Les personnages d'Assassin's Creed appartiennent à Ubisoft.

Les famille Keller & Bennet sont mon invention.


Réveillée par la soif, Helen dû se résoudre à quitter la position qu'elle avait enfin trouvée pour se sentir confortable et se traîna péniblement jusqu'à la cuisine. Elle avait fait l'impasse sur le moindre liquide à partir du milieu de la journée de la veille, convaincue que cela lui permettrait de passer une nuit complète, sans devoir aller faire pipi. Résultat : sa gorge lui faisait mal et ses lèvres partaient en lambeaux, complètement déshydratées. Elle s'empara du pichet sur le rebord de la fenêtre et se servit un grand verre qu'elle avala en seulement trois gorgées. Toujours pas satisfaite, elle réitéra l'opération jusqu'à ce que son estomac lui pèse, et qu'elle sente sa langue s'épaissir. Elle se servit un dernier verre qu'elle allait déposer sur sa table de chevet quand une petite douleur dans son bas ventre la fit grimacer. Elle sourit brièvement en imaginant bébé râler à l'arrivée du torrent qu'elle venait d'engloutir, et progressa silencieusement jusqu'à l'escalier. Son ventre était devenu si lourd qu'elle peinait à se tenir droite, et passait son temps à marcher comme un canard, quand elle n'était pas assise sur le premier support venu.

Elle venait d'attraper la rampe et de se hisser sur la première marche quand une douleur bien plus violente lui arracha un cri. Il y eut le bruit d'un verre qui se brise et Helen sentit l'eau éclabousser ses pieds nus. Elle plaqua son bras sous son ventre, comme pour le soutenir et resta immobile un court instant, le souffle coupé. Inquiète, elle essaya de se remémorer des sages paroles de Maggie, mais ne se souvint pas qu'elle ait parlé de crampes aussi violentes en dehors de 'la date de livraison'.

Après cinq minutes, la jeune femme se persuada que tout était normal. Soudainement gagnée par un acquis de conscience, elle s'agenouilla et commença à ramasser chacun des morceaux de verre éparpillés. Il faisait noir, mais les braises dans la cheminé laissaient filtrer juste assez de luminosité pour entreprendre un nettoyage.

« Allons, encore quelques semaines et tu pourras sortir. Ne sois pas trop pressé… » Murmura Helen en partant du principe que son enfant l'écoutait attentivement.

Elle chantonna tout doucement le temps d'essuyer ses frasques, mais fut clouée au sol par la sensation épouvantable que quelqu'un lui appuyait sur le dos avec force. Désorientée, elle se laissa tomber en arrière et chercha autour d'elle quelque chose qui pourrait l'aider à se remettre sur pieds. Une crampe la fit gémir, suivit d'une autre, et encore d'une autre. Sa respiration devint plus forte, bruyante, et elle posa ses deux mains au niveau de son nombril. Prise de panique, étouffée par l'obscurité, Helen se raidit et essaya de se contenir jusqu'à ce qu'elle sente la lame d'un couteau s'enfoncer dans son Utérus.

Elle hurla.

Harry Keller apparu dans le couloir de l'étage, et se précipita au rez-de-chaussée. « HELEN ! »

Par reflexe, il la souleva mais elle hurla plus fort encore, comme un agneau que l'on égorge. Elle lui envoya un regard de désespoir et il s'accroupi instinctivement pour se rapprocher d'elle. « Dis-moi c'que j'dois faire Helen, qu'est-ce que tu as ?! »

Elle gémit longuement, recroquevillée sur elle-même, les doigts crispés autour de sa chemise de nuit. Elle voulait lui dire tant de choses. D'aller chercher de l'aide. De ne pas la toucher. De la délivrer de ce mal… Mais si elle descellait ses lèvres, elle ne pourrait que se briser la voix.

Harry ne lui laissa pas le choix. Il la prit dans ses bras et sa fille manqua de s'évanouir tant elle sentit ses entrailles se déchirer. Le vieil homme gravit l'escalier à toute vitesse et couru jusqu'à sa chambre pour la déposer sur son lit double.

« Trouves Maggie p-papa ! » Lui ordonna la jeune femme, entre deux hoquets.

« Je ne te laisse pas. » Répondit celui-ci sur le coup.

Elle gémit encore, mâchoire serrée. « Tu comprends pas– » Réussit-elle à articuler malgré tout. « J-je crois que–mon bébé est en train de mourir. »

/

« Apportez-moi d'autre serviettes ! »

Arthur fut trop accablé par ce qu'il voyait pour réagir tout de suite. Il resta les bras balans jusqu'à ce que Maggie ne lève la voix tout en lui envoyant un torchon plein de sang dans les mains. « SERVIETTES ! »

« O-oh oui. Tout d'suite. »

La quinquagénaire avait beau avoir pris les choses en main dès qu'elle avait passé la porte de la maison, elle n'en menait pas large. Helen avait commencé à perdre beaucoup de sang et sa chemise de nuit collait à sa peau. Elle transpirait et sa poitrine se soulevait par à-coup, en discontinu. Elle pleurait, poussait de longues plaintes et criait chaque fois que la souffrance devenait intolérable. Harry faisait chauffer de l'eau et amenait des bassines, mais il avait le visage d'un homme choqué. Abattu par l'idée qu'il ne pouvait rien faire de plus pour soulager sa fille adorée, il s'efforçait de tenir le cap sans trop savoir comment.

Maggie essuya doucement le visage trempé d'Helen, et lui souffla à l'oreille de prendre de grandes respirations. Elle vérifiait régulièrement si elle ne sentait pas l'enfant sortir, mais aucun signe de lui jusqu'à maintenant. Si elle s'interdisait de flancher, elle n'avait néanmoins plus le moindre espoir pour ce petit être.

« Maggie… » Hoqueta la jeune femme en lui empoignant fermement le bras. « J-Jacob… »

« Chaque chose en son temps love, expulse-moi d'abord cette chose. »

Elle voulut protester mais ses crampes s'intensifièrent et elle chercha son air.

« J'vais l'chercher. » Lança Arthur.

Maggie se leva, sans jamais lâcher la main d'Helen. « On a besoin de toi ici, jeune homme. »

« Et elle a besoin de lui. »

Harry les écouta se renvoyer la balle un moment, avant de couper court à leur échange, visiblement à l'Ouest. « Pardon mais, vous savez qui est le père ? »

Ils échangèrent tous les trois un regard surpris, mais furent rapidement rappelés à l'ordre par les sanglots d'Helen. Maggie soupira avec énervement et fit signe au plus jeune de faire ce que bon lui semblait. Avant de partir, Arthur prit Harry avec lui et afficha un sourire qui se voulait tranquillisant. « Je vous assure, Mr Keller, qu'il y a une explication logique à tout ça. » Il ponctua sa phrase d'une tape familière sur l'épaule. « Je suis de retour dans une heure tout au plus. Prenez soin d'elle et dites-lui que je vais chercher son adoré. »

« Son adoré. » Répéta mécaniquement l'ouvrier, perturbé par la nouvelle.

Une question lui pinailla de suite l'esprit : pourquoi sa fille lui avait-elle menti ? Dans quel but ? Pourquoi avait-elle préféré s'attirer ses foudres et son mépris pendant des semaines, plutôt que de cracher le nom du malappris qui l'avait engrossée ? Avait-elle quelque chose à cacher ? Il fronça du nez mais ressentit une immense satisfaction à l'idée de connaître enfin l'identité de cet homme. Il se voyait déjà le tenir par la gorge et lui ordonner de s'excuser à genoux pour tout le mal qu'il avait fait à sa fille adorée. Pour toute la souffrance qu'elle devait endurer ce soir et pour toutes les humiliations que sa situation lui avait values. Satisfait et prêt à libérer sa fureur, Harry reprit ses allers retours entre l'étage et la cuisine.

À mesure que les minutes s'écoulaient, le visage d'Helen pâlissait. Elle perdait encore du sang mais n'arrivait pas à pousser suffisamment pour se libérer. Ce n'était pourtant pas faute d'y mettre toutes ses forces. Les poings crispés au maximum, tous les muscles tendus, elle serrait les dents et fermait les yeux chaque fois que Maggie lui ordonnait de reprendre. Elle respirait avec difficulté et ruisselait de transpiration. Le matelas de Harry était trempé, maculé d'hémoglobine et bon à jeter aux ordures.

Finalement, Helen réussit à accoucher de quelque chose. Elle se pencha en avant pour essayer de prendre son bébé mais son amie la repoussa sans ménagement pour venir retirer le petit corps sans vie et disloqué qu'elle jeta dans une bassine hors de sa portée. « Qu'est-ce qu'il a ?! » S'égosilla la jeune femme, sous le choc.

« Fais-moi confiance trésor, tu n'veux pas voir ça. » Répondit Maggie en la serrant dans ses bras.

Helen commença par se débattre, mais fut vite rattrapée par ses sanglots. Elle relâcha toute sa peine contre le ventre de Mrs Dalrymple et – l'espace d'un battement de cils – eut envie d'en finir avec la vie.

« Je sais trésor… Je sais. » Murmura Maggie. Elle lui caressa les cheveux sans cesser de la tenir fermement contre elle.

Au même moment, la porte d'entrée grinça et Harry abandonna le récipient d'eau fumante qu'il s'apprêtait à monter pour bondir sur l'homme qui allait apparaître devant lui. Fou de rage, il poussa Arthur hors de son chemin. « VOUS ! Espèce de– »

Quand la silhouette de Jacob se découpa, il bondit. Son doigt inquisiteur se replia sur lui-même et son visage se décomposa. « Mr Frye ?! »

Jacob se mordit la lèvre. Incapable de prendre sur lui plus longtemps, il n'eut guère besoin de parler pour qu'Arthur comprenne ce qu'il avait à faire. Il incita Harry à rester avec lui tandis que l'assassin montait les marches quatre par quatre.

En haut, le parquet était souillé par ce qui s'apparentait à un mélange d'eau et de sang. Il progressa rapidement, le cœur lourd, et trouva un récipient dans lequel une masse inerte gisait. Le temps que son esprit analyse de quoi – qui – il s'agissait, Jacob tressaillit. Quand il entra dans la chambre, une odeur qu'il reconnaitrait entre mille lui piqua les narines. Un gout métallique s'insinua dans sa bouche, comme s'il tenait une pièce de monnaie sous sa langue, et son regard trouva les jambes tremblantes d'Helen, éclaboussées d'un rouge carmin.

« Seigneur… » Il entra et Maggie eut le reflexe immédiat de lui céder sa place auprès de la jeune femme. « Helen. »

« J'suis navrée. » Chuchota-t-elle proche de son oreille. « Y'a rien qu'j'ai pu faire, y'était sûrement mort depuis plusieurs jours. »

Jacob serra la main glacée de la rouquine dans la sienne et offrit à Maggie une œillade gonflée de reconnaissance. Il s'empressa de prendre Helen dans ses bras et appuya sa joue sur le haut de son crâne. Celle-ci renifla plusieurs fois puis essaya de remuer un peu. Elle grimaça sous le poids de sa culpabilité et étouffa quelques sanglots.

« J-je… Suis d-désolée…Jacob » Souffla-t-elle.

Son amant lui fit signe de ne pas parler et dégagea ses boucles folles de son visage blême.

« Mais j-j'ai encore–tout gâché, regarde… » Elle souleva sa chemise de nuit gorgée de sang.

Mortifié, Jacob empoigna ses petits bras et les emprisonna afin qu'elle lâche sa prise autour de son vêtements. Il resserra son étreinte et lui murmura plusieurs choses pour tenter de l'apaiser. Harry Keller les observait avec un mélange de stupéfaction et d'amertume. Il envoya un regard ahuri à Arthur, lequel minauda. Il se passa en boucle le moment où il avait présenté Jacob à sa fille, et réalisa du même coup qu'il s'était fait berner comme un bleu. Jacob et Helen avaient joué la comédie et dissimulé leur relation pour des raisons qui lui échappaient encore.

« Laissons-les. » Ordonna Maggie.

Arraché à ses pensées, le vieil homme vit la grosse dame lui faire signe de reculer et refermer la porte derrière elle.

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Jacob prit le pichet sur la table de chevet et versa de l'eau dans la tasse en terre cuite posée à côté. Il l'amena jusqu'aux lèvres d'Helen qui toussa au contact du liquide. Elle agrippa sa chemise et l'implora de ne pas la laisser toute seule.

« Je suis là Helen, je n'vais pas disparaître. »

Mais le cœur de la jeune femme n'était point convaincu. Ses lèvres frémirent et elle lui envoya un regard triste, vitreux. Elle lui en voulait tellement… Mais sa présence la soulageait. Elle le voulait près d'elle, contre elle, sur elle. Elle voulait s'imprégner de sa chaleur, de son parfum et de ses caresses jusqu'à la fin des temps.

« Bois, et tu pourras dormir. »

Elle fit l'effort de prendre la tasse entre ses mains et déglutit trois fois. Éreintée, elle poussa un long soupire et Jacob lui reprit l'objet avant qu'elle ne le laisse échapper. Il tira un drap sur elle et retira sa veste qu'il laissa tomber aux pieds du lit.

« J'ai f-froid… » Gémit Helen d'une petite voix étouffée.

Dépassé par les évènements et encore sous le choc, l'assassin se trouva hésitant. D'un côté, quitter son chevet lui crevait le cœur. Mais de l'autre, il avait conscience de l'inanité de la moindre de ses initiatives. Il tenta machinalement de la couvrir avec des morceaux de couvertures encore secs mais dût de rendre à l'évidence. Maggie était la seule à savoir jongler avec ce type d'imprévu. Evie en aurait été capable également. Lui n'avait pas ces compétences.

Doucement, il se pencha sur la rousse et pénétra son regard tout en déposant tendrement son front sur le sien. Il resta un instant ainsi, immobile et à l'écoute du moindre de ses claquement de dents, avant de lui promettre de revenir. Helen ouvrit de grands yeux et s'agita dès qu'elle le sentit s'éloigner.

« J-JACOB ! »

Il ne se déroba pas à sa supplique et la força à rester allongée en appuyant de nouveau sa tête sur la sienne, et en esquissant un sourire bienveillant. « Plutôt crever des mains d'un Blighter que de te t'abandonner là. Je vais trouver Mrs Dalrymple. »

Il quitta la pièce et se vit immédiatement harponné par Messieurs Bennet et Keller, lesquels l'attrapèrent par les épaules pour l'empêcher de fuir d'une façon ou d'une autre. « Elle va bien ?! » Demanda Harry, ses yeux clairs exorbités. « Est-ce qu'elle va s'en sortir ? »

« Est-ce qu'elle est toujours consciente ?! » Demanda Arthur sans attendre son tour ni même une réponse aux deux premières questions. Il paniquait et ses cheveux noirs n'étaient plus que broussailles. « Dites quelque chose ! »

« Euh… Elle... » Jacob se tourna vers Maggie, essayant de rassembler ses esprits pour formuler une phrase correcte. « Elle est frigorifiée. Vous avez une baignoire ? »

Celle-ci acquiesça puis les bouscula pour poser sa main sur la poignée dorée. « J'm'en charge gamin. »

Elle disparue dans la chambre et les trois hommes restèrent étrangement silencieux. Comme s'il réalisait seulement maintenant ce qu'il était en train de faire, Harry relâcha Jacob et recula en marmonnant quelque chose. Arthur, de son côté, enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, un peu penaud. Ils se toisèrent un instant, dans un parfait mutisme. Tous portaient les empreintes de cette nuit difficile, mais aucun ne pouvait se résoudre à briser la glace. Ils étaient pourtant réuni pour la même raison : chacun à sa façon, avait de l'affection pour Helen.

Étonnamment, ce fut Harry qui se jeta à l'eau le premier. Terriblement gêné en la présence de Jacob Frye, il cessa de fuir ses deux orbes d'un vert doré et s'éclaircit la gorge avant de parler.

« J'aurai dû le deviner le jour où vous l'avez sortie d'Holloway. »

L'assassin pesa le moindre de ses mots, essayant de deviner s'il était question de reproches ou d'un simple raisonnement. Il demeura silencieux et l'écouta expirer haut et fort.

« Pourquoi le Leader des Rooks, également protecteur de Londres et de ses habitants, irait tirer une modeste inconnue parmi tant d'autres de derrière les barreaux ? » Un sourire biaisé étira ses lèvres derrière sa moustache grisonnante. « Helen est tellement tout pour moi que je ne me suis même pas rendu compte de l'absurdité de tout ceci… »

« Mr Keller– »

Le vieil homme lui ordonna de se taire d'un simple geste. Il fronça les sourcils et se massa nerveusement la tempe. « Ne dites rien par pitié. Pas maintenant. »

Arthur se pinça les lèvres en constatant que la discussion tournait au vinaigre, mais ne trouva pas le courage de s'interposer. Ce n'était pas sa bataille. Sans compter que c'était le moment ou jamais de voir le prétentieux jumeau Frye tirer les leçons de sa conduite irresponsable.

« Comme c'est ironique. » Reprit Harry, laissant toute sa colère s'exprimer. « J'ai chanté vos louanges et voilà que vous gâchez la vie du seul enfant qu'il me reste. Mais qu'avez-vous pensé ? Pourquoi Helen ? N'espérez pas me faire croire que les autres femmes résistent à votre charme Mr Frye, je suis convaincu que votre visage et vos beaux habits font mouches à tous les coups. » Il fit valser la casquette du jeune homme d'un coup sec et siffla. « Si seulement vous aviez jeté votre dévolu sur une autre… N'importe laquelle. Vous l'avez peut-être trouvée naïve et manipulable, mais je peux vous assurer que vous ne la connaissez pas. Si vous aviez le moindre respect pour elle, jamais vous ne l'auriez courtisée sans quérir mon consentement. Que feriez-vous s'il s'agissait de votre propre fille que l'on traînait dans la boue ?! Helen a passé les derniers mois à essuyer les pires commentaires et pas l'ombre d'un homme pour faire bouclier. Vous l'avez laissée là parce que ça vous arrangeait bien, et parce que vous êtes un couard, Mr Frye. Un couard doublé d'un imbécile. »

« Pardon de vous contredire Mr Keller, mais vous faites fausse route. » Trancha Jacob avec un calme qui lui fit honneur.

Arthur retenait sa respiration, complètement expulsé de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il décela chez le jeune homme une pointe d'impatience qu'il excusa tout naturellement tant la tension était palpable.

« Vous dites ?! » Balbutia Harry après une courte hésitation.

Jacob ramassa sa casquette avec une lenteur délibérée. « Vous vous trompez. Je connais Helen. » Il retrouva son regard et ne se laissa pas démonter. « Suffisamment pour admettre qu'elle est la personne la plus surprenante qu'il m'ait été donné de rencontrer. Pas la plus gracieuse, ni la plus belle d'ailleurs… Mais intelligente, drôle, émouvante. Je sais qu'elle ne sait pas faire un petit-déjeuner sans lait dans son thé, et qu'elle adore les souliers vernis. Avant elle, j'avais jamais entendu une femme sortir autant de grossièretés. Je reste convaincu qu'elle serait bien plus jolie si elle ne s'habillait pas comme un sac et ma vie n'a jamais été aussi compliquée que depuis qu'elle est entrée dedans. »

Il inspira profondément et laissa retomber volontairement la pression avant de reprendre, plus détendu. « Alors je ne sais pas si je suis assez bien pour elle… Et je ne peux qu'entendre votre colère. Il n'y a rien que vous dites que je n'eusse mérité. Même si certaines de vos accusations sont mal fondées, mon comportement à l'égard de votre fille mérite les plus sévères reproches. Je le sais. »

« Mr Frye. Je vais peut-être vous paraître bien égoïste mais je ne me soucie guère de blesser votre cœur si cela peut soulager le mien. Je voudrai vous remercier pour la bonté dont vous avez fait preuve à l'égard de ma famille, si seulement tout ce qu'il m'en reste n'agonisait pas par votre faute. »

« Si vous voulez me remercier, faites-le en votre seul nom. » Répondit Jacob. « Je ne vais pas nier que l'idée de vous avoir été agréable ait pu s'ajouter à mes motivations. »

« Quelle impertinence ! » S'exclama Harry, excédé. « Ne dites plus rien, Mr Frye. Vous m'avez insulté de toutes les manières possibles. Je vous ordonne de sortir d'ici ! »

« Attendez ! » Trancha Arthur en se hissant entre les deux.

Jacob le repoussa et esquissa un sourire agitateur. « Très bien. Puisque l'honneur et l'étiquette vous ont tant réussi jusqu'à maintenant, je ne peux que m'incliner face à votre réussite sociale. »

Le sang de leur hôte ne fit qu'un tour. Harry enragea et tous les muscles de son visage se tendirent à l'extrême. « Comment osez-vous ?! Je n'ai pas pour habitude de céder aux caprices de qui que ce soit, ni de me soucier des étiquettes. Mais je n'accepte pas que l'on m'insulte ! »

« Mais enfin taisez-vous ! » Hurla Maggie qui venait de rouvrir la porte avec dans ses bras, une Helen pâle comme un linge. « On croirait entendre des chiens se disputer un bout de bidoche ! » Elle fusilla Jacob et Harry du regard puis incita Arthur à la suivre dans la salle de bain. « Tiens, rends-toi utile et portes-la. J'vais préparer de l'eau chaude. »

Elle bouscula tous ces Messieurs sans ménagements pour se frayer un passage jusqu'aux escaliers, et un silence gênant suivit sa disparition. Le chef des Rooks se mordit l'ongle du pouce, réalisant petit à petit qu'il s'était laissé emporter comme un adolescent, et que son impulsivité mêlée à sa trop grande fierté venait de tout détruire dans son sillage. Il cligna plusieurs fois des paupières avant de murmurer :

« …Du thé ? »

Son interlocuteur lui envoya une moue d'étonnement qui s'étendit malgré lui en un sourire timide.

« Avec plaisir. »


GOD DAMMIT ! Je peux vous assurer que j'ai eu tant de mal à pondre ce chapitre que j'ai songé à m'arrêter là pour cette histoire. (ノ;;)ノ~┻━┻