Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer

Auteure de Wisp : la formidable Cris

Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40

Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 25

Les cauchemars commencèrent une semaine plus tard.

D'un point de vue théorique, Edward savait que les êtres humains pouvaient faire des choses étonnantes durant leur sommeil. Des études prouvaient que les gens étaient capables de marcher, parler, manger, avoir des relations sexuelles, et même effectuer des rituels complexes tout en restant complètement endormis.

Être témoin d'un tel comportement était une autre affaire.

Jusqu'à présent, Brindille avait dormi comme une souche. Elle ne ronflait pas et n'avait pas une respiration sifflante, et elle bougeait à peine. Elle dormait comme elle faisait tout le reste, avec une intensité résolue qu'Edward ne pouvait qu'admirer.

Quand les cauchemars commencèrent, elle continua de rester immobile dans le lit d'Edward, sur sa poitrine. Son corps ne s'agitait pas, elle ne se débattait pas contre ses frayeurs nocturnes à l'aide de ses bras ou de ses jambes. Au contraire, elle devenait encore plus immobile, son corps se crispant, ses muscles se tendant et se contractant à un point tel qu'Edward savait qu'elle serait endolorie le matin venu. Non, le peu de mouvement contredisait la peur présente dans son esprit.

Mais pas les bruits.

Edward aurait juré qu'il n'avait jamais entendu un être humain faire le genre de bruits qu'elle faisait quand un cauchemar s'emparait d'elle. Plutôt que les cris haut-perchés et hystériques qui accompagnaient une mauvaise crise, ceux-là étaient… presque comme les cris d'un animal. Des sons graves et gutturaux s'échappaient de sa bouche, des sons qui venaient du plus profond de son abdomen. Succincts et hachés, comme si son corps ne pouvait pas supporter de tels sons remplis de douleur pendant plus d'une poignée de secondes à la fois, ils venaient encore et encore, jusqu'à ce qu'Edward soit en mesure de rompre l'emprise que son subconscient avait sur son corps et de la réveiller.

Les cauchemars ne survenaient pas chaque nuit, ce pour quoi Edward était incroyablement reconnaissant, mais il avait très vite appris qu'ils assombrissaient immanquablement la journée suivante. Brindille était tendue et craintive le jour après un cauchemar, et elle ne voulait rien faire sauf s'asseoir sur les genoux d'Edward. Elle pleurait quand il essayait de la mettre sur le sol, exactement comme elle l'avait fait ces quelques premiers jours après qu'il l'ait ramenée de l'hôpital, et – peut-être le pire de tout – elle refusait de parler. Pas un mot. Elle luttait contre le besoin que son corps avait de dormir, refusant les siestes dont elle avait désespérément besoin, et finalement elle était si tendue, épuisée, et de mauvaise humeur qu'elle éclatait invariablement en sanglots et pleurait jusqu'à ce que le sommeil la rattrape, parfois tard dans la journée.

Le jour après un cauchemar, Edward avait l'impression qu'ils étaient de retour à la case départ – comme si elle était toujours la fille qui se tapissait derrière le canapé, sale et terrifiée, incapable d'être apaisée par le langage. Il n'arrivait pas à être en colère ou frustré contre elle – pas quand il voyait combien ses grands yeux bruns étaient hantés – mais la journée après un cauchemar ne les laissait ni l'un ni l'autre dans ce qu'il appellerait une bonne humeur.

Quel manque de chance, alors, que la veille de la première visite à domicile prévue de Scott Williams, Edward se réveille au son des cris graves et terrifiés émis par une fille aussi tendue qu'une corde de piano recroquevillée en une petite boule sur sa poitrine.

Alors que l'esprit d'Edward était encore à moitié endormi, ses yeux clignant pour se débarrasser des vestiges flous de l'inconscience, son corps était déjà en train de réagir. Il s'assit, enroulant ses bras autour de Brindille devenue une petite boule dure sur ses genoux, ses mains cherchant ses épaules et les secouant doucement.

« Brindille, » croassa-t-il, sa voix épaisse et cassée par le sommeil. « Brindille, Bébé, réveille-toi, s'il te plaît. Ça va. Tu es en sécurité, Trésor. Allez, tu peux le faire. »

Ces cris le dévastaient complètement. Il ne savait pas qu'un être humain pouvait émettre de tels sons, et chaque fois qu'il les entendait il frémissait intérieurement, terrifié par ce que l'esprit de Brindille lui faisait pendant qu'elle dormait. Il pouvait sentir son corps se convulser avec chaque cri, se tendant davantage, abusant du peu de masse musculaire qu'elle possédait.

Son visage se crispa et se tordit tellement qu'il en devint presque méconnaissable et, étrangement, ses yeux et ses joues demeurèrent secs et dépourvus de larmes.

« Brindille, Chérie. » Edward la secoua doucement encore une fois, puis il trouva son poing serré comme une pierre et essaya de l'ouvrir. Ses doigts ne bougèrent pas. « Brindille, allons. Ce n'est pas réel. Ouvre les yeux et tu verras. » Il plongea les doigts dans le verre d'eau qu'il gardait toujours à son chevet, puis tapota vivement sa joue avec l'humidité. « Réveille-toi. Allez, tu peux le faire. »

Son corps tressaillit, se crispant encore plus au soudain contact froid et humide, et son cri monta dans les aigus pendant un long moment avant qu'elle manque de souffle, l'imploration acharnée brusquement interrompue. Elle fit pénétrer l'air dans ses poumons avec difficulté, son corps pris d'une secousse subite qu'Edward connaissait bien maintenant. Elle était en train de se réveiller.

« C'est ça, » dit-il d'un ton cajoleur, penchant la tête pour porter sa bouche près de son oreille, espérant être entendu par-dessus le cauchemar qui la maintenait captive. « C'est ça. Détends-toi, ma douce. Ouvre les yeux et reviens-moi. Je te promets que, quoi qui puisse t'effrayer, ce n'est pas réel. » C'est-à-dire, pas en ce moment, ajouta-t-il silencieusement. Il ne doutait pas que, quels que soient les cauchemars qui la tenaient en otage, ils avaient été bien réels à un moment donné dans le temps. « Gentille fille, ouvre les yeux. »

Après quelques minutes de plus, elle le fit. Le regard vitreux et lointain dans ses yeux, comme si elle n'était pas vraiment là, avait effrayé Edward les premières fois qu'il l'avait vu. Maintenant, des semaines après son premier cauchemar, il avait de plus en plus l'habitude de ce spectacle déconcertant.

Elle cligna des yeux à quelques reprises, louchant dans la faible lumière dorée de la lampe, son souffle bruyant et fragile. Dans ce moment intermédiaire, Edward se demandait si elle savait vraiment où elle était, ou même qu'elle n'était pas seule. Son visage et ses cheveux étaient humides de sueur, et il soupçonnait que son corps le serait aussi, s'il touchait sa peau sous l'ample flanelle de son pyjama.

« Prends de profondes respirations, » dit-il doucement, attirant son corps toujours tendu plus près de lui tout en s'appuyant contre la tête du lit. « Allez, Petite Brindille, tu peux le faire. Respire avec moi, d'accord ? Il faut juste que tu respires. » Il mit de nouveau sa bouche près de son oreille et inspira en comptant lentement jusqu'à cinq dans sa tête, puis maintint sa respiration pendant un moment avant d'expirer tout aussi lentement. « Gentille fille, tu peux le faire. Montre-moi que tu vas bien. » Inspire. Garde ton souffle. Expire.

Que ce soit délibéré ou non, au bout d'une minute les respirations de Brindille se synchronisèrent avec celles d'Edward. Elle aspira désespérément l'air dans ses poumons, son corps luttant pour obtenir l'oxygène qu'il savait lui être nécessaire. Les respirations vives et rapides se régularisèrent, s'allongeant lentement et s'apaisant pour s'accorder à celles d'Edward.

Et c'est seulement à ce moment-là que les larmes commencèrent à tomber.

Elle pleura en silence, son corps demeurant raide et sans réaction, son visage un masque de défaite. Edward n'avait pas besoin de mots pour comprendre comment elle se sentait à cet instant – son corps lui disait tout. Elle se sentait comme si le cauchemar qu'elle avait vécu dans la vraie vie n'allait jamais finir. Elle ne serait jamais libérée de ce cauchemar, parce qu'elle ne pouvait pas contrôler ce que son cerveau faisait pendant qu'elle dormait. Peu importe combien Edward la tenait, il ne pouvait pas arrêter les démons dans sa propre tête.

Mais Ô Dieu, comme il aurait voulu en être capable.

« Je suis tellement, tellement désolé, » lui dit-il, chuchotant les mots contre son oreille, flairant le sel piquant de ses larmes. « Je le ferais disparaître sur le champ si je le pouvais, Petite Brindille. Tu sais que je le ferais. »

Il la tint pendant longtemps, ignorant les chiffres lumineux sur son horloge numérique alors qu'ils indiquaient l'approche inéluctable du matin. Ses mains tracèrent de lents cercles apaisants dans son dos et sur ses bras, ses doigts glissant dans l'enchevêtrement de ses longs cheveux, essayant d'atténuer ses larmes. Il savait maintenant qu'elle n'allait pas se rendormir – pas après un cauchemar. Ils étaient tous les deux réveillés pour la journée.

« Allez, » dit-il, la déplaçant dans ses bras. « Il faut que tu te détendes, Trésor. Je veux essayer quelque chose, d'accord ? »

Elle ne lui fournit aucune réponse, verbale au autre, qui aurait pu lui faire penser qu'elle l'avait entendu.

Malgré tout, Edward continua. Il n'avait jamais été un adepte des techniques de relaxation, de méditation, ou de toute cette merde, mais il était prêt à essayer n'importe quoi pour aider Brindille à se détendre. Il détestait la façon dont elle se déplaçait dans la maison le jour après un cauchemar, comme une vieille femme, souffrant visiblement dans tout son corps. Tanya était une massothérapeute, et elle avait pu faire des merveilles les quelques fois où il avait été tendu et contrarié et qu'elle avait eu pitié de lui. Lui-même n'avait aucune formation, et peu de compréhension de l'anatomie au-delà des notions de base, mais il se dit qu'il ne pourrait probablement pas nuire.

Commençant par ses pieds vêtus de chaussettes, Edward se mit à masser doucement son corps. Cela fonctionnerait sans doute mieux si elle s'allongeait, mais il ne se donna même pas la peine d'essayer. Pendant les douze prochaines heures ou à peu près, elle allait obstinément rester sur ses genoux, sans bouger sauf si absolument nécessaire. Il fit ce qu'il pouvait dans la position où ils étaient, essayant de ne pas désirer des choses qu'il savait être impossibles.

Même ses pieds étaient crispés, les muscles tendus et durs comme des nœuds, et Edward se servit de ses pouces avec précaution pour en pétrir le dessous. Les arches de ses pieds étaient ridiculement prononcées, réalisa-t-il en déplaçant ses mains, tenant un pied à la fois, s'affairant gentiment dessus puis devenant un peu plus ferme, creusant avec hésitation dans le tissu musculaire tendu et misérable. Brindille émit un petit son, quelque chose comme de l'étonnement, mais elle n'enleva pas son pied des mains d'Edward. Au moins il la distrayait, s'il n'accomplissait rien d'autre.

Edward garda la plupart de ses attouchements très doux, étant donné qu'il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait. Il ne pensait pas qu'un massage pouvait blesser quelqu'un, mais il ne tenait certainement pas à le découvrir. Ses mains pressaient et relâchaient, exhortant ses muscles à se relâcher eux aussi, à se relaxer alors qu'il l'aidait à se détendre. Il travailla lentement de ses pieds vers ses genoux, passant d'un endroit à l'autre seulement quand il sentait les nœuds douloureux dans son corps s'atténuer. Brindille resta tranquillement sur ses genoux, ne pleurant plus, sa tête appuyée sur son épaule et ses doux yeux observant ses mains.

Quand il parvint à ses genoux, Edward s'attaqua à ses mains. Il s'affaira sur ses paumes et sur la pulpe de ses pouces, continuant son massage le long de ses bras, se dirigeant vers ses épaules. Plus il avançait, plus cela devenait facile. C'était comme si le corps de Brindille reconnaissait ce qu'il essayait de faire, se détendant et se relâchant sous son doux pétrissage.

Brindille se retourna volontiers dans ses bras quand il la guida pour qu'elle soit face à lui, et elle déplaça ses jambes pour chevaucher les siennes. Elle se blottit tout près, poitrine contre poitrine, un petit son de bonheur surpris chatouillant le cou d'Edward alors que ses mains commençaient à masser le bas de son dos, remontant vers ses épaules puis redescendant. Les muscles tendus s'affaissèrent sous ses mains attentionnées, son corps se collant au sien comme du mastic. Il frotta gentiment son dos, lissant ses mains sur la flanelle de son pyjama, appréciant le petit soupir de contentement qui s'échappa contre sa peau.

Elle ne se rendormit pas – c'était beaucoup trop demander d'un simple massage – mais elle resta assise tranquillement avec lui, ses larmes disparues, jusqu'à ce que la faible lumière d'une aube nuageuse filtre à travers les stores. Edward soupira, étreignant son petit corps chaud contre sa poitrine. Il était épuisé, et ça allait être une longue journée.

Pour tous les deux.

Même si Brindille prenait généralement un bain le soir, Edward décida de lui en donner un ce matin. Elle était couverte de sueur et de larmes séchées, et il espérait que l'eau chaude aiderait à l'apaiser davantage.

Brindille le laissa la mettre dans la baignoire avec seulement un petit gémissement de mécontentement, mais elle ne lui permit absolument pas de s'éloigner d'elle. Des yeux bruns bordés de rouge le regardaient avec méfiance chaque fois qu'il bougeait, et Edward savait qu'il n'avait pas intérêt à la pousser davantage. La dernière chose dont il avait besoin aujourd'hui était une crise à grande échelle.

« J'espère vraiment, vraiment, que tu seras gentille aujourd'hui, » lui dit-il en rinçant le revitalisant de ses cheveux. Il ne comprenait toujours pas pourquoi les filles avaient besoin de deux bouteilles de produits capillaires quand elles lavaient leurs cheveux, mais c'est ce qu'Alice avait laissé dans la salle de bain, et il semblait dommage de ne pas utiliser l'après-shampoing. « Non pas que tu sois jamais, eh bien, mauvaise ou quoi que ce soit. C'est juste que Scott ne t'a pas vue depuis qu'il m'a laissé te ramener à la maison, et j'aimerais vraiment qu'il soit aussi fier de toi que je le suis. »

Elle ne dit rien, continuant de l'observer à demi suspicieuse comme si elle pensait qu'il pourrait disparaître à tout moment.

« Je lui envoie des comptes rendus à chaque semaine, tu sais, » poursuivit-il, essuyant avec soin les traces de larmes sur ses joues. « Il a eu du mal à croire certains d'entre eux – je le sais, parce qu'il a appelé Emmett et Jasper, et même Carlisle pour vérifier l'authenticité de mes rapports, même si Carlisle n'est presque jamais ici. Je ne dis pas que tu dois te comporter comme un phoque entraîné à faire tourner des ballons sur son museau, mais ce n'était vraiment pas la meilleure nuit pour avoir un cauchemar, tu sais ? »

Brindille ne parla pas, mais elle tendit le bras et toucha sa joue avec ses doigts mouillés.

« Ouais, je sais. Ce n'est pas ta faute. Je déteste que tu doives avoir ces cauchemars. Ça me ravage de t'entendre avoir mal. »

Pendant le petit déjeuner, que Brindille toucha à peine – ce qui n'était pas habituel pour elle – Edward ne fut pas surpris de recevoir un appel de Rosalie. Aujourd'hui était censé être l'un de ses jours de 'baby-sitting', mais tout le monde savait que Scott venait pour une visite officielle.

Dès qu'elle entendit la voix d'Edward, Rose sut le genre de nuit qu'ils avaient eue.

« Contacte-moi dès qu'il sera parti, » dit-elle. « Je viendrai te donner un répit. »

« Ça n'apportera rien de bon, » déclara Edward, même s'il souhaitait cruellement que ce soit aussi simple. Pendant l'après-midi il traînerait ses pieds, ayant désespérément besoin de faire une sieste. « Tu sais qu'elle ne veut pas rester avec toi quand elle est comme ça. »

La seule fois où ils avaient essayé ne s'était pas très bien passée. Normalement Brindille n'avait pas de problème à être laissée avec Rosalie pendant de courtes périodes de temps – quoique, assez bizarrement, avec personne d'autre – mais le jour après un cauchemar, elle refusait de se détacher d'Edward.

« Appelle-moi quand même. On trouvera quelque chose. »

Ouais, il essayerait. Peut-être qu'à tout le moins Rose pourrait distraire Brindille, même si celle-ci refusait de quitter ses bras.

« Tu sais que tu n'as pas de raison d'être inquiet, n'est-ce pas ? Scott est de ton côté maintenant – autant qu'un fonctionnaire peut l'être. Il a juste besoin de voir par lui-même comment elle va. »

« Ouais. » Edward frotta sa tignasse en désordre d'une main, regardant Brindille chipoter son petit déjeuner. Peut-être qu'il demanderait à Rose d'aller chercher une pizza pour le déjeuner, histoire de la tenter, puisqu'elle ne mangeait pas en ce moment. Brindille n'avait jamais essayé la pizza, mais il ne pouvait pas imaginer que quelqu'un n'aime pas ça. « Je comprends. C'est juste que… C'était la dernière chose dont nous avions besoin aujourd'hui, tu sais ? Si seulement je pouvais l'appeler et lui dire de reporter la visite, mais ça aurait l'air suspect. »

« Il travaille aussi avec d'autres cas. Je suis sûre que cet homme est conscient que tout le monde peut avoir des journées où tout va de travers. »

Sauf qu'Edward aurait tellement voulu montrer une bonne journée à Scott. Brindille avait fait des progrès incroyables au cours des semaines passées avec lui, et il éprouvait un intense besoin de montrer à son intervenant en personne combien elle était une fille intelligente et perspicace. Bien que Scott ait des comptes rendus et des vidéos pour appuyer ceux-ci, Edward sentait malgré tout une pointe d'angoisse à l'idée que l'homme pourrait lui retirer Brindille si cette visite ne se déroulait pas bien. D'un point de vue rationnel il savait que c'était hautement improbable – le processus pour retirer quelqu'un de la garde d'un tuteur n'était pas immédiat. La crainte ne venait pas de la probabilité de ce scénario, mais de la dévastation qu'il causerait s'il se réalisait. Qu'adviendrait-il de tous les accomplissements de Brindille si on la lui enlevait ? Dans quelle mesure régresserait-elle, et pour combien de temps ? Pourrait-elle jamais vraiment faire confiance à nouveau ?

Plus égoïstement, Edward ne voulait pas qu'elle s'en aille. En dépit des cauchemars, des rares crises, des changements apportés à sa maison et à sa routine, il ne voulait pas la perdre. Elle… faisait résonner quelque chose en lui. Il ne s'agissait plus seulement d'être un bon Samaritain et, s'il était honnête, ce n'était plus le cas depuis un certain temps. Il ne voulait pas seulement aider une pauvre fille victime de circonstances malheureuses. Il voulait aider Brindille.

« Je l'aime, tu sais. » Edward ne pouvait pas dire exactement pourquoi il était confiant dans le fait que Rose n'allait pas utiliser cette information contre lui, mais il en était ainsi.

« Euh… je déteste avoir à te dire ça, Edward, mais ce n'est pas un scoop. Ce n'est pas du tout un scoop. C'est comme… comme de me dire que les politiciens sont égocentriques, ou qu'il y a de drôles d'odeurs dans le New Jersey*. » Elle renifla sans délicatesse. « Tout le monde sait que tu aimes cette petite fille. Nous l'aimons nous aussi, crois-le ou non. Même Carlisle, qu'elle n'aime pas. »

Ce n'était pas tant qu'elle n'aimait pas Carlisle, mais elle refusait de vraiment apprendre à le connaître. Edward ne prit pas la peine de corriger Rosalie, toutefois. Ça n'avait pas tant d'importance que ça à ce stade. Ce qui importait était de faire la meilleure impression possible quand Scott arriverait.

À cette fin, il dit au revoir à Rosalie et coupa la communication, puis il se précipita dans la salle de bain avec Brindille. Elle avait déjà eu un bain, mais il avait besoin d'une douche. La plupart du temps il n'en prenait pas le jour après un cauchemar, mais aujourd'hui il ne pouvait pas s'en passer.

« D'accord, » dit-il à Brindille, la regardant dans les yeux. « Je sais que tu ne vas pas être contente de toute façon, mais je te donne un choix. Il faut que je prenne une douche. Tu peux m'attendre ici, ou tu peux rester à l'extérieur de la salle de bain avec Bête. Je promets de faire aussi vite que possible, mais tu as peur de la douche, et même si ce n'était pas le cas, je ne te prendrais pas avec moi à l'intérieur. »

Elle le fixa sans dire un mot, tourmentant la douce enflure de sa lèvre inférieure avec ses dents.

« Tiens. » Edward l'installa sur le comptoir à côté du lavabo et lui tendit sa brosse à dents. « Brosse tes dents, d'accord ? Je vais prendre une douche, et je promets de me dépêcher. C'est un… comment dit-on… un compromis. »

Son regard suspicieux ne vacilla pas alors même qu'elle acceptait la brosse à dents, aussi Edward ne fut-il pas surpris de l'entendre sangloter doucement quand il s'éloigna d'elle. Bon Dieu, ce son le déchirait. Il n'était pas bon pour user de son autorité quand ça concernait Brindille, mais parfois il n'avait tout simplement pas le choix. Il avait besoin de prendre une douche et il fallait qu'elle… ne soit pas là quand il le ferait.

Essayant d'ignorer ses bruits contrariés du mieux qu'il le pouvait, Edward entra dans la cabine de douche, ferma la porte derrière lui, et lança ses vêtements sur le dessus avant d'ouvrir l'eau. Le bruit de l'eau qui coulait étouffa le son de plus en plus élevé des pleurs effrayés de Brindille, et il en fut reconnaissant. Même une douche de cinq minutes allait s'avérer difficile s'il devait l'écouter se lamenter tout le temps. Quand elle pleurait, tout ce qu'il voulait faire, c'était la prendre et apaiser ce qui la heurtait. Le fait qu'il ne le pouvait pas cette fois-ci… oui, il n'aimait certainement pas ça.

Un bruit sourd parvint à ses oreilles alors qu'il frottait son corps en vitesse. Il ne pouvait pas voir à travers la porte en verre dépoli, mais il soupçonnait Brindille d'avoir glissé du comptoir et d'être à nouveau sur le sol. Edward prit note mentalement de faire attention à ne pas trébucher sur elle lorsqu'il sortirait de la douche – la dernière fois qu'il avait été dans cette situation, elle l'avait littéralement attendu de l'autre côté de la vitre jusqu'à ce qu'il finisse de se doucher.

Prenant une profonde respiration, Edward essaya de se préparer mentalement pour la visite prévue. Scott allait venir à la maison et jeter un coup d'œil à la ronde. Il allait poser des questions. Tout irait bien – pas comme lors de sa première visite, quand il était accompagné par cette sorcière de psychiatre. Cette fois Scott ne serait pas intimidé par la femme plus âgée et plus expérimentée. Il serait en mesure de juger par lui-même, de vraiment voir le genre de personne que Brindille était, et la relation qu'Edward et elle partageaient. Tout irait bien.

Tandis qu'il mettait sa tête sous le jet d'eau pour rincer le shampoing, une bouffée d'air frais tourbillonna dans la douche. Il ouvrit les yeux et sentit immédiatement le picotement du savon, mais pas avant d'avoir vaguement entrevu la porte de la cabine s'ouvrir et une petite silhouette au pied de celle-ci.

« Merde ! »

Edward aurait juré qu'il venait d'être catapulté dans une bande dessinée humoristique alors qu'il essayait frénétiquement de fermer l'eau, attraper une serviette, enlever le savon qui piquait ses yeux et rester sur ses pieds, tout ça en même temps.

« Brindille, » dit-il finalement, serrant la serviette autour de sa taille, l'eau savonneuse dégoulinant encore de ses cheveux. Même sa bouche avait un peu le goût du shampoing. « Brindille, non. »

Elle le regardait avec ses yeux immenses, et il lui était absolument impossible de savoir si elle prêtait attention à ce qu'il disait ou si c'était seulement son apparence ridicule qui suscitait son intérêt.

Edward s'agenouilla sur le plancher de la douche et prit son menton dans une main, l'exhortant à rencontrer ses yeux. « Non, » déclara-t-il, clairement et fermement – la première fois, songea-t-il, qu'il lui disait vraiment sérieusement d'arrêter.

La couleur se retira du visage de Brindille alors que ses grands yeux s'écarquillaient encore plus, puis elle fondit en larmes.

Edward se mit à rire.

Ce n'était pas une réaction appropriée, il le savait. Mais il était fatigué, encore mouillé et plein de savon, et extrêmement stressé au sujet de la visite du travailleur social – et, tout à coup, tout ça sembla incroyablement ridicule.

« Que diable vais-je faire avec toi ? » Il sortit avec précaution de la douche et la souleva dans ses bras, la laissant s'accrocher à lui aussi solidement qu'elle le souhaitait. « Viens, ma douce petite chose folichonne. Je dois m'habiller. Et peut-être mettre un verrou sur la porte de la douche. »

Elle ravala ses sanglots, s'agrippant fermement, ses petits doigts creusant presque douloureusement dans ses épaules, mais Edward ne dit rien. Ouais, ils allaient de toute évidence devoir travailler sur les limites, mais il allait devoir trouver un autre moyen de le faire si un 'non' prononcé avec fermeté la menait si dangereusement proche d'une crise. Il s'habilla rapidement dans son placard, abandonnant l'idée de débarrasser ses cheveux du savon restant au moins jusqu'à ce soir, peut-être demain. Quand elle le laisserait finalement disparaître de son champ de vision pendant plus de trente secondes à la fois.

« Maintenant, » dit-il, continuant de frotter ses cheveux avec la serviette en sortant du placard avant de prendre à nouveau dans ses bras une Brindille suppliante, « il y a des choses dont nous devons parler toi et moi. » La ramenant en bas, il les installa tous les deux sur le sofa. Tenter de la déposer sur le sol était inutile. « Peut-être que tu te souviens de Scott, peut-être pas, mais il va venir te voir aujourd'hui. Je suis désolé que ce ne soit pas une bonne journée pour toi, mais j'aimerais vraiment que nous puissions rétablir les choses. Tu sais, lui montrer quelle fille géniale tu es. »

Un petit souffle hoquetant se prit dans sa gorge tandis qu'elle l'observait, les yeux vitreux de larmes.

« Tu es une fille si gentille, » ajouta Edward sur un ton plus doux. « Je veux qu'il sache à quel point tu es extraordinaire. »

Comme si elle attendait ce signal, la sonnette retentit.

« C'est ouvert, » lança Edward. Se lever pour aller répondre à la porte n'était pas en haut de sa liste de priorités quand Brindille refusait de quitter ses genoux.

Edward attendait Scott.

Il n'attendait pas la femme à côté de lui.

« M. Cullen, » dit le Dr Lawton, son visage impassible, ses yeux examinant la pièce, le canapé… la fille sur ses genoux.

*Le New Jersey est reconnu pour ses usines de produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que pour ses raffineries de pétrole, d'où les plaisanteries au sujet des odeurs bizarres dans cet État :0)

Mille mercis à ma correctrice mlca66 pour son aide infiniment appréciée.

À bientôt.

Milk