Chapitre 25 : Une peur universelle
« Déesse Harsia ? Non, Harsia tout court, n'est-ce pas ? »
« Je … je ne veux pas parler. Je vais mourir, n'est-ce pas ? Je vais mourir non ? Mon corps va disparaître sans laisser de trace et on va m'oublier, n'est-ce pas ? »
« Je ne pense pas que des gens vont t'oublier. Il est impossible d'oublier une femme-pokémon comme toi. Tu peux en être assurée, Harsia. »
Je sais pas pourquoi je dis cela. Mon corps me fait atrocement souffrir. Je crois que j'ai compris ce qui arrive à Harsia. Je comprends aussi que je ne suis pas bien loin de son état. J'émet un triste sourire avant qu'elle ne chuchote :
« Je ne veux pas mourir, je ne mérite pas de mourir, je ne veux pas mourir pour la faute des autres. Je ne veux pas disparaître ! Je ne veux pas ! JE NE VEUX PAS ! »
« Pourtant, c'est-ce qui va arriver, Harsia. Nous avons réussi à te battre et ce monde est sauvé. C'est tout ce qui importait pour nous, tu le sais, n'est-ce pas ? »
« Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne mérite pas de mourir. Je n'ai rien fait pour cela. Je ne veux pas ! »
« Il faut pourtant que tu te prépares, ce n'est qu'une question de minutes. Est-ce que tu as quelque chose à dire ? Quelque chose à te faire pardonner ? Je ne te jugerais pas. »
« Je n'ai rien à dire ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas ! Pourquoi est-ce que je devrais mourir pour la faute du Créateur ? Il est le seul responsable de tout cela ! »
« Je ne peux pas prétendre le contraire. Tu as même totalement raison, Harsia. »
Et pourtant, je ne peux pas le haïr comme elle doit le haïr. Non, en la regardant, je ne perçois pas de la haine dans ses yeux, c'est tout le contraire. Elle est complètement différente. On dirait plutôt du désespoir et de la tristesse.
« Je ne veux pas mourir par sa faute ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! »
« Je te comprends, je te comprends complètement. Mais pourtant, tu as voulu détruire ce monde et nous avons réussi à t'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. »
Je ne comprends pas comment je peux avancer cela sans rien dire d'autre. Je suis à peine conscient de ce que je raconte. Je la regarde avec une tendresse infinie, me disant que pourtant, tout est fini pour nous deux.
« Je ne veux pas mourir. J'ai froid, j'ai vraiment froid ! Je ne veux pas ! »
« Calmes-toi, Harsia. Je sais que beaucop n'acceptent pas cela. Tu n'es pas différente des autres, à réagir de la sorte. Tu n'as pas à t'en faire et ... »
« Je suis la déesse Harsia ! Je ne m'inquiètes pas de cela ! Pas du tout ! »
« Tu es juste une femme-pokémon, comme les autres. »
Je passe une main dans sa chevelure alors que son ventre se soulève faiblement. J'ai l'impression d'abattre une femme-Ponyta. Elle a toujours cette forme à moitié-humaine. Elle semble choquée par mon geste mais se laisse faire.
« Je ne suis pas comme … les autres. Je ne suis pas comme les autres ! »
« Pourtant, il faut que tu acceptes cela. Alors, peut-être que tu pourras partir en paix. »
Elle tente de se redresser mais s'écroule presque aussitôt. Je l'entends gémir et pousser des râles de désespoir. Elle n'a pas envie de mourir, n'est-ce pas ? Personne n'a envie de mourir. Personne n'est réellement préparé à ça et je me doute que je ne lea rassure pas.
« Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? Je ne dois pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Je ne dois pas mourir ! Je n'ai pas envie de mourir ! »
« Personne n'en a envie et pourtant, cela arrive. Est-ce que tu as déjà eut une pensée pour ceux que tu as tués ? Sans même te soucier du fait qu'ils allaient mourir ? »
« Je ne veux pas. Je ne veux pas. Je ne veux pas. Pourquoi je dois mourir alors qu'il m'a abandonnée ? Qu'il nous a tous et toutes abandonnés comme si de rien n'était ? Personne ne lui en veut, personne ne lui fait prendre ses responsabilités. »
« Oh que si, il va les prendre car dorénavant, il a un travail qui l'attends puisque ce n'est pas à toi de t'occuper de cela, Harsia. Ce n'est plus à toi. »
Je dis cela mais moi-même, je tente de me rassurer. Ces rayons lumineux qui sortent de mon corps ne me rassurent pas le moins du monde. Je ne suis pas convaincu que ça soit une bonne chose. J'ai peur autant qu'elle mais je dois me montrer fort, je le sais. Je dois me montrer plus fort qu'elle, pour qu'elle comprenne que tout est fini.
« Assez, j'en ai juste assez de tout ça. J'en ait assez de cette vie que je n'ai jamais voulue ! »
« Alors, c'est le moment de se reposer. »
« Se reposer ? Moi ? Je dois me reposer ? Pourquoi moi? Et pourquoi pas une autre ? »
Je ne peux pas vraiment m'expliquer à ce sujet. Je n'en sais pas mieux qu'elle. Harsia ressemble plus à une jeune fille complètement perdue mais dont les pouvoirs immenses l'ont déphasée par rapport à la vision de ce monde. Maintenant qu'elle a été stoppée, elle montre enfin ses faiblesses aux yeux de tout le monde. C'est comme ça que je vois le tout.
Mais je ne pense pas que ça soit bon de penser à ça maintenant. Tout est fini pour elle. Ah … tout est fini. Voilà tout. Je pousse un profond soupir. Je crois que dans le fond, je veux aussi me reposer. J'aimerai bien tenir ma fille dans mes bras mais je crois que ça ne serait pas conseillé. Je ne veux pas lui faire peur, n'est-ce pas ?
« Je n'ai pas envie de mourir, moi non plus. »
Je chuchote cela, comme pour me rassurer moi aussi alors qu'Harsia me regarde, interloquée. Elle tente de me caresser les cheveux et j'approche mon visage. Finalement, c'est elle qui pose sa main sur ma chevelure, chuchotant :
« Pour un apprenti héros, tu as bien grandi. Dire que je pensais intérieurement … que tu irais plus loin que tous les autres porteurs du Créateur, je ne m'attendais pas à ça. »
« J'ai une question, Harsia, pourquoi est-ce que tu … n'as pas récupéré le pendentif ? »
Oui, cette question me taraude depuis des semaines et des semaines. Lorsqu'elle avait reforgé le pendentif, j'ai remarqué qu'elle l'avait oublié. C'est une chose tellement stupide et inhabituelle que je ne peux pas … hein ? Elle me sourit ?
« Une minuscule partie voulait que je disparaisse. Une infime parcelle voulait que tout s'arrête. Un insignifiant fragment voulait en terminer. »
« Déesse Harsia, vous ... »
Je n'arrive pas à finir ma phrase. C'est elle-même qui s'est donnée la mort. Je n'étais que celui qui tenait l'arme qu'elle a forgée pour se tuer. C'est donc ça, n'est-ce pas ? J'ai fini pr comprendre alors que ses yeux sont à mi-clos.
« J'ai été tout … sauf une déesse. Je ne mérite pas ce titre. »
« Vous savez pertinemment que ce n'est pas que ça. Ce n'est pas aussi facile que ça. Vous dirigiez ce monde en le manipulant en partie mais en même temps, vous n'avez pas été si mauvaise que ça pendant des millions d'années, non ? »
« Il est un peu tard … pour trouver des bonnes choses en ce qui me concerne, non ? »
« Je ne sais pas vraiment à ce sujet mais qu'importe, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je ne pense pas que j'ai d'autres choses à signaler. »
« Je ne sais pa … je me sens plus … soulagée maintenant. Merci. »
Sa main vient attraper la mienne, la serrant doucement. Je remarque que j'ignore complètement ce qui se trouve autour de moi, que ça soit Giréléna, Dyrkri ou les autres. Je suis seul en ce moment, terriblement seul.
« J'ai froid, héros. J'ai chaud, héros. Ce sont deux sentiments contradictoires, non ? »
« Je crois bien que c'est le cas. Néanmoins, tu ne dois jamais oublier que tu n'es pas seule, que tu n'es plus seule. C'est tout et ... »
« Est-ce que tu as peur aussi, Nev ? De ce qui t'attends ? Le Créateur est un être horrible … mais imparfait. Je sais que Dyrkri l'aime réellement. Je ne sais pas s'il l'a remarqué. »
« Il l'a remarqué … un peu tardivement, seulement quand il est parti. Il est aussi stupide que moi : il ne comprends l'importance des choses quand il ne les possède plus. »
« Tellement de personnes sont ainsi. Je suis fatiguée, très fatiguée. »
Bientôt, n'est-ce pas ? Tyaunev. Je pense à elle maintenant alors que ce n'est pas le moment. Je souffre terriblement alors que je ne le ressens pas. Je sais juste que mon corps hurle de douleur par rapport à tout cela.
« Je pense que chacun de notre côté, on a mérité de se reposer. »
Je lui dis cela avec une extrême tendresse, les yeux clos, me demandant quand est-ce que tout cela sera réellement fini. Je ne peux plus que patienter maintenant. Patienter, je suis aussi extrêmement fatigué en fin de compte.
« Je vais … fermer les yeux, je crois. Me reposer. »
Pourtant, je ne le fais pas. Mes yeux sont rivés sur la déesse Harsia. Elle a un faible sourire en me regardant, son aura semblant aussi chaleureuse que la première fois que je l'ai rencontrée. Quand je n'étais pas conscient de ce qu'elle était réellement.
« Est-ce que le Créateur va prendre … le contrôle de ce monde ? »
« Je me chargerai de réparer tes erreurs, Harsia. Tu n'as pas été une fille très sage mais j'ai été un père horrible et absent. »
Le Créateur nous parle ? Enfin non, il parle à la déesse Harsia tout en m'ignorant à moitié. Je ne sais pas comment je dois le prendre mais c'est sûrement mieux avec le sourire, j'imagine. Enfin, je crois, je n'en suis pas totalement convaincu. Quelque chose est en train de sortir de moi, un peu comme avec les esprits élémentaires.
« Je ne vous en veux plus, Créateur. Je veux juste … Nev ? Je peux te demander quelque chose? Non pas d'une déesse à un humain. »
« Qu'est-ce que c'est, Harsia ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? »
« Est-ce que je peux … serrer ta main ? Ce n'est pas celle du Créateur que je désire. »
C'est étrange mais pourquoi pas ? Je ne dis pas non à sa demande. Je suis un peu exténué mais j'accepte ça. Mes doigts croisent les siens alors que je ressens cette douce chaleur qui s'insinue dans mon corps. Qu'est-ce qu'elle fabrique ? Est-ce … non . Je suis sûr et certaine que ce n'est pas une mauvaise chose, loin de là. Ce n'est pas son but actuellement.
Pas du tout. Je le sais, je le ressens bien. Elle a le visage très pâle maintenant. On dirait qu'elle épuise ses dernières forces. Je me sens mieux étrangement. Ces rayons lumineux de toutes les couleurs qui sortaient de mon corps sont en train de disparaître. Le vide est toujours là, j'ai l'impression que le Créateur a disparu.
« Pour une fois, j'aimerai me comporter comme une déesse. Je ne veux plus me sentir seule. Je ne me sens plus seule. Le contact d'une main dans l'autre est si naturel et pourtant si chaleureux. J'aurai aimé … être comme les autres femmes-pokémon. Trouver une personne à aimer. Ne pas être adorée par des millions … mais par un être unique … à mes yeux. »
« Pourquoi est-ce que je ne me sens plus mal ? »
Elle ne me répond pas car je connais la réponse. Même si je pose la question, la réponse est là. Elle est dans ce contact entre moi et Harsia. Mes doigts se croisent plus fortement alors que ma seconde main vient se poser sur sa joue gelée. Avec douceur, je relève le haut de son corps, l'emmenant contre mon torse.
« Je n'ai jamais … cru en la réincarnation bien que je fus considérée comme une déesse. Est-ce que … j'y aurais droit moi aussi ? »
« Tout le monde y a droit, qu'importe son importance dans ce monde. »
« Merci pour … tout, Nev. Merci … mer … ci. »
Son souffle se fait plus faible et son corps est en train de disparaître. Il n'y aura pas de cadavre sur lequel s'apitoyer. Ses pattes arrière et sa croupe ne sont plus là, puis ses pattes avant. Il ne reste plus que le haut de son corps, les bras ayant rejoint le reste de cette belle mais triste lueur.
« Au revoir, Harsia. »
Je ne lui chuchote que cela mais je n'ai aucune réponse. Finalement, son corps se dissipe complètement et je n'ai alors plus rien à tenir dans mes bras. Tout a entièrement disparu, comme si tout cela n'avait jamais existé. C'est fini …
C'est tout simplement fini. Je dois le prendre comme cela. J'ai vaincu … mais je n'en suis pas fier. La déesse Harsia a disparu et les morts sont nombreuses. Tous ces sacrifices causés pour en arriver jusque-là, cela en valait la peine ?
« Nev ! Bordel ! Nev ! Réagis ! Nev ! S'il te plaît ! Je te parles quoi ! »
Oh ? La voix de Giréléna. Je l'entends finalement. Je me tourne vers elle, lui souriant avant de m'écrouler au sol. Fatigué, je suis vraiment fatigué. Et cette voix … je ne l'entends plus. Le Créateur a quitté mon corps sans même se montrer.
« Nev ? Réponds moi ! Hey ! Pourquoi tu as arrêté de briller ? Nev ! Ne claque pas dans mes bras, je l'accepterais pas ! Tu comprends ? »
Elle me soulève et je sens sa queue qui frôle ma joue comme pour m'extirper de ma fatigue. Pourtant, la queue a stoppé son mouvement et je le sais sans même ouvrir les yeux. Elle commence à sangloter, me serrant contre elle.
« Pas maintenant, tu as compris ? Pas maintenant ! Tu ne dois pas le faire maintenant ! »
Je reste logé contre elle, je n'ai pas la force de parler. Je tente d'ouvrir la bouche mais aucun son n'en sort.. J'ai l'impression de sombrer dans l'inconscience, d'y plonger sans pouvoir en ressortir. Tout est noir, même mes pensées sont brouillées. Je n'arrive plus à garder conscience. J'ai besoin de dormir, qu'importe le temps que ça prendra, qu'importe le temps que ça durera, quitte à ne plus pouvoir me réveiller.
