Bonjour tout le monde, un nouveau chapitre en l'honneur de l'anniversaire des deux farceurs (eh non, ce n'est même pas une blague du premier avril) ! Merci beaucoup d'avoir patienté et pardon pour ce retard monstrueux... On espère que vous allez apprécier ce nouveau chapitre, et pour plus de plaisir, vous pouvez le lire en grignotant vos chocolats de Pâques ! Bonne lecture et de l'amour sur vous, bon voyage en Ford Anglia !


Susan

Susan,

SAUVE-MOI ! Ça fait à peine deux jours que je suis au Terrier, et je ne supporte déjà plus les mammouths roux qui nous servent d'amis ! Ils sont plus vulgaires et stupides que tous les Gnomes du jardin réunis, et pourtant Merlin sait qu'il y en a... et Mr Weasley ne veut pas nous dire ce qu'il trafique dans son garage ! Il faut absolument que tu fasses diversion pour que j'aille voir. Juste un petit coup d'œil. C'est trop tentant ! Tire-moi de cet enfer par pitié, et je te laisse gagner un match de Quidditch ! (enfin seulement si tu es dans mon équipe ou que tu joues contre Serpentard)

Hâte que tu débarques,

Erell

PS : Mrs Weasley cuisine encore mieux que les elfes de maison de Poudlard. Je sais que cet argument te convaincra de venir au plus vite.

Je repose en souriant la lettre d'Erell sur ma valise. Enfin, plutôt sur le tas qui en déborde. Artémis me l'a apportée hier, pendant que je faisais un tas de vêtements à côté de ma valise – chaque chose en son temps, hein. Je suis surexcitée à l'idée d'aller au Terrier pour la première fois, découvrir où George et Fred habitent ! Je veux dire, ils sont déjà venus en vacances chez moi, on est allés chez Erell... Mais le Terrier, quoi ! Rien que le nom de la maison la rend accueillante et confortable. Ou alors c'est juste mes gènes de blaireau.

- Susan, tu es bientôt prête ? Tu pars dans dix minutes !

- Oui, oui, je me dépêche ! je hurle en enfournant tout dans ma valise.

Hop, rapide regard autour de la chambre pour voir si je n'ai rien oublié. Ah, mon écharpe ! Une petite voix me rappelle qu'on est en été. Et si jamais on faisait un feu de camp dans le jardin avec les Gnomes ? Autant la prendre au cas où. Je la fourre sans ménagement dans les quelques centimètres cubes qui restent, et ferme ma valise de toute la force de mes deux bras. Il faut croire qu'être Poursuiveuse développe les biceps, je devrais me souvenir de ça pour quand je chercherai un travail !

Je descends cahin-caha les escaliers en portant la valoche à bout de bras, et décoche un grand sourire à ma mère :

- Je suis prête dans deux minutes, je vais aux toilettes !

- Deux minutes ou dix minutes ? soupire-t-elle. Profite donc de passer par la salle de bain pour enlever le bout de salade entre tes dents, c'est pas très chic !

- Merci M'man, j'avais failli oublier ma brosse à dents et le dentifrice !

Enfin parée, je me plante à côté de mes bagages dans le salon.

- Ca y est, c'est bon, j'ai tout ! je m'exclame avec un grand sourire. J'espère que tout rentrera dans le coffre !

- Quel coffre ? m'interroge ma mère en me fourrant la cage de Kuroi dans mes bras - ah, je savais bien qu'il me manquait quelque chose, tout de même. Tu n'iras pas en voiture, tes amis viennent te chercher.

- En balai ? Ils n'ont pas le droit, c'est trop exposé et puis tu m'excuseras mais c'est pas simple pour porter les valises, et Kuroi a le verti-

- C'est l'heure, ils ne devraient pas tarder !

Abasourdie, je remarque que ma mère fixe le feu de cheminée, comme s'il allait en sortir un train express. Un feu de cheminée en plein été ? Ils ne vont quand même pas débarquer par poudre de Cheminet-... ! BAM ! Je pousse un cri lorsque la fameuse détonation se fait entendre, et une forme apparaît dans la cheminée, au milieu des flammes devenues vertes. J'ai à peine le temps de réaliser à qui appartient la silhouette qu'elle se jette sur moi.

- SUSIIIIIE ! T'as vu, je suis là la première, je suis preum's, youhou !

BAM !

- T'as triché Erell ! Si t'avais pas pétrifié George il me serait pas tombé dessus et j'aurais réussi à passer devant lui ! On avait dit qu'on faisait une alliance pour le dépasser !

- Niark niark, j'ai croisé les doigts dans mon dos ! Un seul pourra survivre, ajoute-t-elle d'une voix grave et moqueuse.

BAM !

- Par les chaussettes trouées de Merlin, c'était bas Erell !

- Le sol ? Désolée, c'est pas moi qui l'ai placé là.

- Tu me le paieras, dit George d'un air dramatique. Je me suis pris un Cognard dans le dos par ta faute !

- Woh, c'est qui le Cognard ? Parle pas comme ça de mon genou, rétorque Fred.

- Euh, sinon, bonjour ? je tente d'une voix peu assurée au milieu de cet ouragan.

- Susan ! s'exclament-ils tous les deux en même temps. On ne t'avait pas vue !

Ils me font un câlin, et je pense que je peux désormais dire adieu à mes vêtements pour cause de suie. On aurait vraiment dû ramoner la cheminée.

- Bonjour Madame Smith, entonnent-ils tous les trois tandis que j'époussette mes vêtements.

BAM !

- Bonjour les jeunes, bonjour Arthur, sourit ma mère. Susan est enfin prête, vous pouvez l'embarquer !

- Je parie qu'elle a passé la matinée à dormir, à relire nos gribouillages de l'an dernier et à écouter de la musique. Et quinze minutes à tout fourrer dans sa valise, dit Erell d'un ton docte.

- Même pas vrai, je proteste.

- Seulement cinq parce qu'elle avait déjà tout mis par terre, glisse ma mère avant de montrer notre nouvelle télévision à Mr Weasley.

- Maman, dis pas tout ! Et puis j'ai surtout relu ta lettre de long en large Erell, pour être sûre de bien avoir saisi le message caché de SOS...

- SOS ? demande Fred en regardant mon amie d'un air suspicieux.

- Oui, euh, par rapport à votre invasion de Gnomes, j'ai toujours eu une immense phobie des Gnomes, tu savais ? répond-elle d'un air évasif. Oh, une nouvelle tévélision !

Elle s'échappe vers la télévision pendant que je pouffe de rire devant l'air vexé des jumeaux. Je regarde Mr Weasley, qui a l'air fasciné par notre engin technologique (« Comment une simple boîte... mais c'est de la magie ! Enfin, je veux dire, c'est vraiment incroyable! »). Il se met à discuter voitures avec ma mère, tandis qu'Erell fixe la télévision les sourcils froncés.

- Vous voulez des cookies ? Je les ai faits hier soir, je propose pour capter l'attention de mes amis – la bouffe, ça fonctionne toujours.

- Et comment ! s'exclame Fred. Je commençais à avoir peur que tu ne nous proposes pas à manger !

Autour des cookies et d'un jus de pomme, on se raconte le début de nos vacances. J'espère que je vais apprendre quelque chose de croustillant !

- Bah, moi, rien de trop spécial, j'ai revu quelques amies de mon école Moldue... mais beaucoup ont déménagé, alors déjà que je les voyais pas beaucoup... ! Et vous alors ? Qu'est-ce que vous avez fait ?

- J'ai pris la pire décision de ma vie, dit Erell d'un ton dramatique, j'ai accepté d'aller au Terrier deux jours avant que t'arrives !

- A ce point-là ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

- Oh, vraiment pas grand chose, dit Fred.

- Elle se braque pour absolument trois fois rien ! renchérit George. On lui a juste dit qu'elle aurait la chambre du grenier pour qu'elle se retrouve avec la goul-

- Dis pas tout, on avait dit qu'on en réservait pour Susan aussi !

- Franchement, c'est gentil mais ne vous cassez pas la tête pour moi, hein ! je blague.

- On se permettrait pas de ne pas t'accueillir comme il se doit, Susie chérie, me répond Fred d'un ton mielleux.

- Trop aimable... Donc rien de nouveau, d'interdit, de oufissime, d'extraordinaire, de magique quoi ?

- Rien n'est plus incroyable qu'une nouvelle tévésilion je crois, raille Fred en jetant un regard vers le salon.

- Tévélision, Fred, té-vé-li-sion, le corrige Erell. De notre côté, pas vraiment, mais Ron n'arrête pas d'écrire des tas de lettres à Potter sans qu'il lui réponde, ce qui est plutôt étrange.

- C'est vrai qu'ils avaient l'air copains comme cochons, pourtant ! Peut-être que comme il est super célèbre, il a genre pas le temps, et une garde un peu trop rapprochée ?

- Tu parles ! Ronnie nous a dit qu'il habitait chez sa famille Moldue, personne doit le connaître là-bas. Et il doit s'ennuyer comme un Croûtard mort sans magie, à sa place j'aurais répondu aux invitations avant même qu'elles soient envoyées, s'exclame George.

- Même en sachant que c'est Ronnie-chou qui les envoie, ajoute Fred.

Mr Weasley finit par s'éloigner de la télévision à contre-cœur et nous appelle pour le départ. Fred, George et Erell se battent pour savoir qui va porter le moins lourd – c'est-à-dire mon balai et la cage de Kuroi. J'en profite pour dire au revoir à ma mère, qui me rappelle de faire attention à moi au moins vingt fois d'affilée. Je crois que les histoires avec l'arrivée de Potter, et surtout la mort de Quirell, ont beaucoup inquiété mes parents depuis le début de l'été. Après l'avoir rassurée à coups de « oui maman, je ne me promènerai pas dans les couloirs la nuit, bien sûr » et « non m'man, je n'irai pas nager dans le Grand Lac toute seule ni jouer à cache-cache dans la Forêt », je monte enfin dans les flammes vertes, surexcitée, et je lance :

- Le Terrier !

.

Je titube un peu en sortant de la cheminée, essayant de réajuster mes yeux au décor. Après avoir réussi à me débarasser des hallucinations de cheminées tourbillonantes, je comprends que je suis dans une cuisine. C'est un début.

- Molly chérie, nous sommes rentrés !

- Ca y est, elle est arrivée ? Oh, bonjour Susan, ça me fait plaisir de te voir ici ! J'espère que tes parents vont bien, dommage qu'ils n'aient pas le temps de passer, dit Mrs Weasley en me serrant dans ses bras. Tu arrives pile pour le thé ! Fred, George, montez ses bagages et allez vous occuper de ces fichus Gnomes. Erell ma chérie, tu n'as qu'à faire visiter la maison à ton amie !

Les jumeaux s'exécutent en grognant, et je suis soulagée d'avoir sans doute évité une ou deux farces made in Weasley.

- Bon, fais comme si t'avais pas deviné : bienvenue dans la cuisine du Terrier ! me dit Erell en faisant un grand geste du bras, manquant de renverser un vase biscornu au milieu de la grande table en bois.

Mrs Weasley fait léviter des tasses qui sautillent à la queue-leu-leu dans les airs avant de se poser sur des napperons dépareillés. L'horloge qui vient de sonner n'indique pas qu'il est 17 heures, mais bien que c'est « l'heure du thé ». J'aurais appris à lire l'heure beaucoup plus vite si j'avais eu cette horloge ! Je suis Erell qui me montre les différentes pièces de la maison. Je me sens tellement à l'aise dans ce joyeux bazar, je comprends mieux pourquoi on l'appelle le Terrier, cette maison. Certes, elle est un tantinet haut perchée pour un terrier, mais elle a l'air tellement douillette ! Malgré mon émerveillement devant les bottes entassées dans les chaudrons et la vue de la mare dehors par la fenêtre un peu de traviole, une question me turlupine.

- Alors, qu'est-ce que j'ai raté ? C'est quoi cette histoire de mystère dans le garage ?

- Parle pas trop fort... Tu sais que le père des jumeaux travaille au service des Détournements de l'Artisanat Moldu, non ?

- Euh, maintenant oui. C'est-à-dire ?

- Il doit contrôler des objets Moldus que des sorciers ensorcellent, notamment pour jouer des tours aux Moldus, mais pas que...

- Eh ben, il va avoir du boulot avec ses fils ! Ça a l'air marrant ceci dit comme boulot.

- Si tu veux avoir affaire à des théières ébouillanteuses ou des tapettes à mouches qui se retournent contre leur propriétaire, oui, grimace Erell. Bref, Mr Weasley est un fan des objets moldus...

- J'avais cru remarquer, avec la télévision !

- … et il en conserve plein dans son garage, et apparemment il aurait un gros projet qu'il a bientôt terminé ! Je l'ai entendu en parler – enfin, en crier en quelque sorte – avec Mrs Weasley, et comme elle était pas contente du tout j'ai encore plus envie de savoir ce que c'est !

- Qu'est-ce que c'est que ces messes basses ? dit soudain une voix familière dans mon dos, me faisant sursauter.

- Fred ? Vous avez déjà fini de dégnomer ? Quelle rapidité ! raille Erell.

- Des années d'entraînement, regarde moi un peu ce biceps !

- On en a juste laissé un peu pour plus tard, ça aurait été dommage de tout dégnomer d'un coup, renchérit George. Alors, vous parliez de quoi ? De l'opération G.R.A.S., Grand Repérage d'Appareils Secrets ?

- Si c'est le nom de l'opération, je suis plus sûre de vouloir y participer, dis-je un peu dubitative.

- Oh ben non, nous lâche pas comme ça, on t'attendait exprès !

- Tu peux pas savoir à quel point ça a été dur de se retenir, acquiesce Fred.

- Vous voulez le faire quand ?

- On pensait que ce soir, quand maman fera à manger, et que papa sera à un rendez-vous, c'était le parfait timing, il faudra juste faire attention à Perc-...

- Les enfants ! Le thé va être froid !

.

- Tu es sûre que ton truc va fonctionner ?

- Oui, les batteries devraient tenir assez longtemps, et je crois que le Sonorus était assez puissant...

- C'est quand même fascinant, ces objets moldus, faut avouer, chuchote George.

- Taisez-vous, on vous entend plus que le craquement du placher ! siffle Erell.

On la suit sur la pointe des pieds. Au cas où Percy nous surveillerait en écoutant à la porte, on s'est enregistrés en train de discuter sur une cassette vierge de mon walkman, et le sortilège du Sonorus devrait réussir à faire croire qu'on est tous dans la chambre. Erell a ajouté un soigneux Collaporta pour être un peu plus sûre, ainsi qu'un message sur la porte « Réunion privée ».

- Alohomora, chuchote Erell.

Le cadenas de la porte du garage ne bouge pas d'un pouce. Erell fronce le nez et recommence le sortilège, sans succès.

- Vous ne savez pas où est la clef ? je demande anxieusement à Fred.

L'idée de me faire pincer par Mrs Weasley me fiche deux fois plus la trouille que l'idée de me faire pincer par Rusard dans les couloirs de Poudlard.

- Mauvaise nouvelle, Susie, me répond Fred d'un air triste, papa l'a toujours sur lui...

- … mais la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est peut-être pas Moldus, mais on sait faire ça !

George sort une épingle à cheveux de sa poche. Impossible, il n'y a que dans les films que... Le déclic se fait entendre, et le cadenas s'ouvre. Je me crispe lorsque Fred ouvre grand les portes, persuadée que ça va grincer. George semble lire dans mes pensées :

- Papa a trop peur que maman trouve qu'il va trop souvent dans son garage, alors il a fait en sorte que les portes ne fassent pas de bruit.

- Après vous, chères amies, cher frère !

- Lumos ! murmure Erell.

Je ne peux pas m'empêcher de pousser un petit cri d'admiration à la vue d'une vieille voiture vert turquoise, qui malgré son âge reste super stylée. Oui, j'ai un amour pour les vieilles caisses cabossées, je l'assume. Ça doit venir de notre vieille Austin Cambridge familiale. Les clefs sont encore sur le contact.

- C'était donc une voiture, siffle Fred d'admiration. Il trafique une voiture !

- Tu veux dire que c'est une voiture magique, comme celles que ton père avait louées ? je demande, intriguée. Elle m'a l'air tout à fait Moldue pourtant...

- J'avais entendu Mrs Weasley s'écrier que si « on jamais on la voyait dans le ciel, ce serait une catastrophe, et les Moldus, et le Ministère, et patati et patata », donc je suppose qu'elle doit voler ? me répond Erell.

- Trop cool...

- Dis, tu nous montres comment ça marche ? s'exclame Fred, surexcité.

- Euh... je sais juste un tout petit peu ce que mes parents m'ont montré, vous savez chez les Moldus les jeunes n'ont pas le droit de conduire avant... allez, d'accord !

Erell se précipite sur le siège passager, laissant les jumeaux s'installer en grognant à l'arrière. Je m'installe au volant en essayant de me souvenir des différentes manettes et pédales. Y a pas à dire, le balai, c'est quand même vachement plus simple.

- Tout le monde attache sa ceinture ! je lance, prise au jeu. D'abord, il faut tourner la clef jusqu'à ce que le moteur démarre, mais ça fait trop de bruit alors on va faire semblant.

Je leur montre comment passer les vitesses, la marche arrière, mettre les clignotants et les phares, mais une dernière manette à trois niveaux m'intrigue. Je ne sais pas du tout à quoi elle sert, et je ne me souviens pas qu'il y en a une dans la voiture de mes parents. Et un gros bouton bizarre.

- Ca doit être la manette pour voler, déduit Erell. Au milieu pour stabiliser, vers le haut pour monter et vers le bas pour descendre ? Mais le bouton, aucune idée. Pour ralentir ?

- Mais non, y a la pédale de frein, dit George.

- Pour ralentir plus vite ?

- Bah, y a qu'à essayer ! lance Fred en tendant le bras pour appuyer un gros coup sur le bouton.

Celui-ci reste enfoncé, mais rien ne se passe. Il rappuie, le décoinçant, mais toujours rien. Il rappuie une dernière fois, déçu. Mais Erell pousse un cri de surprise.

- Regardez le miroir du côté !

- Le rétroviseur, je dis mécaniquement. Qu'est-ce que... oh ! La voiture ! Elle est... on est...

- Invisibles ! termine-t-elle à ma place.

Fred lance un sifflement d'admiration.

- Ben ça alors ! Imaginez un peu ce qu'on pourrait faire avec une voiture volante invisible !

- J'en bave d'avance... continue George. Ceci dit, je voudrais pas jouer les rabats-joie mais on a très exactement 2 minutes et 35 secondes avant que papa ne transplane devant le garage et que Ginny vienne nous dire qu'on mange. 2 minutes et 33, non, 32 secondes maintenant.

A contre-cœur, Erell appuie sur le bouton d'invisibilité de la voiture, et on referme soigneusement le cadenas du garage derrière nous. A peine rentrés dans la chambre des jumeaux, on entend un CRAC par la fenêtre ouverte (vive les sortilèges anti-moustiques), et Ginny vient frapper à la porte.

- 4 secondes d'avance ! s'exclame George à voix basse.

.

- Psst ! Susan !

- Hmmmmffmh ?

- T'as rien entendu ?

- Nommmmpf...

- Je suis sûre que j'ai entendu comme un bruit ! On aurait dit un essaim de Grinchebourdons dehors !

- On est en plein été Erell, c'est normal qu'il y ait des insectes... Et puis ça m'étonnerait pas qu'il y en ait quelques uns dans le coin, surtout la nuit !

- Mais je te jure que c'était bizarre... J'ai même eu l'impression que c'est un éclair qui m'a réveillée !

- T'as dû rêver, non ? J'ai pas l'impression qu'il y ait de l'orage...

Erell se lève et avance sur la pointe des pieds jusqu'à la fenêtre. Il commence à peine à faire jour, et les murs de la chambre de Charlie, que Mrs Weasley nous a préparée, se teintent de quelques lueurs rosées.

- J'étais pourtant sûre d'avoir entendu quelque chose...

- Tu veux qu'on aille demander aux garçons ? Je refuse d'être la seule à subir un réveil trop tôt !

Armées d'un oreiller et d'un traversin avec des taies couvertes de dessins de dragons, on traverse le palier du quatrième étage en essayant de ne pas faire grincer le parquet, on réprime un gloussement avant d'entrouvrir la porte puis de nous précipiter sur... des lits défaits.

- Ils sont déjà levés ? je demande, complètement perturbée.

- Impossible, ils dorment encore plus longtemps que toi ! A moins que...

- … à moins qu'ils n'aient prévu de mettre au point un plan machiavélique ?

Soudain, la douce voix de Mrs Weasley retentit depuis le rez-de-chaussée et confirme nos doutes.

- Les lits vides ! Pas le moindre mot ! La voiture disparue... auriez pu avoir un accident... folle d'inquiétude... vous en fichez ?... jamais vu ça... attendez que votre père soit rentré ! Jamais Bill, Charles ou Percy ne nous ont causé autant de soucis...

Ni une ni deux, Erell et moi descendons les escaliers à la volée – mais en essayant de rester discrètes pour ne pas avoir à faire face à l'ouragan roux qui se déchaîne sur Fred et George. Enfin, Fred et George, et Ron, et...

- Qu'est-ce que Potter fait ici ? s'exclame Erell à voix basse.

- Vous auriez pu vous tuer, vous auriez pu vous faire repérer par les Moldus, vous auriez pu faire perdre son travail à votre père !...

- Ils n'ont quand même pas... je murmure.

Fred nous aperçoit et nous fait un clin d'œil pour signifier « tout va bien, on maîtrise la situation », avant de se prendre une tape sur la tête.

- … complètement irresponsables ! Et puis, comment vous avez bien pu découvrir cet... engin, et surtout comment l'utiliser, ça je me le demande !

- Aïe, ça craint pour toi, me souffle Erell.

- Merci de me rassurer, je réponds en grimaçant.

Après ce qui semble être une éternité, Mrs Weasley finit par triturer rageusement son tablier à fleurs et invite le pauvre Potter, qui se fait tout petit, à prendre le petit-déjeuner dans la cuisine. Erell en profite pour descendre prestement de l'escalier et donne une tape du poing sur l'épaule de Fred.

- Aïe ! gémit ce dernier. Qu'est-ce que vous avez toutes à me frapper comme ça ?

- T'es bien douillet pour un Batteur, répliqua Erell. Je sais pas si je vous admire ou si je vous hais très profondément, mais je crois que pour l'instant c'est plutôt la deuxième option !

- Si tu veux nous crier dessus aussi, lâche-toi, grogna George en faisant mine de se curer l'oreille. Je crois que je suis devenu sourd d'une oreille, tu pourras achever l'autre !

- Pourquoi tu nous hais ? demande Fred avec des yeux de chaton. Ça t'a pas suffit de me détruire le bras ?

- Pourquoi ? Pourquoi ? Eh bien, apparemment, nous ne sommes pas dignes de vos confidences et surtout de venir avec vous en voiture !

- Eh, c'était pas une simple balade ! On est allé sauver Harry, on avait besoin de place !

- T'entends ça Susan ? On prend de la place !

- Je savais que j'aurais dû faire un régime, dis-je un peu narquoise. Non mais c'est vrai quoi, même sans venir avec vous, vous auriez au moins pu nous dire ce que vous alliez faire ! Vous n'avez même pas pensé qu'on pourrait vous couvrir ?!

- Euh... ben, non, lâche George un peu penaud. On voulait faire une surprise à tout le monde...

- C'était pas contre vous, reprend Fred, juré ! On voulait aider Ron, et puis, on pensait être discrets et comme ça on testait la voiture pour pouvoir la reprendre avec vous...

- Oui, ben c'est raté, boude Erell.

.

Un matin, Mrs Weasley nous donne à chacun nos lettres de Poudlard. Je serai toujours impressionnée par cette capacité des hiboux à toujours trouver leur destinataire, c'est incroyable, même Harry a reçu la sienne au Terrier. Erell et moi nous dépêchons de les ouvrir. Pourvu qu'on ait un programme intéressant pour cette quatrième année !

« Les élèves de quatrième année devront se procurer les ouvrages suivants :

Le Livre des sorts et enchantements (niveau 4), par Miranda Fauconnette.

Mille herbes et champignons magiques de Phyllida Augirolle.

Les Animaux magiques de Newt Scamander.

Flâneries avec le Spectre de la mort, par Gilderoy Lockhart.

Vadrouilles avec les goules, par Gilderoy Lockhart.

Vacances avec les harpies, par Gilderoy Lockhart.

Randonnées avec les trolls, par Gilderoy Lockhart.

Voyages avec les vampires, par Gilderoy Lockhart.

Promenades avec les loups-garous, par Gilderoy Lockhart.

Une année avec le Yéti, par Gilderoy Lockhart. »

Je me tourne vers Erell, surprise. Elle semble perturbée par la liste aussi, mais n'en détache pas les yeux, comme si elle relisait encore et encore pour être sûre qu'il n'y avait pas d'erreur.

- Ils ont eu un problème de plume, non ?

- Toi aussi, tu dois acheter tous les livres de Lockhart ! dit Fred en regardant par-dessus mon épaule puis celle d'Harry. Le nouveau prof de Défense contre les Forces du Mal doit être un de ses fans. C'est sûrement une sorcière.

- Pardon ? je rétorque, un sourcil levé.

- Tout ça ne va pas être très bon marché, dit George, sauvant Fred de mon regard accusateur. Les livres de Lockhart sont hors de prix.

Soudain, c'est Erell, Harry et moi qui paraissons être un peu gênés. On sait très bien que les Weasley ne roulent pas sur l'or, alors c'est un peu délicat de se dire que nos parents sont prêts à nous payer toutes nos fournitures...

.

C'est sur cette pensée que, le mercredi suivant, je sors en toussotant de la cheminée du Chemin de Traverse.

- Ça te réussit pas, la Cheminette, pouffe Fred.

J'essaie de parler, mais comme je toussote trop, je n'arrive qu'à lui tirer la langue. Erell apparaît derrière moi, le sourire aux lèvres.

- Je suis sûre qu'Harry a toussé autant que moi, je proteste en retrouvant ma voix.

- Non, t'es juste pas très douée, me lance Erell toute joyeuse. On commence par quoi ? Harry a peut-être besoin de passer à Gringotts ?

- Moi j'ai besoin d'y aller, dis-je avant de froncer les sourcils. Mais... les garçons, Harry n'est pas avec vous ?

- Bah, non, tu es arrivée après George – t'as mis du temps d'ailleurs, on a cru que vous aviez décidé de nous abandonner à notre triste sort !

Un frisson désagréable me parcourt le dos.

- Il est parti avant Susan... il devrait être là..., dit Erell.

- Je me doutais bien qu'il avait eu du mal à dire l'adresse, j'ajoute un peu angoissée.

Ron apparaît dans la cheminée, cligne trois fois des yeux avec un grand sourire, mais celui-ci s'affaisse lorsqu'il réalise que son ami n'est pas avec nous.

- Où est Harry ? demande-t-il, hébété.

- Il est caché derrière Erell, tu le vois pas ? répond Fred, narquois.

Par réflexe, je regarde du côté d'Erell – bah quoi, on sait jamais ! – mais pas de Potter en vue.

- Il n'y a pas trente-six Chemins de Traverse... si ? Il n'a pas dû atterrir bien loin, on devrait aller vérifier les autres cheminées !

- Il n'y a peut-être pas trente-six autres Chemins, mais il y a bien au moins trente-six autres cheminées ici... me fait remarquer Erell.

- Je les ferai toutes s'il le faut ! affirme Ron, d'une voix où se mélangent bravoure et panique.

- Tu feras toutes les quoi ? demande Mr Weasley en sortant de la cheminée, bientôt suivi de Percy, puis de sa femme et de Ginny. Vous parlez de bêtises encore ?

- Papa, Harry a disparu !

Les parents Weasley se figent et leur visage paraît s'affaisser et prendre une couleur verdâtre. Drôle de combo à côté de leurs cheveux !

- Le pauvre petit ! Oh, Arthur, c'est de notre faute, quelle idée de le laisser partir comme ça par Cheminette !

Mr Weasley essaye d'apaiser Molly, tout comme Percy essaie de calmer Ron. Percy semble cependant avoir moins de tact, bizarrement, et Ron est tout rouge et presque au bord des larmes. Le pauvre ! Je viens à sa rescousse, et pose ma main sur son épaule pour le rassurer. Enfin, sur son bras, j'oublie tout le temps qu'il est sacrément grand !

- On va le retrouver, Ron, Harry a une langue comme tout le monde, il saura demander son chemin, et puis, je le connais moins que toi mais il m'a l'air assez dégourdi !

- Demander son chemin, oui, mais pour où ? objecte Percy, toujours aussi réconfortant.

- Eh bien, euh... Comme Erell disait tout à l'heure, je suppose qu'il irait à Gringotts en premier, tout comme nous !

- Alors autant y aller tout de suite ! s'exclame cette dernière.

Elle engage le mouvement, et Ron la suit à pas rapide en regardant par-dessus nos têtes si Harry n'est pas dans le coin. On dirait un peu une poule, mais je m'abstiens de tout commentaire.

- Hagrid ! dit-il soudain.

Nous courons à travers la foule pour rejoindre Hagrid, dans l'ombre duquel se trouve Hermione Granger et un Potter... en sale état. J'espère qu'ils ont des opticiens chez les sorciers...

- Où est-ce que tu t'es retrouvé ? lui demande Ron.

- Dans l'Allée des Embrumes...

- Formidable ! s'écrient Fred et George d'une même voix.

- Nous, on a jamais eu le droit d'y aller...

- J'espère bien, il ne manquerait plus que ça, grogne Hagrid.

J'allais demander à Erell ce que c'était, mais au vu des réactions, je crois que c'est pas la peine. Après avoir dépoussiéré Harry – et après c'est moi qui ait du mal avec les cheminées ! – et réparé ses lunettes – j'ai déjà dit à quel point j'adorais la magie ? –, Erell et moi prenons un wagon pour nos coffres forts. Franchement, la seule motivation que j'aurais pour travailler ici ? Faire des tours en wagonnet !

De retour à l'entrée de la banque, Mrs Weasley nous donne rendez-vous dans une heure chez Fleury et Bott.

- Et vous, ne vous avisez pas de mettre les pieds dans l'Allée des Embrumes !

- Jamais de la vie, sourit George en descendant les marches de la banque.

- Si elle savait, glousse Fred. On y a déjà fait un petit tour avec Lee !

- Et alors, c'est comment ? je demande, curieuse.

- Comme l'un de tes pires cauchemards, me murmure George d'un ton inquiétant dans l'oreille.

Une main s'agrippe alors à mon épaule et me fait sursauter de terreur. Erell explose de rire et je me rends compte que c'est celle de Fred, hilare. Je lui donne une tape, vexée, et tente de reprendre contenance.

- Tu ne perds rien pour attendre, vil persécuteur !

Nous allons de boutiques en boutiques, en passant bizarrement plus de temps devant le magasin de balais et chez Zonko's. C'est le moment de me venger de Fred ! Pendant qu'ils font la masse de provisions de Pétards mouillés, je choisis soigneusement des Sueurs Froides, et les enfourne dans ma poche pour attendre le bon moment pour les glisser dans son dos. Un employé de la boutique fait une démonstration d'un nouveau produit, une balle de jonglage en feu magique dont on peut changer la couleur des flammes et qu'on peut étirer à volonté. C'est tellement stylé ! Même George bave devant, puis fait une tête dépitée en plongeant la main dans sa bourse. J'ai trouvé quoi lui offrir à Noël, bingo !

Il nous faut bien dix minutes et trente-six promesses de glaces de chez Fortescue pour tirer les jumeaux hors de la boutique, mais on finit quand même par arriver presque à l'heure chez Fleury et Bott. Enfin, un peu en retard : mais il y a tellement de monde que ça ne change pas grand chose. En voyant la grande banderole au-dessus de l'entrée, Erell pousse une exclamation qui ressemble à un couinement.

- Par Merlin, il est là, il est là ! chuchote-t-elle d'un ton surexcité.

- Je comprends mieux pourquoi Maman voulait absolument venir aujourd'hui, soupire George en levant les yeux au ciel.

- Ils ne nous ont pas attendu, ils sont là-bas dans la file, je fais remarquer.

- L'appel de l'autographe, dit Fred d'un ton docte.

- Prenez un livre, prenez un livre, on les rejoint ! s'exclame Erell. Euh, je veux dire, il faut qu'on leur dise qu'on est là, quoi.

Nous dépassons tant bien que mal des sorciers et sorcières – enfin, surtout des sorcières il faut l'avouer – et leurs regards noirs, et je manque de me faire éborgner par une grande dame osseuse à qui j'ai marché sur le pied. Mrs Weasley nous fait des petits signes pressés pour qu'on les rejoigne, sans quitter le bout de la file des yeux. Des bruits de cliquetis et de petites explosions se font entendre, et une fumée violette s'amoncelle au plafond. Curieuse, je me mets sur la pointe des pieds pour essayer d'apercevoir ce qui se passe.

- Qu'est-ce que tu vois ? me souffle Erell. Il est là ?

- Il est même là en plein de fois, je réponds en écarquillant les yeux. C'est vraiment trop perturbant ces photos, j'arrive pas à savoir lequel est le vrai !

La file avance un peu plus, et j'arrive maintenant à voir plus clairement l'homme blond au sourire de pub pour dentifrice. Au regard des parents dentistes d'Hermione, j'ai l'impression qu'ils vont l'embaucher !

- J'avoue qu'il est plutôt canon...

- Oh pitié non, pas toi aussi, gémit Fred.

- Mais oui ! Enfin, euh, je veux dire, il a beau s'aimer par-dessus tout, il est quand même pas si bête en plus ! Y a qu'à voir ses récits, et puis, c'était un Serdaigle, ajoute Erell presque fièrement.

- Marrant, j'ai jamais entendu Flitwick s'en vanter, dit George.

- C'est parce qu'on est humble à Serdaigle, rétorque Erell, piquée au vif.

- Surtout lui, en effet, dis-je en pouffant alors que Lockhart se fait prendre en photo entouré de quatre sorcières.

J'entends soudain Ron pousser une exclamation de douleur, et pendant un instant il n'y a plus de flashes pour éclairer Lockhart. Ce dernier tourne le regard vers nous, et si Mrs Weasley tente désespérément de se mettre sur la pointe des pieds, c'est quelqu'un d'autre qui a retenu son attention.

- Ma parole, ce n'est quand même pas Harry Potter ? s'exclame-t-il d'une voix théâtrale.

- Vas-y, Harry ! l'encourage Mrs Weasley en passant encore une fois la main dans ses cheveux avant de le pousser vers l'écrivain qui le tire à lui.

Le photographe se place pile devant moi. Il y a tellement de fumée que je tousse sans parvenir à bien voir ce qu'il se passe. Je n'entends plus que les cliquetis et les explosions de l'engin du diable, puis je sens Erell qui m'attrape soudain le bras en trépignant sur place. La salle se met à applaudir et à siffler.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? je demande d'une voix étranglée et poussant de la main les restes de fumée violette.

- C'est notre nouveau prof de DCFM ! J'y crois pas ! Avoir quelqu'un d'aussi célèbre comme prof, c'est incroyable !

- Je croyais que t'avais renié ta Lockhart-mania, dis-donc ?

- Bien sûr, moi je m'en fiche totalement, mais complètement objectivement, c'est quand même énorme ! dit-elle en haussant les épaules.

Je me laisse peu à peu gagner par la frénésie alentours, et même si je ne le connais pas trop, je décide de faire dédicacer mon exemplaire de En Maraude avec les Monstres.

- Susan, t'es au courant qu'il n'est pas dans la liste ? me dit George, sceptique.

- Oui, oui... c'est pour euh, ma culture personnelle.

La petite photo de Lockhart sur la quatrième de couverture me lance un clin d'œil et je retourne prestement le livre, gênée. Puis c'est enfin notre tour, et Erell et moi tendons nos livres à Lockhart qui nous adresse un grand sourire charmeur. Il doit avoir une sacrée formule ou une sacrée potion pour rendre ses dents aussi blanches, par Merlin ! Il nous rend les manuels signés en nous lançant le même clin d'œil que sa photographie.

- A l'année prochaine sans doute, Mesdemoiselles, et au plaisir de vous revoir !

- Bon, il a l'air assez insupportable, mais au moins il a l'air plus vivant et sympa que Quirell et Baggins, dis-je à Erell.

Je pouffe en voyant le sourire béat d'Erell, et nous nous dirigeons vers le rayon Quidditch à l'étage. En pleine lecture d'un superbe livre illustré des matchs de l'an dernier, nous sursautons à un bruit violent de chute. On se précipite à la rambarde, pour voir Mr Weasley, enragé, face à une montagne de livres. Je crois distinguer un pied qui en dépasse, et les voix des jumeaux encourageant leur père se mêlent à la voix paniquée de Mrs Weasley.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que Malefoy-tête-à-claque-en-chef-junior fout avec Potter, Granger et les Weasley ? s'exclame Erell en se penchant dangeureusement au-dessus de la rambarde.

- Aucune idée, mais ils n'ont pas l'air de faire la fête... Dis, la canne qui dépasse du tas, ce serait pas celle de... ?

Hagrid nous bouche soudain la vue, semblant séparer Mr Weasley de quelqu'un. Erell me tire vers les escaliers. Nous déboulons en trombe pour voir Mr Weasley et Mr Malefoy se regarder en chien de faïence.

- Tiens, jeune fille, prends ton livre, dit Malefoy d'un ton méprisant à Ginny en lui balançant un livre dans son chaudron. Ton père ne pourra jamais rien t'offrir de mieux.

- Quelle enflure ! je lâche, les dents serrées.

- Il aurait mérité au moins quatre exemplaires de dictionnaire de Runes sur la tête en plus, lâche Erell avant de se diriger vers les jumeaux à travers la foule qui s'est remise à grouiller.

Je m'arrête à côté de Ginny, encore un peu secouée.

- Tout va bien ? Tu n'as rien ?

- N...non, non, ça va. Il m'a rendu mon livre, et... et papa a été génial, me répond-elle avec un sourire un peu forcé. J'aurais dû... j'aurais dû faire quelque chose, quand même...

- Si on dit bien tel père, tel fils, Mr Malefoy n'est rien qu'un abruti qui cherche des noises aux autres. Ne te prends pas la tête avec ça, il vaut mieux les ignorer. Et leur lancer un bon sortilège le moment venu !

Elle me lance un sourire un peu plus détendu, et Hagrid nous pousse tous à l'extérieur du magasin. Les jumeaux nous racontent toute la bagarre sur le chemin du retour, mais je ne suis pas sûre que tout soit vrai, notamment le passage où Mr Weasley a lancé deux sortilèges simultanément tout en envoyant un coup de pied au visage de Mr Malefoy et un livre dans ses parties sensibles...

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- Erell, tu veux bien éclairer deux secondes le coffre ? Je sais plus où j'ai mis ma baguette, j'ai peur qu'elle soit tombée dedans !

- Susan, on est déjà à la bourre !

- Mais justement, aide-moi, j'irai plus vite ! Ah, ça y est, je l'ai !

- Tout le monde met ses valises sur les chariots, hop hop ! s'exclame Mr Weasley tout essoufflé. Allez Fred, euh George, enfin, allez les enfants ! On se dépêche !

- On n'est plus des enfants, grogne Fred.

- Sauf Ronnie-chou, corrige George avant de pousser son chariot plein de valises.

Le concerné n'a pas le temps d'en placer une que nous slalommons au pas de course dans la gare grouillante de monde, en essayant d'écraser le moins de pieds possible sur notre passage. Arrivés devant l'entrée du quai, on attend que Mrs Weasley nous donne notre top départ. Je ne comprends toujours pas comment les Moldus ne voient rien, il doit forcément y avoir un genre de sortilège de Confusion ! Un bruit bizarre capte mon attention, et je me tourne vers Ron et Harry :

- C'est Croûtard qui couine comme ça ?

- Qui couine ? Non, non, il dort comme un dragon !

- C'est bizarre, vous n'avez pas entendu comme des petits bruits... ? J'étais sûre que...

- Erell, Susan, mes chéries, c'est à vous !

Sans poser plus de questions – on ne contredit pas Mrs Weasley, jamais –, nous nous engouffrons à la suite des jumeaux dans le passage magique. Ces derniers sont déjà un peu plus loin et nous font des grands signes pour les rejoindre, avant de disparaître dans un wagon.

- Ils n'auraient pas pu penser à nos pauvres petits dos, ronchonne Erell en soulevant sa malle avec peine.

- Attends, monte ta valise d'abord et je te donnerai la cage d'Artémis juste après, ok ? De toute façon, s'il fallait compter sur ces deux gentlemen... on forme une meilleure équipe !

Nous parvenons tant bien que mal à monter nos valises, lorsque la voix paniquée de Mrs Weasley se fait entendre :

- Ron ? Harry ? Ronnie, où es-tu ? Ah, les filles, vous avez vu les garçons monter ? Je voulais leur dire au revoir et leur confier Ginny !

- Désolée Mrs Weasley, nous avons rejoint les jumeaux dès notre arrivée sur le quai, répond Erell.

- Mais nous prendrons soin de Ginny jusqu'à ce qu'on les retrouve, comptez sur nous !

- Merci, c'est très gentil, dit-elle d'un ton tout de même soucieux. Bon voyage les filles, et amusez-vous bien sans oublier de travailler ! Si vous pouviez faire passer le message à Fred et George... !

- T'inquiète pas maman, fait une voix derrière nous, on n'oubliera jamais de nous amuser !

Le bruit de la locomotive nous empêche d'entendre la réponse de Mrs Weasley, qui de toute façon est plus occupée à regarder par les fenêtres de tous les autres wagons, et se précipite vers son mari dès qu'il la rejoint. C'est à peine s'ils voient nos grands signes de la main !

- Alors comme ça, Ronnie-chou s'est fait la malle sans faire un bisou à maman, s'étonne Fred une fois entrés dans notre compartiment.

- Soit il se rebelle, soit il a subi un sortilège d'Oubliettes, commente George en m'aidant à hisser ma valise au dessus de mon siège.

- Je ne me souviens pas de les avoir vus arriver pendant que Maman me faisait son sermon... dit Ginny d'une petite voix.

- Bah, ils ont dû filer retrouver leur Miss Je-sais-tout, voilà tout.

- Fred, elle s'appelle Hermione.

- Oh, ça va, Miss Sainte-Poufsouffle !

- Ta mère t'a fait un sermon ? demande Erell à Ginny pour changer de sujet.

- Oh, oui, à propos de bien se tenir, de faire honneur à la famille, de respecter les professurs, d'être sérieuse, de... de faire attention à certaines personnes... répond-elle en rougissant.

- Les Serpentards ? demande George. S'il y a un conseil à suivre, c'est bien celui-là !

- Mais non, les garçons, n'est-ce pas ? dis-je d'un air compatissant. J'ai eu droit au même speech avant de partir aussi !

- Elle ne nous a jamais dit de nous méfier des filles, à nous, fait semblant de s'indigner George alors que nous le regardons toutes les trois d'un air blasé.

- Pfeuh, tu ferais mieux de te méfier des vampires qui surveillent les couloirs la nuit, parfois ils ont un peu trop soif, si tu vois ce que je veux dire...

- Fred, je te rappelle que je ne suis pas Ron. Garde tes salades pour toi, ou c'est toi qui devras te méfier de moi, réplique Ginny en le fusillant du regard.

- Eh ben, me glisse Erell, si je m'attendais à ce qu'elle ait autant de caractère !

- Elle a de qui tenir, je chuchote en retour. Dis, tu es sûre que tu n'as rien entendu d'étrange devant l'entrée du quai ?

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Alors que je raconte mes vacances à Judith et Djemilah tout en plaçant ma malle sous le siège de la calèche, je sens quelqu'un me tirer par la manche.

- Aïe, George, qu'est-ce qui te prend ?

- On a attendu que tout le monde sorte du train pour vérifier si Ron était bien dedans, mais ni Fred ni moi ne l'avons vu descendre ! Et Harry n'est pas là non plus !

- J'ai retrouvé Miss Bouquins-Granger, elle ne les a pas vu du voyage non plus, dit Fred en arrivant près de son frère. Ah, Erell, tu as pu trouver de quoi écrire ?

- Oui, je viens d'envoyer Artémis à vos parents pour leur demander s'ils les ont récupérés, ils n'ont peut-être pas passé la barrière à temps, ou ils ont oublié quelque chose... Je pense que ma lettre n'est pas trop alarmante. Enfin j'espère. Ça devrait aller... je crois ?

- Il faudrait qu'on y aille, on ne peux pas faire grand chose de plus et il ne faut pas qu'on rate la Répartition !

Fred et Erell montent dans la calèche où Rose, Emma et Lee les attendent, tandis que George et moi rejoignons Jude, Djem et Lisa. Pendant que les filles papotent, je vois du coin de l'oeil George se ronger les ongles distraitement, les yeux perdus dans le paysage obscurci par la nuit. Je pose doucement ma main sur la sienne pour l'écarter de sa bouche.

- T'en fais pas, à part nous quatre, je ne connais personne d'aussi débrouillard que Ron et Harry. Quoi qu'il leur soit arrivé, je suis sûre qu'ils ont trouvé un plan B.

- Je sais, répond-il avec un petit sourire. Ceci dit c'est probablement que Ron a foncé dans le mauvais mur et s'est assommé !

Il a beau faire de l'humour, je sens qu'il est vraiment inquiet. Il se tourne à nouveau vers la fenêtre, et passe sa main autour de la mienne pour la serrer entre ses doigts.

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