Quelque part, le fait de savoir que Ginny avait un plan rassurait Drago. Cela faisait trop longtemps qu'il avait l'impression d'errer seul dans les ténèbres, pieds et poings liés. Mais cette sensation n'avait été qu'une illusion générée par la peur elle-même. Il n'était pas seul et impuissant dans les méandres de l'incertitude, ou du moins, il ne l'était plus. Derrière lui, Ginevra Weasley, perdue elle aussi, mais gardant la tête haute en toute circonstances, avait réussi à entrevoir une source de lumière au loin, brisant ainsi les liens qui retenaient le Serpentard prisonnier. Désormais, ils couraient main dans la main vers la sortie du tunnel, essayant d'échapper à un Feudeymon qui se propageait derrière eux et les menaçaient de ses flammes ardentes. Contrairement à sa cadette, Drago n'était pas du genre à jouer avec le feu, de peur de s'y brûler les ailes. Il préférait de loin éviter les situations délicates lorsque c'était possible. C'est pourquoi il était persuadé que la Gryffondor le haïssait secrètement malgré la tolérance dont elle faisait preuve à son égard. Comment le contraire aurait-il pu être envisageable ? Il avait fait chanté à ses camarades de maison une chanson visant à ridiculiser Ron, puis avait fait renvoyer Fred, George et Harry de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Sans oublier qu'il avait tout d'abord cherché à faire renvoyer Hermione et Rogue avant que son travail ne soit malencontreusement repris par Tracey. Désormais, le blond peinait à arrêter les rouages de la machine qu'il avait lancée et il était trop tard pour retourner en arrière.

Cela eut au moins le mérite de lui faire réaliser à quel point il avait été bête, égoïste et puéril, et il décida de s'excuser auprès de Ginny en lui faisant discrètement parvenir une lettre à la bibliothèque, quelques jours plus tard. D'abord surprise, puis un brin curieuse, cette dernière en entreprit alors la lecture, dissimulée entre deux grandes étagères. Elle y trouva ses plus plates excuses, ce qui flatta son égo et la conforta dans sa vision personnelle du Serpentard. « Au moins, il regrette » pensa-t-elle, sensible aux quelques lignes qu'il lui avait adressées. Si ses excuses ne lui pardonnaient pas entièrement son comportement, elles faisaient néanmoins toute la différence. En effet, il reconnaissait ses torts et demandait son pardon dans une lettre, là où l'ancien Drago Malefoy lui aurait réclamé des remerciements par rapport à sa récente obtention du poste d'attrapeur. « Il n'est pas si mauvais que ça » songea alors Ginny. « Après tout, il connaît l'existence de l'Armée de Dumbledore grâce à Tracey et aurait pu faire d'une pierre deux coups en nous dénonçant à Ombrage. Mais il ne l'a pas fait. Du moins, pas encore ». La rousse retourna discrètement à sa place en lui lançant un regard pensif. Drago était installé à la sienne et griffonnait nonchalamment sur le bois de la table, devant Blaise. Sans doute attendait-il une réponse de sa part. Mme Pince avait congédié des élèves pour moins que cela, mais elle était trop occupée à ranger « Roméo et Juliette » dans la section Études des Moldus pour y prêter attention. « Il ne ferait rien qui puisse te blesser, Ginny » trancha-t-elle en se replongeant dans ses devoirs, tandis que le concerné levait la tête, espérant croiser son regard. Ils se manquaient de peu à chaque fois. Ginny se décida à quitter la bibliothèque un quart d'heure plus tard, consciente du fait qu'elle n'arriverait pas à travailler tant que Drago était dans les parages. La jeune fille rangea ses affaires, puis se dirigea vers la table des deux Serpentard où elle tendit un livre à Blaise en le remerciant de le lui avoir prêté.

- Hé, tu t'es trompée, ce n'est pas à moi, protesta ce dernier en la regardant s'en aller. Qu'est-ce que je ferais avec un bouquin de divination ? Je ne suis même pas cette matière ! C'est malin, ça..

- Laisse tomber, lui répondit Drago en s'emparant avidement du livre.

- Depuis quand tu t'intéresses à cette matière ?

Le concerné l'ignora et ouvrit le manuel d'un geste pressé afin d'en survoler les pages. Il finit par tomber sur un petit bout de papier coincé entre deux chapitres, et ses yeux gris se mirent à pétiller à la manière d'un ciel orageux. Que pouvait-elle bien y avoir écrit ?

- « Cesse donc de saboter la table avec ta plume, Mme Pince te regarde depuis tout à l'heure », lit-il pour lui-même. Le cœur du Serpentard manqua alors un battement et il fit aussitôt volte-face avant de rougir et sourire niaisement.

Naturellement, Mme Pince ne le surveillait pas. Il s'agissait juste d'une de ces plaisanteries à la Ginny Weasley que Drago se surprit à trouver amusante. Blaise esquissa un sourire railleur derrière son essai d'astronomie à moitié rédigé. À quoi jouaient-ils tous les deux ? Il l'ignorait, mais la Gryffondor faisait sourire celui qu'il considérait plus ou moins comme son meilleur ami, et cela lui suffisait amplement.

Néanmoins, les petits bonheur glanés çà et là n'empêchèrent en rien la dégradation de l'ambiance à Poudlard. Harry, Fred et George étaient dépités à l'idée de ne plus pouvoir jouer au Quidditch, tout comme le reste de l'équipe de Gryffondor qui s'en mordaient les doigts, eux aussi. Ginny était douée, certes, mais pas autant que leur ancien attrapeur, et les nouveaux batteurs, Andrew et Jack, n'arrivaient pas à la cheville des jumeaux. Et puis, il y avait également Ron et son manque de confiance grandissant, ce qui n'était pas pour arranger les choses. Au contraire, cela les empirait. Le match contre Serpentard semblait l'avoir rendu plus susceptible et égoïste, de sorte qu'il se disputa plusieurs fois avec Ginny et Hermione, simplement car l'une était plus habile que lui et que l'autre appartenait à la maison rivale. Ce manque de coopération commençait fortement à énerver Angelina, la capitaine de l'équipe, qui songeait de plus en plus à le faire remplacer par un sixième année du nom de Cormac McLaggen. Sans même s'en rendre compte, Ron alla même jusqu'à éprouver de la jalousie envers ses deux meilleurs amis, en couple depuis un peu plus d'un mois. Ce dernier se sentait de plus en plus mis à l'écart quand il passait du temps avec eux, surtout lorsqu'ils se bécotaient ou discutaient de leurs plans pour la St-Valentin à venir. Heureusement, Luna était là pour lui dans ces moments-là. Elle l'apaisait de par sa douceur et sa façon de penser, et lui faisait gentiment entendre raison. Au final, c'était toujours grâce à elle qu'il finissait par se réconcilier avec Ginny, Hermione ou Harry, tout en s'excusant auprès des personnes qu'il avait blessées sans le vouloir. Ron ne savait pas ce qu'il ressentait envers la Serdaigle et préférait ne pas y penser. Était-ce de l'amitié ? De l'amour ? Il l'ignorait, mais le Gryffondor appréciait sa compagnie, et c'était tout ce qui comptait pour l'instant. Il ne voulait plus se prendre la tête comme il l'avait fait avec Lavande.

Le mois de février s'écoula lentement, et les premiers rayons de soleil commencèrent à apparaître, réchauffant alors le château en faisant fondre les dernières neiges de la saison. Chaque semaine, Rusard montait sur une échelle dans le hall d'entrée pour y clouer de nouveaux décrets, de sorte que les murs en étaient désormais criblés. Les élèves avaient maintenant l'obligation de manger à leur table et de se tenir dans les tribunes de leur maison lors des matchs de Quidditch, ce qui en agaça beaucoup. Dans la foulée, la Grande Inquisitrice décida de renvoyer un professeur de Poudlard et jeta son dévolu sur la pauvre Trelawney, dont les capacités furent jugées « douteuses » et « inexactes ». Hermione laissa échapper un soupir de soulagement en l'apprenant, rassurée que cela ne soit pas tombé sur Rogue ou Hagrid (sa réaction scandalisa Lavande et Parvati qui pleurèrent à chaudes larmes en entendant la nouvelle). Sans l'intervention de Dumbledore, Rogue y serait passé, lui aussi, elle en était sûre. De ce fait, la Serpentard détestait plus que jamais Drago, qu'elle tenait responsable pour l'incident de début janvier. Ginny le remarqua très vite et ne put s'empêcher d'informer sa meilleure amie de cette vérité qui lui brûlait les lèvres. Un soir, elles se retrouvèrent dans la Salle de bains des Préfets où la Gryffondor lui expliqua tout ce qu'elle savait : Comment Drago avait fait du chantage à Tracey pour qu'elle lui obéisse en début d'année, comment celle-ci l'avait assisté dans ses combines, puis s'était vengée sur Pansy, sa petite amie à l'époque.. Elle poursuivit en lui parlant de l'abandon de l'un, de la persistance de l'autre, puis du plan qu'elle avait elle-même inventé. Tout d'abord, Hermione fut choquée de savoir que ses camarades de dortoir étaient à l'origine de sa rencontre brutale avec le troll en première année. Cela faisait maintenant plus de quatre ans, mais elle avait tout de même frôlé la mort ce jour-là. Ce qui la secoua le plus, toutefois, fut de savoir qui se trouvait derrière l'accident de Pansy.

- Voilà pourquoi Tracey n'est jamais venue la voir à St-Mangouste, devina Hermione en fronçant les sourcils. Tout semblait prendre forme à présent, à l'image d'un puzzle dont on aurait retrouvé les pièces manquantes.

- J'ai toujours eu des doutes sur elle, tu sais, lui avoua Ginny, appuyée contre un des lavabos. Elle m'a toujours paru fausse et mystérieuse. Voilà pourquoi je n'aimais pas te voir te confier à elle en début d'année. Hermione soupira avant de fermer les yeux pour réfléchir davantage.

- Mais cela revient quasiment au même, Ginny, reprit-elleen faisant les cent pas. Tout est de la faute de Malefoy. C'est lui qui l'a contrôlé durant tout ce temps, telle une marionnette !

- Et la chute de Pansy, c'est de sa faute aussi ? objecta la Gryffondor.

- Eh bien, techniquement..

- Non, il n'y a pas de « techniquement » qui tienne, Hermione, coupa Ginny, inflexible. Elle prit une profonde inspiration et replaça une mèche rebelle avant de croiser les bras. Écoute, je sais que c'est plus facile pour toi de détester Drago que Tracey..

- Ce n'est pas ça, Ginny.

- Ah bon ? Car c'est l'impression que tu me donnes. Je ne cherche pas à le blanchir, Hermione. Il a été horrible avec toi en début d'année et s'est comporté avec elle comme si elle était sa chose et n'existait que pour lui obéir.

- Du pur Malefoy, en somme, murmura la préfète en copiant sa posture. Il a profité de ses faiblesses pour se servir d'elle et obtenir ce qu'il voulait, comme il l'a toujours fait.. Sauf que cette fois-ci, il voit le revers de la médaille.

- Mais il a changé après l'accident de Pansy, lui assura alors la rousse. Tu n'as pas remarqué de différence lorsque tu travaillais avec lui dans le laboratoire de Rogue ? Cette question sembla ennuyer Hermione.

- C'est vrai, mais..

- Il n'a fait qu'accroître le mal qui était déjà en elle. Il ne l'a pas créé.

- C'est tout de même barbare !

- Je sais, maix c'est différent. Le truc, c'est qu'ils sont tous les deux coupables, mais que Drago a décidé de ne plus s'en prendre aux gens, tandis que Tracey, elle, reste une menace. Elle lui a dit qu'elle s'occuperait de moi si jamais il la dénonçait ou m'approchait.

- Je suppose que c'est elle aussi qui a accroché ces photos de lui et toi en début d'année ? demanda correctement Hermione.

- Exact. Elle voulait atteindre Pansy et l'éloigner de Drago, mais a échoué.. Enfin, cette fois-ci. Elle a réussi autrement au final. Hermione se mit à se ronger les ongles nerveusement. Qui est le plus fautif selon toi ? Quelqu'un qui manipule ou quelqu'un qui cherche à tuer ?

- Je n'ai d'estime pour aucun des deux, répondit-elle franchement. Et dire qu'on l'a accepté dans l'A.D.. Comme j'ai été bête !

- Comme nous avons été bêtes, rectifia Ginny. Ce n'est pas uniquement ta faute. Nous lui avons donné des armes pour s'en prendre à nous.. Mais comment aurions-nous pu savoir à coup sûr ?

- Et dire que je partage son dortoir.. Merlin, qu'est-ce que je vais faire ?

- Toi ? Rien. Tu vas te contenter de vivre comme tu l'as toujours fait, sinon elle risque de se douter de quelque chose.

- M-Mais, Ginny, protesta doucement Hermione de ses lèvres tremblantes. De toute évidence, le fait de devoir agir normalement avec Tracey maintenant qu'elle connaissait la vérité l'inquiétait. En la voyant si agitée, son amie lui adressa un sourire qui se voulait réconfortant et franchit l'espace qui les séparait.

- Laisse-nous faire, Drago et moi, et bientôt, tout ça sera résolu, lui promit-elle en la prenant affectueusement dans ses bras.

Mais Ginny avait-elle vraiment raison ? Que ce fut à l'intérieur ou à l'extérieur du château, des heures sombres les attendaient, et Hermione préférait ne pas y penser. Le dîner n'allant pas tarder à commencer, Ginny lui prit gentiment la main pour l'inciter à la suivre jusqu'à la Grande Salle. Pendant ce temps, Tracey rejoignait discrètement son dortoir où se trouvaient déjà Daphné et Millicent, plongées en pleine conversation.

- C'est tout de même dommage, Astoria aimait beaucoup la divination, déclara la blonde au sujet de sa soeur cadette. Sa camarade de chambre haussa les épaules.

- Peut-être qu'un nouveau professeur remplacera Trelawney, qui sait ?

- J'espère.. Oh, bonsoir, Tracey, fit-elle en voyant cette dernière franchir la porte et passer devant elles pour poser ses affaires au pied de son lit. On allait justement dîner..

- Je n'ai pas faim, coupa-t-elle aussitôt, presque sèchement. Je vais plutôt me reposer.

Daphné et Millicent échangèrent un regard perplexe. Cela faisait un moment qu'elle préférait faire bande à part et les deux filles ignoraient pourquoi. Elles restaient souvent toutes les quatre avec Pansy auparavant. La blonde se leva du lit pour insister, mais Millicent, plus susceptible, la retint par la manche en lui murmurant que ce n'était pas la peine. Elles finirent par s'en aller sans Tracey, qui retira ses chaussures pour s'étendre confortablement sur son lit et réfléchir. Qu'allait-elle faire maintenant ? Drago semblait se tenir à carreaux en suivant ses ordres à la lettre, mais cela ne lui suffisait pas. Elle s'ennuyait. Mais c'était normal, quelque part, car bien souvent, l'ennui suivait l'ordre et précédait la tempête. Avec quelques minutes passées à se reposer les yeux tout en réfléchissant à la question, Tracey tourna la tête et posa son regard sur la table de chevet de sa voisine : Hermione, en l'occurence. Dessus étaient entassés divers livres et manuels qu'elle reconnut comme étant les favoris de la sorcière. Naturellement, ils étaient tous en très bon état. Elle prenait tellement soin de ses livres qu'il aurait suffit de déchirer une page de « L'Histoire de Poudlard » pour se brouiller définitivement avec elle. Seul l'un d'entre eux semblait ne pas lui appartenir, et pour cause, sa reliure était fragile et sa couverture abîmée, comme s'il avait appartenu à un autre temps. Ce livre appartenait au Prince de Sang-Mêlé, mais pour Tracey, il s'agissait simplement d'un vieux manuel de potions. La blonde s'en empara alors, tandis que le carillon de Poudlard chantait sa mélodie habituelle, indiquant six heures du soir. Où avait-elle pu trouver un tel bouquin ? Ses pages étaient illisibles tant elles étaient remplies d'explications, d'annotations et de schémas. C'était à peine si l'encre ne menaçait pas d'engloutir le texte original. Ennuyée, la Serpentard voulut le remettre à sa place, mais il lui glissa des mains et s'ouvrit à ses pieds.

- « Sectumsempra : Contre les ennemis » lit-elle alors en le ramassant.

Dans la semaine, Firenze le centaure fut engagé par Dumbledore pour reprendre le poste de professeur de Divination. Si son geste intrigua et ravit beaucoup d'élèves, il déplut fortement à Ombrage qui considérait les centaures comme étant des êtres inférieurs aux humains. De ce fait, elle commença à sévir de nouveau à l'aide de ses plumes maléfiques, visant principalement ceux qui soutenaient Dumbledore ou appréciaient Firenze. Au bout de deux semaines, un tiers des élèves de Poudlard portait les marques de sa basse et cruelle vengeance, leur sang servant à nourrir son ego ainsi qu'à alimenter sa bonne humeur. Dumbledore était de moins en moins présent au château, et les enseignants et préfets de plus en plus impuissants. Leur frustration semblait s'étendre jusqu'au ciel qui semblait figé dans un paysage pluvieux et orageux. D'un commun d'accord, Rogue et les membres de l'A.D décidèrent d'espacer leurs leçons de défense contre les forces du Mal, afin de ne pas attirer l'attention sur leurs activités devenues illégales. Ce n'était peut-être pas plus mal dans un sens, car le maître des potions avait plus de travail maintenant qu'il se retrouvait sans assistants, sans oublier que les examens approchaient pour les cinquième et septième année. De toute évidence, le premier week-end à Pré-au-Lard du mois de mars ne s'annonçait pas joyeux, contrairement aux précédents. Le temps était sombre, les alentours mornes, et Harry, Ron et Hermione se serraient sous un parapluie pour éviter les gouttes de pluie.

- Tu n'aurais pas pu apporter le tien, Ronald ? lui fit remarquer Hermione sur un ton de reproche. Ron étant beaucoup plus grand que Harry et elle, la sorcière devait sans cesse relever le bras pour que ce dernier ne se cogne pas la tête, ce qui commençait à l'agacer. Elle avait l'impression de ressembler à la Statue de la Liberté.

- J'aurais préféré, mais Fred et George me l'ont emprunté, si tu veux tout savoir ! Ils m'ont dit qu'ils en avaient besoin pour une de leurs inventions.

- Super, répondit-elle avec un petit rire sarcastique. Si j'étais toi, j'éviterais de le récupérer ! Ça va, Harry ?

- À merveille, ironisa le concerné en marchant dans une flaque d'eau. J'ai hâte de revoir cette chère Rita Skeeter. Elle m'a beaucoup manqué, tu sais. À quelques mètres d'eux, les professeurs Bibine et Chourave se disputaient, tandis que Marietta accusait Cho d'avoir mouillé ses nouvelles chaussures. Tout le monde était plutôt à cran ces temps-ci, et le trio d'or ne faisait pas exception.

- Allons, Harry ! Moi aussi ça ne m'enchante pas de la voir, mais c'est nécessaire. Elle peut nous aider sur ce coup-là, lui assura Hermione.

- Vraiment ? Parce que j'en doute un peu, Hermione. J'ai du mal à croire qu'elle va écrire exactement ce que je vais lui dire. Juste une intuition, railla-t-il.

- Mais si, voyons ! Ce n'est pas comme si ton interview allait être publiée dans La Gazette du Sorcier. Aïe, mon pied ! Fais un peu attention, Ron !

- Oups, pardon, s'excusa le roux, sans grande conviction. Mais à bien y penser, Hermione a raison, Harry. Le Chicaneur ne raconterait jamais de bêtises. Le Gryffondor se râcla la gorge bruyamment en pensant au dernier numéro de la revue en question. Ce dernier avait été centré sur des témoignages récents de personnes ayant vu des Ronflaks Cornus. Ce que je veux dire, c'est que le père de Luna ne laisserait jamais cette Rita Skeeter détourner tes propos ! Tu peux lui faire confiance.

Au bout de dix minutes de marche sous la pluie, Harry, Ron et Hermione entrèrent chez Les Trois Balais et allèrent s'asseoir à une table où ils commandèrent des bièraubeurres pour se réchauffer. En temps normal, tout le monde venait se réfugier ici lorsqu'il pleuvait, si bien que Mme Rosmerta devait parfois aménager l'étage pour accueillir tous ses clients. Mais aujourd'hui, il n'y avait presque personne, ce qui étonna Harry.

- C'est normal, commença à lui expliquer Ron, un peu mal à l'aise. Beaucoup d'élèves ont écrit à leurs parents pour leur parler des retenues sanglantes du vieux crapaud. Des sixième, quatrième, ou encore troisième année.. Bref, ceux qui n'ont pas à passer de gros examens comme les B.U.S.E ou les A. .C. Avec ça et ce qui s'est passé à Halloween, certains parents ont préféré les faire revenir ou les ont carrément changés d'école.

- C'est vrai, acquiesça tristement Hermione. J'ai entendu dire que les parents de Parvati et Padma se penchaient sur la question. Et puis, même dans la salle commune des Serpentard, j'en ai vu certains préparer leurs valises. Un élève de deuxième année pleurait ce matin, car ses parents voulaient l'envoyer à Durmstrang..

- C'est comme si elle gagnait peu à peu, déplora-t-il en soupirant.

- Pas seulement elle, rectifia Harry. Vous-Savez-Qui aussi. Ron réprima soudain un frisson, certainement dû à la mention du nom de Voldemort (ou encore à la présence de la jolie Rosmerta qui s'approchait pour les servir). Le brun détourna alors le regard en faisant mine de s'intéresser à ce qui se passait aux alentours. Sur une table à côté, un Serpentard et une Serdaigle discutaient à voix basse, leur main droite posée en évidence sur le bois.

- Qu'est-ce qu'elle t'a fait écrire à toi ? demanda le garçon.

- « Je ne dois pas soutenir les rumeurs infondées » lui répondit la fille en relevant la manche de son pull pour qu'il puisse apercevoir sa cicatrice. Et toi ?

- « Je ne dois pas critiquer le système scolaire » grimaça le Serpentard.

- Elle est complètement folle. Tu sais, je commence à me demander si ce Potter n'a pas raison en fin de compte..

- Eh bien, moi aussi. Peut-être que Tu-Sais-Qui est vraiment de retour et que le ministère ne veut pas qu'on le sache.

En entendant ces mots, Harry sentit une agréable sensation de chaleur l'envahir, sentiment qui n'avait rien à voir avec la température de sa bièraubeurre. Peut-être Hermione et Ron avaient-ils raison en fin de compte ?

- Oh, voilà Luna ! se réjouit le roux en essuyant la mousse sur ses lèvres. Et Skeeter, ajouta-t-il sur un ton bien moins enthousiaste. Luna ! Hé, Luna ! Par ici !

La Serdaigle lui adressa un franc sourire avant de guider Rita jusqu'à la table du trio. La première chose qu'ils relevèrent, c'était que la journaliste avait l'air moins pimpante qu'à l'ordinaire. En effet, ses cheveux étaient emmêlés, sa jupe froissée, et son manteau semblait dater de la saison dernière. Néanmoins, lorsqu'elle croisa le regard du survivant, ce dernier ne put s'empêcher de remarquer que ses yeux brillaient autant que ses trois dents en or, ce qui le mit quelque peu mal à l'aise. Rita Skeeter voyait certainement en cette interview une occasion de remonter la pente.

Il ne fallut qu'une petite semaine pour que celui-ci soit publié dans Le Chicaneur, et une supplémentaire pour que Dolores Ombrage interdise la lecture de ce magazine aux élèves, sous peine d'être renvoyés sur-le-champ. Heureusement pour Harry, Ron, Hermione et Luna, ces derniers avaient été plus rapides qu'elle. L'article était passé de main en main à une vitesse phénoménale, de sorte que pratiquement tout Poudlard l'avait déjà lu avant qu'il ne soit banni des murs du château. De ce fait, la grande majorité des élèves restants était désormais convaincue de l'honnêteté de Harry, et par extension, des mensonges du ministère. Un matin, Seamus vint même s'excuser auprès de lui, et finit par rejoindre l'Armée de Dumbledore, dont Dean lui vantait les mérites depuis des mois. Tout en gagnant un nouveau membre, l'association avait remporté une bataille.. Mais malheureusement, pas la guerre. Ombrage ne tarda pas à mettre en place la « Brigade Inquisitoriale », un groupe d'élèves triés sur le volet ayant pour but de découvrir et dénoncer les personnes qui ne respectaient pas les règles établies. Hermione fut scandalisée de voir que certains de ses camarades de maison, dont Millicent, l'avaient rejoint juste pour se faire bien voir. Le pire, c'était qu'ils passaient le plus clair de leur temps à abuser de leur pouvoir pour enlever des points aux autres maisons, en particulier Gryffondor. Mais cela aurait été à prévoir. Ce n'était pas demain la veille que des sorciers comme Crabbe et Goyle allaient se ranger du côté du bien et de la justice. Drago n'eut pas d'autre choix que de les rejoindre, sous peine de ruiner le plan que Ginny et lui avaient précédemment préparé. Pourtant, il n'aimait pas cela. Il avait peur que cela le fasse replonger dans ses mauvaises habitudes de tyran. Mais il affrontait ses démons, en quelque sorte, tout comme sa partenaire s'efforça de rencontrer Mimi Geignarde plusieurs fois cette semaine-là, bien que ses toilettes étaient remplies de mauvais souvenirs liés à Tom Jedusor. La prochaine épreuve consisterait à obtenir un rendez-vous avec Dumbledore lorsque celui-ci retournerait à Poudlard.

- Tu es sûr que ça va, Blaise ? lui demanda Drago, un soir, tandis que ce dernier rejoignait la salle commune des Serpentard avec une agitation qui ne lui était pas familière. Tu as l'air bizarre. Hermione, assise à une table avec Daphné, releva la tête de son dictionnaire de runes, anxieuse. Elle espérait que l'état d'esprit de son camarade n'avait rien à voir avec l'Armée de Dumbledore.

- Je.. Je reviens de la volière, commença-t-il à expliquer en bégayant, ce qui alarma encore plus Drago et Daphné qui se rapprochèrent de leur ami avec une certaine inquiétude. Il devait s'être passé quelque chose de grave, car Blaise était d'un naturel confiant et serein.

- Calme-toi, Blaise, le pria gentiment la blonde en posant une main réconfortante sur son épaule. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais tu devrais t'asseoir avant de nous le raconter. Tu veux un verre d'eau ? Hermione se tourna discrètement vers le trio pour tout entendre de leur conversation.

- Non, répondit le Serpentard en se dégageant d'elle. Je n'ai pas besoin de boire. C'est.. C'est au sujet de Pansy. Elle.. Elle a fait une tentative de suicide.

- Elle a quoi ? répéta Daphné en plaquant ses deux mains contre sa bouche, choquée. Hermione sentit sa gorge se serrer en entendant cela, tandis que Drago restait là, immobile et les bras ballants. Tracey, de son côté, était en train de descendre les escaliers menant aux dortoirs des filles, et s'arrêta aussitôt, bouche bée.

- Tu m'as bien entendu !

- Elle.. Elle est vivante au moins ? reprit-elle, les larmes lui montant aux yeux.

- Oui.. Du moins, physiquement parlant, rectifia Blaise en serrant les poings.

- Par Merlin, murmura Hermione en faisant asseoir Daphné sur le canapé le plus proche. Cette dernière pleurait désormais à chaudes larmes. Est-ce que.. Est-ce que Rogue est au courant, au moins ? Il est notre directeur de maison, ajouta-t-elle en essayant maladroitement de calmer les sanglots de sa camarade en lui caressant le dos.

- J'en ai rien à foutre de Rogue, tu n'as qu'à aller le lui demander, lui répondit-il sur un ton agressif en grimpant les escaliers menant aux dortoirs des garçons. Après un moment d'incertitude, Drago s'en alla le rejoindre, tandis que Tracey s'approchait du canapé où Daphné et Hermione étaient assises, prête à poser sa main sur l'épaule de la blonde.

- Je vais m'occuper d'elle, lui dit sèchement Hermione, ne pouvant cacher plus longtemps les sentiments négatifs que sa camarade lui inspirait. En disant ces mots, elle avait eu un mouvement de recul presque involontaire que Tracey remarqua aussitôt. Cette dernière retira sa main en considérant Hermione en silence. Avait-elle été mise au courant ?

- C'est ma faute.. C'est ma faute, murmura Blaise à l'étage tout en exécutant des mouvements répétitifs avec sa baguette. Sa mémoire ne lui revenait pas.. Elle n'arrivait plus à maîtriser sa magie..

- Ce n'est pas ta faute, Blaise, essaya de lui faire comprendre Drago, mais il l'ignora.

- Pourtant, je lui avais promis qu'elle me rejoindrait à Poudlard, qu'elle nous rejoindrait.. J'aurais dû rester avec elle..

- Mais, tu sais..

- J'AURAIS DÛ RESTER AVEC ELLE ! cria-t-il en fracassant son poing contre le mur dans un geste désespéré. Drago recula d'un pas, essayant de se faire oublier pendant un instant. Comment devait-il s'y prendre pour réconforter quelqu'un ? Il n'avait encore jamais vraiment essayé.

- Je sais que c'est difficile, Blaise, mais ce qui est fait est fait, commença-t-il maladroitement. Ce qui compte maintenant, c'est.. C'est la réaction que tu vas adopter face à cette situation.

- Ma réaction ? Eh bien, la voilà ! Je me casse d'ici ! s'exclama Blaise en déchirant les rideaux de son lit. Pansy a besoin de moi, et de toute façon, je ne suis pas le premier à partir..

- Mais.. Et pour tes B.U.S.E ? Elles sont dans à peine deux mois, lui rappela le blond en regardant son ami vider le coffre ordinairement disposé sous son lit.

- Je reviendrai pour les examens.. Ou pas, je n'en sais rien en fait, et je m'en fiche ! avoua-t-il, dos à lui. De toute façon, ce n'est pas comme si j'en avais besoin.

- Blaise..

- Écoute, Drago, soupira le Serpentard avant de se retourner vers le concerné. Je suis désolé de te dire ça alors que c'était toi son petit ami, mais j'aime Pansy, je suis amoureux d'elle.. C'est arrivé comme ça avec le temps, et je compte bien le lui dire et le lui prouver. Je ne veux plus qu'elle se sente seule. Je resterai à ses côtés, et ce, même si sa magie viendrait à disparaître.

- C'est noble de ta part, mais tu as pensé à ta mère ? Tu crois vraiment qu'elle te laisserait tout plaquer pour Pansy ? Surtout si elle devient..

- Quoi ? Une sorte de Cracmol ? compléta Blaise en se rapprochant de lui d'un air intimidant.

Leur visages se situaient désormais à quelques centimètres l'un de l'autre, mais Drago n'y prêta aucune attention. À la place, il remarqua que son meilleur ami était devenu plus grand que lui, mais cela ne se limitait pas au physique. Blaise se situait également loin au-dessus de lui spirituellement parlant, là où l'amour effaçait tous les préjugés, et quelque part, il l'enviait et l'admirait pour cela.

- Eh bien..

- Tu sais, Drago, je me fiche de ce que ma mère peut penser sur ce point-là.

- Alors c'est ça, l'amour ? Le vrai ? lui demanda-t-il avec un léger sourire à la fois amusé et impressionné.

- Tss, tu ne peux pas comprendre, pas vrai ? répondit Blaise, comme s'il le plaignait.

- J'aimerais bien, avoua Drago en baissant les yeux.

- Eh bien, j'espère que tu le pourras un jour. En tout cas, si l'occasion se présente à toi, saisis-la. Car on ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie.

Là-dessus, le jeune homme reprit le rangement de ses affaires, laissant son compagnon réfléchir au sens de ses paroles. Divers vêtements, chaussures, livres et lettres traversèrent le dortoir, et au bout d'un moment, Drago décida de se mettre à la tâche lui aussi, geste qui fit secrètement très plaisir à Blaise.

L'ambiance à Poudlard n'avait jamais été aussi morose, surtout pour ceux et celles qui s'étaient liés d'amitié avec Pansy au cours de ces quatre dernières années. Vers la mi-mars, Drago reçut une lettre de Blaise que ce dernier dédiait également à Daphné, Hermione, Millicent, et quelques autres privilégiés. Sous l'encre de sa plume, il leur expliqua qu'il logeait en ce moment chez Mme Parkinson, et que Pansy allait un peu mieux maintenant qu'elle avait un ami à ses côtés. Le préfet de Serpentard esquissa un léger sourire en lisant ces quelques mots. Blaise était certainement devenu bien plus qu'un ami pour elle. Après un passage obligatoire à St-Mangouste, le Guérisseur en charge de son dossier lui avait prescrit divers remèdes et avait fortement déconseillé à ses parents de la renvoyer à Poudlard cette année. Néanmoins, ce dernier était assez positif quant à sa guérison, aussi bien sur le plan mental que magique. Tout ce qu'il lui fallait, c'était un peu de temps. Hermione fit lire sa lettre à Rogue en espérant que les bonnes nouvelles qu'elle contenait le réconforteraient un peu. En tant que directeur de Serpentard, il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable quand quelque chose arrivait à un de ses élèves, comme à Halloween. Hermione se révèla être un réel soutien pour lui, ce mois-ci plus que jamais. Tout en gardant ses distances, elle lui adressait de petits sourires lors des repas, l'aidait à faire avancer ses cours, se promenait avec lui dans les couloirs.. Après tout, ce n'était pas interdit. Elle était préfète, et lui, directeur de Serpentard. Ils étaient donc amenés à se côtoyer par définition. Mais ce dont Rogue avait le plus besoin, c'était du repos, ce que Hermione comprenait, contrairement à Dumbledore qui l'obligeait à poursuivre ses leçons d'occlumancie avec Harry.

Entre ses cours-ci, ses fonctions de maître de potions et de directeur de maison, les entraînements de l'A.D qu'il supervisait, ainsi que son rôle d'espion, le sorcier n'avait pratiquement plus une minute à lui. Par miracle, le Gryffondor avait fini par s'améliorer dans le domaine, rendant leurs entrevues moins agaçantes. Mais cela n'empêcha pas une de leurs soirées de tourner au désastre lorsque Rogue, épuisé par ses journées, vit son sort se retourner contre lui, laissant à Harry l'opportunité de fouiller sa mémoire. Ce soir-là, le brun assista à une scène qu'il aurait préféré ne jamais voir. Au cœur de celle-ci se trouvait son père, James, accompagné de son parrain, Sirius, qui harcelaient une version plus jeune de Rogue. Les deux garçons y mettaient tellement d'entrain que cela lui retourna l'estomac. Où étaient donc passés les deux hommes qu'il admirait le plus ? Il y croisa également sa mère, Lily, et ne put s'empêcher de faire le lien avec la fois où Rogue avait appelé Hermione par son prénom. Tout s'éclaira soudain. Voilà pourquoi il appréciait un peu trop son ancienne assistante : Elle devait lui rappelait une de ses vieilles amies, certainement l'une des seules. Harry lui-même avait toujours trouvé des ressemblances entre les deux jeunes femmes, pour le peu qu'il connaissait de celle qui lui avait donné la vie. Néanmoins, cette violation de la vie privée de son professeur, quoique accidentelle, lui coûta le prix fort : Rogue le chassa sur-le-champ, mettant un terme à leurs leçons d'occlumancie. Quand Ron et Hermione s'en rendirent compte, Harry leur mentit en leur disant que celles-ci n'étaient plus nécessaires, car il avait suffisamment appris sur le sujet. Le roux s'étonna de sa capacité à maîtriser une telle matière aussi rapidement, mais le brun préféra changer de sujet en expliquant à Hermione que Rogue connaissait Lily, sa mère, et qu'ils devaient être amis autrefois. Ignorant la profondeur des sentiments que celui-ci nourrissait à l'égard de sa petite amie, Harry lui conta sa thèse dans un geste égoïste. D'abord perplexe, Hermione finit par se questionner sérieusement. Peut-être avait-il raison après tout ? Cela expliquerait beaucoup de choses. À la fin du dîner, la jeune sorcière gratifia Harry d'un sourire forcé en le remerciant de lui avoir fait part de ce qu'il avait vu. Mais lorsqu'elle rejoignit son dortoir, elle sentit son cœur se briser dans sa poitrine, ce qui la fit verser une larme, puis deux, et trois. Pendant tout ce temps, Severus Rogue n'avait vu en elle que le fantôme d'une femme qu'il avait aimé, et cette idée lui était douloureuse. Jamais elle n'aurait pensé qu'un tel homme aurait été son premier chagrin d'amour.

Quelques jours plus tard, la Gazette du Sorcier, seul journal autorisé à Poudlard, signala une évasion massive de la prison d'Azkaban, ainsi que la mort mystérieuse d'un employé du ministère. Désormais, tout le monde considérait le retour de Voldemort comme étant véridique, au grand déplaisir de Dolores Ombrage. Les élèves les plus prudents se gardaient bien de crier leurs opinions politiques sur tous les toits, mais cela n'empêcha pas la Grande Inquisitrice d'user à nouveau de ses horribles plumes sur ceux qu'elle jugeait « horriblement dissipés ». Suite à cette évasion, les week-ends à Pré-au-Lard furent interdits tout comme les sorties hors de l'établissement. Seuls Ginny et Drago ne semblèrent pas céder à l'affolement ce matin-là, et pour cause, leurs espoirs reposaient sur le petit paragraphe en bas de la page huit, qui expliquait que les Aurors allaient bientôt retourner à Poudlard pour clore leur enquête. Peut-être était-il réellement possible de trouver le bonheur dans les moments les plus sombres ?

Toutefois, Harry se sentait habité par un mauvais pressentiment impossible à expliquer, qui se révèla être fondé, comme la plupart de ces sensations finissent par l'être. L'Armée de Dumbledore aurait pu poursuivre ses activités jusqu'aux vacances d'été tant leur professeur était prudent, doué et méticuleux. Après tout, il s'agissait de l'unique sorcier qui avait réussi à duper Lord Voldemort lui-même, et ce, durant des années. Mais le destin, cruel comme il était, en décida autrement. Le plus ironique dans l'histoire (si l'on pouvait qualifier ce fait de la sorte) était que l'A.D ne fut pas trahie par un membre de la Brigade Inquisitoriale. D'ailleurs, celle-ci s'était révélée pratiquement inutile jusque là, notamment grâce à Drago qui avait pris un malin plaisir à leur donner de mauvaises directives. Non, la trahison venait de l'intérieur, comme l'avaient redoutée Hermione et Ginny. Le lendemain de la parution de la Gazette du Sorcier, Tracey alla dénoncer l'organisation auprès de la Grande Inquisitrice, faisant alors plonger ses camarades, mais aussi Rogue, et par extension, Dumbledore. Elle n'avait pas prévu d'impliquer le directeur, mais à quoi bon s'en inquiéter maintenant ? Les Aurors allaient bientôt venir la chercher de toute façon. Plus rien n'avait d'importance pour elle, si ce n'était la vengeance. Ombrage étouffa une exclamation dégoûtée en voyant le visage de la Serpentard se couvrir d'horribles pustules après son aveu. Elle lui tendit alors un miroir pour qu'elle puisse découvrir le mot « cafard » inscrit à même sa chair.

- Cela ne fait qu'une cicatrice de plus, Miss, murmura-t-elle en lui adressant un de ses sourires hypocrites. Qu'est-ce donc face au noble geste que vous avez accompli ?

Décidément, cette femme était horrible, même pour Tracey. Mais n'avait-elle pas raison dans le fond ? En fin de compte, son corps n'avait fini que par refléter le chaos qui ravageait son âme depuis le début d'année. Après cela, les membres de l'Armée de Dumbledore furent interrogés par groupes de trois, mais ne trompèrent cette fois-ci personne. Marietta, par peur et lâcheté, craqua et se rallia à Tracey, puis quand vint le tour du trio d'or, Percy arracha à Hermione le parchemin qui contenait les signatures des membres. Cette dernière l'avait rapidement dissimulé dans la poche de sa cape et Rogue faillit lever la main sur lui en le voyant poser ses sales pattes sur sa protégée.

- Vous pouvez le frapper, professeur Rogue ! s'exclama Ron en dévisageant Percy. Ce n'est pas mon frère, ça ! Juste un sale mouchard du ministère !

- SILENCE, WEASLEY ! réclama Ombrage de sa voix suraigüe.

Pour le meilleur ou pour le pire, Dumbledore intervint dans l'idée d'alléger les dégâts et se rendit coupable de la création de cette armée qui portait son nom. Harry, Ron et Hermione voulurent le défendre, mais le ministre de la magie ne vit évidemment que ce qu'il voulait voir. Ainsi, les élèves furent épargnés d'un renvoi, mais Dumbledore dû fuir pour éviter d'être envoyé à Azkaban, tandis que Rogue se fit relever de ses fonctions sur-le-champ.

- Je suis désolée.. Tellement désolée, lui murmura Hermione lorsqu'il passa devant lui, traîné de force par deux employés du ministère. La sorcière était en larmes, ce que Percy sembla trouver totalement inapproprié à en juger par l'air écœuré qu'il affichait. Arrêtez ! Arrêtez, s'il vous plaît ! Renvoyez-moi à sa place !

- Ne dites pas de bêtises ! rétorqua Rogue, désormais dos à elle.

- Taisez-vous, Granger, ou vous serez deux à quitter les lieux ! menaça Ombrage en ponctuant sa phrase d'un petit rire odieux.

- Eh bien, oui, pourquoi pas ?! s'énerva Hermione en se débattant. Percy resserra son étreinte sur elle, et Harry faillit se faire étrangler par Goyle en voulant la rejoindre, ce qui amusa Crabbe qui était occupé à broyer les bras de Ron.

- Ce n'est pas ce qu'elle voulait dire, rattrapa aussitôt le brun afin de la protéger.

Mais Hermione n'en était pas si sûre. Peut-être était-ce exactement ce qu'elle avait voulu dire ? Entre rester à Poudlard avec Harry et continuer ses études ou tout abandonner pour Severus, que préférait-elle vraiment ? Le choix était cornélien en cet instant. Le jour même, le ministre de la magie nomma Dolores Ombrage directrice de Poudlard ainsi que de la maison Serpentard, et le reste des membres de l'Armée de Dumbledore furent rassemblés dans la Grande Salle pour une retenue sanglante pendant que celle-ci savourait son infusion de thé préférée.

- Elle va le payer, cette cinglée, murmura George en serrant les dents de douleur. Devant lui, Cho pleurait en silence et Katie essayait discrètement d'utiliser un sortilège de guérison sur sa plaie.

- Tu l'as dit, Georgie, lui répondit son jumeau, tandis que des gouttes rougeâtres s'écrasaient sur son parchemin.

Vers minuit, l'escalier menant aux dortoirs des garçons de Serpentard se mit à grincer sous les pas d'une présence féminine indésirable. Éclairant l'obscurité à l'aide de sa baguette, la silhouette encapuchonnée se déplaçait lentement dans le noir et s'arrêta devant une porte bien précise qu'elle poussa délicatement. Aussi discrète que la plus rusée des vipères, la sorcière s'avança ensuite dans la pièce pour l'analyser de ses yeux verts perçants. Elle était bel et bien au bon endroit. Cinq lits aux rideaux satinés d'émeraude encerclaient le chauffage : À gauche, se trouvaient ceux de Crabbe et Goyle, au milieu, celui d'un certain Théodore, tandis que celui de droite, ordinairement occupé par Blaise, demeurait vide. Drago, lui, dormait paisiblement à côté. Les ronflements de Crabbe étaient tels qu'il aurait été inutile de lancer un Assurdiato sur les lits des trois autres, mais la sorcière le fit quand même par mesure de sécurité. Presque aussitôt, les garçons se mirent à bouger ou à grogner, gênés par le bourdonnement dans leurs oreilles, mais seules quelques secondes suffirent pour qu'ils se replongent dans les bras de Morphée. La chair de leurs mains était intacte, contrairement à beaucoup d'autres élèves de Gryffondor, Serdaigle ou Poufsouffle.

Lentement, mais sûrement, la blonde s'approcha alors du lit de Drago à la manière d'une chauve-souris, puis fondit sur sa proie. Quand ce dernier ouvrit les yeux, il découvrit avec effroi le visage mutilé de Tracey au-dessus du sien, ainsi que la froideur du bois contre sa gorge. Il comprit très vite qu'elle le menaçait de sa baguette et poussa aussitôt un cri de terreur qu'ils furent les seuls à entendre. La Serpentard considéra sa victime avec un intérêt restreint. Elle aurait pensé se délecter de la peur dans ses yeux, savourer la soumission qu'il lui offrait malgré lui, mais il n'en était rien. Il lui parut soudain aussi insignifiant qu'un insecte, ce qui la réconforta au moins sur un point : Elle n'était plus amoureuse de lui. Au bout d'une silencieuse minute qui parut durer éternellement pour Drago, Tracey le fit descendre de son lit et lui ordonna de la suivre. Pour aller où ? Il l'ignorait. Mais elle avait pris soin de subtiliser sa baguette avant, ce qui ne lui disait rien de bon. Il descendit les marches lentement, pieds nus, essayant d'inscrire dans sa mémoire la sensation de sa peau frôlant le parquet. Après tout, il ne reviendrait peut-être plus ici. Tout dépendait de Tracey à présent. Il ne pouvait rien faire, si ce n'était obéir, car cette dernière avait lancé un sortilège sur les deux dortoirs pour qu'ils puissent quitter la salle commune sans être dérangés. La seule solution qui s'offrait à lui, s'il en existait une, se trouvait à l'extérieur. Là-bas, il pourrait essayer de récupérer sa baguette ou d'attendrir son ancienne complice avec des paroles mielleuses, même si les deux options lui semblaient impossibles. Ce soir, Tracey ne se ressemblait plus du tout, aussi bien physiquement que mentalement. Elle avait cet air absent sur le visage, comme si plus rien ne comptait, et un grain de folie avait germé dans son regard. Elle allait se débarrasser de lui comme elle avait essayé de supprimer Pansy.

- Avance plus vite, lui dit-elle sèchement, sa baguette toujours pointée contre sa nuque. Drago déglutit avec difficulté avant de répondre.

- Ou sinon ? osa-t-il en essayant de reprendre contenance en usant de l'arrogance.

- Crois-moi, tu ne préfères pas le savoir..

- Je te crois, lui répondit-il sur le ton de la conversation. Où allons-nous ?

- Faire une promenade sur le toit, en amoureux, ironisa Tracey.

- Sur le toit ? Tu veux dire.. Le toit de Poudlard ?

- Le toit de Poudlard, répéta-t-elle avec un naturel déconcertant, comme si elle l'emmenait faire un peu de lecture à la bibliothèque.

Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient de leur destination, Drago sentait la peur le gagner et ses espoirs les plus minces se paralyser. Voilà ce qu'il avait gagné à jouer au parfait crétin pendant toutes ces années. Le château était vide, vide, comme ce qui l'attendrait une fois projeté dans les airs, car c'était de toute évidence ce que Tracey avait prévu pour lui. Soudain, il se souvint des paroles que Ginny lui avait adressées une fois, au milieu d'un couloir : « Mais arrivera un jour où tes bassesses n'auront plus aucun effet sur personne, Malefoy, parce qu'on aura tous appris à passer au-dessus, et à ce moment-là, tu te retrouveras seul, car tu auras perdu ton temps à jouer les petites brutes au lieu de profiter de tes années ici, à Poudlard ». Au moins, il avait le droit à un dernier festin avant sa mort en découvrant le goût de l'ironie mêlé à celui de la raison.

En tout cas, Drago était loin d'imaginer que Hermione, de toute personne, allait raviver la flamme de l'infime espoir qu'il portait difficilement en lui, et ce, pour une raison presque ridicule, tant elle était triviale. Au moment où Tracey avait pénétré dans le dortoir des garçons, sa camarade de chambre s'était réveillée, prise de douleurs dans le bas-ventre. Comme à chaque début de mois, Dame Nature était venue lui rendre visite, et la jeune fille alla donc se changer en pleine nuit. Seulement, elle remarqua très vite que le lit de Tracey était vide, ce qui attira évidemment son attention. Ce fut alors à son tour de se rappeler des paroles de Ginny : « Laisse-nous faire, Drago et moi, et bientôt, tout cela sera résolu ». Hermione décida de faire confiance à son amie et descendit pour aller boire un verre d'eau, sa baguette allumée à la main. Elle se paralysa en apercevant Drago passer la porte de la salle commune sous les ordres de Tracey qui le menaçait de sa propre baguette. La Serpentard se cacha aussitôt, essayant de réfléchir le plus vite possible. Cela ne lui disait rien qui vaille. Elle n'aimait pas particulièrement Drago, à vrai dire, elle le méprisait plus qu'autre chose, ce qui était tout à fait légitime. Mais il restait un membre de la maison dont elle était préfète. Elle n'allait quand même pas ignorer ce qu'elle avait vu et le laisser se faire tuer, surtout en sachant que Ginny tenait à lui d'une manière ou d'une autre. Que pouvait-elle faire alors ? Où allaient-ils ainsi ? Certainement pas vers la tour d'astronomie, puisque sa sécurité avait été renforcée depuis début novembre. Rogue n'était plus là, Dumbledore non plus.. Mais Harry demeurait et avait la carte du Maraudeur en sa possession. Encore une fois, les adolescents qu'ils étaient allaient devoir sauver la situation. Hermione retourna alors dans son dortoir pour aller chercher le gallion ensorcelé qui la liait au reste de l'Armée de Dumbledore. Bien sûr, il n'y avait qu'elle pour savoir comment faire chauffer les pièces de certains membres uniquement, ce qu'elle fit aussitôt.

- Outch ! s'exclama Ron dans un sursaut, du côté des Gryffondor.

- Chut ! lui répondit Dean, à moitié endormi.

- Mais aïe ! Ça brûle !

En entendant son meilleur ami gesticuler dans ses draps, Harry attrapa ses lunettes, alluma sa baguette, puis s'approcha du lit voisin en étirant ses longs rideaux bordeaux. De toute façon, il n'arrivait pas à dormir tant sa main et sa cicatrice au front l'élançaient.

- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il dans un murmure.

- Je ne sais pas, j'ai la fesse en feu, répondit sérieusement Ron.

- La fesse en feu ? répéta Harry, incrédule. Mais tu as mangé quoi au dîner, au juste ?

- Mais non, ce n'est pas ce que je voulais dire ! Et puis, je n'ai presque rien mangé pour une fois. Tiens, voilà ce que c'est ! lui dit-il en sortant une pièce de la poche de son pyjama. Le faux gallion de l'A.D ! Il chauffe ! Harry fronça les sourcils en réfléchissant.

- Mais l'association a été démantelée, Ron.

- C'est vrai, avoua ce dernier d'un air triste. Tu crois que ça peut être un disfonctionnement du sortilège ? Harry retourna chercher la sienne qui reposait sous son oreiller. Elle chauffait également.

- Non, je ne crois pas. Jamais Hermione ne râterait un sortilège, affirma-t-il avec conviction. Allez, viens, lève-toi, lui dit-il alors, et les deux garçons descendirent jusqu'à la salle commune après avoir pris soin d'emporter leurs baguettes, la carte du Maraudeur et la cape d'invisibilité avec eux.

- Tiens, Ginny, tu avais la fesse qui brûlait toi aussi ? s'amusa Ron en tombant sur cette dernière.

- Qu'est-ce qui se passe ? leur demanda-t-elle en ajustant son peignoir. Ma pièce..

- C'est Hermione. Elle doit avoir des problèmes, supposa Harry en dépliant la carte du Maraudeur devant eux. Regardez ! Elle est là.

- Mais qu'est-ce qu'elle peut bien faire là ?

- Tu ne vois pas ? Elle est en train de suivre Malefoy et Tracey.

- Oui, mais ça ne nous dit pas pourquoi elle..

- Chut, Ron ! C'est du sérieux, on a pas une minute à perdre, coupa Ginny en se dirigeant vers le tableau de la Grosse Dame. Harry et Ron la rattrapèrent aussitôt et tous les trois disparurent sous la fameuse cape d'invisibilité.

- Est-ce que tu pourrais nous dire ce qui se passe ? s'agaça le roux en marchant.

- Ce serait trop long à expliquer.. Mais pour faire court, sachez que c'est Tracey qui a poussé Pansy de la tour d'astronomie à Halloween. Drago et moi l'avons dénoncé à Dumbledore il y a peu, donc je suppose qu'elle va essayer de se débarrasser de lui aussi..

- Tu plaisantes ? Tu es en train de me dire que ma petite amie est en train de suivre une meurtrière ? s'offusqua Harry.

- Et nous aussi ! ajouta Ron, outré. J'en ai rien à faire que Malefoy fasse le saut de l'ange, moi !

- Eh bien, pas moi, Ron ! Allez, un peu de courage !

Le château avait beau être peuplé uniquement de la présence des tableaux, Hermione n'était pas des plus rassurées pour autant. Se balader après le couvre-feu pouvait lui coûter une exclusion, mais elle n'y avait pas pensé sur le coup et s'était laissée guider par son instinct. Drago, lui, serait certainement resté bien au chaud sous ses couvertures si les rôles avaient été inversés. Mais de toute manière, il était préférable que Harry, Ron et Ginny se déplacent sous la cape d'invisibilité à sa place, car ils étaient trois, donc plus faciles à repérer. Du moins, elle l'espérait. Mais il ne pouvait pas en être autrement. Ils devaient avoir reçu son message et être en chemin. Hermione avait confiance en eux, surtout en Harry. Il assurerait ses arrières comme elle l'avait si souvent fait pour lui.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda brusquement Tracey à Drago en le voyant jeter de vifs regards derrière son épaule.

- Je surveille les alentours, répondit-il, peu crédible. On ne sait jamais, quelqu'un pourrait nous voir. La Serpentard lui adressa un sourire mauvais teinté d'ironie.

- Parce que tu crois encore échapper à ce que tu mérites ? De toute façon, quiconque se mettra sur notre chemin te rejoindra dans ta chute. J'espère que ce sera cette Ginny Weasley, tiens.

Elle lui indiqua une grande fenêtre d'un signe de tête, l'obligeant à la franchir pour monter sur le toit. Drago s'exécuta, le visage d'une pâleur semblable à celle des reflets de la lune. Il faisait noir, nuageux, et le temps était à l'orage, ce qui ne lui donnait pas du tout envie de poser ses pieds nus sur la tuilerie glacée du château. Hermione se dissimula discrètement derrière un mur pendant la montée du duo. Bientôt, elle entendit des murmures venir de l'autre côté.

- Mais.. Mais ils vont sur le toit ! gloussa Ron, tandis qu'un gros orage éclatait dehors.

- Alors nous aussi, répondit courageusement Ginny.

- Je n'aime pas ça, Harry. Je n'aime pas ça du tout..

- Harry ? Ron ? Ginny ? Par ici ! murmura Hermione en regardant là où elle supposait que ses trois amis se trouvaient. Ils la rejoignirent dans sa cachette où ils abandonnèrent le tissu magique qui les recouvrait.

- Je suis soulagée, leur avoua Hermione en prenant Harry dans ses bras. Vous avez deviné que j'avais besoin d'aide.

- Évidemment. Tes plans sont toujours brillants, lui dit-il sincèrement.

- Oh, Harry, ajouta-t-elle en rougissant de plaisir.

Ginny regarda le couple avec une certaine impatience avant de se râcler la gorge le plus discrètement possible. Le moment était mal choisi pour flirter.

- Bon, maintenant qu'on s'est retrouvé, ça vous dirait de laisser Malefoy se débrouiller ? Il mérite ce qui lui arrive de toute façon.

- Tu peux rentrer, Ron, mais moi, je reste. C'est quand même grâce à lui que Tracey va être arrêtée pour sa tentative de meurtre sur Pansy.

- Bon sang, où est passée la Ginny qui mettait la fouine à terre avec un coup de poing bien placé ? déplora-t-il à l'oreille de son meilleur ami.

- Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, récita Hermione en prenant la cape d'invisibilité des mains du brun.

- Qu'est-ce que tu fais, Hermione ?

- Je vais les rejoindre, bien sûr. Je suis la mieux placée pour essayer de raisonner Tracey.

- Je viens avec toi, assura Ginny.

- Dans ce cas, moi aussi..

- Non, Harry. Si Ombrage te voit sur le toit, elle te renverra, et tu seras plus en danger que n'importe lequel d'entre nous !

- C'est vrai qu'on est en sécurité ici, railla Ron. C'est pas comme s'il y avait des meurtriers qui se promenaient tranquillement dans le château et des profs qui nous sanctionnaient en nous mutilant..

- Tu sais ce que je veux dire, Ronald ! Je parle de Vol..

- Tu-Sais-Qui ! corrigea-t-il aussitôt.

- Bon, allez, on y va, coupa Ginny, impatiente. Contentez-vous de monter la garde et de l'attraper si jamais elle essaye de s'enfuir. Rejoignez-nous seulement si ça dégénère sérieusement.

Harry voulut protester, mais n'eut pas d'autre choix que d'obéir aux ordres des deux sorcières qui, très vite, convenèrent d'un plan. Une fois cela fait, Ginny s'enroula sous la cape d'invisibilité et suivit Hermione sur le toit, en toute discrétion.

- Alors, Drago, on apprécie la vue ? lui demanda la blonde en le regardant tituber.

- Je t'avouerai qu'il fait un peu froid, Tracey. Tu ne veux pas en finir ailleurs ? proposa-t-il en évitant de regarder le paysage pour ne pas avoir le vertige.

- Tu es drôle, tu sais. J'aimerais discuter un peu avec toi, te faire regretter tes actes..

- Je les regrette déjà.

- Oh, ça oui, maintenant que tu es dans une situation aussi délicate ! s'énerva-t-elle en resserrant son étreinte sur sa baguette. Aussitôt, un second orage éclata, et la pluie commença à tomber autour d'eux. Toutefois, j'ai bien peur que notre conversation ne puisse pas durer.. Je suis un peu pressée, tu vois.

- Baisse ta baguette, Tracey ! s'exclama une voix dont la familiarité les fit se retourner.

- Granger ? s'étonna Drago en clignant plusieurs fois des yeux, surpris.

- Oh, en effet, c'est bien elle. Hermione Granger, la seule et l'unique, constata Tracey en la dévisageant. Qu'est-ce que tu fais là, dis-moi ? J'avais pourtant lancé un enchantement sur les deux dortoirs.

- Je ne suis pas là en ennemie, Tracey. Je suis là pour t'aider, lui assura la brune en s'avançant lentement vers eux.

- De toute évidence, ironisa la Serpentard avant de reporter son attention sur Drago. Alors vas-y, aide-moi. Fais-le tomber à ma place ! Un nouvel orage fendit soudain le ciel en illuminant la peur dans les yeux du concerné.

- Tracey..

- Tss, je le savais. Tu es bien trop gentille pour faire une chose pareille, pas vrai, Miss Parfaite ? Et pourtant, il t'en a fait baver.. Tu devrais vouloir te venger !

- Là n'est pas la question ! Si tu le tues, tu iras à Azkaban..

- Qu'est-ce que tu en sais ? Je suis encore mineure, après tout.

- Plus pour très longtemps, je me trompe ? La justice peut attendre, tu sais. Mais tu peux aussi bien t'arrêter là, poursuivit Hermione sur un ton qui se voulait convaincant.

- Et si je n'en avais pas envie ? De toute façon, les Aurors vont bientôt venir me chercher ! Je sais que tu es au courant de ce que j'ai fait à Pansy, Miss Je-Sais-Tout !

- Je suis de ton côté, Tracey ! répéta sa camarade. C'est pourquoi je te prie d'aller te dénoncer avant pour pouvoir bénéficier d'un arrangement ! On te changera d'établissement, tout ira mieux pour toi..

- Ou on me brisera ma baguette ! Je sais comment le système fonctionne ! Tout ça, c'est votre faute à tous ! Je ne vous laisserai pas me prendre la seule chose qu'il me reste, à savoir ma magie ! s'énerva-t-elle en pointant sa baguette sur elle.

- Ça suffit, j'interviens, murmura Harry à Ron.

- Non, tu restes ici ! répondit ce dernier en le retenant.

- Calme-toi, Tracey, la pria Hermione en gardant une main sur sa propre baguette, au cas où. Les trois Serpentard étaient désormais trempés jusqu'aux os.

- Arrête de vouloir tout contrôler, toi ! lui ordonna-t-elle avec véhémence. Surtout que c'est ta faute à la base ! Hermione Granger, la sorcière la plus brillante de sa génération.. La chouchoute de Serpentard, l'amie de Harry Potter ! J'étais amoureuse de cet idiot en première année, tu le savais ? Mais non, c'est toi qu'il appréciait. Tout le monde dirigeait son attention sur toi, toi, et toi !

- Je m'en serais bien passé, tu sais, avoua la concernée en frissonnant. Tracey oscilla du regard entre Drago et elle avant de reprendre.

- Alors oui, avec Pansy, Millicent et Daphné, on a fait entrer ce troll qui a failli te tuer ! Et nous l'avons regretté plus tard. Nous n'étions que des gamines après tout ! Le temps est passé, nous sommes devenues des camarades, mais Drago en a profité pour se servir de moi, car il savait tout !

- Quel sale type, murmura Ron pour lui-même.

- Et tout a commencé à aller mal.. Ou à s'empirer plutôt. Je n'étais pas la plus jolie, ni la plus intelligente ou la plus populaire.. Et je devais faire son sale boulot ! Le pire, c'est que je me laissais faire, car j'avais peur, et que je l'aimais.. Je pensais naïvement qu'il finirait par m'estimer. Mais non. Il continuait de sortir avec Pansy.

- Parce que je l'aimais ! s'exclama soudain Drago.

- Eh bien, dommage pour toi ! rétorqua Tracey en pointant à nouveau sa baguette sur lui. La suite, tu la connais, Hermione. J'ai craqué.. Et j'ai réussi à toucher Drago, à le faire souffrir. Il aurait pu trouver du réconfort dans mes bras, mais non, voilà qu'il s'est amouraché de cette Ginny Weasley ! Monsieur avait des vues sur elle et continuait sa vie alors que moi, je souffrais !

- Je souffrais aussi ! Ginny m'a juste rendu la vie moins détestable ! avoua ce dernier, le cœur et la gorge serrés. La concernée se sentit rougir sous la cape d'invisibilité.

- Eh bien, moi, je n'avais personne, figure-toi ! Par-contre, Hermione avait deux personnes prêtes à tout pour elle. Ce n'est pas injuste, ça, peut-être ?

- Baisse ta baguette, Tracey..

- Je me suis dit que si je ne pouvais pas avoir Drago, alors personne ne l'aurait !

- Tu es malade ! lui lança le blond sans réfléchir.

- La ferme, Malefoy ! lui ordonna-t-elle en exécutant un mouvement qui lui fit perdre l'équilibre. Le cœur de Ginny manqua un battement, puis retrouva un rythme normal lorsque ce dernier réussit à se stabiliser malgré l'humidité des tuiles. Bref, j'ai décidé que j'allais le tuer peu de temps après.. Et nous y voilà. Cette fois-ci, je ne louperai pas mon coup, et je ferai souffrir les élèves de cette école comme ils m'ont fait souffrir malgré eux.

- C'est pour ça que tu nous as dénoncé à Ombrage, n'est-ce pas ? intervint calmement Hermione. Pour te venger. Je suis désolée, Tracey, vraiment..

- Ah oui ? Alors pourquoi est-ce que tu m'as fait ça ? lui demanda-t-elle avec véhémence tout en pointant les horribles cicatrices sur son visage. De toute façon, ça n'a plus d'importance.. Je vais saisir cette opportunité et vous éliminer tous les deux !

- Qu'est-ce que tu attends, Granger ? Tu veux mourir ici ? lui lança le Serpentard, tandis que Harry se faisait violence pour ne pas intervenir.

- Tu n'apprendras donc jamais à te taire, Malefoy ? répliqua-t-elle en adressant un léger signe de tête à Ginny qui attendait le moment propice pour agir.

- Tss, moi qui te croyais intelligente..

- On va s'en sortir, tu verras.

- L'espoir fait vivre, déclara Tracey en faisant un pas en arrière. Drago avala sa salive avec difficulté avant de reprendre la parole.

- En tout cas, si je meurs, mais que tu arrives à t'en sortir, Granger.. Dis à Ginny que je l'aime. Voilà, je l'ai dit. Et que je m'excuse pour tout ce que j'ai pu faire de répréhensibles.

- Je ne te dois aucune faveur, Malefoy, répondit sèchement Hermione. Surtout après tout ce que tu as fait. Ce dernier esquissa un sourire à la fois triste et amusé.

- C'est vrai. Alors je suppose qu'elle ne le saura jamais.

- Oh, si. Je pense qu'elle l'a bien entendu, ne t'inquiète pas. Un sourire se dessina alors sur les lèvres invisibles de Ginny, tandis que Ron se grattait la tête en se demandant s'il n'était pas en train de rêver.

- Quoi ?

- Trève de bavardage, finissons-en, vous voulez ? intervintalors Tracey. Vous êtes pathétiques. Là-dessus, elle resserra un peu plus son étreinte sur sa baguette et adressa un léger sourire à Hermione. Son visage semblait se noyer dans les gouttes de pluie.. Ou étaient-ce des larmes ? Hermione.. La prochaine fois, évite de laisser traîner tes vieux bouquins n'importe où, d'accord ?

- Qu'est-ce que..

- Maintenant ! s'exclama Ginny en sortant de sous la cape d'invisibilité.

Les deux amies s'apprêtèrent à stupéfixer Tracey, mais celle-ci retourna sa baguette contre elle à la dernière minute et cria l'incantation « Sectumsempra ! ». Un nouvel orage fendit le ciel en deux et le corps de Tracey fut instantanément projeté en arrière, éclaboussant Hermione, Ginny et Drago d'un liquide rouge et chaud.

- TRACEY !

Sans même savoir pourquoi, Drago se mit à courir pour rattraper sa camarade, mais glissa à cause de la pluie et fut rattrapé de justesse par Ginny. Harry accourut aussitôt vers Hermione pour l'empêcher de faire de même, et bientôt, la prise qu'il avait sur elle se transforma en une étreinte désespérée. Leurs coeurs criaient, mais ils ne prononcèrent pas un seul mot : Seule l'horloge de Poudlard chantait son habituelle mélodie nocturne. Après s'être assuré que sa sœur allait bien, bien que secouée, Ron s'approcha du bord de la toiture avec précaution, l'eau sous ses chaussures se mêlant au sang. Il jeta un rapide coup d'œil en bas avant de détourner le regard, nauséeux. Le corps sans vie de la Serpentard gisait sur la pelouse de Poudlard, lacéré au niveau de la poitrine. Tracey Davis était morte.