Un petit OS très court, où pour une fois, les rôles sont inversés. C'est en effet Hyde qui parle. Il est un peu particulier dans le sens où il n'y a pas vraiment de contexte ni de début et de fin claires (moi qui aime poser les contextes avant d'intégrer des émotions, j'ai fait complètement autrement cette foisJ ). J'espère que ça ira J

Tu n'as jamais compris

Tu n'as jamais compris…

Tu n'as jamais compris que j'aurais pu tout donner pour toi. « Tout donner »… Voilà bien une phrase trop clichée, trop sirupeuse, trop entendue un peu partout et qui a inévitablement finit par perdre de son sens. Pourtant à mes yeux, elle en a un. Un bien douloureux sens. Car j'aurais pu aller te décrocher la lune, j'aurais pu faire n'importe quoi, pour peu que tu me l'aies demandé. J'ai fait n'importe quoi d'ailleurs, mais jamais parce que tu avais daigné t'adresser à moi.

J'ai attend. Un mot… un signe… N'importe quoi de ta part. J'aurais pu sauter sur le moindre prétexte que tu m'aurais fourni, si infime soit-il. Mais en quinze années passées côte à côte, jamais je n'ai entrevu la moindre lueur d'espoir. Et quand j'y ai cru, les rares fois où ce fut le cas, ce n'était qu'illusion de ma part.

Tu t'es amusé, je le crois. Tu as toujours cru que mon attachement pour toi était un rien forcé. Tu ne m'as jamais prit au sérieux. Crois-tu pourtant que j'agissais pareil avec n'importe qui ?! Oui, tu as vraiment cru que j'exagérais en me comportant presque en chien suivant son maître. Que c'était moi qui me jouais de toi, en somme. Alors tu as, un beau jour, dû prendre cette résolution pour ne pas être en reste : « Soit. Jouons ».

Je ne savais pas que tu pouvais être si cruel, Tetsu. Pour toi, cela n'a jamais été rien d'autre qu'un jeu. Un jeu malsain, où tu dominais aisément puisque moi seul étais sincère. Tu m'amenais là où tu le souhaitais, je me posais les questions que tu m'inspirais… Et si j'étais perdu, tu venais toujours me rechercher. Après un moment, et pas de la façon que j'aurais espéré cependant. J'ai fini par avoir besoin de toi. Désespérément besoin de toi. Jusqu'à me consumer pour la moindre seconde passée à frôler ta main par 'inadvertance'. Jusqu'à frissonner au son de ta voix murmurant délicatement mon prénom. Jusqu'à jalouser chaque autre personne proche de toi, quelle qu'elle fut.

Tu me rendais fou. Alors je t'ai haï. Tout le monde dit que le contraire de l'amour, c'est la haine. Il n'y a rien de plus absurde. Le contraire de l'amour, c'est l'indifférence, voire le mépris de cet être qui auparavant nous inspirait tant de sentiments. Moi je n'ai jamais pu. J'ai complété cet amour, avec cette haine violente que ton comportement m'inspirait. Je crois que jamais personne ne fut détesté autant que toi, tu sais ? Je te détestais autant que je t'aimais, imagines donc à quel point.

Tu as traversé l'existence à toute vitesse, dévorant la vie à pleine dents, prenant ce qu'elle t'apportait et allant chercher le reste lorsqu'il tardait à venir. Avec cette force qui était la tienne, rien ne t'a jamais résisté longtemps. Tu nous as emmené là où tu le souhaitais, de la façon dont tu l'avais envisagé. Parce que c'est toi, et que contrairement à ce que tout le monde pense, c'est à toi que rien ni personne ne résiste. Alors je t'ai admiré pour cela. Pour ce charme discret, bien plus que le mien trop voyant et trop fade finalement, qui était le tien. Pour cette détermination et ce jugement sûr que tu as toujours eu et qui t'a placé en tête pensante de notre groupe. Et dire que les gens ne le sauront probablement jamais, que 'l'on te doit tout. Ils ne savent pas à quel point tu es spectaculaire, quand tu le veux. Ca aussi, c'est un jeu. Tu fais le discret car tu n'aimes pas être sous les feux des projecteurs, mais toi et moi savons bien que tu brilles de mille feux, même derrière les caméras.

Je pense que tu as eu la chance de vivre ta vie de la façon dont tu le souhaitais. Sans compromis, sans faire les choses à moitié et sans rendre de comptes à personne. Sans regrets. Je te jalouse pour cela, plus que de t'admirer. Des regrets, j'en ai tant… J'en viens même à souhaiter ne jamais t'avoir connu. Si c'est pour souffrir autant, quel intérêt ?

J'aurais pu partir, mais je ne suis pas si courageux : abandonner tout cela m'aurait trop coûté. Alors je suis resté. Près de toi sans l'être assez à mon goût, me répétant de ne rien espérer la nuit, et guettant chaque marque d'affection de ta part le jour. Un vrai pantin sans volonté aucune, complètement annihilé à ta volonté. Je sais bien que c'est moi qui me créait cette dure situation. Qui sait, si j'avais joué franc jeu et t'avais tout avoué, les choses auraient pu être différentes ? Tu n'aurais pas répondu à mes sentiments, mais au moins avec un refus, j'aurais peut-être pu avancer. Je ne le saurais jamais. Je ne supportes plus jusqu'à ton visage, qui me rend heureux puis malheureux la seconde d'après. Ton sourire que j'aimerai n'avoir que pour moi, et qui reste le même pour tout le monde, invariablement. Tes mots d'encouragement en aucun cas spéciaux puisque tu as de l'estime pour tout le monde. Je ne suis pas spécial pour toi. Pas de la bonne façon. Je suis même une gêne, pas vrai ? Alors je t'en débarrasse, de ce jeu qui doit t'épuiser moins que moins, mais qui doit être une tare.

Cette lame t'en débarrassera, laisse-lui juste le temps de faire effet. Je sais de quelle manière je dois m'y prendre pour réussir. Ce sera le seul succès que j'aurais eu sur toi : me délivrer de ton emprise. Elle est froide, sur mon poignet. Mais bizarrement, moi qui ne suis pas courageux pourtant, je n'ai aucune hésitation. Mon geste est vif, sans tremblements. Je suis presque impatient. Je ne sais pas ce qu'il y a de l'autre côté, ni même s'il y a un autre côté… Mais rien ne sera pire que cette vie où je ne suis rien pour toi. Assis sur le carrelage froid de la salle de bain dans cette chambre d'hôtel, je regarde le sang, le mien, maculer le sol… En y repensant, j'ai juste de la peine pour la personne qui me trouvera. Bien triste spectacle pour elle, mais qu'y puis-je ? Je suis encore capable de penser à cela ? J'aurais pourtant cru que la dernière image que j'emporterai serait liée à toi… Je suis presque content que ce ne soit pas tellement le cas. Cela veut dire que j'ai gagné, un peu.