Note : Et voilà le second, comme promis ^^ !
- Je ne comprends pas pourquoi il faut faire ça.
- Parce que tu n'es pas à même de tout maîtriser.
- Ah parce que lui, le peut ?
- Oui, je le peux.
- Tiens, tu es là ? Ainsi donc, à toi de jouer maintenant...
- Fukuda-chan !, soupira Sayu devant la mine éclatante de son amie. Ça t'arrive de rester sérieuse plus de dix minutes ?
- Oui, ça peut m'arriver. Bon, cela-dit, reprit plus sérieusement Saori, maintenant, la seule chose qui m'inquiète vraiment, c'est...
- « C'est » ?, s'inquiéta pour de vrai Sayu.
- Savoir comment tu vas faire pour prendre suffisamment sur toi pour...
- « Pour » ?
- Faire la toute première chose que tu as à faire.
- C'est à dire...?, demanda Sayu qui se sentit soudain fébrile.
- Aller parler à ton lieutenant !
Mais où le temps avait-il filé ?
Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis cette discussion qui avait eu lieu sur les sommets du Seireitei. Pourtant, Sayu avait la désagréable impression que rien n'avait changé. Et pour cause : rien n'avait changé ! Trop hésitante, trop craintive, elle oscillait toujours entre la raison et sa passion – situation qui la bloquait dans la moindre de ses décisions. Bon point cependant : elle avait conscience d'être la seule à pouvoir faire quelque chose, à pouvoir faire évoluer la situation. Mais comme le lui avait si justement soufflée Saori, en aurait-elle le courage ?
Durant tout ce temps, malgré de s'être montrée aussi concentrée qu'à l'accoutumée, son regard parfois tantôt rêveur, tantôt troublé, avait fini par interpeller ses amis de la troisième division. Ainsi, à de nombreuses reprises, Sayu avait eu l'occasion de livrer quelques unes de ses pensées à Yuki. Pourtant, malgré le désir de ne pas partir sans avoir donné la moindre explication à ses camarades, à chaque fois, quelque chose la retenait de le faire. Non-pas que Yuki ne lui inspirait pas confiance – car malgré d'être un peu tête de linotte, elle était une personne sur qui on pouvait compter – mais Sayu avait cette intuition saugrenue que si elle parlait de ses souhaits avant même d'avoir levé le petit doigt pour qu'ils se réalisent, ça lui porterait malheur ! Et puis, à quoi bon aller raconter à qui voulait l'entendre qu'elle envisageait de changer de division – parce qu'elle en était quand même arrivée à ce constat, ne lui restait « plus » que maintenant à se décider de se lancer dans une succession d'évènements qu'elle savait qu'en les démarrant, elle ne pourrait plus les arrêter – alors qu'elle n'avait encore rien fait en ce sens ? Elle avait, avant toute chose, à faire des demandes officielles et officieuses – ou l'inverse, si elle tenait compte de ses vraies priorités.
Bien entendu, durant tout ce temps, Saori s'était également montrée aussi présente qu'à l'ordinaire. Les deux amies s'étaient vues à maintes reprises pour échanger simplement des nouvelles ou partir faire un tour dans le Rukongai – quand ce n'était pas pour aller s'entraîner sur un stade ou un autre. Cependant, à chacune de ses visites, pas une seule fois Saori n'était revenue sur ce sujet qui les avait tant occupées. Elle pensait avoir dit tout ce qu'une amie avait à dire, fait tout ce qui était à sa porté. Désormais, c'était à Sayu de prendre ses responsabilités et son destin en main. Elle serait toujours là en cas de besoin, mais ce n'était plus à elle de jouer...Et dans la mesure où Sayu avait interprété les agissements de son amie de la sorte et voyait majoritairement les choses comme telles, tout était pour le mieux. Enfin, « pour le mieux », vite dit...
Depuis combien de temps n'avait-elle plus vu Hisagi ? Trop longtemps à en juger par ses sentiments. Car malgré sa volonté de se montrer aussi enjouée et dynamique qu'à l'ordinaire, dès que le chiffre « neuf » apparaissait dans une conversation ou sur un panneau d'affichage, Sayu bondissait littéralement dessus dans le fol espoir d'y trouver-là une magnifique opportunité pour se rapprocher de son lieutenant. Mais pour quoi faire, au juste ? À chaque fois qu'elle s'était imaginée la scène, ça s'était fini en un véritable carnage. Telle une potiche endimanchée, elle se voyait aux côtés de l'officier qu'elle regarderait avec un air proche de la vénération – fait qui le mettrait assurément très mal-à-l'aise – sans même être capable de sortir un mot. Bref, rien de bon dans tout cela. À moins qu'elle n'espérait que ce soit lui qui vienne la trouver...Mais là, elle n'était plus dans le rêve, c'était carrément dans le chimérique ! Déjà, pour voir ô combien le lieutenant de sa division se démenait toute la journée pour concilier ses responsabilités d'officier en second et son statut de soldat, Sayu ne voyait pas comment son homologue de la neuvième pourrait trouver le temps de venir la voir. Et puis, en avait-il seulement l'idée ? Sayu était à présent convaincue de la réalité et de la sincérité de ces émotions qu'elle avait éprouvé cet après-midi-là, mais en était-il toujours de même pour Hisagi ? Avait-il laissé vivre ces sentiments en lui ou les avait-il effacé, les sacrifiant sur l'autel du dévouement au Gotei 13...ou même, à celui des rumeurs moqueuses dont il ne voulait pas ?
C'est ainsi qu'à force de se poser toutes ces questions qui ne pouvaient rester que sans réponse et de se torturer l'esprit, Sayu décida un jour de se faire violence et de se tirer un bon coup de pied – coup de pied qui la mènerait tout droit devant la neuvième division où elle espérait voir et pourquoi pas, rencontrer son vice-capitaine.
Mais que tout cela fut difficile et éprouvant ! Ce n'était tellement pas dans la nature de la jeune fille de se comporter de la sorte. Situation qui aurait paru distrayante et amusante pour certains, de se rendre seule, tout en tâchant de se montrer un minimum discrète, dans un territoire « inconnu », demanda à Sayu davantage de force et de bravoure que pour partir combattre des Hollows !
Quoiqu'il en soit, malgré sa motivation, le résultat était là : toutes ses tentatives de rapprochement se soldèrent par un récurrent et désespérant échec. Tout ce que Sayu put observer de la neuvième division, une fois ses journées terminées, c'était un calme plat – un peu normal en temps de paix, mais bon...
Les rares mouvements qu'il y avait au sein de la division se résumaient aux déplacements des soldats en faction qui changeaient de position ou se regroupaient pour bavarder les uns avec les autres. De leur officier, il n'y avait jamais l'ombre. Et quand certains sortaient le soir pour aller prendre un verre durant leur temps libre, jamais Hisagi ne les accompagnait. Mais pour ça, avec le souvenir mémorable que le shinigami devait conserver de sa dernière soirée, Sayu pouvait parfaitement le comprendre.
Cela dit, malgré cette compréhension, les jours passant, la jeune fille finit par se retrouver dans une impasse. Car à force de regagner ses quartiers toujours plus déçue, toujours un peu plus perdue, elle en était venue à douter de l'importance de ses actes et du bienfait d'agir de la sorte.
Qu'est-ce qu'elle s'en voulait d'être tombée si misérablement amoureuse...Que n'aurait-elle donné pour ne pas avoir à vivre les affres des gens normaux...
Et là, c'est la psychose qui prenait le dessus. Que devait-elle faire ? Tout cela en valait-il bien la peine ? Que faisait-il ? Pourquoi n'arrivait-elle jamais à le voir ?...car se croiser durant la journée, au hasard d'une rue, dans ces moments où chacun n'avait en tête que de remplir au mieux ses devoirs, n'avait rien de symbolique. Dans ces moments-là de toute façon, ils ne se parlaient pas, ils ne se regardaient même pas. Deux shinigamis appartenant à leur division, c'est tout ce qu'ils étaient...A moins que...il ne l'ait remarquée mais cherche à l'éviter ? C'en devenait véritablement cauchemardesque.
Et là, c'est Saori qui repointa le bout de son nez et se montra, sans même le vouloir, l'élément-clef dans toute cette affaire.
La jeune fille était venue chercher Sayu directement dans ses quartiers à une heure où, une fois le dîner servi et pris, celle-ci partait généralement faire un tour. Sauf que ce soir-là, fatiguée, Sayu n'avait pas décidé de se montrer plus effrontée qu'à l'ordinaire – comportement qu'elle n'arrivait de toute façon jamais à mettre en application – mais plutôt d'aller se coucher tôt en espérant que si la nuit ne lui porterait pas conseil, au moins l'abrutirait-elle dans une léthargie insouciante. Mais alors qu'elle était à deux doigts de s'endormir, elle sursauta brusquement sur son lit, au rythme des coups qui retentirent à sa porte.
- Itami-chan ? C'est Yuki Sano, est-ce que je peux rentrer ?
Sayu fut surprise d'avoir la visite de sa camarade à une heure aussi tardive – surtout qu'au repas, Yuki lui avait exprimée sa volonté d'aller elle aussi, se coucher tôt.
- Qu'est-ce qui t'arrive Sano-chan ?, lui demanda Sayu après être allée lui ouvrir la porte.
À croire que les manières particulières de son capitaine commençaient à lui déteindre dessus.
- Pardon de venir te déranger, s'excusa Yuki, mais tu as de la visite.
- C'est Fukuda-san. Elle t'attend en bas.
- Ah ? Merci Sano-chan, la remercia Sayu alors que sa camarade prenait, pour de bon cette fois-ci, le chemin de sa chambre.
Sans hésiter, Sayu s'empara aussitôt de son uniforme qu'elle enfila rapidement tout en s'interrogeant sur les raisons d'une visite de Saori à une heure pareille. Rien de grave ne devait motiver sa venue – autrement, c'est Saori en personne qui aurait tambouriné comme une forcenée à sa porte – mais dans la mesure où les deux filles n'avaient pas prévu de se voir ce soir-là...
Quelques minutes plus tard :
- Hello, Itami-chan !, lança joyeusement Saori pour accueillir son amie qui venait de la rejondre dans la cours d'entrée de la capitainerie.
- Fukuda-chan ? Est-ce que tout va bien ?
- Hein ? Ben oui, pourquoi ?, s'étonna Saori qui arborait son sourire des grands jours.
Sourire qui, pour une obscure raison, ne rassura pas Sayu. Connaissant son amie relativement bien, elle y vit plus les prémices d'un traquenard qu'autre chose. Ainsi, son air méfiant persistant fit céder Saori plus vite qu'elle l'aurait souhaité.
- Ok, ok !, avoua cette dernière. Je voulais attendre qu'on soit là-bas pour te le dire, mais...
« ...là-bas ?... », « ...te le dire ?... ». Sayu commença à s'inquiéter. Avec tout ce qui lui trottait dans la tête ces temps-ci, elle avait tendance à rapidement virer parano.
- ...mais...nous avons eu notre nouveau classement et je suis enfin siège !
Et là, ce fut l'instant de libération - et pour Saori qui vivait à fond cette merveilleuse nouvelle, et pour Sayu qui avait balayé en un instant ses craintes et partagea pleinement la première bonne nouvelle qu'elle n'avait plus entendue depuis trop longtemps.
- C'est formidable Fukuda-chan ! Toutes mes félicitations !
- Merci !, répondit Saori, débordante de fierté.
- Tu as prévenu Hanatarô-kun ?
- Oui, je suis passée par la quatrième division en venant ici. Mais il est de garde ce soir, expliqua Saori, un peu déçue. Donc on ne sera que toutes les deux pour aller fêter ça !
Aller faire la fête était très loin d'être l'état d'esprit de Sayu quelques minutes seulement auparavant. Mais la joie de Saori était si communicative et Sayu avait tellement besoin de faire un break avec tous ses tracas, qu'elle n'y opposa même pas un regard sceptique.
- Qu'est-ce que tu as envie de faire ?, proposa-t-elle au contraire à son amie.
Saori en resta un instant coi. Pour connaître suffisamment Sayu et savoir également qu'elle n'était pas dans la période la plus faste qui soit, elle s'était davantage préparée à devoir insister pour la convaincre de sortir. Ceci-dit, elle n'allait pas non-plus s'en plaindre. Ainsi, après un instant de stupéfaction :
- Oh...J'avais pensé qu'on irait prendre un verre ensemble, c'est tout. Peut-être qu'on y retrouvera des gars de ma division, mais j'en sais trop rien...De toute façon, c'est surtout avec mes amis que j'avais envie de fêter ça !
- Depuis le temps que tu l'espérais cette promotion, observa alors Sayu avec un grand sourire.
Saori ne dit rien et se contenta de lui rendre la pareille en rougissant. Dans la minute qui suivit, les deux amies prenaient la direction du Rukongai.
Près de trois heures plus tard, la petite sortie prit fin. Ce fut une soirée réussie – et sans grande surprise, une soirée bien arrosée pour certains. Comme envisagé, Sayu et Saori retrouvèrent au bar quelques uns des camarades de division de cette dernière. Il n'en fallut pas plus pour se motiver les uns les autres à fêter dignement les promotions de chacun – même Sayu qui n'était pas une buveuse invétérée se laissa prendre gentiment au jeu. C'est pourquoi un bon moment après, lorsque tous décidèrent de retourner au Seireitei (encouragés par un Tetsuzaemon et un Ikkaku qui se lamentèrent de voir ô combien tous ces petits jeunes ne tenaient pas le saké et leur conseillèrent alors vivement de rentrer cuver sous peine de ne pas avoir les yeux en face des trous le lendemain), Sayu, seulement plus guillerette que d'habitude, dut plus ou moins soutenir Saori et la ramener jusqu'à sa division pour s'assurer que c'était bien là-bas qu'elle terminerait sa nuit.
L'opération fut très loin d'être discrète et à l'inverse, très cocasse. Apparemment, Sayu était l'une des rares à se soucier que quelqu'un les interpelle et leur demande des comptes sur leur état respectif. Ce ne furent que des chants à tout-va – entonnés sur des airs à grincer des dents -, des réflexions sans queue ni tête qui fusaient en tout sens pour un oui ou un non et des doses d'inepties telles que Sayu se sentit débarassée d'un sacré poids une fois ses devoirs d'amie remplis comme il se devait. C'est donc l'esprit apaisé et tourné vers les frais souvenirs qu'elle garderait de cette soirée que la jeune fille prit machinalement le chemin qui la conduirait vers sa division...et qui longeait, sans qu'elle n'y prête plus attention, d'autres divisions.
Elle mit quelques secondes à réaliser ce qu'il se passait devant elle. On aurait pu penser qu'une fois encore, l'alcool avait amoindri sa capacité de réaction, mais c'est surtout parce qu'elle était trop loin de s'attendre à ça, à cet instant, qu'elle n'y avait pas réagi de suite.
Deux hommes se tenaient debout devant l'entrée d'une division. Ils parlaient calmement, doucement, en aparté. Et ce n'est qu'en reconnaissant celui qui occupait désormais toutes ses pensées que Sayu réalisa soudain qu'elle se tenait à présent devant la neuvième division et que les deux personnes qui se trouvaient à quelques mètres d'elle n'étaient autres que les deux officiers qui en avaient le commandement. De manière incontrôlée, elle s'arrêta brusquement de marcher, attirant ainsi l'attention du shinigami qui dissimulait sa cécité derrière des lunettes opaques et qui lui faisait alors face. Montrant distinctement une attention particulière pour cette présence inattendue, son lieutenant se retourna aussitôt dans la même direction. Dès que son regard se posa sur Sayu, Hisagi marqua une brève mais perceptible hésitation. Suite à cela, la jeune fille put distinguer le capitaine se pencher un instant vers son second et lui murmurer quelque chose avant de se retirer vers la capitainerie.
Pendant une fraction de seconde, Sayu craint qu'Hisagi ne fasse de même – dans le meilleur des cas, il lui adresserait un vague signe montrant qu'il l'avait reconnue, mais rien de plus. Et après toutes les déconvenues qu'elle avait essuyé, elle ne voyait pas comment il pourrait en être autrement. Pourtant...
Dans l'instant qui suivit cette image où elle se voyait définitivement délaissée, c'est une véritable explosion de bonheur que remplit brusquement le coeur de Sayu. Car contre toute attente, plutôt que de se détourner, elle vit Hisagi s'avancer vers elle.
Alors là, Sayu n'était plus en état de rien. Certes, elle était toujours en état de paniquer - sensation familière qui commençait d'ailleurs déjà à lui nouer l'estomac – mais ses jambes parcourues de fourmillements semblaient clouées au sol, sans parler de sa capacité à parler qui lui donna l'impression d'être à jamais perdue. C'est tout juste si elle parvint à déglutir une dernière fois avant que sa gorge ne se resserre au point d'en éprouver des difficultés à respirer. Et s'il lui restait encore quelques gouttes d'alcool dans le sang, après une émotion pareille, elle était certaine d'être redevue totalement sobre.
Elle l'avait tellement espéré ce moment qu'il en paraissait maintenant irréel. Et pourtant...il était bien là, à ses côtés, l'air toujours aussi...aussi...
- Bonsoir Itami-chan.
- Fukutaishô..., murmura Sayu en guise de salut et de réponse.
Elle avait au moins réussi à articuler un mot – tout n'était donc pas perdu. Le shinigami regarda un instant autour d'eux, puis reporta son attention sur Sayu.
- Qu'est-ce que tu fais ici, à une heure aussi tardive ?
Il n'y avait aucun reproche dans le ton employé. Il s'agissait simplement d'une manière polie d'engager la conversation.
- Et bien je...je viens de raccompagner une amie à sa division, fukutaishô...
Mais pourquoi fallait-il qu'elle se mette à rougir comme ça dès qu'elle lui parlait et qu'elle ne soit pas capable de tenir sa tête droite plus de cinq secondes ?
- ...et là, je rentrais simplement dans mes quartiers.
- Ah, je vois..., fit l'officier avant de rester un instant silencieux, puis de se lancer : « Dis-moi Itami-chan, est-ce que ça te dérange si je te raccompagne jusqu'à ta division ? ».
Hisagi avait dit ça sans bégaiement, masquant toute trace de manque d'assurance – mais peut-être s'était-il trahi à cause du débit un peu nerveux de sa phrase ainsi que par ce discret soupir libéré une fois sa question posée. Sayu, elle, n'en croyait pas ses oreilles – elle avait cependant bien entendu. Incrédule – et sentant son coeur s'emballer à nouveau dangereusement - elle releva la tête et put voir Hisagi qui attendait, stoïque, une réponse de sa part, avec cette douce et ferme assurance dans le regard.
- Non fukutaishô, bafouilla alors la jeune fille. Volontiers...
Elle ne savait vraiment plus quoi penser. Tout était si soudain, si imprévu, si déstabilisant. Elle ne savait même plus où elle était. Ce qui était en train de se produire lui parut, sur le moment, si incroyable que justement, elle avait du mal à y croire. Combien d'heures à se morfondre pour finalement n'avoir qu'à le croiser par hasard pour qu'enfin...
Sans un mot, ils se mirent ensuite en route. Quelques minutes passèrent avant que l'atmosphère ne se détende un peu et que Sayu retrouve l'usage normal de la parole – elle avait même réussi à calmer son émoi grâce à une pensée bien démoralisante qui lui fit relever qu'après tout, avec la chance qu'elle semblait avoir, l'officier avait très bien pu décider de la ramener pour être certain qu'elle ne se ferait pas attaquer par le premier fou furieux venu.
- Vous venez de terminer votre journée, fukutaishô ?
- Ah...oui, dit Hisagi avec un petit sourire. Nous échangions avec le capitaine sur le programme de demain quand tu es arrivée.
- Pardon de vous avoir dérangés, s'excusa aussitôt Sayu.
Attitude qui ne surprit qu'à moitié Hisagi.
- Humm...Je vois que tu n'en as pas encore terminé avec tes mauvaises habitudes, Itami-chan, la gronda-t-il gentiment. Arrête de t'excuser sans arrêt, s'il te plaît.
- Pardon...Euh, je voulais dire : oui, fukutaishô !, se reprit aussitôt Sayu, affichant une jolie grimace. Enfin, c'est juste que...
- On en avait fini, ne t'en fais pas.
Sayu le regarda un instant, plus sereine, et lui sourit. Elle commençait enfin à se sentir plus légère, dégagée de ce poids invalidant que constitue chez elle la retenue. Elle appréciait enfin cette présence si souhaitée. Mais pourtant, à peine avait-elle prit conscience de tout cela que...
Déjà ! À peine quelques phrases échangées et ils étaient déjà arrivés devant la troisième division. La déception de Sayu était immense. Quant à sa frustration, ce n'était rien de le dire. Elle pesta contre elle-même. Pourquoi ne pas avoir trouvé un sujet de discussion qui les auraient plongés dans une conversation dont ils n'auraient pas voulu sortir si tôt ? Pourquoi cette impression d'avoir gâché ce peu de temps inespéré qu'ils avaient à passer ensemble avant que chacun de retourne de son côté sans que rien n'ait été dit ? Pourquoi se sentait-elle si proche de cette potiche endimanchée qui effraierait n'importe qui ?
À tout cela malheureusement, pas le temps de trouver de réponses. Sayu se trouvait déjà devant l'entrée de la cours principale de sa capitainerie, Hisagi, face à elle, un petit sourire au coin des lèvres. C'était rare de voir le shinigami sourire. Sans être de nature maussade, l'homme n'en était pas moins discret et réservé sur certains aspects de sa vie – notamment la partie privée. Alors, de le voir un peu – même si peu - se livrer apporta de la joie dans le coeur de Sayu. Cependant, l'heure semblait bien être aux au revoir. Et malgré le désir puissant qu'elle avait de lui demander de ne pas partir si vite, jamais Sayu ne pourrait se permettre de parler ainsi à un homme – car au-delà du fait qu'Hisagi soit plus gradé qu'elle, à cet instant, il s'agissait de rapports « humains » entre un homme et une femme...et ces choses-là ne se faisaient pas.
Aussi :
- Merci beaucoup de m'avoir raccompagnée jusqu'ici, Hisagi fukutaishô, salua Sayu avant de regarder le shinigami avec une intensité telle qu'elle pria pour qu'il comprenne que ses yeux traduisaient sa véritable pensée.
- Ah...de rien, Itami-chan. C'était avec plaisir.
Mais Hisagi ne sembla pas comprendre ou alors, ne souhaitait pas y répondre. Sayu le devina alors amorcer un demi-tour pour repartir vers sa division, avant qu'il ne se reprenne et se replace face à elle. Il se passa alors une main derrière la nuque et marmonna un nettement moins assuré :
- Est-ce que...Est-ce que nous marchons encore un peu ?
Non, Hisagi ne s'était pas transformé en bisounours et n'affichait pas non-plus une bouche en coeur. Mais si ramener Sayu jusqu'ici pouvait, avec un tantinet de mauvaise foi, être interprété comme de la surprotection, maintenant que l'officier lui proposait de poursuivre la promenade ensemble, il n'y avait plus guère de doute à avoir concernant son souhait de passer un peu plus de temps auprès de la jeune fille. Les joues de Sayu s'empourprèrent aussitôt et un sourire immense rayonna sur son visage. Mais cette fois-ci, elle ne s'en sentit pas gênée. Si Hisagi avait envie de rester un peu plus avec elle, autant qu'il sache à quel point ça lui faisait plaisir – si besoin était encore de le lui faire comprendre. Ainsi, Sayu réagit si fort à cette demande qu'Hisagi n'attendit même pas de réponse verbale de sa part et lui fit un petit signe de tête, l'invitant à le suivre.
Ils marchèrent un peu au hasard des rues, des chemins qui serpentaient au travers des édifices et qui les conduirent finalement sur un site surplombant le Seireitei. L'endroit n'était pas recouvert d'herbes tendres et de fleurs multicolores, mais qu'importe, ce n'est pas la place qui fut digne d'intérêt ce soir-là, mais plutôt les paroles qui s'y échangèrent.
L'ambiance avait changé du tout au tout. Elle n'était pas devenue passionnée ou particulièrement romantique, mais cette forme de distance officielle liée à leur fonction qui les avait tenu éloignés jusqu'alors commençait à s'estomper. Là où ils se trouvaient, il n'y avait pas de banc pour s'assoir. C'est pourquoi ils demeurèrent debout, l'un à côté de l'autre, à regarder les lumières de la Soul Society qui s'étiraient à leurs pieds et faisaient ressembler la cité à une immense toile illuminée. Sayu était bien. Une légère brise lui caressa le visage et la plongea dans un état de félicité encore jamais éprouvé. Elle n'avait pas envie de parler. La simple présence de son lieutenant à ses côtés lui suffisait. Elle aurait aimé que le temps s'arrête, qu'ils puissent rester là, dans la nuit étoilée à profiter l'un de l'autre. Mais quelques minutes plus tard seulement, Hisagi rompit ce silence.
- Alors...Et maintenant, Itami-chan, quels sont tes projets ?
Il lui avait demandé ça dans un souffle, sur un ton qui aurait pu laisser penser qu'il reprenait-là une discussion entamée par le passé. Sayu, elle, resta interdite et ne sut quoi répondre sur l'instant. Car au-delà du fait qu'elle ne s'était pas attendue à entendre ce genre de propos dans un contexte aussi charmant, le fait qu'Hisagi l'interroge précisemment sur le sujet qui la taraudait ces derniers temps lui parut très étrange. Était-ce un pur hasard, une manière de relancer la conversation après ce trop long moment de calme ou alors, savait-il quelque chose ? Non, impossible. En dehors de Saori, personne ne savait – et il était tout à fait impensable que son amie ait pu raconter quoique ce soit à quique ce soit. Était-ce Ichimaru qui...? Naaan ! Sayu connaissait trop bien son capitaine pour l'imaginer un seul instant...Et puis, dans quel but aurait-il fait ça ? Et puis...et puis rien du tout ! Depuis quand Ichimaru savait-il quelque chose sur les sentiments que Sayu nourrissait pour le vice-capitaine de la neuvième division ? À la limite, plus proche de Kira – vu ce qu'il s'était passé ce soir-là au bar – il aurait pu pousser en faveur de son lieutenant...Et encore, à condition de se sentir l'âme d'un Cupidon – ce qui n'était pas tout à fait le cas. Donc : du grand n'importe quoi ! Elle était simplement en train de se laisser influencer par les fantaisies de Saori.
Mais plus important encore, ne s'agissait-il pas là d'une merveilleuse occasion de révéler à Hisagi ses sentiments ? C'est ce que son coeur lui disait, en tout cas. Ainsi, malgré l'oppression qu'elle ressentit soudain dans sa poitrine, Sayu prit son courage à deux mains et se jeta à l'eau.
- Et bien, à vrai dire fukutaishô, répondit-elle un peu intimidée tout de même, concernant mes projets...je me demandais si un jour je pourrais faire un bon soldat de la neuvième division...
Elle se risqua ensuite à se tourner vers Hisagi pour juger de sa réaction : il la fixait, stupéfait. Cette fois-ci, c'est lui qui demeura sans voix. Pourtant, après quelques secondes passées, Sayu eut le bonheur de voir un sourire discret se dessiner son sur visage.
- Tu en ferais assurément l'un des meilleurs, Itami-chan...
Sayu rougit et baissa un instant la tête avant de la relever, regardant Hisagi avec des yeux pétillants.
- Alors, dans ce cas, demanda-t-elle, est-ce que vous pensez que je pourrais...?
- Eh bien, dit le lieutenant d'une voix qu'il essaya de conserver la plus naturelle et neutre possible, si tel était ton souhait - si tu désirais changer de division - tu devrais dans un premier temps en faire part à ton officier commandant. S'il te donnait un avis favorable, il te faudrait ensuite réitérer ta demande auprès du capitaine dirigeant la division dans laquelle tu souhaiterais être intégrée. Et en cas d'accord des deux parties, ta mutation serait validée et ton transfert suivrait.
Sayu resta un un petit moment à se répéter ce qu'Hisagi venait de lui expliquer tel un bon conseiller pour être sûre d'avoir tout compris, puis annonça avec un entrain surprenant :
- Très bien ! Dans ce cas, dès demain je demanderai au capitaine Ichimaru de me recevoir et...et...
Mais son regard avait croisé celui d'Hisagi et aussitôt, elle s'était sentie bizarre. Les mots s'étaient perdus dans sa bouche. Bien sûr, elle s'était doutée qu'il n'y aurait pas d'effusion particulière - même si son annonce le comblait - mais à ce doux contact ineffable, alors que le déroulement de formalités administratives avaient chassé temporairement les raisons pour lesquelles Sayu en était arrivée à parler de tout ça, ses sentiments reprirent le dessus et l'émotion menaça de la submerger.
- ...et...et je lui demanderai de bien vouloir accepter mon départ dans votre division pour...pour pouvoir servir à vos côtés fukutaishô..., susurra-t-elle courageusement.
- Et j'en serai très heureux...Itami-chan.
S'en fut trop pour Sayu. Ses oreilles bourdonnaient, ses joues lui brûlaient, sa respiration s'emballait. Ils étaient si proches l'un de l'autre, dans ce calme, dans cette plénitude, avec cette sensation extraordinaire d'être désormais seuls au monde.
Sans même s'en rendre compte, elle se rapprocha doucement d'Hisagi, les yeux pétillants, les joues rosées par toutes ces émotions qui se bousculaient en elle, en n'espérant plus qu'une chose. Et tandis que le lieutenant se retrouva aussi inextricablement attiré vers la jeune fille, un souffle d'air enivrant emporta leurs dernières paroles échangées, avant qu'enfin, le souhait de Sayu ne se réalise dans un tourbillon de bonheur...
Note : Mouahhh ! Je n'ai pas pu m'empêcher de crier un bon « Kyaaaah ! » quand j'ai terminé ce chapitre. J'espère que vous ne vous attendiez pas à une description indiscrète, parce que je n'ai pas l'intention de rentrer dans leur vie privée comme on rentrerait dans un moulin ^^. *Et non, non plus : je ne suis pas une sadique ! (de toute façon, j'ignore jusqu'au sens de ce mot XD)* Sachez néanmoins que j'ai un gros défaut – enfin, un parmi tant d'autres ^^' : j'aime parfois laisser l'imagination du lecteur le porter vers ses rêveries et du coup, laisse pour cela une ou deux phrases en suspend par-ci par-là pour qu'il se fasse son beau tableau à lui (bon, là quand même, vue le décor et l'ambiance plantés, je vous ai sacrément mis sur la voix et ose espérer que vous n'allez pas me les faire se découper en rondelles à grands coups de zanpakutô pour terminer leur soirée ^^''''!). Un petit mot maintenant pour ceux qui n'auraient pas un esprit guimauve exacerbé : je vous rassure, la partie « sentimentale » - même si elle aura toujours son brin de place dans l'histoire, est bientôt terminée ! Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne continuation et espère vous retrouver pour le prochain chapitre. Ewanna.
