Hey! Oui, vous ne révez pas mes lardons, j'ai tenue ma promesse! 1 semaine et 1 jours. Si c'est pas du timmingça, je sais pas ce que c'est!
Entre deux coupes de champagne je prend un peu de temps pour vous, en ce weekend plutot charrette!
Avant de passer au choses sérieuses, un énorme MERCI s'impose, même si beaucoup d'entre vous m'ont menacé de me découper en petits morceaux, vos reviews étaient comme toujours un vrai bonheur à lire. Je pense vous avoir répondue à toutes, alors c'est au tour des anonymes...
Sweet pea: Je sais que ça peut etre frustrant de les voir s'attirer pour mieux se repousser, mais ne t'inquiete pas j'ai plus d'un tour dans mon sac quand il s'agit de la rabibocher ;)
Riri22: Je ne suis pas sure qu'Edward ai vraiment une bonne excuse, il a été plutot foutrement inconscient sur ce coup là, mais promis il va se rattraper. Pour ce qui est de Bella, je te laisse le découvrir, mais ton intuition était la bonne.
PrincetonGirl818: Merci pour le compliment, plus que merci même! Je sais pas si ce chapitre était génial mais en tout cas ta review l'était pour moi. La suite est là, alors j'espere qu'elle te plaira encore tout autant.
lilia68: Ca c'était un cris du cœur! Je peux te rassurer sur le faite qu'il n'ai pas fait de connerie, à part n'avoir était qu'un sal égoïste... Promis je vais arranger tout ça, mais va falloir étre un peu patiente ;)
magaxa68: Alors je m'excuse d'avance parce que ce chapitre ne devrait pas etre trop tordant non plus... Il va falloir un peu de temps à ces deux là pour atterrie, à Edward pour agir, à Bella pour guérir, enfin pas tout à fait quand même... T.T
Butterfly: J'espere qu'Emmett sera à la hauteur de tes attentes!
Maintenant c'est au tour de ma béta chérie, à qui je dois moultes excuses et autres courbettes. Je t'ai pressé comme un citron cette semaine et j'en suis vraiment désolée. Promis on va se prendre une petite semaine de vacances toi et moi. Moi pour cuvée et toi pour souffler, parce que je suis sure que mon aversion pour l'orthographe et la conjugaison te fille des crampes au cerveau! O.O Comme toujours je te dois beaucoup pour ce chapitre, alors laisse moi te dire que tu ais vraiment la plus formidable des bétas et que sans toi je n'y serais surement jamais arrivée. Tu es vraiment une nana en or et notre 'collaboration' est vraiment le plus beau des cadeaux que m'ai fait le net. J'aurais jamais crue pouvoir rencontrer quelqu'un comme toi et avoir autant d'affinités alors qu'on ne s'est jamais vue... Sache que tu compte énormément pour moi et que je t'adore vraiment, vraiment beaucoup! Et merci d'avoir fait entrer Robert dans mon vestiaire! T'es vraiment la meilleure! 8D
Bon je crois qu'il est temps que je lache mon clavier, c'est l'heur de faire la chouille et tout le monde m'attend sur la terrasse alors je dois vous quitter...
En vous souhaitant une bonne lecture,
Marine.
02h45, 4 Janvier 2010:
- Emmett Swan?
- Ouais...
- Lieutenant Cavano de la police de New York. Monsieur désolé de vous réveiller à une heure pareille, mais on a été appelés pour une effraction au Etienne's. C'est bien votre bar?
- Quoi? Mais qu'est-ce que vous... Oui mon bar et celui de ma sœur...
- On aurait besoin de vous sur place, a priori l'alarme s'est déclenchée avant que l'intrus n'ait eu le temps de voler quoi que ce soit. Nous l'avons interpelé, mais on aurait besoin que vous veniez constater qu'il ne manque rien pour-
- C'est quoi ce bordel? Et ma sœur ? Elle vit dans l'appartement au premier !
- Une brigade vous attend là-bas Monsieur, ensuite mes collègues vous conduiront au poste si vous désirez porter plainte. Je ne peux rien vous dire de plus par téléphone, désolé.
- J'arrive.
07h17:
Des coups violents sur la vitre me réveillèrent en sursaut. Je me redressai sur mon siège, me passant la main sur le visage. Une lumière violente me força à fermer les yeux.
- Mademoiselle? C'est la police! Mademoiselle?
J'ouvris mon carreau et le flic en face de moi baissa enfin sa torche.
- Est-ce que tout va bien? Me lança-t-il mi-inquiet, mi-suspicieux.
- Oui je me suis juste arrêtée pour dormir un peu, lui répondis-je un peu grognon d'avoir été réveillée aussi brutalement.
- Vous ne devriez pas dormir dans votre voiture, c'est dangereux vous savez.
- Je suis désolée, je pensais pouvoir trouver un motel mais...
- Oui vous auriez dû. Je pourrais avoir vos papiers Mademoiselle?
- Bien sûr. Je me penchai vers mon sac sur la banquette et Diego émergea de la couverture. Il ne pouvait rien m'arriver de bien méchant, Diego ferait fuir n'importe qui avec sa gueule de molosse et sa taille gigantesque. Je tendis mes papiers à l'agent de police avant de bailler à m'en décrocher la mâchoire. Je n'aurais pas craché sur un bon lit mais il n'y avait pas un endroit où crécher dans ce bled paumé! Je savais que je n'aurais pas dû sortir de cette putain d'autoroute.
- New York ? On peut dire que vous en avez fait du chemin. Vous avez roulé toute la nuit?
- Une bonne partie oui...
- Et vous allez où comme ça ? m'interrogea-t-il en jetant un regard dubitatif à ma camionnette.
- Je visite ce bel Etat de Pennsylvanie. Lui répondis-je avec un sourire forcé. Ce qu'ils pouvaient être curieux ces poulets, je lui en pose moi des questions ?
- Il y a une station service à environ 10km d'ici, suivez la direction de Mansfield. Vous devriez pouvoir y trouver un bon café et petit déjeuner.
- Merci beaucoup. Je lui fis un petit sourire, en récupérant mes papiers. Finalement je le trouvais presque sympa, un peu curieux mais prévenant. Et pas moche à regarder! Non, vraiment pas moche à regarder, mais je n'avais définitivement pas la tête à ça...
- Faites attention à vous Mademoiselle et la prochaine fois, évitez de vous arrêter sur le bas côté pour faire un somme. Me conseilla-t-il. Sa voix était ferme et professionnelle, mais son petit sourire ne l'était pas du tout. En d'autres circonstances, j'aurais pu en être flattée, voire troublée.
- C'est noté. Bonne journée, Monsieur l'Agent. Ne puis-je m'empêcher de rajouter.
Il me fit un signe de tête, presque militaire, mais toujours avec ce sourire magnifique, avant de faire demi-tour pour rejoindre sa voiture de patrouille garée derrière la mienne. Je le regardai dans mon rétro. Oui, en d'autres circonstances, je lui aurais rendu son sourire, j'aurais cherché à le séduire, à l'avoir, juste pour m'oublier dans ses bras inconnus. Le fantasme de l'uniforme peut-être... Ou juste pour essayer de l'oublier lui.
Je remontai ma vitre complètement frigorifiée. J'avais besoin d'une bonne douche et d'un café.
- Partant pour Mansfield, mon vieux?
Diego releva la tête avant de pousser un énorme soupire.
- Bah cache ta joie!
05h03:
- Emmett attends!
Il claqua violemment sa portière, m'ignorant toujours. Il ne m'avait pas dit un seul mot de tout le trajet du commissariat jusqu'au Etienne's. Je lui emboîtai le pas, courant presque derrière lui. J'entrai par la porte de la cour et le suivis jusqu'à l'escalier de l'appartement. Une fois à l'intérieur, je refermai la porte doucement et m'appuyai contre. Ce n'était qu'un cauchemar, j'allais forcément finir par me réveiller. Elle ne pouvait pas être partie!
Je rouvris les yeux quelques secondes plus tard mais rien n'avait changé, l'appartement était toujours désespérément vide, vide d'elle.
Emmett vint se placer en face de moi affichant un regard fatigué, inquiet mais ce n'était rien comparé à la colère dans laquelle il se trouvait. Il m'attrapa par le col, je n'essayai même pas de lui résister, j'avais eu mon compte pour cette nuit. J'étais juste épuisé, je voulais que cette nuit cesse enfin et surtout, par dessus tout, je voulais que tout redevienne comme avant, comme ce matin. Il me traîna sans ménagement jusqu'au salon avant de me repousser violemment.
- Maintenant tu vas m'expliquer ce merdier Edward!
- Je te jure, je comprends rien moi non plus! L'implorai-je.
Il se précipita sur moi, me repoussant contre le mur. Je trébuchai sur les débris de ma guitare, complètement explosée avant que mon dos ne percute violemment le mur.
- Ca Edward, tu peux pas m'expliquer? Hurla-t-il en shootant dans les morceaux de bois. Et ça non plus? Il se saisit du verre posé sur la table basse à côté de la bouteille de vodka à moitié vide qui était restée dessus et le projeta contre le mur à quelques centimètres de mon visage. Le verre se brisa en mille morceaux. Je regardai sans comprendre les petits éclats étincelants rebondir sur le parquet. Le bruit se répercutait en moi encore et encore avec fracas.
- Qu'est-ce que tu lui as fait, putain? Mais dis-moi, merde!
C'était à cause de moi si elle était partie. Tout était de ma faute...
- Emmett calme-toi, ça sert à rien! Tonna Jasper en entrant dans le salon. Il posa sa main sur l'épaule d'Em qui alla s'assoir sur le canapé. Il était complètement retourné, mais merde moi aussi, putain!
- Edward raconte-nous ce qui s'est passé, me demanda Jazz après quelques minutes. Je relevai les yeux vers lui, avant de les baisser de nouveau. Je passai la main nerveusement dans mes cheveux plusieurs fois avant de serrer les dents. Combien de fois allais-je devoir me répéter, putain!
- Je vous l'ai dit, je suis rentré, je suis monté à l'appartement, l'alarme s'est mise à sonner. J'ai cherché Bella partout mais elle n'était plus là, Diego non plus. Ensuite les flics m'ont embarqué.
- Edward je suis venu chercher Lily ici, il devait être quoi 19h30 à peine. Bella était là.
- Tu étais où Edward? Me demanda soudain Emmett les yeux rivés au sol.
- J'étais avec Jazz au Starbucks de la 43ème et après... Je soupirai, mes mains se mirent à trembler.
- Tu étais où Edward? Répéta Em' cette fois-ci en me regardant droit dans les yeux.
- Avec Tanya, soufflai-je.
J'entendis à peine les pas d'Emmett se précipitant sur moi. J'étais trop englué dans mes souvenirs de cette nuit. Tanya... Je relevai la tête, pour voir le poing d'Emmett s'abattre sur moi, puis ce fut le noir.
09h48, 9 Janvier 2010:
J'ouvris les yeux difficilement, une faible lumière filtrait entre les rideaux tirés, mais elle suffisait à m'aveugler.
Ca faisait bientôt deux jours que j'étais enfermée dans cette chambre pourrie, de ce motel pourri. J'avais toujours cru que j'adorerais visiter Chicago, mais maintenant que j'y étais, je n'arrivais pas à mettre un pied hors de cette foutue piaule. J'avais la nausée rien qu'à y respirer son air confiné et suffoquant. A moins que ce soit la vue de ces rideaux affreux ou de ce couvre-lit immonde, peut-être les deux. Les motifs floraux m'avaient toujours rendue malade mais là c'était à peine supportable. Pourtant je restais là prostrée sur le ventre, à m'enfoncer dans ce matelas miteux comme dans ma solitude.
J'avais cru que partir serait ce qu'il y avait de mieux à faire, puisque rester n'était pas envisageable. Mais en réalité, fuir ou rester c'était du pareil au même. Les premiers jours, je pensais juste qu'il fallait que je me fixe un objectif, que j'aie un but, quelque chose vers lequel avancer. Chicago m'avait semblé être une bonne option.
Mais après avoir traversé quatre Etats, le verdict était sans appel.
J'avais cru être assez forte, être capable de partir, mais toute cette merde n'était qu'une horrible fuite en avant, j'avais l'impression de tomber dans le vide. Je pouvais presque sentir l'air fouetter mon visage alors que je tombais toujours un peu plus dans un immense gouffre. Tout était noir autour de moi, c'était peut-être pour ça que la lumière m'était si insupportable. J'espérais réussir à toucher le fond, enfin, mais rien. Je me contentais de tomber, de m'enfoncer.
J'aurais voulu pleurer comme cette nuit-là, mais les larmes ne venaient plus. J'étais juste empêtrer jusqu'au cou dans une léthargie implacable, une déprime immense.
Il me fallait quelque chose à quoi me raccrocher. Inverser la vapeur. Je n'avais pas l'intention de faire marche arrière, et c'était bien la seule chose dont j'étais certaine.
Je me tortillai dans le lit, m'étirant. Je soupirai et allai puiser dans mes dernières ressources pour réussir à me lever. Sortir de ce lit crade et puant était à ma portée.
Diego qui était couché sur le lit à côté de moi, se redressa sur ses pattes, puis sauta mollement pour en descendre. Il alla s'assoir devant la porte de la chambre et se mit à couiner. Je relevai la tête, pour le regarder. Il se mit sur ses pattes avant de tourner en rond et ses petits jappements se firent suppliants. Un problème de vidange sans doute.
Je me défis de la couverture, fixant le plafond. Je pouvais le faire. Je devais le faire, sinon Diego se soulagerait sur le tapis défraichi. En même temps, il n'avait pas l'air très clean et tirait plus vers le jaune nicotine que sur le beige qui devait être sa couleur d'origine. Alors être inondé par une mare de pisse n'aggraverait pas tellement son cas, mais...
Je fus tirée de mes réflexions par de nouveaux jappements plaintifs sortant de ce monstre sur pattes dont j'avais été incapable de me séparer. Il se mit alors à aboyer, me faisant grogner.
- Oh ça va! C'est bon je me lève, t'es content?
J'avais beau être en train de lui crier dessus, il ne s'en formalisa pas et vint me faire la fête dès que je fus sur mes pieds.
- Ca va... Laisse-moi au moins m'habiller! Lui lançai-je alors qu'il me passait entre les jambes, manquant de me faire atterrir sur le cul. Enjamber un engin pareil, c'était presque faire du saut d'obstacle sauf que je n'avais jamais été franchement douée dans cette discipline, voire pas du tout.
J'enfilai un jean et un gros pull difforme, j'attachai mes cheveux et mis des lunettes de soleil sur le nez. Si quelqu'un voyait ma tronche, il aurait pu croire que j'étais une junkie. Autrement dit, je faisais vraiment peur à voir, inutile de me regarder dans un miroir pour en être certaine. Les lunettes cacheraient la misère, même si j'étais bien consciente du fait que ça semblerait suspect en plein hiver. Mais qu'est-ce que je pouvais bien en avoir à foutre!
Après notre petite balade dans la neige, je rentrai me doucher. Une fois propre et réchauffée, je me sentis mieux, en tout cas suffisamment d'attaque pour oser quitter cet hôtel de passe dégueu.
Je préparai donc mon sac. Une fois bouclé, je le balançai sur mon épaule et ouvris la porte. Dehors je respirai déjà mieux. J'installai Diego dans la voiture avant d'aller rendre ma clef.
- Un petit dej ça te dit, mec? Demandai-je à Diego en claquant ma portière.
Bien sûr je ne m'attendais pas à ce qu'il me réponde, mais sa présence me faisait du bien et lui parler était presque naturel. Je m'occupais de lui mieux que de moi, ça me forçait à garder un pied dans la réalité, m'empêchant de sombrer totalement.
J'entrai dans le premier Starbucks que je trouvai dans Chicago. Mon ventre gargouillait, mais je me contentai d'un café latté à emporter et d'une bouteille d'eau pour Diego. Ensuite, je retournai à la voiture et lui servit sa ration de croquettes. Il me fallait un plan maintenant, je pouvais me contenter de visiter la ville et d'aviser ensuite, mais je n'y arrivais pas vraiment.
Puis tout à coup, ce fut comme une évidence...
Je sortis mon téléphone de ma poche. Je ne l'avais pas rallumé depuis des jours, depuis qu'Emmett avait essayé de m'appeler la nuit où j'étais partie. J'avais été étonnée que ce soit mon frère qui m'appelle le premier, j'avais cru qu'... Non je n'avais rien cru du tout. Je fourrai de nouveau mon portable dans ma poche, je n'étais pas prête. Pas maintenant en tout cas, j'avais la ville d'Al Capone à voir.
Au bout de deux heures à dériver dans ses rues surpeuplées, à admirer cette superbe collection de gratte-ciel, je me rendais compte que finalement, ça ne me changeait pas vraiment de ceux de NY, tout y était presque pareil, le bruit assourdissant du métro aérien en plus. Pourtant, j'étais à 1280 km de chez moi. Je décidai de suivre Chicago River, jusqu'au bord du lac Michigan. Je garai ma camionnette sur un parking bordant la plage. Le froid me coupait le souffle presque autant que la vue époustouflante. Le vent glacé faisait voler mes cheveux dans tous les sens, mais je restais là, imperturbable, devant cette immensité d'eau noire. Je n'avais pas choisi la bonne saison, je n'avais pas droit à ces images de cartes postales qui m'avaient faite rêver, pas d'été Indien. Mais au moins, même s'il faisait gris, le blizzard ne s'était pas levé.
Je ne pus rester longtemps à admirer ce paysage magnifique, je m'étais mise à trembler sous la morsure du vent et du froid. Diego ne se fit pas prier. En me voyant faire demi-tour, il avait couru à la voiture comme s'il avait eu le diable aux trousses.
Une fois bien au chaud et à l'abri du vent, je décidai qu'il était temps d'allumer ce fichu téléphone. Je le posai sur le tableau de bord. J'attendis quelques secondes, puis il se mit à vibrer, vibrer longtemps. Une fois que ce fut fini, je le repris en main, allant directement à mon répertoire, ignorant les messages et les appels manqués. Et enfin je trouvai son numéro... J'attendis plusieurs secondes, puis décidai de l'appeler. Je me rongeais les ongles en attendant qu'il réponde.
- Allez, allez... Décroche, putain...
- Allo, marmonna-t-il d'une voix endormie.
- Jacob ! M'exclamai-je, troublée de parler à quelqu'un de normal, enfin je veux dire à un humain, à mon meilleur ami surtout.
- Bella? Tu as déjà entendu parler du décalage horaire? Râla-t-il.
- Jack... Je... J'ai besoin de toi...
- Qu'est-ce qui se passe ma belle? Me lança-t-il du tac au tac.
- Je t'en prie dis-moi juste que tu es quelque part en Amérique...
18h01; 12 Janvier 2010:
- Non mais j'y crois pas quel connard ce flic! S'exclama Alice en entrant au Etienne's.
- Si t'arrêtais d'aller les faire chier tous les jours aussi, lui répondit Emmett affalé sur sa chaise devant une bière.
Alice retira son manteau avant de lui en coller une derrière la tête.
- Je te signale que je fais ça parce que je m'inquiète pour ta sœur qui est aussi ma meilleure amie. Je supporte pas de rester là à rien faire, alors qu'elle a disparu!
- Elle n'a pas disparu Alice, elle est juste partie... Lui répondit Jasper en posant ses mains sur ses épaules.
Elle finit par soupirer et s'assit sur une chaise à la table où ils étaient tous installés. Comme tous les jours depuis que Bella était 'partie', ils se retrouvaient au Etienne's pour prendre un verre et essayer encore et toujours de joindre Bella sur son portable. Mais jusqu'à maintenant, personne n'avait eu de ses nouvelles, ni même réussi à lui parler.
- Je pourrais avoir un café Angela, s'il-te-plaît? Me demanda-t-elle en se tournant vers le comptoir.
- C'est pas bon pour le bébé Lily, lui rétorqua Rose. Prends un jus d'orange.
- J'ai besoin de caféine! S'offusqua-t-elle.
- T'es bien assez excitée comme ça tu crois pas? La réprimanda une nouvelle fois Rosalie.
- Je suis pas excitée, je suis énervée! Parce que vous et ce foutu policier ne faites rien pour Bella !
- Alice calme-toi, s'il-te-plaît. Lui dit Jasper caressant le dos de sa main.
- Mais je deviens dingue, moi! Comment vous pouvez faire ça? Ca se trouve elle a été agressée, ou elle a eu un accident de voiture, elle est peut-être morte et tout le monde s'en fout!
- Bien sûr que non, dis pas de conneries! S'énerva Emmett.
- On a fait tous les hôpitaux de New York il y a deux jours Alice. On a appelé la mère de Renée à Ladson (Caroline du Sud), elle ne l'a pas vue, n'y même parlé au téléphone depuis Noël. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de plus? Les flics ne veulent pas la déclarer personne disparue parce qu'elle est partie volontairement. Lui dit calmement Rose.
Quand j'apportai un café et un jus d'orange à leur table, je pus voir les yeux de Lily se border de larmes.
- Je voudrais juste qu'elle décroche son putain de téléphone et qu'elle me dise que tout va bien... Je m'en veux tellement de pas m'être rendue compte qu'elle allait mal et qu'elle avait besoin de moi. Je comprends pas comment j'ai fait pour ne rien voir...
- On voudrait tous qu'elle appelle Alice, lui répondis-je en fixant mon regard sur Edward, qui jusque-là n'avait pas dit un seul mot, se contentant de regarder sa bière, jouant avec l'étiquette de sa bouteille comme s'il était ailleurs.
Je ne me rappelais même plus de la dernière fois où il avait prononcé autre chose que oui, non, ou merci. Il semblait vraiment triste et passait le plus clair de son temps enfermé dans l'appartement ou à son boulot. Je ne l'avait pas vu sourire non plus. Peut-être se sentait-il coupable? Et valait mieux pour lui! Tout le monde savait qu'il était responsable du départ de Bella, mais tous se gardaient bien de le lui rappeler. Un nouveau coup d'éclat aurait sûrement pu briser leur amitié. Je comprenais qu'ils veuillent rester soudés mais moi je ne trouvais aucune excuse pour être un temps soit peu tendre avec lui.
- Tu dois pas t'en vouloir, personne ne s'est rendu compte de rien, la rassura une nouvelle fois Jasper.
Mes lèvres se pincèrent en l'entendant. Moi je m'étais rendu compte que ça n'allait pas et je n'avais rien fait. J'étais persuadée à ce moment-là qu'elle serait mieux seule, puisqu'elle ne voulait pas me parler. Si j'avais su qu'elle passerait la nuit toute seule à se triturer le cerveau ne sachant pas si ce connard allait réapparaître ou non, je serais montée la rejoindre, j'aurais peut-être même pu l'empêcher de partir. Pourquoi j'avais eu confiance en Edward? Probablement parce que Bella elle-même avait voulu lui faire confiance. Et il l'avait trahie une nouvelle fois. Il l'avait abandonnée et laissée seule, alors qu'elle n'avait besoin que d'être rassurée. Il aurait suffi qu'il rentre!
Ce que j'avais le plus de mal à comprendre, c'était pourquoi il restait là, pourquoi est-ce qu'il ne foutait pas le camp maintenant qu'il avait de nouveau semé la tempête dans la vie de Bella. S'il partait peut-être qu'elle reviendrait?
- Bella n'est pas partie pour qu'on la cherche, et encore moins pour qu'on la trouve. C'était juste trop dur pour elle de rester. Il va lui falloir du temps...
Edward avait relevé les yeux vers moi, en serrant les mâchoires. Il ne m'impressionnait pas du tout. Je me contentai de le fixer droit dans les yeux, histoire de lui faire comprendre que oui je le tenais pour responsable de tout ça, que je n'en avais rien à foutre qu'il soit mal. Je pus voir l'impact qu'eurent chacun de mes mots en lui, le faisant passer en une seconde de l'asthénie à la fureur. Il finit par détourner le regard, avant de se lever brusquement, et de quitter la table.
- Edward attends! Le rappela Alice.
- Laisse-le... Lui conseilla Jasper avant de me jeter un regard de reproche auquel je ne prêtai aucune attention. Je n'avais rien dit de mal ou de blessant, ce n'était pas ma faute à moi, s'il ne supportait pas d'entendre la vérit. Il fallait du temps à Bella, du temps pour qu'elle l'oublie lui.
10h14, le même jour;
J'avais roulé pendant des heures sans m'arrêter, sauf pour que Diego se dégourdisse les pattes et la vessie, faire le plein d'essence et de cigarettes.
Je n'avais pas beaucoup dormi depuis Chicago, 5 heures peut-être 6, j'avais perdu la notion du temps.
Tout m'était égal. Je me contentais d'avancer, de suivre les lignes peintes sur le goudron de l'autoroute. J'ignorais même les klaxons des voitures ou des camions qui me dépassaient. Je n'avais pas la force de les insulter, ni même la petite voix qui se faisait silencieuse. Je leur donnais même raison, j'étais un vrai boulet à squatter la voie de droite ne dépassant pas les 70km/h. Même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu aller plus vite sans prendre le risque de me foutre en l'air. Je décidai de m'arrêter à la prochaine station service pour faire un somme.
J'allumais régulièrement mon portable pour dire à Jack où j'étais et l'éteignais tout de suite après. Je n'avais pas encore la force d'appeler les autres, ou de leur répondre, je n'étais pas prête. Lily me bombardait littéralement de messages, mais je n'en avais pas encore lu un seul.
I Won't Be Left, Tegan and Sara.
Un bruit de sirène me fit brusquement sortir de mes pensées, je manquai même de faire un écart, en me laissant surprendre.
- Oh non pas encore! Râlai-je avant de me mettre sur la bande d'arrêt d'urgence
. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous ces flics avec moi? C'était la quatrième fois que je me faisais arrêter. Plus qu'en 6 ans de permis ! Les flics de New York avaient sûrement mieux à faire que de faire chier les honnêtes gens!
Je baissai ma vitre en voyant sortir de sa voiture un nabot en costume marron, couleur de merde pour job de merde. Il me fit un signe de tête avant de retirer ses lunettes de star. S'il avait fait beau j'aurais presque pu me croire sous le soleil de Miami, dans un épisode des Experts. J'avais la réplique parfaite d'Horatio Cain en face de moi, même air taciturne, même assurance, même air supérieur et foutrement énervant. Visiblement il regardait trop la télé et moi aussi! J'essayai de réprimer mon envie d'être désagréable, mais franchement je commençais à en voir plus que marre de me faire arrêter. Est-ce que j'avais une tronche de criminelle ou de tueuse en série, braqueuse de banque peut-être?
- Vous savez pourquoi je vous arrête Madame? Me lança-t-il avec un flegme foutrement insupportable après m'avoir détaillée des pieds à la tête l'air de ne pas y toucher.
Sûrement pour faire un brin de causette, histoire de faire croire que tu bosses, du con! Lui répondit la petite voix. Mais comme il n'avait pas l'air d'un rigolo je décidai de m'abstenir. C'était plutôt susceptible ces trucs-là. Je parle en connaissance de cause, le dernier en date n'avait pas vraiment apprécié que je lui demande s'il avait des beignets, Diego avait un petit creux.
- Non, mais vous allez sûrement me le dire...
- Vos papiers s'il-vous-plaît. Me dit-il avec aplomb en mettant ses mains sur ses hanches. Ah bah non en fait... Suspens, suspens!
Je les lui tendis avant de m'affaler contre mon siège en soufflant exaspérée. Il fallait vraiment que j'aille dormir.
- Est-ce que vous avez bu, Madame? Me lança-t-il un sourcil relevé suspicieux.
- Non mais vous plaisantez ou quoi? Il est 10h du matin! Lui rétorquai-je choquée, jamais avant 11h enfin ! Je faisais vraiment pitié à ce point?
- J'ai l'air de plaisanter peut-être? Veuillez couper le contact et sortir de votre véhicule, me dit-il calmement, son air détaché pour ne pas dire carrément je-m'en-foutiste mais je te fais chier quand même, juste parce que ça m'éclate de te foutre en rogne, pi' de toute façon je fais ce que je veux, parce que j'ai un gros flingue et que je suis un héros.
Je coupai le contact, avant de lui dire désinvolte :
- Si vous voulez me faire souffler dans votre truc à la con vous n'avez qu'à me le donner qu'on en finisse.
- Veuillez rester polie Madame. Maintenant descendez de voiture. Me demanda-t-il toujours cet air sévère et hautain collé au visage. Pète un coup vieux! T'as l'air tout crispé!
J'obtempérai non sans souffler et claquai ma portière, exaspérée. Ils se croyaient vraiment tout permis ces foutus shérifs, de vrais cow-boys, le sex-appeal en moins. Il ne voulait pas non plus me foutre les menottes pour un contrôle d'alcoolémie? Ca l'aurait fait bander pour sûr!
Il me demanda de le suivre jusqu'à sa voiture, et Diego se mit à aboyer. Ce qui me stressa d'autant plus. Arrivée à sa voiture, un gras double en uniforme en sortit l'air aussi aimable que son collègue. Je le baptisai Walker Texas Ranger, à cause de la barbe rousse qui lui mangeait le visage. Walker s'amena avec un test d'alcoolémie et me le tendit avant d'accrocher ses pouces à sa ceinture, les jambes légèrement écartées. Encore un qui se prenait pour Dieu, ou pour Chuck Norris au choix. Oh attends j'en ai une bonne! Chuck Norris mange les emballages de carambars. On ne blague pas avec Chuck Norris !
Je soufflai dedans, m'en donnant à cœur joie, puisque ça faisait des jours que je n'avais pas bu une seule goûte. J'étais presque en cure de désintox, il y avait du positif! Le résultat fut bien sûr négatif, je fis mon plus beau sourire hypocrite à Walker en surcharge pondérale, lui tendant le ballon gonflé à bloc, prêt à lui péter à la tronche. Sa passion à lui devait être le poulet frit et pas le karaté. Je ne pus m'empêcher de l'imaginer faire une prise à un détrousseur de petites vieilles, s'asseyant ensuite sur le pauvre voleur de sac à main étouffé sous cette montagne de graisse. Avant que je n'éclate de rire toute seule, Horacio me ramena à la réalité.
- On peut savoir où vous allez comme ça ? New York c'est pas la porte à côté.
- Je vais à Forks, Washington. Lui répondis-je légèrement agressive.
Il me jeta un regard surpris par-dessus ses lunettes noires. Puis il les retira une nouvelle fois pour regarder ma camionnette avec un sourire arrogant.
- Pour? Me demanda-t-il en revenant à moi, les yeux légèrement plissés. Très mauvais jeux d'acteur, remarqua la petite voix.
- Raisons personnelles, éludai-je. Je peux récupérer mes papiers maintenant, s'il-vous-plaît ? Lui répondis-je en insistant bien sûr le 's'il-vous-plaît', de plus en plus agacée par ses questions.
Mais est-ce qu'il croyait vraiment que je traversais tous les Etats-Unis dans mon tape-cul pour m'éclater? Il aurait peut-être préféré que je lui dise que c'était pour mon business et qu'il me fallait de la bonne beuh cultivée sous le beau soleil de Forks!
- Vérifie la plaque avec le central, Gary tu veux ? Dit-il à son énorme collègue en lui tendant mes papiers. Avant de revenir à moi, les mains sur les hanches. Et quelles raisons? Familiales?
Putain mais il commençait vraiment à me chauffer ce con!
- C'est ça une de mes vieilles tantes est morte.
- Toutes mes condoléances, Madame. Me lança-t-il faussement compatissant.
- Ecoutez j'ai encore beaucoup de route à faire et j'aimerais vraiment arriver à Towner avant qu'il fasse nuit...
- Si vous continuez à rouler à 70Km ça me semble difficile.
- Croyez-moi, j'aimerais pouvoir aller plus vite mais j'ai peur que ma voiture ne tienne pas le choc, sifflai-je entre mes dents.
- Vous auriez dû prendre l'avion dans ce cas. Et vous seriez arrivée à temps pour l'enterrement. Me rétorqua-t-il l'air faussement grave. De l'Horatio Cain tout craché, il n'avait pas que les lunettes, il avait toute la panoplie, l'air grave et constipé aussi! Cet homme était carrément épatant.
- Vous croyez que je me balade dans une voiture deux fois plus vieille que moi pour le plaisir ? Si j'avais eu les moyens j'aurais pris l'avion ! J'attends sur l'héritage pour changer de voiture! Lui répondis-je sur le même ton, les nerfs en plus.
Walker revint quelques minutes plus tard après s'être extirpé de la voiture de patrouille avec toutes les peines du monde.
- Tout est en règle. Dit-il à son collègue en me rendant mes papiers. Horatio sembla déçu, presque frustré qu'il n'y ait pas d'avis de recherche à mon nom ou que ma camionnette ne soit pas volée. Il me fit un presque demi-sourire crispé, avant de remettre ses lunettes. Connard!
Je retournai à ma voiture, complètement congelée et passablement énervée. J'allais mettre 10 jours à arriver à Forks si je continuais à me faire arrêter par tous les flics constipés que j'avais le malheur de croiser. Dire que Renée n'avait mis qu'une semaine pour faire le chemin inverse. Ma vieille Chevrolet n'était plus ce qu'elle était. Mais je croisais les doigts pour qu'elle survive jusqu'à Forks. Sinon je n'avais aucune foutue idée de ce que je deviendrais.
Horatio et Gary alias Walker, me passèrent devant en démarrant en trombe. Je soupirai gravement avant d'allumer le moteur. Le monde est vraiment truffé de cons, ils sont partout à vous chier dessus comme les pigeons*. Mais le vrai con est celui qui s'ignore*, car en chacun de nous sommeille peut-être le pire des cons*. Je donnais pourtant la première place du podium à ce binôme de trous du c'.
* paroles empruntées aux amis de ta femme, mort aux cons.
De retour à NY;
Edward venait à peine de quitter la table, blessé par la remarque d'Angela. Pas qu'elle avait tord, non mais je ne pus m'empêcher de lui jeter un regard de reproche. Il était suffisamment mal, pas besoin d'en rajouter.
Angela retourna derrière le bar, après avoir poussé un soupire désabusé en entendant la porte de l'appartement claquer.
- Bon c'est au tour de qui d'essayer d'appeler? Lança ma Lily, dans une veine tentative de détendre l'atmosphère.
- Je suis tombé sur le répondeur trois fois ce matin, lui répondit Emmett d'une voix atone, avant de boire une gorgée de bière.
- Répondeur aussi, je lui ai laissé un message pendant ma pause déjeuner, poursuivit Rosalie.
- Et toi Jazzou?
Soudain un bruit de verre brisé nous fit à tous relever la tête vers l'escalier qui menait à l'appartement de Bella. Emmett se redressa dans la seconde, prêt à rejoindre Edward qui devait à coup sûr être en plein pétage de câble. Je me levai à mon tour et me plaçai devant lui, l'empêchant d'avancer.
- Em' reste là, je m'en occupe ok.
Il baissa la tête en soupirant.
- Vas-y et calme-le, il commence me courir...
Je fus soulagé que personne ne se décide à intervenir aussi, surtout Em'. Il était tellement furax contre Edward qu'il lui aurait encore collé son poing dans la gueule. Toute cette histoire était en train de tourner au cauchemar, mes deux meilleurs amis pouvaient à peine se regarder et moi j'étais complètement coincé.
Je montai les marches quatre à quatre et claquai la porte derrière moi. Je trouvai Ed' dans le salon, ses mains serraient ses cheveux comme s'il voulait se les arracher, sa respiration hachée. Il était en train de craquer. Il se mit accroupi pour ramasser les morceaux de verre brisé, en jurant. Je me mis à sa hauteur, il sursauta quand je posai ma main sur son épaule.
- Laisse je vais le faire. Lui dis-je calmement.
- Non, retourne avec les autres.
Ses mains tremblaient tellement qu'il arrivait à peine à les contrôler, suffisamment pour ramasser les bouts de verre éparpillés un peu partout. J'attrapai son poignet pour l'empêcher de continuer, mais il se coupa avant que je ne puisse l'arrêter.
- Putain de merde! Jura-t-il en resserrant sa main sur le morceau de verre, le faisant pénétrer un peu plus dans la chair.
Il se releva en pestant comme un diable et je tentai de l'attraper par les épaules pour qu'il se calme, mais impossible pour moi de le maîtriser suffisamment. Il était complètement fou, respirant par saccade.
- Putain! LACHE-MOI! Me cria-t-il en me repoussant violemment.
Il attrapa une chaise et la jeta à travers la pièce, avant de retourner la table. Il était totalement hors de contrôle me faisant complètement halluciner. Si je ne trouvais pas un moyen de l'arrêter, il allait démolir tout ce qui lui tomberait sous la main. Avant que je n'eus le temps de réagir, il avait renversé une étagère la projetant violemment au sol, brisant les cadres photo, éparpillant les livres et les cd qui y étaient rangés. Je n'avais aucune intention de le cogner mais tout était en train de dégénérer, il fallait absolument que je l'arrête. Je me jetai sur lui, l'attrapant par les épaules y mettant toute ma force pour le coller au mur. Sa tête et son dos heurtèrent durement le mur. Je le maintins en l'écrasant de tout mon poids. Il me regardait comme s'il était fou, tentant de se dégager de ma prise. Je ne l'avais jamais vu dans un état pareil, tant de rage et de fureur dans les yeux. Je pouvais comprendre sa colère, mais elle n'avait pas sa place.
Je le relâchai doucement au bout de ce qui me sembla être une éternité. Edward arrêta de respirer, fermant durement les yeux laissant s'échapper quelques larmes et s'effondra sur le plancher. Je m'accroupis, me mettant au même niveau que lui. Il fixa sa main ensanglantée comme s'il était ailleurs, presque déconnecté.
- Parle-moi Ed', Lui soufflai-je.
Ca me rendait malade de le voir comme ça. Il avait l'air complètement désemparé. Il avait tenu le coup jusqu'ici, mais c'était devenu trop dur pour lui. Maintenant que la colère était sortie, il semblait ne plus être tenu par rien, comme un pantin désarticulé.
Je comprenais sa douleur même si, jusqu'à maintenant je n'avais jamais vraiment réussi à prendre ses sentiments pour Bella au sérieux. Mais en le voyant si pitoyable, il ne m'était plus permis d'en douter. Il s'en voulait à mort et malheureusement pour moi comme pour lui, je n'arrivais pas à lui trouver d'excuses.
Il soupira dédaigneux, avant de sécher ses larmes rageusement. La rage et le désespoir se mêlaient dans ses yeux, mais j'avais la sensation que quelque chose avait changé.
- Je la déteste de me faire ça, mais... Putain je... Je me déteste encore plus. Murmura-t-il la voix coupée par les sanglots.
Je posai la main sur son épaule, ne trouvant rien à lui dire qui aurait pu l'apaiser.
- Elle me manque tellement, Jazz, que ça m'empêche presque de respirer. Lâcha-t-il en se frottant le visage de sa main valide.
- Je sais... Lui répondis-je en essayant de le réconforter du mieux que je le pouvais.
- Non tu sais rien, putain rien! C'est de ma faute si elle est partie, tout est de ma putain de faute! Je l'ai laissée toute seule alors qu'elle m'a vu partir avec Tanya. Comment j'ai pu être aussi con, hein? Comment j'ai pu l'abandonner, bordel? Hurla-t-il en me regardant droit dans les yeux.
Il semblait tellement en colère contre lui-même et tellement triste aussi. Sa rage s'était retournée contre lui, voilà ce qui avait changé. Et elle était plus puissante et plus dévastatrice encore.
- Ca il n'y a que toi qui puisses le savoir...
Il eut un rire crispé avant de détourner le regard se perdant de nouveau dans ses pensées.
- Je la mérite pas. J'aurais jamais dû revenir, j'ai réussi qu'à lui faire plus de mal encore.
- Ecoute... Elle va forcément finir par revenir, elle a nulle part où aller-
- C'est censé être rassurant! Me coupa-t-il, agressif.
- Tu pourras mettre les choses au clair avec elle. Lui dire que t'as jamais eu l'intension de retourner en Angleterre, que c'est fini avec Tanya.
- Mais elle est persuadée que je suis parti, Jazz. Elle a cru les conneries de Tanya, sans hésiter!
- Et qu'est-ce que t'aurais voulu qu'elle fasse? M'énervai-je à mon tour.
Il fixa ses yeux dans les miens, je pus voir alors toute sa douleur que j'avais semble-t-il sous estimée, avant qu'il ne les détourne de nouveau.
- Je crois que le mieux c'est que je parte aussi. J'ai plus rien à faire ici de toute façon... Sa voix mourut dans un murmure résigné, il capitulait.
Je me retournai surpris d'entendre des talons claquer sur le parquet. Je n'avais même pas remarqué que Rose était là avant de la voir arriver vers nous d'un air déterminé, pas étonnant avec le bouquant qu'avait foutu Edward. Elle l'attrapa par le col et le fit se remettre sur ses jambes. J'en fis de même, soudain inquiet à l'idée que j'allais peut-être devoir m'interposer. Emmett c'était une chose, Rosalie c'en était une autre.
- Tu vas m'écouter très attentivement, lui lança-t-elle en le fixant durement sans lâcher le col de son tee-shirt.
- Rose, je crois pas que- tentai-je avant qu'elle ne me coupe.
- Jazz, sois gentil, laisse-moi faire, me répondit-elle sans lâcher ses yeux. Jusqu'à maintenant je ne t'ai absolument rien dit Edward, mais je commence à en avoir plus que marre de t'entendre t'apitoyer sur ton sort. Tu vas montrer que t'es un homme et l'attendre avec nous. Parce que si elle revient et que tu n'es plus là, ça la brisera pour de bon. Si tu l'aimes tu feras ça pour elle. Avise-toi seulement encore d'envisager de partir et je te jure que ce ne sera pas Emmett qui démolira ta belle gueule, mais moi.
Elle le relâcha enfin, lissant le sweat d'Edward du plat de la main. Lui, la regardait fronçant les sourcils, presque choqué.
- Maintenant tu vas laisser Jasper nettoyer ta main. Tu fous du sang partout c'est dégueulasse, finit-elle par dire avant de tourner les talons. Et range-moi ce merdier! Rajouta-t-elle en claquant la porte d'entrée.
- Sacré bout de femme cette Rosalie, me sentis-je obliger de dire tout bas, une fois qu'elle fut partie.
Edward acquiesça avant de sourire bêtement.
- Quoi? L'interrogeai-je en l'entraînant vers la salle de bain.
- Foutrement efficace aussi.
- Elle a quand même remis en cause ta virilité je te signale! Lui lançai-je amusé en ouvrant l'armoire à pharmacie.
- Tu crois que je devrais être vexé? Me demanda-t-il presque sérieux.
- On dit qu'il n'y a que la vérité qui blesse, alors à toi de voir! Passe ta main sous l'eau que je regarde s'il y a du verre dans la plaie.
Heureusement ce ne fut pas le cas. Je ne me serais pas vraiment senti capable de jouer avec une pince à épiler pour retirer d'éventuels morceaux planter dans la peau de mon meilleur ami.
- Attention ça va piquer, le prévins-je avant de commencer à désinfecter sa plaie. Ma parole je détestais faire ça!
- Même pas mal, me répondit-il en grimaçant.
- Petite nature! Ris-je en m'amusant de sa mine crispée.
- Crois-moi que la dernière fois que Bella a dû me soigner, elle n'a pas remis en cause ma virilité, elle!
- Euh... On va dire que je te crois sur parole! J'ai pas du tout envie que tu me demandes de ramasser la savonnette!
- Aucune chance, t'es pas mon genre. Trop de poils!
- Moi poilu? Je m'entretiens figure-toi! Lui rétorquai-je faussement vexé.
- Lily? Me demanda-t-il les yeux exorbités.
Je plaçai quelques compresses sur sa plaie qui saignait toujours un peu avant de bander sa main.
- Pour qui tu crois que je me ferais torturer! Lui répondis-je en souriant de toutes mes dents. Il n'y avait que deux personnes au courant, Lily et mon esthéticienne. J'espérais juste qu'Edward soit digne de confiance et surtout garderait ça pour lui. Pas que j'avais honte non, bien au contraire, mais disons que pour un mec, voir apparaître ses premiers poils, où qu'ils soient d'ailleurs, est une sacrée grande étape, alors les perdre est un peu traumatisant. Surtout quand ça implique de la cire et une femme que vous ne connaissez même pas. Quand je pense au nombre de trucs hallucinants, voire douloureux que m'a fait faire Alice... Je crois pouvoir dire sans me méprendre que plus d'un homme n'y aurait pas survécu.
Il rit et je l'accompagnai volontiers en finissant mon bandage, plutôt raté mais ça devrait faire l'affaire.
- Est-ce que ça fait vraiment mal? Me demanda-t-il soudain plus sérieux. Oh merde, il n'allait quand même pas me demander l'adresse de mon esthéticienne?
- Pourquoi ? Bella t'a suggéré de te séparer d'eux? Lui répondis-je en désignant son torse.
- Non! Me fit-il avec une drôle de tête, les sourcils relevés. C'est juste pour mon information perso', histoire de savoir à quel point tu es taré! Rajouta-t-il avant d'exploser de rire.
- C'est ça fous-toi de ma gueule! Lui rétorquai-je presque vexé.
- Tu es épatant Jazz! T'as peur d'un bébé, mais pas de te faire arracher les poils du-
- Stop! Je t'arrête tout de suite! On va faire comme si nous n'avions jamais eu cette conversation, ok ! Le coupai-je un peu brusquement.
Il se racla la gorge, sûrement pour éviter de rire de nouveau. Moi je tentais de l'ignorer, rangeant tout mon petit bordel avant de me laver les mains.
Après quelques secondes, je relevai les yeux vers lui et déglutis difficilement.
- Edward, je voulais te dire merci pour avoir été là pour moi, l'autre jour quand j'ai appris pour le bébé, lui dis-je sincèrement.
- De rien. Me dit-il simplement.
- Non, je... J'étais trop préoccupé par mes propres problèmes pour m'être rendu compte que tu pourrais avoir aussi besoin de moi. Si tu avais pu me parler avant de retrouver Tanya, on aurait évité tout ça, j'aurais pu rassurer Bella quand je suis venu chercher Lily...
Il avait su être là pour moi, il avait su trouver les mots justes, me faisant réaliser l'erreur monumentale que me faisait commettre la peur, que j'aimais Lily plus que tout, qu'avoir un enfant d'elle était un cadeau inestimable. Il avait toujours été mon ami, malgré les années, malgré la distance, et même s'il avait changé. Ce jour-là j'avais découvert un Edward nouveau, un homme sincère, à l'écoute et fiable. Mon meilleur ami. Et j'aurais voulu pouvoir lui rendre la pareille.
- Je suis le seul fautif dans cette histoire, mec. T'as rien à te reprocher, me dit-il en quittant la salle de bain. Il agita sa main en rajoutant : merci pour ça et pour tout le reste aussi.
Après quelques minutes, je décidai de le laisser un peu seul, pour qu'il puisse souffler et faire le point sans m'avoir sur le dos. Je savais qu'il avait besoin d'espace, alors je lui en laissais, non sans lui répéter au moins 3 fois que s'il avait besoin de moi, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit je serais là.
Je redescendais ensuite au Etienne's pour retrouver Emmett, Rose et ma Lily. Je l'embrassai tendrement avant de prendre sa veste et de lui demander de se lever.
- Je t'emmène dîner, lui dis-je alors qu'elle commençait à me résister, ne voulant pas partir.
- Veinarde! S'exclama Rose en mettant un coup de coude à Em'.
Une fois dans la voiture, je posai ma main sur son ventre, avant de l'attirer vers moi pour l'embrasser doucement. Je pouvais la sentir sourire contre mes lèvres, ce qui me fit sourire aussi. Je lâchai ses lèvres et glissai ma main sur sa nuque pour garder son visage en face du mien. Ses grands yeux fixaient les miens, je pus voir qu'elle était heureuse malgré tout, malgré le vide qu'avait laissé Bella. Je savais qu'elle souffrait beaucoup de la situation, de ne pas savoir où était sa meilleure amie et plus que tout, d'être totalement impuissante. Il fallait que je la préserve, que je fasse mon maximum pour la protéger et lui changer les idées.
- Merci, lui dis-je en caressant son ventre.
- Merci pourquoi? Me répondit-elle souriante.
- Pour être celle que tu es...
- C'est un peu vague, mais j'apprécie le compliment.
Je lui souris à mon tour avant de me détacher d'elle pour nous conduire jusqu'à Manhattan. J'avais réservé une table au Bouley, son restaurant préféré. Je voulais lui faire plaisir, même si ça allait me coûter un rein, cette soirée devait être spéciale. Je voulais qu'elle comprenne que même si j'avais eu peur en apprenant sa grossesse, je n'avais absolument pas l'intention de me défiler.
Rien que de penser qu'elle portait maintenant mon bébé suffisait à me remplir de joie, même si ça me donnait le vertige aussi. Même s'il n'y avait encore rien de vraiment concret à part un résultat de prise de sang, je savais que le ventre d'Alice abritait un petit bout de nous deux. J'avais hâte de la voir s'arrondir, de pouvoir sentir le bébé bouger. C'en était presque effrayant. J'allais devenir père et même si c'était encore un peu confus pour moi, je savais que c'était le plus beau cadeau que la vie puisse me faire.
19h24;
Cela faisait à peine quelques minutes que Jasper s'était décidé à me laisser seul. J'avais dû lui promettre de ne plus faire de conneries, comme mettre à sac l'appartement entre autre. Il m'avait d'ailleurs gentiment suggéré de faire un brin de ménage parce que si Bella retrouvait son appart' dans un tel état, elle risquerait de vouloir me faire la peau. Moi je doutais franchement du fait que l'appartement soit sa seule raison de vouloir ma mort...
J'aurais voulu être comme eux, être persuadé qu'elle allait finir par réapparaître, mais plus les jours passaient plus j'étais persuadé du contraire.
Je finis comme chaque fois que je me retrouvais seul ici, par m'affaler sur le canapé. Regardant autour de moi tout le merdier que j'avais foutu. Pas étonnant que Rose ait décidé de venir me passer un savon avec le vacarme que j'avais dû faire. J'étais même étonné que personne n'ait appelé les flics. Mais si je m'étais de nouveau retrouvé en cellule, je crois bien que je serais passé définitivement du côté obscure, du côté des tarés, des psychopathes et de l'Empire.
Il y avait un bordel sans non, une chaise gisant près de la porte de la cuisine, la table renversée, des bouquins et des cd un peu partout, sans compter sur les bouts de verre qui jonchaient le sol, la peinture écaillée du mur qui m'avait fait une bosse, l'étagère en miettes et les restes de ma guitare. Le salon était un vrai champ de bataille. Si on m'avait demandé le point positif à tirer de tout ça, j'aurais sûrement répondu que je pouvais maintenant me vanter d'avoir la tête plus dure que les murs. Vous parlez d'un point positif! Je soupirai en me prenant la tête entre les mains.
Death to birth, Michael Pitt.
Son odeur était partout autour de moi et si je fermais les yeux, je pouvais presque imaginer qu'elle était là, tout près. Il ne me suffisait que d'un tout petit effort pour voir son doux visage se dessiner derrière mes paupières closes, pour entendre son rire résonner autour de moi. Bella était devenue mon fantôme et elle me hantait jour et nuit.
Comme chaque jour depuis qu'elle m'avait laissé seul, je restais là à fixer ma gratte que sa colère avait démolie, sans pouvoir la toucher, la laissant le plus loin possible de moi. Elle était le symbole de ce cauchemar, de mon échec, de ma culpabilité aussi. J'aurais voulu être capable de la jeter aux ordures, mais il me la fallait sous les yeux, qu'elle me nargue d'une certaine façon. Qu'elle me confronte à mes erreurs, qu'elle me torture.
J'aurais voulu pouvoir jouer, pouvoir chanter, mais ma gorge était bien trop serrée pour qu'aucun son ne s'en échappe, mes doigts étaient tellement crispés que j'en aurais été incapable. Je n'avais même pas pu en toucher une au conservatoire. La seule personne pour qui j'aurais pu jouer était sûrement à des kilomètres de là. J'aurais voulu qu'elle puisse m'entendre, j'aurais voulu qu'elle sache, qu'elle comprenne à quel point j'étais mal...
La musique ne m'était plus d'aucun secours, elle ne me libérait pas du chaos de sentiments qui me rongeait de l'intérieur.
Je pris de nouveau ma tête entre mes mains. C'était toujours les mêmes questions qui revenaient, pourquoi j'avais suivi Tanya sans même dire un mot? Pourquoi je l'avais rejointe elle quand j'avais quitté Jazz? Pourquoi j'avais eu besoin d'autant de temps avant de rentrer? Pourquoi est-ce que je l'avais laissée croire que je l'abandonnais...
La vérité c'est que je ne trouvais aucune réponse satisfaisante. J'avais pris le risque de la perdre sans même m'en rendre compte. Et je l'avais perdue. Peu importe ce que je pouvais faire maintenant, c'était trop tard. Je me maudissais chaque jour un peu plus et j'avais toujours plus de mal à me comprendre moi-même. J'avais d'abord commencé par lui en vouloir à elle, d'être partie comme ça, sans un mot, sans un regard. Mais finalement, je me rendais compte que je n'avais absolument pas le droit de la tenir pour responsable. Même si c'était plus facile à gérer pour le lâche que j'étais. Je n'avais pas été foutu d'être digne d'elle, alors que je m'étais efforcé de faire de mon mieux. Mais ça n'était pas suffisant et je finissais par me dire que ça ne le serait peut-être jamais. J'avais beau l'aimer comme un fou, je ne restais que moi, et je l'aimais comme un con.
Comme un lâche. J'avais toujours fui les situations difficiles, sans jamais oser me confronter à mes erreurs. Bella était la seule chose que j'avais regrettée. Aujourd'hui, ça allait bien au-delà des regrets, j'étais rongé, littéralement miné par les remords. Alors j'avais voulu fuir encore puisque c'était la seule chose que je savais faire. Mais pour elle je ne le ferais pas. Rose avait raison; je n'avais pas le droit de lui faire ça. Surtout maintenant que je savais ce que ça faisait. Elle m'avait abandonné, laissé seul face à mes erreurs et à mes responsabilités. Définitivement, je n'avais pas le droit de lui en tenir rigueur. Elle n'était pas lâche comme je l'avais été, elle était forte et courageuse, toute seule à des kilomètres d'ici peut-être et c'était moi qui l'avais forcée à s'exiler. A cause de moi, elle avait dû tout laisser derrière elle, ses amis, sa famille, sa vie. Elle payait le tribut de ma lâcheté.
Dire que je croyais l'aimer. J'avais encore tout à apprendre de l'amour et tellement à apprendre d'elle. Je me disais parfois que je ne serais jamais à la hauteur et ça bien avant qu'elle ne parte. J'avais bêtement cru qu'il me suffirait de réparer les fautes du passé, parce que je pensais avoir changé et mûri. Mais il n'en était rien, je n'étais pas différent aujourd'hui de cet adolescent d'hier qui lui avait ravi son cœur et sa pureté, sans se soucier des conséquences pour elle comme pour lui, en la laissant simplement n'être qu'un souvenir. Aussi doux qu'amer. Je n'étais même pas sûr d'avoir regretté, du moins au début, de lui avoir fait ça. J'étais tellement égoïste à l'époque, tellement sûr de moi.
Londres était ma chance de vivre loin de toutes contraintes, loin de tout, tout simplement. J'avais décidé de m'y consacrer corps et âme, quitte à me perdre moi-même. Ca n'était peut-être qu'après une année entière passée loin de New York et de tous ceux que je connaissais que j'avais commencé à me poser des questions. Elle n'était pas venue avec les autres, pour mon premier anniversaire en Angleterre. Je me souviens avoir eu un pincement au cœur alors que j'espérais toujours la voir à l'aéroport. J'avais réalisé à quel point j'aurais voulu la revoir, parce qu'au fond, elle me manquait et que d'une certaine façon ça m'aurait rassuré. Les autres m'avaient servi des excuses bidon : des partiels à la fac en passant par la grippe. J'en avais donc conclu qu'elle ne voulait plus me voir. Qu'elle m'en voulait. Je la comprenais bien sûr mais je me disais qu'après tout je ne lui avais rien promis et que ce n'était pas de ma faute si elle s'était fait de faux espoirs. C'est ce que je me disais oui, pour ne pas avoir à admettre que j'avais été vraiment un sale petit con. Bien sûr que je ne lui avais rien promis, mais rien n'excusait le fait d'avoir profité d'elle.
D'aussi loin que je me souvienne, j'avais toujours eu un faible pour elle, et même un gros mais je n'avais jamais osé me confronter à Emmett, au risque de perdre son amitié. Aujourd'hui je savais que si j'avais osé à l'époque, toute cette merde ne serait peut-être jamais arrivée. Mais il m'avait fallu tout ça, pour que j'arrive à voir l'immensité de mes sentiments pour elle. Les vieilles habitudes avaient la vie dure et j'avais bien failli de nouveau commettre la même erreur. Mais j'étais mordu, je l'avais dans la peau et même Emmett n'aurait pas su m'y faire renoncer. Il avait suffi que je merde encore pour la perdre de nouveau.
A Londres, il y avait tant de choses nouvelles pour moi, que ça m'avait fait oublier un temps celui que j'étais vraiment. J'avais je crois trop soif de vivre, pour réussir à me remettre en question. Je voulais tout voir, tout toucher, même du bout des doigts. J'avais cru réussir, ou au moins en être proche. Mais en réalité je m'étais juste laissé aveugler et aspirer dans une spirale de laquelle je ne savais plus sortir. J'avais aimé ça, je ne dirais jamais le contraire, le sexe, l'alcool et la musique. Mais j'étais passé trop longtemps à côté de l'essentiel.
Et puis il y avait eu Tanya... J'en étais tombé amoureux, pas dès le premier regard, mais il ne m'avait pas fallu longtemps pour la trouver absolument fabuleuse. Elle était si pleine de vie, si passionnée, qu'elle avait réussi à me faire entrevoir la lumière. Auprès d'elle j'avais cru trouver ma place, enfin, j'étais bien, même s'il me manquait continuellement quelque chose. Ca avait été idyllique, du moins un moment. Elle m'inspirait et quand elle chantait mes chansons je les voyais prendre vie grâce à elle, même si ce n'était pas pour elle que je les écrivais.
On avait créé un petit groupe avec des amis de la Royal Academy, Benjamin, Garett, Peter et Charlotte qui jouait parfois du violon pour accompagner certains morceaux. C'étaient tous des amis de Tanya avant d'être les miens. Bien sûr je les adorais, Peter le surfeur comme on l'appelait me rappelait souvent Jasper et Charlotte avait un petit côté hystérique, certes bien moins exacerbé que celui de Lily mais quand même... Les tensions n'étaient pas rares surtout entre Benjamin et moi, puisqu'il avait eu une aventure avec Tanya. On était en perpétuelle rivalité et quand l'alcool s'emmêlait, ça tournait souvent à l'affrontement.
Je me sentais très souvent seul, même entouré d'eux tous. Ça me rendait souvent morose au mieux, amer parfois, surtout désabusé. La musique était alors mon seul secours. Et puis était venu le moment où ça ne m'avait plus suffi. J'avais commencé à ne plus me sentir à ma place. Tanya n'avait pas vraiment fait grand chose pour me retenir, elle ne me comprenait pas. Tout avait dégénéré à partir de là. Encore maintenant, je me demandais ce qui m'avait retenu si longtemps.
Je m'étais comme réveillé un matin en me demandant ce que je foutais là, ce que j'avais bien pu faire de tout ce temps... Et puis comme j'y voyais enfin plus clair, je m'étais tourné vers le passé, toutes ces choses que j'avais pues laisser derrière moi, inachevées. Bella m'était venu comme une évidence elle aussi. Tout s'était bousculé, une nouvelle dispute avec Ben', Tanya qui tentait de le retenir. Quand je l'avais retrouvée dans ses bras, dans notre appartement, bien sûr que j'avais eu mal. Bien sûr que le ciel m'était tombé sur la tête. Mais maintenant je savais qu'il n'aurait pu en être autrement. Bien sûr j'avais souffert, écumant les bars, trainant ma carcasse jusqu'à me retrouver ventre à terre. J'avais cru ne jamais souffrir plus, mais encore une fois je me trompais. Aujourd'hui j'avais encore plus mal, aujourd'hui la douleur, le manque m'étouffaient presque. Mais aujourd'hui je décidais d'être à la hauteur.
Oui, j'avais été lâche, encore, j'étais parti, fuyant encore et toujours. J'avais juste fermé la porte de cet appartement qui avait autrefois été le mien. Et je ne m'étais pas retourné. C'était là mon erreur. Laissant sans cesse l'inachevé dans mon sillage. Oui j'avais fui, cette ville, ce pays que j'avais cru être mon asile, ma chance. J'avais fui sans hésiter une seule seconde, alors qu'il m'avait fallu des semaines pour décider de partir de chez moi. Il m'avait suffi de trouver cette photo... Chez moi, oui, c'était définitivement ici que j'étais chez moi.
J'aurais dû partir sans rien laisser derrière moi. Tanya ne serait jamais revenue si j'avais eu le courage d'être sincère avec elle. Mais c'était m'exposer au risque qu'elle réussisse à me faire changer d'avis. Or, il n'y avait eu que Bella pour me conforter dans mon choix. Je l'avais choisie elle, plus que tout le reste. J'aurais tellement aimé qu'elle en soit convaincue...
Quand Tanya avait refait surface, après des mois d'absence, ça m'avait d'abord mis en colère. Pour être honnête, je ne m'étais jamais imaginé me retrouver un jour avec Bella en face de moi et Tanya derrière. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça m'avait foutrement déstabilisé. Je n'avais plus le choix pour le coup, j'allais devoir m'expliquer avec Tanya, pour faire table rase du passé et enfin pouvoir être avec Bella. Etre avec celle que j'aimais. Je ne sais toujours pas pourquoi je l'avais prise dans mes bras, pourquoi je l'avais serrée contre moi. Peut-être parce que j'avais encore beaucoup d'affection pour elle, peut-être parce que je m'en voulais de l'avoir faite souffrir aussi.
Bella ne quittait pas mes pensées, et au fond c'était pour elle que je faisais tout ça. J'avais suivi Tanya sans opposer de résistance quand elle m'avait demandé d'aller parler dans un endroit plus tranquille. Peut-être aurais-je dû rester là, près de Bella, mais j'avais cru que son dernier sourire était un sourire de confiance, d'abnégation peut-être. Mais jamais de renoncement.
Je m'étais donc retrouvé dehors, sous la morsure du froid à suivre cette femme à laquelle je devais faire mes adieux. Je n'avais jamais été doué pour ce genre de chose mais je savais que je ne réussirais qu'à repousser l'échéance en m'obstinant à ne pas vouloir lui faire de tord. Puisque c'était inévitable. J'étais pour le moins troublé qu'elle ait décidé de venir jusqu'à moi, à des milliers de kilomètres de chez elle. Je savais qu'elle attendait quelque chose de moi, mais bêtement j'avais cru pouvoir l'éviter assez longtemps. Toujours cette foutue lâcheté qui me tenait par les couilles.
Quand Jazz avait appelé, je pensais avoir là un sauf-conduit, une remise de peine, alors qu'il ne s'agissait que d'un sursis. J'avais accepté de la retrouver ensuite, j'avais cru pouvoir y couper. Mais j'avais fini par la rejoindre, elle plutôt que celle pour qui mon cœur battait. Choix idiot, choix inconsidéré. J'avais creusé moi-même la tombe dans laquelle j'étais maintenant couché. J'étais allé à son hôtel dans l'Upper West Side, presque malgré moi. J'avais dû me mettre quelques pintes pour me donner du courage. Le courage de fourrer le nez dans un guet apens.
Elle m'attendait, tendre et confiante, belle aussi. Elle me connaissait bien, il fallait l'avouer. Elle mettait toutes les chances de son côté. Qui aurait pu la blâmer pour ça? Sûrement pas moi. Et je m'étais fait avoir comme un con. Sensible à ses charmes. Dès qu'elle avait senti mon regard sur elle, elle avait cru gagner. Je la trouvais désirable, mais quel homme serait resté de marbre, en voyant une si merveilleuse créature déambuler sous ses yeux ?
Elle avait su me troubler, mais rien de plus. Je n'étais pas là pour ça. Je n'avais pas envie d'elle, même pas une dernière fois. Je voulais tirer un trait sur cette histoire, en finir, pour elle, pour moi.
J'avais tenté de lui expliquer, de lui dire qu'il était trop tard pour nous et même pour le groupe, que maintenant je ne me voyais nulle part ailleurs qu'ici.
- Mais comment tu peux dire une chose pareille? M'avait-elle rétorqué visiblement affligée par ce que j'étais en train de lui avouer. Edward j'ai fait des erreurs j'en suis consciente, mais tu ne peux pas juste tirer un trait sur moi et sur tout ce qu'on a vécu ensemble... Je t'aime tellement Edward... On pourrait tout reprendre à zéro, recommencer...
J'aurais dû m'y attendre. J'aurais dû savoir qu'à la moindre faiblesse de ma part, elle se jetterait dans la brèche et fondrait sur mes lèvres. Son baiser n'était pas tendre, il était désespéré, presque violent. Elle rapprocha son corps du mien, m'attirant toujours plus à elle, son bras enroulé autour de ma nuque, sa main agrippant mes cheveux. Mais comment en étais-je arrivé là...
- Tanya... Arrête, murmurais-je en la repoussant doucement. Je ne voulais pas lui faire de mal, c'était suffisamment dur comme ça. Elle se mit à pleurer en s'accrochant à ma chemise. Je lui caressai le dos maladroitement, ne sachant quoi faire d'autre. Elle semblait si fragile, elle qui avait toujours été forte comme un roc.
- Tu ne peux pas me dire ça Edward, j'ai toujours été là pour toi... Je t'en prie, je t'en supplie reviens-moi... Murmura-t-elle le souffle coupé par les sanglots. Je sentais peu à peu mon cœur se fendre, je n'étais pas fait pour les adieux. Oh ça non, mais je me devais d'être fort, d'être ferme et de ne rien céder.
- Je ne peux pas, lui dis-je d'une voix tout aussi étranglée.
- Tu ne peux pas? TU NE PEUX PAS? S'écria-t-elle en me ramenant vers elle brusquement. Je tentai de lui faire lâcher prise, mais ses mains s'accrochaient désespérément à moi.
- Ne rends pas les choses plus difficiles.
- Edward fais-le pour moi... Je t'aime! Me cria-t-elle alors que je réussis à lui faire lâcher mon t-shirt. Je la repoussai sur son lit et me redressai pour aller prendre ma veste. Venir ici était définitivement la pire idée que j'avais pu avoir, comment j'allais faire pour me sortir de là maintenant ?
- Tu vas la retrouver n'est-ce pas? Me lança-t-elle avec hargne.
- Je vis avec elle Tanya! Je suis avec Bella maintenant, c'est fini toi et moi ! Criai-je à mon tour, il fallait qu'elle comprenne que je ne pourrais plus jamais être avec elle. Elle se mit à rire subitement.
- Alors tu m'as quittée pour elle? Cracha-t-elle avec mépris.
- Je suis revenu ici parce que New York c'est chez moi! Et elle... Elle... M'étranglai-je.
- Vas-y Edward dis-le! C'est si difficile?
- Je l'aime! Voilà t'es contente?
Elle se mit à rire d'autant plus fort, avant de se mettre à genoux sur son lit et finalement pleurer de rire.
- Tu vois tu y arrives... A moi tu ne me l'as jamais dit, s'étrangla-t-elle. Malgré tout l'amour que j'avais pour toi, malgré tout ce que j'ai fait pour toi, pour nous.
- Ca n'a rien à voir, soupirai-je.
- Bien sûr que si! Tu n'as jamais pu être vraiment avec moi, parce qu'elle a toujours été là, dans un coin de ta tête!
Un nouveau sanglot la secoua, moi j'étais complètement désemparé. Je ne savais pas quoi faire, pas quoi lui dire, qui apaiserait sa peine ou qui au contraire ne ferait que la nourrir. Je finis par m'assoir sur la petite chaise installée à côté d'une console. Je fixai la moquette beige complètement perdu.
- Je suis tellement désolé... J'ai jamais voulu te faire de mal...
- Je t'en prie, garde tes états d'âme pour d'autres.
- Je suis désolé quand même.
Elle se releva en reniflant et s'approcha de moi, ou plutôt de la console pour récupérer son paquet de clopes. Elle en alluma une, me crachant la fumée au visage, la faisant voler autour de moi.
- Qu'est-ce que t'attends pour aller la retrouver, hein? Je crois que t'as perdu assez de temps comme ça! Claqua-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
Je me redressai et la regardai une dernière fois. Elle avait raison je devais partir.
- Je te demande vraiment pardon pour tout, j'ai jamais voulu ça tu sais... Lui dis-je avant de me détourner. Alors que j'atteignais la porte de la chambre, son rire, presque hystérique, me fit me retourner.
- Ne soit pas si désolé Edward.
- Qu'est-ce que tu veux dire? Lui lançai-je suspicieux avant qu'elle ne s'esclaffe de nouveau.
- Je veux dire que tu pourrais bien regretter tes excuses et me détester aussi.
- Qu'est-ce que tu lui as fait? M'écriai-je en me ruant sur elle, l'attrapant par le bras. Je n'aurais jamais dû la sous-estimer, ou la prendre pour quelqu'un de faible. Tanya n'était pas ce genre de fille, elle était combattive et manipulatrice s'il le fallait.
- Lâche-moi tu me fais mal Edward! Se plaignit-elle en cherchant à se dégager. Je voulais juste m'assurer que si je ne t'avais pas, elle non plus ! Cracha-t-elle.
Je serrai les dents à sa remarque acerbe et resserrai ma prise son bras.
- Je vais pas me répéter 100 fois, qu'est-ce que tu lui as fait?
- Mais rien! Cria-t-elle en se dégageant. Puisque tu sembles si sûr de toi va la rejoindre! Enfin si elle est restée à t'attendre... Lâcha-t-elle mauvaise. J'empoignai mes cheveux avec force, avant de la saisir par les épaules et de la secouer violemment.
- Je te jure que s'il lui est arrivé quoi que ce soit je te... Je te...
- Tu me feras quoi Edward? Hein? Cours, juste assez vite pour espérer la retenir.
Je levai la main sur elle avant de m'arrêter au dernier moment. Mais qu'est-ce que j'étais en train de faire?... Bella... Je la repoussai violemment et me ruai vers la porte.
Courir... Juste assez vite... Pour la retenir...
21h54, 16 Javier 2010, quelque part pas très loin de Spokane;
Il faisait nuit depuis longtemps et la neige commençait à tomber vraiment trop, m'empêchant d'avancer. Je devais me résoudre à m'arrêter pour la nuit.
Aujourd'hui avait été une bonne journée. Il n'avait quasiment pas neigé jusqu'à maintenant et je ne m'étais pas non plus faite contrôler. Un vrai soulagement, parce que je crois que si j'avais croisé le moindre uniforme j'aurais fini en taule pour outrage à agent, ou même pire.
J'étais restée bloquée à Helena hier toute la nuit et une bonne partie de la matinée à cause de la météo merdique, alors je devais déjà m'estimer heureuse de ne pas avoir pris trop de retard. Non pas que j'avais un quelconque temps imparti, mais Jacob ne cessait de me charrier sur le temps que je mettais pour arriver. Je ne devais pas oublier de lui en coller une en arrivant d'ailleurs, parce que cette enflure avait osé remettre en question mes capacités de conductrice. J'avais parcouru plus de 3000km, sans dépasser les 80km/h, vent dans le dos. Tout ça en plein hiver, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige. Alors je méritais une médaille bordel!
Il ne me restait plus que 350km pour atteindre Seattle et au moins autant pour rejoindre Forks. La fin du périple approchait. Ca ne me rendait ni heureuse, ni triste. J'avais juste de plus en plus la sensation d'être trop loin de chez moi. Même si d'une certaine façon Forks était ce qui se rapprochait le plus d'un semblant de terre connue. Dans le fond, je commençais petit à petit à réaliser que je n'avais plus vraiment de chez moi, et c'était peut-être ça le plus dur...
Ce soir, en m'arrêtant dans un petit Bed and Breakfast un peu à l'extérieur de la ville de Spokane, j'avais espéré que le soulagement vienne, puisqu'enfin j'avais l'impression de toucher au but. Depuis presque deux semaines que j'étais sur la route, j'étais passée par tous les sentiments possibles : l'abattement, la déprime de Chicago, l'envie de voir l'horizon devant moi, la sensation vertigineuse de liberté, la douleur aussi, la nostalgie l'accompagnant souvent, la résignation, la colère parfois, la fatigue souvent, la peur, la solitude qui restait toujours accrochée à mon dos, le manque cruel, suintant par tous les pores de ma peau... Mais jamais je ne rêvais, jamais je n'espérais. J'avais beau avancer, en être certaine, j'avais la sensation de ne pas appartenir au temps. Pas de passé, pas de présent, pas de futur. Les kilomètres ne changeaient rien, j'étais restée figée. Et le soulagement ne venait jamais.
Je m'étendis sur mon lit d'un soir, Diego y grimpant pour se coller contre moi. Je caressais distraitement sa tête, jouant avec ses oreilles jusqu'à se qu'il s'endorme. Mais moi je n'arrivais pas à dormir. Je me relevai pour aller me doucher. Une fois propre, j'enfilai un débardeur, une culotte et un pull, parce que je me pelais les miches. Je retournai me mettre sous les couvertures, mais là encore, malgré l'épuisement, je n'arrivais pas à dormir. Je gardais les yeux grands ouverts, essayant de me concentrer sur les ronflements de Diego, calquant leur rythme lent et calme. Mais impossible de débrancher mon cerveau, il tournait à une vitesse folle me donnant la migraine.
Je n'étais plus certaine de vouloir aller à Forks. Ca faisait remonter tout un tas de souvenirs plus ou moins douloureux, en tout cas désagréables. Mais pourquoi fallait-il que Jack soit là-bas? J'aurais bien pu le rejoindre n'importe où... J'avais tellement besoin de lui, qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise que tout irait bien maintenant, qu'il prendrait soin de moi... Oui, j'aurais pu le rejoindre au bout du monde. Mais il avait fallu qu'il soit à Forks, dans sa réserve, avec sa famille. Ca compliquait les choses, je n'allais pas être seule avec lui, j'allais devoir affronter le regard des autres. Des visages que j'avais peut-être déjà croisés il y a bien des années de cela. Je doutais que quiconque me reconnaisse mais je ne pouvais pas nier que ça me foutait la trouille quand même. Les questions se bousculaient dans ma tête, me donnant le tournis. Et s'il était toujours là-bas? S'il entendait parler de moi? Si je le croisais par hasard? C'était juste trop à gérer pour moi et j'espérais bêtement que le destin serait peut-être clément avec moi ce coup-ci.
Ma mère avait dû nous faire quitter cet endroit pour se reconstruire ailleurs et moi je faisais le chemin inverse. J'avais presque l'impression de la trahir, en revenant sur ses pas. Immanquablement, revenir à Forks, signifiait quelque chose de bien plus fort que le simple fait de me réfugier chez Jacob. Le moins que l'on puisse dire c'est que je n'étais pas vraiment d'attaque pour ce come-back. Ce soir plus que n'importe quel autre, j'aurais aimé dormir et ne plus jamais me réveiller. Ne plus avoir à ressentir ce manque immense, ce trou béant qui perçait ma poitrine et faisait saigner mon cœur. J'avais cru que plus je serais loin, moins j'aurais mal, mais c'était se bercer dans de douces illusions que de croire que je pourrais échapper à mes blessures. Quoi que je fasse il me collait à la peau.
Je réalisais combien il était difficile de partir et j'admirais d'autant plus ma mère pour avoir su recommencer à vivre ailleurs. Je ne savais pas si j'en serais capable et en y réfléchissant bien, c'était loin d'être ma priorité. Pour l'heure, j'aurais voulu que la douleur laisse place à l'engourdissement. Mais c'était encore trop frais dans ma mémoire pour que je puisse en être débarrassée, au moins d'une certaine façon. Je traînais mon mal comme le boulet au pied d'un condamné.
Everywhere I go, Lissie.
Je ne m'autorisais pas de penser à lui, et j'y mettais toutes mes forces. Mais ce soir c'était trop dur. J'abandonnai la bataille une seconde à peine et ma tête fut aussitôt submergée par des images de lui : son sourire, ses yeux, ses caresses, ses 'je t'aime'... Mes yeux s'emplirent larmes, je les laissai investir mes joues, ravager mon visage et m'entraîner avec elles dans leur course folle. Est-ce qu'un jour j'arriverais de nouveau à respirer normalement? A voir normalement? Sans toujours avoir ce voile devant les yeux, rentrant dans ma bouche dès que j'essayais de reprendre mon souffle... Je fourrai ma tête dans l'oreiller pour étouffer mes sanglots.
Je savais qu'il me faudrait du temps, mais je n'en pouvais plus d'être si malade, si torturée, si épuisée. Je voulais juste pouvoir encore être indifférente et froide, mais je brûlais de l'intérieur et rien n'apaisait ce feu. Je voulais juste réussir à retrouver un peu de moi, mais je n'étais qu'une boule de souffrance, enfermée dans cet enfer.
Non le soulagement ne viendrait pas, ni ce soir, ni même jamais...
Quelqu'un a dit, mais je ne me rappelle plus qui; "le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine. Alors le passé est comme s'il n'eut jamais existé."
Je n'avais pas dû attendre assez longtemps…
Je serrai fort les yeux espérant que l'amertume verse de l'acide sur mes plaies. Il valait mieux la colère que la désolation. Ca me donnait l'illusion d'être forte, d'être portée, presque soutenue. Il valait mieux que je le hais, plutôt que d'accepter de l'aimer malgré tout.
Le sommeil ne vint me prendre que bien plus tard dans la nuit. Et quand je m'éveillai au matin, son visage ne m'avait pas quitté et la douleur était toujours là. Ni plus, ni moins forte, juste lancinante. Où que j'aille, elle ne me quitterait plus désormais j'en étais sûre, alors il me faudrait faire avec. L'affronter chaque matin, comme je devrais affronter la vie dehors. Puisque c'était ça ou attendre que rien ne vienne. Alors je me levai, dans la lumière crue et froide de ce matin qui n'était pas différent des autres, si ce n'est que bientôt je ne serais plus seule. Il fallait que je m'accroche à ça, puisque c'était probablement la seule chose que j'avais.
J'étais restée trop longtemps amorphe, trop longtemps silencieuse, trop longtemps planquée. Comme tous les matins, je fis mon sac, allai rendre les clés de ma chambre, avant de retourner m'enfermer dans ma voiture. J'allumai mon portable en même temps qu'une cigarette. Je le posai comme j'en avais pris l'habitude, sur le tableau de bord attendant qu'il arrête de sonner. J'envoyai ensuite un message à Jacob pour lui dire que je devrais être là dans 8 ou 9h en espérant que je puisse traverser sa maudite forêt sans trop de mal. Il me répondit que je devrais garder mon téléphone allumé pour qu'il puisse me joindre, que ça le rassurerait. Alors j'obtempérai, je jetai ma clope par la vitre entre ouverte et décidai de promener un peu Diego avant de prendre la route. Il s'éclatait comme un fou, faisant des bonds dans la neige, gobant les flocons qui tombaient sur son museau. Je me surpris à sourire… Depuis combien de temps ne l'avais-je pas fait? Trop longtemps...
Je ressortis mon portable de la poche de mon jean et me décidai à écouter les messages qui saturaient ma boîte vocale. Je voulais arrêter de me cacher, ça avait assez duré.
Emmett, 5 Javier, 03h02: "Bella, est-ce que tu peux m'expliquer ce que c'est que ce putain bordel? Je suis au poste de police, ils ont mis Edward au trou! Apparemment il serait entré par effraction au Etienne's! Mais où t'es putain?"
Emmett, 5 Janvier, 03h03: "BELLA! Décroche ce putain de téléphone!"
Emmett, 5 Janvier, 03h06: "Dis-moi au moins si je dois le sortir de prison ou pas... Allez Bell's... Réponds-moi s'il-te-plaît..."
Jasper, 5 Janvier, 07h19: "Je sais pourquoi tu fais ça Bella, mais je te jure, c'est qu'un malentendu. Rentre, si tu veux pas le voir, viens à la maison. Lily s'inquiète."
Alice, 5 Janvier, 08H00: "Tu sais Bee, je peux être vraiment douée à ce jeu-là. Je vais tellement te saouler que tu vas finir par décrocher ce maudit téléphone! Tu te souviens de toute la patience qu'il m'a fallu cet été pour attendre de pouvoir acheter cette paire d'escarpins Jimmy Choo dans la boutique de Madison Avenue ? Tu sais ceux avec les deux brides sur la cheville et les petits strass sur le talon... Bref! J'ai attendu et je les ai eus! Alors je t'aurais Bella Swan !"
10 messages d'Alice plus tard...
Rosalie, 6 Janvier, 19h36: "Isabella Marie Swan! T'as plutôt intérêt de me dire où tu es, que je vienne te botter le cul!"
Alice, 9 Janvier, 17h35: "Je t'appellerai tous les jours, toutes les heures, mais tu finiras par me répondre. Foi d'Alice Brandon!"
6 messages d'Alice plus tard...
Angela, 12 Janvier, 19h05: "Je sais pas comment t'as réussi à me faire faire ça... Mais voilà, je suis en train de parler à un putain de répondeur et franchement je déteste ça! Bon... Euh, je t'appelais pourquoi moi? Ah oui! Juste pour te dire que tu étais en train de rendre tout le monde complètement dingue, alors si tu voulais bien au moins donner signe de vie. Euh, je crois que c'est tout... En fait- bip "
Angela, 12 Janvier, 19h06: "Putain de machine de merde! Qu'est-ce que je disais moi? Ah oui! RENTRE!"
Alice en pleurs, 12 Janvier 20h16: "J'espère que tu vas bien, juste que tu vas bien."
Alice, 13 Janvier, 12h15: "Tu me manques..."
Je ne pus en entendre plus sans céder de nouveau aux larmes et j'avais besoin de tout sauf de ça. J'effaçais tout le contenu de ma boîte vocale, sans même écouter les 24 autres messages. Je jetai un coup d'œil à tous les sms que je n'avais pas lus non plus. Pas un seul de lui... Je réprimai une bouffée de rage en mordant ma main pour ne pas me mettre à hurler.
Je sifflai Diego, qui ne semblait pas vouloir m'obéir, trop content de pouvoir faire le con dans la neige. J'allumai une autre cigarette espérant me calmer et je rejoignis la voiture en pestant contre ce chien débile, contre cette putain de neige et contre la terre entière puisque j'étais lancée. J'allai m'installer derrière le volant, claquant ma portière si violemment que j'avais bien cru qu'elle me resterait dans la main. Mais elle tint bon et moi aussi. Je repris mon portable pour envoyer un sms à Lily, qui avait sûrement le plus besoin que je la rassure.
"Je vais bien, ne t'en fais pas."
J'appuyai sur 'envoyer', au même moment je sursautai, Diego venait de se mettre debout contre ma portière, sa grosse truffe écrasée contre le carreau. Je râlai avant de lui ouvrir pour le laisser monter, me faisant écraser au passage. En plus il me foutait de la neige partout!
Soudain mon portable se mit à sonner, sûrement Lily qui m'appelait. J'avais été prête à répondre, mais je suspendis mon geste en voyant que ce n'était pas Lily. Mon cœur se mit à cogner contre mes côtes, je commençai à suffoquer. Edward...
Je fermai les yeux et m'étranglai en ravalant le sanglot qui s'échappa quand même de ma gorge. Sans que je ne sache pourquoi ou comment, je pris l'appel avant de coller le téléphone contre mon oreille. Je voulais juste entendre sa voix.
- Bella...
Je ne pouvais pas vous laisser sans un dernier petit mot;
D'abord pour vous demander comment vous avez trouvez ce chapitre, qui est bien différent des autres, j'ai décider de lacher un peu Bella pour vous offrir un pele mel de POV, des flach back... J'espere que ça vous as plu en tout cas, parce que le chapitre suivant devrait etre dans le même genre, avant de revenir au journal de Bella pour le ou les derniers chapitres de Oconditionnel.
Ensuite juste pour vous dire que le prochain chapitre se fera un peu désirer, parce que je l'ai à peine commencé et que je n'aurais pas le temps d'y toucher avant lundi, si j'ai pas trop la gueule de bois ;) Weekend festif, parce que j'ai un peu la même passion que Bella pour la vodka et les tequila frappées XD Je me suis vue quand j'ai bue et croyez moi sur parole c'est plutot tordant! Je vais quand même essayer de ne pas etre trop déchirée pour l'étape incontournable du gateau et du soufflage de bougies sinon je crains d'etre capable de foutre le feu à mes cheveux... Navrant je sais, mais j'ai pas du tout envie de devoir m'offrir une péruque!
Pioufff je parle, je parle moi... Mais arrétez moi bordel! lool
Allez je vous laisse mes lardons, toutes à vos claviers, je veux des reviews! ^^
Axelle je n'ai pas oublié ta promesse, alors lache toi!
Prenez soin de vous, on se retrouve bientot...
Marine
