Bonjour à tous.

Excusez-moi pour le temps que j'ai mis à publier : le fait est que j'ai cessé d'écrire (enfin, en ralenti) cette fiction pour écrire le cadeau d'anniversaire de Rin Uzumaki (lien dans mes favoris), qui s'appelle Caroline Malfoy, dans le cas où cela intéresserait quelqu'un !

En tout cas, voici le chapitre suivant de 'Quand on se torture l'esprit'. Comme toujours, le disclaimer habituel, et j'espère que cela vous plaira ! Tout comme j'attends vos reviews !

Bonne lecture ! Bergère.

Chapitre 25 : Parler, réfléchir, et parler.

Une semaine plus tard, les deux professeurs n'avaient nullement progressé, pas plus d'ailleurs que leurs collègues qui, quant à eux, semblaient souffrir encore davantage –dans la mesure où une telle chose serait possible. En effet, s'ils n'avaient pas encore trouvé de sujet qu'ils pourraient subdiviser pour les groupes d'élèves, Minerva et Severus pouvaient se targuer de posséder une base solide, et ne s'en privaient pas quand, face à eux, Pomona et Filius semblaient vivre une lente descente aux enfers face à l'incompatibilité chronique de leurs deux matières. Cela leur procurait une vague sensation de supériorité qui, il fallait l'avouer, était assez illusoire : eux non plus n'étaient pas au bout de leurs peines, loin de là. C'était cependant un plaisir nécessaire et agréable que de constater qu'ils ne nageaient pas totalement dans la mélasse et qu'il existait bel un bien un espoir dans ce monde.

Ce comportement assez enfantin avait agréablement suivi son cours jusqu'à ce qu'irrémédiablement le lundi suivant arrive. Ils étaient déjà presque à la mi-septembre, et les jours passaient décidément trop vite à leur goût. Ce matin-là, les propos semi-désespérés de leurs collègues ne leur avaient même pas arraché un sourire doucement moqueur car ils savaient qu'eux-mêmes allaient passer leur soirée à retourner une idée dans tous les sens, l'observer sous toutes les coutures, la presser pour en recueillir le suc, et espérer qu'avec cela ils mettraient à jour une idée géniale : avec cela ils seraient soulagés de ce poids.

« - Votre travail avance ? avait innocemment demandé le directeur durant le petit-déjeuner.

- Oui, avaient menti d'un accord commun Severus et Minerva qui se refusait à avouer qu'ils callaient à nouveau.

- Non, avaient soupiré Filius et Pomona au même instant.

- Comment voulez-vous que nous mettions en commun Enchantements et Botanique ! Je crains que, si vous ne nous fournissez pas une idée géniale, nous ne nous retrouvions à faire choux blanc, c'est le cas de le dire, fit le professeur d'Enchantement d'une voix désolée.

- Vous nous avez lâchés dans le vide sans parachute, dit Pomona qui ajouta, devant les airs d'incompréhension des sangs-purs les plus convaincus : Vous nous avez lancé dans l'air sans balais, si vous préférez… »

Il y eut quelques murmures d'approbations dans l'assistance, en particulier Filius qui n'y connaissait rien, et Minerva qui n'était pas assez aguerrie pour savoir ce qu'était un parachute. Sur l'idée, qu'ils sachent ou non de quoi il était question en termes de vocabulaire, l'acquiescement était général : la charge de travail était impressionnante, et ce qu'on leur demandait d'une complexité qui leur aurait semblée véritablement alarmante s'ils n'avaient déjà connu bien pire.

Le petit-déjeuner, dans son ensemble, n'avait guère été productif, et c'est sans surprise que chacun pris le chemin de son bureau ou sa salle de classe les pensées perdues entre sujets parfaits, introuvables et chimériques, et la réalité de ce que l'on ne trouvait pas. Le premier à se lever de table fut Severus : les conversations n'étaient jamais sa tasse de thé, et celle-ci l'ennuyait plus prodigieusement encore que beaucoup d'autres. Non, il n'avait pas envie de raconter des banalités pour éviter le sujet de leur sur-place, et il ne voyait pas le moindre débris d'intérêt à écouter les larmoiements désespérés de ses collègues. En fait, il était de plutôt bonne humeur, et n'avait pas envie de pourrir sa journée dès le matin en participant aux ébats de plaintes oraux qui avait cours à la table des professeurs.

La conversation dont il n'avait cependant pas pu s'affranchir totalement, limité par son incapacité à faire abstraction entière des sons autour de lui, lui avait laissé une idée vague qui germa et se fixa lentement dans son esprit alors qu'il marchait en direction des cachots. Il fallait qu'il trouvât, avant ce soir. Il fallait qu'en arrivant il brillât… qu'il ait cette capacité à montrer la palette rayonnante de son savoir comme il ne le faisait même plus en cours. Ses élèves représentaient à un trop haut degré de perfection les plus moyens des crétins qu'il n'avait pas le loisir de se complaire vraiment à parler de potions. Oh, bien sûr, en commençant à enseigner, il n'avait pas d'illusion ; et il n'était d'ailleurs ici à jouer au professeur que par la multitude des circonstances conjoncturelles, et non pas par goût… cependant, il lui fallait bien avouer que, tant qu'à être là, il lui aurait été agréable de pouvoir parfois se faire un peu plaisir. Une seule année d'enseignement dans une salle de classe l'avait découragé à jamais. Quoiqu'il en soit, la sottise adolescente ne le concernait pas, et il profiterait de ses heures de cours inutiles où réprimander et faire disparaître des potions ratées ne lui demanderait pas beaucoup de concentration, pour prendre le temps de chercher et de trouver. Il se voyait déjà réitérer son annonce du matin dernier, avec le même effet, sauf que ce serait cette fois en petit comité… Enfin, il se satisferait de l'impressionner en tête à tête : c'était certes moins satisfaisant, mais après tout, c'était à lui-même qu'il faisait plaisir ! Il n'avait que faire de l'opinion des autres, n'est-ce pas ? Montrer sa supériorité ne faisait jamais que la confirmer.

Fort de cette décision, il pénétra bruyamment dans ce qui aurait dû être l'antichambre du savoir mais était la place forte de la connerie, et s'installa debout près de la porte, vérifiant d'un regard que sur son bureau un livre était ouvert qu'il ne lirait pas aujourd'hui, attendant des premiers élèves incroyablement réfractaires. Plusieurs mètres plus hauts, devant une salle plus lumineuse et moins ennuyeuse, quelques Gryffondors de 1ère année, impatients et hésitants, se tenaient droits, attendant véritablement qu'on les invitât à entrer. Leur premier cours avec la directrice de leur maison avait eu lieu le Vendredi de la semaine précédente (puisque les cours commençaient le Mardi), et il avait eu lieu en commun avec des Serpentards. Le silence avait fait son œuvre parfaitement, et ils avaient bien compris qu'il valait mieux ne pas jouer au rigolo gigotant : inutile, passible de réprimande, c'était le plus sûr moyen d'obliger l'enseignante à retirer des points à sa propre maison. Ils étaient donc à la fois pressés et inquiets à l'idée de commencer ces deux heures de cours, où elle leur avait, raison principale de leur excitation, promis qu'ils commenceraient la pratique.

Le professeur McGonagall apparu enfin dans l'encadrement de la porte en même temps que celle-ci s'ouvrait, et elle n'eut rien à dire pour les observer qui entraient rapidement et silencieusement dans la salle, s'installant aussi calmement qu'ils le pouvaient. Malgré cet effort collectif pour ne pas faire paraître leur impatience et leur excitation, Minerva put lire avec une indicible facilité le panel entier de leurs envies et de leurs sentiments : il y avait des choses qu'elle ne savait pas comprendre dans les manières et les pensées des hommes, mais certaines choses lui étaient devenues innées. Et, parmi elles, était une capacité à découvrir sans une hésitation l'état d'esprit de ses élèves. Jeune, elle se servait de son passé proche sur les bancs de l'école pour interpréter leurs gestes et mots ; et maintenant que les souvenirs étaient loin, c'était l'expérience qui lui servait de décodeur, plus efficace et plus sûr encore. Or, dans la pièce, c'était précisément l'attente qui caractérisait les plis des visages et la lenteur fausse des mouvements. Elle esquissa un sourire intérieur mais ne se laissa pas démonter pour autant et commença son cours.

« - Bien. Puisque vous êtes tous assis et prêts, je vais vous demander de laisser vos affaires sur le côté et de ne sortir que votre baguette. »

Elle marqua une pause pour constater que c'était déjà fait, et entama la distribution des allumettes tout en expliquant la théorie de la transformation qu'ils allaient accomplir. Elle observait, assez joyeuse intérieurement, la lumière passionnée qui brillait dans leur yeux, et s'en repaissait tant qu'elle existait encore : elle savait bien que cet intérêt pour la nouveauté s'étiolerait vite, et que le plaisir de constater de l'intérêt véritable n'était que de courte durée. Revenue à sa place, elle déposa une allumette sur son propre bureau, et exécuta soigneusement le geste qu'elle souhaitait leur apprendre. Au bout de trois démonstrations successives, elle s'assit, et leur fit signe de s'entrainer un instant à faire le mouvement en l'air, afin de ne pas se tromper dans le mouvement du poignet. Puis, comme chaque année, elle commença à tourner dans les rangs, aidant les néophytes de la métamorphose à améliorer leur prestation. Derrière elle, le chuintement de plus en plus insistant de chuchotements attira son oreille, et elle se dirigea lentement vers les deux gamins qui faisait ce bruit innocent : parmi eux, le fils des Weasley. Manifestement absorbés dans leur conversation ils ne l'entendirent ni ne la virent, et elle put même en saisir des bribes avant de les interrompre :

« - …Canons de Chudley…

- Monsieur Weasley serait-il tellement préoccupé par le Quidditch qu'il ait oublié qu'une aiguille est en métal et non en bois ? fit-elle l'air sévère en se saisissant de l'objet hybride et l'observant avec attention.

- Excusez-moi professeur McGonagall, je me demandais si l'on pouvait métamorphoser un balais en un autre, répondit sans ce démonter avec un sourire candide au possible le gamin.

- Votre père mentait à peine mieux, monsieur Weasley lui lança-t-elle en se retournant et ajouta : au lieu de réfléchir au prochain vainqueur de la coupe, transformer moi ça en une aiguille digne de ce nom, sans quoi votre distraction vous coutera quelques points. »

Le gamin acquiesça tandis qu'elle rejoignait son bureau et s'y asseyait à nouveau, une envie de sourire qu'elle réprima facilement : elle n'aimait pas voir des gamins effrontés, mais celui-ci avait un air de jeu qui lui rappelait ses parents, et elle ne pouvait s'empêcher de lui trouver un air sympathique. Il lui semblait que, s'il n'était pas particulièrement appliqué, c'était un enfant vif et intelligent, de ceux qui, lorsqu'ils font heureusement un effort, sont un plaisir à enseigner. Et, pour quelques minutes encore, elle laissa son esprit divaguer derrière son expression impassible, repensant à toutes ses gentilles et vives jeunesses qu'elle avait vues ici.

Il était 4 heures, et le professeur Rogue attendait que sa dernière classe de la journée entre : deux heures de cours avec des premiers années incapables… Il s'en désespérait d'avance, déjà énervé pour de multiples autres raisons parmi lesquelles, plus importante, son incapacité personnelle à démêler ce qu'il s'était fixé comme objectif pour la fin de la journée. Il avait tourné l'idée dans sa tête, mais restait désespérément sec : il n'arrivait tout simplement pas à réfléchir proprement. Oui, Potions et Métamorphoses pouvaient aboutir à des changements d'apparence… et alors ? Décidément, il tournait en rond, et ne parvenait pas à se fixer sur l'idée et en tirer ce qu'il fallait en tirer. C'en était insupportable, et la tension qui l'habitait augmentait d'heure en heure, parce qu'avec les minutes qui s'écoulaient, le temps où il irait à son rendez-vous avançait à grands pas.

Les gamins entrèrent en silence, s'installèrent, et il leur donna des instructions pour les deux heures à venir : ils allaient réaliser leur première potion de l'année. Il s'agissait de quelque chose de simple en soi, mais qui demandait un certain temps (dans le cas présent une heure et demi) afin d'être mené à bien. Il s'assit ensuite après avoir houspillé le groupe comme il se fallait, puis se plongea à nouveau dans ses réflexions, les yeux immobiles posés sur la double-page ouverte de son ouvrage. Non, décidément, rien ne lui venait : un vide intégral avait pris possession de son cerveau et il se retrouvait incapable de mener à bien son projet. Il avait une désagréable sensation d'infériorité, de plus en plus prégnante de minutes en minutes, et il sentait qu'il allait falloir qu'il se calmât rapidement. Car, après tout, le plus important était qu'il était absolument hors de question que, cette fois comme la dernière, il se laisse aller à sa crise infantile. Non, jamais plus !

Cependant, sa colère contre lui-même n'était toujours pas passée lorsqu'il se leva pour aller faire un tour des chaudrons, et arrivé devant le chaudron d'une tête rousse haït par principes, il crut qu'il allait véritablement rendre l'âme. En plus de ne pas pouvoir se satisfaire de lui-même, il ne pouvait non plus trouver de satisfaction en inculquant des valeurs et des connaissances à une bande d'imbéciles : parfois, il se disait que s'il en avait été juge, il penserait à se reconvertir dans n'importe quoi d'autre, quitte à faire cuire des petits fours à multiples couleurs ou même à tenir une baraque à frites bondissantes, comme cela se faisait sur certaines plages inaccessibles aux moldus. Bien sûr, il ne l'aurait jamais fait, mais des cas comme celui-ci le poussaient à envisager de telles absurdités.

« - Que croyez-vous être entrain de faire ? Ajoutez immédiatement vos 2gr d'œufs de grenouilles sans quoi vous n'allez pas faire une potion de sommeil mais une véritable catastrophe, au lieu de vous dispersez ridiculement.

- Oui monsieur, se précipita le gamin.

- Et je vous enlève 10 points pour ce manque total de discernement.

- Mais monsieur, tenta de protester le gamin sur lesquels duquel un sourire était imprimé.

- Et cela vous fait rire, monsieur Weasley ? votre insolence coutera 10 points supplémentaires à votre maison, et cessez de vous concentrer sur autre chose que votre potion. »

Severus vit bien que l'insupportable roux s'apprêtait à tenter une réponse, mais il le découragea d'un dernier regard noir avant de se retourner, et fut tout de même assez heureux de constater que toute marque de moquerie s'était évanouie du visage du môme. Depuis quand donc se permettaient-ils de répondre ainsi à leur professeurs en se payant manifestement leur tête ? Il préférait ne pas le savoir, et s'empêche de penser à Potter et Black qui, en leur temps, étaient déjà experts en la matière.

.

Il avait diné rapidement, avait fait un tour dans ses appartements, et marchaient désormais en direction de la classe de Métamorphose. Non, il n'avait toujours rien trouvé, mais oui, il savait que cette fois-ci il ne serait pas en retard, ne laisserait pas transparaître ses sentiments, ou quoi que ce soit d'autre. Et, surtout, il s'était promis qu'il se débrouillerait pour que la fois suivante ils se voient dans son bureau à lui : il n'en pouvait plus de devoir monter à l'opposé du château, et savait aussi qu'il se sentirait plus à l'aise –si tant est qu'il le serait un jour véritablement- chez lui. La porte étant ouverte, il entra et s'assit là où il était assis la semaine précédente. Il l'entendait à côté, mais préféra ne pas l'appeler : que dirait-il ? 'Minerva, coucou, c'est moi, je suis là !' Non, très peu pour lui. Il resta donc silencieux, et fut tout de même soulagé de la voir entrer.

« - Excusez-moi Severus, je ne vous avez pas entendu entrer, dit-elle en l'apercevant. Je vais chercher les feuilles et je reviens.

- Oui, répondit-il simplement. »

Un instant plus tard, elle était de retour dans la pièce, et déposait quelques parchemins. Il plissa légèrement les sourcils : dans son souvenir il n'y en avait qu'un seul. Sa mémoire lui jouait-elle des tours ? Il ne croyait pas pourtant… Il n'eut pas le temps de s'appesantir davantage sur ses questionnements qu'elle avait à nouveau reprit la parole, lui tendait un parchemin de plus.

« - Tenez Severus, je n'ai pas eu le temps de vous en parler, mais en réfléchissant à ce que nous avions trouvé, j'ai fait une liste des 'changements d'apparences' communs aux deux matières. La discussion de ce matin m'a donné des idées, je l'avoue. »

Il hocha la tête et baissa les yeux sur la feuille, se maudissant de n'y avoir pas pensé. C'était pourtant simple, d'une simplicité alarmante même : passer une journée entière à tourner en rond sans penser à faire une liste ! Il ne se laisserait pas avoir, la prochaine fois. Le document qu'il tenait n'avait que quelques tirets, dont la quasi-totalité coulait sous le sens : il n'y avait déjà plus qu'à étoffer et choisir. Partagé entre l'énervement et une sorte d'admiration, il lit avec attention le papier. Les 'choix' qu'elle avait consignés étaient en effet pertinents, et il ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'elle était douée d'une certaine efficacité, ne serait-ce que pour cerner un thème.

« - Changement d'apparence : création ou disparition de boutons, furoncles etc.

- Changements d'apparence chez les créatures magiques.

- Changements d'apparence chez les plantes magiques.

- Transformations de l'apparence humaine. »

Il n'y avait pas grand-chose, mais qu'ajouter de plus ? A son avis, il n'y avait rien à ajouter et il accepta, sans trop de regret, de hocher la tête sans faire remarquer qu'il manquait ceci ou cela : il ne manquait rien de ceci, et pas plus de cela. Une chose seulement lui paraissait suspecte, peu claire : s'avouant vaincu, lassé aussi de se rendre compte que lui n'avait rien produit du tout, il décida de le lui demander. Oh, pas sous forme véritablement interrogative. Non, il allait tout de même laisser sa ruse naturelle faire son travail, pour ne pas passer pour l'imbécile qu'il n'était pas.

« - Il reste malheureusement le fait que, presque toujours, ce sont des transformations que réalisent plutôt l'une ou l'autre de matières, pas les deux.

- Oh, je ne dis pas le contraire, répondit-elle… C'est pour cela qu'il faut encore que nous réfléchissions avant de prendre une décision. »

Il acquiesça, jeta un œil au contenu du premier tiret, et reprit la discussion là où elle était, avide d'arriver au bout.

« - Le premier point ne me semble pas véritablement correspondre à l'art de la Métamorphose. Je me trompe ? demanda-t-il en montrant clairement que ce n'était pas véritablement une question.

- Non, non, vous avez raison… Ce que je voulais dire par là était plutôt en rapport avec des modifications d'apparence que pourrait aussi accomplir la métamorphose. On peut métamorphoser une personne en une personne avec des furoncles. J'avoue que c'est assez bohème, et j'ai dû revenir aux origines pour y penser, mais…

- Autant dire que nous ne sommes pas au bout de nos peines, la coupa-t-il.

-… Mais bien sûr ! »

Il y eu un silence après cette exclamation. Le professeur de potion regardait sa collègue d'un air étonné, tandis qu'elle semblait lentement redescendre de son enthousiasme soudain. Il se demandait ce qu'elle avait pu trouver, espérant égoïstement en son for intérieur que ce ne serait pas la solution à leur problème. Oui, il voulait résoudre cette difficulté, mais il aurait apprécié de sortir de se passivité et être à l'instigation de leur prochaine avancée. Elle paraissait concentrée, si concentrée et prise par son idée qu'il avait l'impression qu'elle ne ressentait pas sa présence. Droite et tendue, elle semblait suivre visuellement le cours de ses pensées, et se remit à parler plus pour elle que pour lui, c'était manifeste :

« - Mais bien sûr… le retour aux origines… le rapport… »

Il sentait que s'il ne disait rien, elle pourrait discourir ainsi des heures durant. Il la sentait seule, exclusivement avec sa trouvaille. La gêne s'immisçait en lui de secondes en secondes, tant il se sentait exclu, tellement la sensation qu'elle se laissait aller le mettait mal-à-l'aise : elle aurait dû être seule pour se mettre à discourir ainsi, ce n'était pas raisonnable. Elle semblait travailler de moins en moins sa voix, se surveiller avec moins de rigueur, se laisser emporter. Il se surprit, malgré le sentiment persistant qu'il ne devrait pas être là, qu'il fallait l'arrêter, à trouver une harmonie à sa manière, une grâce à ses mouvements ; une forme de beauté. Oh, pas de cette beauté sensuelle et sexuelle qu'il connaissait comme tout homme, pas de cette beauté qui fait éclore le désir, qui appellerait même l'idée de désir. Une beauté qu'il ne connaissait pas vraiment, ou qu'il aurait –étrangement- assimilée à la beauté d'un chaudron bouillonnant, d'un mouvement de baguette. C'était cette beauté artistique qu'il aurait aussi connu dans la littérature s'il ne l'avait pas lue comme simple moyen d'oubli, en s'en tenant à y voir une histoire.

C'était cependant cette sensation qui l'habitait. D'ailleurs, la beauté qu'il percevait sans trop pouvoir la définir était une beauté plus psychologique que physique : elle n'avait pas changé de corps en un instant, et c'était ce qu'elle montrait dans son expression qui donnait cette impression. Elle avait les yeux à peine plus écarquillés qu'ils ne l'étaient en temps normal, mais il lui semblait que dedans brillait une lumière qu'il ne leur connaissait pas. Et, surtout, au lieu de rester aussi complètement statique que lorsqu'elle parlait habituellement, elle s'exprimait en laissant un de ses bras accompagner ses mots. Une difficulté dans sa pensée laissait en suspens le mouvement de rotation qu'elle imprimait inconsciemment à son poignet, et lorsque soudain elle semblait revenir à ce qu'elle voulait dire, il y avait comme un léger tremblement approbateur de sa main. Elle continuait cependant, et ne sachant comment réagir, il la coupa :

« - Savez-vous, Minerva, que ce que vous dites est bien plus intéressant lorsque l'on sait de quoi vous voulez nous parler.

- Oh, excusez-moi Severus, répondit-elle en cessant son soliloque.

- Je peux savoir ? demanda-t-il en affectant un énervement qu'il ne ressentait même pas, qui n'était que la curiosité.

- Je pense avoir trouvé quel est le thème global que pourraient utiliser Filius et Pomona, et même une manière de le redécouper. Oh, bien sûr, ça ne nous avance pas, mais tout de même…

- Et, qu'est-ce ?

- Et bien les origines, lui dit-elle comme si c'était logique parce qu'elle-même était encore un peu dans le fil de ses pensées. »

Il n'avait pas envie de lui demander d'expliciter. Il n'avait pas envie de passer pour celui qui ne comprenait pas, et fut soulagé lorsqu'elle reprit d'elle-même.

« - Vous savez bien Severus. Les plantes magiques sont des plantes enchantées, que ce soit de manière naturelle ou par des sorciers qui ont voulu créer des types nouveaux. C'est le cas du Mimubulus mimbletonia qui a été modifié par des sorciers Assyriens il y a plus de 3000 ans, alors que le Filet du Diable par exemple est une plante dont les caractéristiques magiques sont venues, d'une certaine manière, d'elles-mêmes ! Et, lorsque je disais que le sujet était facilement divisible, c'était en rapport avec la diversité des plantes : un groupe sur l'histoire et les particularités d'une plante…

- Ah, fit-il. »

Il y eut un silence. Sans vouloir le reconnaître, il était impressionné : elle était professeure (certes très aguerrie) de Métamorphoses, mais pas spécialiste de Botanique ! Or, si lui connaissait naturellement toutes ces informations, puisqu'après tout beaucoup de ces plantes lui étaient utiles en Potions, elles n'en restaient pas moins spécialisées. Mais, surtout, et c'est en cela qu'il se sentait véritablement impressionné par ses capacités, elle avait été capable de mettre ces informations pourtant purement théoriques et assez lointaines les unes des autres en commun, et d'en tirer rapidement quelque chose de clair et de construit alors que ce n'était pas au sujet. Il savait pertinemment que lui demander une telle virtuosité en termes de Métamorphoses serait certainement voué à l'échec. Pas qu'il ne soit pas quelqu'un de très cultivé et très pointu en magies. Non, ce n'était pas cela : plutôt que lui ne savait raisonner de cette manière, organiser ainsi. Il fallait répondre, dire quelque chose.

« - Je suis d'accord en effet, dit-il en pensant qu'il valait mieux s'en tenir à quelque chose de sobre.

- Et bien, je le leur dirais ce soir, ou demain matin peut être. Ils devaient trop se concentrer sur des caractéristiques communes, je pense.

- Oui. Ce soir sera très bien, dit-il.

- Donc ?

- C'est à moi que vous demandez cela ? se moqua Severus. C'est bien les Gryffondors cela, à toujours être à côté du sujet quand ils disent quelque chose d'intéressant !

- Severus, je ne vous permets pas ! dit-elle faussement outrée avec la trace d'un sourire.

- Que voulez-vous, c'est vrai !

- Les Serpentards en tiennent une couche aussi, avec cette manie de ne pas donner de réponse claire.

- Minerva, je ne vous permets pas ! »

Ils échangèrent un mince sourire et la conversation pu reprendre. Cette conversation semblait être à propos, et pourtant tellement inhabituelle, nécessitant de se détendre un peu. Ils l'étaient, un peu.

« - Enfin… je tiens à dire que mes Gryffondors savent au moins affirmer clairement une opinion...

- Et se moquer des gens ouvertement, oui ! dit-il avec un air convaincu.

- Là vous êtes profondément injuste : les Serpentards le font tout autant, vous le premier, lui envoya-t-elle, railleuse.

- Oh, ne vous croyez pas mieux… Et sachez que la différence fondamental en termes de moquerie entre les Serpents et les Griffons, c'est que nous, nous sommes capables de le faire discrètement !

- Je n'aurais pas cru que c'était un avantage.

- Et bien, cela se voit que vous n'avez pas eu ce Weasley en cours !

- C'est un gamin charmant, lui dit-elle sincèrement. Pas très concentré, je l'avoue, mais gentil.

- Votre définition de la gentillesse me laissera très certainement toujours pantois. Il m'a paru désagréable et presque insultant, mais manifestement il n'est comme ça qu'avec moi…

- Je suis leur Directrice de maison, ils n'ont pas intérêt à me mettre en colère, et ils m'aiment bien, je pense, dit-elle en ne sentant pas si sûre qu'elle le paraissait.

- Et bien je préfère les Serpentards, sachez-le, se renfrogna-t-il légèrement en ne le manifestant que par un hermétisme soudain.

- Cela ne m'étonne guère, sourit-elle sincèrement. Enfin, je suis contente de constater que malgré cette différence flagrante d'opinions, nous arrivons à communiquer !

- Nous sommes grands, dois-je vous-le rappeler ?

- A moi non, à Albus peut-être… Dans le fond vous restez d'accord avec ce que je dis.

- Oui, acquiesça-t-il. »

Puis il y eut un court silence immédiatement interrompu par Minerva qui s'exclama :

« - Mais c'est qu'il est presque 10 heures… Il va falloir nous arrêter, surtout si je veux parler à Filius ou Pomona ce soir.

- Bien, dit-il en se levant.

- Et bien, puisque nous n'avons guère progressé sur notre propre projet, je propose que nous nous donnions rendez-vous Lundi prochain, ici, à la même heure.

- Très bien, hocha-t-il. »

Tous deux sortirent de la pièce. Elle se dirigea rapidement vers la salle des professeurs un léger sourire aux lèvres : dans le fond, elle s'était amusée. Et puis, elle était fière de sa trouvaille. Redescendant vers les cachots, Severus se remit à penser à sa conversation : il s'étonnait lui-même de savoir tenir une conversation civilisée. Une véritable conversation, contrairement à ce qu'il pouvait connaître avec Albus (son seul autre interlocuteur) où il s'agissait d'accepter les lubies et les conseils du directeur. Et puis, quoiqu'il ne veuille pas trop laisser sa conscience s'attarder sur ce sujet, il restait la pensée qu'elle était décidément intelligente. Et, malgré lui, il concevait une certaine admiration. Oh, petite et simple, pas grand-chose, mais une trace persistante qu'il préféra oublier plutôt que de tenter de l'effacer. Surtout, atteignant la porte de ses appartements, il laissa échapper un juron : il s'était encore fait avoir. Il ne savait comment il s'était laissé faire, mais le prochain rendez-vous aurait à nouveau lieu dans son bureau à elle. Pourquoi n'imposait-il pas sa volonté et se laissait-il faire, sans même s'en rendre compte, lui, la terreur des cachots ? Il jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus… (*)

(*) Est-il vraiment nécessaire que je précise de quoi il s'agit ? Je ne pense pas !

Alors ? Des remarques, des opinions ? Merci d'avance ! J'espère que vous avez aimé!