Harry se réveilla en sursaut, le cœur battant. Ses yeux rencontrèrent un brouillard blanc et il chercha fébrilement ses lunettes à tâtons. Il les chaussa d'un geste nerveux et le brouillard se précisa, se révélant être des rideaux en voilage blanc. Sa chambre… il était dans sa chambre et non pas dans une cave inconnue avec des tas de choses rampantes qui avançaient vers lui.
Il attrapa sa montre et regarda l'heure. 5h.
Mordillant ses lèvres d'appréhension, il écouta les bruits du manoir. Silence. Il n'avait pas du crier. Quoi que ça n'aurait probablement rien changé.
Les deux fois précédentes, Rogue ne s'était pas déplacé, pourquoi le ferait-il à la troisième ?
L'homme ne lui avait pas adressé trois mots depuis leur retour au manoir. Il lui avait juste sifflé un « va ranger tes affaires » en arrivant, avant d'aller s'enfermer dans son laboratoire, sans un regard.

Ils étaient rentrés depuis près de trois semaines. Les réunions professorales s'étaient prolongées jusqu'à la fin de la première semaine de juillet. La veille, Harry avaient reçu les présents de ses amis pour son anniversaire. Le traditionnel pull de Mme Weasley, rouge avec la silhouette d'un grand chien noir, lui avait fait monter les larmes aux yeux. Hermione et Ron lui avait offert un album photo plein à craquer et les jumeaux, associés à Ginny des friandises de chez Honeydukes. Remus lui avait fait parvenir un livre de défense et Hagrid un gâteau dur comme la pierre et un jeu de société sorcier. Il avait espéré jusqu'au bout recevoir des nouvelles de Dementia, mais le ciel était resté désespérément vide après le départ d'Errol.
Rogue n'avait pas mentionné son anniversaire et Harry n'avait pas osé le lui rappeler.

Incapable de se rendormir, Harry se leva et se rendit dans son salon. Il jeta un regard morne à ses livres et ses parchemins. S'il y avait bien une chose qu'il n'avait pas envie de faire, c'était de se plonger dans ses devoirs de vacances. À quoi bon de toute façon, il ne savait même pas quels cours il pourrait suivre l'année suivante. Autant attendre les résultats des buses.

Il déglutit péniblement à cette idée. Les BUSEs… Il les avaient passées de manière tellement mécanique qu'il n'était pas sur de les avoir réussi. Même en défense, où il avait toujours excellé, et où il savait pertinemment avoir réussi la pratique, il n'était pas sûr d'avoir été très clair en théorie.
Ses chances d'être auror lui semblaient de plus en plus faibles. Sans parler de la réaction de Rogue qui risquait d'être plus que violente s'il ramenait des notes désastreuses.
Il soupira; bien plus que la colère de Rogue, il craignait de devoir renoncer à son rêve. Il désirait être auror depuis que le faux Maugrey lui avait dit qu'il serait bon là dedans. Quand, après que la véritable identité de l'imposteur eut été révélée, il avait parlé de ses doutes à Sirius, celui-ci lui avait révélé que lorsqu'il avait été arrêté, James et lui venaient de terminer leurs trois années de formation et s'apprêtaient à être institués aurors. Le vrai Maugrey qui était alors arrivé au milieu de leur conversation lui avait dit que c'était probablement la seule chose sur laquelle ce (le mot qu'il avait prononcé alors avait été très imagé) de Croupton junior n'avait pas raconté de sornettes.

Il sentit son cœur se serrer à la pensée de Sirius. L'idée de le décevoir lui était insupportable. Même s'il n'était plus là, si le lieu dont lui avait parlé Aliénor existait bel et bien, peut être que son parrain pouvait savoir ce qu'il faisait et il ne voulait pas que Sirius ait honte de lui.

Sa gorge se dessécha soudain. Il ouvrit la bouche pour appeler Winky mais se ravisa. Il fallait qu'il sorte de là, qu'il pense à autre chose qu'aux cauchemars qui le poursuivaient. Autant qu'il descende lui-même à la cuisine demander un verre de jus de citrouille à Kookie.

Il descendit sur la pointe des pieds. Il était resté plongé dans ses pensées bien plus longtemps qu'il ne l'avait cru et il n'était pas loin de 6h. Mais même s'il se doutait que Rogue était sans aucun doute réveillé, et très probablement enfermé dans son labo, il préférait se faire discret.

Il arriva dans la cuisine sans encombre où il se sentit aussitôt examiné par trois paires d'yeux globuleux scrutateurs. Gêné, il bredouilla sa demande et Kookie posa immédiatement un grand verre de jus de citrouille sur le comptoir tandis que Baker poussait une chaise sous ses fesses. Winky le détailla de la tête au pied d'un air critique.

- Le maitre ne va pas bien, déclara-t-elle en nouant une grande serviette autour du cou d'Harry malgré le regard indigné de celui-ci, pas bien du tout, soupira-t-elle en tirant doucement sur une de ses oreilles d'un air désolé.

- Ce n'est qu'un peu de fatigue Winky, répondit Harry d'une voix qu'il espérait convaincante.

Winky secoua la tête.

- Pauvre…pauvre maitre Harry.

Harry était désolé de voir la petite créature inquiète comme ça pour lui mais il ne pouvait pas trouver de mots pour la rassurer. Comment lui dire qu'il allait bien alors qu'il n'y croyait pas lui-même. Entre la mort de Sirius et la trahison de Dementia, il ne savait plus quoi penser, quoi faire… Il aurait voulu dormir pendant des années et ne se réveiller que lorsque les choses iraient mieux.

"Mais les choses n'iront jamais mieux, dit une petite voix dans sa tête. Sirius est mort."

Il termina son jus de citrouille avant que la boule qui se formait dans sa gorge ne l'empêche d'avaler quoi que ce soit. Il regarda l'heure sur la lourde horloge qu'il apercevait dans le hall. Il était 6h30. Dans une demi heure le petit déjeuner serait servi, Rogue ayant décidé au début des vacances de l'avancer d'une heure.
Harry retourna aux escaliers dans l'intention de remonter dans sa chambre, mais arrivé dans le hall il hésita. Il se sentait incapable de remonter à l'étage. Trop près de la chambre de Dementia où il n'avait plus désormais le droit d'entrer. Rogue lui avait bien signifié qu'il viendrait lui-même l'en sortir à coup de ceinture s'il s'avisait d'y mettre un orteil.
Maintenant que la jeune femme était définitivement partie, il ne pouvait plus espérer trouver un lieu sécurisé et empli de quiétude dans cet endroit qui lui rappelait sans cesse qu'il avait été abandonné par sa sœur.

Il résolut d'attendre dans le hall, tournant en rond, son regard revenant sans cesse sur la porte menant au laboratoire. Il ne savait pas pourquoi mais la boule dans sa gorge augmentait quand il pensait au fait qu'il avait dû affronter ses cauchemars sans que Rogue ne vienne une seule fois l'aider, comme il l'avait fait aux précédentes vacances.

Après presque une demi-heure d'hésitation quant à aller ou non voir son père, Harry sursauta en entendant la porte du laboratoire s'ouvrir sur ce dernier.

- Que fais-tu à trainer dans le couloir, dit sèchement Rogue en passant dans la salle à manger sans attendre de réponse.

- Rien, murmura Harry en lui emboitant le pas.

Il s'assit à table, la tête basse. Comme les jours précédents, le déluge de reproches ne tarda pas.

- Tiens-toi correctement !

Puis quelques secondes plus tard :

- Tu as un train à prendre ?

Et encore :

- Tu veilleras à te vêtir correctement demain. Et tu me mettras cette horreur aux ordures !

- C'est un cadeau de Madame Weasley, protesta faiblement Harry.

- Je ne veux pas le savoir !

Harry ne chercha pas à répondre. Il prit note mentalement de ranger son pull au fond de sa malle et de ne pas le remettre des vacances. De toute façon, il faisait assez chaud dans le manoir à partir de 10h pour s'en passer.
Il tendit le bras pour prendre son verre de lait, mais, mal réveillé, il heurta le récipient qui se renversa. Rogue s'éloigna prestement de la table et répara les dégâts d'un coup de baguette avant de se tourner, furieux, vers l'adolescent.

- Tu ne peux pas faire attention ?

- Je suis désolé ! Je suis fatigué !

- Tu n'as qu'à dormir la nuit au lieu de t'agiter en permanence !

- Je fais des cauchemars ! se révolta Harry devant l'injustice de son père.

- Oh, riposta sarcastiquement Rogue, et quels cauchemars empêchent donc sa majesté de dormir ?

Harry sentit les larmes lui monter aux yeux. Comment Rogue pouvait-il être aussi cruel ?

- Sirius, murmura-t-il.

- Ah… ce très cher Black, cracha Severus avec mépris. Toujours en train de pleurer pour lui. Tu n'as vraiment rien d'autre à faire de tes journées et de tes nuits que de te lamenter ? continua-t-il, sa voix enflant de plus en plus. Si tu n'en avais pas fait qu'à ta tête, comme toujours, hurla Rogue, rien ne serait arrivé !

Harry recula, comme si son père l'avait frappé.

- Je… je n'ai pas… Sirius…

- Sirius ? demanda Rogue d'un air furieux. Sirius ! Hurla-t-il, faisant sursauter Harry, mais qui se soucis de ce chien galeux ? Tu pleures cet imbécile incapable du moindre discernement alors que ta sœur est on ne sait où, entre les mains de Bellatrix, qui a dû depuis longtemps la présenter à son maitre !

Harry sentit une vague de fureur incontrôlable monter en lui et, sans réfléchir se mit à son tour à hurler.

- Et pourquoi je pleurerais pour elle ? Elle n'est pas la seule à avoir perdu Sirius ! Sauf qu'elle, elle a choisi la fuite. Elle a choisi !!!! Personne ne l'a forcé à partir ! Elle a trahi tout le monde ! Sirius lui il n'a pas eu le choix ! Il est mort ! Il n'est pas allé ramper devant Voldemort !

Rogue le saisit violement par le col de son pull et le souleva presque du sol en le plaquant contre le mur de la salle à manger.

- Va prendre tes affaires, siffla-t-il, tu pars chez tes insupportables rouquins. Dépêche-toi avant que je ne perde mon sang froid.

Il le traina à travers la pièce et le jeta par la porte ouverte, en direction des escaliers.

- Dépêche-toi avant que je ne te massacre, hurla-t-il, tandis que l'adolescent montait quatre à quatre les marches.

Terrorisé, Harry se précipita dans sa chambre et jeta pèle mêle les vêtements qui lui passaient sous la main dans un sac à dos. Il libéra Hedwige par la fenêtre, l'envoyant chez Ron avant de redescendre aussi vite qu'il était monté.
Rogue l'empoigna par le bras et le fit sortir sur le perron avant de transplaner devant le terrier.
Là il le jeta au sol dans la cour et transplana de nouveau, sans un regard.

.

Oo

.

Dementia était confortablement installée dans le jardin d'hiver, quelques livres empruntés à la bibliothèque du Lord éparpillés autour d'elle.
Elle avait trouvé beaucoup de documentation sur les fondateurs, sur l'histoire, sur les différentes créatures telles que les vampires, les loups-garous et les chimères. Bien qu'elle ait abandonné l'idée de tenter de ramener Sirius d'entre les morts, se rangeant aux arguments de sa tante sur la question, elle continuait de profiter de l'autorisation à utiliser la bibliothèque.

Elle avait croisé le Lord une fois ou deux et il lui avait demandé pourquoi elle ne poursuivait pas dans la voie qu'elle avait empruntée. Elle lui avait répondu qu'elle ne comprenait pas réellement le rituel, et qu'après réflexion, elle savait que Sirius refuserait de rester servir le Lord et qu'elle ne voulait pas partir de Little Hangleton, il était donc préférable pour elle de faire son deuil. Voldemort avait paru satisfait de sa réponse et c'était lui qui lui avait indiqué le rayonnage de la bibliothèque où elle pourrait trouver de quoi simplement se distraire.

Elle massa d'une main absente son estomac douloureux. Elle n'avait rien pu avaler depuis la veille. À chaque bouchée qu'elle tentait de prendre, son estomac se rebellait, lui donnant l'impression qu'une dizaine de lutins de Cornouailles dansaient la gigue dans ses entrailles.
Avant de prendre un port-au-loin clandestin vers l'Italie, Narcissa lui avait donné des bâtons de réglisse à mâcher. C'était certes très bon, mais ça ne semblait pas avoir un effet très marqué. Elle retira son châle. Elle avait chaud. Pourtant la température n'était pas très élevée.

- Génial, se dit-elle, tu parles d'un cadeau

Est-ce qu'au moins il y avait une unité de soin ici ? Elle ne se voyait pas vraiment aller à Sainte Mangouste, ni faire venir un médicomage à Little Hangleton. Y avait-il des médicomages parmi les mangemorts ?
Elle soupira. Elle ne pouvait pas continuer à cacher la vérité. De toute façon cela ne serait plus possible bien longtemps.
Elle était si fatiguée… au point d'avoir failli s'endormir au milieu d'une conversation avec sa mère. Bellatrix l'avait regardé d'un air soupçonneux et elle avait eu l'intuition qu'elle ne pourrait pas berner la mangemort comme elle arrivait à déguiser la vérité à son père.
Quelques coups furent tapés à la porte vitrée ouverte du jardin d'hiver.

- Qu'est-ce que tu lis, demanda Bellatrix.

- Comment prolonger sa vie en mangeant le cœur de sa mère, répondit Dementia d'un ton très sérieux.

- T'es mal barré dans ce cas, répondit une voix sèche depuis le pas de la porte.

Bellatrix poussa un soupir exaspéré et sortit vivement du jardin d'hiver par une porte opposée à celle par laquelle son époux venait d'entrer.

- Vous vous êtes disputés ? demanda Dementia, curieuse au point d'en oublier son animosité envers Rodolphus.

- Tu sauras jeune fille qu'on ne se dispute pas avec Bellatrix. On subit ses humeurs…et sa mauvaise foi, ajouta-t-il en haussant le ton dans l'espoir d'être entendu par son épouse.

Dementia haussa un sourcil sarcastique, un sourire moqueur aux lèvres.

- Tu ressembles vraiment à ton père quand tu fais cette tête là !

- À part le nez, s'alarma Dementia.

- Oui à part le nez, merlin merci.

- Alors ? Ne crois pas que j'ai oublié ma question sous prétexte qu'on a eu une conversation civilisée ! Qu'est-ce que tu as fait à ta femme ?

Rodolphus eut un soupir énervé et jeta un regard noir dans la direction qu'avait prise Bella.

- Je n'étais pas d'accord avec elle sur un point logistique pendant la réunion.

- Et c'est tout ? demanda Demi, visiblement interloquée. Moi c'est 24h sur 24 que je ne suis pas d'accord avec elle.

- Oui et bien tu es une exception. Conclut-il en se levant. Je vais aller la rejoindre avant qu'elle ne fiche le feu à toutes mes affaires. La dernière fois j'ai dû aller emprunter des robes à mon frère, et je ne sais pas si tu as remarqué, il est plus petit que moi.

- Mais nettement plus mignon, riposta Demi du tac au tac. Il rentre quand d'ailleurs ?

- Je sais pas. Bientôt sûrement.

Rodolphus se dirigea vers la sortie avant de se retourner vers Demi, pensif.

- Tu as l'air épuisée. Tu devrais vraiment dormir plus.

Dès qu'il fut partit, Dementia sortit fébrilement un miroir miniature de sa poche et s'observa. Si même ce crétin notoire avait remarqué quelque chose, c'est qu'elle ne devait vraiment pas être belle à voir.

- J'ai l'air d'un détraqueur, murmura-t-elle en contemplant son reflet.

Ses joues s'étaient légèrement creusées, la faisant ressembler plus à sa mère qu'à sa tante Narcissa qui, bien que possédant un visage aux traits fins, n'était pas du tout émacié. Ses lèvres étaient gercées à force de mordillements. Elle avait des cernes presque violettes sous les yeux et ses cheveux pendaient lamentablement de chaque coté de son visage.

Elle soupira, si Zoé la voyait comme ça, elle lui ficherait une paire de claques. L'envie de voir son amie, sa sœur, sa jumelle la taraudait. Comme celle de voir Isa. Elle remarqua, et ses joues s'empourprèrent de honte, qu'elle n'arrivait plus à penser à Isabelle comme à Maman Isa. Comment avait elle pu remplacer aussi facilement celle qui l'avait élevé et lui avait donné tout son amour par celle qui lui avait préféré les tortures et les carnages ? Comment pouvait-elle seulement réussir à l'appeler Maman ? Et que faisait-elle ici d'abord ? Il fallait qu'elle écrive à Isa. Et à son père aussi. Elle le ferait avant de se coucher et utiliserait le hibou de son oncle pour envoyer ses lettres dès le lendemain matin.

- Il parait que tu t'inquiètes pour ton apparence ?

Elle haussa un sourcil en direction de sa mère qui entrait, suivie d'un elfe portant un plateau sur lequel était disposé du thé et des biscuits.

- Rodolphus t'as jeté en pâture pour éviter que je lui règle son compte.

Dementia eut un ricanement sans joie.

- Tiens, dit sa mère en lui tendant une tasse.

- Non. Je ne dors déjà pas beaucoup, si en plus je me gave de thé…

- Ce n'est pas du thé, Dementia. C'est de la tisane à la camomille.

Vaincue, Demi tendit la main et porta la tasse à ses lèvres. La tisane était délicieuse, elle devait bien le reconnaître. Peu sucré, comme elle l'aimait.
Elle se sentit presque aussitôt plus sereine et soupçonna sa mère d'avoir glissé quelques gouttes de potion calmante dans la tasse. Tous ses doutes s'envolèrent devant l'attention discrète de la femme assise en face d'elle. Elle prenait soin d'elle. À sa façon.

- Maman ? Tu crois que tu pourrais m'avoir certaines choses ?

- Je peux toujours essayer.

- C'est des fruits et légumes.

- Aucun problème dans ce cas, les elfes font le marché sans se faire remarquer pour se genre de produits.

- Il me faut des carottes, du concombre, du fenouil, des poireaux et des pommes de terre.

- Tu veux faire un pot au feu ?

- Mais non. Pomme de terre pour les cernes, poireaux pour redonner de l'éclat à mes cheveux, fenouil, concombre et carotte pour le teint.

Bellatrix eut un air dubitatif mais ne se risqua pas à engager une conversation sur ce genre de thème avec sa fille. Elle lui promit qu'elle aurait tout cela le lendemain à la condition expresse qu'elle aille se reposer.

- Y'a pas deux jours tu me reprochais de ne faire que dormir.

- Ce n'est pas ma faute si tu passes d'un extrême à l'autre, protesta la mangemort en désignant la porte d'un geste autoritaire.

Demi n'insista pas. Elle sentait la fatigue l'envahir. Elle rassembla les livres éparpillés autour d'elle et se dirigea vers la porte après avoir envoyé un vague baiser à sa mère du bout des doigts.

Le chemin jusqu'à sa chambre lui parut durer des heures. Elle posa les livres sur le bureau que sa mère lui avait fait porter de sa propre chambre et s'écroula sur son lit sans prendre la peine de se changer. Alors qu'elle sombrait dans les limbes du sommeil, il lui sembla qu'elle oubliait quelque chose. Quelque chose qu'elle s'était promit de faire…mais quoi ?

- Peu importe, murmura-t-elle, j'y penserai demain.

Elle ferma les yeux avant même que l'écho de ses mots de s'éteigne.
Dans l'encadrement de la porte, Bellatrix, un vague sourire aux lèvres regarda la jeune fille endormie avant de faire un mouvement de baguette pour la recouvrir de son édredon. Puis, toujours souriante, elle referma la porte.

.

Oo

.

Les premières lueurs du jour trouvèrent Demi à genoux dans les toilettes. Elle s'était réveillée une heure plus tôt et les nausées l'avaient fait se précipiter dans la salle de bain.
Il était hors de question qu'elle mette un pied dehors, décida-t-elle. Si sa mère la voyait dans cet état, elle se douterait immédiatement de quelque chose.
Non, elle allait rester enfermée dans sa chambre jusqu'au retour de Rabastan ou celui de Narcissa. Rabastan saurait au moins lui dire s'il y avait un médicomage dans le coin et il le ferait sans poser de question. Narcissa arrangerait tout. Elle savait toujours quoi faire. Le seul problème c'est qu'elle était partit sans donner de date de retour. Elle lui avait certes promis de lui ramener des tissus pour se faire de nouvelles tenues, mais dans le cas présent, la mode était vraiment le cadet de ses soucis. Ce qui en soit démontrait la gravité de la situation.

Alima lui jetait des regards désolés depuis le coin de la chambre où Demi lui avait installé son nid. Elle ne pouvait rien faire pour sa maîtresse et se tordait les mains de désespoir. Le maître père de Maîtresse Demi aurait certainement pu l'aider. Mais sa maîtresse lui avait interdit, le premier jour de leur arrivée dans ce vilain château tout délabré, de prendre contact avec qui que ce soit de leur ancienne vie, et lui avait même interdit de lui parler d'eux, quelque soit les circonstances. La petite elfe secoua la tête en se roulant en boule au centre de son édredon.

Deux heures plus tard, Demi était toujours assise dans la salle de bain, à même le sol. Les nausées avaient diminué mais elles revenaient en force dès que la jeune femme tentait le moindre mouvement.

Une vingtaine de minutes après l'heure théorique du petit déjeuner, elle entendit sans surprise Bellatrix taper à sa porte.

- Dementia ? Je sais que l'heure et la ponctualité ne sont que de vagues notions pour toi, mais j'ai une réunion.

- J'ai pas faim, cria en retour Demi depuis son refuge.

- Elle a pas faim…commenta Bella d'un air interloqué, ça fait vingt minutes que je l'attends et elle a pas faim. Dis donc, ajouta-t-elle plus fort, je suis obligée de te parler à travers une porte close ?

- Oui !

Bellatrix resta un instant silencieuse, surprise de la réponse.

- Dementia !

- Va-t-en ! Je suis fatiguée et j'ai pas faim je te dis ! Laisse-moi tranquille !

- L'elfe ! Vient immédiatement m'ouvrir !

- Alima si tu ouvres cette porte, je te jure que je te donne un vêtement !

La petite elfe poussa un couinement perçant et s'enfouie toute entière sous son édredon en tremblant.
Dementia se mordit les lèvres, elle n'avait pas voulu effrayer la petite créature. Elle adorait Alima et il était évident qu'elle ne l'abandonnerait jamais. Elle n'avait fait que réagir au quart de tour de peur que l'elfe, inquiète pour elle, n'obéisse à Bellatrix.

- Dementia, reprit sa mère derrière la porte, qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien du tout, mentit Demi, je suis fatiguée je te dis.

Elle entendit distinctement la mangemort soupirer. Quelques instant plus tard, le nom de sa mère fut crié dans le couloir et elle perçut avec soulagement les pas de cette dernière s'éloigner. La réunion matinale des mangemorts n'allait pas tarder à commencer.

Parfait, elle avait quatre bonnes heures de tranquillité devant elle. Mais elle ne pourrait pas tenir Bellatrix à l'écart bien longtemps, elle en avait parfaitement conscience.
Elle se leva avec précaution, restant immobile quelques minutes, adossée au mur de la salle de bain, afin de voir si les nausées la reprenaient. Devant l'absence de malaise, elle s'autorisa quelques pas jusqu'au fauteuil placé devant la fenêtre de sa chambre.

- Alima, murmura-t-elle, tu peux aller me chercher mon thé au citron ?

Sans même sortir de sous son édredon, Alima s'exclama un « oui maîtresse » ravi et transplana. Quelques secondes plus tard, elle déposait une tasse de thé sur la petite console qu'elle avait fait apparaître à coté de Demi, ainsi qu'une assiette de petits sablés et de fruits frais et secs.

- je n'ai pas faim Alima.

- Maîtresse Demi doit manger un peu. Pour lutter contre le mal au cœur. Léger. Pas beaucoup.

Demi capitula et grignota quelques raisins secs, deux ou trois dattes et un quartier de pomme. Elle se sentit tout de suite bien mieux. Alima la recouvrit avec l'épais édredon qui était posé sur son lit et, sur un signe de sa maîtresse, elle s'installa, enchantée, sur les genoux de cette dernière. Elle se blottit contre la jeune femme qui l'entoura de ses bras. Et elles ne tardèrent pas à s'endormir toutes les deux.

Aux alentours de midi, Bellatrix revint taper à la porte de sa fille mais cette fois n'obtint pas la moindre réponse.
Découragée par les sautes d'humeur de la jeune femme, elle partit rejoindre Rodolphus pour le déjeuner. Elle n'avait pas le temps de s'occuper de Dementia. Le maître voulait la voir seul à seule, sitôt le repas terminé, pour planifier une attaque dont il voulait qu'elle prenne la tête.

Après le départ de son épouse, Rodolphus résolut de tenter sa chance. Après tout Dementia et lui avaient eu une conversation civilisée la veille et peut être que la jeune femme accepterait de lui parler. Il n'y croyait pas trop, mais pour Bella, il était prêt à essayer.
Il monta au premier étage et se dirigea jusqu'à la chambre de la jeune femme. Moins sûr de lui qu'il ne l'était en apparence, et maudissant l'absence de Rabastan qui aurait certainement réussi, lui, à approcher la jeune femme sans risquer sa vie, il frappa quelques coups à la porte.

Silence.

Il frappa à nouveau.

La porte s'ouvrit de quelques centimètres et il eut un sourire satisfait. Sourire qui s'effaça presque aussitôt, car, à la place de la jeune femme, ce fut une masse compacte d'eau aussi grosse qu'un cognard qui sortit de la pièce et lui explosa en pleine figure juste avant que la porte ne claque à nouveau.
Trempé et frigorifié par la température de l'eau, il n'osa pas taper à nouveau et s'empressa de rejoindre le salon où Lucius devait être en train de siroter un whisky pur feu. Il se sécha d'un rapide mouvement de baguette avant d'entrer dans la pièce et de se laisser tomber dans un fauteuil, désignant d'un geste sec la carafe d'alcool à l'elfe de maison présent dans la pièce.

- Un soucis ? demanda l'aristocrate en abaissant légèrement son journal.

- Ta nièce est d'une humeur de gobelin ruiné ce matin.

- Ah… ça lui arrive souvent.

Rodolphus lui jeta un regard noir.

- Bella le vit plutôt mal.

- Bella a tendance à croire que tout tourne autour de sa petite personne. Dementia avait toute une vie avant de venir ici et de multiples raisons d'être déprimée et lunatique.

- Je ne te savais pas si tolérant. Tu es bien moins compréhensif avec Draco.

- Dementia est ma nièce et non ma fille. Et quand bien même elle le serait, elle resterait une fille. On est toujours plus sévère avec un garçon. Ce n'est peut être pas très juste, mais c'est ainsi.

Rodolphus haussa les épaules. Il n'avait pas d'enfants, Bellatrix avait été gravement blessée au début de leur engagement et malgré tous les soins qu'elle avait reçu des médicomages sympathisants à leur causes, elle ne pouvait plus concevoir. Rabastan était encore assez jeune pour se marier et avoir un fils mais si tel n'était pas le cas, Draco hériterait de leur fortune. Leur nom disparaîtrait, mais ce n'était pas le plus important. Le plus important était les biens que leur famille avait amassés.

- Si seulement Narcissa était là, soupira Rodolphus. Elle est bien la seule à savoir composer avec cette furie.

Lucius prit un air outré et se leva d'un bond.

- Comme si j'avais besoin de ma femme pour gérer une crise de cette demoiselle !

Rodolphus le regarda sortir de la pièce à grand pas, l'air décidé, et prendre la direction de la chambre de Dementia. Il se renfonça dans son fauteuil avec un sourire amusé. Chacun son tour de se heurter à cette peste.
À quelques couloirs de là, Lucius tapa vigoureusement à la porte de sa nièce. Voyant la porte s'entrouvrir, il prévint d'un ton menaçant.

- Gare à toi si cette porte s'ouvre pour autre chose que me laisser entrer.

Une oreille pointa dans l'entrebâillement et la petite tête d'Alima ne tarda pas à apparaître en totalité.

- Entrez Monsieur Lucius.

L'aristocrate entra dans la pièce d'un pas vif, bien décidé à faire passer l'envie à son impossible nièce de se conduire en enfant gâtée. Il regarda autour de lui. Personne. Il haussa un sourcil impérieux en direction d'Alima qui pleurnicha.

- Maîtresse Demi est dans la salle de bain.

Lucius traversa la pièce d'un pas vif et toqua à la porte séparant la chambre de la salle d'eau.

- Es-tu décente ?

Il n'obtint aucune réponse. Mi-inquiet, mi-excédé, il poussa la porte et entra dans la pièce. Il resta interdit une seconde. Dementia était recroquevillée, en larmes, entre le lavabo et les toilettes.

- Merlin, mais qu'est-ce qu'il t'arrive, laissa-t-il échapper.

Car si Demi avait souvent pleuré ces derniers temps, et à juste titre, elle ne s'était jamais trouvée dans un état si pitoyable. Sans un mot, il se pencha vers la jeune femme et la souleva dans ses bras, sentant ses sanglots redoubler tandis qu'elle s'accrochait à son cou.
Sans aucune chance de la décrocher de lui, il se contenta de s'asseoir dans le fauteuil près de la fenêtre, la serrant contre lui en silence, la laissant se calmer.
Au bout de plusieurs minutes, les sanglots de Dementia s'espacèrent. Tout en lui caressant distraitement les cheveux, Lucius l'interrogea :

- C'est Sirius ?

- Non, murmura Dementia.

- Ton père te manque, demanda-t-il encore, cachant sa surprise que les larmes ne soient, cette fois, pas provoquée par l'animagus.

- Non, gémit Demi avant de se remettre à pleurer, non, non, non. C'est une catastrophe.

- Explique-moi, soupira-t-il, peut être puis-je t'aider ?

- Non, personne ne peut m'aider.

- Tu as fait une bêtise ? Tu t'es encore introduit dans une pièce que tu n'avais pas à visiter ?

- Non !

- Alors quoi ?

Dementia enfouit son visage dans sa chemise et marmonna quelque chose qu'il ne comprit pas entre deux sanglots.

- Demi, je n'ai rien compris. Répète-moi ça.

La jeune femme se détacha un peu de lui et ferma les yeux en détournant légèrement la tête avant de finalement lâcher :

- Je suis enceinte.

Lucius sentit un immense soulagement l'envahir.

- C'est tout ?

Dementia leva les yeux vers lui, visiblement interloquée.

- Dementia, soupira-t-il, si comme je le pense, tu es enceinte de Black, il n'y a pas lieu de te mettre dans cet état. C'était après tout un sang pur, et le dernier héritier d'une des plus anciennes familles d'Angleterre.

- Mais…

- Il est évident que j'aurais préféré que tu fasses les choses dans l'ordre mais je ne me voile pas la face, ce genre de valeur ne veut plus rien dire de nos jours. Le mariage n'est plus aussi important aux yeux des jeunes de ton âge qu'à mon époque.

- Maman…

- Devra s'y faire, trancha-t-il. Je vais de ce pas demander à notre médicomage de venir t'examiner. Cesse de te mettre dans cet état, ajouta-t-il en l'embrassant sur le front, tu vas avoir un bébé.

Il sortit aussitôt, sans doute à la recherche du médicomage. Restée seule, Dementia essuya ses larmes et caressa son ventre.

- Je vais avoir un bébé. Tu as entendu Sirius ? On va avoir un bébé.