Aller, dernier chapitre avant la rentrée. Profitez-en bien... ! Et merci à tout(e)s pour vos reviews, qui sont pour moi une source d'encouragement inestimable.
Chapitre XXV : « Un seul être vous manque ... »
Lamartine(1)
(J'espère qu'au ciel / Des diables malins coupent aux anges leurs ailes / Pour que tu retombes du ciel / Dans mes bras ouverts / Cadeau providentiel
Refrain : Mais chaque seconde / Est une poignée de terre / Et chaque minute / Est un tombeau / Vois comme je lutte / Vois ce que je perds / En sang et en eau (bis)...)2
Deborah Grassi était une femme fière, très exubérante et qui n'avait pas sa langue dans sa poche. Le genre de femmes qu'il valait mieux ne pas contredire ou contrarier, si l'on voulait garder ses parties génitales intactes. En bref, le genre de femmes pour qui Carl avait toujours eu un petit faible. C'était peut-être pour le côté franc et grande-gueule, qui lui facilitait la tâche lorsqu'il enquêtait sur des affaires.
_ J'ai lu dans le rapport, que c'est vous qui avez déclaré la disparition de Miss Dumenco à la police.
_ Tout à fait.
_ A quand remonte la dernière fois où vous l'avez vue vivante ?
_ Comme à peu près tout le monde : le soir où elle a disparu _ du moins, il me semble que c'était ce soir-là...
_ Vous vous rappelez les faits ?
_ Mais c'est dans votre dossier, non... ? Mich était sortie dehors avec Brian pour prendre l'air, quand Hank a débarqué avec son vane et l'a embarqué. Je le sais, j'étais sous le porche : le bruit avait ameuté tout le monde.
» Qu'est-ce que vous voulez ? Quand les gens n'ont rien à faire, le moindre bruit de moteur les excite comme des puces.
_ Il y avait beaucoup de monde ce soir-là ?
_ Environ une dizaine de personne.
_ Sinon, vous vous rappelez des détails de la scène.
_ Brian et Hank ont manqué en venir aux mains, comme à chaque fois qu'ils sont l'un en face de l'autre. Mich les a calmés et elle est partie avec Hank ; fin de l'histoire.
_ Et le lendemain ?
_ Le ledemain, j'ai supposé qu'elle était toujours avec Hank. Surtout quand Alma est venue me dire qu'elle n'était pas venue chercher Chiara chez elle. Mais quand on est allé chez lui, Hank était ivre mort, et il n'y avait pas de traces de Michelle.
_ Et Mr Parker n'a pas dit ce que Miss Dumenco était devenue ?
_ A chaque fois qu'on a tenté d'abordé le sujet avec lui, il devenait brutal et gueulait qu'il ne voulait plus entendre parler d'elle « et de ce fils de pute ». J'ai pas compris de qui il parlait.
Horvath hocha la tête. Il jeta un rapide coup d'œil à ses notes.
_ Vous dites que Kinney et Parker se disputaient... Ca leur arrive souvent ?
_ A peu près chaque fois qu'ils se voient. Surtout quand Mich se trouvait dans les parages. Mais c'est assez normal en somme ; comme disait ma mère : « si vous enfermez deux étalons dans une étable, attendez-vous à entendre des coups de sabots. » Michelle disait souvent qu'ils ne s'entendaient pas parce qu'ils se ressemblaient trop.
Horvath hocha la tête, l'air dubitatif, et nota dans son gale-pin : « se renseigner sur Parker ».
_ _ _ _ _
Dès que les étrangers eurent franchi le seuil de la clôture, Hector bondit de sous sa bâche et se mit à aboyer comme un diable, barrant la route aux nouveaux venus. Le cerbère semblait surtout avoir une dent contre Benson, qui dans une attitude des plus craintives, tentait tant bien que mal de calmer l'animal.
_ Sage le chien... Pas mordre... Sinon c'est la fourrière...
_ Hector, assez.
A la voix de son maître, le chien se calma immédiatement et se mit à faire frétiller sa queue.
Horvath examina l'homme à la casquette de base-ball, se tenant sur le pas de la porte. C'était un colosse, plus grand que lui et Benson, à la mine patibulaire. Le propriétaire des lieux, les toisait d'un air mauvais, son cerbère à ses pieds.
_ Hank, lança le shérif Crow, ses messieurs sont en charge de l'enquête sur la mort de Michelle. Il voudrait t'interroger.
Parker ne quitta pas le seuil de sa maison, visiblement peu enclin à faire entrer des étrangers sous son toit.
Horvath connaissait ce genre de type ; il les appelait les « hommes-forteresses » : ils se donnaient des aires de remparts imprenables, derrière lesquels nul ne peut espérer passer. Mais comme tout rempart est avant tout une façade, Horvath savait qu'il suffisait de trouver la faille pour que la forteresse s'écroule comme un château de cartes.
_ Si vous ne désirez pas nous recevoir chez vous Mr Parker, dit-il avec une courtoisie emprunte d'autorité, cela ne fait rien ; nous pouvons très bien nous rendre au commissariat.
Parker le toisa encore quelques secondes, puis s'effaça pour les laisser entrer.
L'intérieur du chalet était sommaire : un canapé à moitié défoncé, un poste de télévision assez ancien, une radio qui l'était tout autant, une cuisine ouverte sur le salon qui _ à en juger par la couche de poussières et de toiles d'araignées _ ne devait pas servir souvent ; pour toute décoration : des trophées de chasse et de vielles photos de famille racornies, ainsi que _ chose assez surprenante _ des dessins d'enfants. Et trônant au milieu du salon, un vieux tapis poussiéreux, sur lequel une petite fille à la longue tresse noire, jouait silencieusement avec des figurines en bois. Lorsque les inspecteurs entrèrent, elle leva ses grands yeux vert clair sur eux, les fixa un moment avec une expression vide, puis reporta son attention sur ses jouets, sans plus leur accorder un regard.
Horvath supposa que c'était la gamine de Dumenco.
Parker prit la petite dans ses bras et la fit monter à l'étage.
Ce dernier ne les invita pas à s'asseoir, mais Horvath avisa une chaise près du comptoir de la cuisine et prit la liberté de s'y installer. Benson l'imita. Crow préféra rester debout.
_ Mr Parker, commença l'inspecteur lorsque celui-ci fut revenu, aux vues des témoignages et des derniers renseignements recueillis, il semble que vous soyez la dernière personne à avoir vu Miss Dumenco en vie.
_ Moi et son meurtrier, corrigea Parker.
_ En effet, confirma Horvath. Ceci dit, lorsque la police vous a interrogé pour connaître les circonstances dans lesquelles vous vous étiez séparés la nuit de sa disparition, vous avez refusé de répondre...
_ Parce que ça ne les regardait pas, et ça leur aurait pas dit où la chercher...
_ Ca c'est à nous d'en juger ; et maintenant que c'est devenu une affaire de meurtre, vous êtes tenu de répondre.
_ Sinon...
Horvath chercha le regard de l'homme sous la casquette de base-ball, mais Parker prenait un malin plaisir à le railler.
_ Vous avez un problème avec l'autorité et l'ordre public, Mr Parker.
Hank fronça les sourcils sous son couvre-chef.
_ Arrêté cinq fois pour conduite en état d'ivresse, au moins huit pour injure contre un officier de police, quant à celles pour désordre de l'ordre public et bagarre avec coups et blessures, je préfère même pas donner le chiffre : c'est indécent. Et uniquement pour cette année.
_ ...
_ Sans compter que les hommes que vous agressez, sont souvent des Afro-américains ou des Hispaniques.
Parker lança échapper un hoquet de mépris, tout en haussant les épaules.
_ Franchement, j'avais jamais fait attention à ce détail. Est-ce que c'est ma faute si ces cons ne savent se tenir tranquilles ? Après un verre de trop ils se croient chez eux, faut bien que quelqu'un les remette à leur place.
Et tout en parlant, il affichait un rictus mauvais.
_ Miss Dumenco était d'origine amérindienne...
_ Et tout le monde peu témoigner, dans ce village que je l'ai jamais frappée.
_ C'est pas le témoignage que j'ai eu d'un certain soir de 25 Décembre.
Parker se raidit.
_ On a dû également vous dire que c'était un accident : c'était pas elle que je visais.
_ Non, en effet. Un certain, Brian Kinney, si je ne m'abuse. Très proche de Miss Dumenco...
Parker était de moins en moins à l'aise.
_ Je peux savoir ce que vous êtes en train d'insinuer ?
Parker avait quitté sa place, debout devant Horvath, le dominant de toute sa hauteur. L'inspecteur ne s'en laissa pas démonter, et cherchait toujours à croiser son regard. Puis il se leva à son tour.
_ Je n'insinue rien Mr Parker.
L'inspecteur faisait facilement deux têtes de moins que son interlocuteur. Cependant, sa voix résonnait d'une telle assurance et d'une telle autorité, qu'on eut pu croire qu'il était le seul à dominer la situation.
_ Je vous fais simplement observer, poursuivit-il, que vos antécédents de violence, les rapports conflictuels que vous entreteniez avec la victime et le fait que vous ayez été la dernière personne à la voir en vie, vous place en droite ligne sur la liste des principaux suspects. Et j'ajouterais, que votre refus de coopération ne joue pas en votre faveur.
Parker esquissa un geste vers l'inspecteur. Par réflexe et par crainte, Crow et Benson se précipitèrent d'un même mouvement entre les deux hommes. Mais Hank se ravisa et se contenta de renifler d'un air méprisant. Nullement ému, Horvath fit signe à ses collègues, qui se dirigèrent vers la porte.
_ Si vous tenez à me donner des preuves de votre innocence, dit-il en sortant. Rendez vous le plus tôt possible au commissariat, pour nous exposer votre version des faits. Et si vous vous obstinez à garder le silence, la justice se verra obligé de prendre les mesures qui s'imposent...
Et il referma la porte derrière lui.
_ _ _ _ _ _
Pourquoi cette tristesse ? Pourquoi cette amertume ? Il avait à peine connu cette femme. Un an. Qu'est-ce dans toute une vie, un an ? Rien. Moins que le temps qu'il avait passé avec d'autres personnes, qui avaient davantage comptées dans son existence. Et qu'il avait pourtant quittées du jour au lendemain, sans regret et sans un regard en arrière.
Pourquoi les choses auraient-elles dû être différentes pour Michelle ? Pourquoi ce vide immense au fond de sa poitrine ? Pourquoi ces larmes lui brûlant les yeux et qu'il se refusait à laisser sortir ?
Elle était morte. Morte. Morte, morte, morte, morte, morte... Il avait beau se répéter ce mot, en boucle dans sa tête, ça n'avait pas plus de sens maintenant que la veille. C'était tout bonnement illogique. On ne meurt pas comme ça. On ne disparaît pas de la surface de la terre, pour réapparaitre sous la forme d'un cadavre. La terre ne vous engloutit pas pour vous recracher ainsi.
Elle ne pouvait pas s'être tenue devant lui, vivante, véhémente, lui faisant la morale, lui parlant de choses et d'autres... Puis être morte quelques heures plus tard.
Ce samedi soir, au Woody's, l'ambiance était des plus mornes. Brian était accoudé au comptoir du bar, et vidait l'un après l'autre les verres que Vic lui présentait. Mais rien à faire, l'image du cadavre de Michelle, couvert de boue, en train de se décomposer, lui apparaissait toujours aussi nettement. Elle venait se superposer à celles de la jeune femme, toujours vivante qui lui parlait avec tant de vigueur l'autre soir, qui tentait de lui faire comprendre des choses importantes.
Quelles choses déjà... ?
Et il recommanda un verre.
Au comptoir, Vic Grassi s'inquiétait de voir le jeune homme vider verre après verre sans vouloir s'arrêter. Lorsqu'il perdit le compte des pintes, Vic s'opposa à lui servir une énième consommation. A côté de lui, Justin dardait sur lui son regard outremer, voilé d'une gravité qui le vieillissait plus que de raisons.
Ce dernier voyait Brian chanceler sur son siège, sans pour autant tomber de son piédestal. Même dans un état de vulnérabilité extrême, Kinney semblait trouver le moyen de se maintenir à flot. Mais Justin ne se leurrait pas : Brian souffrait. Et si sa douleur ne le tuait, le combat qu'il livrait contre elle allait le mettre K.O.
_ Tu devrais rentrer, l'exhortait Debbie. Je vais demander à quelqu'un de te raccompagne.
Et sans prévenir, elle attrapa ses clés de voiture, posées à côté de son verre.
Brian l'écoutait à peine. La voix de Michelle résonnait dans sa tête :
Ne t'en fais pas pour moi... N'oublie pas ce que je t'ai dit…
_ Kinney ! Sale fils de pute !
Tel un taureau déboulant dans une arène, Hank franchit la porte du Woody's. En moins d'une seconde, il avisa Brian, près du comptoir, et fonça droit sur lui, en soufflant comme un bœuf.
_ Qu'est-ce que tu es allé raconter aux poulets, enfoiré ?
_ Hank calme-toi, intervint Vic.
Toute la salle retenait son souffle. Jamais Hank Parker n'avait parut si enragé. Il manqua empoigner Brian par le col de sa veste, mais celui-ci se dégagea aisément, tout en défiant son adversaire du regard.
_ Je sais que t'es allé leur parler aux flics, vociféra ce dernier. Ils sont venus chez moi, et maintenant ils me lâchent plus. Il manquerait plus qu'ils appellent les services sociaux pour Chiara...
_ Ca vaudrait mieux pour elle, cracha Brian qui s'était levé de son siège, enflammé par la rage, que de vivre sous le toit d'un ivrogne tel que toi, Parker.
_ Qu'elle se retrouve en foyer, c'est ça que tu veux, connard...
Les deux hommes se jetèrent l'un sur l'autre, ils renversèrent tous les sièges du comptoir, ainsi que quelques verres et bouteilles au passage. Ce ne fut que lorsque leurs déambulations les rapprochèrent de la table de billard, que les autres clients se décidèrent à intervenir. Après que chacun eut été immobilisé par les bons soins de l'assistance, Debbie s'avança vers Justin, qui aidait Brian à se tenir debout :
_ Toi, dit-elle en lui mettant les clés de la jeep en main, ramène-le chez lui. Et assure-toi qu'il ne ressorte pas.
Le jeune homme acquiesça et entraina Brian, passablement ivre et titubant, dehors, tandis que dans le bar, Vic s'efforçait de faire entendre raison à Parker :
_ Hank, il suffit que tu ailles raconter à la police ce que tu sais...
_ JAMAIS !
Soutenant Brian sur ses épaules, le tenant par la taille, Justin marcha jusqu'à sa voiture et le fit asseoir sur le siège du passager. Puis, se mettant à la place du conducteur, il démarra la jeep.
_ _ _ _ _ _
Arrivés devant le mobil home, il dut encore aider Brian à sortir de la voiture, celui-ci tenant à peine sur ses deux jambes et balbutiant des phrases incomplètes, sans queue ni tête. Justin devait jongler entre les clés de la maison, la porte qui refusait de s'ouvrir et Brian qui pesait de plus en plus lourd sur ses épaules.
Enfin, la poignée céda, et ils purent pénétrer le mobil home. Refermant la porte d'un coup de pied, Justin traina Brian jusqu'à sa chambre, où il put l'allonger sur le lit.
Alors qu'il sentait son poids quitter ses épaules, Justin fut brusquement attiré vers le lit par deux bras se nouant autour de sa taille et le faisant basculer contre sa poitrine. Avec des gestes lents, comme un homme qui cherche son chemin dans le noir, celui-ci commença à lui ôter les vêtements qui le séparaient de sa peau, de son corps chaud, jeune... vivant.
Juste pour cette fois, juste pour cette nuit, au moins, il voulait tout oublier. Perdre la notion du temps, tordre le cou à cette saloperie de cafard qui lui remuait les tripes et la cervelle. Effacer le regard de Michelle : ses grands yeux sombres, devenus ternes et vides ; effacer son visage si doux et compréhensif, figé à jamais dans cette expression froide et dure... morte.
Le chagrin et l'alcool mélangés rendaient ses gestes maladroits et hésitants. Justin se laissa faire un moment, ne sachant trop s'il devait le laisser continuer ou mettre un terme à cela. Autant repousser Brian dans un tel état de détresse, lui paraissait cruel ; autant il répugnait à se laisser prendre dans un moment de dépit, pour oublier un chagrin causé par l'absence et le deuil. Mais ses mains sur sa peau, ses lèvres dans son cou...
Il fit alors peser tout son poids sur les épaules de Brian et le retourna sur le matelas, se plaçant au-dessus de lui. Celui-ci ne montra aucun signe de résistance, se laissant déshabiller comme un enfant. Mais chaque fois que Justin faisait mine de s'écarter, ne fut-ce que de quelques centimètres, il le rattrapait et le tenait fermement près de lui. Ses mains glissaient sur sa peau, sous ses vêtements ; ses lèvres cherchaient les siennes. Son odeur était son seul repère dans les ténèbres.
S'étendant de tout son long sur son corps, Justin approcha prudemment ses lèvres des siennes. Celles-ci s'effleurèrent tout d'abords, se rapprochèrent tout doucement, se touchèrent... Puis Justin descendit vers sa nuque, mordillant la peau tendre et souple. Provocant des frissons de plaisir qui se diffusèrent allègrement dans le corps de Brian, glissant le long de sa colonne vertébrale, par de minuscules décharges électriques. Puis il descendit plus bas, sur sa poitrine. Caressant ses tétons du bout de la langue, lui pinçant les mamelons. Brian arquait le dos, grognait de plaisir et de douleur à la fois. Justin descendit plus bas, sur son nombril, glissa sa langue dans le creux de son ventre. Sa main droite passa entre ses jambes et se resserra autour de son sexe en érection. Puis Justin le prit dans sa bouche, d'une main lui caressant les bourses, tandis que l'autre glissait jusqu'à son intimité.
Le jeune homme risqua un regard vers son partenaire, celui-ci avait les yeux grands ouverts, une expression brûlante marquant son visage. Sans échanger un mot, Brian tendit la main vers ses cheveux, et lui caressant la nuque, les épaules. Encouragé, Justin reprit son activité et enfonça tout doucement un doigt en lui.
Brian grogna, arqua le dos. Justin sentait sa poitrine se soulever et s'affaisser de plus en plus fort, ses cuisses se resserrèrent autour de ses épaules. Il fit glisser un deuxième doigt, sa main suivant la même cadence que sa bouche. Et bientôt, Brian jouit à l'intérieur de sa bouche.
Etendus côte à côte, ils s'embrassaient et se caressaient sans pouvoir se détacher l'un de l'autre. Par habitude, Brian voulut le mettre sur le ventre, mais à chacune de ses tentatives, Justin se tortillait comme une anguille et trouvait le moyen de se remettre dans sa position initiale. Pourtant le jeune homme avait envie de lui ; il pouvait le sentir rien qu'à ses mains qui s'agrippaient à sa chaire, ou à sa bouche murmurant des « je t'aime » sur chaque centimètre de sa peau, ou encore à son sexe en érection pressé contre sa cuisse. Mais quelque chose semblait le bloquer ou lui faire peur. Comme un mur de verre qui se serrait érigé entre eux.
Lassé ou inquiet, Brian stoppa net leur étreinte et força Justin à le regarder dans les yeux. Devant cette réaction inattendue, un voile de panique passa sur le visage du jeune homme. Une petite voix résonna alors dans l'esprit de Brian :
Inquiète-toi seulement pour Justin...
Il serait prêt à donner sa vie pour toi...
A cause de toi, il s'est mis dans un pétrin monstrueux...
Empêche-le au moins de se mettre en danger...
Justin vit les questions se presser dans le regard de sont amant, et comprit qu'il devait vite réagir s'il voulait leur tordre le cou. Il ne sut pas très bien où il trouva la force ou l'audace, mais il plaqua Brian sur le sommier et lui mordit pratiquement les lèvres. Quand l'autre tenta de le repousser, Justin le regarda à son tour, une expression déchirante sur le visage.
J'en mourrais si tu ne me laisses pas aller jusqu'au bout.
Et Brian n'eut plus le courage de résister.
Justin se frotte contre lui, alors qu'il tend le bras vers le tiroir à capote. Mais brusquement, le blond la lui prend des mains. Un regard. Un léger sourire. Un baiser. Et le reste se fait tout seul.
A plat ventre sur le lit, tandis que Justin se glissait entre ses jambes. D'abords, perturbé par ce changement de position, Brian se détendit peu à peu. L'assurance de son jeune amant montrait qu'il n'en était pas à sa première fois, et la délicatesse de ses gestes, qu'il voulait ménager son partenaire. Alors, sans appréhension, Brian le sentit glisser tout doucement en lui, embrassant sa nuque et enroulant ses doigts autour des siens. L'étreinte fut d'abords douloureuse, mais le contacte de sa peau, le bruit de sa respiration contre son oreille, et enfin la présence de son corps dans le sien _ palpitant de vie et de jeunesse _ lui donnait l'impression de ressusciter.
Justin se lovait contre lui, d'une certaine manière il essayait encore de franchir la barrière qui les séparait. Bientôt, se fondit entièrement en lui. Et après avoir jouit, il s'endormit recroquevillé entre ses bras.
1 « ... et tout est dépeuplé. »
2 Extrait du film Les Chansons d'Amour de Christophe Honoré (Louis Garrel)
