Hey !
Laissons tomber les introductions nulles et allons droit au but héhé.
Merci du fond du cœur à tous ceux et toutes celles qui ont lu et/ou commenté ce chapitre :coeurcoeur:
Merci également à ceux et celles qui ont follow ou fav cette fiction !
Merci à Rozen Coant, GEBC, Mimi70, Aywen et Sundae Vanille pour avoir laissé un petit mot ! Et aussi merci à Docteur Citrouille d'être toujours présente ! Plein de love. Si vous avez aimé sa trilogie des Poufsouffle, sa nouvelle feufeu Archibald Twitter, archéomage vous plaira ! Mais vous en saurez plus en fin de chapitre héhéhéhé #mysteriouslaugh
Sur ce, je vous laisse tranquille à la lecture ! En espérant que ce chapitre vous plaira, personnellement j'ai adoré l'écrire ! Il n'y a pas beaucoup d'action, mais il est tout de même important (pis, y a Papa Swann, si ça c'est pas important je ne sais pas ce qui l'est.)
Petit rappel à toutes fins utiles (car oui, le dernier chapitre a été posté il y a un mois... Misère.) :
- Willy n'a pas été retenu dans l'équipe de Gryffondor (et boude à mort, accessoirement).
- Turner est un Serpentard pénible qui appelle Abbynette "William" simplement parce que les manuels dont a hérité Abby appartenaient à Willy (et qu'il a marqué son nom dessus, mais en même temps, c'est trop bien d'écrire son nom sur un livre, en tout cas moi je suis fan).
- Abbynette a complètement craqué avec McGonagall parce qu'elle en a marre de passer sa vie à échouer (quelle dramaqueen cette Bybynette :p)
- Loulou is in dat building et râle.
- La dernière phrase du dernier chapitre est prononcée par Loulou et c'est la suivante : "eh bien, amenez-la-moi, cette gamine ! Qu'on en finisse vite!"
- Ce chapitre se déroule sur une soirée et une journée seulement. Vous sentez la deuxième année qui va faire cinquante chapitres à elle toute seule ? Parce que MOI OUI. Screugneugneu.
Chapitre 8 — Le feu et la glace
« Miss Swann dort. Il fallait qu'elle se repose. Je ne sais pas à quand remonte sa dernière nuit. »
Le haussement ironique de sourcil de son interlocutrice lui fit pincer les lèvres.
« Une réelle nuit, précisa-t-elle, mais l'explication arracha une espèce de rictus dédaigneux à Louisa.
— Je croyais qu'on parlait d'une gamine de douze ans, pas d'un bébé incapable de faire encore ses nuits. Ne me regarde pas comme ça, Minerva. C'est une gosse, de Serdaigle, grosse tête, et en plus qui a l'air d'en fait des tonnes. Si avec ça, je n'ai même pas le droit de-
— Qui a l'air d'en faire des tonnes ? répéta McGonagall d'un air outré, sans s'inquiéter de la couper avec impolitesse. »
Le plissement d'yeux subtil et les doigts qui se resserrèrent autour de la cigarette, témoignant d'une colère grandissante de la part de la sorcière, n'impressionnèrent pas McGonagall, cette fois. Malgré la température qui augmenta d'un seul coup dans la pièce, elle tint bon, et reprit, ne comptant pas s'arrêter là :
« Vous n'avez pas vu l'état dans lequel elle a quitté ma salle de classe, ni même dans quel état elle a laissé les meubles. Même les sortilèges de Fonte Instantanée ou de Disparition n'ont pas fonctionné.
— Évidemment que ça n'a pas fonctionné ! bougonna Louisa, dépitée devant tant d'incompétence. Sa magie ne se laisse pas influencer par des sortilèges primaires d'une puissance relativement médiocre.
— Jusqu'ici, ces sorts primaires d'une puissance relativement médiocre fonctionnaient. »
Dumbledore, resté silencieux, se leva soudainement, et, très — trop — tranquillement, il contourna son bureau, les traits calmes, quoique pensifs, et posa bientôt son regard sur Louisa, laquelle noyait sa colère dans son fond d'alcool, les sourcils exagérément froncés, un pli de mécontentement sur le front. Elle préféra se concentrer sur un point fictif du bureau, tira trop longtemps sur sa cigarette, tapa du pied, puis posa ses yeux flamboyants sur lui et aboya :
« Quoi ? Oh, non, Albus, je connais ce regard. Je ne suis pas intéressée par toute cette merde, tu m'entends ? J'étais là à l'origine pour goûter ton whisky, qui n'est pas dégueulasse, je te dois bien ça. Vous vouliez m'amener la gamine ? Soit ! Elle dort ? Parfait ! Alors je la verrai pas, tant mieux, ça ne faisait pas partie de mes plans de toute façon. Mais alors, me mêler des affaires d'une salle de classe, ça ne faisait vraiment pas partie de mes plans. »
oOo
« Wow, ça n'a vraiment pas changé, ici. C'est toujours aussi misérable.
— Oui, nous essayons de garder un maximum de vétusté, pour offrir à nos élèves l'établissement le plus insalubre qui soit.
— Te fous pas de moi, Bubus.
— Oserais-je seulement ? demanda-t-il innocemment en lui adressant un clin d'œil complice. »
McGonagall, qui menait la marche, leva les yeux au plafond devant tant de puérilité.
Ils bifurquèrent pour s'arrêter devant la salle de métamorphose — McGonagall l'ouvrit, et se décala pour laisser passer ses deux accompagnateurs. Dumbledore entra le premier, suivi par Louisa, qui, de mauvaise foi, refusait de prendre réellement conscience de l'ampleur des dégâts, ronchonnant entre ses dents, quand, d'un seul coup, elle se tut, pensive, et son regard se voila d'inquiétude.
La salle de classe était figée dans un hiver feutré. Des flocons voletaient toujours librement, quand d'autres, tombés au sol, s'étaient immobilisés en une épaisse couche de neige. Les meubles étaient pétrifiés sous une abondante couche de gel, prisonniers d'un sommeil forcé.
« Je n'ai plus les compétences pour lui venir en aide, répéta McGonagall dans un murmure, presque intimidée à l'idée de déranger le silence de la pièce. Si tant est que je les ai eues un jour.
— Louisa, reprit doucement Dumbledore sans prendre le temps de se tourner vers la sorcière, penses-tu pouvoir t'occuper de cette salle ce soir ?
— Hum. »
Sans même lever le petit doigt, elle fit apparaître une petite flamme, et la laissa courir sur la glace. L'étincelle enfla, au fur et à mesure qu'elle dévorait le gel et la neige, laissant les meubles intacts et rendant à la classe son état d'origine. Lorsque sa tâche fut achevée, elle s'évapora dans un pop discret.
Un instant, ils gardèrent tous trois le silence, puis Louisa cracha entre ses dents :
« Demain. Je veux la voir demain à son réveil. »
Dumbledore hocha la tête doucement la tête dans un signe d'assentiment :
« Demain, à son réveil. Je doute cependant qu'elle reprenne ses esprits avant neuf heures, si la potion a été prise aux alentours de vingt heures trente.
— Ça ne fait rien, assura Louisa, les dents serrées. »
Elle fuit le regard acéré de Dumbledore et se détourna, telle une enfant prise de faute. McGonagall l'observa à la dérobée, confuse d'un tel revirement de comportement par rapport à celui dont elle avait fait preuve dans le bureau du directeur. Celui-ci inspira calmement et dit tranquillement :
« Loulou, écoute, je comprends que cela te fasse peur ou soit diffici-
— Peur ? coupa-t-elle brutalement, les yeux brûlants. Peur d'une gamine ? Je ne vois pas ce que tu peux t'imaginer, Albus. Je serai dans ton bureau demain matin à cinq heures.
— Si tôt ?
— Tâche d'être habillé, ordonna-t-elle seulement en quittant la classe d'un air boudeur, suivie aussitôt des deux professeurs. Je ne veux plus jamais te revoir avec un pyjama de grand-mère.
— C'était il y a quatre-vingt-quatorze ans, Loulou.
— Et j'en frissonne encore. »
oOo
Lorsque les flammes vertes se furent évanouies dans un tourbillon de fumée et de cendres, le bureau redevint silencieux. L'atmosphère feutrée, les légers bruits d'horloges, de parchemins et de paillements reprirent leurs droits sur la pièce. Dumbledore restait pensif, les yeux toujours fixés sur l'âtre encore incandescent. Son regard, amusé en présence de sa vieille camarade, s'était lentement éteint, pour ne laisser qu'une lueur préoccupée briller au fond de ses prunelles.
Ce fut finalement McGonagall qui brisa le silence, timidement d'abord, puis avec son assurance habituelle, et peut-être une pointe de désapprobation, qui fit lentement sourire Dumbledore :
« J'imaginais bien que votre... Loulou aurait fort caractère, mais je dois admettre que je ne m'attendais pas à cela.
— J'imagine que personne ne s'attend au caractère de Loulou Mercury, répondit doucement Dumbledore.
— Albus, comptez-vous… Comptez-vous vraiment lui confier Miss Swann ?
— Je confierais ma vie à Louisa.
— Et que ferons-nous si elle décline ? Si elle préfère s'en aller ?
— Je ne pense pas qu'elle s'en ira. Je pense surtout que toute cette histoire remue en elle et déterre un passé trop douloureux, qu'elle aurait préféré garder enfoui. Je peux même assurer sans me tromper que Miss Swann la terrifie. Mais je connais Louisa, et je sais qu'elle n'est pas indifférente au sort de cette enfant, malgré tout ce qu'elle peut nous faire croire. J'ai confiance. De même, je ne souhaite pas retirer à Miss Swann sa chance d'apprendre à contrôler sa magie avec ce que j'aime à appeler une professionnelle. »
Il adressa un clin d'œil à McGonagall, qui resta de marbre. Les lèvres plissées en une fine ligne sur son visage tendue, elle fit remarquer :
« Très bien. J'imagine que si je n'ai pas mon mot à dire, au moins son père l'aura-t-il ? »
Un sourire plus large s'étira sur les lèvres de Dumbledore, qui se tourna cette fois vers la fenêtre et caressa l'extrémité de sa barbe, la faisant rouler entre ses longs doigts.
« En effet. Un hibou est déjà en route pour Stamford, à l'heure qu'il est. J'emmènerai personnellement Louisa chez M. Swann pour qu'il puisse la rencontrer demain soir.
— Vous me paraissez bien sûr de la réponse que nous attendons de Louisa une fois qu'elle aura rencontré Miss Swann. »
Un petit rire ravi franchit les lèvres de Dumbledore. Il laissa son regard se poser sur les quelques lueurs provenant des habitations de Pré-Au-Lard, qui se confondaient presque avec les astres que le ciel dégagé permettait de voir, ce soir-là.
« En ai-je jamais douté, Minerva ? »
Les dernières pâleurs du soir laissèrent doucement place à la nuit, au-dessus de Stamford. Une paisible langueur planait au-dessus de Meadowsweet, plongeant le quartier dans une immobilité presque irréelle.
Au numéro 2, les lumières étaient pratiquement toutes éteintes. Seules la cuisine et la salle de bains du haut vivaient, à cette heure-ci, pas encore tardive, mais plus assez tôt pour se considérer comme telle.
« Papa ? »
Ian leva les yeux de l'évier, où il s'évertuait à laver les casseroles et les assiettes accumulées depuis le midi — Katie le regardait de ses grands yeux déterminés, sa brosse fétiche dans une main, un élastique rose dans l'autre. Ses cheveux en pagaille venaient tout juste d'être séchés, et elle avait enfilé un gros pyjama molletonné sur lequel étaient placardées des dizaines de licornes.
« Oui, chérie ? demanda Ian avec un sourire attendri, en devinant ce qu'elle s'apprêtait à lui dire.
— Tu peux me faire une tresse pour la nuit s'il te plaît ?
— Avec grand plaisir, laisse-moi juste me sécher les mains et je suis à toi.
— Merci papa ! Je t'attends dans le salon. »
Ian retrouva la fillette assise sur une chaise, impatiente de se faire coiffer. Elle tendit sa brosse avec un grand sourire, et Ian entreprit de démêler son épaisse chevelure roux foncé. Katie ne broncha pas, même quand la brosse se prit dans un nœud :
« Je ne t'ai pas fait mal ? demanda aussitôt son père avec inquiétude.
— Ça va. Ça vaut le coup.
— Demain, tu auras des cheveux de guerrière, promit-il en débutant enfin sa tresse.
— Des cheveux de princesse-guerrière, rectifia Katie, un sourire malin sur les lèvres.
— Oh, pardon, de princesse-guerrière.
— Je ne t'en veux pas d'avoir fait la confusion, se moqua-t-elle très dignement. Ils le font tous. »
Ian rit doucement et lui embrassa le haut du crâne avec un gros Smouack !, auquel elle répondit par un Berk ! faussement dégoûté.
« Tu travailles samedi, papa ?
— Pas aux dernières nouvelles. On pourra se promener et jouer ensemble.
— Chouette. »
Elle se mit à lister toutes les activités qu'ils pourraient faire ensemble, avec, en première place sur le podium, la danse du week-end et un gros gâteau.
« Dis-moi, chérie, ça ne te plairait pas un week-end, rien que toi et moi ?
— Mais papa, on est toujours que toi et moi le week-end, remarqua Katie, un air confus dans la voix.
— Certes, ricana Ian. Mais je voulais dire loin d'ici. Voyager, tous les deux. »
Il se pencha tout en tressant les cheveux de Katie pour essayer de déceler un intérêt dans son regard. Les étoiles qui brillaient dans les iris de la fillette et son sourire rêveur lui arrachèrent un sourire plein d'espoir. Elle fit mine de réfléchir, croisa les bras, posa deux doigts sur son menton et agrémenta le tout d'un Huuuum, avant de demander, la bouche en cœur :
« Pour aller où ?
— Je pensais faire un tour du côté de la mer. Pendant tes vacances en fin de mois. On pourrait marcher près des falaises et chercher des grottes. Peut-être qu'on trouvera même des trésors cachés. »
Le sourire éclatant qui s'étala sur le visage de la fillette fut contagieux. Tout euphorisés par leur projet, ils laissèrent cours à leur imagination et entamèrent une série de suppositions plus loufoques les unes que les autres — Katie espéra trouver des fées au détour d'une caverne, Ian misa plus sur des créatures avides de pièces d'or.
« En plus, susurra Katie, les yeux brillant de malice, il fera moche, donc il n'y aura personne. »
Ian ne put s'empêcher d'éclater de rire :
« Tu me connais décidément trop bien.
— Mais, papa… Et Will et Abby ? »
Le rire de Ian s'évanouit aussitôt et son cœur se serra aussi fort que sa gorge. Il avait eu beau anticiper cette question, il ne s'était pas préparé correctement à la tristesse dans laquelle ces prénoms le plongeaient.
« Je… On ne pourra pas les attendre éternellement, chérie. On fera d'autres choses, avec eux. Comme ils feront d'autres choses, sans nous. Ça me rend triste aussi. »
Un petit sourire lui répondit, et bientôt, il noua l'élastique et tapota le crâne de la fillette.
« Voilà ma puce. Ta tresse de princesse-guerrière est prête. Au lit, maintenant !
— Je peux lire cinq minutes ? supplia-t-elle en touchant sa tresse du bout des doigts.
— Cinq minutes, pas plus.
— Oui papa.
— Je monte dans cinq minutes pour voir si tu es couchée. »
Terminer la vaisselle lui prit plus que cinq minutes — pour la cinquantième fois depuis que le lave-vaisselle leur avait claqué dans les mains, il songea qu'il lui faudrait rapidement trouver du temps pour appeler un dépanneur, ou au moins quelqu'un pour l'arranger —, mais Katie n'avait pas encore éteint la lumière, plongée dans un roman sur les chevaux qu'elle devait trouver passionnant, au vu de la concentration qu'elle mettait dans sa lecture.
« Allez ma grande, on éteint maintenant.
— Attends, papa ! gémit-elle. Laura est en train de soigner son cheval, il va peut-être mourir, tu ne peux pas me laisser dans un tel suspense[1].
— Laura sera toujours là demain. Allez, au lit. »
Katie reposa le livre à contre-cœur, et embrassa son père du bout des lèvres, avant de finalement le serrer fort dans ses bras.
« Merci pour ma tresse, papa.
— Avec plaisir, ma puce. Dors bien, ma princesse-guerrière.
— Toi aussi papa. Fais de beaux rêves.
— Je m'arrangerai pour pouvoir déjeuner avec toi en fin de semaine, ajouta-t-il en cherchant sa main pour la serrer doucement.
— Oh, chic ! »
Elle réclama un autre bisou qu'il lui accorda de bon cœur, puis, alors qu'elle se blottissait sous les couvertures, il la borda maladroitement, et sortit de la chambre après avoir éteint la lumière et enclenché la veilleuse. Katie se tourna dans son lit, sa peluche coincée au creux de son bras.
Heureusement que Katie était encore là, songeait Ian en redescendant à la cuisine pour terminer de ranger. Elle lui permettait de tenir le coup, quand Will et Abby n'étaient pas présents. Quelque part, une partie de lui, aussi honteuse de penser cela fut-elle, était soulagée que la fillette ne fût pas une sorcière.
Le silence épaissit l'air du salon quand il s'y installa pour trier ses factures. Ses pensées s'envolèrent jusqu'en Écosse. Cela faisait quelque temps qu'il n'avait pas eu de nouvelles de ses petits sorciers. Dire qu'ils lui manquaient n'était décidément pas assez fort — il sentait un grand vide lui creuser la poitrine quand il pensait à ses enfants. Mais au moins, il n'avait pas de mauvaise nouvelle…
Toc toc toc.
Ian se redressa brusquement, et cligna confusément des paupières. Il ne sut pas tout de suite où il se trouvait, et c'est un coup d'œil à l'horloge qui lui indiqua qu'il s'était endormi près de deux heures sur ses papiers — sans grande surprise, mais avec grande contrariété.
Toc toc toc.
Le bruit provenait de la porte. À cette heure, des visiteurs ? Méfiant, il se leva. Il était près de vingt-trois heures trente. Qui pouvait lui rendre visite à cette heure-ci ? Son cœur fit un bond — un sorcier, peut-être ? Après tout, il n'y avait qu'eux pour venir le voir à des moments impromptus. Quelque chose s'était-il passé ?
Il s'approcha alors que les coups se répétaient et regarda par le judas : personne.
Toc toc toc.
Agacé, il ouvrit la porte, prêt à gronder le petit malin qui se cachait ou lançait des cailloux sur sa pauvre maison, mais ce ne fut pas un voisin qui passa par l'entrebâillement — un petit hibou vola jusqu'à la table basse, brisa une cordelette à sa patte, à laquelle pendait un parchemin — une fois celui-ci tombé sur la table, le hibou repartit aussitôt par la porte encore entrouverte. Le tout ne dura que quelques secondes, pendant lesquelles Ian, trop abasourdi pour tenter ne fût-ce qu'un mouvement, regarda la scène.
Ça n'était pas de la part d'Abby ou Will. Une méchante sensation au creux de son ventre lui assurait que c'était autre chose.
Lentement, il referma la porte à clé, s'approcha de la table et saisit le parchemin uniquement scellé des armoiries de Poudlard. Le sceau se brisa facilement, et, en écartant les bords froids de la lettre, Ian lut quelques mots, dans une calligraphie impeccable :
Je passerai demain à 20h.
A. Dumbledore
Louisa s'ennuyait. Prostrée dans le bureau d'Albus — pour ne pas dire cachée —, elle farfouillait partout, dérangeait les objets soigneusement ordonnés sur les étagères, feuilletait les ouvrages précieusement gardés par les directeurs au fil des années — d'ailleurs, celui-là, ne l'avait-elle pas vu ouvert sur le bureau du directeur Black, quand elle-même s'était rendue à son bureau, alors qu'elle n'était qu'une élève ? —, laissait brûler l'extrémité des pages sous ses doigts, puis les reposait. Elle alluma une cigarette et entreprit de fumer dans le plus grand des calmes, les yeux posés sur l'oiseau en fin de vie sur le perchoir près du bureau, trop fatigué et malade pour protester contre la fumée.
Un bruissement de tissu la fit sortir de sa bouderie, pour mieux l'y replonger — le vieux Choixpeau miteux s'était tourné vers elle et l'observait silencieusement, sans rien dire.
« Oh, alors toi, t'as rien à me dire ! ronchonna-t-elle. »
Elle termina sa cigarette, la mort dans l'âme. L'horloge indiquait six heures et presque vingt minutes. Cela faisait une bonne demi-heure qu'Albus s'était absenté pour…
Pour elle ne savait quoi, d'ailleurs. Elle n'avait pas écouté. Mais connaissant Albus comme elle le connaissait, ça devait être important, voire crucial pour la survie du monde sorcier, moldu, des êtres de l'eau et des astres. Au moins.
Que faisait-elle là, déjà ? Elle était censée apporter des réponses à une gosse perdue. Des réponses qu'elle seule était en mesure de— Mais non ! Albus Crétin Dumbledore avait eu trois ans pour lui donner quelques éléments de réponse. Mais il fallait toujours que ce cornichon de malheur fasse tout n'importe comment.
Sa cigarette terminée, Louisa soupira et s'assit sur un fauteuil, dans l'espoir peut-être de calmer son besoin de bouger — peine perdue. Constatant que son impatience avait gagné la bataille, Louisa la laissa s'emparer de tout son corps et, malgré toutes ses expériences passées, la laissa lui dicter sa conduite — il était trop tôt pour que les élèves soient levés, elle pouvait circuler librement dans le château sans être remarquée… Elle ne craignait ni les fantômes, ni Peeves. Ça s'annonçait bien.
Elle avait follement envie de retrouver la Grande Salle, juste quelques minutes…
Le contact rugueux du sable sur ses pieds nus fit prendre conscience à Abigail qu'elle se trouvait sur une plage. Une immense plage de grains ocres, entourée d'immenses falaises d'albâtre, si imposantes et si blanches sous le ciel d'un bleu éclatant qu'elle dut plisser les yeux pour ne pas être aveuglée.
Elle ne sut comment, ou même pourquoi elle était parvenue jusqu'à cette plage, mais la réponse lui importait peu, tant sa présence à cet endroit, à cet instant, lui semblait naturelle, presque inévitable. Elle ne s'embarrassa même pas de se soucier de si oui ou non elle connaissait cette plage ou y était déjà allée. Elle s'y sentait bien. En sécurité, malgré sa solitude et l'infinité du rivage.
Bientôt, elle détourna son regard des falaises de craie blanche pour se tourner vers la mer — celle-ci, d'un bleu oscillant entre le turquoise et le cyan, était calme, et la jeune fille se rendit très vite compte que les roulements des vagues, sinon étranges, étaient étonnants : parfois trop rapides, parfois trop lents pour le bruit qu'elles émettaient en s'écrasant sur le sable, parfois même à rebours.
C'était étonnant, mais nullement anormal, se disait-elle en s'asseyant sereinement devant l'étendue d'eau. Une mouette cria, non loin. Elle releva aussitôt la tête, par réflexe, mais n'aperçut aucun oiseau, nulle part. Puis, soudain, derrière elle, au milieu des bruits des vagues, une voix s'éleva — une voix monocorde, qui sonna désagréablement à ses oreilles.
« Je n'ai jamais aimé la mer. »
Elle n'eut aucun besoin de tourner la tête pour reconnaître l'affreux Turner et sa voix constamment désabusée. Que faisait-il ici ? Était-il vraiment décidé à gâcher chaque moment agréable qu'elle pourrait s'octroyer ?
Elle se tourna vers lui, agacée, prête à lui répliquer qu'il n'aimait de toute façon pas grand-chose, et que ça ne l'étonnait pas, mais fut arrêtée par le sourire si sardonique sur le visage du jeune garçon qu'il le déformait, et le rendait presque effrayant. Un frisson dans son dos lui intima de s'éloigner le plus vite possible mais ses jambes étaient si lourdes qu'elle ne parvint à s'enfuir. La présence du Serpentard fragilisait chaque parcelle de son sang-froid, alors que la panique grandissait, et que ses pieds s'enfonçaient dans le sable, devenu si rugueux qu'elle en eut mal. Derrière elle, Turner ricana, d'un rire spectral.
« Non, décidément, je n'ai jamais aimé la mer. »
Le bruit des vagues s'intensifiait à mesure que sa panique grandissait. Les piaillements d'oiseaux se rapprochaient, sans pourtant qu'aucun d'entre eux ne se manifeste sur la plage. Elle voulut ramener ses mains sur ses oreilles pour les protéger de cette atmosphère devenue trop angoissante, mais n'y parvint pas. Derrière Turner, les falaises semblaient s'allonger vers le ciel, rongeaient les parcelles de soleil pour ne laisser que leur ombre s'étaler sur la plage.
« Tu sais ce que je déteste par-dessus tout, à la mer ? continuait Turner en la suivant comme son ombre, sa voix résonnant à quelques centimètres à peine de son oreille. »
Non, je ne sais pas ! voulut-elle hurler mais seule une protestation silencieuse s'étrangla dans sa gorge. Alors, la silhouette du Serpentard s'arrêta, menaçante, presque aussi pesante que les énormes falaises qui s'élevaient, derrière elle, toujours plus haut, et il murmura, lui crevant presque les tympans :
« L'odeur. L'odeur de l'eau. L'odeur du sable. L'odeur des algues. »
Et, pour marquer son insistance, il plissa le nez dans une grimace de dégoût.
« Tu ne sens pas, William ? Cette odeur ? »
L'horrible constat s'abattit comme un poing dans son estomac.
Non, elle ne sentait pas.
Elle ne sentait rien. Ni l'odeur de l'eau, ni l'odeur du sable, ni l'odeur des algues.
Et ça, ça n'était pas normal. Pas normal du tout.
La panique éclata dans sa gorge et se répandit dans son corps en une fraction de seconde, prenant un malin plaisir à faire battre son cœur horrifié à s'en décrocher. Elle voulut fuir — son corps trop lourd l'en empêcha. Elle voulut hurler — sa bouche s'ouvrit sans qu'un son ne s'en échappe. Turner étendit soudain le bras vers elle et la poussa vers les vagues, dont le bruit devenait assourdissant.
« Attention William, tu vas tomber dans l'eau. Tâche de ne pas geler tous les poissons. »
Et, d'un coup sec, sans se préoccuper des protestations qui peinaient à s'échapper de ses lèvres, il la fit basculer et les vagues l'avalèrent.
Sa chute l'expulsa brutalement du sommeil, la libérant de la plage où elle avait passé une partie de la nuit. La lumière blanche du soleil, ses reflets aveuglants sur le sable et les falaises, moururent, au profit de l'obscurité encore étouffante. La cacophonie des embruns, des protestations des mouettes, de ses propres cris, s'évanouit lentement, et bientôt, disparut.
Le silence épais de l'infirmerie, brisé par le souffle qu'elle essayait désespérément de calmer, dénotait tellement avec la confusion de sons de son rêve que ses oreilles sifflèrent un instant, confuses par ce changement trop soudain.
Elle obligea son esprit rationnel à travailler à plein régime — un rêve, ça n'avait été qu'un rêve, irrationnel et surtout complètement fabulé. Elle n'avait jamais posé les pieds sur une plage, et Turner n'avait jamais été là.
Elle se recroquevilla dans son lit, le corps douloureux, les mains fourmillantes. Elle refusa de vérifier si sa magie avait réussi à percer ses défenses, se doutait que c'était le cas mais n'osait pas en avoir le cœur net. Ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, cherchèrent les quelques touches de lumière déposées par le pinceau pâle de l'aube entre les nuages, au dehors — en vain. Les quelques chandelles flottant au plafond s'étaient éteintes depuis longtemps, conclut-elle en respirant profondément, incapable de distinguer l'odeur âcre de la fumée. Une souris couina, sur le rebord de la fenêtre, avant de disparaître dans un minuscule trou creusé dans la pierre. Quelques lucioles de la taille d'un petit poing se heurtèrent à une fenêtre. Le vent pleura dans les feuillages des imposants arbres bordant l'aile du château.
Abigail se laissa porter par le ronronnement de la pluie qui se mit à tomber sur les carreaux, puis chercha à se rendormir, sans y parvenir. La tempête de ses pensées ne parvenait pas à se calmer, l'angoissait un peu plus — si elle avait rêvé même après avoir ingurgité une potion Sans Rêve… cela signifiait beaucoup de choses, auxquelles elle ne voulait pas songer.
Finalement, elle renonça à l'idée de se rendormir. Entre ses pensées tumultueuses et la faim qui lui chatouillait le ventre, c'était peine perdue. Au moins ses douleurs s'étaient un peu calmées par rapport à son réveil.
Ce fut certainement le bruissement de ses draps qui alarma Madame Pomfresh : l'infirmière sortit de son étude et s'approcha de son lit alors que la jeune fille se redressait, se rappelant avec un soupir qu'elle s'était endormie avec ses vêtements de la veille, et qu'ils étaient désormais tout froissés. Un brusque besoin de prendre une longue douche pour se débarrasser de la sensation de sommeil sur son uniforme la fit grimacer. Un coup d'œil à la maîtresse des lieux lui informa qu'elle n'était pas la seule débraillée : Madame Pomfresh semblait tout juste sortie du lit, avait passé une cape autour de ses épaules, certainement pour cacher son pyjama, et ses cheveux, loin d'être sévèrement retenus par la coiffe qu'elle arborait d'ordinaire, tombaient négligemment sur ses épaules, libérés de leur voile.
« Miss Swann, il n'est que six heures et demie et vous êtes déjà réveillée ?
— Déjà me semble assez inapproprié, dans mon cas, rétorqua-t-elle d'une voix lasse. Je dirais plutôt enfin. »
Madame Pomfresh fronça légèrement les sourcils, et essaya de poser une main sur son épaule pour la rallonger, mais elle insista :
« Je vais bien. Je n'ai presque plus mal.
— Presque, releva l'infirmière avec un froncement de sourcils cette fois plus appuyé et mécontent. Vous devez vous reposer davantage, Miss Swann. Ce n'est pas comme ça que vous ferez partir la douleur. »
Abigail plissa les lèvres mais ne répliqua rien, se retenant de justesse de faire remarquer qu'après tout, elle n'en savait rien, que personne n'en savait rien.
« J'ai faim, expliqua-t-elle, déterminée à quitter la lugubre infirmerie au plus vite.
— Je vais vous donner quelque chose.
— Sauf votre respect, j'estime qu'un petit-déjeuner à la Grande Salle serait plus efficace que vos biscuits.
— C'est que vous commencez à les connaître, répondit tristement Madame Pomfresh en la gratifiant d'un petit sourire peiné.
Le silence de l'infirmerie retomba entre elles, alors qu'Abigail acquiesçait silencieusement. Madame Pomfresh soupira doucement, lui demanda de l'attendre une seconde, s'éloigna jusqu'à sa précieuse étagère où Abigail avait vu défiler des dizaines de potions, en saisit une, et la lui tendit :
« C'est seulement de l'eau sucrée, expliqua-t-elle. Ce n'est pas grand-chose, mais ça vous fera au moins tenir jusqu'à la Grande Salle. »
oOo
Ses pas résonnaient lugubrement, dans les longs couloirs vides. Quelques tableaux se plaignirent du vacarme de ses chaussures sur la pierre, mais elle ne les entendait pas. Ses pensées tournaient et retournaient autour du visage d'Ivy, qu'elle mourrait d'envie de voir — mais la Gryffondor devait certainement dormir, à l'heure qu'il était, et il était hors de question de la déranger. Elle s'en voulait un peu d'avoir volontairement omis de parler à l'infirmière de son rêve. Et comme si ça ne suffisait pas encore comme ça, une panique sourde, semblable à celle que lui avait procurée la — fausse — présence de Turner, lui vrilla les entrailles alors qu'elle passait le battant des lourdes portes en bois déjà ouvertes.
La Grande Salle, de si bonne heure, était pourtant vide, et respirait un calme presque irréel. Le plafond, noyé d'étoiles pâles, était taché de flaques d'une jolie couleur pastel. Les couleurs de la nuit, quoique tenaces, s'effaceraient bientôt pour laisser au soleil le loisir de réélire domicile dans son ciel. Au milieu de cet étang pailleté, les bougies flottaient, presque immobiles, et leurs flammes tressautaient au rythme du silence. Il était étrange que le plafond magique ait décidé d'afficher un air aussi calme alors qu'au-dehors rugissait la tempête. Dans l'espoir de calmer l'angoisse qui lui serrait le cœur et le faisait battre à lui en faire mal, Abigail songea à Ivy, en haut de sa tour, s'imaginait le sifflement assourdissant du vent et de la pluie qui devait agiter les pierres. Mais sa magie cognait contre sa poitrine à l'en étouffer, fourmillait jusqu'à ses mains, rendant son apaisement impossible.
Mue par le sentiment qu'un danger était imminent, elle s'arrêta et regarda autour d'elle, tous les sens en alerte, quand, tout à coup, un bruit derrière les quatre sabliers géants la fit sursauter — dans un geste brusque, elle tourna la tête et leva sa baguette, prête à se défendre, mais, à la place d'une créature tout droit sortie des enfers ou tout ce que son imagination l'autorisait à imaginer, ce fut une femme qui s'extirpa de derrière le sablier dédié à Gryffondor.
Une femme dont la jeunesse passée restait visible sur son visage fatigué, empreint d'une dignité si imposante que la jeune fille se sentit rapetisser — mais ce fut lorsqu'elle croisa son regard que son cœur descendit au fond de ses chaussettes.
Elle eut l'impression d'avoir toujours connu ce regard, de l'avoir croisé déjà une dizaine, une centaine de fois. Cette résignation, cette soif de justice, cette puissance, elle les connaissait par cœur. Seules la brûlante détermination et l'assurance sans mesure lui étaient inconnues. Un élan de sa magie dans sa poitrine la fit tressaillir et, l'espace d'un instant, elle eut l'irrépressible envie de faire un pas en avant — mais un sourcil relevé et une grimace désapprobatrice sur le visage de la sorcière en face d'elle l'empêcha de s'exécuter :
« Qu'est-ce que tu as dans la main ? »
Abigail baissa lentement les yeux vers sa baguette, et cligna des paupières, confuse :
« Pardon ?
— Une gauchère, en plus, eh beh, je me doutais que t'avais quelques défauts, mais là, tu les enchaînes. Que fais-tu encore avec ta baguette à la main quand tu peux utiliser tes pouvoirs ? »
Les entrailles de la jeune fille gelèrent d'un seul coup. Horrifiée, elle bafouilla :
« Pardon ?! Qui êtes-vous ? Comment- Comment me connaissez-vous ? Que faisiez-vous derrière- derrière les sabliers ?
— Je… »
Le pli mécontent sur le front de la sorcière se dérida lorsque la jeune fille eut posé sa dernière question. Son air colérique s'effaça, remplacé par une attitude pensive. Abigail garda sa baguette levée vers elle. Sa magie lui faisait si mal au niveau des mains, à présent, qu'elle n'avait plus qu'une envie — la libérer.
« Je ne me cachais pas, répondit finalement la sorcière d'un air boudeur — le même air que prenait Katie lorsqu'elle mentait effrontément. Baisse ta baguette, veux-tu ? »
Loin de se laisser impressionner par la soudaine autorité que l'inconnue avait mise dans ses derniers mots, Abigail n'obéit pas et répéta d'une voix plus forte :
« Qui êtes-vous ? »
Elle s'efforça, malgré sa panique grandissante, de garder son sang-froid, mais son cerveau, assailli d'informations entre cette inconnue qui semblait déjà la connaître, et la peur de libérer des flots de glace, résultante des douleurs trop fortes de ses membres, menaçait de faire éclater les quelques bribes de contrôle qui lui restaient.
« Comment… Comment me connaissez-vous ? Comment savez-vous pour ma magie ? »
Le silence qui suivit résonna péniblement dans les oreilles de la jeune fille. Les fourmillements dans ses doigts devenaient si insupportables qu'elle laissa s'échapper sa magie, l'espace d'une seconde trop longue — un filet blanc dansa dans l'air et retomba sur le sol en une petite flaque gelée. Le regard flamboyant de l'inconnue s'arrêta un instant dessus, s'illumina davantage. Puis, la seconde suivante, une flamme lécha le sol et avala la glace.
Abigail suivit l'étincelle des yeux, abasourdie, trop effarée pour protester — mais dans sa poitrine, son cœur affolé manquait de se décrocher. La flamme virevolta dans les airs et vint se lover dans une paume ouverte de la sorcière, pour disparaître au contact de sa peau.
« Je connais des endroits où on sera plus tranquilles pour discuter. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, toi et moi. »
Aux alentours de huit heures et demie, les élèves, pas tout à fait encore réveillés, passèrent les portes de la Grande Salle et s'installèrent pour avaler leur petit-déjeuner. Ivy et Rosamund rejoignirent la table des Gryffondor, et se laissèrent tomber sur les bancs, sans grand enthousiasme. Alors qu'Ivy se frottait les yeux, les coudes sur la table, Rosamund mâchonnait ses céréales en jetant des coups d'œil autour d'elles :
« Abby n'a pas cours ce matin ? »
La question, somme toute innocente, électrisa Ivy — elle releva aussitôt la tête, les sourcils froncés d'inquiétude, et promena son regard sur la table, avant de chercher la chevelure brune à celle des Serdaigle. Abigail n'était nulle part.
Déglutir la fit souffrir, mais cela lui donna au moins une bonne excuse pour aller vérifier si la Serdaigle avait passé la nuit à l'infirmerie, et surtout, si elle y était encore — ce qui aurait expliqué son absence. Les mardis matin étaient souvent compliqués, suite aux cours du soir du lundi. Quelque part, elle n'était pas étonnée et se rassura comme elle put.
Une fois le petit-déjeuner avalé, elle signa à Rosamund qu'elle avait mal à la gorge et devait passer à l'infirmerie.
« Veux-tu que je t'accompagne ou préfères-tu que je te garde une place en cours de Défense ? »
Ivy lui répondit en signes qu'elle préférait une bonne place, et ne voulait pas la mettre en retard — il était possible qu'elle n'arrive que cinq ou dix minutes après le début du cours. Rosamund hocha la tête avec un sourire, et bientôt, elles se séparèrent dans les couloirs.
La porte de l'infirmerie lui parut bien lourde, alors qu'elle la poussait pour entrer, le cœur battant d'inquiétude. Elle fut accueillie par le silence et l'atmosphère lourde d'effluves âcres des potions et onguents de soins. Les lits étaient tous impeccablement faits, et vides. La déception se mélangea au soulagement — au moins Abigail n'était-elle pas suffisamment malade pour avoir passé la nuit ici —, puis fut remplacée par une angoisse plus pernicieuse encore — et si elle était justement trop mal pour se lever et venir demander de l'aide ?
« Miss Carson-Davies ? appela doucement Madame Pomfresh, que le bruit de la porte avait alertée. Vous allez bien ? Que puis-je faire pour vous ?
— Je cherchais Abigail, répondit péniblement la jeune fille. »
Sa gorge lui piqua aussitôt qu'elle eut prononcé ces mots, aussi douloureusement que si on lui avait raclé des cailloux au fond du gosier. Elle grimaça et déglutit péniblement, ce que Madame Pomfresh ne manqua pas de remarquer.
« Asseyez-vous Miss Carson-Davies.
— J'ai déjà une réserve de potions, toussota Ivy alors que l'infirmière se dirigeait vers sa réserve.
— Je ne comptais pas vous donner une énième potion, vous en ingurgitez suffisamment comme ça. Non, c'est seulement de l'eau avec du miel. Ce n'est pas grand-chose, mais ça adoucira suffisamment pour vous faire du bien. »
Ivy eut une grimace en attrapant le verre que lui tendait l'infirmière mais ne protesta pas plus. Elle le portait à ses lèvres quand Madame Pomfresh soupira :
« Vous cherchez Miss Swann ? Ça ne m'étonne pas que ça soit ici que vous veniez en premier. Toutes les deux, ça commence à bien faire de vous voir tous les quatre matins. Miss Swann a passé la nuit ici mais est partie tôt ce matin. Je n'ai pas de nouvelles depuis. »
Il sembla à Ivy que l'eau sucrée se transformait en pierre dans son œsophage.
« Elle allait bien ? demanda-t-elle d'une petite voix en rendant le verre à l'infirmière.
— Mieux que certaines fois.
— Merci. »
Et elle quitta l'infirmerie, pas plus rassurée qu'elle ne l'était en y entrant.
Miss Whitelaw venait tout juste de faire entrer les Gryffondor et les Serpentard dans sa salle de classe quand elle s'y engouffra, les joues rougies par l'embarras. Rosamund avait gardé une place au fond pour lui faciliter l'accès, et c'est avec soulagement qu'Ivy se laissa tomber sur la chaise pour se dépêcher de sortir ses affaires.
Le professeur, prise de passion pour le thème du jour — les Poltergeists — fut si démonstrative que plusieurs élèves sursautèrent quand elle éleva soudainement la voix, à deux reprises.
Ivy n'écouta qu'à peine. C'était bête, mais son inquiétude ne faisait que s'accentuer, devenant à la limite de l'irrationnel. Elle n'avait qu'une hâte : que l'heure se termine pour aller en cours de métamorphose, vérifier la présence de son amie, et demander des explications — ou au moins le signaler — si elle demeurait absente.
À son grand malheur, Abigail était absente en métamorphose, alors que tous les autres Serdaigle étaient présents. La concentration fut difficile à tenir toute l'heure durant, et c'est avec peine qu'elle s'exerça à lancer un sortilège sur une minuscule chouette de prêt, qu'elle ne parvint pas à métamorphoser en verre à pied.
« Miss Carson-Davies, je vous ai connue plus sérieuse dans votre investissement, la réprimanda le professeur McGonagall en passant dans les rangs. »
Et elle eut beau lui réexpliquer et l'aider, Ivy rata son sort. Rosamund lui proposa également son aide, mais elle refusa d'un hochement de tête et d'un sourire crispé.
La sonnerie sonna la libération pour tous les élèves, qui rangèrent leurs affaires à la hâte et sortirent bruyamment, ravis d'avoir une heure libre pendant la pause repas. Ivy se précipita à l'opposé de la délivrance, se ruant vers le bureau du professeur McGonagall, qui sembla surprise :
« Miss Carson-Davies, y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous ?
— Professeur, je cherche Abigail, bredouilla la jeune fille, intimidée.
— Miss Swann est à l'infirmerie, répondit McGonagall, le ton légèrement radouci. J'imagine qu'elle a dû se réveiller à l'heure qu'il est. J'allais m'y rendre pour vérifier, vous n'avez qu'à venir avec moi.
— Non, professeur, marmotta Ivy, la gorge sèche et la voix tremblante de chagrin. J'y suis allée après le petit-déjeuner, comme elle n'était pas dans la Grande Salle, Madame Pomfresh l'avait déjà fait sortir. »
Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, qu'elle s'empressa de chasser, et coupa le professeur McGonagall qui s'apprêtait à répondre :
« Professeur, elle ne va pas bien. Elle m'inquiète. C'est mon amie, vous comprenez ?
— Bien sûr que je comprends. Écoutez, je vais voir Madame Pomfresh pour en savoir un peu plus. Allez chercher du côté de la tour de Serdaigle, si vous n'êtes pas rassurée. Allez-y, que je puisse fermer la porte derrière vous. »
Ivy hocha la tête et se retourna, pour s'apercevoir que Rosamund attendait à la porte — une petite moue désolée sur les lèvres. Le constat tordit les entrailles d'Ivy, qui s'avança pourtant, le rouge lui montant aux joues — mais Rosamund, si elle avait tout entendu, et Ivy n'en doutait pas une seule seconde, ne fit aucun commentaire.
Elles marchèrent dans les couloirs en silence, vers la tour des Serdaigle, jusqu'à ce que Rosamund s'arrête, saisisse le poignet de sa camarade et n'entoure ses bras autour d'elle dans une étreinte timide. Ivy s'arrêta net, abasourdie, et lui tapota maladroitement le dos, avant de se rendre compte que Rosamund pleurait.
« Je suis… je suis désolée, marmonna-t-elle d'une voix pleine de sanglots. Je- comprends mieux pourquoi… pourquoi tu ne voulais pas trop me parler. »
Elle sentit Ivy se crisper dans ses bras et ses légères tapes cessèrent — alors, doucement, elle reprit, un peu embarrassée :
« Je… Il me faudra peut-être un peu de temps pour m'y habituer.
— Tu n'en parleras pas, hein ? À personne ?
— Non, c'est promis. Je suis… Je suis désolée.
— N'en parlons plus, grommela Ivy entre ses dents. Allons chercher Abby. »
Elles avaient trouvé, en une salle vide du cinquième étage — une salle étrange, devant laquelle la sorcière avait dû passer trois fois pour que la porte ne se matérialise, mais après les harpies, les goules, les bougies flottantes ou même Peeves, Abigail ne s'étonnait plus facilement dans ce château —, le refuge idéal. Quelques toasts, un petit pot de confiture et un bol au fond duquel pataugeait une dernière céréale dans un peu de lait traînaient sur une table. Elles avaient d'abord mangé, sans bruit, même si avaler avait coûté tous les efforts du monde à Abigail.
Elle se rendait bien compte que suivre une inconnue dans un endroit isolé, sans prévenir personne, était un acte, sinon irréfléchi, totalement irresponsable — mais, sans se l'expliquer, elle sentait que ç'avait été la meilleure chose à faire. Elle ne craignait rien — ni les conséquences de sa magie si celle-ci échappait à son contrôle, ni les douleurs qui secouaient son corps, ni le regard de la sorcière posé sur le sien.
Jamais elle n'avait croisé de regard plus étrange — d'une couleur ambrée, dans laquelle nageaient des teintes orange, rouges, bleues. Celles-ci, loin de rester accrochées à un morceau d'iris, évoluaient l'une dans l'autre, sans jamais s'arrêter, dans un mouvement qui rappelait à Abigail la flamme vacillante d'une bougie exposée à un courant d'air. Un regard dur, impressionnant, qui ne la mettait ni à l'aise, ni ne l'embarrassait.
Elle avait d'abord interprété le flot de magie qui l'avait assaillie en entrant dans la Grande Salle comme un avertissement de danger. Se pouvait-il que ça n'ait été qu'une reconnaissance inconsciente d'un pouvoir similaire au sien ? Qui était cette femme aux cheveux de feu, ondulant comme un feu de bois ? Que venait-elle faire ici ? Son esprit rationnel lui intimait qu'elle était venue pour elle, et uniquement pour elle, mais pourquoi maintenant ? Trop de questions tournaient dans sa tête alors que l'inconnue faisait rouler une cigarette entre ses doigts.
« Je fume, déclara-t-elle soudain, d'une voix cassante et dédaigneuse. »
Une voix pleine de jugement et de provocation, comme si elle défiait la jeune fille de ressortir les vieux discours de son père contre le tabagisme.
Voyant qu'elle attendait une réponse, Abigail répondit froidement, agacée d'être ainsi infantilisée :
« J'ai bien vu.
— C'était une façon polie de te demander si ça te dérange, répliqua l'autre aussitôt, et la flamme dans ses prunelles s'intensifia. »
Polie ? songea la jeune fille, retenant de justesse un haussement de sourcils.
Elle haussa les épaules avec indifférence :
« Est-ce que ça changerait quelque chose, que ça me dérange ?
— Non. »
Et elle alluma sa cigarette d'un claquement de doigts.
L'odeur de la fumée piqua bientôt les yeux d'Abigail, et, même si la sorcière remarqua les larmes et les clignements d'yeux gênés, elle ne fit aucun geste pour accommoder la jeune fille.
« Bien, je n'ai pas toute la journée, alors on va commencer. J'imagine que tu as quelques interrogations. On va procéder de la façon suivante : tu poses une question, je pose une question. Pas le droit de poser deux questions ou c'est la disqualification directe. Je m'autorise le droit de ne pas répondre à certaines questions si je les juge trop intrusives. Toi aussi. Aller. Commence, gamine.
— Qui êtes-vous ? interrogea aussitôt Abigail, pour la troisième fois, lassée de voir la question sans cesse éludée.
— Ça dépend, gamine. Il y a plusieurs réponses à cette question. »
Elle sembla hésiter. Ses yeux se plissèrent légèrement et, de mauvaise foi, elle reprit :
« Il y a peut-être deux ou trois choses que tu dois savoir. Je m'appelle Louisa Mercury, mais je ne t'autorise pas à m'appeler comme ça. Quand tu t'adresses à moi, tu dis 'Mercury', un point c'est tout. Pas de madame, pas de Louisa, pas de Lou ou de bêtises du genre, ok ? Le mieux, finalement, serait que tu ne m'appelles pas. Ah, et pas de tutoiement de ta part. Ok. À moi. »
Abigail voulut protester, mais se tint muette et droite sur son siège, frustrée dans la réponse que lui avait donnée la sorcière.
« Qu'as-tu déjà travaillé pour ta magie ?
— L'Introspection. Qui êtes-vous ? attaqua-t-elle encore sans laisser le temps à son interlocutrice de souffler.
— Eh ! Je n'ai pas terminé ! gronda-t-elle en fronçant les sourcils.
— Les règles sont les règles, protesta froidement Abigail. Vous avez posé une question, j'y ai répondu, c'est à mon tour. »
Elle ne doutait pas que son père s'arracherait les cheveux en la voyant si insolente, mais elle s'en moquait. Les règles étaient les règles.
« Sauf que tu m'as déjà posé la question, grosse maligne. Attention à la sénilité précoce, attaqua Louisa en la fusillant des yeux, et quand bien même le cœur d'Abigail remonta dans sa gorge, elle soutint son regard. »
La pique n'arracha aucune expression à la jeune fille qui continua, d'une voix qui lui parut trop calme, même à ses propres oreilles :
« Vous avez dit 'deux ou trois trucs' sur vous. Je n'en ai eu qu'un : votre nom. »
La sorcière paraissait sur le point d'exploser de colère — une mince fumée s'échappa des rideaux poussiéreux de la salle, laissant flotter une horrible odeur de brûlé dans l'air.
« Tu veux savoir une deuxième chose sur moi ? Soit ! Je déteste les mioches dans ton genre qui se croient tout permis et supérieurs ! Je ne suis pas là pour parler à une insolente, c'est clair ? Et ça n'était pas une question ! »
Un peu effrayée par cet accès de colère, Abigail hocha la tête avec ce qu'elle espérait beaucoup d'humilité mais qui, en réalité, fut si froid que Mercury ne décoléra pas, et dut tirer plusieurs fois sur sa cigarette pour se calmer quelque peu — derrière elle, le bout des rideaux s'enflamma lentement, et le feu, d'une couleur bleutée, mit un temps fou à disparaître.
« Et ton Introspection alors ? Ça a donné quelque chose ? As-tu réussi à sentir ta magie ? À la comprendre ? »
Cela faisait quatre questions d'un coup, mais Abigail préféra se taire, le temps que Mercury se calme avec une nouvelle cigarette, l'autre s'étant désintégrée dans ses doigts une fois terminée. La jeune fille joua avec les plis de sa robe et répondit, lasse :
« Je sens ma magie…
— Pas étonnant, grommela Mercury.
— … mais je n'arrive pas à la comprendre. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'elle me veut. Elle me repousse, ajouta-t-elle sans réfléchir.
— C'est-à-dire ? »
Elle fixait la jeune fille avec une telle intensité de curiosité qu'Abigail abandonna pour cette manche et continua :
« Elle me pousse en avant, quand je la trouve. »
Mercury resta songeuse un long moment, et quand bien même c'était à son tour de poser une question, Abigail attendit qu'elle sorte de sa torpeur. Finalement, Mercury s'agita, et, sans répondre explicitement, marmonna :
« À toi. »
La tête d'Abigail bourdonnait tellement de questions qu'elle n'arrivait pas à leur trouver un ordre d'importance. Elle voulait insister sur sa question initiale, frustrée de n'avoir aucune vraie réponse, mais opta pour un changement de tactique, et murmura, le regard droit dans celui de l'étrange sorcière, le cœur battant douloureusement dans sa poitrine :
« Vous avez le pouvoir du feu. »
Et, la gorge trop serrée, elle se tut.
Sous cette simple affirmation se cachaient tant d'enjeux, et tant de questions qu'elle n'arrivait pas à les formuler correctement. Trop de choses se jouaient parce qu'elle avait osé dire ces quelques mots, et elle lut dans le regard de Mercury que celle-ci avait compris. Des questions qui englobaient le comment et le pourquoi qu'elle n'avait jamais réussi à poser à voix haute, tant elles l'étranglaient, depuis toujours.
« Oui, approuva alors Mercury d'une voix plus basse, quoique toujours aussi sèche. J'ai le pouvoir du feu. Je suis ce qu'on appelle une élémentaliste, une sorcière née avec le pouvoir d'un élément. J'ai hérité du feu. »
Elle fit une pause, essaya de sonder le visage de porcelaine de la jeune fille en face d'elle, mais à part sa mâchoire crispée et les étoiles qui s'étaient accrochées dans l'océan de ses yeux, elle ne put lire aucune émotion sur ses traits. Peut-être dans ses mains, qui s'étaient agrippées à sa jupe de collégienne, et laissaient s'échapper des minuscules cristaux de gel.
« Est-ce que-, commença-t-elle finalement d'une voix minuscule, toujours aussi immobile sur son siège. J'en suis une, n'est-ce pas ? »
Les sourcils de Mercury se défroncèrent lentement, et son visage s'apaisa, perdant son expression de contrariété.
« Oui, dit-elle très doucement, d'une voix légèrement plus rauque. Tu en es une. Ton élément est l'eau, mais ta magie se manifeste sous forme de glace. Pourquoi ? Je n'en sais encore rien. Je n'ai jamais rien vu de tel, ajouta-t-elle et son visage reprit soudainement sa rudesse.
— Qu'est-ce que c'est vraiment, qu'un élémentaliste ? Pourquoi n'ai-je jamais rencontré ce mot dans les livres ? J'en ai lu des dizaines, mais aucun n'en faisait mention.
— T'entends comment tu causes ? Personne ne parle comme ça à ton âge. Bref. Tu poses trop de questions en même temps, gamine. Une à la fois. Qu'est-ce qu'un élémentaliste ? Eh bien… accroche-toi, gamine, et écoute bien, parce que je ne répèterai pas.
» Les élémentalistes sont apparus il y a des siècles et des siècles. On dit que c'était la forme de magie la plus primaire, la plus… élémentaire, si j'ose dire. Mais laissons les jeux de mots là où ils doivent être, je n'aime pas ça. Oublie que j'en ai fait un, ok ? Bref. On raconte que les élémentalistes étaient des sorciers et des sorcières choisis pour veiller à l'équilibre de la Terre. Il y avait bien plus que quatre sorciers choisis, tu penses bien. Enfin, je dis ça, mais j'en sais pas plus que toi, finalement. Ce ne sont que des suppositions.
» Il y en avait partout, sur tous les continents, dans tous les pays. On m'a appris qu'ils étaient vénérés, mais ça, j'en sais rien. J'étais pas là, tu vois ? Enfin, au fur et à mesure, ils ont pris diverses appellations. Druides, chamans, tout le tintouin, ça dépendait des civilisations. Ça a duré plusieurs décennies, voire des siècles, le temps que la magie évolue.
» En Angleterre, ça a évolué petit à petit et un jour, un sorcier a réussi à maîtriser les éléments sans être né avec ces pouvoirs. Je te laisse deviner qui, hum ? Merlin. Et puis petit à petit, comme la magie fait aussi bien les choses que la nature, et que les élémentalistes n'étaient plus aussi importants, ils ont commencé à être plus rares, puis à s'éteindre. On n'avait plus besoin d'eux, tu comprends ? La magie s'était stabilisée, avait stabilisé la Terre, n'avait plus besoin d'émissaires.
Elle se tut, perdue dans ses pensées, ou ses souvenirs, avant de jeter un coup d'œil à Abigail, qui ne l'avait pas quittée des yeux, toujours aussi stoïque, peut-être plus pâle encore qu'avant.
« Malheureusement, c'est une magie tellement vieille, et qui s'est éteinte tellement soudainement que les seules traces qu'on aurait pu avoir se sont perdues. Trop archaïques, elles se sont détériorées avec le temps, ou bien l'époque voulait que la tradition ne soit qu'orale. Je ne peux rien t'apprendre de plus, et surtout rien de bien concret. Tout ça, ce ne sont que des suppositions, grâce à quelques textes que certains experts, morts à l'heure qu'il est, ont pu décoder et passer aux générations suivantes.
— Et Merlin alors ? Quel était son rôle dans tout ça ? Je n'ai pas compris.
— Hum. J'en sais pas beaucoup plus que toi, gamine, tu sais. Merlin a appris à contrôler les éléments, à quoi servaient les élémentalistes si on pouvait apprendre, sans être né avec ces dispositions ? On imagine bien que Merlin a essayé de former certains de ses apprentis au contrôle des éléments. On sait pas bien s'il a réussi. En tout cas, après ses bêtises, il est apparu dans certains textes que ceux qui avaient une magie spéciale comme la tienne ou la mienne étaient bénis par cet imbécile et étaient des fils et filles de Merlin. Rien que ça, hum ? Ce crétin en est mort, tiens, parce que t'imagines, toi, t'as déjà un élément à canaliser et t'es au bout du rouleau, alors lui, avec quatre éléments ? Merci, mais non merci. On le met au milieu de tout ce merdier, mais en réalité, le bousin, il n'était pas plus puissant que toi ou moi. Juste un peu plus ambitieux. »
Elle se tut un instant, rumina ses propres paroles puis fixa Abigail avec insistance, avant de demander d'une voix rude :
« Comment tu te sens, gamine ? »
La jeune fille ne répondit pas tout de suite. La tête lui tournait. Le silence entre elles fut interrompu par son inspiration — elle ouvrit la bouche pour la refermer ensuite, finalement indécise.
« Gamine ? s'impatienta Mercury.
— Je… ne sais pas trop.
— Ça fait beaucoup à digérer d'un coup, je sais. »
Beaucoup, cela allait sans dire. Abigail hocha la tête. Son cœur s'était fait silencieux, dans sa poitrine, alors que sa magie cognait violemment dans ses mains crispées sur sa jupe toute froissée.
« Oui. Je crois que je ne réalise pas encore vraiment.
— C'est normal, marmonna Mercury en lui soufflant sa fumée de cigarette en pleine figure. Ça viendra avec le temps. »
Abigail finit par hocher la tête, peu convaincue, quand son interlocutrice lui demanda d'un ton peu aimable si elle n'était pas morte. Elles se firent de nouveau face en silence. Mercury observait le regard soucieux de la jeune fille sur son visage toujours peu expressif, et reprit, calmement, cette fois, avec peut-être un peu de dédain :
« Tu ne te demandes pas pourquoi ? Pourquoi toi, une petite née-moldue, tu es née avec ces pouvoirs ? »
La jeune Serdaigle plissa lentement les yeux, crispa davantage la mâchoire, puis avoua, d'un ton trop sérieux :
« J'ai- peur d'être déçue. J'ai peur que ça ne soit qu'un hasard. Vous l'avez dit vous-même. La magie n'a pas besoin d'élémentalistes. Plus besoin, du moins. Ça ne peut être qu'une… anomalie de la nature, pour ainsi dire.
— T'as raison sur toute la ligne, gamine. C'est tombé sur moi, c'est tombé sur toi, comme ça aurait pu tomber sur n'importe qui, comme ça tombait sur n'importe qui quand c'était encore normal de naître élémentaliste.
— Comment avez-vous appris toutes ces choses ? »
Une immense tristesse se figea sur les traits de Louisa. Elle termina sa deuxième cigarette, qui se consuma entre ses doigts.
« On est venu m'aider aussi. Une élémentaliste formidable m'a tout appris.
— Quel était son élément ? demanda encore Abigail d'une petite voix cette fois très polie.
— La terre. Elle soulevait des montagnes, cette femme. Mais c'est une autre histoire, pour un autre temps. C'est elle qui m'a tout appris : comment canaliser ma magie, ce qu'étaient les élémentalistes et leur histoire. Bien sûr, on lui avait appris, quand elle avait ton âge. Ainsi de suite. »
Son regard se durcit soudain et, avec brusquerie, elle grogna :
« Aujourd'hui, elle est décédée. Tout ça pour dire qu'un moment, c'était moi à ta place. Et je me débrouillais moins bien que toi. Je brûlais tout ce qui me passait dans les mains.
— Ça m'arrive de temps en temps aussi, de geler tout ce qui me passe dans les mains, nuança Abigail en époussetant sa jupe sur laquelle quelques petits flocons s'étaient déposés.
— Comment fais-tu pour éviter cela ?
— Je- Je dois me concentrer tout le temps pour repousser la magie. Elle veut tout le temps sortir.
— Elle cogne ? s'enquit Mercury en la fixant avec une telle intensité qu'un pli s'était formé sur son front. »
Abigail acquiesça de la tête.
« Souvent.
— Ça te fait mal ?
— Constamment. »
Mercury resta pensive un bon moment, se gratouillant le menton en plissant les yeux, mue par une réflexion intense. Puis, lentement, elle reprit :
« Bon. On va travailler là-dessus, gamine. Mais je te préviens, ça va pas être une partie de plaisir. Ça va être long, ça va être douloureux. Tu auras l'impression de régresser. Mais c'est ça qui te fera avancer. Va falloir te résigner à beaucoup de choses. »
Abigail mordilla discrètement ses lèvres, perdue dans l'observation des mains de Louisa, qu'elle frottait l'une contre l'autre. Un sentiment étrange lui étreignait la poitrine. Un mélange d'espoir, de frustration, et une méchante envie de pleurer de détresse.
« Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle subitement, alors que Mercury se levait et grommelait qu'elle devait aller voir un certain Bubus. Pourquoi venir maintenant ? »
Louisa s'assombrit ostensiblement et haussa les épaules, figée au milieu de la pièce. Le regard d'Abigail fixé sur elle ne bougeait pas, avide de réponses. Elle soupira avec mauvaise humeur.
« J'ai coupé les ponts avec tout le monde il y a des années, gamine, répondit-elle en sortant une troisième cigarette qu'elle alluma comme les deux premières. Je pensais sincèrement être la dernière élémentaliste d'Angleterre. Je pensais pouvoir vieillir tranquille et mourir tranquille. Quand Bubus — je veux dire Dumbledore — je veux dire le professeur Dumbledore — m'a retrouvée, il m'a envoyé une lettre pour me dire que tu l'étais aussi. Pour me demander de te venir en aide. Alors… bah je suis venue. »
Elle refusa d'accorder son regard à la jeune fille, alors que celle-ci digérait l'information sans savoir que la réponse était partiellement un mensonge.
« Dumbledore savait, alors. »
Ça n'était pas une question, et Mercury le comprit aussitôt. Malgré un ton dénué d'animosité, la froideur avec laquelle la jeune fille avait prononcé ces mots laissait parfaitement transparaître sa lassitude face à cette prise de conscience.
« Les autres professeurs savaient aussi, pour l'histoire des élémentalistes, n'est-ce pas ?
— Les autres professeurs n'en avaient aucune idée. »
Elle se rapprocha, et son regard de feu se planta dans celui de la jeune fille pour s'y accrocher avec force, déversant sur elle toute la puissance qui brillait à l'intérieur de ses prunelles. Ainsi dévisagée, Abigail sentit ses épaules autant que sa détermination s'affaisser.
« Aussi encline que je sois à critique Albus, je t'encourage à ne pas être trop dure dans ton jugement, lui intima Louisa dans un souffle. Maintenant, je vais m'en aller. Garde tes autres questions pour plus tard. Je dois voir Dumbledore.
— Quand est-ce que nous nous reverrons ?
— On te le redira. D'ailleurs, je suis étonnée. Tu as l'air si sûre que je suis là uniquement pour toi que tu n'as même pas pris la peine de poser la question.
— C'est logique, que vous êtes là pour moi, répondit tranquillement Abigail en se levant à son tour pour étirer ses membres douloureux. »
Un sourire tordu étira les lèvres de Mercury. Elle termina sa cigarette et, en tournant les talons, marmonna :
« À plus tard, gamine. Va prendre un peu l'air et décrispe-moi tout ça. Y a que ça qui marchera contre tes douleurs. »
oOo
La matinée était bien avancée, quand elle se retrouva de nouveau seule dans les couloirs. Derrière elle, la porte qu'elle venait de refermer disparut lentement. Il fallut à la jeune fille un instant pour se reconnecter à la réalité. Elle prit connaissance de l'heure — elle aurait dû se trouver en cours de métamorphose avec Ivy et Rosamund, à l'heure qu'il était, mais à ce moment-là, s'imaginer en cours était tout simplement impensable. Alors, sans ressentir la moindre culpabilité, elle se dirigea vers la tour de Serdaigle pour enfin se laver.
La tête lui tournait. Trop d'informations y avaient été placées en trop peu de temps. De nouvelles questions ne cessaient de se raccrocher à ses pensées, en particulier une qui lui semblait insurmontable : comment allait-elle en mettre Ivy, Will, son père au courant ? Comment leur expliquer tout ce qu'on venait de lui dire ?
Elle se retrouva elle ne sut trop comment aux alentours de la bibliothèque alors que la pause méridienne venait de sonner — elle n'avait pas souvenir de s'être déplacée de sa salle commune à l'antre de Madame Pince, mais c'était peut-être pour le mieux : à cette heure-ci, peu d'élèves s'enfermaient dans la bibliothèque, elle y trouverait un bon endroit pour réfléchir, et pourquoi pas commencer à rédiger une lettre pour son père. Elle s'apprêtait à y entrer quand une protestation sourde résonna dans son estomac. Alors, avec un soupir, elle reprit le chemin des escaliers pour descendre déjeuner.
La Grande Salle lui parut si insignifiante, les discussions entre les élèves si vaines, quand elle entra, qu'elle s'étonna un instant d'appartenir à ce monde d'adolescents, d'être même moins âgée que certains. Cette sensation lui donna le vertige, et d'un pas peu assuré, elle se dirigea vers a table des Gryffondor, où elle avait aperçu la tête brune de son frère — et à cet instant, elle avait plus que besoin de le voir. Il était accompagné de Charlie et Stephen, mais tout ça lui importait peu.
« Tiens, salut Abbynette, la salua Will, d'un air un peu moins ronchon que les derniers jours. T'en fais une drôle de tête, ça ne va pas ? »
Abigail ne sut que répondre, et se contenta d'un haussement d'épaules couplé d'une grimace qui fit froncer les sourcils des trois garçons.
« Ça n'a pas l'air d'aller, insista Stephen.
— T'as mal quelque part ? renchérit Will.
— Tu devrais manger un truc, termina Charlie. »
Mais Abigail ne put répondre — Ivy s'installait lourdement sur le banc, à ses côtés, suivie d'une Rosamund essoufflée. Son visage était rougi et froncé autant par la colère que l'inquiétude.
T'étais où ? signa-t-elle, la gorge trop nouée pour le demander à voix haute.
Au mouvement intéressé de Will, lui aussi était curieux d'obtenir la réponse.
« Au cinquième étage.
— Je me suis fait un sang d'encre ! râla Ivy, cette fois trop énervée pour s'inquiéter de sa gorge, et bien décidée à sermonner la jeune fille pour l'avoir mise dans cet état. Attends… que faisais-tu au cinquième étage ? On avait cours avec McGonagall ! »
Loin de se montrer penaude d'avoir volontairement séché un cours, aussi important soit-il, Abigail eut au moins la délicatesse de baisser les yeux vers son assiette. Elle méritait bien la colère de son amie, se rendit-elle compte, alors que les trois garçons et Rosamund se gardaient bien de faire un commentaire pour ne pas envenimer la fureur dans les yeux noisette d'Ivy.
« Tu avais tort, pour Merlin. »
La remarque surprit tellement Ivy qu'elle resta muette. Un silence incertain flotta sur la table, puis Will murmura :
« Abby, t'es vraiment pas dans ton assiette, qu'est-ce que tu racontes ? »
Le regard froidement assuré qu'elle lui lança n'eut pour effet que l'inquiéter davantage :
« Je disais : Ivy avait tort, pour Merlin. Je ne suis pas sa descendante. Je n'ai rien à voir avec lui. »
Sa voix était si basse que les cinq Gryffondor s'étaient penchés pour l'écouter. Elle se mordilla les lèvres, joua avec ses mains, avant que toute son incompréhension, sa déception et sa frustration ne s'échappent en sanglots, alors que ses lèvres racontaient d'elles-mêmes tout ce que Louisa Mercury lui avait appris le matin.
Ils l'écoutèrent, abasourdis, leurs yeux s'écarquillant un peu plus à chaque phrase. Quand elle eut terminé, elle se tut, garda les yeux baissés sur son assiette recouverte de givre. Sur son visage, les larmes s'étaient figées en des traces brillantes.
Will fut le premier à réagir :
« Abby…, chuchota-t-il en ramenant sa main près de son dos pour lui prodiguer une caresse bienveillante, pour finalement renoncer et la reposer sur sa cuisse. »
Les autres restèrent silencieux — Ivy était toute pâle, Rosamund clignait des yeux confus. Charlie passa une main hésitante dans ses cheveux, Stephen remonta nerveusement ses lunettes glissantes sur son nez.
« J'ai pas tout compris, marmotta finalement Rosamund d'un air penaud. En fait, à cette table, qui n'a pas un truc spécial ? Y a que moi ou Stephen ?
— Non, non, murmura Charlie avec un léger sourire. Will et moi non plus. »
Et alors que Stephen marmonnait à l'adresse de sa sœur qu'elle se montrait très impolie — ce à quoi elle répondit avec mauvaise humeur« C'est toi l'impoli dans l'histoire » —, Ivy murmura, intimidée, en attrapant un bout de la manche aux couleurs de Serdaigle pour jouer avec le tissu :
« Tu vas la revoir ? La femme du feu ?
— Je ne sais pas encore quand, mais oui.
— Mais…, reprit Will qui lui, ne perdait pas une miette de l'échange, contrairement à Rosamund et Charlie que Stephen avait réussi à détourner de la conversation. Pourquoi ? Je veux dire… »
Si Ivy avait perdu quelques couleurs, ça n'était rien comparé à lui. Pâle comme un fantôme, le regard brillant d'incompréhension et de doutes, il fit une courte pause et continua d'une voix douloureuse :
« Pourquoi toi ?
— Le hasard, apparemment, répondit sa sœur d'une voix lointaine. Ça aurait pu tomber sur n'importe qui.
— Le… hasard ? répéta Will, perplexe. Tu veux dire que ça aurait pu être moi, Charlie, Ivy, Chourave ou même papa ou mamie ?
— Oui.
— Mais… C'est naze !
— À qui le dis-tu.
— Mais elle va t'apprendre ? Tu iras mieux après ? Tu n'auras plus jamais mal ? Tu n'auras plus jamais peur ? »
La ressemblance entre Will et leur père fut si frappante à cet instant, l'expression si semblable que le ventre d'Abigail, déjà tordu, se resserra davantage. Elle se mordit les joues et haussa les épaules.
« Je n'en sais pas plus pour l'instant. »
Elle lança un regard interrogatif vers Ivy, qui tripotait toujours son morceau de robe et ne semblait pas vouloir la lâcher. Les joues de la jeune fille étaient si blanches que ses quelques taches brunes sur le nez ressortaient beaucoup plus qu'à l'ordinaire.
« Je vais mieux, Ivy, tu peux me lâcher, murmura-t-elle avec ce qu'elle voulut le plus de douceur possible.
— Est-ce que papa a été mis au courant ? demanda encore Will.
— S'il l'est, ce n'est pas par moi.
— Et cette… dame, cette Mercury – c'est comme Freddie, c'est rigolo... un peu – on peut la voir ? Elle est ici, dans la Grande Salle ? »
Tous semblèrent vivement intéressés, mais Abigail secoua la tête sans même devoir vérifier — elle ne sentait pas l'aura que dégageait la magie de Louisa Mercury.
Ils mangèrent en posant mille questions à Abigail, qui leur répondit sans grand enthousiasme. Puis Charlie s'enquit, tout innocemment, amenant leur curiosité vers tout autre chose que les magies ancestrales :
« Et cette femme du feu, elle est vieille ou elle est jeune ?
— Si mes hypothèses sont bonnes, elle a fait ses études en même temps que le professeur Dumbledore. »
Rosamund, Charlie et Will poussèrent des exclamations étouffées. Ivy ouvrit de grands yeux étonnés, et Stephen resta stoïque, un air de vague concentration sur le visage.
« Mais elle fait plus jeune que lui, d'apparence.
— Eh beh, murmura Charlie en laissant un petit sifflement passer ses lèvres. C'est qu'ils sont pas tout jeunes.
— Notre arrière-grand-père a fait ses études avec le professeur Dumbledore, commenta Rosamund d'un air pensif. Il la connaissait peut-être… »
Ils n'eurent pas le temps de continuer leurs conjectures que la sonnerie retentit, incitant les élèves à quitter la chaleur de la Grande Salle pour retourner dans les salles de classe.
La tablée se leva. Ils attrapèrent leurs sacs, se dirigèrent vers les grandes portes. Abigail, Rosamund et Ivy bifurquèrent à droite, mais furent ralenties par Will :
« Hey, Abbynette ? »
L'interpellée se tourna vers son frère, qui, malgré quelques couleurs retrouvées, avait toujours l'air préoccupé.
« Ça va ? Tu tiens le coup ?
— Je ne sais pas trop, avoua-t-elle en haussant les épaules. Il faut bien, je crois.
— On est là pour toi, tu sais. Papa aussi. Tout le monde, ici.
— Je sais. Je ne l'oublie pas.
— Mais… Il n'y a pas une… une toute petite explication pour que ça soit tombé sur nous, sur toi ? insista Will d'une voix si peinée qu'elle sentit son cœur descendre au fond de ses chaussettes. Pas une seule ?
— Je ne crois pas, Will. Je n'ai pas toutes les informations. Je te tiendrai au courant, tu sais.
— Merci. »
Un petit sourire penaud lui étira les lèvres et il se détourna pour rejoindre ses amis.
Ce fut ensuite au tour du professeur McGonagall d'arrêter les trois filles dans les couloirs, juste avant qu'elles n'entrent dans la classe du professeur Flitwick :
« Miss Picadilly, Miss Carson-Davies, allez vite en cours. Je souhaite vous parler, Miss Swann, une minute. Le professeur Flitwick est au courant. »
Elle attendit que les deux Gryffondor entrent dans la salle pour se tourner vers Abigail. Sa voix était sèche, mais ses yeux brillaient de préoccupation.
« Vous avez rencontré Louisa Mercury, n'est-ce pas ?
— Ce matin, oui. »
Un pli de désapprobation se creusa dans son menton quand elle plissa les lèvres, puis elle soupira doucement, et continua :
« Bien. Je vais aller parler au professeur Dumbledore, pour savoir si elle est venue le voir.
— Elle m'a dit qu'elle y allait, quand nous nous sommes séparées.
— Bien, répéta le professeur d'une voix sèche. Le professeur Dumbledore rendra visite ce soir à votre père pour lui présenter Louisa Mercury, et ce qu'elle a pu vous apprendre ce matin. »
Abigail hocha lentement la tête, la gorge serrée.
« D'accord, professeur, murmura-t-elle.
— En attendant, allez vite à votre cours. Et n'hésitez pas à solliciter quiconque, si vous en ressentez le besoin. Suis-je claire ?
— Très, professeur. »
Et, sans ajouter quoi que ce fût, le professeur McGonagall s'éloigna, laissant Abigail entrer dans la salle de Sortilèges.
Il fallut reprendre un semblant de vie normale. Charlie, Will et Stephen se rendirent aux serres pour un double cours de botanique avec les Poufsouffle. Charlie et Stephen tentèrent de faire sortir Will de l'état second dans lequel il pataugeait depuis le repas, et c'est avec un immense effort qu'il leur sourit pour les rassurer de son état — un sourire tellement tordu que l'effet fut totalement inverse.
Le professeur Chourave terminait de poser des bacs de terre odorante sur la longue table, et accueillit ses élèves en leur présentant un travail de groupes :
« Chacun d'entre vous fera équipe avec un élève de la maison différente de la sienne. M. Marcus, mettez-vous avec M. Fey, oui, parfait… M. Weasley, je pense que M. Hastings est tout seul, oui, comme ça, parfait, parfait ! Miss Merryweather, vous ferez équipe avec M. Picadilly, très bien ! Misses Tonks et Travers, je vous prie, avancez-vous. Miss McBee, vous êtes toute seule ? Faites donc équipe avec M. Swann… » [2]
L'interpellé redressa la tête en entendant son nom ainsi prononcé par le professeur. Il ne lui fallut qu'une seconde pour comprendre ce qu'elle avait dit — son regard se posa sur Polly McBee, un peu plus loin, et, presque aussitôt, sa bouche se tordit en une grimace horrifiée. La Poufsouffle aussi avait plissé le nez face à cette nomination forcée et hésitait à s'avancer. Aucun des deux n'avait oublié l'épisode catastrophique du cours de potions de l'année précédente, cours durant lequel Will avait involontairement fait exploser son chaudron à la tête de la Poufsouffle, ce qui lui avait valu un beau séjour à l'infirmerie et des milliards d'excuses de la part du Gryffondor — rejetées, pour la plupart.
« Salut, marmotta Will lorsqu'elle s'arrêta devant lui, pas ravie pour deux mornilles.
— Swann, répondit-elle seulement entre ses dents, la tête haute. »
Le désespoir qui menaçait de s'abattre sur les épaules de Will s'y écrasa soudainement de tout son poids. Il tourna lentement la tête pour croiser le regard de Charlie, lequel haussa les épaules avec une moue impuissante.
« Bien, tout le monde a son partenaire ? demanda le professeur Chourave d'une voix forte pour réclamer l'attention. Parfait. Tout le monde m'entend ? Nous allons démarrer, mais d'abord, j'espère que tout le monde a pris au moins le temps de relire son cours théorique sur le Moly. »
Will jeta un nouveau coup d'œil à Charlie, qui, sentant son regard sur lui, lui répondit d'un petit sourire complice.
« Qui peut me rappeler ce qu'est le Moly et quelles sont ses caractéristiques visuelles ? »
Will se pencha discrètement vers Charlie qui tendit l'oreille, un sourire aux lèvres.
« Elle est petite, plutôt jolie, elle a des cheveux roux et c'est ta maman, chuchota Will tout bas.
— J'étais sûr que tu ferais la blague, répondit Charlie sur le même ton, amusé. »
Pendant leurs messes-basses, Stephen avait levé la main timidement, imité par sa coéquipière Poufsouffle.
« M. Picadilly ? interrogea le professeur Chourave avec un sourire engageant.
— Le Moly est une plante à tige noire et à fleurs blanches, qui entre dans la composition de la potion Wiggenweld. Elle peut aussi être mangée pour neutraliser les enchantements.
— Excellent ! Cinq points pour Gryffondor. C'est ce que vous vouliez dire, Miss Merryweather ?
— Oui, professeur, répondit la jeune fille d'une petite voix intimidée par les regards posés sur elle, les joues rougissantes.
— Peut-être pourriez-vous nous rappeler avec quelle plante il ne faut pas la confondre ?
— Avec la Pivoine de Lune, professeur. Elles se ressemblent beaucoup mais la Pivoine de Lune est marquée de petits points rouges sur sa tige, parfois très difficiles à distinguer.
— Parfait ! Cinq points pour Poufsouffle. Bien, un petit rappel ne fait jamais de mal. Concentrons-nous maintenant sur ce que vous avez devant vous. Chaque binôme se trouve devant un bac de terre simple. L'exercice d'aujourd'hui est un entraînement pour le petit contrôle de connaissances de la semaine prochaine. »
Les protestations qui s'élevèrent ne firent que renforcer son sourire, qui atteignit ses yeux et les fit briller.
« Si vous râlez, peut-être préférerez-vous réviser par vous-même plutôt que de s'exercer ensemble ? proposa-t-elle d'un air taquin. Ça ne me dérange pas le moins du monde. »
Le silence revint aussitôt dans la serre. Le professeur Chourave leur donna la consigne : chercher dans leur bac de terre les graines de Moly, et seulement les graines de Moly. Attention à quiconque déterrerait les quelques graines de Pivoine de Lune qu'elle avait cachées.
« Dis-moi, Swann, j'espère que tu es plus doué en botanique qu'en potions ? »
La moquerie n'avait pas pour intention d'être désagréable, c'est en tout cas ce que comprit Will en croisant le regard taquin de Polly McBee. Il fit la moue et répliqua :
« Bof, pas sûr. Attends-toi à trouver de la terre dans ta douche pour tes cinq prochains shampoings, au moins.
— J'accepte de te laisser une chance, Swann. Et si je retrouve de la terre dans ma douche pour mes cinq prochains shampoings, comme tu dis, j'imagine que tu ne verras pas d'inconvénient à retrouver de la terre dans ton caleçon à la fin du cours. »
Cette fois, la menace était très claire. Will observa sa coéquipière attacher ses impressionnants cheveux, la mort dans l'âme — il fallait espérer que McBee garde cet état d'âme jusqu'au bout, ou l'heure allait être longue…
oOo
Les discussions au repas furent bien plus joviales que le midi. Ivy avait retrouvé le sourire, discutait avec Charlie de Quidditch — pas trop fort, pour que Will ne retombe pas dans son état de déprime —, Rosamund discutait avec Will d'ouvrages sur les plantes magiques. Stephen paraissait pensif, aux côtés d'Abigail, qui dînait avec une seule hâte : aller dormir et laisser cette journée derrière elle. Le mouvement pour se tourner vers elle que fit Stephen, jusqu'ici calme et immobile, lui fit lever la tête — il la regardait, un peu timide, et remonta ses lunettes qui avaient un peu glissé sur son nez avant de se racler maladroitement la gorge :
« Excuse-moi Abby, je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie mais… m'autorises-tu à parler de cette Louisa Mercury à une vieille connaissance de ma famille ? Si elle était à Poudlard en même temps que Dumbledore, alors il a fait ses études avec elle. C'est quelqu'un d'exceptionnel, il a tout fait, tout vu dans sa vie, et… il a beaucoup voyagé. Vraiment beaucoup. J'aimerais savoir s'il a déjà entendu parler d'élémentalistes ou s'il en a déjà croisé dans sa vie. Ça te dérangerait, que je lui demande ? Peut-être que tu le connais, d'ailleurs, il s'agit d'Archibald Twitter[3], il est très connu dans le monde de l'archéomagie, et ses livres sont passionnants. Parfois nébuleux, mais passionnants.
— Pourquoi me poses-tu la question ?
— Parce que euh…, commença-t-il en regardant ailleurs, mal à l'aise. Je ne sais pas mentir, et s'il me demande pourquoi je lui pose cette question, et il le fera forcément, je lui parlerai de cette Mercury, et de toi. Je comprendrais que tu préfères garder l'anonymat, cela dit. »
Il lui adressa un léger sourire en coin, un peu penaud, et entreprit d'émietter un morceau de pain, détournant le regard pendant qu'elle réfléchissait. En vérité, elle ne savait quoi lui répondre.
« Oublie ça, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, reprit doucement Stephen en la voyant hésiter.
— Ce n'est pas ça. J'aimerais au moins en parler directement avec Mercury, avant toute chose.
— Évidemment. »
Le sourire empreint de gentillesse qui flottait sur ses lèvres se tordit bientôt en une moue penaude.
« Excuse ma curiosité. Je t'assure qu'elle n'est pas malsaine.
— Je n'en doute pas, lui assura Abigail mais l'affirmation sonnait comme une question, même à ses propres oreilles.
— Merci. »
Elle ne prit pas la peine de lui demander pourquoi il la remerciait — il s'était légèrement détourné, lui indiquant par là que leur échange était terminé. Mais une question titillait toujours la jeune fille. En s'appliquant à paraître le plus détaché possible, elle marmotta, arrachant un sourire amusé à Stephen :
« Il a écrit des livres sur quoi, ton Archibald Twitter ? »
Dire que Ian avait passé une mauvaise journée tenait de l'euphémisme.
Quand, enfin, après dix-huit heures quinze, il eut l'autorisation de quitter son lieu de travail, il fonça chez Charlotte, la meilleure amie de Katie, dont les parents avaient accepté de prendre la fillette à l'école, pour attendre son père en sécurité et sans embarrasser les enseignants.
Katie jouait avec Charlotte quand Ian arriva, épuisé et terriblement embarrassé. Les parents de Charlotte lui assurèrent que ça ne les avait pas dérangés le moins du monde, mais il promit de les inviter à dîner un soir pour les remercier de tous les services qu'ils lui rendaient.
« Ça ne va pas, papa ? demanda Katie aussitôt que la porte fut refermée, son cartable serré contre elle, après qu'elle eut refusé qu'il le porte pour elle.
— Grosse journée. Ça ira mieux. Ça te dit, si on se fait livrer une pizza ?
— Oh, papa, tu ne vas pas bien du tout, remarqua la fillette d'un air attristé. »
Elle lui attrapa la main et le regarda très solennellement, en répondant :
« Tu sais que ça me dit toujours de manger une pizza, mais c'est meilleur quand c'est nous qui la faisons.
— C'est vrai, chérie, murmura Ian en ouvrant le coffre de la Ford Anglia pour qu'elle puisse déposer son cartable. Mais c'est beaucoup de travail.
— On sera deux, objecta Katie en s'installant sur son siège et en tirant la ceinture. Et puis… »
Elle eut un sourire mystérieux et joignit les mains dans une attitude rusée. Ian ne put s'empêcher de sourire malgré son cœur lourd, et attendit la suite :
« Dumbledore vient ce soir, non ?
— Oui, mais je ne me vois pas l'inviter à dîner avec nous, rétorqua Ian en lui appuyant sur le nez avec son index.
— Évidemment ! Mais ça ne lui coûtera rien de réparer le lave-vaisselle, non ? Un coup de baguette et hop ! »
oOo
Katie et Ian passèrent au supermarché acheter de quoi préparer leur dîner, puis prirent tellement de temps à cuisiner que Ian finit par s'affoler : et les devoirs ? Katie le rassura, ils étaient déjà faits et vérifiés par les parents de Charlotte. Ils pouvaient manger tranquilles.
Tranquilles. Si seulement. La jauge de stress de Ian augmentait au fur et à mesure que l'heure tournait. Ses gestes devenaient maladroits, son cou douloureux, ses épaules bien trop crispées. Un rien le faisait sursauter, et quand Katie le sentit au paroxysme de l'angoisse, elle l'obligea à s'asseoir sur un fauteuil pour lui masser les épaules et les cheveux. Sa tentative de détente ne fonctionna pas du tout, mais elle eut au moins le mérite de faire sourire son père.
« Tu veux que j'aille au lit ? demanda-t-elle quand huit heures moins cinq sonnèrent.
— Peut-être que ça serait mieux…, admit-il lentement, quoiqu'un peu déçu de ne pas avoir la fillette à ses côtés pour affronter son angoisse. Tu as le droit de lire jusqu'à vingt heures quarante-cinq. Tu me diras si Laura soigne son cheval [1].
— Merci, papa, murmura-t-elle. »
Elle l'embrassa longuement sur les joues, et se dirigea vers l'escalier, tout en faisant le pitre pour égayer son père. Ian la suivit des yeux, attendri et amusé, quand la sonnerie retentit — il était vingt heures piles.
Tous deux sursautèrent — Katie bondit dans les escaliers et courut se mettre à l'abri dans sa chambre, pendant que Ian, le cœur au bord des lèvres, se dirigeait vers la porte et l'ouvrait, proche de la nausée.
Le professeur Dumbledore se tenait sur le seuil, un doux sourire aux lèvres, auquel Ian ne répondit pas.
L'angoisse nichée au creux de sa poitrine se transforma aussitôt en colère — de n'avoir été prévenu de rien et au dernier moment, d'avoir ressassé toute la journée ce rendez-vous, d'avoir envisagé des scénarios catastrophes impliquant ses aînés. Aussi dut-il respirer profondément pour se calmer lorsque Dumbledore le salua poliment :
« Bonsoir, M. Swann.
— Bonsoir, maugréa-t-il. »
Puis, empêchant le sorcier d'entrer, il continua d'une voix pleine de mécontentement :
« Bonne ou mauvaise nouvelle ?
— Est-il possible d'entrer pour en discuter plus confortablement ? se permit Dumbledore, toujours aussi courtois.
— Non. Vous m'envoyez un hibou la veille pour le lendemain, sans explications, sans prendre le temps de vous demander comment je vais l'interpréter, sans vous inquiéter de mon état d'angoisse à vous attendre toute la journée pour savoir si mes enfants vont bien ou pas, et — oh, vous pouvez sourire, je veux bien croire que votre école est le lieu le plus sécuritaire dans lequel ils pourraient être, si seulement j'en avais la preuve ! Je vous en prie, dites-moi quelle créature venue de je ne sais quel cercle de l'Enfer s'en est pris à mes enfants, cette fois, j'ai même fait des cookies pour l'occasion ! Alors non, vous n'entrerez pas tant que vous n'aurez pas répondu à ma question : bonne ou mauvaise nouvelle ? »
Il y eut un court silence, pendant lequel Ian reprit son souffle et regretta son audace, quand, dans l'obscurité, une silhouette qu'il n'avait pas distinguée se dévoila — un sourire narquois déformait les lèvres de Louisa Mercury, alors qu'elle ricanait :
« Wow, je pense qu'on va bien s'entendre, finalement, avec le Papa Swann. Je sens que ces cookies vont avoir un bon goût de sarcasme, juste comme je les aime. »
[1] Avez-vous reconnu le livre que lit Katie héhéhé ? C'est une série de livres que j'adorais quand j'étais gamine. J'aimais beaucoup Ted ! (petit indice qui ne parlera peut-être à personne hahaha !)
[2] Avez-vous reconnu d'où venaient les personnages de Fey, Hastings, McBee ? :p C'est pas difficile haha.
[3] J'en profite pour parler de la nouvelle feufeu de Docteur Citrouille : Archibald Twitter, archéomage. Ça se passe dans les années 1890, ça parle d'un Serdaigle un peu blasé et passionné par l'Égypte Antique qui fait ses études en même temps qu'un certain Bubus Dumbledore, et d'une certaine... Loulou Mercury ;) Si vous souhaitez en apprendre un peu sur la jeunesse de Loulou, feel free! Pendant ce temps, moi aussi je me tâte à écrire une jeunesse à cette sacrée Loulou. Mais elle ne verra pas le jour avant oh là là une décennie, au moins, vu le temps que je mets pour écrire un chapitre -_- Enfin bref, Archibald Twitter, il est curieux, trop intelligent pour son own good, et il lui arrivera tout plein d'histoires rocambolesques ! Quand Stephen dit qu'il a beaucoup voyagé, ce n'est pas un euphémisme héhé !
J'espère que ce chapitre vous aura plu! Qu'avez-vous pensé de Loulou sur ce chapitre ? Est-ce qu'un bonus rencontre Loulou/Abbynette du point de vue de Loulou vous intéresserait ? Abbynette vous a-t-elle ? Papa Swann vous avait manqué ? (à moi, OUI)
N'hésitez pas à me faire des retours sur votre lecture, c'est comme ça qu'on s'améliore, qu'on fait évoluer les choses, et c'est bien appréciable ! (En plus demain c'est la rentrée screugneugneu) Merci pour votre lecture, je sais combien c'est parfois long / pénible / whatever d'écrire une review, on a l'impression que ça sera nul, qu'on ne va rien apporter à l'auteur.e, qu'on n'a pas vu toutes les subtilités que auteur.e a voulu faire passer, mais on s'en fiche ! Un petit mot de vous, c'est : une journée / soirée ensoleillée (et Merlin sait qu'on en a besoin ces derniers temps :| OUI c'est à vous que je parle, nuages de malheur), et surtout la sensation qu'on n'a pas fait ça pour rien :cœur:
Enfin bref, je voulais à la base dire : c'est pas grave si vous ne mettez pas de reviews, merci d'avoir lu, vous êtes géniaux/géniales :D
Allez, je ne vous tiens pas plus la jambe ;) Merci encore, mille fois merci de suivre cette fiction :deshugs:
Et à bientôt !
Apple
