Note de la traductrice : Bonjour à tous et à toutes ! J'espère que vous allez bien et que vous profitez de ces mois de juillet et août. Je suis en vacances depuis une semaine et je dois dire que c'est un vrai plaisir de ne RIEN faire !
Merci du fond du cœur pour tous les retours que vous m'avez laissés sur le chapitre précédent malgré la longue attente que je vous ai imposée. J'en profite pour remercier les reviewers anonymes : Manorfe alias Romane, Liseron, Filou et Guest. Si vous en avez envie, n'hésitez pas à vous connecter pour que je puisse répondre directement à vos messages et que nous papotions un peu !
Comme pour tous les chapitres, je ne serais rien sans la pétulante Rose Atsamy, bêta-lectrice de mon cœur. Merci !
Résumé du chapitre : John Watson est surpris par un article du Daily Mail. Les frères Holmes se bagarrent. Un ordinateur brisé, des confessions et un bon brandy.
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Chapitre 25
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Le navigateur internet de Mycroft était ouvert. Il venait apparemment de faire une recherche sur des tapis d'Orient.
Je tapai mon nom sur Google.
Ce ne fut pas mon blog qui apparut en premier, mais un entrefilet du Daily Mail datant de deux ans auparavant.
JOHN HAMISH WATSON ET MARY MORSTAN SE MARIENT
Une moitié du duo de détectives se mariera ce printemps ! Lire la suite
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Je cliquai sur le lien.
J'étais toujours devant l'ordinateur, n'ayant quasiment pas été dérangé par les infirmières, quand Mycroft revint plus d'une heure après.
« Vous êtes parti longtemps, commentai-je sans relever la tête. Si j'étais du genre paranoïaque, je dirais que c'était une mise en scène à mon intention. »
Il ne nia pas.
« Vous êtes du genre paranoïaque, John. Je dois admettre que je suis étonné que vous n'ayez pas exigé un accès internet plus tôt. Ni votre téléphone portable, d'ailleurs.
- J'ai mal à la tête. » C'était une piètre excuse et je le savais. En vérité, malgré la curiosité grandissante, je n'étais pas impatient à l'idée de reprendre contact avec le monde extérieur, pas même pour avoir des nouvelles de mes copains de l'armée ou pour téléphoner à Harry.
« Ou au cœur. » suggéra Mycroft Holmes d'un air supérieur. Il défroissa son T-shirt d'un revers de la main. « C'est certainement cet organe que mon frère satisfait.
- Fermez-la. » Mon poing gauche se crispa sur la tablette. « Où est Sherlock ?
- En route. Alors… » Mycroft se balança légèrement d'avant en arrière. « Est-ce que votre travail de fouille a amélioré… » Il se tapota le crâne avec l'index. « … quelque chose ?
- Non, répondis-je froidement. C'était un peu comme lire de la très mauvaise fiction. Mais merci pour votre aide. » Je pris conscience du fait que mon poing se serrait et se desserrait convulsivement à côté de l'ordinateur. Ainsi que du fait que j'avais une furieuse envie de frapper Mycroft Holmes, de faire disparaître ce petit sourire suffisant de son visage. En fait, j'étais à moitié debout et j'y pensais sérieusement quand Sherlock passa la porte.
Il semblait fatigué, essoufflé et harassé. Ses boucles se dressaient dans toutes les directions sur le sommet et les côtés de son crâne, et une immonde tâche jaunâtre maculait la moitié haute de sa chemise. Il avait troqué le sac coloré contre une besace en cuir plus moderne, et un sac à provision se balançait au bout de son bras.
Il s'arrêta abruptement, son regard rusé absorbant tous les détails de la pièce, depuis l'expression satisfaite de Mycroft jusqu'à l'ordinateur, en passant par mon poing contracté et le niveau de narcotique dans ma perfusion.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » demanda-t-il en laissant tomber à la fois le sac en plastique et la besace. Mais bon Dieu, qu'est-ce que tu as fait ?
- Apparemment, je suis parti et je me suis marié. » lui répondis-je, même si je savais qu'il s'adressait à Mycroft.
Sherlock traversa la chambre en deux enjambées. Je crus qu'il allait étrangler son frère, mais c'est après l'ordinateur qu'il en avait. Il s'en saisit dans un mouvement étonnamment peu gracieux et le lança à travers la pièce d'un geste saccadé et désordonné. Le portable heurta le lavabo, envoyant mes fleurs valser sur les côtés comme autant de quilles de bowling, puis se fracassa sur le sol. L'écran fit un putain de vacarme en se pliant avant de céder.
J'étais content qu'il l'ait fait. J'aurais voulu y penser moi-même.
« Sors d'ici, siffla-t-il entre ses dents, la respiration rauque. Sors. D'ici. »
Mycroft traversa la pièce. Il ramassa l'ordinateur brisé et le referma du mieux qu'il put.
« Tu as besoin de moi. » rappela-t-il d'un ton guindé. Je devais reconnaître que l'homme ne manquait pas de courage, car il était clair, même à mes yeux, qu'il risquait à tout moment de se faire casser la figure. « Vous avez tous les deux besoin de moi. Ne l'oubliez pas. Il était temps, petit frère. Tu voulais épargner ce pauvre John juste parce que tu apprécies le goût de ses lèvres. »
Plutôt de la stupidité que du courage, me corrigeai-je alors que Sherlock se jetait sur son frère. Ils tombèrent en une mêlée de bras et de jambes, heurtant le cadre du lit et envoyant valser le matelas. Ils s'emmêlèrent dans le bas du rideau de séparation qui s'effondra tandis que les attaches volaient à travers la pièce. La table à côté de mon lit fut propulsée de l'autre côté et le bassin hygiénique, les livres posés dessus et les coupes de gelées heurtèrent le sol. Les frères Holmes, je le découvris, se battaient silencieusement, leur combat n'était pas ponctué par des cris mais par des sifflements et des grognements étouffés.
« Oh, putain de merde ! m'écriai-je en me levant. Arrêtez-ça ! »
Ils ne m'écoutèrent pas. Je songeai à appuyer sur le bouton d'appel, mais je n'étais pas sûr de vouloir que le reste du monde soit témoin de l'Embarras-qu'était-apparemment-devenue-ma-vie. C'est pourquoi je me traînai en avant, me penchai et récupérai le pistolet accroché à la ceinture de Mycroft pendant que celui-ci roulait au sol.
Le Sig Sauer était comme un vieil ami dans ma main, plus léger que le Browning militaire que je maniais habituellement.
« Arrêtez-ça, dis-je calmement, ou je tire une balle dans vos petits culs de connards. Parce que j'en ai vraiment ras-le-bol, les mecs. »
Peut-être était-ce la voix du capitaine Watson, ou peut-être était-ce parce que je pensais ce que je disais, ou peut-être que ces cerveaux supérieurement intelligents se souvenaient que j'étais complètement shooté à la Merveilleuse Morphine et que je ne pouvais probablement pas réfléchir correctement pour le moment. Quoi qu'il en soit, ils s'immobilisèrent, toujours emmêlés par terre.
« C'est bien, fis-je. Maintenant debout. » Je désignai le lit avec mon pistolet. « Sherlock, tu t'assieds là. Mycroft, vous prenez vos affaires et vous partez. »
Ils se relevèrent lentement. Mycroft avait l'air de vouloir discuter mes directives. Il voulait aussi récupérer son arme, supposai-je.
« Ne rêvez pas. » J'agitai encore le pistolet. « Je le garde. Au cas où Sherlock Holmes soit vraiment un putain de psychopathe. Prenez les papiers. L'ordinateur. Partez. »
Mycroft rassembla ses affaires sans un mot. Le regard qu'il me lança était à la limite du respect. Il ne daigna pas tourner les yeux vers son frère.
« Fermez la porte en partant. » fis-je.
Il s'exécuta avec une délicatesse excessive.
« Verrouille la. » ordonnai-je au Holmes restant.
Il leva les sourcils mais quitta le lit et fit ce que je demandais. Il saignait du nez, et le coin de son œil ainsi que sa lèvre inférieure commençaient déjà à enfler. Je remarquai que ses phalanges étaient dans un état encore pire, et songeai que Mycroft avait peut-être bien reçu ce qu'il méritait.
« Va chercher une serviette dans les toilettes pour ton visage. » Mon pistolet le suivit, incroyablement stable malgré mes genoux qui commençaient à flancher. « Et maintenant reviens t'asseoir sur le lit.
- Oui, John, dit-il calmement.
- Ta gueule. » répliquai-je sur le même ton.
Il se percha sur le bord du matelas de traviole, jambes croisées, et appuya la serviette d'hôpital contre son visage en grimaçant. Puis il me regarda, attendant de voir ce que j'allais faire.
Je m'assis, parce que mes jambes ne pouvaient pas me porter plus longtemps, et je posai le Sig sur la table, à portée de main.
« Bon… » Je ne pus m'en empêcher : je soupirai. « Qu'est-ce que c'est que ce truc sur ta chemise ? On dirait la plus grosse tâche de moutarde du monde. »
Ses yeux s'écarquillèrent et il toussa pour dissimuler un ricanement.
« De la purée de patates, en fait, expliqua-t-il. Je sais, ce n'est pas vraiment une tenue décente pour une visite à l'hôpital. Mais je voulais me dépêcher de revenir, et malgré ça je suis arrivé trop tard. » Il haussa les épaules. « J'ai pris des vêtements propres dans la valise. Pour toi aussi. J'ai pensé que tu commençais peut-être à te lasser du look hospitalier.
- Hmmm… »
Il était parvenu à essuyer la majorité du sang qui maculait son visage et mit la serviette de côté, joignit les mains, et me considéra depuis l'autre côté de la pièce.
« Tu es remarquablement calme, observa-t-il.
- Oui, approuvai-je. C'est soit les narcotiques, soit les lésions cérébrales.
- Tu n'as pas de lésions cérébrales ! » rétorqua-t-il avec colère.
Je souris en entendant de sa bouche mes propres mots de déni.
« Je dois en avoir une. » La culpabilité avait un goût amer dans ma bouche. « Parce que même maintenant mon corps a envie de toi, Sherlock Holmes, et il s'avère que je suis un petit chanceux marié à une femme magnifique. C'était un mariage printanier. Tous nos amis y ont assisté.
- Oui. » Me fixant toujours comme un faucon fixe sa proie, Sherlock posa ses coudes sur ses cuisses et plaça son menton dans ses mains.
« L'homme que j'ai trouvé sur Google, ce John Hamish Watson, sur les photos… » Je déglutis. « Il est évident qu'il était amoureux de Mary Morstan.
- Oui. » Il me semblait que ça lui était difficile à admettre. « Très amoureux, je crois.
- Alors pourquoi… » Des larmes coulaient à présent sur mes joues, et pourtant je n'avais pas remarqué que j'éprouvais du chagrin. « … pourquoi est-ce que je suis malade à chaque fois que je prononce son nom ? »
Sherlock ne répondit pas. À la place, il fit quelque chose d'encore plus parlant : il ferma les yeux pour ne pas avoir à contempler mon malheur.
Je pris une grande inspiration et décidai de l'épargner.
« Qu'est-ce qu'il y a dans le sac Tesco ? »
Il sourit légèrement au changement de sujet. « Il n'y a pas de Tesco en Amérique, John.
- Oh, tais-toi. Qu'est-ce qu'il y a dans le sac ? »
Ses yeux étaient à nouveau écarquillés, ses pupilles dilatées, et les arcs-en-ciel scintillaient.
« Du brandy de la meilleure qualité, répondit-il. J'avais prévu de te dire… toute la vérité… ce soir. Et j'ai pensé que j'aurais peut-être besoin de – comment dire ? D'un petit remontant pour me donner du courage. » Il plissa sa bouche dont les coins se couvraient déjà de bleus. « Foutu Mycroft. »
Je savais qu'il était… pas vraiment effrayé, mais clairement inquiet, et je n'étais pas sûr d'où me venait cette certitude. Mis à part le fait que mon blog relatait le récit intime d'une longue série d'aventures partagées, et peut-être que, malgré mes souvenirs disparus, je connaissais encore cet homme aussi bien que je me connaissais moi-même.
Cela dit, il me semblait toujours agaçant que je veuille le réconforter lui, alors que c'était ma vie qui venait d'être bouleversée.
« Très bien, soupirai-je. Aide-moi à me remettre au lit, s'il te plaît. Ensuite sers-nous à tous les deux un petit remontant. Et dis-moi… tout. »
