Chapitre 24

Lorsqu'Aiolia revint au Sanctuaire près de deux heures après en être partit, il boitillait et ne parvenait pas à arrêter son saignement de nez. Grâce à la vitesse de la lumière, se rendre sur l'Île de la Reine Morte et en revenir ne lui avait pas prit beaucoup de temps, mais sa petite escarmouche avec Ikki lui avait fait perdre un temps considérable. Et en plus, ce maudit poulet grillé n'avait même pas prit la peine de le suivre !

Le Chevalier d'Or du Lion pénétra dans le palais du Pope en grognant de douleur, sentant sa joue gauche brûler littéralement. Au début, il avait laissé Ikki l'attaquer et ne faisait que se défendre, mais son caractère de fauve avait finit par l'emporter et il en était arrivé à riposter. Lorsqu'il avait réalisé qu'ils étaient bien partis tous les deux pour se casser carrément la gueule, Aiolia avait préféré fuir de l'île et revenir ici. Il n'avait pas non plus envie de raconter à Shun qu'il avait tabassé son frère ! D'ailleurs, il ne savait pas trop ce qu'il allait pouvoir lui dire, du coup depuis qu'il était revenu il rasait les murs en guettant son apparition, et avait enfin baissé sa vigilance maintenant qu'il était dans le palais du Pope. Après tout, il n'y avait aucune raison pour que Shun se trouve ici. Il fila directement à l'infirmerie.

Une fois devant la porte, il entra dans la pièce en pensant y trouver Sion mais l'endroit était vide, laissé dans le même état qu'avant son départ lorsqu'il avait discuté ici avec son Pope.

- Lâches-moi je ne veux pas de piqure euh! hurla une voix stridente.

Enfin, presque vide. Une main toujours sur le nez pour éviter de laisser des gouttes de sang partout, Aiolia s'approcha de la petite chambre qu'occupait Milo et découvrit là Mü aux prises avec un Scorpion qui s'évertuait à se cacher sous ses draps.

- Bordel arrêtes de me faire chier et donnes ton bras! s'écria le Bélier en tentant une ouverture sur le côté.

- Nan! répliqua furieusement Milo sans sortir la tête. Veux pas de piqure!

Aiolia fit quelques pas en avant, captant l'attention de Mü qui se redressa alors, les yeux écarquillés.

- Nom d'un bouc! laissa-t-il échappé, sa seringue à la main. Qu'est-ce qui t'es arrivé? Qui c'est qui t'a défoncé comme ça?

Emporté par sa curiosité, Milo sortit sa tête de sous les draps et rencontra alors le visage de son meilleur ami. Il y eut quelques secondes de battement avant qu'il n'éclate de rire en le pointant du doigt. Ça, il fallait s'y attendre. Aiolia grogna en fronçant les sourcils mais ne dit rien.

- Hey mon chaton, réussit à articuler le Scorpion, t'as encore loupé une marche? Je t'ai pourtant répété plusieurs fois de ne pas courir dans les escaliers mon gros minou d'amour.

Aiolia s'apprêtait à répliquer mais, rapide comme l'éclair, Mü attrapa le bras découvert de son compagnon alité et l'immobilisa avant d'y planter l'aiguille.

- Aïeuh! s'écria Milo en gigotant.

Le Bélier libéra son ami, content de lui, avant de contourner le lit pour venir vers Aiolia. Le Scorpion attrapa son bras pour le serrer contre lui-même en gémissant et se cacha de nouveau sous les draps.

- T'es méchant tu m'as fais mal!

- Mais oui c'est ça, répliqua Mü en rengainant son arme, arrêtes un peu de geindre comme un gosse. Et alors toi! Qui c'est qui t'a mi dans cet état? Tu t'es pas fais ça à l'entraînement quand même?

Il s'approcha de lui et l'obligea à lui montrer son nez endoloris, puis il promena doucement ses mains sur les avant-bras de l'armure d'or avant de braquer son regard dans celui du Lion. Quelques secondes de silence avant qu'il ne constate :

- Tu t'es battu sans armure, va falloir que je te fasse un examen complet du coup. Viens par là.

Aiolia suivit son compagnon d'arme dans l'infirmerie et s'installa sur le lit d'auscultation sans dire un mot, une main sur sa narine en sang. Il n'avait pas besoin de se demander comment Mü savait qu'il s'était battu sans protection, il le savait c'est tout, le Bélier était comme ça. Aucune parole ne fut prononcée durant plusieurs minutes, le médecin occupé à enfiler ses gants et le patient à ruminer ce qu'il s'était passé avec Ikki. Il aurait préféré que ça se passe autrement avec lui, c'est certain, mais que pouvait-il y faire ? Cet oiseau de malheur avait vraiment un sale caractère impulsif et impétueux, on ne pouvait même pas discuter avec lui ! Il avait pourtant tenté de lui faire entendre raison, tentant même de l'amadouer en invoquant Shun mais rien n'y fit, ils s'étaient battus.

- Allez, montres-moi ça, ordonna Mü une fois devant lui.

Aiolia releva le visage et lui présenta son nez, tout en grimaçant de douleur. Avant Mü, il se souvenait du médecin qui s'était occupé d'eux durant leur enfance. Ça n'était pas Sion, puisque celui-ci était Grand Pope avant Saga, et qu'il avait autre chose à faire. C'était un ancien Chevalier Intermédiaire qui avait prit sa retraite - rare dans la profession - mais le Lion était incapable de se souvenir de son signe et de son nom. La seule chose dont il se souvenait, c'était sa brutalité, et Aiolia détestait se rendre chez lui lorsqu'il était petit. A côté, Mü était d'une douceur et d'une prévoyance infinie.

- Rassures-toi tu n'as pas le nez cassé, lui dit celui-ci avant de désigner furtivement l'armure d'or que portait son homologue, allez retires ça.

Le Lion se redressa doucement en grognant de douleur et obéit. Bon sang ce qu'il avait mal ! Si Ikki revenait au Sanctuaire, il se jura de l'attraper et de lui en faire voir de toutes les couleurs, Shun ou non. Une fois vêtu uniquement de son pantalon, il se réinstalla sur le lit et Mü se pencha sur son torse en sifflant.

- Bah dis donc! Tu t'es jeté sur un mur ou quoi? La prochaine fois que tu as envie d'une expérience transcendantale, parles-en d'abord, les cellules capitonnées ça existe et c'est trop génial!

Aiolia jeta un regard circonspect à Mü qui haussa les épaules avant de répliquer :

- Longue histoire. T'as une côte cassée gros malin, et une autre de fêlée. Va falloir faire attention ces prochains jours.

- Je me disais bien que j'avais mal aussi, répliqua le Lion d'un ton moqueur, contentes-toi de me soigner et arrêtes avec tes conseils à deux balles!

Mü ne répliqua rien et s'approcha de son armoire à pharmacie à la recherche d'une pommade. Pendant ce temps-là, Milo ne cessait de gémir dans sa chambre en traitant le Chevalier du Bélier de tous les noms d'oiseaux connus et inconnus, et maudissait la Terre toute entière.

- Mais tu peux sortir toi! s'écria le médecin avec force. Dégages et arrêtes de chialer, tu me pompes l'air!

Aiolia, de son côté, n'arrêtait pas de penser à Shun. Il allait forcément apprendre que lui et son grand frère venaient de se taper sur la tronche, mais comment allait-il réagir ? Il ne voulait absolument pas qu'ils se disputent, ils n'étaient même pas officiellement ensemble, ils n'allaient tout de même pas commencer à s'engueuler ? Oui, même pas officiellement. Sans le vouloir, une tristesse immense l'envahit si brutalement qu'il en trembla. Shun avait-il l'intention d'officialiser leur relation ou non ? Aiolia réalisa qu'il n'avait pas envie de rester dans le secret, il voulait que tout le monde sache, que tout le monde soit au courant de leur relation. Qu'ils soient jaloux, peut-être.

Tout en ressassant toutes ces pensées, le Lion n'entendit pas la porte de l'une des trois petites chambres s'ouvrir. Mais c'est la voix de Shun lui-même qui le sortit de ses ruminations et l'obligea à se retourner.

- Mü je peux y aller? C'est pas que je m'ennuie là mais je me sens bi ...

Le garçon s'immobilisa, les yeux écarquillés, et fixa Aiolia qui arborait la même expression. Mü se figea quelques instants, puis éclata de rire à les voir tous les deux se fixer de cette façon. Pendant ce temps-là, dans la chambre d'à côté :

- J'ai mal! Sale bouquetin de malheur tu me le paieras!

- Shun? demanda le Lion en fronçant les sourcils. Pourquoi t'es là? Qu'est-ce qu'il s'est passé tu vas bien?

- Pourquoi tu saignes du nez? répliqua le garçon en s'avançant vers lui. T'es couverts de bleus! Tu t'es battu?

De son côté, le Bélier n'arrivait plus à se débarrasser de son fou rire alors que Milo continuait de brailler dans sa petite chambre. Shun s'approcha d'Aiolia, celui-ci se redressa et ils se firent face. Tout doucement, Andromède passa sa main sur le torse du Lion, là où une marque évidente de poing était en train d'apparaître sous la forme d'une ecchymose bien visible. Brièvement, il repéra l'armure d'or déposée aux pieds du lit.

- Avec qui tu t'es battu? demanda-t-il doucement.

Le Lion prit une grande inspiration. Autant se jeter à l'eau tout de suite, Shun finirait par savoir ce qu'il s'était passé entre son grand frère et lui de toute façon, alors quitte à choisir il préférait que le garçon l'apprenne de sa bouche, et non d'une autre. Comme celle de Sion, ou du Phénix lui-même.

- Avec Ikki, répondit-il crispé.

- Quoi?

- Ikki! C'est sérieux? s'écria Mü en s'approchant d'eux. Déesse t'as même des coups dans le dos! Il était furax.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé? demanda brusquement Shun en lui attrapant les bras. Pourquoi vous vous êtes tapé dessus, vous êtes fêlés?

- Je lui ais di que je t'aimais et qu'on était ensemble.

Milo choisit cet instant pour sortir sa tête de sa chambre, l'air goguenard, un sourire des plus niais affiché sur le visage.

- Nan c'est vrai? lança-t-il dans un rire. Bah mon cochon, c'est pas tous les quatre matins qu'on entend ça!

Les deux amoureux continuaient de se fixer sans rien dire. Dans les yeux du garçon, de la peur et de la colère, dans ceux du Lion de la peur ... et de la peur. Shun n'en revenait pas, Aiolia avait prit la peine de se mettre à la recherche de son aîné pour lui annoncer qu'ils s'aimaient et en avait récolté des coups et des blessures. Alors il avait peur, parce qu'Ikki était capable d'être rancunier et un Phénix rancunier ça n'est jamais très bon. Il était aussi en colère parce qu'il jugeait qu'Aiolia aurait pu lui en parler avant de se rendre près de son grand frère seul, ainsi ils auraient pu lui annoncer ça tous les deux, pour bien lui prouver que cette histoire n'était pas du bidon. Mais non. Le Lion l'avait joué en solo, et le garçon n'arrivait pas vraiment à savoir s'il était déçu ou heureux. Après tout, Aiolia avait prit le risque de se rendre là-bas seul pour lui, pour eux. Pour leur histoire. Alors il n'arrivait pas vraiment à se mettre en colère. De son côté, le Lion avait très peur de la réaction de Shun, peur que le garçon lui en veuille de s'être battu contre Ikki, et surtout peur qu'il choisisse de défendre son grand frère et de le laisser seul. Alors ils se fixaient sans rien dire, sans trop savoir quoi faire non plus.

- Bah qu'est-ce que vous attendez? demanda soudainement Milo sans cesser de sourire. Allez-y ne vous gênez pas, roulez-vous une petite pelle, faites comme si on n'était pas là!

- Vas t'habiller toi, répliqua Mü en le poussant brusquement à l'intérieur de sa chambre avant de refermer la porte, et arrêtes de dire des âneries ça nous fera de l'air.

- Pourquoi t'as fais ça? demanda sèchement Shun.

Aiolia baissa les yeux, honteux et peiné. Il en était certain, le garçon avait choisit de défendre son frère, c'est ce qu'il aurait fait lui aussi après tout, mais il ne pouvait s'empêcher d'être triste.

- Tu te rends compte qu'il aurait pu te faire très mal? reprit Shun avec plus de douceur, de l'inquiétude dans la voix. Tu ne sais pas de quoi Ikki est capable mais moi si, alors refais plus ça d'accord?

Le Lion souriait béatement. Shun était inquiet pour lui, il l'engueulait certes, mais il l'engueulait pour la bonne cause. Alors il l'avait choisis lui ? Pas son grand frère, lui ? Il s'inquiétait même pour lui, et son regard brillant de douceur commençait à le faire fondre. Il avait envie de l'embrasser, après tout Milo avait raison, autant faire comme s'ils n'étaient pas là. Mais avant qu'il ait pu faire quoi que se soit, le garçon se tourna vers Mü qui avait enfilé des lunettes et feuilletait un dossier sans plus faire attention à eux.

- Qu'est-ce qu'il a? demanda-t-il sans lâcher Aiolia. Rien de grave?

- Il a vu pire, répondit le Bélier dans un sourire, ne t'en fais pas le petit minou est costaud.

- Ta gueule! répliqua ledit minou en fronçant les sourcils.

Shun sourit puis passa tendrement sa main sur le sang séché qui collait encore au visage d'Aiolia. Celui-ci sentit son cœur s'attendrir et commença à voir ces blessures comme une bénédiction. Lui blessé, Shun prendrait soin de lui comme une infirmière dévouée non ? Petit à petit, quelques idées coquines commencèrent à vagabonder dans son esprit et il prit la main de son compagnon dans la sienne.

- Par contre je te préviens, reprit Mü en souriant devant cette scène, une fois qu'il a mal il est grognon le chaton, très grognon.

- Toi je t'ai di de fermer ta mouille! grogna de nouveau Aiolia.

- Tiens tu vois? Bon rien de grave, une petite côte cassée et une autre fêlée, il s'en remettra. Par contre toi, je préfèrerais te garder jusqu'à ce soir, si tu n'y vois pas d'inconvénients.

Shun grimaça et baissa la tête alors qu'il sentait très clairement la main du Lion se crisper dans la sienne, tout son corps tendu par la surprise. Si possible, il aurait préféré éviter ce sujet délicat, mais le Bélier n'avait pas la langue dans sa poche. La confrontation ne faisait que commencer. Quelques jours qu'ils étaient ensembles et déjà, les problèmes pointaient le bout de leur nez.

- Pourquoi? demanda brusquement Aiolia. Qu'est-ce qu'il s'est passé? Vous avez été attaqué?

Son compagnon ouvrit la bouche dans l'espoir de pouvoir en placer une avant que la gaffe ne soit faite, Mü ferma son dossier et s'apprêtait très certainement à l'appuyer, quoi qu'il dise, car une bagarre dans son infirmerie ne lui faisait pas trop envie, mais le destin en décida autrement. Milo trouva le moyen, enfermé dans sa petite chambre au sortir d'une sévère septicémie, d'être plus rapide qu'eux.

- Ouais, attaqué par un Shaka en furie! Notre petite pucelle nous a fait une poussée d'hormones, déclara le Scorpion dans un immense sourire avant de continuer dans un murmure: il est dans la chambre d'à côté.

De nouveau, ni Shun ni Mü n'eurent le temps de réagir, pas même de faire une petite prière, car déjà Aiolia se ruait sur la pièce désignée d'un signe du menton par son meilleur ami. Oublié ses blessures, oublié qu'il risquait de se casser une deuxième côte à se frotter ainsi à un autre Chevalier d'Or, car celui-ci avait attaqué Shun, son Shun, et avait été jusqu'à l'envoyer à l'infirmerie. Et puis, même sans ça, il ne pouvait pas blairer Shaka, alors tous les prétextes étaient bons pour lui taper sur la tronche. Ni une ni deux, il fit irruption dans la chambre et bondit dès qu'il eut repéré son ennemi. Celui-ci était sagement assit sur son lit, les yeux fermés, apparemment perdu dans ses pensées, et ne vit pas l'attaque venir. Ou peut-être que si, mais personne ne le sut jamais car il se contenta de prendre l'agression de plein fouet, autrement dit de réceptionner sur lui les quatre-vingt-cinq kilos de muscles et de rage du Chevalier du Lion. Les deux hommes, aussi différents que le vide et le plein mais ne pouvant exister l'un sans l'autre, chutèrent au sol. Très vite, Aiolia se redressa et attrapa Shaka par le col de son sari pour le relever à son niveau et lui asséner un coup de poing du droit en pleine figure. La Vierge s'écroula au sol, sans se défendre, sans faire quoi que se soit, sans rien dire.

Shun se rua vers eux, les yeux écarquillés de terreur, mais Mü l'empêcha d'approcher d'avantage en l'attrapant par les bras.

- Mauvaise idée, dit-il simplement, crois-moi quand Aiolia a ce regard-là, même toi tu ne peux rien faire pour le calmer.

- Arrête! cria le garçon sans faire attention aux paroles du Bélier. Shaka n'y est pour rien, c'est ma faute!

Mais, tout comme l'avait prédit le médecin du Sanctuaire, le Lion n'écoutait plus que sa colère, rehaussée par ce que son compagnon venait de dire. Shun se sentait encore coupable de ce qu'il s'était passé, parce qu'il était trop naïf, trop gentil, et qu'il ne pouvait pas comprendre qu'un Chevalier comme Shaka ait pu faire ça. Mais Aiolia savait que c'était possible, que même la Vierge pouvait avoir des sautes d'humeur, de véritables réactions d'hommes, d'un homme simple qui avait des pulsions. Un homme mûr et adulte qui n'avait pas prit la peine de réfléchir avant de s'attaquer à un adolescent ! Brutalement, le Lion plaqua son ennemi contre le mur et brandit de nouveau le poing alors que la voix de Shun raisonnait dans toute la pièce, suppliante et terrorisée, agrémentée par le rire de Milo et les grognements de mécontentement de Mü.

- Je t'en prie Lia arrêtes, lâches-le!

- Youhou! Vas-y mon minou, éclates-lui sa tête!

- Hey le glandu, tu nous aides pas là.

Shaka, après avoir reçu un second coup de poing sur la même joue, s'écroula sur son lit et chuta de l'autre côté après un roulé-boulé brutal, alors que Shun poussait un cri. Le visage tordu par la colère, Aiolia contourna le lit et s'approcha de nouveau de sa victime - deux dans la même journée quand même ! - qui n'avait pas l'air de vouloir se débattre pour le moment mais se redressait doucement, les paupières enfin ouverte. Shun se figea, attentif. Allaient-ils touts deux en arriver aux mains ? Un combat se préparait-il ?

- Lia j't'en prie! tenta le garçon une dernière fois.

- Allez, mon minou! Allez, mon minou! scanda Milo en sautillant derrière lui.

- Mais il va se taire celui-là! grogna de nouveau Mü.

Cependant, contre toute attente, alors qu'Aiolia tendait vivement sa main vers lui dans l'espoir de l'attraper de nouveau, Shaka fit un bon de côté et écarta la prise de son compagnon d'arme d'une petite tape vive. Le Lion se figea quelques microsecondes, surprit, avant de s'approcha de nouveau en poussant un rugissement de rage. A peine eut-il bougé que le coup partit, rapide comme l'éclair, pour s'écraser sur ses côtes déjà meurtries. Le Chevalier de la Vierge venait d'asséner un coup de poing en plein dans le thorax de son homologue du Lion. Poussant un cri de pure douleur, celui-ci s'écrasa au sol en se tenant le ventre. Aussitôt, Shun se dégagea de Mü et se rua sur lui, s'agenouillant à ses côtés.

- Lia! s'écria-t-il paniqué. Ça va? Je t'avais di d'arrêter pourquoi tu n'écoutes jamaisà la fin?

Aiolia grogna et tenta de se dégager des bras de son compagnon pour se redresser et reprendre ce duel. Mais le garçon l'en empêcha fermement, les sourcils froncés de colère et de sévérité.

- Non! Toi tu restes allongé là! s'écria-t-il avant de se tourner vers Shaka. Et toi qu'est-ce qu'il t'a prit? Tu savais bien qu'il était blessé!

- Non je ne savais pas, répliqua calmement le Chevalier de la Vierge, mais ça ne rend son acte que plus stupide.

Le Lion réagit au quart de tour et tenta de se redresser, gigotant violemment dans les bras de Shun tout en grognant, tout cosmos dehors. Mais le garçon avait l'air bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds et le gifla bruyamment. Le geste surprit tout le monde, Aiolia en premier qui se figea, comme paralysé, Mü en second qui écarquilla les yeux alors qu'il tenait Milo par le col de la chemise, celui-ci en troisième qui se mit à sourire encore plus bêtement et à plus forte raison Shaka qui, même s'il ne laissa rien paraître en dehors, était en train de hurler de rire en dedans.

- Tu écoutes et tu arrêtes de grogner! s'écria le garçon d'une voix forte et assurée. Y'en a vraiment ras-le-bol que t'en fasses qu'à ta tête! Quand je dis stop c'est stop c'est clair?

Toujours allongé dans ses bras, n'osant plus bouger, Aiolia acquiesça doucement la bouche entrouverte, sans savoir quoi dire. Soudain, Milo fut prit d'un fou rire et pointa son meilleur ami du doigt tout en déclarant :

- Comment il s'est fait dresser le minou! Quand je vais dire ça à Masque de Mort il va hurler de rire!

Quatre paires d'yeux à la fois énervées, désemparées, abasourdies et indifférentes se braquèrent sur lui. Milo s'arrêta sur chacune d'entre elle, les lèvres pincées, immobile, puis se dégagea doucement de la prise de Mü.

- Euh bon bah, moi je vais y aller hein! déclara-t-il en se dirigeant vers la sortie.

A peine eut-il franchit la porte principale de l'infirmerie que son rire goguenard retentit dans toute la pièce, ainsi que dans le couloir. Aussitôt, Shun se tourna de nouveau vers Shaka.

- Excuses-toi tout de suite! ordonna-t-il d'un ton qui ne semblait laisser aucune échappatoire.

Silencieux et immobile, Mü assistait sagement à toute la scène, littéralement sur le cul. Jamais il n'aurait imaginé que le garçon puisse avoir autant d'autorité ! Enfin, grandir avec un frère tel que le sien forgeait considérablement le caractère, même s'il n'en donnait pas l'impression au premier abord. La Vierge allait-il obéir ? Une seconde, deux secondes, trois secondes, puis :

- D'accord, dit doucement celui-ci, Aiolia je t'excuse d'être une patate.

- Espèce de!

Mais le Lion ne prit même pas la peine de finir sa phrase et se débattit de nouveau, tentant de se jeter sur le Chevalier d'Or qui le fixait, un sourcil arqué.

- Dehors! s'écria Shun en pointant la porte du doigt, sans cesser de le fixer.

Mü sourit et pénétra enfin dans la petite chambre pour en faire sortir Shaka, le menant dans celle qui avait été à Milo avant que celui-ci ne décide de rentrer dans son temple - ou dans celui du Cancer. Shun brandit alors sa main en fixant Aiolia et celui-ci cessa de gigoter, fixant la menaçante main levée. Quelques instants tendus, puis le garçon sourit et posa délicatement sa paume sur la joue du Chevalier du Lion.

- Tu sais que t'es sexy quand t'as peur? lui murmura-t-il sensuellement.

Son compagnon lui sourit à son tour, toute sa colère envolée, et prit sa main dans la sienne pour le tirer vers lui.

- Moi, peur? répliqua-t-il gravement. Attends un peu qu'on soit tous les deux!

- Mais on est tous les deux Lia ...

- Mmh j'adore quand tu m'appels comme ça!

Shun poussa un rire amusé, légèrement intimidé. Le garçon délicat, sensible et timide qu'il connaissait bien était de retour et Aiolia avait encore plus envie de lui désormais. Sa petite crise d'autorité lui avait plut, et bien plus que ce qu'il aurait cru. Pourtant, autrefois lorsqu'il était avec Marine, le Lion détestait ça, il aimait avoir le contrôle de tout et il aurait pu se vexer de ce qu'il venait de se passer. Mais non, il avait adoré ça, il avait adoré les yeux brillants de colère du garçon sur lui, il avait même aimé ses gifles qui l'avaient plus surpris que traumatisé.

Doucement, Shun se pencha alors sur lui et ils s'embrassèrent à pleine bouche, Aiolia accentuant le baiser en attrapant la nuque du garçon, le couchant presque sur lui. Le Lion gémit. Ce baiser était passionné et possessif, et il se rendit compte alors qu'il était totalement à la merci et au bon vouloir de Shun qui pourrait faire de lui absolument tout ce qu'il voulait. Encore fallait-il qu'il en ait conscience.

De son côté, Mü avait mené Shaka jusque dans la petite chambre, bien que celui-ci n'ait aucunement besoin de soin. Prenant soin de refermer la porte derrière eux, il fit face à son ami, les mains sur les hanches et le regard courroucé. Les deux Chevaliers se fixèrent un certain moment sans rien dire. Depuis la déclaration d'amour du Bélier, les choses entre eux s'étaient dégradées jusqu'à ce qu'ils en arrivent à se détester, s'éviter, ne plus se parler, et c'était justement ce que Mü ne voulait pas. Il soupira et se gratta l'arrière de la tête avant de se jeter à l'eau :

- Qu'est-ce qu'il t'a prit?

- C'est-à-dire? demanda Shaka sans qu'aucune émotion ne vienne troubler son visage.

- Pourquoi t'as fais ça à Shun ? Il m'a raconté ce qu'il s'était passé, tu l'as attaqué en hurlant le nom de la Déesse Grecque de l'Amour ... tu as une explication ?

Au tour du Chevalier de la Vierge de soupirer. Il baissa la tête et s'installa doucement sur le rebord du lit, appréhendant cette discussion. Il l'attendait depuis plusieurs minutes, depuis qu'il avait ouvert les yeux seul dans sa petite chambre. Aussitôt, le souvenir de son délire lui était revenu aussi nettement que s'il avait été lucide, et c'était très certainement ce qui lui avait fait le plus peur. Il avait bel et bien attaqué Shun, et d'après ce qu'il se rappelait, ça n'était pas le Chevalier Andromède qu'il avait vu, mais un autre garçon. Il frissonna en fermant les yeux. C'était un garçon aux cheveux de ce même vert émeraude doux et brillant comme de la soie, mais aux yeux d'un bleu cristallin aussi pur que deux saphirs. Shaka poussa un soupir et derrière ses paupières se dessina ce teint d'ivoirines tièdes, dévoilant la blancheur pure de cette peau de lait, ainsi que l'innocence infinie de ce sourire timide. Non, ça n'était définitivement pas Shun qu'il avait vu il y a quelques heures sous le soleil de Grèce, c'était un garçon venu du fond des âges, du fond de sa mémoire éteinte et oubliée de son âme de Chevalier réincarné. Shun était délicat, à n'en pas douter, mais il avait grandit dans la violence et dans l'appréhension de la vie, alors que le regard d'azur pur de ce garçon était plein de paix et de tranquillité, d'amour et de vie. Et son cœur avait chaviré avant sa raison. Sans savoir pourquoi, Shaka s'était laissé envahir par une haine sans nom, tout en se répétant inlassablement qu'il lui avait volé, que le Chevalier du Lion lui avait prit, et ça l'avait rendu fou de jalousie.

- Shaka?

L'interpelé rouvrit les yeux et tourna la tête vers Mü. Le visage de son ami était inquiet et alarmé. D'un sourire, la Vierge tenta de le rassurer.

- Tout va bien ne t'inquiètes pas.

- Non Shaka! Rien ne va! Tu as attaqué Shun en plein délire et je ne crois pas qu'une simple insolation y soit pour quelque chose. Qui t'a fais ça?

Le Chevalier de la Vierge soupira et baissa de nouveau le visage. Il avait une réponse, bien évidemment, mais aucune preuve et aucune certitude et avancer une chose comme ça ne se faisait pas à la légère. Mais il faisait confiance à Mü, c'était un ami plein de sagesse et de bons conseils, même s'ils étaient un peu en froid ces derniers temps.

- Je crois que c'est ... Shun, répondit-il alors d'une petite voix.

- Bordel de merde Shaka! s'écria Mü en contournant le lit pour lui faire face. Mais arrêtes avec ça! Bien sûr que c'est Shun sauf que tu ne veux toujours pas admettre que tu as le béguin!

- Je n'ai pas le béguinvoyons Mü! Je ne peux pas être amoureux, je n'ai d'amour que pour Bouddha.

Le Bélier poussa un rire nerveux et se frotta les paupières. Il avait l'air éreinté. Croisant les bras sur son torse, il fit face à son compagnon d'arme, l'air grave et sévère. Le premier gardien du Sanctuaire savait se montrer autoritaire quand la situation l'exigeait, et apparemment, c'était le cas en ce moment. Tout doucement, il s'agenouilla devant son ami comme on se serait adressé à un enfant.

- Tu ressens des sentiments humains pour lui c'est normal tu sais.

- Bon sang Mü tu m'écoutes oui ou non? répliqua Shaka légèrement énervé. Je sais parfaitement ce que c'est qu'être amoureux, ne me parles pas comme si j'étais un ignare ou un monstre! J'ai déjà ressentit des sentiments humains, comme tu dis. Là, je te parle d'un véritable envoûtement, il y a quelque chose dans le cosmos de Shun qui lui permet de rendre fou les hommes qui restent longtemps en contact avec lui. Je m'en suis rendu compte il y a quelques temps mais j'ai tenu à côtoyer son cosmos plus longtemps et plus profondément pour voir si j'avais raison. Et je pense que j'avais raison.

Mü en resta bouche bée. Le Chevalier de la Vierge avait mené sa petite enquête tout seul et pendant ce temps-là, lui il lui faisait une crise de jalousie sévère. Mais pouvait-il seulement y croire ? Shaka ne devenait-il tout simplement pas fou d'amour pour Shun ? Non, c'est lui qui délirait, Shaka n'était pas un idiot, il n'avait pas de raison de douter de lui ainsi, s'il disait être certain de ce qu'il avait découvert sur le garçon, alors c'était la vérité. Pour une raison ou pour une autre, Shun était capable de faire perdre la tête aux hommes au point que ça en atteigne même Shaka.

- Alors il serait véritablement le fils de la Déesse Aphrodite? demanda doucement le Bélier.

- Je ne vois que ça comme explication, répondit son compagnon d'arme en relevant la tête pour s'étirer la nuque, sinon je ne sais pas comment il réussirait ça, même sur moi. J'ai testé mes limites près de lui, et j'en suis devenu fou au point d'en avoir des hallucinations. Malheureusement je crains de ne pas pouvoir continuer à l'entraîner, cela m'oblige à toucher son cosmos tous les jours.

- Oui bien sûr je comprends. Je demanderais à Sion de tenir une réunion là-dessus, il faut qu'on prenne une décision. Tant que Shun ne contrôle pas ce pouvoir ça peut-être dangereux. Dieux merci cette fois il ne s'est rien passé mais qui sait? Peut-être que la prochaine fois il y aura une vraie lutte et des blessés, ou pire.

- C'est déjà fait, tu as vu Aiolia?

- Oui ... mais il s'est battu avec Ikki, lui n'a fait que défendre son petit frère non?

- Bien sûr, mais qu'est-ce qui a pu pousser Aiolia à retrouver Ikki? Certes il est amoureux de Shun, même si j'ai du mal à le concevoir, mais rien ne l'obligeait à faire ça, et regarde comment il a réagit y'a pas cinq minutes. Il se laisse dominer, tu crois que c'est une réaction logique à son caractère?

- Non effectivement. Alors il serait envoûté lui aussi? Pourtant il ne réagit pas comme toi.

- Parce qu'il n'a pas conscience de l'envoûtement et ne cherche pas à y échapper, alors que moi si, je luttais chaque fois que je devais toucher le cosmos de Shun, c'est pour ça que j'ai fais une crise si grave.

- Alors, il faut faire quelque chose non?

Shaka fixa Mü droit dans les yeux, sans rien répondre, sans que rien sur son visage ne vienne confirmer ce que son ami venait de demander. Mais la lueur dans son regard acquiesçait pour lui, et le Bélier soupira avant de se relever.

- Alors j'en parlerais à Sion, déclara-t-il gravement, en attendant reposes-toi et prépares ton discours parce que si y'a réunion, c'est toi qui vas parler.

Et, sans un mot de plus, il quitta la chambre en prenant soin de bien refermer la porte derrière lui. Maintenant, il tenta de reprendre des forces pour se préparer à affronter Shun et Aiolia, en espérant qu'ils avaient réussi à se calmer. Mais lorsqu'il parvint dans leur petite chambre, il se figea. Grimpé à cheval sur le Lion, le garçon l'embrassait à pleine bouche et rien qu'en regardant ce baiser, Mü sentit tout son corps se tendre et se contracter. Ça, c'était un sacré patin ! Aiolia, les mains sur les hanches fines de Shun, gémit de plaisir, ce qui fit revenir le Bélier sur Terre. Bruyamment, il se racla la gorge.

- Mü! s'écria le garçon en se redressant.

Aiolia poussa un rire amusé.

- Je peux savoir ce qui vous prend à vous grimper dessus dans mon infirmerie? demanda le Bélier,
interloqué.

- Techniquement c'est l'infirmerie de Sion, répondit le Lion en pointant son index comme s'il était un expert en la matière, et puis on ne fait rien de mal, juste des tractions.

- Euh ... j'allais lui passer sa pommade? tenta doucement Shun dans un sourire lumineux.

- Et tu veux essayer de me faire avaler ça? A moi? reprit le médecin en souriant malgré lui. T'es sûr de ton coup là?

Se tordant le cou pour apercevoir son ami - puisqu'il était allongé tête vers la porte - Aiolia sourit de toutes ses dents avant de lui demander dans un murmure :

- Si tu pouvais nous laisser ta prétendue infirmerie genre tout le reste de la journée s'il te plait, se serait super sympa de ta part!

Shun ne put s'empêcher de rire et Mü également. Ces deux-là commençaient une relation tellement passionnelle, douce et innocente que s'en était mignon, même pour lui qui ne s'attendrissait plus si facilement depuis des années. Même Kiki en couche-culotte n'avait pas fait naître un tel sourire sur son visage.

- Allez relevez-vous, déclara-t-il en tendant sa main à Shun, que je puisse enfin bander le blessé.

Le garçon accepta sa main tendue et quitta les hanches d'Aiolia avec précaution, et celui-ci en profita pour déclarer :

- Pour ce qui est de bander, ne t'en fais pas Mü, c'est déjà fait!

- Crétin, rigola Shun.

Loin de tout ce débordement de joie et de passion, Milo avait quitté le palais du Pope et se dirigeait tranquillement vers le temple de Camus. Il riait toujours, amusé de la situation d'Aiolia. Non pas qu'il douta des sentiments que celui-ci éprouvait pour Shun, loin de là, mais il avait bien sentit que quelque chose avait changé chez son meilleur ami. Même Marine n'avait pas été capable d'assagir le Lion à ce point là, et Milo savait ce que ce genre de sentiment était capable de changer chez un homme. C'est pour cela qu'à présent, il était sûr de lui-même, sûr de ses sentiments. Aiolia ne pensait qu'à Shun, qu'à son bienêtre, qu'à eux deux en même temps et non plus seulement à lui-même. Le Scorpion pensait pareil, il tentait sans cesse de plaire à Camus, pensait sans arrêt à la façon dont le verrait le si froid Chevalier du Verseau. Qu'allait-il penser de sa tenue ? Et s'il se coupait les cheveux, ne le verrait-il pas différemment ? Et s'il acceptait cette mission, aurait-il gagné en valeur à ses yeux ? Si ça n'était pas de l'amour, il ne s'appelait plus Milo.

Seulement, approcher un Chevalier, non, un homme pareil, ça n'était pas simple. Durant des années le Scorpion s'était contenté des conquêtes simples, des histoires de fesses sans lendemain car le sexe pour lui, y'a que ça de vrai ! Mais plus maintenant. Maintenant, il y avait Camus et son regard froid, Camus et son corps gracile, Camus et ses cheveux de soie, Camus et sa totale indifférence à son égard. Loin de le refroidir, cette façon qu'il avait d'agir avec lui ne faisait que lui donner plus de courage, il avait envie de voir ce cœur de glace fondre entre ses bras, le voir rougir jusqu'à prendre feu, entendre cette voix si glacial pousser des cris de plaisir rauques et comblés.

Arborant un immense sourire, il posa enfin le pied dans le temple du Verseau et poussa un très enjoué :

-Caaaaaaamoooooomiiiiiille!

Aucune réponse, mais le contraire l'aurait étonné. Il se dirigea allégrement vers la porte dissimulée dans l'ombre qui dévoilerait l'escalier pour le mener vers les appartements de Camus. Imperceptiblement, il en frissonna d'anticipation. Mais, avant qu'il ait pu atteindre cette porte tant convoitée, le Chevalier gardien du onzième temple surgit de l'ombre, le visage toujours aussi inexpressif, et croisa les bras en lui faisant face.

- Mü t'a laissé sortir, constata-t-il froidement, et la première chose que tu fais c'est de venir m'enquiquiner.

- Ouais je sais, j'suis pas très original! sourit Milo d'une voix enjouée. Mais ça fait de moi une valeur sûre. Je peux entrer?

- Et pourquoi?

- Pour que tu m'offre une bière tiens! Et puis comme ça on pourra partager les souvenirs en commun qu'on a de nos superbes vacances dans le désert. Les champs fleuris, les superbes oasis, les petits oiseaux. Enfin tout ça quoi!

Milo sortit son sourire le plus séducteur - de son point de vu - et le plus niais - du point de vu de Camus - de sa poche et attendit, parfaitement détendu en dehors. Alors qu'en dedans, son cœur battait la chamade tellement il était en stress. Le regard du Verseau sur lui faisait monter en lui un pique de panique intense. Et s'il lui disait non ? Et s'il rejetait touts ses sentiments en blocs ? Tout ce qui s'était passé dans le désert ? Ça, il en était bien capable. Alors le Scorpion attendit et espéra.

De son côté, Camus commençait à peser le pour et le contre. Faire entrer Milo chez lui, c'était vivre dangereusement. Ne pas le faire entrer chez lui, c'était s'enfermer dans cette solitude qui, même s'il l'appelait de tout son cœur parfois, lui pesait énormément, surtout ces derniers temps. Et puis, ces derniers jours, il avait pu constater avec surprise que finalement, son compagnon du Scorpion n'était pas si chiant que ça - un peu lourd des fois oui -mais sa compagnie n'était pas si désagréable que ça. Bien que parfois, il méritait vraiment des baffes. Alors, le stress faisant battre furieusement son cœur, Camus s'écarta pour dévoiler l'escalier derrière lui qui mènerait Milo dans ses appartements. Celui-ci s'y engouffra à toute vitesse, comme s'il avait peur que l'ouverture ne se referme brusquement, et grimpa les marches quatre à quatre en sifflotant joyeusement. Camus prit une grande inspiration et ferma la porte derrière lui en montant à son tour, plus nerveux que jamais. En fait, jamais il ne s'était sentit aussi nerveux.