À LA GUERRE !
L'uruk me charge, agitant son arme à bout de bras.
Je décide que celui-là je vais l'envoyer faire quelques galipettes. Au moment où il abat son long tranchoir, je m'esquive d'un pas de côté. Ramenant ma main armée vers son abdomen, je porte un coup du plat de la lame avec toute la force dont je dispose dans mon seul bras droit. Porté par son propre élan, l'uruk vient heurter mon arme avec une violence qui le plie instantanément en deux.
Je n'ai pas le temps de souffler, deux autres de ces créations de Saroumane me foncent dessus en hurlant à leur tour des cris de guerre. Alors que leur collègue tombe à genou, je lui décoche un coup de pieds qui l'envoie bouler vers mon second attaquants qui se prends les pieds dedans et s'étale de tout son long.
Je me retourne juste à temps pour parer la lame de mon troisième adversaire et parviens à dévier son coup. Je profite de l'ouverture pour lui envoyer un crochet du gauche dans la mâchoire. La douleur fuse dans ma main, mais je peux l'ignorer assez facilement. L'uruk grogne d'incrédulité plus que de douleur, mais vacille sur ses jambes. J'en profite pour balayer son pied d'appuis d'un mouvement de la jambe. Complètement pris par surprise, il bascule en avant et s'étale à son tour.
Un sifflement d'air est le seul avertissement que je perçois. Je me jette en avant et effectue un roulé-boulé qui se termine par un demi-tour à genoux me permettant tout juste de rattraper le second coup de mon quatrième adversaire. Malgré l'emploi de mes deux mains, la force de ce dernier me rejette en arrière et je me retrouve sur le dos.
L'uruk s'approche aussitôt et lève son arme au-dessus de sa tête pour m'infliger le coup fatal un cri de triomphe sur les lèvres.
Grave erreur !
Je ramène ma jambe gauche contre moi et la détends d'un coup l'instant suivant. Pile dans son abdomen. Il ne plie pas en deux comme le précédent, mais est forcé de reculer. Je roule sur le côté, rétablis mon assiette et me remet sur mes jambes. Il revient vers moi, me hurlant sa rage, et saisi son arme à deux mains au-dessus de sa tête dans l'intention manifeste de me fendre le crâne.
Je lève mon arme en biais, la poignée plus haute que la lame et laisse le tranchoir de mon adversaire glisser dessus. À nouveau, je joue sur le fait qu'il est déséquilibré et que son côté est exposé. Je ramène ma lame en position haute et continue mon mouvement tournant, l'abattant dans un bel arc de cercle sur son flanc.
Il chancèle sous le choc, mais ne tombe pas. À la place, il saisi la lame de mon arme de sa main libre et me tire vers lui.
Je ne lâche pas mon arme à temps et je le sens me planter son épaule dans l'estomac, me soulever et profiter de l'élan ainsi acquis pour me faire passer par-dessus lui.
Je me réceptionne avec peine, perdant mon arme dans le même temps et suis étourdi par le coup que j'ai pris au ventre. À quatre pattes sur le sol ensablé, je le vois dégager mon épée d'un coup de pied et me mettre le tranchant de sa lame contre le cou.
- C'est fini maître. J'ai gagné, grogne-t-il.
Un clappement de main retentit.
- Bravo Lutz ! s'exclame le magicien blanc en s'engageant à l'intérieur de l'arène d'entraînement ensablée.
L'uruk lâche son arme en bois, réplique exacte de celle en acier qu'il utilise en temps normal.
Je me relève en grognant, mes pectoraux douloureux protestant contre ce traitement.
- Tu es plus forts chaque jour, continue mon maître. Je suis fier de toi. Tu seras le premier capitaine de mes uruks, c'est à n'en pas douter.
Les autres uruks que j'ai étalés se relèvent à leur tour. Mon combat à un contre quatre n'aura au final duré qu'une petite minute. Je me frotte le ventre pour faire passer la douleur. Lutz ne se retient pas, même pendant les entraînements, et il est d'une force colossale.
Ils sont trois mille à s'entrainer du matin jusqu'au soir. Tout y passe, du tir à l'arbalète au maniement de ces grands tranchoirs à ergot. Quelques manœuvres de groupe de base et certaines plus avancée viennent compléter leur formation.
L'uruk faisant en règle général plus d'un mètre quatre-vingt de haut pour plus de cent kilos de muscles, inutile de dire que je fais un peu chétif en comparaison. Quand aux orques, ils ont l'air d'enfants mis à côté d'eux. Ils se sont retrouvés très vite à court d'enseignants une fois que les sergents orque ont eu fini de leur montrer les bases.
J'ai endossé ce rôle avec un enthousiasme mitigé. D'abords à cause de leur impressionnante carrure, ensuite parce que je n'étais pas moi-même un maître en matière de combat.
J'ai comblé beaucoup de lacunes avec des traités d'escrime et j'ai pu tester la validité des techniques et des entraînements proposés sur les uruks. J'en suis devenu capable d'affronter plusieurs ennemis à la fois avec de simples conseils trouvé dans des bouquins. Et puis, Lutz a commencé à montrer qu'il se démarquait des autres. Il n'est pas le plus robuste ou le plus fort, mais il est l'un des rares à se servir correctement de sa tête.
Depuis plus de trois mois que j'ai commencé à me battre avec les uruks à la fois pour m'entraîner et pour les préparer, j'ai beaucoup forci. Je n'en suis pas encore à les égaler en force physique brute, mais j'arrive maintenant à leur envoyer des pains qui les distraient une petite seconde. Ils sont également beaucoup plus résistants que moi à la douleur tout comme à la fatigue. Seulement, à part Lutz, aucun n'arrive à m'égaler en vitesse de réaction.
Enfin, jusqu'à aujourd'hui.
Je salue les uruks qui ont participé à l'entraînement d'un léger coup de poing gauche sur le torse. Ils me rendent mon salut avec plus de vigueur que nécessaire avant de partir vers la caverne qui leur sert de réfectoire. Je me dirige vers mon maître qui continue de s'entretenir avec son futur capitaine.
- Maître ? Dis-je d'un ton servile.
- Que veux-tu Ekaros ?
- L'entraînement est fini pour aujourd'hui. Je souhaiterais m'entretenir avec Lutz.
- Certainement. N'hésite pas à le féliciter pour sa prouesse ! C'est important qu'un maître reconnaisse les progrès de son élève.
- Je n'y manquerais pas, réponds-je en m'inclinant légèrement.
Il s'éloigne, nous laissant seul l'uruk et moi. Celui-ci grogne et se tourne vers moi, me dominant d'une bonne tête.
- Vous n'avez pas l'intention de me féliciter, me dit-il d'un ton dédaigneux.
- Tu as mérité des louanges pour m'avoir battu, mais je crois que notre maître t'en a déjà fait pas mal. Je reconnais cependant que tu te défends mieux désormais, et que tu sais réfléchir.
Il ne dit rien, mais ses yeux trahissent ce que je redoutais un peu. Maintenant qu'il a pris le dessus sur moi, il estime que je ne vaux plus la peine d'être écouté. Il le fait uniquement parce que Saroumane leur a inculqué l'obéissance à la voie hiérarchique dès leur naissance. Je l'ai déjà vu faire comme ça des dizaines de fois avec des orques puis d'autres uruks. En-dehors de certains berserkers, il ne craignait plus que moi et le magicien blanc.
Et je viens de disparaître de cette liste.
- J'ai cru comprendre que tu devais rassembler une patrouille de cent uruks et te tenir prêt à partir sous peu ?
- Oui, maître Saroumane a une mission spéciale à me confier.
Je retiens une grimace. Ce doit être le seul uruk qui ait les chevilles aussi enflées dans cette armée de monstres.
- Tu as déjà choisis qui tu allais prendre ?
- Mon groupe, le meilleur.
Je hausse les sourcils. Certes, son groupe n'est pas mauvais, mais c'est essentiellement parce que Lutz fait presque tout le boulot en sacrifiant tous ses camarades pour atteindre son but qu'il en est ainsi.
- Tu es sûr qu'ils sont prêts pour une mission spéciale ? Dis-je d'un ton soudain plus inquiet.
- Ils le seront ! me certifie-t-il avec une note de défis dans la voix. De toute façon, les uruk-hais sont nés les meilleurs. Nous ne pouvons pas échouer, alors il n'y aura aucun problème.
- Si tu le dis…
Je le laisse partir, je n'ai plus rien à lui dire. Je pense juste que même s'il est capable de réfléchir, ça ne vole décidément pas bien haut.
Enfin, j'espère qu'il ne fera pas tuer tous les uruks placés sous son commandement.
De retour dans ma chambre, j'y retrouve Jim qui s'affaire à passer son plumeau sur ma seule étagère. J'ai été surpris qu'il décide de rester, mais je n'allais quand même pas m'en plaindre.
- Bonjour Jim.
- Bonjour Maître. Garshok est passé livrer votre armure, signale-t-il en agitant son outil de travail vers une caisse posée à côté de mon bureau.
Intéressé, je soulève le couvercle pour en examiner le contenu.
Les forgerons orques ne se sont pas beaucoup éloignés de l'armure de base de n'importe quel uruk. Heureusement, j'ai au moins obtenu que la mienne soit faite sur mesure.
Avec l'aide de Jim, je l'essaie immédiatement. Par-dessus ma tunique, j'enfile un haubert de mailles à manche longue qui me couvre également les cuisses. Viens ensuite par-dessus un plastron d'armure en acier sombre qui se fixe par des sangles de cuir sur les côtés. Celui-ci est doté de tassettes pour me protéger les cuisses et d'un gorgerin qui garanti le cou. Des épaulières qui s'arrêtent juste avant l'articulation du coude viennent s'ajouter par-dessus le tout et des canons d'avant-bras protègent ces derniers. Pour protéger mes tibias, je dispose d'une paire de grèves tandis que des solerets protègent mes bottes.
Une fois complètement harnaché, je me rends compte que tout ça est extrêmement lourd.
- Par la Main ! Jim, j'ai l'impression d'avoir doublé de poids !
- Pourtant, je puis vous garantir que vous ne portez pas l'armure la plus lourde qu'il m'ait été donné de voir.
Je fais quelque pas. Le poids n'est pas trop mal réparti, mais en même temps, ce sont des orques qui ont conçu et réalisé cette armure. Je ne devrais pas me plaindre de pouvoir quand même me mouvoir dedans.
Je grogne néanmoins en tentant quelques gestes d'entrainement. L'épaisseur supplémentaire du haubert de maille m'empêche de replier complètement mes bras et me restreint dans mes mouvements. Je vais vraiment devoir m'y faire.
- Bonjour la discrétion ! Je fais autant de bruit qu'un chariot de casseroles là-dedans ! Dis-je en entendant crisser l'acier des pièces les unes sur les autres.
Jim secoue la tête à mon commentaire, l'air amusé.
- Au moins ça fait rire quelqu'un, fais-je remarquer d'un ton amer.
- Si je puis me permettre, vous devriez rappeler Garshok pour quelques petites mises au point, répond-t-il sans se départir de son sourire. Je pourrais même proposer quelques améliorations que j'ai pu observer chez moi, en Lórien.
Je hausse les sourcils à cette proposition.
- Pardon ? Serais-tu en train de suggérer de trouver un moyen de garder ton maléfique maître en vie plus longtemps ?
- Pas forcément. Peut-être que mon "maléfique maître" se croira tellement invincible une fois les améliorations apportée qu'il se jettera dans la mêlée sans protéger ses arrières.
Je lui adresse un sourire amusé.
- Tu aurais peut-être eu meilleur temps de ne pas le lui dire à haute voix dans ce cas.
- Par la Dame, suis-je bête ! S'exclame-t-il tout haut en se tapant le front du plat de la main. Encore une fois, vous m'avez eu maître, déclare-t-il d'un air faussement désolé.
J'éclate de rire.
Je ne comprends décidément pas ce gamin, mais je suis heureux de le connaître !
- C'est bon tu as gagné, dis-je après avoir réussi à me clamer. Tant qu'à mourir, je préfère encore savoir qui maudire dans mes derniers instants.
- En effet, ce ne serait pas très convenable de frapper de votre malédiction un quelconque forgeron orque anonyme, convient-il d'un ton grandiloquent.
- Au lieu de raconter des bêtises, si tu m'aidais à retirer ces foutues épaulières Jim.
- À vos ordres.
Il me faut patienter une semaine supplémentaire pour voir revenir mon armure. Elle a effectivement été améliorée et me semble un soupçon plus légère. Ce qui attire surtout mon attention, les plaques ne font plus de bruit quand elles frottent les unes sur les autres, ce qui est réellement un mieux.
Le jour suivant, Saroumane m'averti que le prince Théodred a mordu à l'hameçon. Et semble-t-il qu'il a gobé toute la ligne au passage. D'après les crébains, il remonte la piste des hommes sauvages à toute vitesse, accompagné d'à peu près sept mille cavaliers, d'un nombre indéterminé de fantassins et du redouté commandant Grimbold.
Le soir même, je suis convoqué dans les appartements du magicien blanc pour mettre au point notre stratégie. Saroumane est assis dans son trône, au bout de la grande table de bois vernie de noir où sont réunis les capitaines de notre armée. Je prends ma place, en face de mon maître, à l'autre bout de la table. Je porte mon armure pour l'occasion, et ai ceint Din'Ganar à mon côté. Contrairement à notre maître, nous sommes tous debout.
Je salue les autres hauts gradés par leurs noms en entrant.
À ma gauche se trouve Grumash, qui est à la tête des compagnies de fantassins orques et dont j'ai pus juger personnellement la loyauté. Juste après lui vient Sharkû, un orque particulièrement fourbe qui dirige le corps des éclaireurs orques. Enfin, le dernier des orques présent est Garshok, l'intendant de l'Isengard et également meneur des ingénieurs orques.
À ma droite se dresse Uglúk, en charge des tirailleurs uruks. Juste après vient Lutz qui m'adresse à peine un regard et réponds à mon salut par un vague signe de tête. Il aurait dû devenir commandant en chef des troupes uruk, mais le magicien venant de repérer le groupe d'infiltration du magicien gris, il doit partir demain à la recherche d'un semi-homme avec Uglúk et Sharkû. Il n'assiste à cette réunion qu'à but consultatif et je devine qu'il bout de rage intérieurement.
Enfin, s'il revient.
Le dernier uruk se nomme Göz et c'est lui qui assumera le commandement des uruks en attendant le retour de Lutz.
Je n'aime pas faire de favoritisme, mais je dois avouer que Göz est mon uruk préféré. Il est calme et réfléchis par rapport à ses frères et m'obéis au doigt et à l'œil. De plus, il ne cède qu'à Lutz et moi en technique de combat et s'est avéré un adversaire très réactif, même engoncé dans son armure lourde de fantassin.
- De quels effectifs disposons-nous maître ? M'enquiers-je auprès du magicien.
Celui-ci tourne sont regard vers Grumash qui se raidit dans ce qui ressemble le plus à un garde-à-vous pour un orque.
- J'ai plus de cinq mille orques qui n'attendent que vos ordres !
- Les éclaireurs sont à même de fournir plus de quatre cent cavaliers Wargs en renforts, ajoute Sharkû.
- Et je puis détacher près de six cent orques du génie pour creuser des tranchées et élever des fortifications, complète Garshok.
Saroumane se tourne alors vers Lutz qui se frappe violement le buste avant de répondre d'une voix grave.
- J'affirme que trois mille uruks sont prêts à marcher à la bataille, mois les cent que j'emmène avec moi dans ma mission.
Mon maître se tourne enfin vers moi et, d'un regard appuyé accompagné d'un geste de la main, me fait comprendre que j'ai ma réponse.
- Soit environ neuf mille combattants, dis-je après un rapide calcul mental. La marge est courte pour faire face à la redoutée cavalerie du Rohan.
- Toi qui t'entraîne à la stratégie, que proposes-tu ? me demande Saroumane.
J'ai déjà passé de longues heures à réfléchir sur les cartes de la Terre du Milieu et plus particulièrement sur celles entre l'Isengard et le Rohan. J'ai déjà l'ébauche d'un plan en tête que je m'empresse d'exposer.
- Les Gués sont le seul point au sud de l'Isengard où des armées importantes peuvent traverser l'Isen. Celui qui les contrôle dispose d'un atout stratégique majeur pour la domination de cette zone. C'est donc là qu'il va frapper, dis-je en martelant du doigt la position des Gués sur la carte.
Les orques regardent la carte et hochent la tête. Göz se contente de regarder sans dire un mot, comme il en a l'habitude. Les traits de Lutz sont tendus par une intense concentration. Il cherche la faille dans mon raisonnement. Si c'était uniquement dans le but de nous permettre de nous rendre compte des faiblesses du plan de bataille, je lui en serais reconnaissant. Mais je sais pertinemment qu'il cherche seulement à me couler au regard de notre maître.
Cependant, il finit par secouer la tête. Il n'a visiblement rien trouvé à y redire, ce qui n'est pas pour améliorer son humeur déjà massacrante.
- Excellent, me félicite le magicien blanc. Je vois que tu as déjà en partie réfléchis à la question. As-tu mis au point une stratégie pour nous permettre de tenir cette position ?
- Contre une charge de cavalerie Rohirrim ? Réponds-je pensivement. Il n'y a pas trente-six solutions.
Je me penche sur la table et fixe les autres capitaines dans les yeux les uns après les autres.
- Il faut supprimer l'avantage que leur confèrent leurs chevaux. Et pour ça je ne vois que deux méthodes : utiliser des piquiers ou des retranchements pour les dissuader de nous charger ou bien les engager à distance.
- Bien, continue, m'encourage mon maître, un sourire de satisfaction sur le visage.
Je remarque qu'il regarde fréquemment en direction de Lutz, comme s'il attendait quelque chose.
Je classe cette information dans un coin de mon esprit, je n'en ai pas l'utilité pour le moment.
- Je suggère donc que nous nous retranchions ici, dis-je en traçant avec mon doigt une courbe en demi-cercle autour des Gués. Derrière ce petit chapelet de collines.
Aussitôt, je vois le regard de Lutz s'illuminer. Et avant que j'aie eu le temps de poursuivre, sa remarque fuse, sarcastique et triomphante.
- Pour donner aux cavaliers encore plus d'élan pour fondre sur mes uruks ? C'est là tout le plan brillant que vous nous avez trouvé ?
Je me tourne dans sa direction et rive mes yeux dans les siens un léger sourire aux lèvres.
- Précisément, réponds-je en donnant à ma voix tout le mépris dont je suis capable. Je leur donne une pente à dévaler, pour leur laisser encore moins le temps de se rendre compte que nous les avons mystifiés.
Je plante mon doigt sur la carte juste sous les collines près du gué.
- Nous allons les appâter avec une pauvre avant-garde. Uniquement des orques, pour qu'ils ne se doutent pas que nos vraies forces les attendent plus loin. Pour n'importe quel général humain, ce ne sera qu'une preuve de plus de la prétendue stupidité des orques. Je suis prêt à parier que Théodred va se jeter dans la mêlée à bride abattue. Une victoire facile comme ça, qui résisterais ?
Je poursuis mon exposé en montrant les points intéressants sur la carte.
- Notre jeune prince traverse donc l'Isen pour fondre sur notre appât. En bons orques, ils vont se débander rapidement et s'enfuir vers les collines. La simple logique va jeter les Rohirrim à leur poursuite. Ils remonteront donc la pente et arriverons au sommet de la colline. Et là, ils verront un campement avec encore plus d'orques. Toujours en bon petits cavalier bien supérieurs et bien intelligents, ils vont foncer le long de la pente pour continuer le carnage. C'est à ce moment-là que nous frapperons !
Du doigt, je montre les deux points où la rivière rejoint mon arc de cercle.
- À ce moment précis, Grumash marchera avec les orques qui ne seront pas chargés de donner le change pour refermer l'étau, imité à l'autre bout par les uruks que je mettrais sous le commandement de Göz. Leur but sera de fermer les accès aux gués de l'Isen aux cavaliers qui battront en retraite et d'empêcher les éventuels renforts ennemis de venir me compliquer la tâche au centre du dispositif.
Je reviens sur le point au centre de mon arc de cercle.
- Pendant ce temps, je révélerais mes uruks et j'espère bien briser la charge des Rohirrim contre nos lancier et les défenses que je vais faire creuser et camoufler par les orques de Garshok. Pour augmenter encore nos chances, je répartirais plusieurs régiments d'arbalétriers et d'archers orques le long de nos lignes.
Je déplace à nouveau mon doigt pour pointer un petit bois un peu en arrière des collines.
- Sitôt la charge brisée, les cavaliers Wargs pourront profiter de l'effet de surprise pour jaillir à découvert et se jeter sur l'ennemis. Cette pression ajoutée à celle déjà exercée par nos troupes devrait les forcer à se replier pour se regrouper. Et là, ils tomberont soit sur les forces de Grumash ou celles de Göz. Il me suffira ensuite de remonter par-derrière pour les forcer à choisir entre trois options.
Je lève ma main libre pour montrer trois doigts que je rétracte au fur et à mesure.
- Premièrement, rester et se battre jusqu'au bout, ce qui pourrait bien leur coûter tellement cher pour le reste de la guerre qu'ils ne puissent jamais s'en remettre. Deuxièmement, tenter de retraverser l'Isen en-dehors des gués, ce qui peut s'avérer très dangereux étant donné qu'il a pas mal plut ces derniers temps et causer aussi la mort de beaucoup d'hommes pour un gain ridicule. Ou alors la troisième, tenter de reprendre l'un ou l'autre gué et repasser par celui-ci.
Je déplace mon doigt pour montrer le gué qui sera gardé par les orques de Grumash.
- Et comme les humains ne sont pas trop bêtes, ils se jetteront plus volontiers sur les orques que sur les uruks.
Je vois Grumash s'agiter nerveusement. Je devine déjà ce qu'il veut dire, mais je le devance.
- À ce stade de la bataille, nous aurons deux options devant nous.
Je relève ma main libre, deux doigts tendus et énumère ces dernières.
- La première, et la plus optimiste, serait que nous ayons causés de tels dommages lors de notre contre-charge que leur nombre ne leur permette plus de tenter une percée à travers les défenseurs des gués. J'ordonnerais alors de tenir la position coûte que coûte et de les massacrer jusqu'au dernier.
Cette fois, je vois une lueur d'intérêt sauvage s'allumer dans le regard des orques. Uglúk se laisse aller à un ricanement qui n'annonce rien de bon, imité par Garshok.
- Et la deuxième option ? demande Lutz, méfiant.
- La deuxième option est que les Rohirrim soient encore trop nombreux pour les empêcher de retraverser l'un ou l'autre des Gués, réponds-je d'un ton neutre cette fois. Dans ce cas, j'ordonnerais de leur libérer le passage et de les flanquer pour leur infliger néanmoins le maximum de dégâts pendants leur retraite.
- Et ensuite ? demande Lutz après un instant de silence. Vous allez les poursuivre et les achever, n'est-ce pas ?
Je lui adresse un regard agacé.
- Pas du tout, notre but et de prendre et tenir les Gués. Je ne vais pas gaspiller des troupes pour poursuivre les survivants. Ce d'autant plus que d'après nos renseignements, Elfhelm talonne de près son prince avec la cohorte d'Edoras. Sitôt les Gués pris, il nous faudra les fortifier pour pouvoir résister à une éventuelle deuxième attaque.
Lutz gronde, visiblement mécontent.
- Ce plan me semble parfait ! S'exclame Saroumane d'un air réjoui. Tu as mon aval pour le mettre en pratique Ekaros. Je te nomme général de mes armées et te délègue les pleins pouvoirs décisionnels sur le terrain.
Je me relève pour m'incliner dans un salut profond du buste.
- C'est un honneur, mon maître.
Saroumane se lève de son trône et signifie aux autres capitaines la fin de la réunion. Tous sortent en bon ordre. Il me fait signe de rester encore un peu et m'entraîne vers son laboratoire.
- Tu as été brillant dans ta démonstration Ekaros. Je remercie les forces de ce monde de t'avoir permis de me revenir. Cependant, je dois ajouter un objectif supplémentaire à cette bataille.
- Lequel maître ? Réponds-je intéressé.
- Le prince, ce jeune poulain fou, pourrait devenir un danger réel s'il comprend la leçon que nous allons lui infliger, me dit le magicien en arpentant son balcon dans la fraîcheur de la nuit. Je sais que mon homme à Edoras immobilise si bien le roi que ce dernier ne bougera pas. Mais le prince reste à la fois puissant et un obstacle majeur à notre victoire finale. Pour notre bien à tous, il est impératif que sa voix se taise… À jamais.
Il termine sa phrase en rivant ses yeux aux miens.
Je hoche la tête en signe de compréhension.
- Vous voulez que je m'en charge personnellement ?
- Tu comprends vite, me dit-il en rentrant.
