Désolé pour ce retard ! en espérant que ce chapitre vous plaira. Merci pour les reviews, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en penser! Prochain chapitre ? LES BERKIENS ! ^^
Bonne lecture !
LIEN INTERDIT
Chapitre XXV
Elle était de retour.
Elle était revenue le hanter, le tourmenter, le dévorer encore et encore. Elle était revenue plus forte que jamais, plus présente encore et plus douloureuse et insupportable.
La solitude.
C'était pire, pire qu'avant, pire que tout ce qu'il avait imaginé. Il a été torturé, arraché à sa famille, il a souffert le martyr, a dû survivre, a espéré, s'est effondré, à été abandonné, et s'est retrouvé de nouveau avec la solitude, en face à face. Harold avait tellement espéré ne jamais revivre cela encore une fois, et toutes ses phobies étaient réunis dans cette foutue cellule: La crainte, la faiblesse, l'obscurité, la solitude, l'impuissance.
Comment ne pas craquer après deux mois à supporter cela ?
Surtout qu'à présent, il était réellement seul. Il n'y avait plus Lissa, plus de personne sur qui compter. Il était abandonné, comme il l'avait abandonné.
La porte de l'arène s'ouvrit, le grincement strident se répandant sur les murs. Le prisonnier relevait doucement la tête, et ouvrit lentement les yeux pour voir pourtant sans surprise Sauvage arriver. L'homme ouvrit la cage et lançait le plat à l'intérieur, l'assiette glissant sur le sol avant de cogner la jambe du jeune homme. Harold ne réagissait pas, repoussant doucement l'assiette et baissant de nouveau la tête vers le sol en soupirant. Sauvage le regardait et secouait la tête, dépité.
- Tu dois manger si tu veux vivre. Et même si t'es à bout je doute que tu souhaites crever alors que ton village compte sur toi.
C'était de la psychologie inversée. Il voulait qu'il reste en vie car sans lui, il ne pouvait plus rien. Et se servir de sa famille pour excuse était dégueulasse. Le Traître sourit, et levait les yeux au ciel avant de se retourner et de partir, la porte claquant après sa sortie. Harold gardait encore un instant la tête levée, espérant l'entendre s'ouvrir de nouveau et de voir Lissa arriver.
Mais rien ne vint.
Il baissait les yeux, et vidait son esprit. Vidait son esprit de tout, de tous ses sentiments, de toutes ses souffrances, de toutes ses pensées, ses regrets, ses désirs, son âme. Il se vidait, et restait stoïque, fixant le vent les yeux vitreux en attendant, tout simplement. Les pavés prenaient d'autres formes sous ses yeux, ils changeaient de couleur, ils bougeaient parfois même. Ses illusions lui firent mal au crâne, et même l'esprit transparent, un visage lui barrait sa vision.
Lissa. Elle qui haïssait plus que tout la maltraitance, elle qui était différente des autres Traîtres, pouvait-elle lui en vouloir ?
Il eut l'esprit tellement vague, qu'il crut pendant un instant que cela fut possible. Harold fermait les yeux, et se mit alors à prier des dieux qui pour lui n'existaient plus.
Il avait besoin de croire en quelque chose. Il devait croire que Lissa reviendrait.
Car désormais persuadé que jamais il ne partirait, il voulait qu'il y ai au moins une personne à ses cotés quand il mourrait.
Quelques minutes s'écoulèrent, le silence le berçant doucement.
- Les faux-espoirs sont plus dangereux que la crainte. Tu devrais te rappeler de ça.
Harold rouvrit les yeux, et regardait face à lui. Mais son cœur s'accélérait et il fronçait légèrement les sourcils en ne voyant personne derrière les barreaux. Il était seul, et il aurait juré avoir entendu une voix. Une voix... familière. Beaucoup trop familière.
- Hey. Ici p'tit oiseau.
L'adolescent entendit de nouveau la voix, et tournait alors la tête à sa droite. Et sa respiration se bloquait au fond de sa gorge quand il le vit.
Lui.
C'était lui-même, il se voyait dans le miroir brisé, plusieurs reflets se séparant et se coupant. Son reflet était indépendant, le fixant dans les yeux comme si ce n'était pas lui. Le Harold dans le miroir était comme celui de ses cauchemars. Le Harold dans le miroir avait du sang sur le front, sur sa joue, ses cheveux étaient ébènes, sa peau était pâle et presque bleutée, sa tunique ressemblait à un tablier de boucher, ses yeux étaient rouges, et le jeune homme ne connaissait pas le sourire qu'il avait au coin des lèvres.
- Tu ne devrais pas attendre. Crois-moi. Ce serait se faire du mal.
- J'ai déjà mal. Bien trop mal, répondit Harold en oubliant que parler à lui-même était surréaliste
L'autre Harold, le Reflet, sourit.
- Je ne te le fais pas dire. Et pourtant, malgré tout ça, tout ce qui t'arrive, tu continu de croire, tu cherches en vain une raison de s'accrocher. Et ça, je ne comprends pas.
- Il faut que je trouve quelque chose, dit l'adolescent en secouant la tête, je n'aurais plus de raison de rester sinon.
- C'est bien ça le problème. Pourquoi tu veux à tout prix rester ?
Cette question rendit mal le viking. Elle était troublante, perturbante, qu'est-ce qu'elle voulait dire ?
- Je... je comprends pas.
- C'est pas bien compliqué, rit le Reflet, tu cherches une raison. Mais pourquoi ? Pour quoi faire ?
- Pour protéger mon village. Je dois garder le secret.
- Voilà la solution. Le meilleur moyen de garder un secret, c'est de l'emporter avec soi dans la tombe..
Harold gardait le silence, et le Reflet continuait de légèrement sourire, le sang coulant sur son front.
- Je peux pas faire ça... je n'ai pas le droit.
- Pourquoi ? Tu souffres assez comme ça, non ?
- Je suis un viking.. je.. ce serait devenir lâche.
- T'es pas un viking, Harold. Tu es faible, petit, sans valeur, et par dessus tout lâche. T'en a jamais été un.
Il déglutit.
- Ma famille compte sur moi. Je peux pas les laisser tomber..
- Ta famille, ne viendra jamais. Deux mois sont passé, et aucune nouvelle, aucun signe, ils t'ont oublié depuis longtemps. Jamais ils ne viendront te sauver, ils t'ont abandonner. Tu es déjà mort pour eux.
Les yeux brillants, il essayait de ne pas croire ce qu'il disait, de ne pas prendre ça au sérieux. Mais quelque chose en lui, n'était pas indifférent à ces propos. Il secouait la tête, et ouvrit la bouche en prenant une inspiration.
- Y'a.. y'a Lissa..
- Lissa ?
Le Reflet explosait de rire, son visage se perdant dans les fissures du miroir pendant un instant. Il rit encore, et secouait la tête l'air de dire « quelle naïveté.» en le regardant de nouveau.
- Tu es tellement... ignorant, crachait-il, tu crois encore qu'après ce que tu lui as fais, elle reviendra ?
Harold ne répondit pas.
- Tu espères qu'elle reviendra te voir, comme si de rien n'était ?, rit-il, tu crois qu'elle te pardonneras ?
Harold ne sut répondre, n'y arrivait pas, ne pouvait pas. La voix tremblante et les yeux qui commençaient à chauffer, il haussait les épaules avec incompréhension.
- Peut-être... peut-être qu'elle pourrait..
Cette fois-ci le Reflet ne rit pas par son ignorance, mais par pitié.
- Mon pauvre garçon.., dit-il en secouant la tête, C'est toi qui a tout gâché. Je ne crois pas que tu te rends bien compte de la situation. Tu l'as abandonné, Harold. Tu l'as trahi, tu t'es servi d'elle. Tu t'ai foutu d'elle sans penser à ce qu'elle aurait pu ressentir et tu crois sérieusement qu'elle te pardonnera ?
- Je... Je ne voulais pas lui faire du mal...
- Tu aurais dû le savoir pourtant. T'es parti, tu t'es pas retourné. Si Alvin ne t'avais pas eu, tu ne serais jamais revenu. Pourquoi elle ne pourrait pas faire la même chose ? Elle ne te pardonnera pas, laisse tomber. T'es de nouveau seul, sans rien, sans personne. Comme avant.
Harold sentit son estomac se nouer, et sa gorge se serrer. Ce qu'il disait était vrai. Affreusement vrai.
- Alors, dis-moi. Pourquoi veux-tu rester ?
Les larmes lui montaient rapidement aux yeux, et il serrait la mâchoire pour ne pas craquer.
- Autant tout arrêter. Tu as encore l'occasion de partir en héros avant de devenir complètement fou.
- Nan, fit Harold en secouant la tête de droite à gauche, Nan, j'suis... j'suis pas en train de devenir fou..
- Ah ouais ?, rit le Reflet ce qui rendit mal à l'aise l'adolescent, alors dis moi.. pourquoi tu me vois dans ce cas ? Pourquoi.. parles-tu, à toi-même ?
Harold réalisait soudainement. Il ne s'était pas vraiment rendu compte qu'en réalité, il parlait à lu-même depuis le début. Il baissait les yeux, les lèvres brisées, et une larme dévalait son visage. Il dû prendre un instant et quand il tournait de nouveau la tête vers le miroir, le Reflet avait disparu, et il se voyait de nouveau normalement. Il voyait son visage ravagé par les larmes, et la peur.
Il avait raison. Il perdait la tête, et était de nouveau seul.
Car elle était de retour.
Elle était revenue le hanter, le tourmenter, le dévorer encore et encore. Elle était revenue plus forte que jamais, plus présente encore et plus douloureuse et insupportable.
La solitude.
Le grincement strident résonnait sur les murs comme lors d'une pénitence, la porte de la prison s'ouvrant doucement avec son ombre sur le sol bougeant. Ronal et Conan s'entre-regardèrent avec le poignard et le fer rouge en mains, et s''avancèrent à l'intérieur de la cellule. Harold gardait la tête baissée, ne réagissait pas à leur arrivée.
Oui. Car depuis le début, pour la première fois, le Conquérant des dragons ne paniquait pas. Au mieux de hurler, de reculer, de se protéger avec ses bras, il ne bougeait pas, restait impassible, comme si il était endormi. Et pourtant il était bien éveiller, fixant le sol face à lui en attendant tout simplement qu'ils arrivent. Et ce manque de réaction ne laissait pas indifférent les deux Traîtres qui se lancèrent un regard avant de s'avancer un peu plus vers lui.
Même routine.
Conan tirait sur les chaînes, faisant écarter les bras du prisonnier, et Ronal attrapait déjà son bras mou en préparant la lame. Harold restait neutre, aucune expression se laissant paraître sur son visage. Ronal n'attendit pas plus, et entaillait son poignet en laissant le sang couler et tacheter le sol. Le jeune homme sifflait entre ses dents en fermant les yeux, puis ce fut tout. Conan haussait un sourcil, et gardant une main sur le crochet maintenant les chaînes en avançant la tête vers lui.
- Bah alors ? T'as perdu ta langue ?, plaisantait-il
L'adolescent ne répondit pas.
L'autre Traître haussait les épaules, et avançait le fer rouge brûlant jusqu'à la plaie. Le posant, Harold fronçait les sourcils, et ne fit que gémir longuement, sans s'arrêter. On aurait dit un dragon, un animal, une bête qui n'attendait seulement que l'on mette fin à ses souffrances.
Il aurait hurlé face à cette douleur, mais il ne fit rien d'autre que gémir. La souffrance qu'il ressentait aujourd'hui était tellement intense qu'il ne ressentait presque plus rien. Ça semblait tellement incompréhensible. Voyant que Harold ne réagissait pas plus, Ronal arrêtait et enlevait le fer en regardant Conan l'air interrogateur. Eux deux ne comprenaient pas ce qu'il se passait, et haussaient les épaules en commençant à parler entre eux, oubliant presque le Conquérant.
- Il est malade ?
- J'en sais rien
- Faudrait prévenir Alvin, non ?
- Bof, pas la peine. Faut juste un peu forcer, et peut-être..
- Tuez-moi..
Les deux hommes cessèrent de parler, et baissèrent le regard vers l'adolescent. Celui-ci ne bougeait pas, ses yeux vitreux fixant toujours le sol.
- Tuez-moi.., répétait-il la voix faible et tremblante
Ronal passait son index dans son oreille, comme si il avait mal entendu, et haussait un sourcil en regardant toujours le Conquérant l'air inquisiteur.
- Attends là, qu'est-ce que t'as dis ?
Harold ouvrit doucement la bouche, sa mâchoire tremblant affreusement, et ses yeux s'emplirent de larmes quand il clignait des yeux.
- Je.. je veux mourir..
Les deux hommes écarquillèrent leurs yeux. Ils se regardèrent un long instant, ayant du mal à comprendre cela, et Conan secouait la tête avec incompréhension.
- Bah et ta famille ? J'pensais que tu voulais les protéger..
Ils faisaient comme Sauvage. Mais ça ne servait à rien.
- ça ne sert plus à rien..., murmurait-il, je suis déjà mort pour eux..je n'existe plus depuis longtemps, je n'ai plus.. plus personne...
Il plissait d'avantage les yeux, et les larmes furent encore une fois trop lourdes à porter.
C'était la première fois que les deux bourreaux le voyaient souffrir d'une autre façon que par le fer rouge.
Ronal se raclait la gorge, et se grattait le menton en haussant les épaules.
- Ok. Nous te tuerons.
- Ronal !
- À la simple condition, que tu nous raconte tout. Que tu nous dises comment on dresse les dragons. Et on mettra alors fin à tes souffrances.
Arrêter la douleur. C'était tout ce qu'il voulait. À cette pensée, en se disant qu'il arrêterait enfin de souffrir, qu'il n'ouvrira plus les yeux sur l'obscurité, sur l'emprisonnement, sur la solitude,... il ne pouvait pas espéré mieux. Car c'était la seule façon d'arranger tout ça, et le Reflet l'avait dit: Il avait encore l'occasion de partir en héros avant de devenir complètement fou.
Mais il ne pouvait pas accepter.
Ce ne serait pas terminé en héros. Ce serait partir en lâche. Il ne pouvait pas mourir en ayant laissé derrière lui ce pourquoi il s'était battu pendant deux mois à porter de mains de ses ennemis. Il ne pouvait pas s'en aller en laissant son peuple en guerre avec les Traîtres qui sauraient dresser les dragons par sa faute.
C'était tellement douloureux, il avait l'occasion de mourir, il s'était préparé, il s'était fait à cet idée et les dieux voulaient encore le faire souffrir avant de le laisser traverser la barrière. Il secouait alors la tête, serrant les dents, et éclatait un lourd sanglot.
- Je peux pas... je peux pas faire ça..
- Mais tu peux le faire, au contraire.
- Non.. Non, j'ai pas le droit..
Les deux Traîtres soupirèrent presque à l'unisson face à son entêtement. Même au bord du sacrifice, il arrivait à leur tenir tête. Le blond soupirait avec un léger sourire au coin des lèvres, et se relevait en haussant les épaules, l'air de dire « Dommage. ».
- Tant pis pour toi. T'as eu ta chance.
Harold décrochait enfin son regard du vide, et levait les yeux vers lui avec un désespoir et une détresse incomparable. Ses yeux brillants grand ouverts, ses lèvres tremblèrent d'avantage.
-.. Quoi ?
- T'avais le choix, et t'as préféré te taire, alors... j'espère que tu supporteras cela encore un moment.
Une sensation revint à nouveau, cet horrible sentiment qu'Harold maudissait plus que tout: La peur. Il secouait la tête, et Conan se relevait à son tour en laissant les chaînes bloquées par le crochet.
- Non, non vous pouvez pas me laisser, vous pouvez pas..
- Faire quoi ?, rit Conan, on est des Traîtres, notre job c'est de te faire souffrir et de récolter des informations. Et je vois que ce qui te fais souffrir ce n'est plus la torture. Mais la vie.
La vie a toujours été injuste avec lui, la vie ne lui a causé que des fardeaux. Elle lui a volé une mère, lui a volé une enfance, lui a volé l'amour de son village, la fierté de son père, la liberté, et même un futur et un avenir.
Ce n'était pas la solitude, ce n'était pas l'obscurité, ce n'était pas la différence.
C'était la vie, qui lui avait tout prit.
- Je vous en supplie, ne partez pas, vous devez me tuer, vous devez le faire..
Les deux Traîtres sourirent, et s'écartaient du prisonnier en se dirigeant vers la porte en barreaux ouverte.
- À la prochaine, p'tit oiseau !
- Non ! S'il vous plait !, dit-il au bord de l'hystérie, TUEZ-MOI !
Ils rirent, fermaient la porte derrière eux, et sortirent de l'arène sous les hurlements désespérés du pauvre viking désarmé. Cela ne servait à rien, se disait-il, la vie n'en avait pas finit avec lui. Il arrêtait alors de hurler, et sanglotait alors.
Car les larmes étaient sans doute les dernières choses qui lui restaient.
