Chapitre Vingt-Cinq

D'étonnants visiteurs

Sakura essaya désespérément de ne plus penser aux alliés de Suna qu'elle avait laissé derrière elle. Elle se sentait comme la pire sorte de ninja qu'avait toujours dénoncé Kakashi : Un shinobi qui abandonnait ses propres camarades. Un lâche. Il n'y avait rien de plus méprisable.

Elle avait cependant de quoi s'occuper avec les villageois de Suna, qui se révélèrent plus difficiles à diriger qu'une horde de chats sauvages. Ils étaient incapables de courir dans la forêt, n'en finissaient pas de trébucher sur des racines ou autres cailloux, et se montraient aussi discrets qu'un troupeau de buffles. Jamais Sakura n'avait entendu quelque chose d'aussi bruyant. Ils s'entêtaient à bifurquer dans des directions étranges, tout simplement parce qu'à leurs yeux, tout était pareil. Les feuilles des arbres les empêchaient de localiser le soleil, qui était pour la majorité d'entre eux la seule méthode qu'ils connaissaient pour se donner un point de repère. Ils s'étaient donc mis à avancer à l'aveuglette, et Sakura avait dû passer de longues minutes à les rassembler sur le bon chemin.

Il faut dire que pour couronner le tout, son vicieux sentiment de culpabilité s'acharnait à lui remémorer les visages des compagnons qu'elle avait laissés derrière elle. Pauvre Lee, toujours si gentil, joyeux et déterminé, abandonné à Suna. Tout comme Shikamaru, le tranquille chef d'équipe, qui avait toujours l'air si désespérément et bêtement fou amoureux à chaque fois qu'il posait les yeux sur Temari. Neji, parti avec un loup garou pour un pays dont on ne savait rien. Et Naruto, celui qui le faisait le plus souffrir. Naruto, avec qui elle était souvent si cruelle, mais qui, elle ne savait pourquoi, restait toujours éperdument amoureux d'elle. Naruto, le garçon le plus loyal qu'elle n'avait jamais rencontré. Naruto qui était parti à la recherche du frère de son ami sans se poser de question. Et s'il se faisait capturer ou même tuer par ceux de la Fumée?

Elle avait perdu Sasuke à cause des ténèbres qui habitaient son cœur. A présent, elle risquait de perdre Naruto à cause de sa gentillesse et de sa générosité.

Elle se sentait plus mal que jamais.

Ses pensées douloureuses furent interrompues lorsqu'elle senti une forte quantité de chakra foncer droit sur eux. Il s'agissait probablement de shinobi de la Feuille...

Mais si ce n'était pas le cas?

Elle venait d'échapper à une bande de cinglés maniaques des technologies avancées bien décidés à l'exterminer. Elle avait abandonné à une mort certaine toute une équipe de ninjas de Suna. Elle avait perdu tous ceux qui comptaient pour elle.

Sakura était presque sûre que les individus qu'elle venait de repérer étaient des alliés... mais si c'était un piège?

Mieux valait prévenir que guérir.

« Stop! Cachez-vous. » Ordonna-t-elle aux réfugiés. Les plus dégourdis se dissimulèrent parmi des buissons ou derrière des troncs d'arbres. D'autres se contentèrent de se recroqueviller sur eux-mêmes.

Franchement...

Sakura se mit en garde, prête à affronter ce qui allait venir. Elle concentra son chakra dans ses poings, au cas où un danger devait apparaître.

Les buissons remuèrent, et une chose de couleur verte incroyablement bruyante en sortit. Surprise, Sakura hurla et frappa la créature d'un puissant coup de poing. Celle-ci alla percuter un arbre à une vitesse proche de Mach 2.

C'était Gai.

« Oh... Oups. » Bredouilla Sakura.

Les villageois la dévisagèrent avec ahurissement.

Pendant que Gai vacillait un peu, tentant de calmer son mal de crâne, le reste de son équipe de fortune arriva à leur tour.

« Wow... Rappelle-moi de ne jamais t'énerver. » Murmura Tenten. C'était la première fois qu'elle voyait quelqu'un calmer son sensei aussi efficacement. « Sakura, qu'est-ce qui s'est passé, où sont Lee et Neji? »

« Et Shikamaru? » Ajouta Choji, scrutant la foule à la recherche de son ami.

Sakura regarda ses camarades tour à tour. Elle aurait dû être soulagée. Les villageois seraient en sécurité à présent...

Mais à quel prix...

Avec un cri étranglé, elle fondit en larme et s'écroula au sol. « Disparus! Ils ont tous disparus! »

Les ninjas de Konoha la fixèrent, ébranlés.


Baki considéra qu'il ne serait pas très sage de lâcher trop vite le Kazekage au milieu de ses cousins Iifernatis. Le pauvre garçon semblait déjà d'humeur irritable, et Baki le connaissait depuis suffisamment longtemps pour savoir que son état d'esprit actuel n'était pas vraiment enclin à la diplomatie. Pour être honnête, Gaara n'avait jamais été diplomate tout court. D'où l'utilité de Temari et Kankuro. Temari pour traiter avec autres shinobi, et Kankuro pour traiter avec les tribus.

Il était fascinant de voir à quel point ces deux là se complétaient. Temari ne s'était jamais vraiment intéressée à son héritage Iifernati. Pas qu'elle s'en fiche totalement, mais elle s'y sentait pas particulièrement attachée. Elle en connaissait les légendes, mais ne s'y était jamais attardée. Elle en connaissait les traditions, mais les avaient toutes reléguées au rang de superstitions. Cela était probablement dû à l'attitude qu'affichaient un bon nombre d'Iifernati envers les femmes. Certaines tribus, l'Ombre de la Chouette en particulier, avaient conservé cette fâcheuse habitude d'exclure les femmes dans bon nombre de domaines. Les Aigles Chasseurs, les Crocs de Serpents et les Dragons Sanglants n'étaient pas du genre à cautionner ces traditions stupides, mais cela n'empêchait pas Temari de dénigrer certains comportements Iifernatis. Kankuro, de son côté, s'était littéralement imprégné de son héritage Iifernati comme une éponge. Il était fasciné par son Histoire et ses coutumes. Pas que Kankuro soit du genre sexiste, il était d'ailleurs certainement impossible de devenir sexiste pour un homme qui aurait grandi aux côtés de Temari. Il avait toujours eu un respect sincère pour les kunoichi, potentiellement dû au fait que Temari avait la regrettable habitude de le frapper à coups d'éventails s'il osait la contrarier.

Tout ceci avait été des plus intéressants, Kankuro étant devenu une sorte d'ambassadeur Iifernati, et Temari se chargeait des échanges politiques plus classiques. Les deux jeunes gens avaient ainsi pu servir d'amortisseur entre leur rustre de petit frère et la fausse aux requins que représentait la politique. Maintenant que le dit amortisseur était absent, Baki craignait pour la suite. Gaara pouvait avoir les meilleures intentions du monde, des années à utiliser la méthode "écraser l'ennemi jusqu'à ce que ça ne bouge plus" ne l'avaient pas vraiment fait gagner en subtilité.

Baki ne se souciait pas des Aigles Chasseurs. Aux yeux de leur leader, Gaara faisait partie de sa famille, et Baki savait que Jhimey suivrait Gaara même s'il devait pousser le reste de sa tribu à en faire de même. Il était plus réservé quant aux Dragons Sanglants. D'accord, ceux-ci étaient des alliés, mais il restait un certain malaise. Les Dragons étaient si fidèles aux Aigles Chasseurs que les deux tribus avaient été impliquées lors de l'invasion de Konoha, quelques années plus tôt. Et tandis qu'il n'y avait pas eu trop de casse du côté de Konoha, il y en avait eu un peu plus côté Suna. Pire, la plupart des pertes avaient été Iifernatis, pas aussi préparés qu'ils ne l'auraient dû face à des shinobi.

Et il y avait également eu l'histoire de la fille, mais Baki n'avait pas envie de repenser à ça maintenant. En théorie, les Dragons Sanglants n'étaient pas du genre à encourager la vengeance, mais...

Par conséquent, Baki préféra s'assurer d'être le premier à approcher les Iifernati. Aigles Chasseurs et Dragons Sanglants se tenaient côtes à côtes, mais il n'eut aucun mal à les différencier. Il avait beau ne pas les avoir revus depuis longtemps, il n'en était pas au point d'oublier les bases.

Il se dirigea vers les deux leaders, qui contemplaient la scène d'un air suffisant. Jhimey le remarqua et l'accueillit d'un sourire sauvage.

« Hail, Baki! Ca faisait une paie dis-moi! Comment vas-tu? » Héla Jhimey.

« Hail, Huur Jhimey. » Répondit Baki à l'homme qu'il considérait comme un supérieur hiérarchique au même titre que Gaara, usant du terme Iifernati pour désigner un leader de tribu. Il se tourna vers le leader des Dragons qu'il salua à son tour. « Huur Iren des Dragons Sanglants, je vous remercie d'être venu en aide à ma tribu et mes frères shinobi. »

Iren sourit. « Ces bâtards de la Fumée ne sont pas les bienvenus dans le désert, et les Dragons Sanglants ont toujours été alliés des Aigles Chasseurs. Cela ne changera pas tant que je serai de ce monde. »

« Et... Maira? » Baki avait hésité à poser la question, mais la jeune fille avait autrefois été une kunoichi sous son commandement, et il avait été partiellement responsable de ce qui lui était arrivé. Il avait été le coordinateur de l'invasion du côté de Suna, après tout. Maira n'avait peut-être pas été son élève, mais elle avait été sa subordonnée.

« Maira est un Dragon, et aucun Dragon ne cherche à se venger de qui que ce soit, tu le sais, Baki. » Répondit Iren d'une voix douce. « Par ailleurs, elle avait choisi de venir de son propre chef. Tu es au courant qu'elle est devenue mon bras droit, non? »

Baki fut surpris. « Votre bras droit? Mais elle... »

« Est une femme brave et intelligent, malgré ce qui a pu se passer. La tribu a été unanime, personne ne serait plus à même de prendre ma place. » Iren tapota sa jambe gauche. « Rien ne pourra venir à bout d'elle et de son frère Arch, Baki! Et je suis convaincu qu'en tant que ninja, tu as su faire mûrir son esprit. Je t'en suis reconnaissant. »

Baki sourit. « Je vous remercie. Nous accompagnez-vous jusqu'à Konoha? »

« Nous en avons déjà discuté tous les deux, nous venons. Nos tribus sont venues prêter main forte à vos ninjas, et elles resteront jusqu'au bout. » Assura Jhimey.

Entre temps, Gaara était parvenu à contenir ses émotions pour arborer une expression aussi tranquille que les eaux d'un lac. Le fait qu'il bouillonnait sous la surface était absolument indétectable.

Gaara s'avança et salua poliment les deux leaders. « Merci à vous, vous avez toute ma gratitude pour être venus en aide à mon peuple. »

Iren lui rendit l'amabilité, mais Jhimey lança à Gaara un regard stupéfait. Même en tant que leader, jamais il ne serait venu à l'idée à un Iifernati de saluer son oncle de la sorte. Jamais. Les Iifernatis ne se préoccupaient jamais des formalités quand il s'agissait de la famille, et même le plus timoré des Ombres de la Chouette ne se serait pas offusqué d'une étreinte affectueuse entre deux membres d'une même famille, même pour une rencontre des plus strictes et professionnelles. La situation était tout simplement... bizarre. Mais Jhimey se rappela que Gaara avait passé toute sa vie entouré de rats de la ville. Il ne devait tout simplement pas savoir comment se comporter. Ce n'était pas de sa faute.

Jhimey regarda autour de lui, quelque chose d'autre le préoccupait ici. « Où sont Kankuro et Temari? » Il n'avait pas eu l'occasion de revoir Temari depuis un bon moment.

A la mention de son frère et de sa sœur, Gaara se crispa encore davantage.

Baki soupira. « Kankuro et Temari ne sont pas là. Kankuro a quitté le pays et Temari est restée au village. »

Gaara se tourna vers lui. « Que lui est-il arrivé? »

Baki lui raconta tout. Seulement un ami de longue date aurait pu remarquer la douleur et l'effroi qui traversèrent les yeux de Gaara quand celui-ci comprit que sa sœur avait également disparu.

Jhimey, de son côté, ne cherchait pas à cacher sa peine. Il s'était en ce moment même écroulé au sol, comme s'il venait de recevoir un coup de poing, les larmes aux yeux.

Gaara le regarda, sans comprendre. Il avait du mal à saisir pourquoi cet homme étrange réagissait ainsi. Etait-ce une sorte de piège? Gaara aurait bien voulu croire en l'honnêteté de Jhimey, mais même s'ils ne se ressemblaient pas le moins du monde, il n'arrivait pas à s'ôter la voix de Yashamaru dès qu'il posait les yeux sur lui. Cette voix qui lui demandait de mourir. Et ce visage ensanglanté et dévasté.

Gaara ne pouvait s'empêcher de se demander s'il lui faudrait tuer un autre membre de sa famille.

Puis, comme souvent, Naruto débarqua pour changer le silence embarrassant en... eh bien en plus d'embarras mais moins de silence.

« Hey, vous êtes qui, au fait? Et où est Sakura? »

Baki lui fut au moins reconnaissant de lui permettre de transmettre enfin des nouvelles encourageantes. « Je lui ai demandé d'escorter les civils survivants jusqu'à votre village, où j'espère sincèrement que votre Hokage acceptera de les recevoir. »

« Oooh, connaissant Mamie, elle les accueillera sans problème! »

Jhimey scruta Naruto. « Mais qui es-tu, toi? »

« Hey! C'est moi qui ai posé la question en premier! Enfin bref, je suis Naruto Uzumaki! Le futur Hokage! »

« C'est le second du leader de la Feuille? » Souffla Iren à Baki.

« On peut dire ça comme ça. » Grommela Baki.

Naruto, de son côté, ne s'arrêta pas là. « Qu'est-ce que tu fais par terre? C'est plein de sable! »

Jhimey regarda l'étrange garçon d'un œil suspicieux. De ce qu'il en savait, les ninjas étaient d'un naturel calme et réservé, pas aussi bruyants et remuants. « Je pleure mon neveu et ma nièce, petit merdeux! » Cracha-t-il, bien trop secoué pour mesurer ses paroles.

Super. Songea Baki. Le leader d'une tribu Iifernati vient d'insulter le potentiel futur Hokage de petit merdeux. Je sens que tout ça va être... intéressant.


Pendant ce temps, dans la forêt, Ino et Tenten s'étaient rapprochées de Sakura, faisant de leur mieux pour la réconforter. Gai se massait les tempes. Choji était resté planté là, un peu perdu. Les réfugiés se contentaient de les regarder avec des yeux effarés, se demandant si tous les autres habitants de Konoha se comportaient de manière aussi étrange.

Un chakra bien connu se rapprocha enfin d'eux, et Naruto apparu à leurs côtés, suivit des shinobi de Suna et des Iifernatis, dont les chevaux progressaient péniblement entre les arbres.

« Hey! Sakura! Qu'est-ce qui se passe? Tu vas bien? »

Sakura leva les yeux vers lui. Il était vivant! Vivant!

Ce pauvre imbécile! Il lui avait foutu une de ces peurs!

Sakura se jeta à son cou et commença à étrangler le garçon qu'elle pleurait quelques secondes plutôt.

« TOI! TOI, PAUVRE NAZE! QU'EST-CE QUI T'A PRIT DE FONCER COMME CA SANS REFLECHIR! TU N'IMAGINES PAS A QUEL POINT J'AI PU M'INQUIETER! »

« Ok! Ok! Désolé! Désolé! Lâche-moi, Sakura! »

« Ah, l'amour naissant. » Sourit Katsu. « Ca me rappelle notre nuit de noce, hein, chéri? »

« Sans les cordes. » Approuva Jhimey.

« ... Les cordes? » Souffla Gaara à Maro, qu'il savait être le plus proche de lui à connaître cette partie de la famille.

« Ne cherche pas. » Répondit Maro.

« Ne t'en fais pas, Gaara. » Jhimey sourit à son neveu. « Garde ça en tête, tout ce que tu as à faire avec ta femme, c'est de mettre ton bâton dans... »

« Hep hep hep! » Katsu attrapa son mari par l'oreille. « Il y a des jeunes gens avec nous. Ne gâche pas leur innocence. »

Gaara se débrouilla pour s'éloigner discrètement des deux lunatiques. Il atterrit près de Baki.

« Tu es sûr que je n'ai pas été adopté? » Murmura-t-il à son ancien maître.

« J'en suis sûr, Gaara. »

« Et eux? »

« Non plus. »

« Merde. » La seule conclusion qui vint à l'esprit de Gaara était que sa famille éloignée était totalement et irrécupérablement constituée de cinglés.

Entre temps, Gai avait enfin reprit ses esprits et vint à leur rencontre. Super, encore une personne à qui Gaara serait forcé d'annoncer que ses protégés avaient disparus.

Gai, comme par hasard, posa de but en blanc la fameuse question à un million de yens, où étaient ses élèves?

« Je suis navré, Gai. » Répondit Gaara. « J'avais assigné Neji à la garde de mon frère, et lorsque Kankuro a quitté Suna pour trouver une solution à sa condition, Neji l'a suivi. »

Gai fixa un moment Gaara, puis ses yeux déversèrent brusquement une improbable quantité de larmes. « Neji! Quel brave petit! Il a toujours prit son travail très au sérieux! Non, je ne suis pas surpris qu'il soit resté assurer la protection de ton frère! »

Gaara soupira. Cela ne lui facilitait pas vraiment tâche. « Lee est resté à Suna, avec Shikamaru et Temari. »

A cette nouvelle, les larmes de fiertés de Gai se transformèrent en lamentations pathétiques. Il commença à gémir des paroles plus ou moins compréhensibles à propos de ses hardis jeunes gens qui finirent sérieusement par agresser les pauvres oreilles de Gaara.

Malheureusement, les jérémiades incessantes finirent par attirer l'attention du groupe, notamment d'Ino et de Tenten. Le visage de Tenten perdit des couleurs. « Lee et Neji ont vraiment disparus? » Murmura-t-elle dans un souffle. Non, impossible! Lee et Neji étaient les shinobi les plus talentueux que Tenten connaissait! Ils ne pouvaient pas disparaître comme ça. Habituée aux comportements excessifs de son sensei, Tenten alla le rejoindre et lui tapota le dos. « Calmez-vous, sensei, vous savez que tout ira bien pour eux deux. »

Alors que Tenten s'affairait à consoler Gai, Ino trépignait de fureur. « Cette putain de bimbo! » Elle parlait de Temari. « Cette garce à quatre couettes! Pour qui elle se prend pour se servir de Shikamaru comme ça! »

Je croyais qu'elle était amoureuse de Sasuke, s'étonna Sakura.

En vérité, Ino elle-même ne savait plus vraiment de qui elle était amoureuse. Elle s'était entichée de Sasuke comme toutes les autres gamines de son âge. D'un autre côté, elle avait été la coéquipière de Shikamaru depuis des années maintenant. Et Temari n'avait jamais rien fait qui puisse expliquer une telle animosité de sa part. Mais elle se surprenait à devenir irrémédiablement agressive en présence de la kunoichi du Sable, depuis la mission qui avait prouvé à quel point elle et Shikamaru étaient efficaces quand ils travaillaient tous les deux. Ino avait bien compris que Shikamaru ne la voyait que comme une amie et, pour une raison qui lui échappait, cela la faisait souffrir.

Toujours est-il que les vociférations d'Ino atteignirent les oreilles de Katsu. Avec un grognement inquiétant, la dresseuse s'approcha à grands pas et la plaqua contre un arbre. Ses prunelles, déjà typiques du clan Hyuga, venaient de s'éveiller au Byakugan, laissant apparaître des veines aux coins de ses yeux, tout comme celles de Neji et Hinata quand ils activaient leur talent héréditaire.

« Je te déconseille fortement d'insulter ma nièce en ma présence, gamine. » Gronda Katsu d'un air mauvais. « Est-ce clair? »

En temps normal, Ino n'aurait pas hésité à riposter avec ardeur, mais Gaara posa sa main sur l'épaule de sa tante et lui parla d'une voix apaisante.

« Ne commençons pas à nous battre. Nous sommes tous dans le même camp, et nous allons devoir travailler ensemble. Je n'apprécie pas plus que toi la façon dont elle traite Temari, mais ce n'est pas une raison pour nous disputer. »

Katsu grogna. « Humph, comme tu voudras. » A surprise de Gaara, l'étrange femme relâcha Ino et s'éloigna tranquillement, comme si rien ne s'était passé. Ses yeux étaient redevenus normaux.

Gai, qui avait fini par se calmer un peu, se rapprocha de Katsu. « Vous possédez le Byakugan? »

« Non, absolument pas. » Répondit-elle avec un sourire.

« Mais je viens de vous voir l'utiliser. »

« Oh, oui. Tout cela est une longue histoire. » Katsu haussa les épaules. « Notre ancêtre, Toshi, était à l'origine un membre de la Bunke. Il a fui jusqu'au désert après que la Soke ait froidement assassiné son premier enfant. Il a par la suite eu des enfants avec une femme des Aigles Chasseurs, mais mourut avant d'avoir eut le temps de leur enseigner l'utilisation du Byakugan. Tous les secrets du clan ont bien sûr disparus avec lui, le sceau maudit effaçant toute information compromettante dès la mort de son porteur. Sans personne pour l'enseigner, aucun membre de sa descendance ne fut capable de le maîtriser. »

« Je vois, quel dommage. » Répondit Gai. « Mais je suis sûr que vous pourriez apprendre à le contrôler à Konoha! Les Hyuga... »

Katsu éclata d'un rire sonore. « Oooooooh, oui, je suis persuadée que la Soke sera ravie d'enseigner l'un de leurs plus précieux secrets à des cousins qui se promènent en toute liberté! Ca tombe bien, les Dieux viennent juste de m'offrir une bouteille de leur nectar d'or idéale pour une petite bringue en famille! »

Baki soupira et leva les yeux au ciel. Il ne pouvait que vaguement deviner la position du soleil entre les branches, mais cela lui suffit pour constater qu'il commençait à se faire tard. « Nous devrions nous remettre en route. » Avant qu'une nouvelle catastrophe ne nous tombe dessus, ajouta-t-il mentalement.

Et, sans plus attendre, les rescapés reprirent leur route.

Pour un Konoha qui ne savait pas encore ce qui l'attendait.

Pauvre, pauvre Konoha.