Aaaaaaaaw 3 Ca faisait longtemps qu'on avait pas fait du mal à Bob, pas vrai ? :3 Mais si, je sais que vous adorez ça, ne mentez pas :3

ROYAUME EN PERDITION

Chapitre 25 : Au cœur de la foule

Grunlek lâcha son plateau pour courir vers le mage. Il bouscula la foule qui s'était formée et se jeta près du corps inconscient de son ami. Balthazar poussa un grognement de douleur et se redressa maladroitement, en se tenant la tête, soutenu par le nain, qui l'aida à s'asseoir.

"Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?"

Le demi-diable pointa le haut de l'escalier. Un homme au regard noir les dévisageait, à moitié camouflé par l'obscurité. Aranwen se pencha au dessus de la rembarre, inquiète. Son visage se teinta de rouge alors qu'elle se retournait vers l'inconnu.

"Mais vous êtes complètement malade ! Vous auriez pu le tuer.

- Il aurait mieux fait de crever, dit-il d'une voix forte. Si cette saloperie d'hérésie n'existait pas, ma femme serait toujours vivante ! Vous avez la mémoire courte. Le démon qui a crâmé la moitié de la ville, c'était lui ! J'ai entendu l'elfe en parler."

Des murmures secouèrent la foule. Les gens commencèrent à se retourner les uns vers les autres. Grunlek sentit la tension monter et se plaça de manière défensive devant son ami, prêt à frapper le premier qui oserait approcher. Il regretta de ne pas avoir Eden à ses côté. La louve impressionnait beaucoup plus facilement une foule que lui.

"C'est vrai ce qu'il dit ? cria une femme, dans le fond de la salle. C'est lui qui a tué nos enfants ?

- Non, balbutia Grunlek. Non, il est innocent.

- Ah ouais ? gueula l'homme à l'étage. Vous avez vu les écailles sur ses joues ?! C'est un démon ! C'est lui qui nous a chassé de chez nous ! On devrait lui faire subir la même chose qu'on subit nos enfants !

- Je vous préviens, reculez, menaça Grunlek, acculé."

Il serra le poing, nerveux. Balthazar, perdu et désorienté, ne comprenait pas ce qu'il se passait. Une peur sourde, celle de la proie encerclée de prédateurs beaucoup plus forts, prenait peu à peu le dessus. Grunlek chercha l'aide de ses compagnons du regard. Enoch reculait lentement vers la sortie, Shinddha cherchait lui à se frayer un chemin pour le rejoindre, conscient que la situation pouvait vite dégénérer.

"Qu'est-ce qui se passe ici ? grogna une voix familière."

Théo poussa l'homme qui avait bousculé Balthazar et descendit quelques marches. Les murmures reprirent de plus bel, puis une voix masculine cria :

"Paladin ! C'est un demi-diable ! Faites votre devoir !

- Il a tué nos enfants ! cria une autre voix.

- Et il a brûlé la ville !

- On veut la justice !

- Tuez-le ! Tuez la bête !"

La foule se rapprocha dangereusement. Grunlek recula dans le coin pour faire barrage de son corps. Il donna ensuite un grand coup de poing dans l'escalier, qui ébranla les murs de l'auberge. L'onde de choc mit à terre les premiers assaillants et créa une ouverture sur le côté. Le nain ne réfléchit pas et tira le bras du mage. Si lui réussit à passer sans problème, le mage lui fut brutalement arraché par la foule.

"Bob ! cria Grunlek, horrifié."

Il ne le voyait déjà plus. Noyé sous le peuple, il ne pouvait que l'entendre crier de douleur. Ils étaient en train de le passer à tabac. L'ingénieur lança un regard impuissant à Théo, qui se faisait repousser à chaque fois qu'il réussissait à se faire une ouverture dans la foule. Shinddha, prisonnier du mouvement, refoula la terreur que lui inspirait cet attroupement soudain pour plonger à la recherche de son ami. Grunlek, paniqué, se rapprocha du paladin. Il lui attrapa le bras et frappa violemment le sol de l'autre, en y mettant l'intégralité de sa psyché. La moitié de la foule s'effondra au sol. Théo, maintenu debout par son ami, fonça dans la foule. Il donna un violent coup d'épaule à une femme qui frappait le pauvre mage avec un pied de chaise, puis l'extirpa.

Grunlek sentit son corps se serrer. Robe arraché, le visage violet, il craignit un instant le pire pour son ami. Le paladin repoussa les mains qui cherchait à l'agripper à l'aide de violents coups de pied. Il finit par atteindre la porte et sortit. Grunlek et Shin lui emboîtèrent immédiatement le pas. Le demi-élémentaire ferma la porte et gela ses gonds, un à un, pour empêcher la foule de les suivre. Aranwen glissa le long de la gouttière, depuis une fenêtre du premier étage.

Théo posa le mage au sol et arracha ce qu'il restait de sa robe. Enoch réapparut à leurs côtés. Il jeta un coup d'œil vers l'auberge.

"Ils sont enfermés ?

- Oui, répondit Shinddha.

- Très bien."

Une énorme boule de feu se forma dans ses doigts et, impuissants, ses amis virent le sort partir dans l'une des fenêtres du premier étage. Le bâtiment s'embrasa en quelques secondes.

"Non ! cria Aranwen. Les enfants ! Shin ! Aide-moi !"

Des cris commencèrent à s'élever de la bâtisse. Le demi-élémentaire et l'elfe se jetèrent sur la porte et réussirent à briser les verrous. La porte s'ouvrit brutalement. Aranwen tira Shinddha sur le côté, pour éviter qu'il ne passe sous la foule. Une fois le plus gros passé, les deux aventuriers, épaulés par Grunlek, rentrèrent dans le bâtiment. Une des chambres avait totalement brûlée, tuant tous les enfants sur le coup. La deuxième s'embrasait. Shin se pencha vers la fenêtre et puisa dans son énergie vitale pour créer un toboggan de glace. L'elfe et le demi-élémentaire se succèdèrent ensuite pour extraire les enfants, un à un. Aranwen descendit avec cinq enfants sur le dos et Shinddha la suivit de près, deux petits garçons dans les bras. Grunlek les réceptionna en bas, pour éviter qu'ils ne se fassent mal. A peine eut-il touché le sol que le bâtiment s'écroula sur lui-même.

Pendant ce temps-là, Théo puisait dans ses dernières forces pour réveiller Balthazar. Le mage finit par pousser une plainte sourde et ouvrir les yeux. Il se retourna sur le côté pour cracher un peu de sang. Le paladin se tourna vers le père de son ami. Il contemplait son œuvre d'un air sévère, froid et impassible, deux immenses ailes rouges dans le dos. La foule se tenait à une bonne distance de lui.

"Th… Théo ? appela Balthazar d'une voix faible.

- Je suis là. Calme-toi. T'es dans un sale état.

- L'auberge… C'est… C'est moi qui…. ?

- Non. C'est ton père, répondit-il d'une voix amère."

Enoch pinça les lèvres et se tourna vers eux. Il se rapprocha à grands pas. Théo serra la prise sur le demi-diable, protecteur.

"Et qu'est-ce que vous vouliez que je fasse ? cracha le démon, mauvais. Ils allaient tuer mon fils ! Ne me dites pas que vous n'auriez pas fait la même chose si vous auriez eu l'occasion de sauver votre mère.

- Ne parlez pas de ma mère, menaça Théo d'une voix tremblante. Mon père n'a rien pu faire pour la sauver.

- C'est que tu le connais bien mal, lâcha Enoch, d'un air dédaigneux. Archibald avait bien des qualités, mais il ne connaissait pas la pitié.

- Ta gueule.

- Tu crois que tu lui dois la vie ? Tu crois que t'es humain ? Ton père a baisé avec une demi-élémentaire de lumière. Quand il s'est rendu compte de son erreur, il est revenu vers elle pour la tuer. Tu veux savoir pourquoi tu es toujours vivant ? Parce que quelqu'un était là pour le tuer avant qu'il ne commette l'irréparable. Je le sais. J'étais là. Il a tué ta mère. Tu n'es vivant que parce que j'ai ordonné à ta soeur de partir dans la forêt."

Balthazar et Théo, stupéfaits, ne surent quoi répondre, choqués par cette révélation. Le paladin tremblait, ébranlé au plus profond de ses certitudes. Il finit par détourner le regard. Balthazar s'aperçut qu'il pleurait, silencieusement. Lentement, il posa une main sur la sienne. A sa grande surprise, Théo ne le repoussa pas.

"J'ai déjà perdu plusieurs de mes enfants. J'ai… J'ai regardé impuissant l'un de mes fils perdre la raison. Je n'allais pas les laisser me prendre Balthazar. Ils méritent ce qu'ils leur arrivent. Et si je retrouve leur trace, si je recroise leur visage, je me souviendrais de ce jour et je n'hésiterais pas une seule seconde à leur ôter la vie."

Balthazar fronça les sourcils et se redressa.

"Tu m'as sauvé, c'est bon. Je ne veux pas avoir le sang de dizaines d'innocents sur les mains parce que tu as du mal à tourner la page, reprit Balthazar, fermement. Tu as fait assez de mal ici, tu ne crois pas ?"

Enoch poussa un soupir. Il secoua la tête, déçu et partit s'isoler plus loin. Balthazar se tourna vers Théo.

"Eh, ça va aller ?

- Non. Je dois parler à Viktor. Je veux savoir pourquoi il m'a menti.

- On n'a pas le temps pour ça. L'incendie doit se voir de loin et…"

Quatre formes ailées apparurent dans le ciel. Des demi-démons, le regard fou, se posèrent au sol, au beau milieu de la foule paniquée. Un cinquième se posa juste devant eux. Théo posa une main sur son épée.

"Trop tard, lâcha Enoch d'une voix neutre."