Bonjour à tous ! Comme d'habitude, navrée du retard conséquent (je ne compte même plus) de cette suite, mais... Wow, elle m'aura tiré mon énergie, celle-là... Quoi qu'il en soit, j'ai finalement pu l'achever avant mon départ au HellFest (YEAH), et avec un peu de chance et de crises cardiaques, je pense pouvoir vous amener la fin de cette saison 2 la semaine prochaine. On y croit tous très fort.
Enfin, peu à dire cette fois, donc je vous laisse immédiatement avec la partie 2/3 du Final, bonne lecture à vous !
Disclaimer : Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadik ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient aux créateurs. Verso et ses personnages sont toutefois de mon fait.
Fin du Temps Zéro
Asali courait dans Peerasinisma, le Médaillon de la Déesse ancré dans sa paume, s'incrustant toujours plus dans sa main. Tel un fauve menacé par une astéroïde, elle guettait la moindre présence, la moindre ombre, le moindre frôlement. Autour d'elle, la végétation encore debout répondait au son de ses pas, excitant ses mécanismes de défense dès que ses pieds touchaient le sol, et ses yeux, scrutant le plus petit pixel manquaient de la rendre paranoïaque. Déjà le rassemblement sonnait et tonnait dans tout Verso, réclamant que chaque créature rejoignît le Désert d'Aremos pour "relancer le Temps". La Gardienne pouvait encore l'ignorer tant que l'assemblée n'était pas complète, mais cela n'était qu'un maigre avantage; elle ne sera jamais assez rapide... Maudits furent les ponts entre les territoires... Maudite fût la facilitation de l'existence !
Mais déjà, entre les sombres branches des arbres, le sommet de la Tour Proelys se profilait. Il fallait espérer que les Sages n'avaient pas verrouillé le bâtiment... Le paysage devint invisible sous la vitesse de la course, Asali volait presque en évitant les racines et les troncs, toute son énergie de combattante gagnée pendant le Teletamera dédiée à sa mission solitaire...
Alors qu'elle sortait de la forêt, elle bondit et dérapa, se rattrapant de justesse et sans grâce sur son bras, son genou se repliant dans un angle étrange mais insignifiant pour la tête qui guidait les membres. Les pieds pressés engloutirent sans respirer la petite plaine entre la forêt et la Tour et propulsèrent tout l'organisme dans la surface sans prendre la peine de tester l'accessibilité de l'entrée. Par chance, Asali s'enfonça dans le portail invisible au son familier et distordu. Elle avait atteint son premier objectif. Mais toujours pas le temps de s'arrêter.
Dans l'allée principale, le gouffre béant de l'Ayesee était encore grand ouvert, témoin de la croissance programmée d'Eli, avalant invariablement le vide. Mais tout juste jetée au sol, la jeune femme cibla autre chose : la petite porte en fond, représentée par un simple voile immobile et droit, sans relief ni reflet. Tout en se maintenant dans son pilote automatique, la Gardienne contourna le précipice étincelant, se jeta vers le voile et passa de l'autre côté. Pendant ce temps, au dehors, la voix de Biggy résonnait, puissante et en écho comme une prophétie millénaire :
" L'ère à venir effacera les instants perdus à jamais; ce que nous n'avons encore, nous ne pouvons l'égarer. L'avenir de Verso courra toujours en avant, les regards naturellement ne se retournent jamais sous peine de ne plus pouvoir discerner le chemin"
Non, non, non, ne commencez pas tout de suite, pas si tôt, pas si vite... Asali y était presque... Pourvu que personne n'eût remarqué son absence...
Rapidement, elle sauta sur l'interface centrale de la salle des commandes de Verso. La Déesse, dans sa grande confiance envers les Versaliennes, n'avait jamais limité son accès. Ce qui était une véritable chance en cet instant. Des câbles et des écrans s'allumèrent tandis que la pièce plongea dans l'obscurité, tout juste altérée par les serpents fluorescent et immaculés.
"Le progrès est la seule réponse à l'échec, l'isolement la seule garantie contre la trahison, et l'ordre la seule barrière contre l'égarement. Si nous ignorons tout de ce qui nous a mis à genoux, l'infante de la Déesse l'a mis à terre. Mais il convient, pour que personne jamais ne puisse nous attaquer, de nous prémunir. A ce titre, l'ennemi d'hier doit être le gardien d'aujourd'hui"
Ignorant le non-sens des paroles de Jenny, Asali tendit le Médaillon vers l'interface. Elle crut sentir le poids du monde s'envoler de sa paume quand la surface répondit à l'objet. Mais la réaction obtenue, elle, se révéla plus inattendue encore. L'interface s'enroula autour du Médaillon, l'emprisonnant dans un globe azur translucide. Il resta un long moment vide et incolore, flottant dans l'espace sans bruit ni spasme. La jeune femme, fascinée, ne bougea pas. Ses yeux ne semblaient capable que d'observer l'inattendu spectacle...
"Notre système est le seul à n'avoir pour ambition qu'une paix simple et garantie, aussi bien dans les actions que dans les pensées. Le processus naturel de notre évolution s'arrêtera de lui-même pour nous ouvrir les portes de la stabilité pacifique, vrai but de notre société et inatteignable si nous stimulons des conflits par la recherche perpétuelle de l'imprévisible..."
D'un coup, l'objet commença à descendre, très lentement, comme contrôlé par un invisible marionnettiste. Au fil de sa descente, il commença à s'obscurcir, passant de l'amarante au bistre dans un tranquille tourbillon de teintes projetant sa lumière dans la pièce sombre.
"Notre monde sera parfait, et l'immobilité sera notre garantie"
Soudain, Asali sentit quelque chose foncer vers elle en sifflant. De justesse, elle évita un globe enflammé, irradiant de rayons solaires, filant comme une étoile en perdition. Brutalement, il s'effondra sous le petit globe et explosa.
La déflagration éblouit la jeune femme alors qu'elle chuta de surprise. Le bras tendu devant elle, elle n'eut que le temps de se rattraper. Sa paume heurta le sol sans douceur tandis qu'au travers de sa peau virtuelle, la lumière lui brûlait les rétines. L'incendie l'attaquait aussi de l'intérieur... ? Elle n'osa bouger pendant quelques secondes, vacillant dans sa position précaire. Jusqu'à ce qu'une impression étrange la traversa. Littéralement. Comme si elle passait au travers du portail d'une Tour...
Asali rouvrit les yeux d'un coup et les baissa vers ses doigts. C'était... De la terre ? Que... Comment ? Et ce qui arrivait devant elle... ? Une sorte de créature, petite et ailée, la survola avec entrain, suivi d'une nuée de semblables, dans une chorale légère et sifflante. Bousculée d'étonnement, la guerrière tenta de se redresser. Un cri de surprise la secoua quand soudain sa main ne parvint à retrouver de surface... Elle était nichée dans une sorte de masse blanche, telle une fumée opaque, en permanent mouvement vers une direction inconnue. Alors qu'elle réprima sa voix, quelque chose d'étrange, de froid et d'immatériel s'engouffra dans sa gorge, remplit sa poitrine de vide et ses yeux d'eau. Elle ne reconnaissait plus son propre corps, tout son fonctionnement bousculé et chamboulé... Sa tête devint lourde, comme si l'on y avait introduit une planète, ses articulations la tiraient, son dos la lançait... Prise d'une sursaut sans douceur, elle finit par glisser de son fin support et tomba. Des lames invisibles et glacées lui vrillèrent la peau dans sa dégringolade, faisant siffler ses oreilles et intensifier l'inondation oculaire, l'angoissant davantage que l'inconnu de sa chute...
Soudain, quelque chose la heurta. Un sourd claquement pulvérisa sa colonne tandis qu'une puissante paralysie priva tous les membres de réaction. Une fois le choc passé, Asali tenta de bouger. Même si elle pouvait étendre bras et jambes, quelque chose l'entravait, quelque chose de lourd qui pesait sur elle... Et toujours pas de sol... A présent elle flottait dans une sorte d'espace intermédiaire, sombre et paralysant, faisant onduler tout ce qui s'y trouvait, y compris des êtres sans membres, dotés de gros yeux et bouches grands ouverts. Ils circulaient avec une hypnotisante fluidité, accélérant ou ralentissant, sans raison, expirant de petites bulles à chaque mouvement. Tout leur être était couverts de lumière, étincelant dans les ténèbres inquiétantes. Mais soudain, une créature plus grosse que les autres apparut. Une gueule gigantesque, béante et aspirante, entraînant dans son gouffre sans fin les éclats de lumière. Prise de panique, Asali tenta de lui échapper en battant des bras et des jambes. Mais derrière elle, tout la tirait en arrière par une force irrésistible. Elle avait l'impression de transpercer une tempête solide, de plus en plus brouillée...
Puis un doux silence s'abattit sur elle. Le contraste étonna la Gardienne, à tel point qu'elle mit quelques secondes à retrouver ses esprits. Elle sentait littéralement ses données se réordonner en elle, la privant de concentration. Les étranges sensations avaient disparu... Ce fut ce qui la ramena à la conscience.
Elle n'était plus dans l'étrange espace. Mais dans une sorte d'endroit réduit. Si réduit qu'il lui collait à la peau. Gênée, elle leva sa main et tenta de se dégager... Avant de constater qu'elle n'y parvenait pas. Elle s'acharna, tirant un peu plus fort. Mais aucun mouvement, rien ne répondait. Pourquoi... Que se passait-il encore ?
Ses yeux s'ouvrirent, la faisant sursauter. Que... Elle ne voulait pas ! Pourquoi, que... Un écran, devant elle ? Il affichait une page sombre, et un rai de lumière se posait sur la pièce, changeant l'interface en miroir coloré. Asali remarqua alors une étrange créature. Plus carré qu'elle, le visage déformé par des lignes affaissées, les yeux remplacés par de grands cercles immaculés, une étrange chevelure au bout du menton, tandis que celle du crâne était courte et usée... Qui était cet autre ? Que lui voulait-il ? Et pourquoi la fixait-il avec une expression si exsangue ?
Soudain, il leva la main et la passa sur sa tête. Aussitôt, la guerrière sentit sa propre main se redresser en parfaite synchronisation et imiter le mouvement de l'être. Elle eut soudain peur de comprendre. Non... Pourtant, la seconde suivante, l'autre baissa la tête et soupira... Alors que les lèvres d'Asali laissèrent échapper, en même temps, un léger souffle identique. Alors... Ce n'était pas une seconde personne ? Mais son reflet ? Mais.. Qu'était-elle devenue ? Etait-elle encore elle ?
... Hantait-elle l'esprit d'un autre ?
Alors qu'elle comprit sa situation, un flot de données nouvelles la submergea, tels des souvenirs d'une autre mémoire. Elle voyait défiler un monde qu'elle ne connaissait pas, des informations que Verso n'avait jamais appliqué... Des êtres différents, sortant des entrailles d'un autre pour un jour se pénétrer et ressortir peut-être un autre être ou au moins l'impression de brûler... Des choses de formes et textures variées entrant dans la bouche et glissant dans le corps... Des marteaux détruisant la tête, ou des torches enflammées dansant dans la poitrine... Et les moments d'absence, quand les yeux se ferment alors que le corps s'immobilise... Rien de tout cela ne lui était inconnu, et pourtant, quelques instants auparavant, elle n'en aurait jamais soupçonné l'existence...
Soudain, une voix lui échappa. Pa la sienne. Celle-là remuait dans sa gorge, basse, grave et épuisée. Elle se contenta d'un souffle pour commencer, profond et long, puis lâcha des syllabes sans cohérence. Comme si l'être voulait parler mais avait oublié sa propre langue. Plusieurs secondes de balbutiements gênants passèrent. La main continua de labourer la courte chevelure et le dos se raidit. Mais finalement, une phrase parvint à naître.
- Hm... Ceci sera, sans doute, la dernière entrée de mon journal. Aelita... Ma chère Aelita..."
Aelita ? Comme la Déesse ? Que... L'autre la connaissait ? L'être dans le journal, alors ?
- Il y a tant à dire... Mais le temps presse, et l'humanité ne semble décidé à le ralentir, au moins pour quelques minutes. Tu ne rateras rien, crois-moi, à ne pas connaître l'ivresse de mes semblables, la course qu'ils veulent toujours gagner... Oubliant qu'il y a une ligne d'arrivée pour tout... Sens-toi heureuse de n'avoir jamais été humaine, Aelita. Toi tu es différente. Toi tu as... Une mission. Tu es la porteuse de toutes nos informations, et je sais que toi, toi ma plus pure création, tu sauras en faire quelque chose de magnifique. Tu es notre seconde chance... Et pour m'assurer que jamais tu ne te détourneras, je t'ai implanté des souvenirs humains. Des images de la vie que tu aurais pu vivre. Je t'offre un passé, factice certes, mais qui t'aidera à t'y retrouver... On dit qu'enfant, tout est beau. C'est pourquoi, ma chère, tu n'auras que cette période enfouie en toi. Et ne t'en fais pas pour le reste, ça ne vaut pas le coup. Je t'enverrai tout ça sur ton petit paradis... Puisses-tu ne lire ma dernière confession que tardivement. Une partie de moi me murmure que tu devrais savoir, mais une autre, lancinante, mauvaise mais tentante, me susurre que pour m'aimer et chérir tes souvenirs, tu dois les prendre pour authentiques"
... Asali n'en revenait pas. Aelita, la Reine, la Déesse, créée par un de ces monstres qui avait failli avoir la peau de son peuple ? Une invention de toute pièce, basée sur du faux et drapée de mensonges ? Juste le bricolage d'une créature tout juste capable de refuser la paix par inconscience ? ... Etait-ce seulement concevable ?
Mais alors, les Versaliennes, elle-même... Eli... Toutes enfants d'un délire d'un monde en plein naufrage ? Toutes, quelque part, originaires de cette terre perdue ? Fruits de son délire fou ?
- Tout sera emmagasiné dans une même base... Un petit Coeur, une symbole de mémoire... Tu n'auras droit qu'à un visionnage, je l'ai programmé pour n'être lisible que d'une seule personne, et s'autodétruire après lecture... Personne d'autre ne le lira... Et je ne te vois pas perdre un tel objet... Alors... Tâche de ne pas trop nous haïr..."
L'être alla ajouter quelque chose, mais le mot mourut contre la langue. Quelque chose qui sonnait comme "ton père" parvint à l'esprit d'Asali, bien qu'elle n'en comprit le sens. Mais un soupir plus tard, et la dernière parole fut finalement :
- Franz Hopper. Terminé"
Yumi se figea, malgré le sol secoué de spasmes monstrueux, projetant comme des comètes les fantômes des entrailles de Verso. Dans un réflexe étrange, elle agrippa l'Apsidia, les yeux concentrés sur l'immense main sans doigts jaillissant du sol. Elle avait la teinte mélancolique du vieux bois, noirci par les incendies du temps. Des fêlures apparaissaient par endroits, témoignant d'une zone qui aurait pu être éprouvée si elle n'était pas virtuelle. Au bout de la paume, une entaille encerclant le poignet géant laissait échapper de foudroyants éclairs couleur nuit, poussant un cri terrible de tambour funèbre à chaque explosion. Alors que la forme s'abattait sur le rebord du cratère, un cône bleu pétrole perça à son tour, courbé et rabougri comme une plante desséchée, et pourtant étincelant comme une armure de glace. Il était pris de soubresauts, faisant voler dans toutes les directions sa pointe anormalement aiguisée vu la décrépitude du reste du support. Alors que le tremblement de terre s'intensifiait, l'objet dévoila sous lui quelques poils, à la teinte évoquant les restes d'une maison brûlée. Sous eux, des pupilles cauchemardesques, assez immenses pour concurrencer des trous noirs, balayaient la zone comme un ouragan, scannant tout ce qui s'y trouvait avec une rage hyperactive. Les immenses globes oculaires, dans leur mouvements, parvenaient même à provoquer des ouragans fugaces, ajoutant encore au chaos ambiant. Un nez, semblant avoir été creusé par l'assaut d'un canon, révélait un gouffre astronomique et terrifiant. Enfin, le visage fut complété par une gueule béante, avalant le menton et une partie de la mâchoire, donnant au monstre un air de marionnette incomplète. Son buste suivit, emballé dans une sorte de peau écorchée, recouvrant elle-même ce qui ressemblait à plusieurs os rassemblés ensemble. Pour terminer, de longues jambes courbées comme des branches mortes firent se dresser le monstre. Mais à la place des pieds se tenaient des sabots d'argent enroulés dans ce qui paraissaient être une mue de serpent. La tête, trop imposante, entraînait le corps tout entier en arrière, tordant lourdement l'échine de la créature, qui n'en fit que peu cas et fusillait toujours le monde du regard, sa nuque se tournant dans des angles impossibles. Il ne paraissait pas avoir encore remarqué l'intruse...
Cette dernière resta coite, incapable de décider de la marche à suivre. L'onde de choc continuait à se répandre, pesant contre la stabilité et le calme, s'acharnant à repousser les errants indifférents. Yumi luttait pour ne pas se laisser entraîner, tandis que son esprit, tout accaparé à cette tâche, ne parvenait à produire une pensée cohérente... Devait-elle attaquer ? Etait-ce le Gardien qu'elle devait affronter ? Qu'est-ce qui l'avait attiré à la surface, était-ce l'Apsidia, avait-il senti la jeune guerrière ? Mais si oui, il l'aurait déjà repérée... Ou alors la Méduse ? Elle l'aurait alerté ? Ce monstre voyait-il à travers les yeux des habitants des entrailles ? Mais...
Bouge !
Prise dans sa réflexion, elle ne vit pas l'immense tentacule se ruer vers elle tel un avion tombant du ciel. Seule l'image rémanente couleur chair qu'elle laissait derrière elle dans la vitesse put l'alerter. Le signal visuel frappa sans pitié ses réflexes, et elle se surprit à bondir en arrière sans en avoir avisé ses jambes. Entraînée par le souffle continu des mouvements du monstre, la guerrière glissa pendant un long moment avant de heurter un tas inerte de fantômes renversés. Elle tâcha de ne pas prêter attention à la patte décharnée et crochue qui lui servit de canne de fortune et se redressa. L'instant suivant, un sifflement suraigu tenta de la frapper. Yumi se jeta contre la terre en pleine convulsion. La force des spasmes contredit les membres de la jeune femme et la surprit brutalement, faisant crier ses oreilles. L'acouphène insista et s'installa, privant Yumi de tout équilibre, rendant ses bras et ses jambes aussi faibles qu'un maigre bout de tissu. Une lumière agressive et aveuglante lui parvint sur sa gauche et altéra sa vision. Elle lutta pour garder ses yeux ouverts et se traîna du mieux qu'elle put contre le monceaux de corps sans vie. Il fallait qu'elle se mît à l'abri, et vite...
Elle n'eut que le temps de voir la fissure se former que son support disparut. Le ciel remplaça le paysage devant elle. Son cri se noya dans le fracas infernal, mais ses doigts refusèrent de lâcher l'Apsidia. Son flottement sembla durer le temps d'une nuit d'insomnie. Une sorte de craquement, comme une poupée de porcelaine que l'on démembrait, se mit à chantonner un air léger et lointain, en choeur avec le son d'une roue de petite voiture tournant désespérément dans le vide. Puis soudain, le hurlement d'une avalanche s'approchant de Yumi recouvrit tout. A moins que ce ne fut le son de sa propre déchéance ? Quelques secondes passèrent, où elle ne savait plus si ses yeux étaient sur son front ou ses chevilles, si elle entendait par les oreilles ou le ventre ou hurlait par la voix ou la colonne. Mais elle put voir une chose : les pupilles du monstre, dirigées vers elle, et sa gueule béante l'observant comme un puits sans fond... Eclairé par une bulle électrique... XANA ?
Soudain, une douceur charnelle la frappa sans tendresse sur le torse et accéléra sa chute. Le poids mort la plaqua brutalement au sol. Yumi sentit littéralement ses yeux rouler dans leurs orbites alors qu'un peu de vitalité s'échappait d'elle. Sa tête bascula sur le côté. Le morceau de peau la maintint allongée, le choc garantit son immobilité. Derrière elle, le sol se mouvait à nouveau, explosant et rugissant, jetant des morceaux de pixels tel un feu d'artifice menaçant. Mais un éclair de lucidité la frappa... Et elle parvint, en un clin d'oeil, à suivre jusqu'à la source le serpent rose... Derrière le Gardien...
Yumi se jeta sur le côté dans le dixième de secondes où son assaillant la libéra. Son corps prit un angle anormal alors qu'elle se redressait maladroitement. Le violent nivellement parvint à la faire trébucher, mais elle s'écarta à temps pour ne pas être touchée. Aussitôt, elle se plaqua contre la joue du monstre. Il n'oserait l'attaquer à nouveau s'il risquait de se détruire au passage... Les yeux des deux adversaires se rencontrèrent. La marionnette géante n'avait plus pour iris qu'une boule d'éclair de colère. Il abattit ses mains contre terre, essayant de se dégager de l'intruse, mais celle-ci planta la relique entre ses pieds et s'y agrippa de toutes ses forces. Il fallait qu'elle atteignit le Coeur de Verso au plus vite... Mais comment entrer dans la gueule du monstre ? Le buste n'avait de cesse de bouger de bas en haut, trop rapidement pour qu'essayer d'escalader fût une option... Quant à y sauter... Non, inatteignable. Du moins, pas aussi facilement...
Respire, Yumi. Une solution, une solution...
Imitant son ennemi, elle sonda la zone d'affrontement. Il lui fallait un moyen de s'élever... Un support pour pouvoir se jeter dans la gueule... Elle pourrait utiliser l'amas de corps au bord de l'arène improvisée... Non, le Gardien ne pouvait se mouvoir... Et surtout, elle redevenait une cible facile, si elle s'éloignait de son poste... Tenter un tir direct ? Elle ne voyait même pas la boule de lumière, et quand bien même, elle n'aurait pas assez d'angle... Et de toute façon, les deux bandeaux de chair stationnaient devant le gouffre, comme s'ils prévoyaient les intentions de l'intruse...
Les bandeaux... Mais oui ! Si elle se débrouillait pour y grimper... Ils pourraient servir de rampe... Mais il faudrait faire vite, avant qu'ils ne la dégagèrent...
Doucement, en mesurant chacun de ses pas, elle contourna la tête du monstre, qui tenta tant bien que mal de la suivre du regard. Sa main alla heurter le sol quand elle s'extirpa de son champ de vision. Essayant de rester le plus proche possible de lui, Yumi parvint contre son crâne. Les deux serpents sortaient de deux différents cratères, juste à côté des omoplates du Gardien. Il y avait tout juste assez d'espace entre les deux pour que la jeune femme pût s'y faufiler. Mais les deux armes étaient trop verticales pour espérer y monter... Il fallait les pousser à se recroqueviller... En attaquant la seconde ? L'autre viendrait et serait obligée de se mettre au niveau de Yumi pour l'arrêter... Jouable... Il ne faudrait surtout pas rater son coup !
Tâchant de s'encourager, elle brandit l'Apsidia et le banda, ignorant la puissance de la relique qui s'employait déjà à l'envahir. Aussitôt, une flèche se dessina contre la corde et entre ses doigts, pointe ciblant déjà la tentacule. Il ne fallait surtout pas qu'elle déviât... Ne pas trembler... Et ne pas laisser l'Apsidia la dévorer...
Elle ferma les yeux, se verrouilla autant que possible, et avant d'avoir fini le décompte qu'elle avait entamé dans son esprit, releva les doigts.
L'effet fut foudroyant. La tentacule, atteinte, se dressa comme un animal blessé et claqua l'air. Le monstre redressa l'échine, Les paumes vers le ciel tandis qu'il crachait sa surprise. La réplique ne se fit pas attendre. La seconde arme se précipita sur Yumi, menaçante et colérique, et s'enfonça dans le sol. Yumi se serra contre son ennemi. Allez, replie-toi, tentacule... Encore un peu, juste de quoi remonter... Juste de quoi prendre appui...
Le serpent de chair sortit doucement du sol. Le bout énervé se profila, étincelant d'espoir pour Yumi. C'était le moment ! Elle serra ses bras autour de l'arme et se laissa hisser. Ses bras devinrent faibles alors que le mouvement, violent et imposant, s'opposait à elle, mais elle tint bon. Le monde défila et la secoua sévèrement, devenant un manège à sensations menaçant. Elle se blottit davantage sur le morceau de chair et essaya de tourner la tête en quête de son objectif. Lequel apparut rapidement sous elle. Sauter? Non... Attendre un peu... Il va se rapprocher encore...
D'un mouvement supersonique, la tentacule se confondit en convulsions en essayant de se débarrasser de sa parasite. Les jambes de Yumi valsèrent au bout de son corps, entraîné dans la danse furieuse. Il lui fallait déployer toute son énergie pour ne pas être éjectée de son support. A cette vitesse, elle aurait pu se retrouver terriblement loin du champ de bataille...
Puis l'objectif arriva en vue. Le Coeur ! Une lumière incroyablement belle, d'un blanc perçant et rassurant à la fois. Mais partant de son centre, une racine pourpre enserrait le globe stellaire. L'emprise parut si forte que le noyau de Verso semblait à deux doigts de se réduire en cendres. Une poussée d'adrénaline traversa la jeune femme. Elle ne voulait pas perdre plus de temps !
La seconde suivante, elle lâcha le bandeau et se laissa tomber. L'atterrissage se fit sans douceur sur un sol visqueux et glissant. Ses coudes lui servirent de ralentisseur alors qu'elle traversait la gueule du Gardien, emportée dans l'élan. Elle se retrouva face contre terre, l'Apsidia à ses côtés qu'elle avait dû laisser tomber dans la chute. Par chance, il l'avait apparemment suivie. A ses côtés, la lumière du noyau était presque rassurante et mélancolique, comme attendant patiemment qu'on la délivrât, sans méfiance ni crainte. Yumi ne put s'empêcher de se sentir rassurée dans sa mission. Elle faisait ce qu'il fallait... Les Sages avaient raison, il fallait se débarrasser de XANA !
Elle bandit son arc, tout son bras droit, fait de pierre et de volonté. Le manche de sa flèche était planté entre ses doigts, son oeil ne voyait plus que le centre, le noyau carmin...
Puis la pointe s'envola, tel un aigle sur sa proie, pour embraser le Coeur malade de son reflet d'argent azur. Le baiser provoqua un éclatant râle, le son allant crescendo à une vitesse impossible. Une lumière se propagea, comme si une étoile naissait en face de la jeune femme, luttant contre les ténèbres pour ne pas se laisser engloutir. Un sifflement envahit l'espace et aspira tous les autres sons qui vibraient. Tout s'intensifia, augmenta, brisa les limites du possible, sans jamais sembler à l'extrême...
Puis d'un seul coup, plus rien. Le silence revint. L'étoile s'apaisa. Le noyau parasite n'était plus.
Et tout devint immobile et gris de mort.
Yumi, plantée dans le vide laissé par XANA, mit un temps avant de comprendre. Ses doigts se mirent à trembler alors que ses idées se mettaient en place.
Gagné. Elle avait gagné. Elle avait réussi. Elle avait sauvé des vies, personne n'était mort, elle ne pouvait rien se reprocher, elle...
Last Process Activated. Ending of the Destruction Activated. Start to count now.
La voix froide et virtuelle, aux intonations proches de Hopper, glaça la jeune femme. Elle espéra avoir mal compris. Last process ? Ending ?
Un coup de tonnerre éclata derrière elle. Son esprit se figea. Son corps ne répondait plus. Tout ce qu'elle percevait était une ombre avalant la sienne.
Non... Non...
Elle se retourna, son cou presque élastique. Pour constater avec horreur que les errants s'étaient tous levés et hurlaient à en tuer l'Univers. Que la végétation se déchirait dans des sons à rendre fous. Que le sol et le ciel se brouillaient comme un mauvais signal. Que la gueule du monstre se refermait en crachant des éclairs et des étincelles.
Et l'Apsidia se désintégra entre ses doigts. Laissant la guerrière sans aucune défense.
Non !
D'un geste désespéré, propulsant en avant toute sa vie et ses instincts, elle se jeta vers la seule issue. Elle sentit la lumière baigner son visage alors que le couperet labial approchait d'elle...
- Eli !"
Il avait suffi d'un cri. D'un clin d'oeil. D'une seconde et tout avait basculé dans le Désert.
Biggy recueillit la Reine alors qu'elle s'effondrait à terre, transpercée par un râle inouï. On eut dit qu'une planète se mourait dans sa gorge. Les yeux écarquillés à l'extrême, les traits crispés et les mains serrant la patte de l'oursonne, elle avait en un instant perdu toute conscience de ce qui se déroulait. Aelita la suivit rapidement. Elle serra ses tempes comme si elle voulût les briser et leva le visage vers le ciel. Jérémie passa une main sur son dos, terrifié. Mais soudain, un ouragan noir d'encre, à l'épaisseur du sang, s'échappa de sa bouche en hurlant de mille voix à l'agonie. Sa colonne se tordit dans un angle droit, ses jambes quittèrent le sol, tout son équilibre reposait sur ses orteils raidis et au bord de la rupture. Ses spasmes prenaient l'allure d'un bug. Le génie s'écarta, repoussé par la peur et l'incompréhension.
- Que se passe-t-il ? Biggy, Jenny, Dancy... Que se passe-t-il ?!"
- Je... Je ne sais pas, je..." Balbutia Dancy, démunie. Elle se pencha sur le Passage, tournant autour à genoux, s'accrochant au bord du précipice. "La réponse doit être là, elle doit être là !"
Soudain, le Désert fut secoué par une tempête brutale. Des grains de sable volèrent en tout sens tandis que des colonnes de feu jaillirent de la terre et que le ciel se noircit, tout juste illuminés par une foule de mots chaotiques et désordonnés. On pouvait distinguer dans le bal infernal "Panic", "Attack", "Last Process" "Destruction"...
Jérémie cessa de bouger alors qu'une crainte, sourde et imposante, le changea en statue de papier. Ses yeux se figèrent sur le Passage. Pourvu que...
- Attention !"
Il n'eut pas le temps de le voir. L'instant suivant, il fut projeté en arrière. Le sol le rattrapa avant qu'il ne le comprît. Il sentit le choc le déchirer de part en part. Ses sens l'avaient quitté en un battement de coeur. Un monstre brûlant et humide s'engouffra dans son corps et s'y colla, serrant toujours plus sa peau et l'étirant.
Le génie se replia, la main inutilement serrée contre son ventre. Il se crispa, sentant pour toutes larmes de douleur la sécheresse de son être virtuel, lui refusant ne fut-ce qu'un faible soulagement. Les images s'assombrissaient dans son esprit. Il crut être dans un couloir de ténèbres. Chaque virage, chaque porte constituaient la pire des menaces. Des craquements dont il ne voulait surtout pas connaître l'origine riaient autour de lui. Des bruits de pas battaient un rythme incompréhensible, se rapprochant sans jamais l'atteindre. Le décor sautait, il passait d'une allée à une autre, se perdait dans l'endroit halluciné. Il retint un gémissement, son corps voulait évacuer le stress mais ne parvenait qu'à constater son impuissance. Quelque chose... Ou quelqu'un le piratait. Comment... Pourquoi...
Il essaya d'y voir plus clair. Les paupières froncées, il tenta de se concentrer sur un élément près de lui, mais il y voyait autant que s'il n'avait qu'un briquet pour unique lanterne. Et, de toute façon, les lieux changeaient sans arrêt, troublant le jeune homme au point qu'il dût se laisser glisser au sol pour ne pas tomber trop lourdement. Mais il avait beau insister, il ne sentait rien sous ses genoux ou ses mains... La panique le serra dans ses ailes de plomb. Il se mit à trembler, pulvérisé par l'illogisme de sa situation. Il voulait baisser les yeux pour élucider le mystère, mais il était terrifié par ce qu'il pourrait constater... Il ne pouvait se résoudre à se voir perdu dans l'inconnu et l'irrécupérable le plus total. Il redoutait trop ça, il n'osait pas, il...
Un grand coup l'extirpa de son délire. Jérémie se raidit, visage bas et expectant, arrondi comme une arche antique face à un bulldozer. Cependant il ne sentit pas d'os se briser ou de muscle se déchirer... Mais ses cellules se détruire. Il sentait ses propres cellules. Des milliards de petites billes explosant sous sa chair factice, dispersant leurs débris de part et d'autre du membre atteint... L'esprit du génie tourna aussitôt au ralenti, comme flottant dans l'air, détaché de la frénésie ambiante. Quelque chose en lui, de violent mais de familier, résonna en écho agréable mais dérangeant. Il sentait une nouvelle vie pousser contre sa peau, mais il n'était pas certain d'apprécier... Ou même de détester. Il était juste de plus en plus vide alors que cet autre être le remplaçait...
- Hypersensible, hein ?"
Cette voix... Jérémie n'eut même pas besoin de la vérifier. Il la reconnaîtrait entre mille... Et pour cause, il l'entendait dès qu'il ouvrait la bouche...
- ... Tu étais mort" Murmura-t-il, perdu mais résigné. La preuve que Solar Building et son attaque finale n'avaient mené à rien pour la mission venait de parvenir à ses oreilles. Il était vivant. Il avait survécu. Et il revenait.
- L'immobilité, ce n'est pas trop mon truc. Enfin, tu devrais le savoir. L'ennui commun... Ni toi ni moi ne parvenons à y survivre" La voix n'était ni hautaine, ni triste, ni quoi que ce fût. Juste neutre, comme s'il constatait sa blondeur. C'était un fait, rien d'autre.
Jérémie haussa les épaules, essayant faiblement de garder sa concentration sur le décor lunatique. Quoi que ce diable voulût, il ne pouvait le lui accorder. Il ne croirait aucune de ses paroles, ni même un seul de ses souffles ! Ce serait comme donner du crédit à la rage...
Un long silence s'installa, durant lequel le jeune homme refusa de se tourner vers son alter. Ce dernier ne semblait cependant pas s'en formaliser et ne tentait rien, se contentant lui aussi de rester en recul, sans un geste ni un mot. Jérémie en oubliait presque Verso, la mission dans le Coeur, la panique, l'incompréhension, la douleur... Tout ce qui l'entourait l'hypnotisait sans relâche, et ses instincts de survie étaient tout entiers dédiés à ce qui pourrait l'attaquer... Comment sortir, comment comprendre ce monde, comment...
Et pourquoi n'était-il paniqué que pour lui-même, soudain ? Et l'alerte ?
- Oui, c'est assez inquiétant. A bien des niveaux" Reprit Belpois en s'avançant tranquillement, indifférent à tout ce qui se passait autour de lui. Et force était de constater que c'était contagieux. Jérémie se sentait de moins en moins concerné par son hallucination... Elle devenait normale...
- Tu le savais..."
- Moi ? Non, du tout. J'avais d'autres préoccupations que de me soucier de l'inéluctable. A vrai dire, je m'inquiétais de ta sécurité"
Lentement, l'échine conquérante, Belpois s'accroupit devant Jérémie. Les deux faces du miroir s'observèrent. Tous les sentiments du monde passèrent dans leurs yeux, mais ni l'un ni l'autre n'amorça un mouvement. Le monde mouvant n'avait définitivement plus d'importance pour le jeune homme. Il pouvait toujours voir le décor évoluer dans les verres des lunettes de son alter, mais ça ne l'intéressait plus.
Soudain, Belpois joignit ses mains dans son dos avec un calme mesuré et se pencha en avant. Les deux fronts se jumelèrent. Jérémie pouvait presque sentir les cils de l'autre contre les siens. Un étrange sentiment de complétude malsaine l'envahit. Toute la puissance de l'univers s'entassait en lui, il était le Dieu des Dieux, marionnettiste des lois de l'Infini, pourfendeur du Bien et du Mal, Source de tous les sangs et Lumière de tous les esprits. Une Entité invincible et incontestable. Au-delà du Tout. Et rien dans sa vie ne serait jamais aussi grisant. Il entendit tout juste la voix de l'ancien maître de Solar Building quand il lui murmura avec la voix d'un colosse légendaire :
- Mes poings sont-ils fermés ou ouverts ?"
Le visage légèrement incliné, Belpois leva les pupilles vers son vis-à-vis. Il comprenait la question il avait la réponse. Elle était si évidente qu'il n'eut besoin d'y songer. Elle était aussi facile à résoudre que l'équation de tous les Mystères... Mais alors que ses lèvres s'entrouvrirent, prêtes à donner la solution de l'énigme, Belpois s'éloigna. Le monde aléatoire et ses limites remplacèrent la vision de force absolue, laissant Jérémie désemparé et vide. La douleur revint, vindicative et jalouse, plus puissante encore. Sous la pression, le génie put presque sentir le magnifique don qu'il avait entrevu s'échapper. Il ne parvenait à fermer la bouche, maintenue ouverte par le flot d'énergie qui évacuait. Mais le pire fut quand il essaya de se raccrocher à la devinette. La réponse avait disparu. Il ne la saisissait plus. Elle n'était plus.
Non, non... Pourquoi, pourquoi ? Il ne pouvait pas l'oublier, elle était le fruit de sa fugace puissance, le symbole des quelques secondes où tout lui appartenait...
Et pourquoi cela lui semblait-il si capital, d'un coup ? Pourquoi avait-il l'impression que tout reposait sur la devinette d'un ennemi juré et joueur ? Pourquoi, pourquoi lui donnait-il tant d'importance ?
Frustré et impuissant, Jérémie ne repoussa pas Belpois quand il posa sa main sur sa gorge. Il ne protesta pas quand les doigts se resserrèrent et le poussèrent à terre. Il ne se défendit pas quand il sentit sa vitalité, son intelligence et sa volonté lui échapper par les yeux, la bouche, les oreille, le nez, les pores même de ses joues... Il n'y eut que la voix de son alter, si assurée et conquérante, qui put percer le voile de perdition quand elle glissa, tel un post-it laissé sur le coussin du lit californien pour un amant lève-tard :
- Je reviendrai plus tard. N'oublie pas la question. Et la survie"
L'instant d'après, les phalanges du double saisirent la pomme d'Adam de Jérémie, creusant à même sa peau, et s'en servirent pour le soulever du sol. Dès que le crâne reposa dans le vide, il le rejeta violemment.
Tout se mit à tourner. L'avant, l'arrière, les côtés, le haut, le bas... Il crut même sentir sa propre peau graviter autour de lui. Qu'était-il devenu, n'était-il plus qu'un tas de données confuses ? Qu'est-ce que Belpois lui avait fait ?
Mes poings sont-ils ouverts ou fermés ?
Sa vue se brouilla. Les sons se distordirent. Seule l'énigme tournait, dispersant aux quatre vents tout ce qui constituait encore la pauvre victime. Pourquoi, comment était-il sensé avoir la réponse ? Sans voir Belpois ? Dépendait-il réellement et entièrement de la réponse ? Quel sens cela avait, là, en ce moment ?
Ouverts ou fermés ?
Ne pouvait-elle se faire oublier ? Ne pouvait-elle se perdre dans le brouillard de sable qui se dessinait devant les yeux de l'égaré ? Il devenait déjà assez fou comme ça...
Ouverts...
Deux coeurs à l'agonie avaient remplacé ses yeux... Il aurait voulu se les arracher... Que ça s'arrête...
Fermés...
- Yumi !"
Au travers du brouillard qui le noyait dans sa souffrance, tout ce qu'il put distinguer était une colonne de sable enflammée, remplaçant le Passage.
Voila pour cette partie 2/3, j'espère qu'elle vous a plu !
Sur ce, je retourne bosser sur la partie 3/3, vu que je tiens à la finir pour la semaine prochaine (sans ça, la suite attendra fin Juillet, et sur un cliffhanger, lol nope), donc je vous dis à très bientôt, passez de bonnes vacances ou de bons examens, bon courage à vous dans le second cas, tchaô o/
