Note : Cette histoire est une traduction de Blood Is, de eiahmon, effectuée et publiée avec son accord.

Bonne lecture !


A/N : A DraculBelmont : Merci pour cette idée géniale ! J'espère que tu apprécieras de la voir ici.

7.

Gabriel observait d'un œil critique l'assemblage au bord de la clairière, en face de lui. Les branches se chevauchaient et les feuilles de fougères au-dessus formaient un toit sommaire qui ne serait absolument pas confortable, mais cela suffirait. Ses yeux sensibles ne pouvaient détecter aucune lumière de la lune à travers, ce qui signifiait que la lumière du soleil ne pourrait pas non plus le traverser et le brûler dans son sommeil. Sa mère serait horrifiée si elle pouvait le voir. Il supposait qu'être élevé par la noblesse lui ferait croire que c'était le pire lieu de vie, mais il s'y était habitué auparavant, et l'idée de le refaire ne le dérangeait pas du tout. Le fait de ne plus avoir à s'inquiéter de mourir de froid aidait.

Il avait mis quelques heures à trouver un endroit acceptable, assez loin de la maison et la ferme la plus proche, d'autant qu'il avait souhaité diminuer au maximum les chances d'être vu ou entendu. Une fois cette clairière découverte, il avait passé du temps à construire son petit abri au cas où il ait besoin de rester ici la journée, puis il l'avait dissimulé au mieux pour qu'il ne soit pas immédiatement visible à quiconque se baladerait par là. Il ne pensait pas que quelqu'un viendrait ici, mais mieux valait prévenir que guérir.

Mais à présent son abri était prêt, et il avait encore quelques heures avant le lever du soleil. Il pouvait enfin faire ce pour quoi il était venu. Il s'assit dans l'herbe grasse et commença à réfléchir.

Qu'avait-il hérité de Laura ? Qu'avait-il hérité de Carmilla ? Et qu'avait-il pris à l'Oublié ? Il soupira et repensa à ces jours qu'il avait passé à Château Bernhard, avant que tout se tourne aussi mal.

Laura pouvait invoquer et contrôler la foudre même. Elle pouvait flotter à mi-hauteur pour lui parler en face. Elle pouvait se téléporter à proximité quand elle en avait besoin. Elle pouvait se changer en un nuage de brouillard et de chauve-souris pour traverser les obstacles. Il pensait qu'elle avait également une certaine résistance au soleil et à l'eau bénite, même si elle avait refusé d'entrer dans la chapelle du château quand ils cherchaient ce dont ils avaient besoin pour ouvrir la porte de la prison de l'Oublié.

Carmilla aussi pouvait léviter, et elle avait aussi des pouvoirs de foudre. Elle pouvait également contrôler des vampires inférieurs comme des marionnettes au bout de ses fils. Elle avait une forme véritable, un chauve-souris humanoïde immense, avec le pouvoir de lui « souffler » de l'électricité dessus.

Le pouvoir de l'Oublié était… immense, et s'il était honnête avec lui-même, seul le fait que la majorité était utilisé pour défaire le sceau de la prison lui avait permis de le vaincre. S'il avait possédé ses pleins pouvoirs, il aurait été condamné avant de commencer. Il avait pu voir à travers l'âme même de Gabriel, était plus fort et plus rapide que Cornell, et même après une longue bataille, il n'avait montré aucun signe de fatigue, alors que Gabriel peinait à avancer (il se demandait si sa fatigue avait quelque chose à voir avec son état de nouveau-né, ou si cela allait être un problème qu'il allait devoir régler plus tard également).

Le démon maniait l'obscurité même, avait invoqué de nombreuses armes apparemment selon ses envies, et avait soigné très rapidement le moindre dégât corporel ou sur son armure. Il grimpait les murs comme une araignée, facilement, rapidement et sans efforts, lui avait jeté des débris dessus d'une simple pensée, et pouvait faire exploser ces débris. Peut-être que son contrôle du feu venait de là ?

Gabriel s'allongea dans l'herbe pour regarder les cieux étoilés au-dessus.

« Pourquoi es-tu partie, Laura ? » Souffla-t-il doucement. Elle n'aurait sûrement pas pu l'aider avec ce qu'il avait pris au démon, mais elle avait certainement pu lui montrer comment utiliser et contrôler ce qu'elle lui avait donné. Il ferma les yeux un moment, prit une profonde inspiration, avant de se rasseoir, les yeux ouverts. Il avait du travail.

Des heures plus tard, le soleil perçait à l'horizon tandis qu'il se recroquevillait dans son abri, grondant sa frustration. Rien. Rien du tout ! Le pouvoir était juste là : il pouvait le sentir onduler sous sa peau, prêt à obéir à ses ordres, mais il ne parvenait pas à lui faire faire ce qu'il voulait ! Son appel le faisait facilement venir, mais tout ce qu'il avait réussi jusque là était de coucher quelques arbres et d'enflammer un carré d'herbe, qu'il avait pu éteindre heureusement.

Les premiers rayons de la matinée touchèrent le sol au-delà de la bordure des arbres, et Gabriel fut soulagé de voir qu'ils n'approchaient pas de sa petite cachette. Un rapide contrôle sensoriel lui confirma qu'un humain n'était proche, aussi ramena-t-il quelques branches de plus au-dessus de lui pour se dissimuler encore plus, et s'allongea pour attendre la fin de la journée. Peut-être que lorsque la nuit se lèverait, il aurait plus de chance.


William s'autorisa un petit soupir de soulagement quand Cecil et lui passèrent la porte de leur refuse des montagnes. Bien que ce n'était pas bien plus grand que celui qu'ils avaient laissés derrière, cela leur suffirait parfaitement le temps que les choses se calment. Puis ils pourraient jouer leur coup et faire ce qu'il devait être fait, que Gabriel, Liam ou les Cronqvist le veuillent ou non. Le destin ne pouvait être évité, peu importe à quel point l'on essayait, et la résistance de Gabriel était futile. Il remplirait son destin, peu importe à quel point il essayait de faire l'inverse.

Il devait juste être patient. Quand le temps serait venu, l'on s'occuperait de Gabriel, Trevor serait à nouveau sous leur contrôle, et Liam… William soupira. Malheureusement, son vieil ami allait devoir être éliminé, vu qu'on ne pouvait pas lui faire confiance pour faire ce qui était nécessaire. Il essaierait d'interférer avec la moindre tentative de préparer Gabriel aux tâches qui l'attendaient, c'était une certitude, ce qui était la raison pour laquelle il ne l'avait jamais complètement intégré à ses plans autrefois. Il était trop attaché au garçon pour lui permettre de souffrir, seul et fou, à Château Bernhard. Aussi, bien que cela le peine, Liam devait mourir.

De même que les Cronqvist, puisqu'ils ne cesseraient jamais de chercher leur fils, et William savait avec certitude que la Confrérie ne survivrait pas si Wolfram Cronqvist les attaquait avec l'entièreté de son pouvoir. Wolfram et son épouse morts cependant, la famille serait entre les mains d'Adelar Cronqvist et de son père, qui ne les dérangeraient certainement pas ni l'un ni l'autre lorsque Gabriel et Trevor auraient quitté la maison. S'ils essayaient, eh bien, l'on pouvait arrangé quelque chose pour eux. Rien ne pouvait être autorisé à se tenir entre Gabriel et son destin.

William avait attendu jusque là : il pouvait encore attendre quelques années. Le village éloigné dans les montagnes qui se tenait à une journée de voyage de là n'avait probablement pas entendu parlé de leur statut d'hommes recherchés, donc aussi longtemps que Cecil et lui faisaient attention, ils seraient en sécurité en attendant le bon moment. La-dessus, il alla aider Cecil à défaire leurs bagages et faire le dîner.

Profite de ta tranquillité tant qu'elle dure, Gabriel. Pensait-il en travaillant. Je viendrais te chercher avec le temps.


Liam tourna une page de l'Almanach, le large ouvrage qui répertoriait tous les membres de la Confrérie, leurs noms, la date où ils les avaient rejoints, le camp où ils avaient vécus, et la date de la mort de leurs disparus. La large tome était rempli de centaines de noms, remontant jusqu'à la fondation de la Confrérie trois siècles auparavant, incluant les trois membres fondateurs : Zobek, Cornell et Carmilla. Il trouva rapidement le nom de Gabriel, et remarqua aussi vite quelque chose, dans les mois suivants l'arrivée de Gabriel.

Une flopée de morts, qui débutait juste après l'arrivée de Gabriel et continuait jusqu'à ce qu'il ait près d'un an. Il n'y avait aucun modèle qu'il pouvait distinguer, les vingt-cinq hommes et une femme venaient de camps différents, et leurs morts avaient des causes différentes. Certains étaient morts au combat, d'autres de maladie, et la femme était morte après qu'une chute lui ait brisée le crâne.

Liam marqua une pause. Il se souvenait de cette femme, Sara, l'assistante de la nourrice, qui était morte une journée après qu'il ait trouvé Gabriel sur le pas de la porte. Elle était dehors à faire on ne savait quoi, et était apparemment tombée, tête la première sur une pierre. Nul ne savait ce qu'elle faisait là dehors pour commencer. Elle était partie plusieurs jours, pour rendre visite à sa mère malade avait-elle dit, et certains des garçons l'avaient trouvée en jouant dans les bois. Que faisait-elle dans les bois ? Pourquoi ne pas voyager sur la route ?

Eh bien, les propres professeurs de Liam lui avaient enseigné que la solution la plus simple était souvent la bonne, et Sara était partie juste avant que William et Cecil n'aillent voler Gabriel à sa famille, comme il le savait désormais. Ils auraient eu besoin de quelqu'un qui pouvait prendre soin du nourrisson sur le chemin du retour, et qui de mieux qu'une nourrice, capable de nourrir un bébé de deux semaines ? William et Cecil étaient revenus le jour précédent la découverte du corps de Sara, et quand ils l'avaient trouvées, elle était encore chaude, preuve que sa mort n'était pas ancienne. Que s'était-il passé ? Cecil et William l'avaient-ils emmenés avec eux pour prendre soin de Gabriel, puis l'avaient tuée pour assurer son silence ? Et les autres ? Faisaient-ils partis du groupe qui avaient attaqués le manoir Cronqvist ? William avait-il arrangé leurs morts également ?

Doux Seigneur, jusqu'où tout cela allait ? Y en avait-il d'autres ? Sûrement pas, William était suffisamment rusé pour couvrir ses traces correctement, s'assurant que nul ne dévoilerait les véritables origines de Gabriel.

Liam se demanda un moment si c'était ainsi que Gabriel se sentait au sujet des complots dans les intrigues.

Durant les dernières semaines, il avait prudemment enquêté au sujet des hommes sous son commandement, pour essayer de découvrir ceux en qui il pouvait avoir confiance. Ceux qu'il estimait assez dignes de confiance pour ne pas courir aux pieds de William et Cecil étaient envoyés par pairs comme éclaireurs à différents abris que la Confrérie possédait un peu partout. Les hommes avaient pour ordres de ne pas trop approcher, de ne pas se faire voir, et simplement de voir si la maison semblait occupée. Jusque là les rapports lui revenaient négatifs, et pas pour la première fois, Liam se demanda s'il perdait son temps, si William et Cecil avaient une cachette que personne d'autre ne connaissait et s'ils riaient de ses tentatives pour être un chef.

Le son de la cloche marqua le passage d'une nouvelle heure, et Liam ferma le livre et se leva du bureau de William – son bureau. Bien qu'il soit en charge de la Confrérie et qu'il ait beaucoup à faire pour retrouver William et Cecil, il allait quand même tous les jours à la bibliothèque donner les leçons de lecture aux enfants. C'était l'unique semblant de normalité qu'il pouvait agripper, et il le faisait des deux mains.

En sortant du bureau, il commença à écrire mentalement la lettre qu'il écrirait plus tard à Gabriel et son père, détaillant ses tentatives pour trouver William et Cecil, et ses échecs jusque ici. Avec de la chance, cela serait suffisant pour apaiser le puissant seigneur, en attendant des résultats plus encourageants.


Une autre nuit infructueuse, grommelait Gabriel pour lui-même en retournant au manoir parental et en allant dans la direction de leurs appartements. La maison était calme, mais quelques serviteurs remarquèrent sa présence et se précipitèrent faire il ne savait quoi, et il repoussa ses cheveux emmêles en entrant tout droit dans la chambre à coucher de ses parents sans toquer.

Comme il s'y attendait, ils étaient tous deux toujours au lit, mais ils devaient l'avoir attendu tout de même, puisque Père se redressa dès qu'il entra dans la pièce.

« Gabriel ! » S'exclama-t-il chaleureusement en rejetant les couvertures et en se levant, réveillant Mère par la même occasion.

« Gabriel, tu es rentré ! »

Il leur offrit un sourire fatigué avant de se retrouver enveloppé dans leurs bras un moment. « As-tu eu de la chance ? » Demanda Père.

Il secoua la tête sans rien dire pour toute réponse. « Non, pas cette fois. »

Mère eut l'air déçue. « Je suis navrée de l'entendre, Gabriel. »

Il hocha la tête. « J'essaierai encore plus tard. Pour le moment, je veux juste dormir. »

Elle fronça le nez. « Un bain d'abord, je pense. »

Il ne put retenir un sourire. « Oui, Mère. »

« Maintenant, vas-y. » Elle se tendit pour l'embrasser sur la joue. « Va te nettoyer, rend visite à Trevor, et va au lit. Nous te verrons ce soir. »

Gabriel rit légèrement alors qu'elle le chassait de la pièce, et il entra dans ses propres appartements avec un sourire aux lèvres.

Un bain brûlant l'attendant, et il congédia les serviteurs qui attendaient pour le nettoyer, n'ayant pas besoin de leur aide, d'autant qu'il ne voulait pas qu'ils touchent sa peau froide. Nul besoin d'effrayer quelqu'un et déclencher une panique ou autre chose. Lorsqu'ils furent sortis, il se débarrassa de ses vêtements sales, entra dans la baignoire et se plongea dans l'eau fumante avec un soupir ravi. La chaleur s'infiltra dans la froideur de son corps, la chassant, et il s'installa de tout de son long avec un grognement. Cela valait presque ces deux nuits de frustration. Presque.

Il resta dans l'eau tandis que le soleil montait à l'horizon, et seulement après, alors que l'eau refroidissait, commença-t-il à se nettoyer vraiment. Une fois propre, il sortit du bain, se sécha et s'habilla des vêtements qu'on lui avait sorti. Il se brossa rapidement les cheveux et sortit de ses appartements à la recherche de son fils. Il paya peu d'attention aux serviteurs qui se précipitèrent à l'intérieur derrière lui pour récupérer ses vêtements sales et vider l'eau de son bain.

La lumière du soleil envahissait la maison, et il dut esquiver quelques rayons sur le chemin de la chambre d'enfant, mais il trouva Trevor et Anna prenant leur petit-déjeuner et les rejoignit sans qu'ils doivent le lui demander.

« Papa là ! » cria Trevor de joie quand il s'assit, et il réclama un câlin. Gabriel le serra légèrement dans ses bras, puis désigna son petit-déjeuner à moitié mangé.

« Mange ton repas, Trevor. » Dit-il tandis qu'on lui posait une autre assiette sous les yeux.

« Pour que tu puisses grandir grand et fort comme ton papa. » Ajouta Anna, et il sourit à la petite fille en commençant son propre repas.

Trevor sourit et gloussa, mais fit ce qu'on lui demandait, et le repas passa rapidement dans un silence confortable. Lorsque le repas eut disparu, Gabriel ne réussissait plus à garder les paupières ouvertes, aussi donna-t-il à Trevor un baiser et un câlin, et à sa plus grande surprise, Anne en réclama également. Il les lui accorda, et elle lui fit un sourire radieux avant de se courir à ses leçons. Trevor fut emmené par sa nourrice, permettant à Gabriel de s'éclipser sans se faire voir.

Il ne fut pas surpris de voir ses gardes qui l'attendaient de l'autre côté des portes, et ils le suivirent jusqu'à ses appartements où ils prirent leurs positions tandis qu'il entrait dans sa chambre à coucher, se déshabillait et ne gardait que sa chemise en lin, et grimpait dans son lit. La cheminée brûlait, les rideaux fermés sur les fenêtres, et il soupira en se détendant dans le matelas de plumes. Il s'endormit en quelques secondes.


Cette nuit-là, alors que le soleil déclinait, Gabriel se força hors du lit plus tôt. Il alla se nourrir chez le boucher, puis retrouva ses parents dans leur petit salon avec Peter et Sonja. Il passa une heure agréable avec eux en attendant que le soleil ne se couchât.

« Tu attends le mariage avec impatience, Wolfram ? » Demanda Peter en souriant, et Gabriel cilla, confus, alors que Père riait doucement.

« Lequel ? » Répondit Père, tirant un rire à Peter, Sonja et Mère.

« Eh bien, je parlais de celui d'Ida, mais je suppose que celui d'Adelar est digne d'être mentionné. »

« Un instant, » interrompit Gabriel, « Adelar se marie ? »

« En effet. » Dit Mère avec un sourire amusé. « A sa plus grande horreur, j'en suis sûre. »

« Horreur ? »

Père ricana. « Quand tu t'es enfui, Cordrin a envoyé Adelar au manoir de Joseph Rosier, pour demander à courtiser sa fille. Du moins, c'est ce qu'il nous a dit. Je suis absolument certain qu'Adelar portait une lettre pour Volpe à ton sujet, bien que je ne puisse pas le prouver. Il allait demander la main de la cadette de Rosier, mais personne ne lui a dit que la cadette avait récemment été fiancée, ne laissant que l'aînée disponible »

« Et en quoi est-ce horrifiant ? »

« Parce que Julia Rosier est une mégère dirigiste qu'aucun homme sur terre ne voudrait côtoyer. »

Gabriel hocha lentement la tête. « Je ne rirais pas trop, puisqu'un mariage entre Adelar et elle résulterait en son déménagement ici, pas vrai ? »

Les rires cessèrent brutalement, et il y eut quelques secondes de silence avant que Père ne grogne. «Zut, tu as raison. »

« Awwww, » dit Mère, une lueur espiègle dans le regard, « le Seigneur Cronqvist serait effrayé de Julia Rosier ? » Peter et Sonja éclatèrent de rire tandis que Père grognait encore. « Ne t'inquiète pas, mon amour, je te protégerai de sa voix perçante. »

« Ne peux-tu simplement pas lui dire de se taire ? » Demanda Gabriel, faisant s'illuminer Père.

« Mais si ! Phew ! Je me sens bien mieux d'un seul coup. Merci du rappel, fils. »

Gabriel sourit, heureux, les mots de son père lui réchauffant le cœur. « Je suppose que le mariage aura lieux ici ? »

« Oui, en effet. » Mère hocha la tête. « Pourquoi cette question ? »

« Ce ne serait pas prudent pour moi d'y assister avec la famille Rosier présente, mais je devrais pouvoir trouver un endroit obscur d'où regarder, pour mon propre amusement. »

Les autres ricanèrent. « Je suis sûr que nous pourrons organiser quelque chose. » Sourit Père, puis il lança un regard à la fenêtre alors que le dernier rayon de soleil disparaissait derrière l'horizon. « Oh, il est bien tard que je le croyais. »

Une rapide vérification sensorielle informa Gabriel de ce que son père avait remarqué. Il se redressa. « Alors je devrais y aller. »

« Y aller ? » Sonja était étonnée. « Aller où ? »

Gabriel ne répondit pas, acceptant les embrassades de ses parents, de même que des admonestations de rentrer sain et sauf et d'être prudent, et sortit de la pièce sans un regard en arrière, même s'il entendit son père entamer des explications tandis qu'il partait.

A la vitesse à laquelle il bougeait, le voyage fut rapide vers sa petite clairière, mais tandis qu'il s'approchait, sa course se transforma en trottinement, puis en marche. Quelque chose… quelque chose n'allait pas. Il avança silencieusement à travers les arbres, et remarqua que les bruits nocturnes autour de lui s'étaient arrêtés, comme il s'y attendait, mais que la zone devant lui était également silencieuse. La nature elle-même semblait retenir son souffle, mais pourquoi ?

Il pénétra dans la clairière, regardant à droite puis à gauche. Il n'entendait aucun battement de cœur, mais… là ! Le bruit d'une lame qui tranche l'air, et Gabriel se jeta en arrière pour éviter le tranchant d'une faux qui s'enterra là il se tenait un instant auparavant.

« Quelle déception. » Une voix retentit au-dessus de lui, et il gronda en voyant une figure squelettique descendre planer devant devant lui. « J'avais espéré rapporter à mon maître que je m'étais occupé de toi. »

Gabriel ne répondit pas : il se contenta de fixer le Nécromancien, qui apparaissait plus fort que ceux qu'il avait affronté dans la Lande des Morts l'année précédente. Ceux-là n'avaient pas parlé, et ne semblaient pas dotés de la moindre intelligence, mais pas celui-ci. Bien que ses yeux soient des orbites vides, il pouvait toujours voir l'intelligence aiguë dans le regard de la chose.

« Que fais-tu ici ? » Interrogea-t-il, et la chose rit.

« Les affaires de mon maître ne sont aucunement pour tes oreilles. » Répondit-il en levant sa faux. « Maintenant il est temps de se débarrasser de toi. Mon maître sera plus que satisfait de moi si je lui livre ton cadavre ! »

Gabriel eut à peine le temps de se demander si les jeunes vampires tels que lui laissaient seulement des corps derrière eux avant que le Nécromancien n'abatte sa faux vers lui. Il sauta de côté pour l'éviter, et dut se ruer en arrière alors que la chose traçait vers lui, balançant sa lame méchamment incurvée comme pour le décapiter. Maudit soit-il, il avait besoin d'une arme ! Il aurait du prendre une épée ou quelque chose de l'armurerie avant de partir, mais il ne s'était pas attendu à une attaque aussi tôt. Il sauta en arrière pour éviter un nouveau coup et essaya de réfléchir à quoi faire, mais le Nécromancien rit.

« Pathétique. » Ricana-t-il avec mépris. « Je ne comprends pas pourquoi mon maître avait peur de toi. »

Les pensées de Gabriel tournaient en boucles paniquées, et sa main droite lui paraissait si vide. Il n'aurait pas du détruire la Tueuse de Vampire, il avait terriblement besoin d'un fouet. La lame de la faux s'enterra dans la poussière devant lui et il tendit la main droite d'un mouvement purement instinctif, essayant de toucher la créature qui prenait trop de risques. Aucune arme ne se déchaîna, évidement, mais il sentit… quelque chose dans sa main, et baissant les yeux il la vit couverte d'une faible lueur orangée. L'odeur de sang, son propre sang, parvint à ses narines, mais il fut obligé de lever les yeux et de sauter pour éviter une nouvelle attaque avant de pouvoir y réfléchir.

« Tu ne peux même pas m'attaquer ! » Se moquait le Nécromancien. « Qu'espères-tu faire, Gabriel ? Comment peux-tu protéger quelqu'un d'autre alors que tu ne peux pas même pas te protéger toi-même ! Je me demande si le Seigneur Zobek m'autorisera le plaisir de tuer ton enfant lorsque je t'aurais livré à lui ! »

Gabriel se figea à ces mots, et il gronda alors que quelque de sombre, de puissance, d'enragé émergeait des tréfonds de son être. Le grondement tourna en rugissement, il ne se sentit même pas bouger lorsqu'il se précipita sur le Nécromancien plus rapidement que l'œil pouvait suivre. Cet élan en lui-même lui fit tendre son bras droit, et il lui ordonna d'obéir à ses désirs et de lui donner une arme. Il vit vaguement la lueur autour de sa main droite et de son poignet, ressentit une poussée faible sur ses veines. Il lança son bras comme s'il tournait la Tueuse de Vampire, et une longue corde brillante de sang sortit de sa main pour se déchaîner en un arc large devant lui.

Le Nécromancien ne put l'éviter, et le fouet l'attrapa sur son flanc gauche pour l'envoyer valdinguer à travers la clairière contre un arbre. Gabriel le chassa, gronda, et remarqua que la lumière lunaire diminuait autour de lui tandis qu'il approchait de sa cible. Le Nécromancien retrouva ses esprits alors qu'il arrivait sur lui, et Gabriel le vit essayer d'esquiver sur le côté. Il sentit ses lèvres dénuder ses crocs en un sourire assoiffé alors que son nouveau fouet de sang craqua contre l'épaule osseuse de la chose. Un crissement qu'aucun humain n'aurait pu faire, une faible explosion de tissu pourri et d'os en morceaux, et le bras de la créature tomba au sol. Gabriel laissa échapper un soupir satisfait, montra les dents quand il essaya de s'échapper et le pourchassa.

Un coup vers le bas qui se redressait, et le bout de son fouet toucha la main du Nécromancien, la faisant exploser en morceaux. Le bâton de la faux, tenu dans cette main, souffrit le même sort. La créature hurla d'agonie et tomba au sol, levant les yeux vers Gabriel qui avançait à grandes enjambées.

« Je vous en prie, mon seigneur ! » Balbutia la chose. « Pitié, mon seigneur ! Ayez pitié ! »

Gabriel ne dit rien, et la peur de la créature fit battre son cœur plus vite tandis qu'il appelait à nouveau son fouet de sang. Son arme se tendit devant lui en un arc de droite à gauche, attrapant le Nécromancien sur le côté pour l'envoyer voler vers la droite. Il atterrit dans un grand bruit et tenta de ramper. Un rire montait dans la gorge de Gabriel qui sourit largement à la pathétique vue qui s'offrait à lui. Il fit claquer son fouet, cette fois contre ce qu'il restait des jambes de la créature qui laissa échapper un hurlement tandis que l'os se désintégrait.

« Ne menace jamais plus. » Fit Gabriel d'une voix basse qu'il ne s'était jamais entendu utiliser auparavant. « Mon fils. » Il frappa encore de son fouet, visant le crâne cette fois-ci, et les os explosèrent en milliers de petits morceaux d'argent. Un dernier cri qui s'effaça en un soupir, et la forêt fut silencieuse tandis que ce qu'il restait du Nécromancien, ses habits et son arme, se dissipaient en poussière et braises dorées qui disparurent dans les air.

Gabriel sentit son sang revenir dans ses veines, la lueur autour de sa main et de son bras disparaissait et son cœur battait à une vitesse normale. Il prit un moment pour respirer, fixant l'endroit où le Nécromancien était mort, et se détourna pour traverser la clairière vers sa petite cachette. Il s'assit dans l'herbe, tendit la main devant lui pour appeler le fouet. Des lignes orangées qui brillaient de pouvoir jaillirent de sa paume, s'enroulèrent autour de sa main et de son poignée, et finirent par s'enrouler ensemble pour former une corde solide qu'il fit se tendre devant lui en plusieurs mètres. Il la rappela, et elle eut l'air de disparaître immédiatement, mais il la sentait revenir en lui.

Il fixa un moment sa main, pensivement. Et si… ?

Il plongea en lui-même, vers la source du pouvoir qu'il avait senti auparavant, et l'appela, lui ordonna d'obéir. On aurait dit qu'il répondait avec excitation à son ordre, et quand il sortit son fouet à nouveau, il était plus sombre, traversé de noir, et bien que son nez et la poussée contre ses veines lui disaient que c'était du sang, cela semblait presque solide, et il le fit frapper le sol. Il sentit le sol vibrer sous ses pieds, et il sut que tout ce qui se serait tenu à proximité aurait été au minimum mis au sol. Il sourit en le rappelant, puis en l'invoquant rapidement pour l'envoyer vers l'herbe devant lui. Les hautes herbes furent coupées court, et il le rappela pour se redresser.

C'était si simple. Le pouvoir était là, et était sien. Sien à commander, et ça n'avait pas d'autre choix que de lui obéir. Auparavant, il lui demandait de faire ce qu'il voulait, quand il devait lui ordonner de faire ce dont il avait besoin. Une fois l'ordre donné, le pouvoir était plus qu'enthousiaste de suivre ses désirs. Il se mit au centre de la clairière, et les années d'entraînement à la Tueuse de Vampire lui revinrent aisément alors qu'il envoyait son fouet dans toutes les directions. Son arme était longue, sinueuse, presque vivante tandis qu'il testait certaines de ses anciennes attaques. La Barrière de Chaînes, La Chaîne Circulaire, la Scie de Chaîne, et le Coup Montant furent exécutés à la perfection, sans la moindre difficulté. Gabriel sentit son sourire traverser son visage tandis qu'il se battait contre une armée invisible avec sa nouvelle arme, réalisant rapidement qu'il pouvait étendre suffisamment son fouet pour atteindre les arbres à l'orée de la clairière. Il sentait son sang chanter de puissance en dansant sa chorégraphie mortelle, son rire poussant les oiseaux à fuir à tire d'ailes. Ils volèrent devant la lune, et leurs ombres l'entourèrent tandis qu'un jeune cerf tenta sottement de le fuir en traversant la clairière. Un coup sec du poignet envoya son fouet voler vers la bête, et il s'enroula autour de son cou pour tirer l'animal qui se débattait frénétiquement vers lui. Il le prit par les bois, mordit profondément les muscles de son cou, et le draina complètement alors que l'animal cessait rapidement de se débattre. Un nouveau coup de fouet envoyait la carcasse en l'air et détruisait les chairs et les os.

Il rappela son fouet à lui et rit, se laissant retomber sur le dos dans l'herbe. Tout était si clair désormais. Son rire s'éteignit alors qu'il fixait les étoiles. Il avançait enfin dans la bonne direction, il savait ce qu'il devait faire.

Le lever de soleil qui approchait le força à se lever et se réfugier sous les arbres, et tandis que les cieux s'éclairaient à l'horizon est, il se recroquevilla dans son petit abri avec un sourire. Sourire qui demeura jusqu'à ce qu'il s'endorme, le soleil perçant l'horizon.