CHAPITRE 21

Patch


Il y eut d'abord une lumière floue dans le noir. Cela se mouvait et tourbillonnait comme une explosion captive qui ne pouvait gonfler. Sa lumière était vive mais imprécise, impossible pour elle de voir ce qui en était à son origine. Émergeant du néant, six pierres se réunirent autour de la source même de cette lumière. Celles-ci formèrent un cercle entre elles et se mirent à tournoyer autour du cœur à la manière d'une barrière protectrice.

Elle cligna des yeux et tomba alors du ciel une pluie de petits cailloux cristallins qui semblaient comme attirés par cette source de lumière, en même temps que les tracés d'un liquide malveillant qui coulaient vers le centre de la masse comme des gouttes de pluie sur une fenêtre.

La masse ainsi accumulée devint une plante qui grandit et devint fleur. Mais l'inquiétant liquide pourrit les racines, attaqua le corps de la plante et fana ses pétales.

La plante dépérit et se racornie alors que sa forme devenait floue et incertaine.

L'instant d'après, il n'y avait plus que le néant. Elle regarda autour d'elle mais ne vit rien sur lequel poser son regard.

Alors frappa la foudre, soudainement, de façon si marquante qu'elle fut chassée de ses songes.

Summer s'éveilla d'un rêve étrange. Quand elle chercha à se remémorer son songe, il lui fut impossible de se rappeler de quoi que ce soit… En général, elle se rappelait toujours de ce qu'elle avait rêvé. Un signe de plus qu'elle n'allait pas bien…

Peu après le départ de Taiyang, elle avait été prise de vertiges et été partie se coucher. Maintenant, la douleur était passée mais avait été remplacée par quelque chose d'autre : un vide profond en elle. Un gouffre dont elle refusait de s'approcher. Il s'était ouvert devant elle après la réunion avec Ozpin. Jamais elle n'aurait crût que sourire aux autres puisse être aussi difficile. Elle voulait fuir et pleurer mais restait avenante et heureuse en apparence, même devant Qrow, Raven ou même Taiyang. Elle glissa hors de son lit et s'habilla à la hâte dans l'espoir de chasser ses sombres pensées. En jetant un rapide coup d'œil à son réveil, elle découvrit qu'elle n'avait dormie pas plus d'une demi-heure. Elle espéra que cette brève sieste aura suffi à la débarrasser de ses maux de tête. Sortant du dortoir de la Team STRQ, elle croisa la route de Raven, accoudée à une fenêtre donnant sur l'extérieur.

— Tu vas mieux ? demanda son amie.

— Beaucoup mieux, merci, répondit Summer avec un grand sourire.

La Huntress aux longs cheveux noirs secoua la tête.

— Pas besoin de simuler, tu sais…

— Huh ?

— Savoir qu'on est la dernière de son peuple et la cible d'une entité capable de contrôler les Grimms, ça fait beaucoup à encaisser en peu de temps. C'est normal de se sentir désemparée mais c'est dur de ne pas le montrer devant les autres.

— Merci de te préoccuper de moi mais je vais bien, dit Summer en maintenant son sourire.

Raven n'appréciait guère qu'on lui mente. Encore moins par sa seule véritable amie dans tout Remnant. Elle se rapprocha de la Huntress à la cape blanche en fronçant les sourcils.

— Summer, tu ne vas pas bien.

Cette fois-ci, le sourire de Summer se crispa.

— Je… Je t'assure que si…

Elle recula d'un pas mais Raven lui saisit le poignet pour la forcer à la regarder droit dans les yeux. La peur et la dépression étaient plus mortelles qu'importe quel Grimm, chaque membre de la Tribu le savait.

— Summer. C'est bon. Tu n'as pas besoin de faire semblant devant moi.

Les larmes montèrent brusquement aux yeux de Summer. Submergée par l'émotion, elle enserra Raven et enfouit sa tête contre sa poitrine. Elle se mise à parler d'une voix rapide et étranglée :

— J'ai pas pu le dire…! D'abord Ozpin… Et-et ensuite Taiyang…! J'ai… Je ne pouvais pas craquer devant lui… Il perd sa mère et moi, je… J'aurai dû me plaindre ?...

Lâchant un soupir, Raven réconforta Summer du mieux qu'elle put. Elle comprenait Summer. En temps normal, leur leader était toujours celle qui écoutait les problèmes des autres et aidait à les surmonter. Se retrouver dans l'autre situation sans personne à qui se confesser était un poids terrible pour la plupart des gens, Summer n'y faisait pas exception.

Levant les yeux vers l'extérieur et le soleil montant, elle se demanda où était Taiyang à présent.


Taiyang éternua et s'essuya le nez avec un mouchoir. Sa mère avait l'habitude de dire que lorsqu'on éternuait, c'était parce quelqu'un pensait à vous…

— C'est encore loin ? demanda-t-il au pilote.

— Non, nous sommes presque arrivés.

À travers la vitre de plexiglass renforcé, le Huntsman regarda les flots de l'océan que l'appareil survolait. Sa surface miroitait au soleil, déjà fort malgré l'heure matinale.

Le pilote ne mentit pas. Moins de vingt minutes plus tard, le Bullhead atteignit Patch, Taiyang reconnut les côtes de son lieu de naissance, brisant la surface monotone de l'océan.

Plus jeune, alors qu'il n'était qu'un élève de Signal, il aimait prendre la mer à bord d'une petite embarcation à voile et s'éloigner des côtes, juste pour les voir depuis le lointain.

Mais maintenant, jamais ces plages blanches ne lui semblaient aussi ternes. Il n'y avait de soleil dans le ciel pour les éclairer. Et de la fumée émanait toujours des terres…

.

Quelqu'un l'attendait. Le Professeur Archer, ancien directeur de Signal, probablement ici à la demande d'Ozpin. Il avait tellement vieilli en comparaison de ses souvenirs que Taiyang eut du mal à le reconnaitre. Ses cheveux en arrière étaient devenus blancs et il portait une paire de lunette à présent. Mais le pire, c'était son visage maladif, vide d'épuisement. Ce fut dur de ne pas paraitre troubler lorsque le Hunstman s'adressa à lui.

— Bonjour, professeur Archer.

— Bonjour, Taiyang. Permettez-moi de vous adresser de la part de l'Académie nos plus sincères condoléances pour la perte de votre mère.

— Merci professeur… Comment va Signal ?

— Bien… les Grimms ont chargés le village côtier, l'Académie a été épargnée le temps que nous puissions riposter.

— Et… Le village ?

Le professeur Archer soupira bien tristement. Il retira ses lunettes et se pinça l'arête du nez.

— Les maisons peuvent être reconstruites, pas les vies perdues…

Il se passa une main sur le visage pour y chasser les larmes naissantes.

— Désolé, c'est encore si… Je n'imagine même pas ce que vous devez ressentir… Mountain Glenn et maintenant Patch…

Taiyang hocha la tête, la gorge serrée.

— Où sont partis les Grimms ?

— Exterminés. Nous nous sommes assurés qu'aucun d'entre eux ne survivent…

Ce ne fut qu'alors que Taiyang réalisa que le professeur avait perdu sa main gauche ! Il ne tenait toujours debout que par l'utilisation d'antidouleurs puissants et de son Aura.

— Désolé, Professeur, je ne…

— Taiyang… Je dois vous dire… Avant que vous ne partiez. Nous avons déjà procédé à l'inhumation de votre mère…

C'était dit.

Taiyang cilla plusieurs fois en chancelant. Sa tête lui tournait et il avait besoin de respirer ! Il y avait une clôture en bois non loin d'eux et il s'y accrocha en cherchant à se calmer.

Respire.

Expire…

Respire.

Expire…

Après une attaque de Grimms, il était fréquent que les corps des victimes identifiés soient immédiatement enterrés pour éviter aux membres de la famille d'avoir à supporter la vision d'un corps auquel il manquait plusieurs parties…

— Est-ce qu'on a pu la mettre dans un cercueil ?…

Dans son dos, Archer secoua la tête tristement.

— Taiyang… Vous n'avez pas à…

— Je vous en supplie ! Dites-le… Dites-moi la vérité, s'il vous plait !…

Archer le regarda, le dos vouté, les mains grippées au bois, cherchant à retenir ses larmes.

— Nous avons enterré… une urne, dit-il finalement.

Taiyang défaillit. Les mains toujours accrochées au bois, il tomba à genoux ! Son visage tremblait sous la crispation, partagé entre la rage et le désespoir.

.

Taiyang marcha seul sur le chemin le guidant vers son ancienne maison. C'était la seule demeure que desservait cette allée de cailloux fins, entourée par des arbres majestueux et des fleurs sauvages ravissantes. Aucun Grimm n'y avait touché, le gros de la horde avait poursuivis sa course et laissé une poignée s'en prendre à sa maison. Vu de loin, elle paraissait intacte, mais à mesure que Taiyang s'en rapprochait, il ne pouvait manquer le gigantesque trou dans le mur de la maison. Il passa par-là, découvrit la scène comme les Hunstmen avant lui. Du salon spacieux avec la télévision et le canapé, il n'en restait que des morceaux épars, des marques de griffes défiguraient le parquet et les premières marches de l'escalier.

Taiyang ne fit pas un pas à l'intérieur. On avait nettoyé le sang et les débris mais l'odeur de la mort persistait dans la pièce…

Un Grimm était venu et avait tué la seule personne qu'il aimait plus que tout au monde. Si Ozpin disait vrai… Cette « Salem » avait ordonnée cette attaque… Pourquoi ? Patch n'était rien ! C'était juste un havre de paix !

Il fit demi-tour et marcha dans le jardin. Là où lui avait indiqué Archer, une stèle avait été érigée avec quelques fleurs. On avait inscrit ces quelques inscriptions en la mémoire de la défunte :

Ici repose

An Xiao Long

Mère aimante

Taiyang s'assied à genoux devant la tombe de sa défunte mère. Ses larmes se mirent à couler librement sur son visage endeuillé. Jusqu'à cet instant, il avait eu cette maigre lueur d'espoir que sa mère soit toujours en vie, que la personne sous terre ne soit pas elle... Maintenant, il avait définitivement perdu sa mère. Une deuxième fois, dans son cœur…


Assis sur un ancien pont en pierre non loin du port de Vale, les jambes pendant mollement dans le vide, Arthur Watts contemplait le fleuve passé sous ses pieds et se jeter dans la mer. Ses yeux regardaient s'accomplir le spectacle éternel de la nature mais son esprit était ailleurs. Il tenait une cigarette allumée au bout des doigts mais n'y touchait pas, celle-ci se consumait lentement sous l'effet du vent.

Il se sentait… Heureux ? Affligé ? Terrifié ? Impossible à dire, probablement les trois à la fois… Tout ce qu'il avait désiré dans cette vie, il l'avait obtenu. À l'exception d'une chose… Il était désormais si près du but qu'il pouvait presque sentir la victoire dans l'air… Mais son chemin si droit et certain était maintenant hasardeux et il ignorait s'il était encore sur la bonne voie. Ce qu'il avait découvert l'avait bouleversé jusque dans les tripes ! Jamais il n'avait ressenti pareille sensation depuis le jour où il avait trahi la confiance de Sélénée… Que devait-il faire ?

Depuis vingt ans, il avait obéit à Salem avec une loyauté sans faille, persuadé qu'il n'y plus de retour en arrière possible. Mais maintenant, quelque chose d'inattendu s'était présentée à lui : une deuxième chance. Et il hésitait à la saisir… Cette lueur d'espoir était terriblement tentante et tangible ! Mais également ô combien dangereuse : au moindre soupçon de trahison, Salem n'hésiterait pas à le tuer, peu importe ses sentiments pour Sélénée. Mais d'un autre côté…

Il s'imaginait bien avec Sélénée, cachés du reste du monde dans un endroit perdu où jamais auparavant l'Homme n'y avait mis les pieds… Jamais Salem ne les retrouverait dans le vaste monde inexploité qu'était Remnant. Il restait encore des terres inconnues à travers le globe, disparues de la mémoire de l'Humanité ou transformées en mythes et conte pour enfant…

Mais les rêves restaient des rêves, il le savait parfaitement. Trahir Salem revenait à se retrouver seul face à tous. Jamais Sélénée ne prendra le risque de le laisser revenir à ses côtés et Ozpin aura bien raison de le remettre aux autorités d'Atlas pour qu'il soit jugé et pendu haut et court, et encore si l'Homme en Noir ou Lux ne le tue pas avant ! Et s'il se décidait à vivre une vie de fuyard, il ne tiendrait pas un mois, encore moins une année ! Il avait tellement assassiné de personnes qui avaient osées décevoir ou désobéir à Salem qu'il savait comment cela se passait : une vie à garder un œil derrière soi, avec la peur d'un jour voir une ombre à côté de la sienne et que cette vision soit la dernière de son existence.

Ce qui allait peut-être arrivé plus vite qu'il ne le pensait…

— Vous en avez mis du temps, lâcha-t-il tout d'un coup.

— Vous n'êtes pas précisément quelqu'un de facile à trouver, mais j'imaginais pire, répondit quelqu'un derrière lui.

Un individu vint s'asseoir à côté de lui. Sans rien craindre de Watts, l'ancien commandant Scharnhorst lui retira sa cigarette et la fuma avec plaisir.

— Humm… Celle-là vient de Vacuo, non ? Ils font les meilleures clopes de tout Remnant.

Arthur Watts ne lui répondit pas, se contentant de demander :

— Je présume que Salem demande mon retour le plus vite possible ?

— Vous présumez bien.

Scharnhorst expira des cercles de fumée avec l'aisance de l'habitude. Nullement intéressé par ses prouesses, Watts continua à fixer la mer tout en devinant pertinemment le point laser fixé entre ses deux omoplates. Salem n'était pas stupide au point d'envoyer un seul de ses Champions à ses trousses. Marcus Blake était probablement dissimulé en haut d'un toit, à le viser à travers la lunette d'un fusil, attendant un signe ou un mouvement suspect pour tirer.

— Vous sembliez préoccupé quand je suis arrivé, fit remarquer.

— Oui… J'ai découvert quelque chose…

— Oh ? Et quoi donc ?

Arthur Watts remercia intérieurement Scharnhorst de cette demande. Au fond de lui, il avait besoin d'une pression extérieure pour choisir. Et il décida quelle voie suivre.

— Je dois parler à Salem.

Voilà… Il allait tout dire, quitte à bafouer ses propres sentiments et son amour pour celle qu'il aimait. Il avait conscience qu'en révélant le secret le mieux gardé de Sélénée, la face du monde en serait changée à jamais. Salem jettera toutes ses forces dans la bataille pour la capturer. Survivra-t-elle seulement à la première bataille que ce conflit déclenchera ?

— Pas de problème. Un Seer nous attend hors de Vale.

— Non. Je dois lui parler directement. Ce que j'ai à dire est trop important pour le lui annoncer d'une autre façon.

— Comme vous voulez…, souffla le commandant renégat en s'étirant les jambes.

Scharnhorst se leva et fit un signe à Marcus. Celui-ci rangea son arme dans une valise spécialement aménagée pour dissimuler un fusil et descendit du toit.

Arthur se leva à son tour, lentement, presque à regret. Il soupira en regardant le ciel nuageux qui cachait le soleil en train de se coucher, comme son espoir d'une vie différente.

Après tout, le temps perdu ne se rattrape plus, n'est-ce pas…?


Ce fut le vent froid du crépuscule qui fit réaliser à Taiyang qu'il avait passé toute la journée devant la tombe de sa mère. Il cligna des yeux mais eut du mal à les garder ouverts. Ils étaient secs et irrités. Et ses jambes crispées ne réagirent pas quand il voulut se lever. À force d'être resté assis sur ses genoux, ses membres étaient devenus durs comme du bois. Il se rendit compte aussi qu'il grelottait, peut-être depuis des heures.

Si sa mère le voyait dans cet état, elle lui aurait passé un savon pour être resté dehors en pleine nuit ! Elle avait toujours su ce qui était bon pour lui…

Chassant ses souvenirs d'un grognement, Il se mit à masser énergétiquement ses cuisses pour faire circuler le sang. C'était douloureux mais il se força à continuer jusqu'à pouvoir se lever. Il tituba jusqu'à sa maison éventrée. Rien n'avait changé entretemps. Il y avait toujours les débris et le sang séché. Il refusa d'entrer, de poser le moindre pas dans ce domaine de la mort. La vie avait quitté cette demeure avec sa mère, cette maison n'était plus la sienne à présent. Plus jamais.

Il tourna les talons et reprit le chemin qui menait vers le village côtier de Patch. Il voulait dormir, profiter de quelques heures d'inconscience et de paix dans ses rêves avant que la réalité ne ressurgisse au matin. Il commença à quitter son ancienne maison quand un bruit de pierre brisée retentit au-dessus de lui.

Il leva la tête et retint son souffle !

Au-dessus de lui, se détachant parfaitement de l'obscurité par ses rayures rouges lumineuses, Taiyang vit les tuiles se scinder et craquer sous la masse d'un terrifiant Beowolf.

C'était un véritable monstre par rapport à ses semblables, il devait faire près de 4 mètres de haut et une armure d'os recouvrait ses membres. Un Alpha…

La créature de Grimm se lécha les crocs devant cette proie isolée. De toute évidence, celui-ci avait échappé au massacre de Patch…

— Vous vous êtes gouré, Prof…, souffla Taiyang.

Il comprit que le Beowolf avait été probablement attiré par ses sentiments négatifs. Chagrin, perte, colère… Des mets de choix pour ce monstre.

La créature s'avança d'un pas vers le Hunstman en contre-bas. Ces griffes crissèrent sur la pierre mais le Grimm n'avait plus cure de la discrétion. Il voulait tuer. Tuer à tout prix !

Le Beowolf bondit du haut du toit sur Taiyang qui se jeta de côté pour éviter les griffes acérées comme des lames de rasoirs. Immédiatement, le Grimm projeta sa gueule béante vers le cou tendre de l'humain, mais un coup de bottes dopé à l'Aura brisa l'espoir du monstre et quelques-uns de ses crocs.

Taiyang se releva d'un bond alors que le Beowolf secouait la tête pour chasser la douleur. Seul et sans armes, il n'avait aucune chance de tuer un Alpha. Ce n'était pas une question de taille, la créature de Grimm était cent fois plus coriace et puissante qu'un Beowolf normal !

« Inutile de réfléchir longtemps dans ce genre de situation, avait un jour expliqué Ozpin durant un entrainement, il faut agir le plus vite possible. »

Agir !

Vite !

Il regarda par terre autour de lui à la recherche d'une arme et vit une tuile brisée en pointe. Il la saisit quitte à se trancher la paume et les doigts et l'enfonça de toutes ses forces dans l'œil droit de la créature malfaisante. Le hurlement que poussa le Beowolf fut si assourdissant qu'il se crût sourd l'espace d'un instant ! Mais le Grimm tourna son œil gauche vers lui et le frappa de sa puissante main. Taiyang eut l'impression d'être percuté par un train de marchandise ! Ses pieds s'arrachèrent du sol et il traversa le mur de sa maison, créant un deuxième trou près du premier déjà existant. Il roula-boula dans le salon, renversant les derniers meubles encore debout. Assommé par le choc, il vit de façon trouble le monstre s'engouffrer dans la maison, obligé de se courber à cause du plafond bas. Sa gueule claquait rageusement alors qu'il s'arrachait le morceau de tuile planté dans l'œil. À présent, il tourna la tête vers le Huntsman à terre qui se relevait en crachant du sang. Taiyang n'avait pas besoin de sortir son Scroll de sa poche pour savoir que ce seul coup lui avait coûté énormément d'Aura. Un deuxième et il se retrouvera sans rien pour se défendre ! D'un autre côté, sa Semblance venait de recevoir un sacré coup de boost mais même à mains nues, il ne pourrait espérer percer l'armure de l'Alpha. Il lui fallait s'équiper et il savait où…

La cuisine était derrière lui, aussi s'y précipita-t-il aussi vite qu'il le put dans son état, le Beowolf a ses trousses.

Sa mère avait toujours rangé les mêmes produits dans les mêmes placards pendant des années. Taiyang pria qu'elle est continuée cette manie après son départ pour Beacon. Il ouvrit un placard et (miracle !) trouva exactement ce qu'il cherchait.

Quand le Beowolf se rua dans la cuisine, le Hunstman lui tourna le dos, visiblement à la recherche de quelque chose. L'expérimenté Grimm ne perdit pas de temps et se jeta sur lui, la gueule grande ouverte ! Au moment où il allait refermer ses mâchoires sur la chair humaine, l'homme pivota sur lui-même et lui engouffra quelque chose entre ses crocs. Quand il ferma la gueule, un nuage blanc s'échappa de sa gueule et se répandit dans toute la pièce !

.

Profitant du nuage produit par le sac de farine en poudre, Taiyang s'échappa de la cuisine et grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier qui menaient à l'étage. Il entra en trombe dans son ancienne chambre et sans s'attarder sur tous les souvenirs présents, renversa le lit sous lequel se trouvait une malle. Jadis, Taiyang y avait mis un cadenas mais celui-ci était de piètre qualité et ne résista pas au pied du Hunstman. Il ouvrit le couvercle et retira un drap qui cachait son plus douloureux souvenir de Signal…

.

Finissant par dissiper le nuage de farine, le Beowolf quitta la cuisine en grondant et déchirant tout ce qui trainait sur sa route, furieux d'avoir raté une telle occasion de se repaitre des entrailles chaudes d'un humain. Mais il entendit du bruit et vit descendre à lui, calmement, l'humain, porteur de deux bracelets gris métal et de deux yeux rouges colériques…

Taiyang les avait baptisé Ember Celica.

Il s'agissait d'une paire de gantelet de combat équipé de fusil à pompe. Lorsqu'il les avait fabriqués, il pensait avoir créé l'arme parfaite pour un combattant comme lui.

Ce fut une grave erreur.

À époque, il était incapable de contrôler son Aura ou sa Semblance aussi bien qu'aujourd'hui. Un jour d'entrainement à Signal, ses bracelets avaient explosés, brulant la peau de ses bras au second degré, brisant ses os, et pire encore : un éclat avait touché l'un de ses camarades à la gorge, sans gravité par la suite mais l'accident l'avait profondément traumatisé. Il s'était alors juré que tant qu'il n'était pas un Hunstman accompli, il n'utiliserait que son corps pour combattre les Grimms. Mais maintenant…

Maintenant, il se fichait des brûlures ou des fractures. Il se fichait même s'il perdait l'usage de ses mains ! Il voulait juste exploser la face de ce monstre qui avait osé chercher le combat avec lui jusque dans sa maison !

D'une torsion des poignets, ses bracelets s'activèrent et couvrirent ses mains et ses avant-bras. Ses barillets de 12 chevrotines roulèrent jusqu'à la chambre, prêts à être tiré.

Taiyang poussa un hurlement de rage et guida ses gantelets en arrière. La double détonation le propulsa droit sur le Beowolf ! Il canalisa toute sa Semblance dans son poing ! Le voyant foncer sur lui à toute vitesse, l'Alpha ne put que réagir instinctivement et tendre une main vers lui dans l'idée de l'attraper en plein vol ! Son membre se désintégra sous l'intensité de l'Aura que dégageait Taiyang qui ramena son poing en arrière, le serra de toutes ses forces et frappa le Grimm en plein visage !

.

Une explosion retentissante défigura un peu plus la maison des Xiao Long. Le serpent de flammes désintégra tout ce qui se trouvait à plus d'une centaine de mètres devant lui.

À l'intérieur, Taiyang respira à grand coups, vide d'Aura mais empli d'une fierté morbide à la vue des cendres noires qui s'évaporaient dans l'air, dernières traces du Grimm.

Il sourit en se laissant tomber sur le dos, incapable de rester plus longtemps debout. Il leva les bras à hauteur de ses yeux, s'attendant à des blessures semblables à celles de Signal auparavant, et découvrit que cette fois, Ember Celica étaient intactes !

Soulagé d'être indemne, il se mit à rire, de plus en plus bruyamment en s'imaginant la réaction de sa mère devant le spectacle du salon, de la moitié de la cuisine et d'une partie du jardin complètement carbonisés…

— Et bien, voilà une occasion de redécorer la piaule ! plaisanta-t-il.


PS : Je dois vous dire, chers lecteurs, que je suis très mécontent…

Il m'est arrivé quelque chose auquel je n'étais pas préparé pendant mes vacances, quelque chose de pire qu'un coup de soleil ou qu'une annulation de gîte :

VOUS !

J'étais bien, moi, à me la couler douce dans la compagne et voilà qu'en relisant vos commentaires motivants, dans un endroit paumé sans connexion internet pour pouvoir jouer en ligne ou même en hors-ligne c'est impossible (parce que Steam m'a dit FUCK YOU) et aussi parce qu'au bout de trois jours allongé sur une chaise longue j'avais déjà terminé la dizaine de livres de 500 à 600 pages chacun (!) que j'avais amené pour les vacances, je me suis retrouvé face à un seul loisir possible : vous l'avez deviné, continuez à écrire ma fanfiction.

Donc, je me suis retrouvé sur une chaise face à mon pc devenu à peine plus utile qu'une machine à écrire (heureusement qu'au moins je ne payais pas l'encre parce que sinon…) et j'ai ainsi poursuivis l'histoire des Quatre…

Alors, j'en entends déjà deux chouiner au fond de la salle parce qu'on est en septembre et que j'avais dit que j'allais poster le chapitre 21 pour fin aout. (Inutile de regarder derrière vous, y'a personne d'autre et de toute façon, les principaux concernés se reconnaitront entre ces lignes.) Et bien je vous mets au défi, même au double-défi, de réussir à trouver du réseau dans l'une des trop nombreuses zones blanches de notre cher pays.

Sur ce, bonne lecture !

Et pour réconforter les malheureux qui retournent sur les bancs de l'école : le Chapitre 22 ne devrait pas tarder à sortir…