Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.

25

La soirée de Camille avait été un véritable calvaire. Elle avait préféré en rire que de piquer une crise, mais quand même. Les enfants avec qui elle avait discuté étaient tellement déconnectés de la réalité…

Bien entendu, la guerre avait été évoquée. Ce n'était pas un sujet réservé aux adultes. Mais ce qui avait choqué Camille c'était la façon dont le conflit était perçu. Pour les garçons, il s'agissait de gloire et d'exploits qui n'attendaient qu'eux pour être accomplis. Comme si leur seule présence pouvait changer la boucherie qu'était le combat. Les filles plongeaient dans le romantisme. Un preux chevalier vainquant mille dangers pour les sauver… Camille se demandait quelle tête elles feraient si elles voyaient les héros de guerre gémissant de douleur, leurs plaies sanguinolentes d'où jaillissait du pus.

Elle avait essayé de leur faire comprendre que la guerre n'avait rien d'épique et encore moins de romantique, mais ils avaient rejeté ses mots d'un revers de la main. Elle avait rapidement renoncé. Elle ne voulait pas créer de scandale, et puis, ils auraient bien le temps de grandir.

En se glissant dans son lit ce soir-là, Camille n'avait qu'une pensée, c'était de s'éloigner d'ici. Elle n'avait qu'une hâte, qu'Edwin l'emmène ailleurs. L'Empereur était bien gentil, mais il la traitait comme une petite fille. Or, Camille avait laissé cette vie derrière elle depuis plusieurs mois déjà.

Si elle avait su comment le lendemain allait se passer, Camille serait restée dans son lit ou se serait perdue dans la bibliothèque. Sa journée commença normalement : petit déjeuner avec Sil' Alfian et Edwin puis immersion dans la bibliothèque suivie du déjeuner en l'illustre compagnie de l'Empereur une fois de plus. Ce fut après que tout se dérégla.

Tout d'abord, le Seigneur Fil' Kiner arriva à la fin du dit déjeuner, tenant sa fille par la main. Camille aurait dû s'enfuir à ce moment-là. Malheureusement, elle pensa simplement que l'homme avait à faire avec l'Empereur ou le maître d'armes et n'avait eu d'autres choix que d'emmener sa fille avec lui. Après tout, Camille avait assisté à plus d'une réunion en compagnie d'Edwin. Même si elle n'était pas sûre que Sabrina sût se comporter convenablement, c'est-à-dire en silence.

Mais ce n'était pas le programme. Camille et Sabrina furent conduites dans une salle à la décoration rose bonbon, remplit de poupées et autres jouets en tout genre. Abasourdie, Camille se retourna vers Edwin quand il lui fût expliqué ce qu'on attendait d'elle : qu'elle joue avec Sabrina toute l'après-midi.

Les adultes partirent et la porte se referma comme la porte d'un bagne. Si c'était une farce, elle était de très mauvais goût. Comment Edwin avait-il pu la trahir ainsi ?

Sabrina, elle, était très contente et était déjà en train de comparer les poupées pour savoir avec laquelle elle allait jouer. Puis elle se ravisa et décida de toutes les asseoir en rond pour faire un salon de thé. Elle avait repéré un service à thé en porcelaine décoré de fleurs dans les tons roses et mauves.

– Ne reste pas plantée là, aide-moi à préparer le thé ! exigea Sabrina.

Camille bougea, mais elle était plus en mode pilote automatique qu'autre chose.

– Qu'est-ce que c'est que cette tenue ? s'indigna Sabrina. Tu devrais porter une robe, ça t'irait beaucoup mieux. Si tu veux je demanderai à Père si je peux t'en prêter. Je ne pensais pas que le Seigneur Til' Illan était si pauvre qu'il ne pouvait fournir des habits décents à sa propre fille. Je suppose que les Frontaliers sont pauvres. J'ai entendu dire qu'il faisait si froid là-bas que rien ne poussait. C'est peut-être pour ça qu'ils sont pauvres. Il paraît que les céréales sont la base de la richesse. Mais moi je n'y crois pas. Tout le monde sait que c'est l'argent. Père en a beaucoup. Il peut m'acheter tout ce que je veux. Oh ! Mais je ne devrais pas te dire ça. Père dit toujours qu'il ne faut pas dire aux gueux qu'ils sont pauvres et que nous sommes riches. Ou quelque chose comme ça. En tous cas, je n'imagine pas pouvoir être pauvre…

Et elle devait supporter ça toute l'après-midi ?! Camille allait devenir folle ou commettre un meurtre avant que l'on ne revienne les chercher. En plus, elle ne pouvait même pas s'échapper. Elle devait attendre le retour d'Edwin pour quitter la pièce. Et si elle faisait un pas sur le côté et revenait un peu avant qu'il n'arrive ? Non. Impossible. Sabrina la dénoncerait à coup sûr, volontairement ou involontairement. Cette fille ne savait pas se taire.

Mais pourquoi Edwin lui avait-il infligé cela ? Puis elle eut une illumination. Peut-être bien qu'en effet le Seigneur Fil' Kiner avait une réunion de la plus haute importance, et qu'il n'avait pas pu faire autrement que d'emmener sa fille mais qu'il savait aussi qu'elle ne se tiendrait pas tranquille, ou pire, qu'elle parlerait de ce qu'elle aurait entendu. Il avait donc été décidé que Camille l'occuperait le temps de ladite réunion. Voilà ! Mystère résolu.

Et puisque c'était une mission qu'Edwin lui avait confiée, elle l'accomplirait de bonne grâce. Puisque c'était un service pour Edwin, elle pourrait bien survivre aux prochaines heures.