrouvé Luka peu avant que vous commenciez à vous intéresser à lui. C'est à ce moment que Kate est entrée en jeu. Nous avons ensuite dû stopper notre surveillance pour des raisons internes à notre organisation. Kate a cessé de nous renseigner pendant quelques mois et ça a suffi pour perdre momentanément sa trace.

Peter fronça les sourcils. Cette explication ne le satisfaisait pas vraiment. Il y avait quelques incohérences mais il savait qu'il se cachait probablement quelque chose que Mankell ne souhaitait pas expliquer derrière les mots « raisons internes ». Mais Peter avait encore du mal à déterminer si l'apparition Kate dans la vie de Neal avait vraiment été programmée. La jeune femme avait peut-être été recrutée par la suite mais les circonstances de le leur rencontre ne semblaient pas relever d'un plan machiavélique ourdi par une organisation secrète.

Mankell connaissait la vie de Neal et il avait profité de la blessure de la mort de la jeune femme pour faire pression sur Neal et l'amener à penser que toute sa vie et tout ce en quoi il croyait n'avait été qu'un vaste complot.

Neal commençait à revenir à lui et Peter fut soulagé de voir Mankell faire signe à Zigert de s'éloigner de lui. Il avança vers le canapé et aida le jeune homme à se redresser avec, ce que Peter vit comme une certaine tendresse. L'homme avait sans doute une certaine affection pour Neal mais il ne contrôlait pas la colère qui le submergeait par moments.

-Comment tu te sens ?

-Mal…besoin d'air.

Neal essaya de se lever mais Mankell le repoussa sur le canapé.

-Vous devriez le laisser se lever. Dans son état, il n'ira pas bien loin.

La voix de Zigert sonnait faux mais, pour une fois, Peter lui fut reconnaissant de son intervention.

-Laissez-moi l'aider.

Peter voyait bien que son ami ne parviendrait pas à se lever sans aide et il craignait qu'il ne fasse une mauvaise chute.

A son grand soulagement, on vint le détacher et il put se précipiter vers son ami

-je vais t'aider.

Peter passa son bras autour de sa taille avant de le soulever doucement. Le jeune homme tenait à peine sur ses jambes et il marcha péniblement jusqu'à la porte d'entrée. Ils étaient suivis de près par Mankell et ses deux gros bras. Peter se doutait bien qu'ils n'allaient pas les laisser sortir seuls mais il était soulagé de ne pas avoir Zigert sur les talons.

-Ça va un peu mieux ?

Neal se contenta de hocher la tête mais il n'avait pas l'air de quelqu'un qui allait bien. Peter ne savait pas vraiment ce que son ami pouvait ressentir mais s'il l'avait lâché, Neal se serait très certainement effondré. Peu à peu, le jeune homme retrouva ses esprits.

-Merci…

Mankell les regardait et Peter n'aimait pas ce qu'il voyait dans ses yeux. L'homme semblait réfléchir à un nouveau plan pour faire plier son otage.

-On devrait peut-être rentré… ?

-Encore un instant.

-D'accord mais je t'avouerais que mes bras faiblissent.

-Désolé.

Neal tenta d'alléger le poids qu'il faisait peser sur son ami mais il ne parvint pas à se tenir debout sans aide.

-Je crois que tu as raison.

Quand ils finirent demi tour pour rentrer, Mankell leur bloqua le passage. L'homme posa une main sur l'épaule de Neal.

-Je n'ai pas envie de te livrer aux mains de Zigert mais je le ferais si tu ne te décides pas à parler.

-Fais ce que tu dois faire, dyadya. Mais ne compte pas sur moi pour te faciliter le travail.

-Luka, tu me brises le cœur. Je ne veux pas te faire de mal. Tu devrais le savoir pourtant.

-Comment pourrais-je le savoir ? Vous avez dirigé toute ma vie, vous avez gâché tout ce que j'ai essayé de mettre en place dans ma vie.

-Tu exagères…Nous avons seulement essayé de te guider et de te ramener vers nous.

Neal commençait à faiblir et son corps était agité de tremblements. Peter resserra son étreinte.

-Nous devrions rentrer…

Les trois hommes reprirent la direction du salon et Peter fut soulagé lorsque Neal fut assis sur le canapé. Il prit place à côté de son ami.

-Ça va ?

-Un peu mieux mais je déteste cette sensation.

Le jeune homme regardait ses mains qui tremblaient de manière incontrôlable. Ces hommes étaient en train de ruiner tous les efforts qu'il avait dû faire pour surmonter les premiers jours du sevrage.

Peter commençait à désespérer de voir arriver les renforts et il essaya d'envisager un moyen de fuite. Autour d'eux, deux gardes armés, Zigert et Mankell les surveillaient de près. Georges ne pouvait leur être d'aucune aide.

-Peter, ce n'est pas une bonne idée…

Neal avait bien compris ce que son ami prévoyait de s'enfuir. Depuis le temps qu'ils se connaissaient et travaillaient ensemble, ils avaient appris à décrypter les expressions et les mimiques de l'autre sans avoir besoin de mots.

-Je ne pourrais pas te suivre et tu ne peux pas affronter ces hommes seuls et sans arme.

-Je sais, Neal mais nous devons faire quelque chose. Je refuse de laisser ce type te torturer.

Les deux hommes murmuraient mais leurs messes basses ne passèrent pas inaperçu. Zigert s'approcha et Peter sentit son ami frissonner à côté de lui.

-Mon cher Luka…Toi et ton cher ami, vous êtes très mignons comme ça…

L'homme passa une main sur la joue de Neal.

-J'aimerais beaucoup avoir le temps…

Neal savait très bien à quoi ce pervers était en train de penser mais il était hors de question qu'il le laisse poursuivre.

-Ni pense même pas…

-Pourquoi es-tu aussi agressif ? Peut-être que tu serais plus coopératif si je m'occupais d'abord de ton ami…

-Ne le touchez pas…

Neal avait joint le geste à la parole et sa main avait saisi celle de Zigert alors qu'elle s'apprêtait à se poser sur la jambe de Peter.

-Vous voyez, Agent Burke, à quel point il tient à vous… Pourtant, ce spectacle me serait des plus agréable…

-Zigert, ça suffit.

La voix de Mankell interrompit les élucubrations de Zigert qui finit par s'éloigner au grand soulagement des deux hommes. Peter se pencha vers Neal.

-Il faut absolument qu'on sorte de là. Tiens toi prêt.

Neal ne savait pas ce que Peter avait en tête mais il était bien décidé à soutenir son ami quoi qu'il choisisse de faire.

-Nous allons vous laisser le temps de réfléchir…

Mankell savait bien que Neal allait commencer à sentir les effets du manque de drogue sous peu et qu'il lui deviendrait difficile de supporter la douleur. Il misait sur ces effets pour le pousser à parler. Une fois les deux hommes partis, Peter s'avança vers Georges pour le détacher. Il savait que Neal refuserait de partir sans son père. Ils allaient devoir être rapides.

-Il faut qu'on s'en aille d'ici. Nous pourrons nous cacher dans la forêt en attendant les renforts.

-Vous êtes fou. Ils vont nous tuer.

-Votre fils a besoin de soins médicaux. Je ne comprends pas comment vous pouvez rester là à le regarder souffrir.

Georges reporta son regard vers son fils et se rendit compte de la véracité des mots de Peter. Neal avait fermé les yeux et semblait lutter pour contrôler les battements de son cœur. Il réalisa qu'il ne tiendrait probablement pas longtemps.

-Quel est le plan ?

-En sortant, tout à l'heure, j'ai subtilisé le téléphone de Mankell. Nous sortons d'ici, on contacte le FBI et on attend patiemment.

Peter sourit en pensant à ses heures qu'il avait passées avec June et Mozzie à perfectionner sa technique de pickpocket. Finalement, ça s'était révélé bien utile. Seul Neal l'avait vu faire.

Une fois détaché, Georges s'approcha de son fils et prit ses mains dans les siennes. Il commença à masser doucement les paumes de ses mains et ce simple geste l'apaisait visiblement.

-Tu te souviens… ? Quand tu étais petit, tu pouvais passer de longues minutes, comme ça, assis à côté de moi, ta petite main dans la mienne. J'avais pris l'habitude de te raconter des histoires et tu faisais toujours ce geste avec ton pouce.

Neal hocha la tête, visiblement ému par ce souvenir.

-J'ai toujours trouvé cela apaisant…

-Ça l'est…Merci…

Georges se tourna vers Peter l'interrogeant du regard. Il ne savait pas quel plan il avait en tête mais il le comprit bientôt quand Peter s'avança vers lui, lui saisit violemment l'épaule pour l'éloigner de Neal.

-Comment osez-vous ? Vous l'avez abandonné et maintenant, vous essayez de lui rappeler les bons souvenirs que vous avez partagés.

-Agent Burke, je pense que vous êtes mal placé pour me faire la leçon.

Les deux hommes s'étaient levés sous le regard inquiet de Neal. Mais celui-ci compris vite qu'il s'agissait d'une mise en scène même si les reproches échangés sonnaient particulièrement justes.

-Vous l'avez abandonné alors qu'il avait besoin de vous pour donner un nouvel élan à votre carrière. Il avait besoin de vous…

-Parce qu'à 12 ans…Il n'avait pas besoin de son père, peut-être ?

-Et vous prétendez l'aimer…Quelle honte ?

Peter empoigna Georges par le col et lui envoya un coup de poing qui était loin d'être retenu. L'homme chancela avant de répliquer. Les deux gardes eurent la réaction attendue et s'approchèrent pour séparer les deux hommes. Neal qui avait suivi attentivement le ballet des deux hommes, attendit que l'un des colosses s'approche pour se lever à son tour et le bousculer.

Sa main glissa à l'intérieur de la veste pour saisir l'arme qui y était rangée. Dans la cohue, l'homme ne réagit pas et, après quelques minutes d'opposition, les deux gardes étaient désarmés. Neal pointait le canon de l'arme sur l'un des hommes tandis que Peter tenait l'autre en joue. Ils attendirent quelques secondes avant de voir Zigert et Mankell débarquer. Alertés par le bruit, ils entrèrent dans la pièce, surpris de voir leurs otages en position de force.

-Que se passe-t-il ?

-Nous avons décidé de vous fausser compagnie.

-Vous n'irez pas bien loin. Il y a des hommes à nous dispersés tout autour de la maison et Luka n'est pas vraiment en état pour une balade dans les bois.

Peter se tourna vers son ami et constata qu'il ne semblait, en effet, pas au mieux de sa forme.

-Georges, occupez-vous de nos hôtes et n'hésitez pas à bien serrer les liens.

Une fois les quatre hommes désarmés et ligotés, Peter prit l'arme des mains tremblantes de Neal. Il aurait aimé pouvoir le soutenir ou lui laisser le temps de se reposer mais ils ne pouvaient pas rester dans cette pièce plus longtemps. Ils n'avaient aucune idée du nombre d'hommes présents et, surtout, Peter redoutait de voir revenir Thomas qui avait disparu depuis déjà de longues heures. Il s'avança vers Mankell et ôta le bâillon qu'il avait sur la bouche.

-Où est Thomas ?

-Je l'ai envoyé glaner quelques informations chez nos hommes infiltrés au sein du FBI. Il a encore un rôle à tenir là-bas.

-Quand doit-il revenir ?

-Il est sûrement en chemin…

Peter comprit rapidement qu'il s'agissait d'un mensonge et il en fut soulagé. Il remis le tissu en place et se tourna vers Neal. Ils avaient peut-être une chance de s'en sortir s'ils parvenaient à s'éloigner suffisamment et à se cacher jusqu'à l'arrivée des secours.

Neal ne pourrait probablement pas marcher très longtemps mais ils devaient tenter leur chance à l'extérieur.

-Allons-y.

Peter tendit la deuxième arme à Georges qui s'en saisit sans hésitation. L'homme avait certainement reçu une formation au sein de l'organisation dont il faisait partie il y a des années.

Peter ouvrit la marche et ils se retrouvèrent rapidement au milieu d'une forêt dense. Ils progressaient prudemment, en essayant de faire le moins de bruit possible. Plus ils seraient discrets, plus ils auraient de temps avant que leur fuite ne soit découverte.

Après seulement quelques mètres, Neal réalisa qu'il ne parviendrait pas à suivre le rythme de Peter et de son père. Il serra les dents et rassembla tout son courage pour faire quelques mètres de plus mais, déjà, sa vue se troublait et chaque pas devait plus difficile que le précédent.

Par fierté et par peur de se faire repérer, il continua à avancer, trébuchant et cherchant un second souffle qu'il ne trouva pas. Il finit par prendre appui contre le tronc d'un arbre. Peter se retourna quand il n'entendit plus ses pas derrière lui. Neal était très pâle et il semblait sur le point de s'évanouir. En s'approchant, Peter put voir les gouttes de sueur ruisseler sur son visage.

-Tu penses que tu pourras continuer ?

-Je peux essayer…

Peter passa son bras gauche autour de sa taille, gardant ainsi sa main droite libre et armée en cas de problème.

-Appuie-toi sur moi.

-Comme toujours…Peter…

Le petit sourire du jeune homme lui réchauffa le cœur même sil fut vite remplacé par l'inquiétude.

Neal sortit le téléphone dérobé de sa poche et le tendit à Peter. Mais celui-ci constata qu'il ne pourrait contacter personne tant qu'ils ne seraient pas sortis de cette forêt.

-Il faut essayer de continuer…

Les trois hommes se remirent en marche mais, très vite, Neal montra des signes de faiblesse inquiétants. Sa respiration était de plus en plus laborieuse, ses pieds se heurtaient au moindre obstacle sur le chemin.

Peter finit par le faire asseoir au pied d'un arbre pour qu'il reprenne son souffle.

-Tu vas rester là pendant que je cherche un endroit où je pourrais passer un appel. Georges va rester avec toi…

Neal se contenta de hocher la tête. C'était tout ce dont il se sentait capable. Il n'était pas rassuré de voir Peter s'éloigner mais, au moins, s'ils les retrouvaient, il serait libre. Une fois que Peter se fut éloigné, Georges se pencha vers son fils. Il dégagea délicatement la mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux.

-Je suis tellement désolé, Luka. Il y a tellement de choses que j'aurais voulu faire différemment.

-Ça ne sert à rien de penser au passé. Nous ne pourrons rien y changer.

-Je sais…Mais j'aimerais tellement avoir eu le courage de vous emmener tous les deux loin d'ici. Ta mère me l'avait demandé si souvent. J'aurais dû l'écouter…

-Que voulaient-ils faire de moi ?

-Je ne savais pas tout de leur plan mais ils avaient décidé d'utiliser des enfants nés de parents sélectionnés pour infiltrer les milieux les plus importants de la société.

-Des parents sélectionnés ? De quoi parles-tu exactement… ?

Georges ne semblait pas très à l'aise face à sa question et Neal sentait, à nouveau, cette boule au ventre se former.

Son père était en train de lui expliquer que cette organisation s'était permise durant des années de faire ce que les pires dictateurs avaient tenté de faire. Une sélection génétique, sociale pour « produire » des enfants qui deviendraient, grâce aux membres de l'organisation, les futurs dirigeants de ce pays.

-Ils ont fait venir maman de Russie pour quelle ait un enfant avec toi… ?

Georges n'eut pas besoin de répondre.

-Ils n'avaient pas prévu qu'on tomberait amoureux. Ta mère n'avait pas vraiment choisi de venir ici. Son père était un homme puissant et il ne lui a pas vraiment laissé le choix. Quand elle est arrivée, elle a séjourné chez nous et nous avons passé des heures à parler. Nous sommes vite devenus très proches.

-Si tu l'aimais tant, pourquoi avez-vous autant attendu avant d'essayer de vous enfuir ?

-Ce n'était pas si facile. Ils étaient partout et il y avait Thomas. Je ne pouvais pas le laisser. Sa mère n'allait pas bien et il était hors de question que je le laisse seul avec elle.

Neal serra les dents pour ne pas lui répondre qu'il n'avait pas hésité à l'abandonner, lui, quelques années plus tard. Ce n'était pas le moment de faire des reproches à son père. Ils n'étaient pas vraiment dans une position confortable et, son principal sujet de préoccupation, pour le moment c'était de voir Peter revenir.

Les deux hommes patientèrent encore quelques minutes en silence avant d'entendre des pas se rapprocher. Ils pensèrent d'abord que leur ami était de retour mais, très vite, ils comprirent que deux personnes au moins se dirigeaient vers eux.

Neal se tourna vers son père.

-Vas-t-en…

-Hors de question.

-Il vaut mieux que tu sois libre pour aider Peter si besoin. Je ne vous suis d'aucune aide…

-Luka…Je n'ai pas l'intention de te laisser seul aux mains de ces hommes. Peter m'a laissé une arme…

-Et que vas-tu faire ? Ils sont au moins quatre… Tu ne pourras rien faire contre eux et on va se retrouver à notre point de départ. Peter ne pourra pas nous sortir de là seul.

Mais il sentit qu'aucun mot ne pourrait convaincre son père de le laisser. Il tenta alors de se lever. Ils ne pourraient certainement pas leur échapper mais ils pouvaient au moins essayer. Ces quelques minutes de repos lui avaient fait du bien et il parvint à marcher derrière son père. Les bruits de pas se rapprochaient et Neal savait qu'ils allaient bientôt être rattrapés. Il ralentit un peu, laissant son père prendre un peu d'avance. Il rassembla ses forces et fit brusquement demi tour.

S'il avait pu, il se serait mis à courir pour s'éloigner de son père le plus possible avant que celui-ci ne remarque sa manœuvre. Il marcha aussi vite qu'il put dans la direction des hommes qui les suivaient. Quand Georges se rendit compte que Neal ne le suivait plus, il se retourna mais il ne put rien faire quand Neal se jeta littéralement au devant de Mankell et un des gardes qu'ils avaient ligotés. Il hésita avant de décider de rester caché et son estomac se noua quand il vit Neal s'effondrer sous les coups de Mankell.

L'homme semblait avoir perdu son sang-froid et il ne contrôlait plus la colère que cette évasion avait provoquée. Georges pouvait l'entendre hurler et quand il s'arrêta enfin, le second homme souleva Neal, inconscient avant de reprendre la direction de la maison. Mankell tourna sur lui-même, scrutant le bois.

-Agent Burke…Georges…Je vous laisse une heure pour nous rejoindre avant que je laisse Zigert finir ce qu'il a commencé…

Georges ne put retenir des larmes de rage quand il vit Mankell s'éloigner. Il resta un long moment immobile, hésitant entre courir vers la maison en essayant de tuer ces hommes avant qu'ils ne ripostent ou partir à la recherche de Peter. Puis il partit dans la direction que l'agent du FBI avait prise quelques minutes plus tôt.

Neal n'avait pas perdu connaissance tout de suite. Il aurait pourtant préféré. Mankell s'était mis à le frapper en hurlant. Il ne parvenait pas à comprendre ce qu'il disait, trop occupé à essayer de se protéger des coups. Ce n'est qu'au moment où un homme le souleva du sol que l'obscurité l'envahit. Quand il ouvrit à nouveau les yeux, il était allongé sur le canapé qu'il avait quitté à peine une heure plus tôt. Il fut soulagé de ne voir ni Peter, ni son père dans la pièce.

Quand il essaya de bouger, une douleur insupportable faillit le renvoyer dans l'inconscience. Mais il se rallongea, laissant passer le malaise. Il tenta à nouveau de se lever quelques minutes plus tard mais la panique l'envahit quand il se rendit compte qu'il ne sentait plus ses jambes. Il essaya de les bouger sans aucun résultat. Ce n'est que lorsqu'il entendit le rire de Zigert qu'il comprit que quelque chose n'allait pas.

La voix de Mankell le fit sursauter. Il n'avait pas remarqué sa présence à côté de lui.

-Les premiers effets du poison…

-Mais…

Neal aurait dû se douter qu'ils ne lui avaient pas administré l'antidote. Comment avait-il pu être aussi naïf ?

-Mon cher Luka, tu n'as pas encore compris que nous étions prêt à tout pour obtenir ce que nous voulons.

Mankell approcha son visage du sien. Neal pouvait sentir son souffle contre sa joue.

-Tu finiras par parler…Crois-moi, j'ai déjà testé ce genre de poison…

Neal frémit malgré lui et lorsque Mankell s'éloigna de lui, il comprit qu'il n'avait plus aucun moyen de sortir de là vivant. La seule chose qui le rassurait c'était de savoir Peter et son père libres.