Bonjour !

Bon, je sais que je ne vais pas faire que des heureuses et que vous vous attendiez toutes (ou presque !) à une belle romance avec Edward, seulement j'ai envie de torturer sadiquement (héhé !) les personnages avant !

Pas d'inquiétudes tout de même, cette fic reste une Bella/Edward, avec tout ce que cela sous-entend… D'ailleurs c'est le dernier chapitre sans lui.

Que vous adhériez ou non, je vous remercie d'avoir lu cette histoire et de m'avoir fait partager vos points de vue, vos déceptions, et vos attentes. Je suis heureuse de cet échange si enrichissant et je vous en remercie chaleureusement.

Merci également pour toutes vos reviews, vos mises en alerte et en favoris. Je remercie également les anonymes : Sandry, No, Anne (cette fiction comporte 30 chapitre et un épilogue, donc on arrive bientôt au bout !), Vanin63, Flopy69, et Guest. Je suis déçue de ne pouvoir vous répondre par mp.

Mais cesse de bavardage, je vous laisse à votre lecture, en espérant qu'elle vous plaira.


Chapitre 24

Je m'éveillai courbatue et trempée de sueur dans un lit immense et inconnu. Mes yeux s'ouvrirent en papillonnant avant de s'habituer progressivement à la lumière. A plat dos sur le matelas, je scrutai la pièce à la décoration épurée, la peau recouverte de sueur poisseuse et d'un épais vernis d'angoisse.

Les rideaux tirés gardaient la pièce dans une pénombre accueillante, même s'il avait l'air de faire jour au-dehors, et une lampe allumée projetait un halo cylindrique et tremblotant sur la table de chevet en bois sombre. Je pris une profonde inspiration sifflante et douloureuse, et reconnus immédiatement le parfum qui y flottait.

Je clignai plusieurs fois des paupières en tentant de me souvenir ce que j'avais fait la veille pour me retrouver dans le lit de Ric.

J'avalai douloureusement ma salive et passai une main chétive sur mon front moite alors que la migraine s'infiltrait dans mon crâne. Je poussai un gémissement étouffé. Tout mon corps semblait endolori. Chaque muscle que je sollicitais me procurait une douleur effroyable et lancinante.

Les yeux grands ouverts dans l'obscurité, je me figeai alors que des souvenirs nébuleux de la soirée de la veille me revenaient en mémoire et je suffoquai sous l'effet de la panique.

Affolée, je rabattis les draps d'un coup sec et me levai rapidement. Trop rapidement. La pièce bascula autour de moi et je dus me soutenir à la table de chevet pour ne pas m'écrouler au sol.

Une fois mon vertige dissipé, j'avançai prudemment dans la chambre et je me plaçai devant le grand miroir installé au fond de la pièce. Mes doigts tremblants déboutonnèrent la chemise avec laquelle j'avais vraisemblablement dormi et j'en ouvris lentement les deux pans, révélant ma poitrine nue et un boxer d'homme.

Je palpai mon corps convulsivement, recherchant les traces des outrages que James m'avait infligés la veille. Ma poitrine était marquée d'auréoles bleutées, la peau de mon dos et de mes cuisses était lardée de griffures.

Je posai ma main sur ma joue enflée et cuisante, faisant glisser mes doigts sur ma peau douloureuse, jusqu'à ma lèvre meurtrie, puis ma main longea mon cou, effleura les hématomes bleuâtres qui l'entouraient comme un ruban de douleur.

Je frémis au souvenir de James. De ses yeux noirs où dansait une lueur de folie assassine. Je me rappelai de ses mains froides et indécentes malmenant ma chair, de sa langue implacable forçant mes lèvres. Je me souvins de la frayeur et de la terrible angoisse qui m'avait assaillie quand j'avais compris qu'il allait me violer avec une férocité d'animal enragé.

Je me souvins aussi du sentiment d'impuissance qui m'avait tenaillée, au point de penser que je méritais ce qu'il s'apprêtait à me faire endurer.

Des larmes brûlantes piquèrent mes yeux alors que je fixai mon visage tuméfié dans le miroir, mais je ne voulais pas pleurer. Je ne voulais pas offrir à James cette faiblesse.

La porte s'ouvrit sur Ric, en jean usé et tee-shirt blanc. Il entra sans bruit et je le suivis des yeux dans le miroir alors qu'il s'arrêtait à quelques mètres de moi. Je me retournai lentement et le fixai douloureusement, les bras le long du corps.

Mes larmes dansaient sur le bord de mes paupières alors que mes yeux s'accrochaient aux siens, s'y cramponnaient. Son visage livide était défait et ses yeux ourlés de cernes exprimaient une profonde souffrance.

Puis son regard balaya mon corps exposé, impudique. Le désir qui les animait d'ordinaire quand il me regardait avait disparu et il s'avança vers moi, ses pieds nus glissant sans bruit sur le parquet clair. Dans un geste d'une tendresse bouleversante, il rattacha un à un les boutons de ma chemise avant de m'attirer dans ses bras.

Son étreinte était chaude et délicate, attentionnée, réconfortante. Ric posa sa joue ombrée de barbe contre ma tempe et je me laissai aller tout contre lui. Un lourd sanglot souleva ma poitrine alors que mes larmes coulaient enfin sur mon visage, puis tout mon corps fut secoué de tremblements incontrôlables et j'enroulai mes bras autour de la taille de Ric.

J'enfouis ma tête dans son épaule, mouillant son tee-shirt de larmes amères et libératrices, pour tenter de retenir le hurlement qui menaçait de me déchirer la poitrine.

— Je suis désolé Bella, chuchota-t-il contre mes cheveux emmêlés.

Il était désolé. Il m'avait sauvée de la folie d'une brute qui voulait me violer, et il était désolé. Si j'avais été plus lucide à cet instant, l'ironie de la situation m'aurait fait rire, mais j'étais bien trop enragée pour ça.

Le feu qui brûlait au fond de moi, couvant depuis mon réveil angoissé, comme privé d'oxygène, se ranima insidieusement et je sentis monter un grondement sourd provenant du fond de mes entrailles.

Je tentai de refaire surface en m'agrippant à Ric de toutes mes forces, de me retenir à ma raison défaillante, mais je n'y parvins pas.

Alors elle sortit. Cette rage aveugle, cette violence primitive et sauvage qui s'étouffait dans ma gorge. Elle s'échappa de moi quand je hurlai contre le torse puissant de Ric. Je hurlai toute ma souffrance, toute ma douleur, ma frustration et ma honte. Je me libérai d'elles en même temps que l'air qui quittait mes poumons.

Ric demeura silencieux et calme jusqu'à ce que mes cris ne se transforment en sanglots, même si je sentais ses muscles se raidir, mais quand il parla, ce fut d'une voix grave et enrouée.

— Chut, c'est fini Bella. Il ne te touchera plus.

— Je vais le tuer ! crachai-je avec fureur en tentant de me dégager de ses bras.

— Tu ne peux pas…

— Si je peux ! l'interrompis-je d'une voix froide et dure. Je vais tuer ce salaud pour ce qu'il m'a fait subir !

Ric m'attrapa par les épaules et riva ses yeux d'ambre aux miens.

— Bella, il est mort !

J'eus un instant de flottement, où j'oscillai entre la colère et le soulagement.

— Quoi ? glapis-je.

— Je l'ai tué, avoua Ric d'un ton grave.

— Tu l'as tué ? Mais quand ?

— Dans la ruelle, avant qu'il... s'interrompit-il.

— Pourquoi ? Pourquoi l'as-tu tué ? Je voulais le faire payer ! Je voulais qu'il souffre ! C'était à moi de le tuer ! hurlai-je en tambourinant la poitrine de Ric avec mes poings. C'était à moi de le tuer, répétai-je d'une voix brisée.

— Il allait te violer Bella ! cria-t-il en saisissant mes poignets. J'ai même cru que j'étais arrivé trop tard ! J'ai cru devenir fou quand je l'ai vu allongé sur toi ! Je n'ai pas réfléchi et je lui ai tiré une balle dans la tête.

Ses yeux d'or semblaient m'implorer de je ne sais quelle supplique. Peut-être voulait-il que je lui pardonne d'avoir commis un crime à ma place ? La dérision de la situation m'apparut clairement et je dégageai doucement mes poignets des larges mains de Ric. Je ne me reconnaissais plus. J'avais failli me faire violer par un pervers et j'en voulais à l'homme qui m'avait sauvée parce qu'il m'avait refusé la possibilité de me venger.

A quoi cela m'aurait-il servi ? A pourrir en prison pour meurtre ? J'avais vraiment perdu la tête.

Je m'assis sur le bord du lit et fourrai mes mains profondément dans mes cheveux.

— Bella, ça va ? demanda Ric en s'asseyant près de moi.

Après deux inspirations, je levai la tête pour le regarder et m'essuyai les yeux avec mes pouces.

— Oui, ça va.

Il hocha lentement la tête, l'air brisé.

— Merci Ric. Si tu n'avais pas été là, je… il…

— Arrête ! C'est à cause de moi si tu t'es retrouvée dans cette ruelle avec cet enculé ! Je n'aurais jamais dû t'emmener !

— Cesse de te blâmer, ce n'était pas ta faute ! ripostai-je en me levant prestement.

Ric serra les poings si fort que je crus entendre craquer les phalanges de ses doigts. Je m'approchai doucement et lui posai une main légère sur sa joue râpeuse.

— Ric, je vais bien, je t'assure, le rassurai-je. Enfin, si on exclut cette épouvantable migraine, constatai-je en fermant fortement les paupières.

— C'est l'effet de la drogue que tu as ingéré. J'ai de l'aspirine si tu veux, proposa-t-il en ôtant ma main de son visage.

— Ce n'est pas de refus ! Qu'est-ce que James avait mis dans mon verre ?

— Du Valium.

— Oh mon Dieu… soufflai-je avec dégoût avant de baisser les yeux vers Ric. Il l'a sûrement mis dans mon verre quand j'étais occupée avec mon portable.

— Il avait bien préparé son coup, remarqua-t-il.

— Je lui ai dit que j'étais ta petite-amie pourtant ! tentai-je de plaisanter pour le dérider un peu, mais il me fit un pâle sourire crispé.

Je poussai un profond soupir alors qu'une question me taraudait.

— Ric, comment a-t-il su que nous serions dans ce Club ?

— Je l'ignore, Bella.

— Comment m'as-tu retrouvée ? demandai-je alors.

— Quand je suis retourné à notre table, tu n'y étais plus. J'ai vu ton verre renversé et ton petit sac sur la table. Tu ne serais jamais partie sans, alors je me suis douté qu'il s'était passé quelque chose.

— Très juste.

— Je t'ai cherché partout dans le Club, mais je ne t'ai vue nulle part. Puis, j'ai demandé au videur et il m'a dit t'avoir vu sortir avec un type aux cheveux longs, et que tu avais l'air saoule.

— Bon sang !

— Mais je ne t'ai pas trouvée dans la rue non plus. J'ai fureté un peu aux alentours et puis j'ai entendu des bruits de lutte. Quand je l'ai vu sur toi, je suis rentré dans une rage folle !

— Alors tu l'as exécuté.

— Oui. Je lui ai tiré une balle dans sa putain de tête alors qu'il tenait encore sa bite à la main, grogna-t-il.

Je frémis d'horreur à la pensée de ce qui se serait passé si Ric n'était pas intervenu. Je reposai mes yeux sur lui et constatai qu'il avait l'air en proie à une rage qui semblait le dévorer de l'intérieur.

Je me rassis près de lui et posai ma main sur la sienne. Doucement, j'insinuai mes doigts entre les siens alors que son regard était perdu dans la contemplation des lattes du plancher.

— Ric, je vais bien, chuchotai-je alors qu'il hochait lentement la tête sans me regarder. Vas-tu avoir des ennuis à cause de ça ?

— Non, je ne crois pas.

Je caressai la peau douce de sa main avec la pulpe de mon pouce et au bout d'un long moment, il tourna enfin la tête vers moi. Je lui fis un mince sourire alors que nos yeux se retrouvaient. Il était secoué par ce qu'il avait vu la veille, sûrement autant que moi avant que je ne flotte dans un brouillard épais et pâteux.

De nouveau, ce petit pli se creusa entre ses sourcils et je lâchai sa main pour venir le lisser du bout de mes doigts. Je ne voulais pas qu'il souffre. J'avais envie d'effacer de nos mémoires la terrible soirée d'hier aussi facilement que j'aurai pu gommer cette ride.

Ric ne me rendit pas mon sourire, alors que j'effleurai timidement sa joue piquante. Alors j'eus envie de le réconforter à mon tour. Après tout, ce ne serait qu'un baiser…

Il ne bougea pas lorsque je me penchai lentement vers lui. Mes lèvres effarouchées effleurèrent les siennes sans vraiment les toucher et un frémissement de panique me parcourut toute entière alors que le souvenir des lèvres froides de James me revenait en mémoire.

Je m'arrêtai, les yeux clos, suspendue au-dessus de sa bouche, tremblante, troublée et suffoquée. Nos souffles haletants se mêlèrent alors que Ric posait son front tout contre le mien et quand je rouvris les paupières, je fus happée par ses yeux d'or assombris et ce que j'y lu me coupa le souffle. Jamais je n'avais vu autant de tendresse, autant d'espoir brûlant dans un regard.

L'image de James s'évapora lentement, laissant place à l'homme doux et tendre qui m'avait serrée dans ses bras forts quelques minutes plus tôt, et qui m'avait sauvée d'une terrible agression dont j'aurai gardé les séquelles à vie.

Un de ses doigts traça une ligne de ma joue jusqu'à la naissance de mon cou me faisant frissonner délicieusement. Un souffle laborieux et exalté s'échappa de ma bouche alors que la main de Ric se glissait sous l'épaisseur de mes cheveux, saisissant doucement ma nuque pour m'attirer vers lui.

Alors que je me perdais dans son regard de feu, je me sentis soudain comme au bord d'un gouffre tourbillonnant qui tentait par tous les moyens de m'aspirer au fond, irrépressiblement. Son regard reflétait des sentiments que je n'osais même pas imaginer sans frémir mais qui rallumaient dans mon cœur une flamme depuis bien trop longtemps éteinte. Au fond de moi, je savais qu'il me fallait lutter, détacher mes yeux des siens pour ne pas me noyer.

Mais je me laissai emporter quand même, je m'y engouffrai corps et âme.

Quand sa bouche chaude et humide se moula sur la mienne, je crus souffrir mille morts. Je m'accrochai à sa taille comme une naufragée ballottée par la houle et cherchai vainement à sauvegarder les quelques bribes de conscience qui me restait.

Je ne voulais pas le laisser entrer dans cet espace intime et réconfortant que j'essayais si farouchement de protéger depuis ma rupture douloureuse avec Jacob. Mais la bouche de Ric était trop enivrante.

Son baiser était trop sensuel pour que je puisse résister. Son rythme lent et lascif m'enivrait tel un élixir puissant, me forçant à m'ouvrir davantage. Je ne pouvais plus penser à rien du tout, pas avec le vacarme de mon cœur cognant contre mes côtes, pulsant dans mes veines, battant dans mes tempes.

Dans un vertige halluciné, je me dis que je n'aurais pas dû pas souffrir autant d'un baiser. Que je n'aurais pas souffert autant si Ric ne s'était pas donné à moi si totalement.

Mon prénom voleta sur ses lèvres alors qu'il le murmurait contre les miennes, frémissantes, avant que sa bouche ne s'y repose à nouveau. Elle avait le goût de mes larmes et du désir enfiévré. Ric me taquina les lèvres du bout de sa langue avant d'en reprendre possession. Son baiser se fit plus exigeant, plus affamé. Il se répercuta en moi comme un écho, une passion dévorante et inassouvie.

Je pressai mon corps endolori contre le sien, sentant sa puissance, sa chaleur m'envelopper. Sa poitrine tressauta quand il gémit contre mes lèvres avant d'approfondir notre baiser tout en passant sa main dans mes cheveux.

J'étais en train de me perdre dans ses bras, dans sa bouche, sans réticence aucune. J'étais juste dominée par cette envie insatiable d'avoir plus, d'être toujours plus proche de lui. Et cela me fit peur.

Je posai mes mains sur la poitrine de Ric et le fis reculer doucement avant d'être totalement hors de contrôle.

Quand nos bouches se quittèrent, la pièce résonna de nos respirations haletantes, enivrées par les parfums du désir.

— Je rêve de ce moment depuis le jour où je t'ai rencontrée, chuchota-t-il contre ma joue qu'il caressa doucement de la sienne, douce et virile.

— Je… je ne peux pas, Ric… balbutiai-je.

— Je sais.

Je soupirai en me mordillant la lèvre encore gonflée et rougie d'avoir été embrassée. Ric m'observa longuement, une sourde inquiétude au fond de ses prunelles fauves.

— Je pensais que ce n'était rien, que je me sentirais mieux après. J'avais tort sur toute la ligne, constatai-je à voix basse.

— A quel propos ?

— A propos de ce baiser, précisai-je.

— Tu avais peur de ne pas l'apprécier ?

— Je voulais ne pas l'apprécier !

— Mais tu as aimé m'embrasser.

— Oui, reconnus-je. Et cela complique tout…

Je surpris le sourire fugitif qui passa sur les lèvres de Ric et je me sentie encore plus mal. Dans quel pétrin m'étais-je encore fourrée ? J'étais coincée dans ce triangle amoureux infernal et je n'avais aucune idée de la façon dont je devais procéder pour m'en sortir sans blesser personne. Inéluctablement, quelqu'un allait souffrir.

La sonnerie de mon portable retentit depuis le rez-de-chaussée.

— Ton téléphone n'arrête pas de sonner, m'informa sombrement Ric.

— Edward…

Il hocha lentement la tête.

— Tu devrais répondre.

— Non. Pas maintenant, soupirai-je en baissant les yeux.

Même si je crevais d'envie d'entendre sa voix, je ne voulais pas lui mentir à nouveau et à ce moment même, je me sentais totalement incapable de lui avouer que je venais d'embrasser un autre homme. Le parfum de la culpabilité s'insinua en moi par tous les pores de ma peau. Que venais-je de faire ? Que venais-je de faire à Edward ?

Avec frayeur et dégoût, je réprimai un frémissement en repensant à la fille que j'étais il n'y avait pas si longtemps. Avant de rencontrer Edward. Avant que ma vie entière ne bascule dans cet épouvantable chaos. Etais-je en train de redevenir cette petite trainée dépressive qui se vengeait sur les hommes ? Qu'avait fait Edward pour mériter que je le trahisse de la sorte ? J'étais vraiment immonde !

Mais pour le moment, j'avais vraiment besoin d'une douche.

— Je peux utiliser ta salle de bain ?

— Oui, bien sûr. C'est de ce côté. Tu y trouveras tout ce dont tu as besoin. Je vais faire du café, dit Ric avant de sortir de la chambre.

Je poussai un profond soupir et regardai autour de moi. Ma robe traînait sur un bras du fauteuil. Je la saisis presque avec dégoût en pinçant les lèvres. Elle était complètement déchirée sur le devant. Un de mes bas noir tomba au sol. Je réprimai un haut-le cœur et mis une main sur ma bouche avant de balancer le tout sur le fauteuil et de sortir de la pièce presque en courant.

Je trouvai facilement la salle de bain dont la porte était entrouverte. J'ôtai la chemise ainsi que le boxer de Ric et les fourrai dans le panier à linge sale, puis je me glissai sous le jet de la douche.

L'eau chaude ne parvint pas à décontracter totalement les muscles crispés de mes épaules mais j'eus le sentiment qu'elle me débarrassait de cette angoisse qui collait à ma peau, de cette saleté que James avait déposé sur moi en posant ses mains indécentes et impudiques. Toute cette eau souillée ruissela sur mon corps avant de s'engouffrer en tourbillonnant dans le trou de vidange.

A travers les volutes de vapeur d'eau, mon esprit divagua de nouveau vers Edward. Je lui devais une explication. Je devais tout lui dire : la tentative de meurtre, l'agression et le baiser.

En utilisant le gel douche de Ric pour frictionner mon corps, j'envisageais la façon d'expliquer à Edward ce que j'avais vécu depuis son départ pour New York, mais je ne réussis pas à trouver une formulation convenable.

Avec un nœud à l'estomac, je décidai que j'aviserai le moment venu et je sortis de la cabine de douche emmitouflée dans une épaisse serviette blanche. Comme je n'avais pas de vêtements de rechange, je me résolue à descendre comme ça.

Lorsque je débarquai dans le salon, les yeux de Ric s'agrandirent de surprise, puis un franc sourire étira ses lèvres souples.

— Tu veux vraiment ma mort ! s'écria-t-il.

— Je n'ai pas vêtements de rechange Ric. Et si j'avais vraiment voulu ta mort, je serais descendue toute nue.

— Merci d'être aussi charitable avec moi, railla-t-il en souriant. Tu trouveras une chemise et un boxer dans ma chambre.

— Merci. Au fait ! m'écriai-je en me retournant, tu ne m'as pas dit ce que José Rodriguez t'avait dit hier soir.

— Pas grand-chose, répondit-il en lançant la cafetière, mais il a confirmé que James était bien avec Jenks et lui le soir de la mort d'Elisabeth. Ils jouaient aux cartes avec un type dont il ne se souvient plus le nom mais qui les a tous plumés. Apparemment James est parti furax aux alentours de minuit et demi.

— Minuit et demi… répétai-je. Elisabeth était déjà morte à cette heure-là. Ca ne peut pas être lui l'auteur du meurtre.

— Non, probablement pas. En revanche, c'est bien lui qui nous a tiré dessus l'autre soir. On a retrouvé un pistolet dans son appartement et on l'a comparé avec la balle retrouvée dans le mur de l'entrée. Les analyses sont positives : il s'agit bien du même revolver. Il était également propriétaire d'un pick-up noir qui est salement amoché.

— Ce type était dingue… au moins, on est débarrassé de lui, murmurai-je. José Rodriguez sait-il où est Jason Jenks ?

— Non, il n'en a pas la moindre idée.

— A part nous confirmer l'alibi de Middleton, ça ne nous avance pas beaucoup, constatai-je en soupirant.

— Non, en effet. Mais il m'a appris tout de même que Jenks s'était absenté pendant leur partie de poker le soir de la mort d'Elisabeth Price.

— Combien de temps ?

— Environ une heure. Il ne serait revenu que vers 23h30.

— Ric, il a très bien pu se rendre à la villa et la tuer !

— Je sais. C'est pourquoi nous devons le retrouver. Allez, va t'habiller avant que je ne perde tous mes moyens !

Je ris doucement et remontai les escaliers pieds nus pendant qu'il cassait des œufs dans une poêle.

Une fois dans la chambre de Ric, j'ouvris le premier tiroir de la commode et fouillai quelques instants à la recherche d'un caleçon. Ma main effleura une surface dure et froide. Je soulevai les vêtements et découvris un cadre photo. Le cliché représentait Ric en uniforme d'apparat de la Police posant à côté d'un homme souriant. Son père, certainement.

— Bella, qu'est-ce que tu fais ?

Je sursautai au son de la voix de Ric, debout dans l'embrasure de la porte. Je ne l'avais pas entendu monter les marches.

— Rien ! m'exclamai-je en reposant la photo dans le tiroir, toute en rougissant furieusement.

Il s'approcha de moi et saisit le cadre qu'il examina de longues minutes, sans rien dire.

— Je suis désolée, je ne voulais pas être indiscrète, m'excusai-je alors qu'il demeurait silencieux. C'est ton père n'est-ce pas ? demandai-je doucement après quelques instants.

— Oui. Cette photo, c'est pratiquement le seul bon souvenir que j'ai de lui.

Il s'assit sur le lit, la photo à la main, perdu dans ses pensées.

— Pourquoi la gardes-tu au fond d'un tiroir ?

— Parce que cette photo me rappelle à quel point tous les autres moments étaient difficiles.

— Raconte-moi, murmurai-je en m'asseyant à ses côtés.

— Nous ne nous entendions pas bien mon père et moi. C'était quelqu'un de très exigeant et j'avais toujours l'impression qu'il n'était jamais assez fier de moi.

— Sauf sur cette photo.

— Oui. Elle a été prise le jour où j'ai débuté l'école de Police. Mais après, les disputes ont repris de plus belle. Le fait que je marche sur ses traces le rendait encore plus intransigeant. Je devais être irréprochable. La veille de sa mort, nous avions eu une violente dispute.

— Tu t'en veux de n'avoir pas pu te réconcilier avec lui avant qu'il ne meure, c'est ça ?

Il hocha sombrement la tête tout en continuant de fixer le cliché. Je posai une main réconfortante sur son épaule.

— Tu sais Ric, je suis sûre qu'il était très fier de toi.

Il haussa les épaules et se leva pour remettre le cadre dans le tiroir, puis il en sortit un boxer et une chemise qu'il balança sur le lit à côté de moi.

— Tes œufs vont refroidir, fit-il avant de sortir de la chambre.

oxOxo

De retour à la villa, j'enfilais un short en lin et un débardeur blanc pendant que j'écoutais mes messages. Edward m'en avait laissé six, graduellement plus angoissés. J'avais également un message d'Alice qui m'informait que son vol arriverait finalement à 19h00 et qu'elle avait prévu notre virée shopping pour le lendemain après-midi.

Malgré la canicule et le vent brûlant chargé de pollen qui entrait par la fenêtre entrouverte, je nouai un foulard autour de mon cou pour camoufler les marques que James m'avait laissées, puis j'appuyai sur la touche de rappel et attendis, le cœur battant, qu'Edward décroche.

— Bella ! Enfin ! répondit-il dès la première sonnerie. Je n'ai pas cessé de t'appeler depuis hier !

— Bonjour Edward, le saluai-je d'un ton rude.

Il y eut un infime silence où je l'imaginais, les sourcils froncés.

— Bella, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu ne répondais pas au téléphone ?

— Edward, je… J'ai quelque chose à te dire, commençai-je d'une voix éraillée. J'ai embrassé Ric Nolan, annonçai-je abruptement après avoir pris une grande inspiration.

— Quoi ?

— Je suis désolée de t'annoncer ça comme ça, mais je voulais que tu le saches.

— Sale petit con prétentieux ! J'étais sûr que je ne pouvais pas lui faire confiance ! éructa-t-il.

— Arrête Edward ! S'il y a quelqu'un à blâmer, c'est moi ! Je n'aurais jamais dû faire ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris.

— Comment as-tu pu me faire ça ! brailla-t-il alors que je serrai douloureusement mon téléphone entre mes doigts crispés, les dents enfoncées dans ma lèvre.

— Edward, je suis tellement désolée…

— Pourquoi Bella ? sembla-t-il se radoucir. Je croyais que tu… enfin que nous étions… ensemble.

— Je sais, murmurai-je d'une voix chevrotante.

— Alors pourquoi ?

— Je ne sais pas. C'est arrivé, c'est tout.

— C'est un peu léger comme explication tu ne crois pas ? rétorqua-t-il d'un ton irrité.

— Je suis désolée, Edward, répétai-je encore. Je ne sais pas quoi te dire d'autre. Je suis désolée de t'avoir déçu, mais je ne sais plus trop où j'en suis…

— Est-ce que… est-ce que tu l'aimes ?

— Je ne sais pas.

— Comment ça tu ne sais pas ? Bella c'est oui ou c'est non ! Comment peux-tu me répondre que tu ne sais pas ? Sois honnête avec moi, tu me le dois bien !

— Ne joues pas à ce petit jeu-là Edward ! m'énervai-je. Tu n'es pas non plus un modèle d'honnêteté.

— Qu'est-ce que tu insinue par là ?

— Je sais que tu as invité Tanya à dîner chez Daniel ! lui claquai-je.

— Comment…

— Elle est à Los Angeles et elle a été ravie de m'informer que vous aviez partagé un délicieux moelleux au chocolat tous les deux ! balançai-je d'une voix acerbe.

Je l'entendis soupirer dans le téléphone.

— Pourquoi tu m'as caché que tu étais sorti avec elle ?

— Je ne suis pas sorti avec elle ! se défendit-il.

— Edward, pourquoi ?

— Je ne voulais pas t'inquiéter, c'est tout, se justifia-t-il dans un soupir.

— Eh bien c'est loupé car il s'est passé tout le contraire ! Edward, tu m'as dit toi-même que Tanya aurait été capable de tuer ton frère. Pourquoi avoir dîné avec elle ?

— C'est elle qui a fait rouvrir l'enquête je te rappelle ! Et puis je ne pense pas que ce soit Tanya qui ait fait le coup de toute façon.

— Je dois admettre que tu as raison. Au moins sur ce point, fis-je d'un ton sec.

— Si je l'ai appelée, c'est pour la mettre au courant de ce qu'il se passait à Los Angeles. Nous avons dîné ensemble, c'est tout ! Je n'ai rien fait de mal ! s'exclama-t-il d'une voix presque outrée.

— Ah non ?

— Non ! Je ne l'ai pas embrassé, moi ! répliqua-t-il sèchement.

J'ouvris la bouche et la refermai sans rien dire.

— Je suis désolé d'avoir dit ça, soupira Edward.

Je l'imaginais en train de passer sa main dans ses cheveux ébouriffés. C'est moi qui embrassais un autre homme, et c'est lui qui était désolé… Cet homme était vraiment trop bien pour moi…

— Non, c'est toi qui as raison, admis-je d'une voix morne.

— J'aurais dû t'en parler. Mais je t'assure qu'il ne s'est rien passé avec Tanya.

— Je te crois.

— Au fait, pourquoi est-elle à Los Angeles ? s'enquit Edward. Elle ne m'a pas dit qu'elle s'y rendrait quand je lui ai appris pour les meurtres.

Je m'éclaircis la gorge avant de lui répondre d'une voix mal assurée.

— Eh bien, hum, elle est venue pour disculper ton père du meurtre d'Elisabeth.

— Mon père ? s'étonna-t-il. Bella qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Et qu'est-ce que vient faire Tanya là-dedans ?

— Edward, ce que je vais te dire ne va pas être facile à entendre, mais il faut que tu sois au courant. Tanya trompait Tyler avec ton père. Ils étaient ensemble à l'hôtel Plazza le soir où Elisabeth a été assassinée.

— Bordel ! jura-t-il.

— Edward, ce n'est pas tout. Il s'est passé pas mal de choses depuis que tu es parti.

— Quoi ? Que s'est-il passé d'autre ?

— Tes parents ont été cambriolés. On leur a volé le tableau de Ruben.

— Bon Dieu !

— Quelqu'un a tenté de me tuer avec un revolver, continuai-je en tentant de trouver rapidement une façon de lui annoncer ce qui allait suivre, et James Middleton a failli me violer hier soir.

« Pour la délicatesse, tu repasseras » pensai-je alors qu'Edward restait silencieux à l'autre bout de la ligne.

— Je prends le prochain vol pour LA, annonça-t-il brutalement.

— Edward je vais bien. Ne t'en fais pas. Et puis ce n'est pas la peine que tu viennes à Los Angeles, je pars demain soir pour Miami.

— Ah oui, le mariage de ta mère… marmonna-t-il. Dans ce cas, je te rejoins là-bas.

— Si tu veux, osai-je d'une petite voix.

— Si je veux ? Mais bien sûr que je le veux ! s'écria-t-il. Enfin Bella, qu'est-ce que tu crois ? Que je vais te laisser risquer ta vie sans réagir et gérer tous ces problèmes toute seule ? Bon Dieu ! Je n'aurais jamais dû rentrer à New York et te laisser là-bas !

— Je me débrouille très bien, je t'assure ! me défendis-je avec vigueur.

— Oh oui ! Tu as failli tu faire violer et te faire tuer ! Heureusement que Nolan était censé te protéger ! Mais peut-être était-il trop occupé à t'embrasser ?

— Edward, s'il te plaît, suppliai-je. Les choses sont déjà assez compliquées comme ça.

— Que veux-tu que je fasse ? Que j'approuve ? s'énerva-t-il.

— Non, ce n'est pas ce que je veux.

— Alors qu'est-ce que tu veux Bella ?

— Edward, nous ne devrions pas parler de ça au téléphone, tentai-je.

— Parler de quoi ? De quoi parlons-nous au juste ?

— De toi et de moi.

— Qu'est-ce que tu attends de moi ?

— Tu le sais.

Il demeura un long moment silencieux pendant que j'attendais, les doigts crispés sur mon téléphone.

— Je suis perdue Edward ! Je t'ai dit que je t'aimais et tu ne m'as pas répondu.

— Alors tu t'es précipitée sur le premier gars qui passait !

Sa remarque m'atteignit en plein cœur, mais je l'avalai sans broncher. Après tout, je l'avais bien mérité.

— Tu as le droit d'être furieux, Edward, mais au téléphone quand je t'ai dit que je t'aimais, tu as semblé si distant, si froid. J'avais besoin de l'entendre. J'avais besoin que tu me le dises.

— Ca aurait changé quelque chose ?

— Je ne sais pas…

Un nouveau silence s'étira avant qu'il ne reprenne la parole d'une voix douloureuse.

— Je suis désolé Bella. Je ne peux pas, pas comme ça. Tu sais que c'est difficile pour moi. Je… je tiens à toi. Vraiment. Mais…

— Mais tu ne veux pas me dire que tu m'aimes.

— Je ne suis pas prêt. Surtout après ce que tu viens de faire. Je suis désolé, répéta-t-il.

— Oui, moi aussi, répondis-je d'une voix sombre.

J'avalai douloureusement ma salive et tentai de retenir les larmes qui pointaient au coin de mes yeux. C'était un homme bien, sincère et franc. Je m'en voulais tellement de l'avoir blessé. Et même s'il venait à l'instant de me piétiner le cœur, une partie de moi était heureuse qu'il ne me dise pas qu'il m'aime uniquement parce qu'un autre menaçait de me ravir à lui.

— Je dois te laisser, il faut que j'aille chercher Alice à l'aéroport.

— Au revoir Bella. Sois prudente surtout.

— Oui, je vais essayer. Au revoir Edward.

Je raccrochai avec une boule dans la gorge. Parler à Edward avait été difficile et même si je lui avais tout avoué, je me sentais encore affreusement mal. Pourquoi m'étais-je rapprochée de Ric ? Que manquait-il dans ma relation avec Edward que je cherchais désespérément chez un autre homme ?

Depuis que nous étions ensemble, nous n'avions fait que parler de nos sentiments à demi-mot, comme si le fait qu'il doive se livrer le mettait au supplice. Comment était-il possible d'avancer dans notre relation s'il refusait clairement d'exprimer ses sentiments ? Et le baiser avec Ric n'arrangeait vraiment pas les choses…

Et puis après ce dérapage, je n'étais même plus sûre que nous soyons ensemble… Rien n'avait été clairement dit et c'était toujours comme ça entre lui et moi, rempli de non-dits et de sous-entendus.

Je ravalai mes larmes, attrapai mon sac à main et sortis dans le couloir.

Je descendis le majestueux escalier de marbre rose en me mordillant l'ongle du pouce. Je croisai Esmée dans le vestibule, en élégante jupe gris anthracite impeccablement coupé. Elle rentrait vraisemblablement du Congrès et avait l'air épuisé. Je n'avais pas eu l'occasion de lui parler depuis que Ric l'avait interrogée et je la sentais très tourmentée.

— Esmée, est-ce que vous allez bien ?

— Ce serait plutôt à moi de te poser cette question, non ? rétorqua-t-elle en posant sa serviette sur la console de l'entrée.

Je mâchonnai nerveusement ma lèvre en tripotant la bandoulière de mon sac à main.

— Ca va, Esmée. Il y a eu plus de peur que de mal, lui assurai-je.

— Tu devrais aller te reposer.

— J'ai dormi bien assez comme ça ! plaisantai-je. Et puis je dois aller chercher mon amie Alice à l'aéroport. Son vol est prévu pour 19h00.

— Très bien, fit-elle.

J'hésitai à sortir, la main sur la poignée de la porte, puis me retournai d'un seul coup.

— Esmée, vous ne m'avez pas répondu, insistai-je. Comment allez-vous ?

— Je vais très bien Bella, c'est gentil de t'en préoccuper.

— Je suis désolée pour ce qui s'est passé l'autre soir, dis-je précipitamment. Vous savez, l'interrogatoire devant Tanya et votre mari.

— Oh, n'aies pas d'inquiétude ! fit Esmée en me souriant. Je savais que je ne pourrais pas garder le secret encore longtemps.

J'hochai la tête alors qu'elle se passait une main lasse sur le visage.

— Je ne sais pas ce qui m'a pris tu sais, soupira-t-elle en secouant ses boucles acajous. J'ai été très stupide. Comment pouvais-je croire que cette tentative de suicide allait tout arranger ?

— Vous avez eu un moment de faiblesse, ça arrive à tout le monde.

— Tu as peut-être raison, concéda-t-elle avec un pauvre sourire.

— Vous n'êtes pas une machine, Esmée. L'être humain a ses limites, et je pense que vous aviez atteint les vôtres, voilà tout. Le principal, c'est que vous soyez toujours là.

— C'est gentil d'être si compréhensive, Bella.

— Je suis loin de l'être autant que vous.

Son visage s'éclaira d'un sourire radieux.

— Comme je suis heureuse que mon fils t'ait trouvée ! se réjouit-elle en posant une main maternelle et douce sur ma joue.

J'eus un élancement au cœur en repensant à la dernière conversation que j'avais eu avec Edward, mais je tentai de conserver un sourire sur mon visage tandis qu'elle caressait doucement mes bleus du bout du doigt.

— J'espère que ces vilaines marques se seront un peu atténuées pour le mariage de ta mère, reprit-elle.

— Oui, moi aussi. A ce propos, je pars pour Miami demain soir et je tenais à vous remercier pour votre hospitalité. C'était vraiment adorable de votre part.

— Je t'en prie Bella, c'était un plaisir que de t'avoir à la maison ! Même si ton séjour chez nous n'a pas été des plus reposants…

— Ne vous en faites pas pour ça ! la rassurai-je.

Je fouillai un instant dans mon sac à main et en sortis un calepin et un stylo. Je griffonnai rapidement sur un rebord de la console en verre.

— Tenez, dis-je en tendant le papier à Esmée. Voici mon adresse et mon numéro à New York. Je compte rentrer juste après le mariage de ma mère, donc si vous avez l'occasion de venir voir Edward à New York, n'hésitez pas à passer.

Esmée prit le bout de papier entre ses doigts fins et élégants en me regardant avec insistance.

— Ca ne va pas entre Edward et toi ? finit-elle par demander.

— C'est compliqué, éludai-je, en me balançant d'un pied sur l'autre.

— Edward est compliqué, renchérit-elle avec un sourire complice avant de glisser le papier dans sa poche. Mais je suis sûre que ça va s'arranger entre vous.

— Je l'espère.

— En tout cas, je te remercie pour ton invitation Bella. Sois assurée que si je passe par New York, je viendrais te voir.

J'hochai la tête avant de rajuster la bandoulière de mon sac à main sur mon épaule.

— Il faut que je vous laisse, je vais être en retard.

— Bien sûr, Bella. Ne fais pas attendre ton amie.

Je lui souris, et après avoir chaussé d'énormes lunettes de soleil qui camouflaient mes hématomes, j'attrapai mes clés de voiture et sortis de la villa pour aller chercher Alice à l'aéroport.

oxOxo

Alice hurla quand elle m'aperçut dans le terminal des arrivées de l'aéroport LAX. Tout d'abord de joie, puis d'horreur quand elle découvrit mon visage tuméfié.

— Bella, que diable t'est-il arrivée ?

— Bonjour Alice, moi-aussi je suis contente de te revoir ! raillai-je.

Elle secoua la tête d'un air consterné tout en m'examinant des pieds à la tête. J'étais en retard quand j'étais partie de la villa Cullen, et je n'avais pas pu trouver de place devant les portes de l'aéroport. J'avais donc dû courir sous la chaleur étouffante de ce début de soirée afin d'être à l'heure pour récupérer Alice, et mon allure harassée, en plus de ma joue enflée, ne lui avait pas échappée.

— Je savais que tu avais des ennuis ! J'en étais sûre ! s'exclama-t-elle, les poings serrés sur ses hanches fines.

— Je t'expliquerais plus tard, soufflai-je en touchant ma joue douloureuse du bout de mes doigts.

— Tu ne vas pas y couper tu sais ? Je vais te questionner jusqu'à ce que tu rendes grâce et que tu m'avoues tout !

— Je sais, soupirai-je. Laisse-moi juste le temps de m'y préparer, Ok ? On parle de toi jusqu'à ce qu'on soit arrivées à ton hôtel. Tu veux bien ?

— Bella… commença-t-elle.

— S'il te plaît, Alice, après je te dirais tout ! suppliai-je en extirpant sa gigantesque valise du tapis roulant. Mais je t'en prie, j'ai juste envie d'avoir des nouvelles de toi, du journal, de New York, et même de Parker !

— Ok, promis, concéda-t-elle avant de récupérer un énorme sac de voyage siglé Lancel.

— Oh, merci ! Tu ne peux pas savoir à quel point j'ai envie de normalité en ce moment ! m'exclamai-je avant de me mordre la lèvre. A quel hôtel es-tu descendue ?

— Au Beverly Hilton. C'est toujours là-bas que je séjourne quand je viens à Los Angeles.

— Ah oui, c'est vrai, tu me l'avais déjà dit, remarquai-je quand nous passions les portes automatiques. Au fait, je suis désolée que nous n'ayons pas pu faire ce voyage en yacht. J'espère que tu ne m'en veux pas…

— C'est vrai que j'étais un peu déçue, mais tu me connais, je ne peux pas rester fâchée contre toi très longtemps !

J'entourai ses épaules de mon bras en souriant.

— C'est bon que tu sois là Alice, lui dis-je d'une voix remplie d'émotion tandis qu'elle hochait la tête.

— Bon Dieu ! Il fait une de ces chaleurs ! beugla-t-elle dès que nous fûmes dehors.

— Cette canicule dure depuis un mois, lui expliquai-je en soupirant. Tu n'écoutes pas les informations à New York ?

— Si, bien sûr que si ! Mais je ne pensais pas que c'était à ce point-là !

— Et encore, nous sommes le soir ! Tu verras demain matin !

Alice plissa les yeux suspicieusement.

— Tu sais Bella, il me faut plus qu'un bouleversement climatique pour me dissuader de faire les magasins avec ma meilleure amie.

— Je sais Alice, admis-je en gloussant alors que nous arrivions enfin à la voiture.

Je chargeai ses bagages dans le coffre de mon 4x4 devant le regard éberlué d'Alice.

— Tu n'as pas trouvé plus gros comme voiture ? Enfin, si on peut encore appeler cet engin comme ça !

— Je t'expliquerais plus tard, répétai-je en refermant le hayon d'un geste sec.

— Mais…

— Alice, tu as promis ! m'insurgeai-je alors que je grimpais dans l'habitacle.

— Ok, Ok, concéda-t-elle en soupirant.

Je lançai le moteur qui ronronna comme un gros chat et réussis à sortir de mon stationnement sans emboutir un seul pare choc.

— Alors, quelles sont les nouvelles au journal ? repartis-je d'un ton joyeux tout en conduisant sur l'autoroute.

— Parker est imbuvable ! s'indigna Alice de sa voix flutée. J'ai dû avancer mes congés tellement je ne supportais plus ses sautes d'humeur !

— Ce type a toujours été imbuvable Alice, lui fis-je remarquer avant d'ôter mes lunettes de soleil.

Elle haussa les épaules en regardant le soleil couchant se refléter dans l'océan.

— Peut-être qu'il ne l'était qu'avec toi, avança-t-elle.

— Tu crois ?

— Je n'en sais rien, mais en tout cas, maintenant, il est odieux avec tout le monde et je suis sûre que c'est ta faute !

— Pourquoi ? m'insurgeai-je.

— Il t'en veut Bella.

— Parker m'en veux ? C'est quoi cette histoire Alice ?

— Ca fait presque un mois que tu es partie.

— Je suis partie quelques jours pour assister à un séminaire avec Edward et maintenant je suis en congés. Je n'ai pas eu de vacances depuis que je bosse pour lui, il peut quand même se passer de moi quelques semaines, non ? m'énervai-je.

— Ne me crie pas dessus ! Je n'y suis pour rien !

— Désolée, Alice. C'est jusque que ce type m'exaspère !

— Et moi donc !

— Bon, laissons tomber cet abruti de Parker et parlons un peu de toi ! Comment va Jasper ? Enfin, si vous êtes toujours ensemble… m'enquis-je prudemment.

— Bien sûr qu'on est toujours ensemble ! s'exclama Alice. On ne s'est pas quittés depuis l'autre soir au Twilight Café. Il a même emménagé chez moi.

— Déjà ?

— Merci de te réjouir pour moi ! grommela-t-elle d'une voix bourrue.

— Enfin Alice, ça fait à peine plus d'un mois que vous vous êtes rencontrés et vous habitez déjà ensemble !

— Et alors ? rétorqua-t-elle sur la défensive.

— Alors, tu ne sais rien de lui !

— J'en sais suffisamment.

— En es-tu vraiment sûre ?

Alice tourna son joli visage fin vers moi et me dévisagea avec irritation.

— Bella, qu'est-ce que tu essayes de faire au juste ? Me saper le moral ?

— Non, pas du tout ! me défendis-je. C'est juste que je trouve ça précipité. Hier vous vous rencontrez, aujourd'hui vous habitez ensemble et demain vous allez vous marier ? Tu ne trouves pas que vous allez un peu vite ?

— Non, pas si on est sûr qu'on s'aime.

— Et tu es sûre que tu l'aimes.

— Bien entendu ! répliqua-t-elle, comme si elle énonçait la plus logique des vérités.

— Et lui ?

— Oui Bella, je suis sûre qu'il m'aime.

— Comment peux-tu en être sûre ?

— Parce qu'il me l'a dit ! s'écria-t-elle en martelant chaque mot.

Je crispai les mains sur le volant. Mouvement bien involontaire de ma part, mais qui démontrait à quel point je souffrais intérieurement.

— Il te l'a dit ? répétai-je.

— Oui. Des tas de fois, précisa-t-elle avec un énorme sourire satisfait.

Je poussai un long soupir de désespoir et me terrai dans le silence, la mine déconfite. Alice me regarda d'un air soupçonneux, comme si elle essayait de lire mes pensées dans ma tête. Fort heureusement, ça n'était pas possible, sinon elle aurait vu à quel point je l'enviais et cela m'aurait pétrifiée de honte.

— Quelque chose me dit que ce n'est pas le pied avec Edward… dit-elle au bout d'un moment.

— C'est le moins que l'on puisse dire, geignis-je en me garant devant le Beverly Hilton.

Je laissai le moteur tourner et regardai droit devant moi, perdue dans mes pensées. Rien n'allait plus avec Edward. En fait, rien n'allait plus dans ma vie depuis que je l'avais presque forcé à démêler cette affaire de famille. Et si tout ceci était entièrement ma faute ? Si j'avais tout gâché avec lui ?

— Allez viens, tu vas tout me raconter, me dit Alice en posant une main fine sur mon épaule.

Je sautai du véhicule et tendis les clés au voiturier tandis qu'un chasseur s'occupait des bagages d'Alice. Elle glissa son bras sous le mien et nous pénétrâmes dans l'immense et splendide hall d'entrée climatisé.

Alice récupéra les clés de sa suite pendant que j'ouvrais des yeux ébahis devant les colonnes de marbre et les magnifiques bouquets de roses blanches disposés un peu partout.

Enfin, après l'ascension de plusieurs étages dans un gigantesque ascenseur, nous pénétrâmes dans la fastueuse chambre d'Alice.

— Tu as vu Edward au journal ? lui demandai-je d'un ton que j'espérai nonchalant.

— Bien sûr que je l'ai vu !

— Et qu'est-ce qu'il t'a dit ? demandai-je innocemment en m'asseyant dans un fauteuil de velours rouge.

— A quel propos ?

— A propos de moi, Alice.

— Mais rien du tout ! Il a été occupé sans cesse depuis son retour, répondit-elle tout en ouvrant son sac à main griffé à la recherche d'une cigarette.

Je fis glisser distraitement mes doigts sur le velours du fauteuil pendant qu'elle coinçait une cigarette entre ses lèvres et l'allumait.

— Il a quand même trouvé le temps d'inviter à dîner une femme splendide et stupide dans un restaurant hors de prix, alors qu'il ne m'a jamais traînée ailleurs que dans les coffee shop, fis-je sombrement.

— Le salaud ! s'écria-t-elle dans un nuage de tabac avant de me lancer son paquet de cigarettes.

J'en allumai une en la regardant ouvrir le minibar.

— Ne dis pas ça, Alice. Il n'a rien fait de mal. « Contrairement à moi… » continuai-je mentalement.

— Si tu le dis ! Tu veux une Vodka ? cria-t-elle, la tête dans le frigo.

— Oh, pitié non !

— Tequila ?

— C'est pas de refus, marmonnai-je en tirant sur ma cigarette.

Alice s'installa face à moi et me tendit un verre de Tequila.

— Alors, c'est qui cette femme qui n'a rien fait de mal avec Edward ?

Je pris une grande inspiration en faisant tourner le glaçon qu'Alice avant mis dans mon verre.

— La grande connasse de Tanya, lâchai-je avec dégoût.

— Merde ! jura Alice avant d'aspirer une longue bouffée de cigarette.

Je bus une gorgée d'alcool en hochant la tête d'un air entendu.

— Il n'est pas prêt à s'investir dans une relation, et j'ai de sérieux doutes sur le fait qu'il soit prêt un jour, mais il tient à moi, continuai-je pendant qu'elle hochait la tête elle-aussi.

— Et toi ? Est-ce que tu tiens à lui ?

— Bien sûr que je tiens à lui ! m'écriai-je avant de me rembrunir. Alice, je lui ai dit que je l'aimais et il n'a rien répondu.

— Merde ! répéta-t-elle.

— Et… j'ai embrassé un autre type.

— Quoi ? s'étrangla-t-elle.

— Je sais, j'ai merdé, reconnus-je en enfonçant une main profondément dans mes cheveux.

— Qui est-ce ?

— L'Inspecteur qui enquête sur le meurtre du frère d'Edward.

— Bella ! Bordel, tu ne peux pas faire les choses simplement pour une fois !

— Je n'y peux rien Alice ! me défendis-je en relevant brusquement la tête.

Alice secoua ses cheveux courts et noirs comme le jais en levant les yeux au ciel.

— Pourquoi tu l'as embrassé ?

— Je n'en sais rien, constatai-je en haussant une épaule. J'en avais envie.

Elle me scruta à travers la fente de ses paupières plissées, comme un rapace à l'affût de sa future proie.

— Il te plaît ? me demanda-t-elle d'une voix serrée.

— Plutôt oui ! m'exclamai-je en soufflant ma fumée de cigarette. C'est un homme très séduisant. Et puis je pensais que je ne ressentirais rien si je l'embrassais, et que ça me permettrait de mettre enfin les choses au clair dans ma tête.

— Et ?

— Et j'ai adoré l'embrasser…

— Merde ! répéta encore Alice qui semblait, pour une fois, à court de mots, tout en s'adossant aux coussins du fauteuil.

— Oui, je sais. Mais maintenant je m'en veux terriblement d'avoir fait ça à Edward. Et j'ai peur de redevenir cette folle furieuse et délurée.

— Non, je suis sûre que non. Ne sois pas si dure avec toi-même. Ca peut arriver à tout le monde de craquer.

— C'est gentil d'essayer de me rassurer, la remerciai-je. Alice, et s'il ne me pardonnait pas ?

— Je suis sûre qu'il te pardonnera.

— Oui, je l'espère, soupirai-je avant de rester silencieuse un long moment. Alice, j'ai un truc à te dire, mais surtout promet-moi de ne pas crier, Ok ?

— Honnêtement, je ne vois pas ce qui pourrait être pire que ce que je viens d'entendre.

— Promet !

— Ok, c'est promis, soupira-t-elle.

Je lui racontai toute l'histoire depuis le début. Notre enquête laborieuse à Edward et moi, notre accident de voiture, ma rencontre avec Ric, les interrogatoires, la tentative de meurtre et mon agression par James Middleton.

A mesure que j'avançais dans mon récit, les yeux d'Alice s'agrandissaient d'horreur et quand j'eus finalement terminé, elle avala le restant de sa Tequila d'un seul trait.

— Maintenant je comprends mieux que tu aies besoin de normalité, souffla-t-elle en posant son verre vide sur la table basse.

J'hochai la tête en finissant mon verre. Je commençais à ressentir une légère ivresse et je ne pus réprimer plus longtemps une irrésistible envie de rire. Toute cette pression accumulée menaçait de me rendre dingue si je ne l'évacuais pas par un moyen ou par un autre.

Je m'esclaffai donc, bientôt suivie d'Alice dont le petit rire joyeux, comme un carillon mélodieux, s'envola dans l'air frais que soufflait la climatisation.

— Sérieusement Bella, reprit Alice après s'être essuyé les yeux, qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ?

— Je vais faire les magasins avec ma meilleure amie et m'envoler pour la Floride pour marier ma mère, lui répondis-je en croquant mon glaçon.

— J'ai dit « sérieusement », Bella.

— Que veux-tu que je fasse ? m'écriai-je en levant les bras, paumes en l'air.

— Un choix.

— Je sais, soupirai-je. Mais je n'ai pas envie d'y penser. Pas maintenant.

Son regard se fit plus doux, plus caressant puis elle esquissa un immense sourire qui creusait de ravissantes petites fossettes sur ses joues de porcelaine. Elle attrapa la bouteille et nous resservit une bonne rasade d'alcool.

— Ok, ma belle ! Ne parlons plus des hommes ! Prépare-toi à une virée d'enfer demain après-midi ! Je vais t'emmener dans les magasins et on va se refaire une garde-robe à faire pâlir d'envie toutes les pétasses de Californie ! brailla-t-elle d'un ton joyeux.

— Ouais ! hurlai-je en levant mon verre de Tequila.

— Tu restes avec moi cette nuit ? me demanda Alice d'une petite voix enfantine.

— Et comment ! Je ne partirais pas d'ici avant d'avoir terminé cette bouteille !

Alice me fit un sourire satisfait, un peu embrumée par l'alcool, et choqua son verre contre le mien.

oxOxo

Dans la chaleur infernale du mois de Juillet, Alice et moi arpentions les trottoirs de Los Angeles comme des chasseurs à la recherche de gibier savoureux. Pour une fois, j'appréciai de parcourir des kilomètres de bitume et de me faire lécher les bottes par des vendeuses en quête d'une commission astronomique.

D'ordinaire, j'exhortais ces virées shopping avec Alice. D'abord parce que si je ne mettais pas un frein à sa frénésie boulimique et compulsive d'achat, ces inoffensives sorties entre copines se transformaient rapidement en pugilats interminables où les vêtements et les accessoires s'entassaient par centaines dans des sacs avant même d'avoir été essayés.

Et d'autre part, il était très difficile, pour ne pas dire impossible, d'empêcher Alice de dégainer son American Express Centurion pour m'acheter des articles absolument hors de prix tout autant qu'inutiles ! Alors j'insistais pour les payer et je ressortais de ces marathons shopping aussi totalement vidée que mon compte en banque.

Mais aujourd'hui, j'éprouvai du plaisir à courir de boutiques en boutiques et à laisser Alice dépenser plus d'argent que je ne pourrais jamais gagner en un an, ce qui bien évidemment, n'entamerais même pas le millième de son inépuisable fortune.

Tout en dégustant un cornet de glace sur Rodéo Drive, nous papotions gaiement de choses et d'autres, bras dessus, bras dessous. Je respirais l'air étouffant de l'après-midi avec moins de peine. En fait, j'avais l'impression de respirer à nouveau tellement les récents événements m'avaient oppressée.

En me baladant innocemment avec Alice, je goûtais à la frivolité désinvolte des jeunes filles qui n'ont pas à se soucier si elles seront encore vivantes le lendemain. Et c'était rafraîchissant comme une bouffée d'air frais en pleine canicule.

— Comment va Rosalie ? demandai-je la bouche pleine de sorbet à la fraise.

— Elle file le parfait amour avec son gros nounours d'Emmett.

— C'est vrai ?

— Hum, hum, fit Alice tout en léchant le chocolat qui coulait sur le cornet de biscuit.

Nous fîmes quelques pas en silence pendant qu'Alice essuyait ses doigts collants sur une serviette en papier.

— Est-ce qu'il est gentil avec elle ?

— Bien sûr qu'il est gentil avec elle ! s'écria-t-elle.

— Tant mieux. Parce ce que tu sais, j'avais peur qu'il soit un peu trop… bourru.

— Oh ! Ca pour être bourru, il est bourru ! Mais je t'assure qu'il est adorable, m'assura-t-elle avec de grands gestes.

— Vraiment ?

— Oui, vraiment ! Bella, ce type est peut-être batteur dans une équipe de base-ball, mais il ne toucherait jamais à un seul cheveu de la tête de Rosalie !

— Il est lanceur, rectifiai-je en croquant dans mon cornet.

— Oh, c'est pareil !

— Mais pas du tout ! ripostai-je avant de voir Alice rouler des yeux en soufflant. Bon, ce qui compte, c'est qu'il traite bien Rosalie. Parce que sinon, je me chargerais moi-même de réduire sa cervelle en purée, menaçai-je tout en serrant mon cornet de glace si fort qu'il se brisa dans ma main.

— Tu n'as pas à t'en faire, fit Alice avec une mine écœurée devant mes doigts maculés de sorbet collant. C'est vraiment un type chouette et il est très amoureux.

J'hochai la tête en pinçant les lèvres et balançai mon cornet dans une poubelle.

— Ouais, je suppose qu'il n'arrête pas de lui dire qu'il l'aime lui-aussi ? maugréai-je en léchant mes doigts poisseux de glace fondue.

— A peu près deux cent fois par jour ! s'amusa Alice.

— Ecœurant !

— De toute façon, tu vas avoir l'occasion de les voir bientôt.

— Comment ça ?

— Ta mère ne te l'as pas dit ?

— Quoi Alice ? paniquai-je en pensant à ma frivole et insouciante mère.

— Elle a invité Rosalie et Emmett à son mariage.

— Oh ! C'est super ! m'écriai-je, heureuse et soulagée.

— Ils prennent un vol direct pour Miami et ils seront là-bas mercredi avec Jasper. J'ai trop hâte !

— Je me doute !

— Et devines qui sera là également ?

— Le Dalaï-lama ? rigolai-je avant de réprimer un frisson d'horreur. Alice, ne me dis pas que c'est Parker !

— Mais non ! C'est les parents d'Edward !

— Quoi ? beuglai-je, incrédule.

— Renée les a connus à la fac. Tu savais que ta mère avait fait du droit ? s'étonna-t-elle d'un ton dubitatif.

— Oui, elle me l'a dit récemment, répondis-je mécaniquement alors que mon cerveau tentait de se remettre du choc. Pourquoi Diable les a-t-elle invités ?

— Aucune idée ! Oh Bella, il faut absolument que nous entrions dans cette boutique ! s'écria Alice en s'arrêtant devant chez Dior.

— Et pourquoi Esmée ne m'en a-t-elle pas parlé hier soir ? marmonnai-je.

— Ta mère m'a chargée d'acheter ta tenue pour le mariage et je suis sûre que je vais trouver la robe parfaite pour toi ici. J'adore Dior, c'est tellement Frenchy !

— Quoi ? fis-je en reprenant mes esprits. Non, pitié Alice… suppliai-je quand je découvris la devanture du magasin, je crois que j'ai assez de vêtements pour les trois prochaines décennies ! On peut rentrer maintenant ?

— C'est hors de question ! Allez viens ! Je te promets que cela ne durera pas plus d'une heure ! s'exclama-t-elle en me tirant par le bras.

— Une heure… soupirai-je en suivant Alice d'un pas lourd à l'intérieur de la boutique.

Nous fîmes le tour des rayons au pas de course, piochant ça et là quelques robes, puis Alice me poussa dans une cabine et tira le rideau d'un geste brusque. Après plusieurs essayages qui la laissèrent dubitative, je sortis de la cabine, échevelée et épuisée, dans une courte robe gris perle, vaporeuse et échancrée au dos.

Le sourire d'Alice s'élargit alors qu'elle battait des mains.

— C'est parfait !

— Dieu merci ! soufflai-je avec soulagement.

Je m'approchai de l'immense miroir et constatai moi-même qu'Alice avait raison. Cette robe était une pure merveille. Le tissu tombait parfaitement sur mes hanches et moulait juste assez mon corps pour le mettre en valeur. Je n'osais même pas imaginer le prix qu'elle devait coûter…

— Je dois avouer que tu as raison Alice, reconnus-je. Cette robe est parfaite.

— Bien, passons aux accessoires.

J'acquiesçai avec enthousiasme et suivis Alice et notre vendeuse dans le rayon des pochettes de soirée quand j'entendis mon portable sonner.

— Une seconde Alice, je dois répondre au téléphone.

Mais elle ne m'écoutait pas, trop absorbée par sa conversation avec la vendeuse.

Je récupérai mon portable dans mon sac et décrochai tout en me contorsionnant pour consulter l'étiquette de la robe qui pendait dans mon dos.

— Allô ? fis-je distraitement.

Aucune réponse ne me parvint.

— Allô ? répétai-je, soudain plus attentive. Qui est à l'appareil ?

— Il paraît que vous me cherchez, me dit une voix d'homme.

— Qui êtes-vous ?

— A votre avis Isabella ? Réfléchissez…

Cette voix, profonde et rocailleuse, il me semblait la reconnaître… Et soudain la lumière se fit dans mon esprit.

— Jenks… soufflai-je dans un murmure.

— Vous êtes une petite maligne. J'étais sûr que vous trouveriez du premier coup !

— La Police vous recherche Jason, chuchotai-je.

— Je sais. Je sais tout Isabella.

Je m'assis sur une banquette recouverte de satin blanc en jetant des regards furtifs à Alice, toujours occupée avec la vendeuse.

— Qu'est-ce que vous voulez ?

— Vous mettre en garde.

— Me mettre en garde ? Pourquoi ?

— Parce que ce gars est un pervers. Il ne s'arrêtera pas.

— Qui ? De qui parlez-vous ?

— Vous le savez Isabella.

— Non, je… commençai-je en secouant vivement la tête, puis je réalisai qu'il avait raison et que je savais de qui il parlait. James Middleton, c'est lui n'est-ce pas ? hoquetai-je d'une voix chevrotante.

— Voyez-vous, ce n'était pas par hasard qu'il se trouvait dans ce Club ce soir-là. Il était venu pour vous. Je suis désolé de ce qui vous arrive chère Isabella, mais ce type est un chien enragé. Une fois qu'il a mordu sa proie, il ne la lâche plus.

Je me passai une main tremblante dans les cheveux.

— Comment savez-vous tout ça ? lui demandai-je dans un souffle.

— Je vous l'ai dit, je sais tout.

— Non, vous ne savez pas tout, Jason. Sinon, vous sauriez que cet enfoiré est mort, chuchotai-je avec hargne en tournant nerveusement la tête vers Alice et la vendeuse pour m'assurer qu'elles ne revenaient pas.

Jenks eut un rire bref, presque moqueur.

— J'aurais dû m'en douter puisque vous êtes toujours en vie.

J'avalai ma salive avec peine. J'avais soudainement la gorge sèche.

— Vous avez tué Elisabeth Price, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Et Tyler Cullen.

— Non, ce n'était pas moi. J'avais payé ma dette. J'avais tué trois personnes, c'était bien suffisant. Je ne voulais plus tuer personne.

— De quelle dette parlez-vous, Jason ?

— Vous posez trop de questions Isabella.

Je me mordis la lèvre si violemment que je crus m'être fait saigner. Après un rapide coup d'œil pour vérifier qu'Alice était toujours occupée, je me levai et marchai lentement vers la vitrine, pieds nus sur le parquet ciré. Il fallait que je lui pose la question.

—Si vous n'avez pas tué Tyler, qui l'a assassiné ? Et qui étaient les deux autres personnes dont vous parlez ?

— Il vaut mieux que vous ne le sachiez pas.

— Ces meurtres étaient-ils liés à celui d'Elisabeth ?

— Bien entendu, s'écria-t-il. Ces pauvres gens n'auraient jamais dû mourir. Mais ils en savaient trop.

Je pressai le téléphone plus fort contre mon oreille.

— Quoi, que savaient-ils au juste ?

— Ils savaient sans vraiment savoir. Ils avaient entendu des choses qu'ils n'auraient jamais dû entendre, expliqua-t-il d'une voix lourde de regrets. C'est pour ça qu'on m'a payé pour les tuer, reprit-il après une courte pause.

— Qui étaient-t-ils ? Dite-le moi Jason !

— Je vais devoir raccrocher.

— Attendez, dites-moi qui vous a payé pour tuer ces gens !

— Je ne peux pas. Pas au téléphone.

— Alors rencontrons-nous !

Un long silence me répondit. Pourquoi avais-je dit cela ? Pourquoi m'étais-je encore mise dans une situation dangereuse ?

Je ne connaissais absolument pas ce type qui venait tout juste de m'avouer qu'il avait tué trois personnes et moi, j'allais me jeter dans la gueule du loup ! Mais j'avais un tel besoin de connaître la vérité que j'espérai quand même qu'il accepte. Je fermai fortement les paupières, ne sachant pas si j'allais conserver longtemps intacte ma santé mentale.

J'attendis donc, tremblante et le cœur aux cent coups tout en scrutant la rue bruyante et animée au-dehors par-dessus l'estrade de la vitrine. Au bout d'un moment, je crus même qu'il avait raccroché.

— Jason ? Vous êtes toujours là ? demandai-je dans un souffle.

— Oui.

A cet instant, je ne sus pas vraiment si j'étais terrifiée ou soulagée qu'il n'ait pas coupé la communication. Je pris une grande inspiration et en serrant mon téléphone dans mes doigts crispés, j'essayai de prendre une voix assurée.

— Il faut que je vous voie Jason. Si vous avez envie que tout cela s'arrête, il faut m'en parler ! Rien ne vous empêchera de disparaître après. Je ne vous ferais pas d'ennuis. Je veux juste savoir qui vous a engagé pour tuer ces gens.

De nouveau, le silence s'étira alors que j'entendais la respiration de Jenks, lourde et sifflante, à l'autre bout du fil.

— Retrouvez-moi à 20h00 au Motor Inn sur Century Boulevard à Inglewood. Chambre 32. Venez seule.

— J'y serais.

— Restez sur vos gardes Isabella, vous aussi vous savez des choses que vous n'auriez jamais dû savoir. Vous devez vous méfier de tout le monde.

— De quoi parlez-vous Jason ?

— Vous le découvrirez bientôt.

— Mais… commençai-je avant d'être interrompue par la tonalité. Allô ? Jason ?

Il avait raccroché. Je contemplai l'écran de mon portable qui s'obscurcissait avec un mélange d'excitation et de terreur. De quoi Diable voulait-il parler ? Je regardai anxieusement ma montre, Dans quelques heures, je connaîtrais le dénouement de cette affaire. J'aurais toutes les explications que je désirais tant… ou je me ferais assassiner moi-aussi.

— Bella ! hurla Alice derrière moi en me faisant sursauter.

— Alice, hoquetai-je une main sur le cœur, je ne suis qu'à quelques mètres de toi, pas la peine de hurler !

— Vraiment ? croassa-t-elle. Parce ce que ça fait trois fois que je t'appelle et que tu ne réponds pas !

— Oh ! Désolée.

Alice plissa les yeux et montra du doigt le portable que je tenais toujours à la main.

— Qui était-ce ? demanda-t-elle.

— Personne ! répondis-je trop rapidement et trop brusquement.

— Bella, que se passe-t-il ?

— Rien du tout. Il ne se passe rien Alice, je t'assure. C'était un faux numéro.

— Pourquoi es-tu si bizarre alors ? me demanda Alice en pinçant les lèvres.

— Je ne suis pas bizarre. Tout va bien.

Je lui fis un sourire forcé et rangeai mon portable dans mon sac pour fuir son regard inquisiteur.

— Ok, finit-elle par dire. Tant mieux, car il faut absolument que tu essayes ces escarpins ! Ils sont divins, tu ne trouves pas ? s'écria-t-elle en me montrant une paire de chaussures de cuir noir à brides, toute sa bonne humeur soudain revenue.

— Si, si. Absolument divins, mais je n'ai pas le temps de les essayer, fis-je en m'engouffrant dans la cabine d'essayage pour dézipper ma robe.

— Pourquoi ? s'étonna-t-elle.

— Je viens de me souvenir que j'avais un truc à faire. Un truc super urgent !

— Mais il faut que tu voies la pochette que je t'ai choisi… commença Alice d'une petite voix déçue.

— Fais comme pour toi Alice, je te fais confiance ! Mais là, il faut absolument que je me sauve ! criai-je depuis la cabine après avoir renfilé mon short et mon débardeur.

J'ouvris le rideau d'un geste sec et vint me planter devant une Alice déconfite.

— Alice, je te promets que je t'expliquerais tout plus tard.

— Tu me l'as déjà servie celle-là ! pesta-t-elle en tentant d'éviter mon regard.

— Je sais. Je suis désolée, mais je ne peux rien te dire. Pas encore.

Alice ne répondit pas mais me scruta dans les yeux, cherchant sûrement un indice pour expliquer mon comportement étrange. Je fus tenaillée par la culpabilité, mais tentai d'ignorer la brûlure cuisante dans mon ventre.

— Et je ne pourrais pas prendre l'avion pour Miami avec toi ce soir, renchéris-je prudemment.

— Quoi ! Mais…

— Je prendrais le prochain vol, c'est promis, m'empressai-je de lui dire.

— Bella, tu n'as pas le droit de faire ça à ta mère. Elle t'attend pour son enterrement de vie de jeune fille.

— Je sais. J'y serais, ne t'inquiète pas.

J'observai mon amie qui hochait lentement la tête, le cœur gros, et ne pus m'empêcher de la serrer dans mes bras.

— Je t'adore Alice.

Elle me fit un sourire timide aussi mignon que son petit minois et me repoussa gentiment.

— N'essaye pas de m'attendrir ! protesta-t-elle d'une petite voix.

— Merci pour tout ça Alice.

— De rien. Ca m'a fait plaisir.

— Je dois filer. Je te retrouve à Miami.

Je calai la lanière de mon sac à main sur mon épaule et courus vers la porte, mes sandales à la main.

— Bella ! m'appela Alice. Je t'adore aussi !

Je lui fis un sourire radieux alors que mon cœur se gonflait de fierté à la pensée d'avoir une amie telle qu'Alice, puis je sortis pieds nus sur le trottoir de Rodéo Drive et me pressai jusqu'à ma voiture tout en appelant Ric sur son portable.

oxOxo

Assise sur la banquette avant de mon colossal 4x4 de location, je consultai ma montre pour la cinquième fois en moins de deux minutes.

— C'est de la folie ! râla Ric, assis au volant.

— Ric, ne recommences pas, s'il te plait !

— Je ne veux pas que tu y ailles toute seule, c'est beaucoup trop dangereux !

— Il m'a dit de venir seule. Si tu es avec moi, il risque de ne rien me dire !

— C'est hors de question que je te laisse y aller seule.

— Mais je ne serais pas seule, tu seras là, juste au cas où… et puis tu as toute la cavalerie qui n'attend qu'un signe de ta part pour intervenir. Je ne risque rien !

Je me mordis la lèvre et soufflai d'agacement. Nous avions déjà eu cette conversation.

Je l'avais appelé après avoir quitté Alice pour lui expliquer ce que Jenks m'avait confié, et Ric n'avait pas paru enchanté par le fait que j'avais l'intention de le voir. Néanmoins, j'avais tout de même réussi à le convaincre d'attendre que Jenks m'ait révélé ses secrets avant d'intervenir et de l'arrêter pour le meurtre d'Elisabeth Price.

— Que vas-tu faire ? m'avait-il dit avec une sorte d'incrédulité angoissée.

— Je vais retrouver Jason Jenks au Motor Inn d'Inglewood ce soir.

— Tu es complètement folle ! s'était-il écrié.

— Ric, il va me révéler l'identité du commanditaire des meurtres, et me dire qui sont ces deux fameuses personnes dont on ne sait rien. Il me l'a dit !

— C'est ce que tu crois ! avait rétorqué sèchement Ric. Réfléchis Bella, ça pourrait être un piège !

— C'est possible, avais-je concédé en examinant cette probabilité avec effroi. Mais je ne le saurais jamais si je n'y vais pas. Ric, il a dit que je savais des choses. Des choses que je n'aurais jamais dû savoir. Mais je ne sais pas de quoi il parle ! avais-je crié, légèrement hystérique.

— Bella, je ne veux pas que tu y ailles, c'est beaucoup trop dangereux.

— J'irais Ric, tu ne m'en empêcheras pas.

Je l'avais imaginé fronçant ses sourcils bruns et secouant la tête d'un air profondément contrarié.

— Je sais, avait-il soupiré. Dans ce cas je viens avec toi.

J'avais rechigné à ce qu'il m'accompagne, mais il avait tellement insisté que j'avais dû abdiquer. Et nous nous trouvions depuis une dizaine de minutes garés devant ce motel miteux à attendre en nous disputant, le moment où je devrais pénétrer dans la chambre n°32.

Et je devais bien avouer que plus l'heure fatidique approchait, plus j'appréhendais de me retrouver seule avec Jenks. Après tout, c'était un assassin. Peut-être Ric avait-il raison et que ce type m'avait-il tendu un piège…

Comme il l'avait souligné au téléphone, je savais quelque chose, même si j'ignorais de quoi il voulait parler. Il était possible qu'il m'ait menti et qu'il veuille me tuer moi-aussi…

Je soupirai en regardant anxieusement ma montre de nouveau. A l'heure qu'il était, Alice devait déjà être dans l'avion. J'eus un pincement au cœur en pensant à elle, puis je plongeai mes yeux dans ceux de Ric. Ils étaient anxieux et contrariés. Il hocha la tête rapidement et se retourna pour attraper son blouson de cuir sur la banquette arrière.

— Tiens, dit-il en me tendant le petit revolver, pas plus grand qu'un jouet en plastique, qu'il avait sorti d'une de ses poches. Pour le cas où ça tournerait mal…

— Merci, murmurai-je en espérant ne pas avoir à m'en servir.

Je fourrai le revolver dans mon sac à main et relevai les yeux vers Ric. Dans l'obscurité de l'habitacle simplement éclairée par un réverbère blafard, je distinguai ses traits tirés et les cernes sombres entourant ses yeux.

Certainement ne devait-il pas dormir beaucoup, trop occupé à éplucher des relevés de comptes et des factures de téléphone pour trouver des indices qui permettrait de confondre le commanditaire des meurtres d'Elisabeth et de Tyler.

— C'est l'heure, dis-je en saisissant la poignée de la portière.

— Ok, répondit-il. Allons-y. Et surtout sois prudente. Je serais juste derrière toi.

J'opinai de la tête et nous sortîmes du véhicule pour s'engloutir dans la noirceur de la nuit à peine tombée.

Le motel s'étendait en longueur sur un seul et unique étage et supportait un long toit pentu recouvert de tuiles jaunies par le soleil. Je dépassai la piscine vétuste et mal entretenue entourée d'un grillage, et suivis l'allée en gravier qui longeait chacune des portes du motel.

Le vent toujours chaud et chargé des parfums de la nuit caressa mes épaules nues et mon front moite tandis que j'atteignais enfin ma destination. Je m'arrêtai devant la chambre n°32 et après avoir jeté un rapide coup d'œil derrière moi pour m'assurer que Ric me suivait, je frappai trois coups secs à la porte.

A travers le bois sombre me parvenait le bruit étouffé de la télévision. J'attendis quelques minutes en me mordillant nerveusement la lèvre, puis recommençai à frapper.

— Jason ? Vous êtes là ? C'est Isabella, criai-je à travers la porte.

Mais personne ne répondit. J'approchai alors mon oreille et entendis plus distinctement le brouhaha de la télévision, mais rien d'autre. Je secouai la tête à l'intention de Ric qui me rejoignit en deux enjambées.

— Il n'est pas là, fis-je presque incrédule.

— Il a dû paniquer et s'enfuir, suggéra-t-il.

— Pourquoi aurait-il laissé la télé allumée ?

— Je n'en sais rien. Peut-être est-il parti dans l'urgence.

— Ou peut-être est-il toujours à l'intérieur…

Je regardai Ric avec insistance et il comprit immédiatement le sens de mes pensées.

— Suis-moi, m'intima-t-il en sortant son magnum de son holster.

Il tourna la poignée ronde de la porte et lentement, le battant s'ouvrit dans un grincement sinistre de gonds mal huilés.

— Bella, ton revolver ! chuchota-t-il avec réprobation.

— Ok ! dis-je nerveusement en fouillant dans mon sac.

J'attrapai le minuscule pistolet et le brandis devant moi d'une main tremblante.

— Reste derrière moi.

J'hochai fébrilement la tête, de plus en plus en proie à une sourde panique. Je soufflai profondément deux fois et suivis la large silhouette de Ric dans la pièce.

La chambre minuscule et miteuse était plongée dans l'obscurité, à l'exception d'une petite lampe sur pied poussée dans un coin. Un immense lit king size aux draps élimés et défaits occupait la presque totalité de la pièce. Il y flottait une odeur repoussante de poussière et de moisissure.

Un placard encastré, aux portes grandes ouvertes, semblait avoir été fouillé et des vêtements dont certains avaient été jetés pêle-mêle dans une valise posée sur le lit, étaient éparpillés jusque sur le sol.

Ric inspecta rapidement la pièce, puis enjamba le désordre et se rendit silencieusement dans l'unique autre pièce que comportait cette chambre : la salle de bain.

La porte entrebâillée jetait au sol un rai de lumière qui zébrait la moquette défraichie. J'avais le sentiment d'avoir le cœur qui battait dans ma gorge tellement la peur et l'adrénaline bourdonnait dans mes veines.

Je retins mon souffle quand Ric poussa lentement la porte, puis nous découvrîmes une scène qui allait me hanter d'innombrables nuits.

Une énorme flaque sombre s'étendait sur le sol de la salle de bain, inondant le lino élimé. Jason Jenks flottait tout habillé dans l'eau rougeoyante de la baignoire en fonte, les poignets tailladés et les yeux grands ouverts.

Les traits de son visage déformé reflétaient l'horreur la plus totale et ses yeux vitreux, recouverts du voile terne de la mort, semblaient me transpercer comme une volée de lames. Un mince filet de sang noirâtre s'échappait de ses lèvres closes et livides.

— Oh mon Dieu ! hoquetai-je, au bord de la nausée.

— Ne reste pas là, Bella.

— Non, ça va aller, balbutiai-je en secouant la tête.

— Mais sors d'ici nom de Dieu ! Tu es blanche comme un linge !

— Ca va, je t'assure, insistai-je en pénétrant dans la pièce tout en évitant de patauger dans l'eau mêlée de sang. C'est juste que je n'ai jamais…

— Vu de cadavre ?

— C'est ça.

— Je comprends, ça fait toujours drôle la première fois, remarqua-t-il d'un ton presque ironique en rangeant son revolver dans son étui, sous son bras.

— Ric ! Ce n'est pas drôle ! Ce type est mort ! m'insurgeai-je.

— Ouais, et il n'est pas beau à voir, je te l'accorde.

— Je suppose que c'est Jenks ? avançai-je tandis qu'il enfilait une paire de gants en plastique et saisissait quelque chose sur une étagère.

— Il semblerait que oui, regarde, fit Ric en me tendant une paire de gants que j'enfilai moi-aussi.

J'attrapai le portefeuille avec précaution et consultai la carte d'identité qui s'y trouvait. La photographie était ancienne mais je n'eus aucun mal à le reconnaître. Enfin, si l'on excluait le teint cadavérique et l'expression horrifiée qui déformait son visage.

— Bon Dieu ! Pourquoi s'est-il suicidé ? déplorai-je en secouant la tête tandis que Ric se penchait au-dessus du cadavre.

Ric ne répondit pas mais balaya la pièce inondée de sang du regard. Les sourcils froncés, il s'approcha du lavabo et examina ce qui se trouvait posé dessus, puis il se pencha de nouveau au-dessus du corps.

— Il ne s'est pas suicidé, lâcha-t-il d'une voix ferme.

— Quoi ? Mais… commençai-je, décontenancée.

— Ses chevilles sont attachées avec une cordelette et la lame qui a vraisemblablement servit à lui trancher les veines se trouve sur le lavabo, hors de sa portée, expliqua-t-il en se redressant.

Je restai sans voix, contemplant avec effroi la lame de rasoir ensanglantée sur le rebord en porcelaine blanche du lavabo.

Tandis que j'encaissais le choc d'un nouveau meurtre lié à cette enquête, Ric s'approcha de nouveau de Jenks et lui saisit le menton entre le pouce et l'index. Je le regardai avec dégoût lui ouvrir lentement la bouche avant d'en inspecter l'intérieur. Quand il se tourna finalement vers moi, son visage était impénétrable.

— On lui a coupé la langue, dit-il d'une voix préoccupée.

Je réprimai un haut le cœur en plaquant une main sur ma bouche, puis m'enfuis de cette chambre des horreurs en courant, balançant sur la moquette le petit pistolet que je tenais encore dans ma main.

Une fois au-dehors, j'enlevai mes gants d'un geste rageur et je vomis, penchée au-dessus d'un parterre de fleurs desséchées, puis m'essuyai la bouche d'un revers de main et aspirai quelques bouffées d'air frais, les jambes tremblantes.

Mon téléphone vibra dans ma poche, me faisant presque sursauter. C'était Edward.

— Pas maintenant, marmonnai-je alors que je me frottais les tempes, moites et battantes.

Je rejetai l'appel, puis, serrant les dents, je pénétrai à nouveau dans la chambre d'hôtel. Ric parlait au téléphone avec ses collèges qui ne tarderaient pas à débarquer sur les lieux pour relever tous les indices.

D'un geste las, j'éteignis la télévision et m'apprêtai à ressortir, ne voyant plus l'utilité de ma présence dans cette chambre, quand je me souvins que j'avais jeté le petit revolver que m'avait confié Ric. En balayant le sol du regard, mon attention fut attirée par un reflet brillant sous la minuscule table qui soutenait l'énorme téléviseur, et ce n'était pas un revolver.

Intriguée, je me penchai vers l'objet en plissant les yeux dans l'obscurité relative de la pièce. En tendant la main, j'attrapai une fine chaîne en or où pendait un médaillon.

A genoux sur la moquette râpée, j'examinai le bijou dans ma main. C'était un très bel objet, certainement d'inspiration baroque au vu de ses découpes et ses ciselures rondes et gracieuses.

Le pendentif ovale et finement travaillé semblait être ancien et façonné lui-aussi en or martelé. Tout autour du médaillon, de délicates arabesques dorées étaient serties de brillants, ce qui avait très certainement attiré mon attention.

Je le retournai et retins ma respiration en passant mon doigt sur le dos du bijou. Il y était gravé les initiales E.R. en lettres majuscules, élégantes et joliment penchées.

— Elisabeth Ruben, murmurai-je pour moi-même.

Je jetai un œil vers la salle de bain où Ric parlait toujours au téléphone. Au loin, les sirènes des véhicules de police résonnaient déjà.

Bientôt cette pièce serait fouillée de fond en comble, retournée, inventoriée. Les enquêteurs de la police scientifique en inspecteraient le moindre centimètre carré de moquette et relèveraient le plus petit cheveu, la plus minuscule empreinte ou la plus infime tâche de sang. Tout serait scrupuleusement mis sous scellés, confisqué par la police pendant un temps indéfini.

A quoi leur servirait cet objet vu que Jenks m'avait avoué qu'il était l'auteur du meurtre d'Elisabeth et qu'il baignait raide mort dans son propre sang ?

Je ramassai le revolver qui avait atterri non loin du lit et me relevai lentement, le pendentif toujours au creux de ma paume.

Alors que le vacarme des sirènes hurlantes se rapprochait et que je distinguais les éclats bleutés des rampes clignotantes se reflétant sur le vernis de la porte ouverte, je jetai un regard furtif à Ric, toujours occupé au téléphone, et après une dernière hésitation, fourrai le pendentif au fond de la poche de mon short avant de sortir pour attendre les policiers.

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Le ballet des uniformes continuait alors que j'étais assise sur un banc de bois tout à côté d'un distributeur de sodas le long de la façade décrépie du Motor Inn. En aspirant une bouffée de tabac, je suivis des yeux un grand type affublé d'une combinaison de papier, d'une charlotte et d'un masque, qui poussait un brancard à roulettes sur lequel reposait le cadavre de Jason Jenks.

Machinalement, je posai ma main sur le petit renflement qui déformait la poche de mon short. Je ne savais pas pourquoi j'avais pris ce médaillon, mais il était maintenant trop tard pour faire machine arrière.

La sonnerie de mon portable posé sur le banc retentit. Je l'attrapai et esquissai un sourire avant de décrocher.

— Salut ma belle ! cria une voix enjouée.

— Salut Alice ! Comment se passe ton vol ?

— A merveille ! Je t'ai réservé un billet pour demain matin à 9h00. En première classe bien entendu.

— Merci Alice, tu es adorable !

— Je sais, je sais ! Comment ça se passe à LA ?

— C'est pas terrible, soupirai-je avec lassitude avant de jeter mon mégot dans le gravier.

— Alors, lequel est le grand gagnant ?

Je fronçai les sourcils en rejetant une de mes mèches en arrière.

— Mais enfin, de quoi parles-tu Alice ? la questionnai-je.

— De quoi je parle ? Mais de toi Bella ! De toi et de tes deux prétendants ! aboya-t-elle férocement.

— Quoi ?

— Ne me dis pas que tu ne leur as toujours pas parlé ? me réprimanda Alice d'un ton plein de reproches.

— C'est que je n'ai pas eu trop le temps, vois-tu. Et puis Edward m'appelle toujours au mauvais moment…

— Je vois, lâcha-t-elle d'un ton sec, presque hautain.

— Alice, ne vas pas t'imaginer des choses ! Je n'ai pas couché avec Ric ! me défendis-je vertement.

— Tu sais quoi ? Pour une fois, je ne veux rien savoir ! vociféra-t-elle avec hargne. Bella, ce n'est pas sérieux ! Tu n'as pas le droit de jouer à la jeune fille frivole et de papillonner comme ta mère entre Edward et cet inspecteur qui embrasse divinement bien ! Plus maintenant qu'Edward est rentré. Tu dois faire un choix et le plus rapidement possible.

Mon souffle se coinça dans ma gorge et j'eus presque du mal à reprendre ma respiration.

— Ed… Edward est rentré ? balbutiai-je. Il est ici, à Los Angeles ?

Il y eut un court instant de silence où tout se mélangea dans ma tête et où je ressentis un très désagréable sentiment de honte mêlée de rancœur. Rancœur parce qu'Edward était à Los Angeles et qu'il ne m'avait pas prévenue qu'il avait l'intention de revenir, et honte parce qu'il avait tenté de m'appeler et que j'avais rejeté son appel.

— Tu n'es pas au courant ? s'enquit prudemment Alice.

—Non. Comment l'as-tu su ? Est-ce que tu l'as vu ?

— Non, je ne l'ai pas vu. Je suis passée à la villa de ses parents pour déposer ta robe avant d'aller à l'aéroport et sa mère m'a dit que son avion atterrissait à 19h00. Je pensais qu'il t'avait appelée.

— Il l'a fait, mais je ne pouvais pas répondre.

— Oh, tu étais sûrement trop occupée avec ton truc super urgent… insinua-t-elle mesquinement.

Un bruit de métal me fit tourner la tête et je regardai le gars en combinaison pousser sans ménagement le corps sans vie de Jenks dans le fourgon sanitaire.

J'eus soudain l'impression d'être à des millénaires des préoccupations d'Alice. J'avais été à deux doigts de connaître la vérité sur un meurtre vieux de huit ans et maintenant un homme avait été assassiné froidement.

Cet homme dont on rentrait le corps les pieds en premier dans un corbillard s'apprêtait à me dire qui était derrière toute cette affaire et c'était indéniablement à cause de ça qu'on l'avait éliminé. A cause de moi.

Jusqu'où irait l'horreur ? Qui serait la prochaine victime ? Serait-ce quelqu'un auquel je tiens ? Ou moi ? Serait-ce mon corps qu'on trimballerait sur un brancard et qu'on fourrerait les pieds devant dans un fourgon sanitaire ?

Un frisson glacé me parcourut l'échine, malgré la chaleur qu'il faisait toujours à plus de 22h30.

Je me sentie soudain totalement impuissante. D'après Jenks, j'étais au courant de quelque chose d'important. Quelque chose que j'avais entendu, ou vu mais dont j'ignorais l'importance. Je n'avais pourtant pas l'impression de connaître des secrets inavouables. Je n'étais qu'une petite provinciale qui avait débarqué à New York et qui s'y était cassé les dents, pas la conspiratrice que Jenks pensait que j'étais.

J'étais venue à Los Angeles pour aider Edward à démêler une affaire compliquée, et maintenant, je m'y trouvais impliquée de la plus atroce des manières. Quelqu'un voulait s'assurer que je ne découvre pas la vérité. Par tous les moyens, même les plus criminels.

Pourquoi Jenks avait-il voulu me prévenir du danger que j'encourais avec James Middleton ? Comment avait-il su que nous nous trouverions dans ce Club ? Comment s'était-il procuré mon numéro de téléphone ? Mais plus que toutes ces questions réunies, une seule me préoccupait vraiment : qu'est-ce qui me reliait à tout ça ?

Tandis que j'étais perdue dans toutes mes réflexions, une ombre s'élargit à mes pieds et me fit lever les yeux. La silhouette de Ric s'encadra dans mon champ de vision et je le contemplai un instant dans la lumière des phares alors qu'il restait immobile, les pouces enfoncés dans les poches de son jean.

— Allô Bella ? Bella, tu es là ? Allô ? s'égosillait Alice à l'autre bout du fil.

— Oui, je suis là, répondis-je d'une voix lasse.

— Ah ! Quand même ! Je pensais que tu m'avais raccroché au nez ! s'indigna-t-elle.

— Je suis désolée Alice, mais je dois te laisser.

— Quoi ? Mais…

— On se voit à Miami, Ok ?

— Bon d'accord, bougonna-t-elle. N'oublie pas ton vol demain !

— Ne t'inquiète pas, j'y serais, bye Alice, promis-je avant de raccrocher.

Fourrant mon portable dans ma poche, je me levai pour rejoindre Ric. Nous fîmes quelques pas en silence, l'un à côté de l'autre.

— Qu'a dit le légiste ? finis-je par le questionner.

— Que c'est vraisemblablement l'hémorragie qui a causé la mort. On lui a coupé la langue post-mortem, c'est pourquoi il n'y avait presque pas de sang dans sa bouche. Le labo doit faire des analyses pour déterminer si on l'a drogué avant de lui ouvrir les veines.

— Les types en combinaisons ont-ils trouvé quelque chose ? m'enquis-je tandis que nous dépassions les véhicules de police toujours garées devant le motel.

— Aucune empreinte, juste quelques fibres de tissus et des cheveux. Mais vu l'état de saleté de la moquette et du siphon du lavabo, il ne faut pas trop compter là-dessus.

Nous nous arrêtâmes devant mon 4x4 stationné sur le parking du motel. Levant la tête pour plonger mes yeux dans les siens, je lui posai enfin la question qui me taraudait.

— Ric, si nous étions arrivés plus tôt, nous aurions peut-être pu le sauver, dis-je d'une voix tremblante.

Ric prit une grande inspiration avant de s'adosser à la carrosserie. Puis il croisa ses bras sur sa poitrine musclée.

— Peut-être, admit-il en haussant les épaules. Le légiste situe l'heure de la mort entre 19h00 et 20h00.

— Bon sang ! Nous étions là, devant ce putain de motel à attendre et nous n'avons rien vu ! rageai-je en me passant une main agacée dans les cheveux.

— Il y a une entrée derrière. Le tueur a dû l'emprunter, fit-il en tendant le menton vers l'arrière du motel.

— Nous étions si proches de connaître la vérité, Ric.

— Je sais. Mais quelqu'un se donne beaucoup de mal pour qu'on ne la découvre pas.

J'hochai la tête en me mordillant douloureusement la lèvre, puis allai m'adosser à la voiture à côté de lui, les yeux baissés vers le bitume fissuré. Je fus consciente que mon épaule nue frôlait son bras, mais je ne bougeai pas. Pas plus que lui.

— Quel est le lien entre ces meurtres et moi ? demandai-je plus bas.

— Que veux-tu dire ?

Je relevai la tête vers lui et le regardai bien en face.

— Qu'est-ce que j'ai à voir dans toute cette affaire ? Je veux dire, i peine un mois, je ne connaissais pas tous ces gens, et maintenant, je me retrouve au cœur d'une affaire de meurtre ! Pourquoi ? Jenks m'a dit que je savais quelque chose et j'ai beau y réfléchir jour et nuit, je ne parviens pas à savoir ce que c'est ! Quelque chose me relie à cette affaire, Ric. Mais quoi ?

— Il n'y a que toi qui puisses le découvrir.

— Oui, certainement, admis-je sombrement. Ric, le meurtre de Jenks, la langue coupée, tout ça ressemble à une mise en garde. Et si c'était moi la prochaine ? soufflai-je d'une voix déchirée.

— Je ne laisserais rien t'arriver Bella, m'assura-t-il fermement.

— Tu ne peux pas en être totalement sûr.

— Je sais. Mais en attendant, je ne te lâche pas d'une semelle.

J'hochai la tête, les yeux perdus dans le vide. Je devais lui dire.

Le fourgon sanitaire transportant le corps de Jenks passa devant nous, précédé par deux véhicules de police. Je les suivis des yeux jusqu'à ce qu'ils aient tourné le coin de la rue, puis je pris une grande inspiration.

— Edward est à Los Angeles, lâchai-je d'un ton plat.

Ric ne dit rien mais je pus voir son visage s'assombrir malgré la pénombre.

— Depuis quand ? finit-il par demander d'une voix sèche.

— Ce soir. Son vol a atterrit à 19h00.

Ric fourra ses mains dans ses poches et tourna vers moi un visage fermé aux mâchoires serrées.

— Que comptes-tu faire ?

— Je n'en sais rien ! m'écriai-je. Je ne sais plus quoi faire !

Ric s'écarta soudainement de la voiture pour me faire face.

— Bella, je sais que ce n'est pas le moment, mais il faut que tu saches quelque chose.

Il me fixait avec intensité et je la vis dans ses yeux, avant qu'il ne dise quoi que ce soit. Je vis cette étincelle, celle qui m'enchantait et me terrorisait à la fois. Cette flamme que j'avais vue dans son regard avant que je ne l'embrasse. Ce feu qui le consumait, comme il m'avait consumé moi-même, semblait plus intense encore que dans mon souvenir, et je savais parfaitement ce que cela voulait dire.

— Non, je t'en prie… murmurai-je d'une voix suppliante.

— Il le faut ! insista-t-il en posant ses larges mains sur mes épaules et en capturant mes yeux dans les siens. Bella, ça me ronge depuis qu'on s'est rencontrés. Ca me dévore de l'intérieur à chaque fois que je pense à toi. Et je pense à toi à tout le temps. Si je ne te le dis pas maintenant, je vais devenir fou !

— Pourquoi tu me fais ça Ric ? balbutiai-je en le suppliant des yeux.

— Parce que je suis amoureux de toi, Bella ! Je crois que je l'ai toujours été.

Ric fit un pas en avant et je me retrouvai presque collée à son corps. Son regard franc s'ancra dans le mien et il posa ses mains sur mes joues, entourant tendrement mon visage de ses paumes alors que je demeurais immobile, suffoquée par ses mots.

Ses yeux d'ambre ne cillèrent pas quand il les riva plus profondément aux miens. Pour ma part, j'étais complètement sous le choc, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine.

— Je t'aime, Bella, murmura-t-il d'une voix rauque.

Un vertige m'assaillit quand il se rapprocha davantage de moi, avec une lenteur exagérée. J'eus la pensée fugitive que je devais lutter contre l'emprise que cet homme avait sur moi, mais les mots qu'il m'avait dit se répercutaient toujours dans ma tête, avant de m'atteindre en plein cœur. Et je sus au plus profond de moi que j'allais perdre mon combat intérieur.

Les lèvres chaudes de Ric effleurèrent presque ma bouche et je luttais encore, jusqu'à trouver la force de reculer.

Son regard me transperçait littéralement. J'y percevais tant d'espoir et de désir que les larmes vinrent me picoter les yeux. Il attendait que je lui dise moi-aussi que je l'aimais, mais je ne pouvais pas. J'étais trop perdue dans mes sentiments, trop confuse. Ou trop lâche.

A mesure que les secondes s'égrainaient dans le silence le plus total, ses yeux se firent plus sombres et plus tristes. Quand je pus enfin bouger, je saisis ses poignets et fis glisser lentement ses mains restées posées sur mon visage le long de mes joues.

— Tu n'aurais pas dû dire ça, soufflai-je doucement.

— Bella…

— Je suis désolée Ric, articulai-je péniblement d'une voix brisée.

Ses bras retombèrent mollement le long de son corps et j'eus l'atroce sentiment de l'avoir brisé en plusieurs morceaux, d'avoir abattu un homme déjà à terre.

— Je dois y aller, balbutiai-je en ouvrant la portière.

Je grimpai précipitamment dans mon 4x4 et démarrai le moteur d'une main tremblante. Alors que je quittais le parking du motel, j'aperçus la silhouette immobile de Ric dans le rétroviseur et laissai mes larmes inonder mes joues.


Comme je vous l'ai annoncé précédemment, le prochain chapitre annonce le retour d'Edward.

Je vous souhaite une très bonne semaine et vous donne rendez-vous lundi prochain !

Bises,

Sophie