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Chapitre 24 : Diogene's club – Tel est pris qui croyait prendre
Ou comment savoir qui manipule qui.
(John & Mycroft)
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Si je devais me décrire en quelques mots, je dirais : calme et posé, fidèle, facile à vivre, séducteur, modeste et discret. Par contre, au contact de mon colocataire, ce serait plutôt : curieux, intrépide, irritable, courageux et protecteur.
Pourtant, ce que je m'apprête à faire, ne me ressemble vraiment pas. Mais alors pas du tout !
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Je quitte le 221B Baker Street très tard, à l'heure où je devrais me coucher en temps normal.
Un peu plus tôt dans la journée, j'ai téléphoné à Mycroft pour lui demander de se retrouver quelque part pour parler. Je pense que ma requête l'a beaucoup surpris – si je considère le silence qui a suivi –, ne pensant pas un seul instant que je veuille le voir de mon plein gré.
Pourtant, je suis sûr qu'il est sur ses gardes ; ma demande est bien trop insolite pour ne pas éveiller les soupçons du Gouvernement britannique qui désamorce des complots chaque jour.
Je pensais, par ailleurs, qu'il accepterait de me voir juste après mon appel. Au contraire, il a souhaité que je le retrouve très tard en soirée. Ce n'est pas ce que j'espérais, mais je ferais avec.
Dans un sens, il n'a pas tort de se méfier de moi, parce que je ne vais pas le rencontrer pour causer chiffons autour d'une tasse de thé – quoi que, vu l'heure, la seule boisson qu'il pourrait me proposer est un bon whisky – surtout quand on connaît le contexte de chacune de nos rencontres. Je serai également très vigilant, car je suis persuadé qu'il tentera de profiter de la situation.
J'ai passé plusieurs jours à peaufiner mon plan en cherchant tout ce qui pourrait m'y aider. Je savais que « la chose » était dans la chambre de mon colocataire, alors j'ai prétexté de changer ses draps pour la lui dérober.
Je fouille un peu partout dans le fatras qui encombrait sa chambre. Je tombe sur un carton, bien caché dans le placard, sous un de mes pulls que je cherchais depuis quelque temps et qui ne s'y trouvait pas lors de mon dernier rangement de linge.
Calme-toi, John ! Respire ! Ce n'est pas la première fois qu'il vole tes affaires et ce n'est pas le moment de tout gâcher, résisté-je à l'envie d'aller crier contre mon colocataire qui n'apprécierait pas non plus que je fouille dans ses affaires.
Ce que je découvre à l'intérieur me laisse songeur : il contenait diverses choses des plus troublantes qui me font frissonner du plus profond de mon être ; des objets qui feront très probablement partie des prochaines expériences. Je me suis toujours demandé, quand on a commencé les expériences, à quels moments il y aurait recours. Je pense que leur présence dans cette chambre prouve que j'aurais ma réponse très bientôt.
En attendant, je préfère me concentrer sur mon plan d'attaque avant d'imaginer différents scénarios sur ce que Sherlock comptait faire de tout ça. Je trouve finalement ce que je cherchais et la mets à l'abri dans ma chambre. J'espère qu'il ne se rendra pas compte de son absence.
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Sherlock, lunettes de protection sur le nez, est dans la cuisine, penché sur une solution d'une couleur très particulière. Il est en train de verser un liquide par goutte-à-goutte et note les effets sur une feuille. J'ignore ce qu'il expérimente, et en fait, je m'en fiche comme de ma première dent. Je ne me suis jamais intéressé à la chimie.
Je prends bien soin de lui cacher ce que je transporte dans mes mains, en les enfilant rapidement dans mes poches arrières et à la ceinture de mon pantalon. J'enfile mon blouson par-dessus. Je suis fin prêt.
Je passe une tête dans la cuisine.
— Je sors ! Ne m'attends pas. Je risque de rentrer tard.
Sherlock ne lève même pas la tête de son expérience. J'ai un pincement au cœur quand il m'ignore comme ça. En même temps, je lui ai promis de ne plus sortir avec des femmes, et il a suffisamment confiance en moi pour me croire sur parole. Mais un petit « bonne soirée » ne m'aurait pas déplu, surtout à cause de ce que je m'apprête à faire.
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J'arrive au Diogene's club. À cette heure-ci, il n'y a plus aucun client et le silence rend les lieux lugubres. Je suis reçu par Wilder, le concierge, qui s'apprêtait à partir. Pour la première fois, j'entends le son de sa voix.
— Monsieur Holmes vous attend à l'étage. La deuxième porte à droite, dit-il de sa voix monocorde avant de s'en aller.
Je fronce les sourcils. Je sais parfaitement ce qu'il y avait dans cette pièce pour y avoir été piégé, il y a quelques semaines. Je commence à me demander si mon idée était finalement si bonne que ça. J'espère vraiment que tout se déroulera comme prévu, mais on n'est jamais sûr de rien avec un Holmes.
Devant la porte, j'hésite. La main à quelques centimètres du battant, je me retiens avant de finalement frapper trois coups secs.
— Entrez ! me lance Mycroft de l'intérieur.
J'entre dans la pièce et referme la porte derrière moi. Mycroft est assis sur le même fauteuil que la dernière fois, à défaut qu'au lieu du portable, il lisait un livre.
— Bonsoir, John ! Je suis heureux que vous soyez là. J'ai craint un moment que vous ayez changé d'avis, dit-il en refermant le bouquin et le poser sur la table basse.
— Bonsoir, Mycroft. En général, quand c'est moi qui demande à voir quelqu'un, je ne me débine pas.
J'observe vite fait la pièce. Je n'y avais pas tellement fait attention la première fois, trop focalisé sur le lit, mais la pièce n'était pas vraiment une chambre, mais aménagée comme un loft. Une grande bibliothèque orne tout le mur du fond jusqu'au plafond ; un espace salon avec deux fauteuils, un canapé et une table basse ; et chose tout à fait insolite : un mini-bar en face du lit.
— Puis-je connaître cette envie si soudaine de me voir ? J'ai cru comprendre que vous ne vouliez plus jamais me revoir en dehors des expériences de Sherlock. Je sais qu'il ne s'agit pas d'une simple visite de courtoisie. À votre hésitation devant la porte, vous doutiez d'aller jusqu'au bout de votre démarche. Donc je suppose que vous voulez me faire payer d'une manière ou d'une autre pour la dernière fois. Je n'aime pas spécialement me faire frapper, mais s'il faut en passer par là pour que nous puissions repartir sur de bonnes bases, alors je suis prêt à faire ce sacrifice.
Je suis étonné qu'il soit prêt se laisser frapper pour se faire pardonner, lui, si prompt à garder un visage impeccable en toute circonstance – un hématome ne ferait pas un très bel effet. Je pourrais l'exaucer, mais j'aurais l'impression d'entrer dans son jeu et je n'ai aucune intention de le laisser diriger ma petite vendetta à sa convenance.
Oui, le frapper était la première idée que j'ai eue à l'esprit, mais ce serait trop simple, trop rapide. Mycroft a besoin de plus de raffinement, d'une action à la hauteur de son comportement vis-à-vis de moi. Je devais me hisser à son niveau. Alors non, je ne lui ferai pas le plaisir de lui accorder ce qu'il veut ou de lui montrer qu'il peut deviner mes intentions.
Je m'avance vers lui. Je n'hésite pas un seul instant. Il ferme les yeux, prêt à recevoir le coup-de-poing. J'attrape le revers de son costume coûteux et me dresse sur la pointe des pieds pour l'embrasser. C'est la méthode la plus efficace pour endormir sa méfiance, en lui donnant ce qu'il veut plus que tout. Il est, comme me l'a dit Sherlock, le meilleur dans le jeu des déductions. Tout ce que je devais faire, c'est l'envoyer sur une mauvaise piste.
Mycroft ouvre les yeux. Dans son regard, je le vois surpris de mon geste.
Je me recule et lui lance le genre de regard que je fais pour séduire mes proies. J'ai bien remarqué que je lui fais de l'effet, alors autant en profiter.
Il lève les sourcils, une mimique qui le fait ressembler à Sherlock.
J'enlève mon blouson en faisant attention que l'objet que je cache dans ma ceinture, soit bien dissimulé à l'intérieur, au moment où je le pose sur un des fauteuils. Les deux autres sont dans mes poches de pantalon à portée de main. Je dois tout de même faire attention qu'il ne porte pas ses mains aux mauvais endroits ou Mycroft pourrait s'en servir contre moi.
Il se dirige vers le mini-bar, en face du lit pour ouvrir une bouteille de Bourbon. Le liquide ambré me laisse bien tenter. Il s'approche de moi et me tend un verre.
— Buvez ceci. La nuit ne fait que commencer et vous aurez besoin d'un remontant.
Il boit son verre tandis que je garde le mien en main. Je récupère son verre vide devant son étonnement et pose les deux sur la table basse. Je préfère rester sobre pour la première partie de mon plan. Je connais la force de Mycroft et il est hors de question que je fasse preuve de la moindre faiblesse le moment venu.
Mes mains se posent sur son torse. Je lui retire son veston que je lance sur le fauteuil et déboutonne un à un chaque bouton de sa chemise.
— Eh bien, John, je suis surpris de tant d'audace.
Les yeux dans les yeux et avec un rire séduisant, je le pousse sur le lit. Celui-ci s'allonge confortablement sur la couette. Je monte à califourchon sur ses longues jambes après voir retirer mes chaussures.
À quatre pattes, j'approche ma bouche de la sienne et l'embrasse avec plus de fougue. Il se laisse faire. Ses mains s'aventurent dans mes cheveux, mon cou, sur mes épaules, mon dos et les descends plus au sud. J'attrape ses poignets et les remonte au-dessus de sa tête sans briser notre union. Il ne m'oppose aucune résistance.
Tout en l'embrassant, j'écarte les pans de sa chemise et lui caresse le torse. Mes doigts frôlent ses tétons. Je les titille en roulant les pouces sur les pointes. Je l'entends gémir dans ma bouche. Il semble s'oublier dans mon baiser et je profite de ce moment d'inattention pour récupérer les menottes (petit cadeau de la part de Greg) dans mes poches pour encercler ses poignets.
Il rompt le baiser en comprenant enfin ce qui lui arrivait. Il n'a pas le temps de faire le moindre mouvement que je l'attache à la tête de lit.
— Ah… Je me disais bien que tout ceci était trop beau pour être vrai, soupire-t-il. J'ai remarqué que vous aviez des menottes dans vos poches. Me frapper aurait été plus simple, mais ce n'était pas suffisant pour vous. C'est ingénieux ! Depuis quand vous adonnez-vous à ce genre de pratique ?
— Mmm ? Je ne sais pas. Peut-être pour l'avoir expérimenté moi-même ? Évidemment, j'ai été à bonne école et vous êtes un très bon professeur !
— Vous m'étonnerez toujours, John. Finalement, ces expériences vous ont bien changé. Dans le bon sens, je dois dire. Bon, vous m'avez eu, vous êtes content ? Maintenant, détachez-moi !
Je lui rends un grand sourire, un sourire froid et pervers.
— Si vous pensiez que je m'arrêterais là, vous vous trompez lourdement.
— Oh ! Vous voulez me violer comme je l'ai fait sur vous ? Je suis curieux de voir ça, ricane-t-il. Vous savez que je serai honoré de vous avoir en moi.
Je me lève et descends du lit. De toute évidence, il n'a pas deviné mes véritables intentions. S'il pense que je vais coucher avec lui, il se met un doigt dans l'oeil.
Très bien, que le jeu commence !
Dans un premier temps, je récupère mon portable et prends un photo de Mycroft dans cette position qui fera hurler de rire Sherlock. Mycroft fronce les sourcils, par vraiment content de cette initiative.
Je le range dans ma poche de veste et récupère à la place ce que j'ai caché jusqu'à présent. Je prends en main la cravache et me retourne vers Mycroft en lui jetant un regard de défi. Celui-ci écarquille les yeux. Il comprend parfaitement ce que je m'apprête à faire.
— John ! dit Mycroft, mal à l'aise. Je doute que cet objet soit adapté pour une partie de jambes en l'air entre gentleman. Je ne donne pas dans le sadomasochisme. Ne faites pas… Mmh ?
Je le fais taire par un baiser très appuyé. Je ne suis plus à un près.
— Chuuuut… Vous avez été un vilain garçon, alors maintenant, je vais devoir vous punir, lui susurré-je à l'oreille.
Je pose la cravache sur le lit et reprends le déshabillage de Mycroft. D'abord, je lui retire chaussures et chaussettes, puis je déboutonne le pantalon et descends la braguette. J'entends son souffle s'accélérer. D'un mouvement sec, je retire son pantalon. Son slip cache encore son intimité. À aucun moment, il ne se débat. Ses jambes ne sont pas entravées, pourtant, il ne m'oppose aucune résistance. Grand bien lui fasse !
Je reprends la cravache et la fais glisser sur sa joue, son cou. Je frôle les tétons et descends toujours plus bas. J'appuie sur la bosse qui commence à se former. Mycroft pousse de petits gémissements obscènes. Je suis pris d'une envie irrésistible de le voir se perdre dans l'orgasme devant moi.
Je fronce les sourcils et me frappe mentalement. Pourquoi suis-je pris par de telles pensées ? Je dois me ressaisir et faire ce pour quoi je suis venu ici. D'un coup, je claque la cravache sur son torse, puis encore une fois. Je change d'angle et je le fouette de plus en plus fort. Là où le caoutchouc tombe, la peau rougit.
— John…, gémit Mycroft. Je sais que ce que je vous ai fait n'était pas très loyal, mais si c'était à refaire, je le ferais sans hésiter. Vous n'avez pas idée de ce dont j'ai envie de vous faire.
Pris de colère, je le frappe de toutes mes forces, ses joues, ses bras, son torse, ses fesses, ses cuisses. Je veux qu'il ait mal pour le faire taire. Je veux qu'il me haïsse, qu'il renonce aux expériences, qu'il me foute la paix !
Je sais que je prends un gros risque en lui faisant subir une telle humiliation. Qui sait ce que Mycroft me réservera à l'avenir. Je dois être maso. Ce n'est pas dans mes habitudes de me complaire dans la violence gratuite et pourtant, à chaque coup que je donne, je me sens mieux. Je me libère de ce sentiment d'oppression accumulé au fil des mois. Car mon statut de mâle dominant reprend le dessus.
Pendant longtemps, les expériences m'ont rendu faible et passif. Mais je suis un homme qui a sa fierté. J'ai besoin de me sentir supérieur.
Alors je frappe. Encore. Et encore.
Je devrais maintenant l'entendre crier de douleur, mais c'est un tout autre son qui sort de ses lèvres. Il appréciait le traitement que je lui faisais endurer.
— Vous êtes un grand malade, Mycroft ! Comment pouvez-vous aimer de vous faire battre ?
— Tout simplement parce que c'est vous ! Et dans un sens, vous voir vous débattre contre moi me donne une joie immense. Vous n'en seriez pas là aujourd'hui si je vous laissais indifférent. Peut-être qu'au fond de vous, vous aimez jouer avec le feu. Libérez-moi, John et je vous ferais découvrir ce que vous n'osez pas demander !
— JE (shlack !) NE (shlack !) SUIS (shlack !) PAS (shlack !) VOTRE (shlack !) JOUET ! (shlack !)
Je suis hors de moi. Je voulais effacer le sourire narquois que me lance Mycroft. Comment se fait-il que les coups ne lui fassent aucun effet ?
Je saisis son sexe à travers le sous-vêtement et serre très fort. Mycroft a un hoquet de douleur. Enfin, il a la réaction que je voulais. J'ai envie de le lui arracher pour qu'il ne puisse plus jamais la mettre en moi. Mais le médecin que je suis, ne pouvait pas se rabaisser à un tel niveau.
Il fait chaud et j'ai besoin d'un remontant. Je me lève pour récupérer mon verre et le bois cul sec. Une fois vide, je le jette sur le tapis. Il ne se brise pas et se contente de rouler sous la table.
Le corps de Mycroft est zébré de marques rouges plus ou moins prononcées. À ce constat, ma colère reflue. Je ne suis pas un homme violent par nature, pourtant, ce que je venais de faire est indigne de moi.
Je reprends la cravache et poursuis mon traitement avec plus de douceur. Cette fois, je veux le faire jouir rien qu'avec la houssine. Je vais lui offrir ce qu'il veut. Je connais très bien les zones sensibles et je m'y attelle avec précision. Mycroft halète de plus en plus fort alors que j'appuie sur la pointe de son sexe fièrement dressée dans son slip.
Quelque chose se passe. Mes yeux fatiguent de plus en plus. Je me sens somnolent. Je ne comprends pas. Ce ne pouvait pas être l'alcool qui me fait cet effet… À moins qu'il ait versé un somnifère dedans…
— Qu'avez-vous fait ? marmonné-je, tandis que je m'affaisse à côté de lui.
— En fait, j'espérais que vous le buviez avant. Je pensais me servir des menottes contre vous et vous faire goûter de cette délicieuse cravache, avec moins de force quand même, mais j'ai fait preuve d'optimisme en pensant que tout se déroulerait comme je l'avais prévu… Ohé, John ! Ne vous endormez pas tout de suite, détachez-moi ! Hé ! John ! Vous n'allez pas me lai-…
Je n'entends pas la suite, la tête enfoncée dans les oreillers moelleux, je plonge dans un sommeil profond.
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Quand je reprends connaissance, le jour était levé. Tous mes souvenirs de la veille reviennent d'assaut.
— Ah ! Enfin ! Je pensais que vous étiez mort, plaisante Mycroft.
J'ouvre les yeux et me redresse sur un coude avec un mouvement de recul. À quelques centimètres de moi, Mycroft me fixe de son regard gris. Les rayons du soleil traversent la grande fenêtre pour nimber le corps presque nu de l'aîné des Holmes d'une lueur dorée.
Je ne peux pas. Je refuse de l'admettre. Je déglutis avec difficulté. Je me mords la lèvre inférieure. Ce que j'ai sous les yeux est digne d'un tableau de maître. C'est impossible ! C'est impensable et pourtant, je le pense. Et mon cœur manque un battement. Moi qui croyais que seul Sherlock dégageait une aura aussi attirante, je me rends compte que Mycroft n'était pas son frère pour rien.
Pour la première fois, j'admets que Mycroft possédait un corps sublime. Comment ne l'ai-je pas remarqué plus tôt ? J'étais si repoussé par sa personne au point d'en être dégoûté que je n'avais jamais pris la peine de mieux l'observer. J'ai déjà eu l'occasion de le voir nu, pourtant, à ce moment-là, mon trouble n'avait rien à voir avec ce que je ressens à présent. Qu'est-ce qui a changé ?
Je me tourne de l'autre côté, coupant notre contact visuel pour ne pas montrer mon trouble.
— Que vous arrive-t-il ? Ah ! Oui, vous n'avez pas apprécié mon "petit cadeau de bienvenue" ? C'est pourtant bien inoffensif comparé à ce que j'aurais pu vous donner, genre un aphrodisiaque, par exemple…
N'en pouvant plus, je m'empourpre de colère et de gêne.
— Cessez vos idioties ! Je rentre ! dis-je en sortant du lit pour remettre mes chaussures et mon blouson. Je replace la cravache dans ma ceinture.
— Vous savez que je ne sens plus mes bras ? J'ai des fourmis de partout, se plaint Mycroft.
— Désolé ! dis-je en m'approchant de lui.
Je le détache et range les menottes dans les poches de mon blouson. Mycroft se frotte les poignets rougis par les fers. Il s'assoit au bord du lit.
— Maintenant, nous sommes quittes ! Et je vous prierais de ne plus essayer de me séduire à l'avenir. Je ne suis pas intéressé.
— Vous mentez très mal, John. Et vous manquez cruellement de conviction dans vos propos. Je suis un peu plus fin que Sherlock en matière d'émotions humaines pour en côtoyer quotidiennement. J'ai bien vu que je ne vous laissais plus aussi indifférent qu'au début. Votre dégoût pour moi a disparu pour laisser place à un autre sentiment que je vous laisse deviner. Vous commencez à me voir avec un œil nouveau.
Doux Jésus ! Que quelqu'un lui trouve une autre cible à chasser ! prié-je.
— Vous racontez n'importe quoi ! Je ne-…
Un bip retentit. Un message de Sherlock. Je souris en le lisant :
"Kennington park. Faux suicide. Besoin de ton avis. » – SH
— Quoi qu'il en soit, vous venez de réussir la dernière épreuve avec brio. Vous êtes prêt pour la seconde étape.
— De quoi parlez-vous ? dis-je en relevant les yeux de mon portable.
— Pour les explications, il faudra vous adresser à mon frère. Je sens que ça va devenir intéressant et j'ai déjà hâte d'y être.
Je frissonne à son sourire enjôleur. Se peut-il que Sherlock et Mycroft m'aient tendu un piège sans que je le sache ? Alors ma petite vengeance n'était que le résultat d'une expérience ?
Je sors de la pièce en claquant la porte. Je quitte le Diogène's club sans plus attendre.
Le soleil du matin était aveuglant. Une belle journée s'annonce alors qu'au fond de moi, un orage se préparait.
J'appelle un taxi pour retrouver Sherlock sur les lieux du crime. Pour les explications, je préfère attendre qu'on soit chez nous.
Et ça va barder !
