Chapitre 25 : Teddy

Une vibration intense, des bruits tout aussi forts, une sirène, une série de chocs et des voix lointaines. Tout entoura Draco d'un coup alors qu'il s'éveilla brusquement. Il tenta d'ouvrir les yeux, mais s'en trouva presque incapable et la brûlure qu'il ressentit en essayant le convainquit de renoncer. Il pouvait sentir qu'il était allongé et dans le chaos qui semblait l'entourer, l'idée qu'il ait pu être dans une ambulance lui traversa l'esprit.

Il n'y avait pas de douleur, pas en tant que tel, rien qu'un inconfort, mais ce dernier était tellement envahissant que la douleur eut peut-être été préférable. Il ne pouvait bouger, mais en même temps, tout son corps lui semblait en mouvement, projeté d'un côté et de l'autre et retenu par quelques sangles. Un nouveau choc. Il aurait pu paniquer, mais il en était également incapable, se trouvant d'un coup si épuisé qu'il ne pensait plus qu'à dormir. Les bruits se faisaient désormais plus lointains, comme si son cerveau les jugeait désormais dépourvus d'importance.

Un souvenir se faufila un chemin jusqu'à sa conscience et ce fut tout ce qui lui emplit l'esprit. De vieilles images, l'écho d'émotions qui lui avaient emplis la poitrine, jadis. Il se souvenait d'un certain jour de juillet. Il se rappelait la fébrilité qui voyageait comme un courant électrique en lui. Une excitation qui ne lui ressemblait pas et une angoisse qui elle lui était familière. Et il se laissait envahir, ayant renoncé depuis un moment déjà à tenter de les calmer.

Assis sur le canapé faisant face au foyer, il avait essayé de s'intéresser à la Gazette du sorcier ouverte sur ses genoux, mais cela faisait déjà plusieurs minutes que ses yeux ne s'étaient pas posés sur le journal. Il avait soupiré et jeté de nouveau un regard à l'hideuse horloge qu'Harry avait insisté pour garder et qui était posée sur le manteau de la cheminée.

Onze heures.

Harry était parti depuis plus d'une heure. Il avait regretté de ne pas l'avoir accompagné, finalement. Mais il s'était dit, pour une raison qui lui échappait à présent, que ce serait peut-être mieux ainsi, sachant que sa relation avec Andromeda n'était pas des plus aisée malgré la fin de la guerre. Cela changerait, cependant, au fil des années qui suivraient, même s'ils ne deviendraient jamais proches.

N'y tenant soudain plus, il avait replié la Gazette d'un geste brusque et s'était levé. Harry avait semblé déçu qu'il ne vienne pas avec lui. Interprèterait-il cela comme un manque d'engagement de sa part dans ce qui serait désormais leur nouvelle vie? Cela causerait-il une autre querelle entre eux? Il avait pincé les lèvres, agacé d'être ainsi affecté malgré lui par ce qui aurait dû lui être égal. Ses pensées s'étaient dirigées vers Pansy et ce qu'elle lui répétait trop souvent pour qu'il en fasse fie, il n'avait pas à rendre les armes à tout coup devant Harry de peur que ce dernier l'en aime moins.

Il avait repoussé avec agacement les paroles de son amie. Elle avait tort, ce n'était pas comme ça entre Harry et lui. Il savait qu'il pouvait prendre sa place, c'était seulement que les choses lui importaient moins qu'à Harry et qu'il n'aimait pas qu'ils se disputent. Il savait qu'il n'aurait pas de difficulté à tenir tête à son petit-ami lorsqu'il s'agirait de choses importantes. Vraiment? Comme aujourd'hui, tu veux dire? l'avait nargué la voix de Pansy. Ça n'avait rien à voir! C'est vrai qu'aujourd'hui était un jour important qui changerait indubitablement leurs vies, mais il était d'accord lui aussi… C'est sûr que ce n'était pas quelque chose qui venait de lui, c'était le désir de Harry, mais il le voulait lui aussi. Ou, du moins, c'est ce qui faisait le plus de sens. Et puis, parfois la vie imposait des choix et il fallait vivre avec. Et voilà tout.

Onze heures et quart.

La fébrilité s'était muée en impatience. Mais que faisaient-ils? À trop attendre voilà que cela devenait un terreau fertile pour une foule de pensées parasites qu'il n'aurait pas eu s'il les avait tout simplement accompagnés. Il s'était retenu de remonter une fois de plus à la chambre qu'il avait redécoré pour l'occasion. Non, inutile, tout était parfait, il le savait pour l'avoir revérifié jusqu'à ce que cela relève d'un trouble obsessionnel compulsif. Tout se passerait bien. Il fallait que tout se passe bien.

Onze heures vingt.

Il avait sorti son cellulaire de la poche de son jeans et avait jeté un œil à l'écran pour voir, sans surprise, qu'il n'avait pas reçu de message de Harry. Mais il n'avait pas eu le temps de se tracasser davantage, Merlin merci, que le son familier de la cheminette s'était fait entendre et l'instant suivant, Harry en était sorti maladroitement, un jeune enfant dans les bras. Ça y était.

Draco était resté quelque peu figé, mais s'était presque aussitôt repris et s'était approché d'eux, les lèvres tendues dans quelque chose s'apparentant à un sourire figé qui trahissait sa nervosité. Mais le sourire lumineux de Harry lorsqu'il avait fait un pas vers lui, avait apposé un baume sur son anxiété et lorsqu'il avait fait à son tour un pas vers eux, il s'était sentit déjà plus léger. Même s'il ne parvenait pas encore complètement à réaliser que dorénavant, Teddy Lupin vivrait avec eux.

Harry avait déposé l'enfant âgé de tout juste deux ans par terre et ce dernier s'était aussitôt tourné vers Draco, un sourire timide sur les lèvres. Ils se connaissaient pourtant, ils s'étaient vus à de nombreuses reprises, notamment dans la dernière année, depuis que Harry et Draco avaient fini leur huitième année à Poudlard et que Harry avait intégré l'académie des Aurors. Harry avait toujours été très présent pour son filleul, lui rendant visite chez sa grand-mère fréquemment, mais, également, le gardant lorsqu'il était disponible ou l'amenant faire toutes sortes d'activités dans lesquelles Draco se joignait souvent à eux.

Mais l'enfant semblait deviner que ce jour était différent et que cela changerait à jamais la relation qui existait entre eux. Tout comme Draco, il en ressentait un étrange serrement au creux de l'estomac qui n'était ni mauvais ni bon, seulement ce qu'on ressent lorsqu'au bord d'une falaise, on contemple l'eau plus bas avant d'y sauter. Et Draco se reconnut dans cette hésitation et c'est à ce moment-là qu'il sentit quelque chose le lier profondément à cet enfant. Quelque chose qui ferait en sorte qu'un lien auquel il ne se serait pas attendu se tisserait entre eux. Il n'était pas le parrain de Teddy et si on cherchait vraiment à trouver ce genre de lien entre eux, on pouvait découvrir qu'ils étaient, en vérité, cousins. Mais ce titre était aussi vide de sens que la réelle relation qui naîtrait en eux aurait un infiniment plus profond.

Mais à ce moment-là, Draco n'aurait pu encore le deviner.

Il se souvenait parfaitement de la première fois qu'il avait vu Teddy, ce dernier n'était alors âgé que de quelques mois. C'était lors du premier diner chez les Weasley auquel il avait été convié, c'était dans l'été suivant la fin de la guerre. À ce moment-là, tout le monde était au courant pour Harry et lui et pour le rôle d'espion qu'il avait joué pendant la guerre, mais cela n'empêchait pas malgré tout, certains de le traiter avec une certaine froideur. Il avait dit à Harry qu'il n'était pas obligé de l'accompagner à ce diner, qu'il ne le prendrait pas mal, qu'il comprenait qu'il soit difficile pour les Weasley de le côtoyer sachant que sa tante avait tué Fred. Mais Harry avait insisté et il avait cédé.

Lorsqu'ils avaient passé la porte du Terrier ce soir-là, Draco avait senti un poids se déposer sur ses épaules. C'était la première fois qu'il voyait la maison des Weasley et il ne pouvait faire autrement que de se rappeler toutes les choses méchantes qu'il en avait dit il n'y avait pas si longtemps. Et il ne pouvait s'empêcher de penser que certaines étaient vraies ce qui ne fit qu'augmenter son malaise.

Il avait suivi Harry dans la cuisine où s'affairait madame Weasley, mais elle s'était aussitôt interrompue à leur arrivée, les ayant sûrement entendus approcher. Elle était seule dans la cuisine, les autres devaient être ailleurs dans la demeure, ils étaient en retard. Madame Weasley s'était tournée vers eux et s'était figée un instant, ses yeux examinant Draco qui s'était retenu de détourner le regard. Il se doutait de tout ce qui devait passer dans son esprit à elle le concernant et savait trop bien que ce n'était que par amour pour Harry qu'elle acceptait de le recevoir chez elle. Il s'était senti honteux de s'imposer ainsi à cette mère en deuil, souhaitant avoir tenu tête à Harry et n'être pas venu.

Mais, contre toute attente, Molly s'était directement avancé vers lui et lui avait doucement pris le visage en coupe. C'était un geste emplit d'une telle tendresse qu'il s'était senti complètement désemparé. Une tendresse comme il n'en avait jamais connu, si ce n'était entre les bras de Harry et, même-là, c'était entièrement différent qu'il n'aurait même su en faire un parallèle. C'était le geste d'une mère à son enfant, quelque chose auquel il n'aurait pas dû avoir droit de sa part, pas après tout ce que sa famille avait fait à la sienne, pas après les mots qu'il avait un jour prononcé à son endroit, pas alors qu'il n'avait rien fait pour la mériter, tout au contraire. Il s'était pourtant tenu droit et grande devant elle, se forçant à subir, comme un châtiment, cet amour qu'il aurait été plus facile de rejeter que d'accepter.

Son cœur s'était serré douloureusement et alors qu'il luttait comme si sa vie en dépendait pour ne pas s'écrouler purement et simplement devant elle, elle l'avait pris dans ses bras et il s'était laissé aller contre elle. Harry n'avait pas semblé saisir toutes les émotions qui assaillaient son petit-ami et s'était contenté de lui adresser un sourire alors que Molly relâchait son étreinte et le prenait à son tour dans ses bras. Et quelques instants plus tard, lorsqu'ils s'étaient rendus dans le salon pour voir le reste de la famille, Hermione, Andromeda et Teddy y compris, ça avait été presque trop pour lui.

C'était si loin de tout ce qu'il avait connu jusque-là que s'en était écrasant. Si bien qu'il avait trouvé un réconfort dans le regard inhospitalier que lui avait jeté Andromeda davantage que dans l'accueil des autres, au moins, il s'agissait là d'un sentiment auquel il savait faire face. Et lorsque Harry qui avait pris son filleul dans ses bras lui avait présenté le nourrisson, il n'avait pas osé le prendre contre lui et aucun des encouragements de Harry à le forcer n'avait pu le convaincre de le faire. Il n'en avait pas le droit, tout simplement.

Et ce passé, pas si lointain, rejouait pour lui seul derrière ses paupières closes alors que l'ambulance filait à grande vitesse dans les rues de Londres.


Harry, debout dans un coin du salon, une tasse de thé qui refroidissait lentement entre ses mains, observait le chef des aurors, Matthew Holloway, accompagné de l'auror George Fox lancer une série de sort dans les diverses pièces de la maison. Ça faisait un peu moins d'une heure qu'ils étaient là et ils n'avaient toujours rien trouvés. Par les grandes fenêtres donnant sur la rue devant l'immeuble, le soleil commençait tout juste à se lever et Harry se souvenait de peu de nuits qui lui avaient parues aussi longues.

Pour la première fois depuis qu'il avait dû arrêter sa formation d'auror, il n'éprouvait pas de pincement au cœur en voyant ses anciens collègues. Peut-être sa psychomage avait-elle raison, peut-être serait-il en mesure de faire ce deuil et de passer à autre chose.

Son téléphone portable vibra dans la poche arrière de son jeans et il le sortit pour jeter un œil à l'écran. C'était Hermione qui lui demandait s'il avait des nouvelles. Depuis ce qui s'était passé entre eux un peu plus tôt, elle n'avait cessé de lui envoyer des messages pour soi-disant lui demander des nouvelles, mais il savait que c'était une manière de lui montrer qu'elle était désolée et qu'elle était tout aussi inquiète que lui du sort de Draco.

Il tapa rapidement sur l'écran un « non » et remis l'appareil dans sa poche tandis que George Fox, l'auror qui faisait équipe avec Holloway pour le moment s'approcha de Harry, un sourire timide sur les lèvres. Harry et lui s'étaient toujours bien entendus et avaient souvent fait équipe ensemble. Fox était dans la jeune quarantaine, mais sa personnalité bon enfant et parfois naïve donnait l'impression qu'il était beaucoup plus jeune que cela.

-Tu tiens le coup?

Harry s'apprêta à mentir en disant que tout allait bien, mais la sincérité dans le regard de l'auror l'en empêcha. Il haussa les épaules.

-Je n'ai pas trop le choix.

-Et Teddy?

-Il est chez la mère de Ron, répondit simplement Harry.

-Ok, mais comment vit-il cela? La disparition de Draco? Ça n'a pas dû être facile à lui expliquer pourquoi son père n'est pas là, précisa George.

Harry soupira et prit une gorgée de son thé devenu froid. Les questions de son ancien collègue ne portaient aucun blâme sur lui, mais pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable de la manière dont il avait laissé Teddy chez Molly. Sans le vouloir, les propos de l'autre homme lui faisait réaliser qu'il aurait dû être auprès de celui qui était comme son fils, que l'absence de Draco devait être aussi terrible pour lui qu'elle l'était pour lui-même. D'autant plus qu'il ne pouvait comprendre réellement de quoi il en retournait. Il devait retrouver Draco, mais il devait également prendre soin de Teddy.

-Si ça ne te fait rien, George, je n'ai pas vraiment envie d'en parler.

-Oh, ok! Je comprends. Y'a pas… y'a pas de soucis, je suis désolé si…

-Non, non, c'est correct, c'est juste…

-Non, je comprends, c'est bon! l'interrompit l'auror en levant les mains, mal à l'aise à l'idée d'avoir été indiscret. Je…

Ils furent interrompus par Ron qui pénétra dans la pièce, suivit de près par Alice Stuart.

-Le porte était débarrée, dit Ron en guise d'explication.

Le regard de Harry alla de son meilleur ami à l'auror en charge du dossier de la disparition de son petit-ami, leurs mines sérieuses ne laissaient rien présager de bon. Alice demanda à Fox de les laisser seule et referma les portes doubles derrière lui, les laissant seuls dans le salon. Cette fois, Harry sentit un poids se place au creux de son estomac, redoutant ce qu'ils allaient lui annoncer.

-Harry, je lui ai dit que Draco s'était rendu au manoir Malfoy cette nuit, dit Ron sans perdre un instant.

-Pourquoi ne m'avoir rien dit? demanda-t-elle aussitôt sans laisser le temps à Harry de réagir à l'aveu de Ron.

Harry se sentit respirer de nouveau, soulagé que ce ne fut que cela. Il les invita à s'assoir, mais Alice déclina l'offre d'un geste de la main et répéta sa question.

Harry hésita.

Il allait le dire aux aurors. Il savait que c'était une information importante, qu'elle permettrait peut-être d'assembler les morceaux du casse-tête et de retrouver Draco. Mais effectivement, lorsque Holloway et Fox s'étaient présentés devant lui plus tôt, même s'il avait pensé à leur dévoiler cette information, il ne l'avait pas fait. Et maintenant qu'il prenait la peine de réfléchir aux raisons qui avaient motivées cette décision, il réalisait qu'il n'y en avait qu'une seule et qu'elle découlait des propos tenus plus tôt par Hermione.

-Je craignais que vous ne vous fassiez des idées sur Draco.

Alice Stuart l'observa un moment comme si elle tentait de voir s'il disait ou pas la vérité, puis elle acquiesça lentement.

-Je comprends.

Il leva les yeux vers elle, surpris.

-Ça ne signifie pas que je suis d'accord, mais je comprends, ajouta-t-elle. Et je pense que pour le moment, cette information ne devrait pas être connu de tous, en fait, je vais me rendre moi-même au manoir de ta belle-famille avec Ron pour investiguer.

Il fronça les sourcils à la mention qu'elle préférait garder cette information secrète et ses questionnements redoublèrent en voyant Ron lancer un regard appuyé à sa supérieure, comme s'il tentait de lui rappeler qu'elle avait omis de dire quelque chose. Cette dernière se croisa les bras et sembla hésiter un moment avant d'ouvrir à nouveau la bouche.

-Il y a autre chose, également.

Mais elle s'interrompit, hésitant une dernière fois avant de se décider à parler.

-Et je ne veux pas que tu sautes aux conclusions, parce que ce n'est encore rien de sûr, mais c'est ce qui explique mon désir de garder cette dernière information sur Draco secrète. Harry… il se peut que tu ais eu raison concernant les deux employés du Ministère.

Harry haussa un sourcil, profondément étonné de ce changement de cap, mais il ne dit rien pour ne pas l'interrompre.

-Ron et toi êtes les seuls qui soyez au courant. Avant que Draco ne soit aperçu à Gringott's, comme nous n'avions aucune piste, j'avais pris la décision de repasser tous les éléments de l'enquête un à un. Qui plus est, quoi que tu sembles en penser, j'ai toujours pensé que tu étais une excellent recrue et même si au moment où tu m'as exposé tes doutes sur ces deux individus, j'ai rejeté avec un peu trop de force ce que tu disais, parce que tu étais tellement émotif et que nous n'avions absolument aucune preuve pour soutenir de près ou de loin tes suspicions, et bien, ça m'est tout de même resté en tête. Alors, avant de partir du bureau, je me suis dit que peut-être que je devrais les questionner à nouveau, tout comme j'avais l'intention de réinterrogé madame Malfoy et tous ceux qui auraient peut-être pu, même sans le savoir, détenir une info qui nous permettrait d'avancer. Alors, j'ai demandé à ce qu'on me sorte leurs coordonnées et qu'on les mette sur mon bureau, pensant que je ferais le tout le lendemain. Sauf que lorsque je suis rentrée au bureau cette nuit, après avoir envoyée l'équipe, j'ai vu que mon adjointe avait mis le dossier sur mon bureau et qu'il y avait une note sur le dessus. Les adresses des domiciles de ces deux hommes n'existent pas. Je me suis dit que c'était peut-être une erreur, alors j'ai fait la recherche dans la base de données des employés du Ministère et là encore, les mêmes adresses factices. Et j'ai pu voir que leurs adresses avaient été changées un mois avant l'attentat au Ministère, à la date même à laquelle avait été annoncée la date de la tenue de l'audience concernant la libération conditionnelle de Lucius Malfoy.

-Suspect, commenta Harry.

-Oui, c'est le moins qu'on puisse dire, ajouta Ron.

-Et leur ancienne adresse?

-Elle a été effacée du dossier, répondit Alice. Mais pour l'instant, c'est tout ce que je sais, mais c'est suffisant pour susciter ma méfiance, parce qu'il est certain que les seules personnes qui ont accès à ces dossiers internes et qui sont en mesure de les modifier sont des gens travaillant au sein du Ministère.

Même si Harry était convaincu depuis un moment que ceux qui en voulaient à Lucius et très certainement à Draco étaient associés d'une manière ou d'une autre au Ministère, en obtenir ainsi la confirmation était choquant.

-Et ces faux aurors qui ont enlevé Draco…

Elle haussa les épaules.

-C'est possible, peut-être étaient-ils sous polynectar, mais je te rappelle qu'ils étaient trois, or cela signifie qu'il y a au moins une autre personne d'impliquée et vraiment, je vois difficilement en quoi tout cela est lié, même si, comme toi, j'en suis presque convaincue. Mais tu n'es pas sans savoir que j'ai besoin de preuves pour faire quoi que ce soit et mis à part des adresses inventées, je me retrouve un peu dans le vide ici. Si seulement on pouvait parler à Draco…

Le son de quelqu'un cognant à la porte les interrompit et Alice invita la personne à entrer. C'était Holloway. Les trois autres échangèrent brièvement un regard, une question suspendue entre eux et la réalisation qu'il était désormais trop tard pour y répondre. Devraient-ils le mettre dans le secret? La question n'était non pas de savoir s'ils lui faisaient confiance ou pas, car chacun d'eux connaissait Holloway depuis plusieurs années et Alice davantage et ils lui faisaient parfaitement confiance. Néanmoins, ils ignoraient comment il réagirait s'il lui confiait leurs soupçons, d'autant plus qu'ils n'avaient pas encore de preuve de nature à obtenir un mandat et encore moins une arrestation.

-Nous avons terminé ici, aucune trace de…. commença-t-il, puis il s'interrompit en voyant Ron et Alice. Stuart, Weasley, je ne savais pas que vous étiez également ici.

-Nous venons tout juste d'arriver, Weasley fait équipe avec moi pour la journée et j'avais quelques questions pour Harry, monsieur.

Il hocha la tête, mais son regarda se fit plus perçant pendant une fraction de seconde. Harry avait travaillé suffisamment avec lui pour savoir que cela signifiait qu'il se doutait qu'on lui cachait quelque chose. Néanmoins, il n'en dit rien et reprit la parole.

-Comme je disais, nous n'avons trouvé aucune trace de la magie de monsieur Malfoy ici, en fait, aucune trace magique récente n'a été trouvée non plus. S'il est venu ici, il n'a pas utilisé la magie. Qui plus est, Harry n'a rien vu qui sort de l'ordinaire, qui plus est, les clés de leurs coffres respectifs à Gringott's sont toujours ici. Mais ça ne signifie évidemment pas qu'il n'est pas venu ici…

-Les clés sont ici? dit Ron en fronçant les sourcils.

-Oui, elles étaient rangées à leur place, dans la console de notre chambre, répondit Harry en sortant les clés de sa poche pour les montrer à Ron. On imagine donc que ce n'est pas dans l'un de nos coffres que Draco a été fouiller. Ses kidnappeurs l'ont donc envoyé fouiller dans un autre coffre, mais les gobelins refusent de nous dire lequel, prétextant qu'il s'agit là d'une information confidentielle au plus haut point et malheureusement, la loi leur donne raison sur ce point.

-Ce n'est donc pas une rançon ou de l'argent que Draco a été chercher à Gringott's, conclut Ron.

-Effectivement, dit Alice en hochant la tête.

Évidemment, ils n'avaient aucune idée de ce que Draco avait dû aller chercher ainsi dans un coffre à Gringott's, mais cela n'augurait rien de bon. Selon son expérience personnelle, les objets dont Harry savait qu'ils avaient été gardés dans des coffres dans la banque pour sorciers étaient la pierre philosophale et la coupe d'Helga Poufsouffle et ces objets n'avaient rien apportés de bons dans sa vie. Il se doutait bien que si des gens mal intentionnés avaient pris le risque énorme de laisser aller Draco pour que ce dernier se rendre chercher Merlin seul savait quoi dans un des coffres de Poudlard, c'était que cet objet était soit immensément précieux, soit terriblement puissant ou les deux. Et à la manière dont Ron regardait Harry, des pensées similaires devaient se former dans son esprit.

-Si ça ne vous fait rien, je dois retourner au manoir, la mère de Draco m'y attend, j'ai compris que vous aviez des questions pour elle, également, vous pourriez donc m'y accompagner, invita Harry en s'adressant à Alice et à Ron.

Cette dernière saisit la perche tendue.

-C'est une bonne idée. Chef, je n'ai pas d'ordres à vous donner, mais je suggère, comme vous avez terminé ici et que nous n'avons pas d'informations supplémentaires pour le moment d'en profiter pour prendre une pause, peut-être. Je pense notamment à vous, Fox, je sais que vous travaillé depuis hier matin. De toute façon, pour le moment, c'est tout ce qu'i faire, en espérant que les autres équipes aient trouvé quelque chose.

Encore une fois, le regard perçant du chef des aurors se posa sur eux, analytique, mais, une fois de plus, il ne fit aucune remarque.

-Très bien, pour ma part je ne suis pas fatigué et je vais rentrer au bureau, comme vous n'êtes pas sans l'ignorer, d'autres dossiers attendent sur mon bureau. Fox, rentrez chez vous, beau boulot. Stuart… je vais vous rappeler ce que vous avez dit un peu plus tôt aux autres : personne ne fait cavalier seul, nous sommes une équipe.


Lorsque Lucius ouvrit les yeux, il était seul dans une chambre, étendu dans un lit et la lumière du soleil emplissait la pièce peinte dans des tons de bleue. Il savait exactement où il se trouvait. Dans cet hôpital moldu où on l'avait amené après l'accident. Il se souvenait de tout, puisqu'il était demeuré conscient après l'impact. Il avait tenté de prévenir Draco, mais ce dernier n'avait pas vu la camionnette foncer sur eux et Lucius n'avait rien pu faire dans les quelques instants précédant la collision. Sa tête avait violemment heurté la fenêtre de la portière, mais, étrangement, le choc avait été moins fort qu'il aurait normalement dû l'être.

Néanmoins, l'impact l'avait sonné et ses souvenirs étaient un peu diffus, car il ne se souvenait pas avoir attendu avant que des moldus en uniforme n'arrivent sur les lieux, comme s'ils avaient transplané sur place dès l'instant de l'accident. Mais il avait bien conscience que c'était impossible. Il ne se souvenait que de Draco, inconscient à ses côtés, le visage ensanglanté et puis, soudain, la seconde d'après, d'un moldu en uniforme ouvrant la portière de son côté alors que des phares éclairaient la scène ainsi que diverses lumières de toutes les couleurs qui clignotaient autour d'eux.

Le moldu lui avait demandé quelque chose et, encore sous le choc de l'impact, Lucius avait aussitôt tenté de se lever, mais des mains fermes l'avaient maintenues en place. La camionnette avait foncé dans le devant de la voiture, du côté du conducteur et la seule chose qui occupait l'esprit de Lucius était son fils. Il devait voir un médicomage, il devait l'amener à Sainte-Mangouste, immédiatement. Il avait dû dire quelque chose à voix haute, car le moldu qui le maintenait assis lui répondit qu'ils s'occupaient de son fils et de demeurer immobile, mais il tenta à nouveau de bouger. Il ne pouvait pas demeurer ici, Draco avait besoin de soins, il avait besoin de lui.

Un autre homme s'approcha de lui et ils l'étendirent sur une civière tandis que Lucius, trop étourdi pour offrir une réelle résistance, se débattait tout de même vainement. Il leur cria, leur ordonna de s'occuper de son fils et non de lui, mais ils ne l'écoutaient pas. Il reprit ses esprits peu à peu dans le transport qui le menait à l'hôpital et à chaque fois qu'il tentait de parler, le moldu en uniforme qui était assis près de lui lui intimait d'une voix douce, mais ferme de se calmer et de demeurer allongé.

Il se souvenait de l'arrivée dans ce qui était vraisemblablement un hôpital moldu. Toute sa vie, Lucius s'était tenu aussi loin que possible de la société moldue à laquelle il ne s'était d'ailleurs jamais intéressé. Comment était-il possible d'avoir de l'intérêt pour quelque chose qui était inférieur en tous points à sa propre réalité? La société moldue était arriérée si on la comparait à la société sorcière. Quant aux moldus eux-mêmes, il valait mieux ne même pas s'y pencher. Et lorsqu'il passa les portes de l'hôpital, il se dit qu'il était en plein cauchemars, entouré de moldus et de leurs soi-disant technologies qui n'arrivaient pas à la cheville de ce qu'il était possible de faire en employant la magie.

On lui passa plusieurs examens au cours desquels tout ce qui sortait de sa bouche en réponse aux questions posées étaient des questions concernant son fils. Il se laissa faire plus qu'il n'obtempéra réellement alors qu'ils le manipulaient et apposaient sur lui leurs instruments tout aussi archaïques que ridicules, acceptant de demeurer à cet endroit uniquement car il savait que Draco y serait de toute évidence amené d'un moment à l'autre.

C'est alors qu'il avait entendu une série de pas rapides et de voix et qu'il s'était redressé pour voir passer sur une civière Draco, toujours inconscient, un large pansement imbibé de sang sur une partie de la tête et du visage, il était entouré de plusieurs moldus dont un qui semblait donner des ordres aux autres et qui était vêtu d'un étrange manteau blanc.

Lucius avait alors tenté de se lever, ne portant plus aucune attention aux moldus qui l'entouraient. Il devait voir son fils, il devait l'aider, l'amener où il pourrait être soigné par des médicomages compétents et non pas par ces moldus incultes. Alors qu'il essayait de se lever, la tête lui avait tournée, mais il n'en avait pas fait de cas, cependant les membres du personnel de l'hôpital affairés autour de lui avaient poussé de hauts cris et lui avaient ordonné de se recoucher. Il n'y avait pas fait attention et, la seconde suivante, il avait senti un pincement douloureux dans son bras et il s'était aussitôt senti sombrer dans l'inconscience.

Il ignorait combien de temps exactement avait passé, depuis, mais le soleil était haut dans le ciel et cela en soit était un indicateur que cela devait faire plusieurs heures.

Il tourna la tête pour voir ce qui l'entourait, mais une douleur épouvantable se fit sentir dans son cou et il s'immobilisa aussitôt, le souffle court. Le choc de la collision avait dû le blesser au cou. Il inspira lentement et entreprit à nouveau de se tourner, très lentement, en utilisant tout le haut de son corps plutôt que son cou et il parvint à voir qu'il y avait un autre lit dans sa chambre, mais qu'il était inoccupé.

La porte de la chambre était grande ouverte et une série de bruits de toutes natures lui parvenaient du couloir. Il ne mit pas longtemps avant de voir quelqu'un passer d'un pas rapide devant sa porte sans un regard pour lui, bientôt suivie d'une autre personne vêtue de cet étrange manteau blanc qu'il avait vu un peu plus tôt sur un de ces moldus. C'était sans doute l'uniforme des médicomages moldus.

Doucement, il se redressa dans son lit et constata qu'il ne portait plus ses vêtements. On l'avait vêtu d'une sorte de jaquette d'un vert immonde. En bougeant, la douleur se fit de nouveau sentir dans son cou et sur le côté gauche de sa tête, là où elle avait heurté la portière. Il sentit également un inconfort sur le dessus de sa main gauche et constata avec horreur qu'une série de tuyaux en sortaient et qu'un liquide, sans doute une sorte de potion, s'écoulait en lui. D'un geste brusque, il tira sur les tuyaux et ceux-ci s'arrachèrent douloureusement de sa main. Il ignorait quel était l'effet de cette potion, mais mis-à-part son mal de tête et la douleur à son cou, il se sentait normal.

Il posa un pied par terre et entreprit péniblement de se lever. Il devait absolument trouver Draco et ensuite, ils devaient partir d'ici au plus vite. L'image de son fils sur cette civière s'imposa à lui et il espéra que ces barbares de moldus n'avaient pas empiré son état avec leur médecine primitive.

Il sortit de la chambre et vit aussitôt un comptoir derrière lequel était assis une femme d'une cinquantaine d'années, un peu rondelette, dont l'uniforme et la carte d'identité épinglée à sa poitrine indiquaient qu'elle occupait un travail quelconque dans cet endroit. Elle leva les yeux du dossier ouvert devant elle lorsqu'il arriva devant elle et elle fronça aussitôt les sourcils, choquée.

-Monsieur Malfoy, vous n'auriez pas dû vous lever ainsi! Et votre perfusion? Mon dieu, mais vous saignez! s'exclama-t-elle en tentant de tendre la main vers la sienne pour examiner de plus près la blessure qu'il s'y était faite en arrachant la perfusion, mais il retira vivement sa main à son examen.

-Comment connaissez-vous mon nom? demanda-t-il aussitôt avec méfiance, observant la moldue en se demandant s'il était possible qu'elle eut un lien avec le monde magique malgré les apparences.

-Et bien… nous ne savions pas exactement, mais nous avons déduit que vous deviez être le père de monsieur Draco Malfoy, vous vous ressemblez tellement, répondit-elle d'un ton se voulant chaleureux, sans doute pour tenter de l'apaiser.

Mais cela ne sembla pas le calmer, au contraire.

-Vous connaissez mon fils? dit-il d'une voix suspicieuse en plissant les yeux.

-Non, enfin… il a été admis ici cette nuit, comme vous, suite à l'accident que vous avez subi et nous avons pu l'identifier avec… et bien… avec son permis de conduire, j'imagine... Ce n'est pas moi qui aie fait son admission. Mais n'êtes-vous pas le père de monsieur Malfoy? répondit la femme, décontenancée par l'attitude de l'homme devant elle.

Ces moldus connaissaient le nom de Draco et ils savaient qu'il était son père, ce n'était qu'une question de temps avant que le Ministère ne les retrouve et, surtout, ceux qui les poursuivaient. D'ailleurs, c'était presque étonnant qu'ils ne soient pas déjà là. Peut-être que la communication entre les hôpitaux moldus et le Ministère ne la magie n'était pas aussi avancée que celui entre d'autres institutions.

-Où est-il? demanda-t-il sans prendre la peine de répondre à sa question.

Cette fois, le visage de la femme se radoucit.

-Il… il est en salle d'opération, monsieur, mais ne vous en faites pas, c'est miraculeux, vraiment, mais il n'a qu'un poumon perforé, une légère commotion et un bras cassé, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi résistant. Tout comme vous, d'ailleurs… À croire qu'une force supérieure vous protège tous les deux, vous devez certainement être de bonnes personnes pour être ainsi dans les faveurs du Seigneur, sourit-elle.

Il lui jeta un regard où l'incompréhension se mêlait si subtilement au mépris qu'elle ne se rendit compte de rien. Et il prit alors conscience que ses inquiétudes à l'idée d'être retrouvé par le Ministère n'avaient plus leur place dans la situation actuelle. Draco était blessé, il avait besoin de soins, il devait être vu par un médicomage. Ces moldus n'avaient aucune idée de comment le soigner, il devait être amené à Sainte-Mangouste, même s'il savait que cela voulait dire que les aurors l'arrêteraient dès l'instant où il poserait le pied dans l'hôpital pour sorciers. Il n'avait pas le choix et il devait espérer qu'ensuite, il parviendrait à trouver une solution à tout le reste.

-Mon fils ne peut pas rester ici, je dois le voir immédiatement.

Le ton était froid, sans appel et le sourire de la femme moldue se fana légèrement. Elle repoussa une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

-C'est impossible. Comme je viens de vous le dire, il est présentement en train de subir opération, répéta-t-elle lentement, comme si elle n'était pas certaine qu'il eut entendu la première fois, après tout, il était peut-être encore sous le choc de l'accident.

-Et bien, arrêtez tout, je dois le voir et nous devons partir! Je refuse que l'un d'entre vous pose ses pattes sur lui! Ce n'est pas un endroit convenable pour lui, j'exige qu'il soit transféré immédiatement à l'établissement Sainte-Mangouste! exigea Lucius avec emportement.

Cette fois, le visage de celle qui était en réalité une infirmière se rembrunit. En trente ans de carrière, elle avait de nombreuses fois fait face à des patients difficiles et elle pouvait se montrer d'une patience presque infinie, mais elle ne tolérait pas qu'on lui manque de respect et certainement pas qu'on hausse le ton à son endroit.

-Sachez qu'on ne tolère aucune violence verbale ou physique dans cet hôpital, monsieur Malfoy. Je comprends votre inquiétude pour votre fils, mais ce n'est pas une manière de vous adresser à quiconque. Maintenant, je vous demande donc de regagner votre chambre et de vous y reposer en attendant que le médecin vienne vous voir à nouveau. Quant à votre fils, comme je vous l'ai dit, il est en salle d'opération et si cela ne vous dit rien, sachez au moins ceci, cela signifie que non seulement il ne sera transféré dans aucun autre établissement immédiatement, mais qu'en plus, l'opération se continuera jusqu'à ce qu'elle soit terminée et qu'il n'y a absolument rien que vous puissiez faire pour l'empêcher. Je vous promets une chose, néanmoins, c'est que dès que celle-ci sera terminée, nous vous en aviserons et que lorsqu'il sera en mesure de recevoir des visiteurs, nous vous en aviserons également. Et si jamais ce message n'est toujours pas clair, je demanderai aux agents de sécurité de vous l'expliquer plus clairement. Est-ce que c'est ainsi que nous allons devoir procéder ou avez-vous bien compris ce que je viens de vous dire?

Elle le fixa sans broncher, attendant. Il serra les dents. La situation serait toute autre s'il avait une baguette en cet instant, il lui ferait payer son insolence à son endroit et elle regretterait amèrement son attitude. Mais il n'avait pas de baguette et, dans l'accident, il n'avait aucune idée de ce qui était advenue de celle de Narcissa qui était en la possession de Draco.

-Avez-vous bien compris? répéta-t-elle en se levant de sa chaise pour lui faire face avec plus d'aplomb.

Lucius la jaugea du regard, puis il soupira, conscient qu'il ne pouvait rien faire de plus pour le moment et, surtout, qu'il n'obtiendrait rien d'elle.

-Quand cette opération sera-t-elle terminée? demanda-t-il, la mâchoire tendue par la colère qu'il tentait de taire à son corps défendant, se disant que ce n'était que partie remise entre eux.

Elle ne lui répondit pas et il réalisa qu'elle attendait toujours qu'il lui réponde. Il pensa à Draco qui était en train de subir Merlin seul savait quelles horreurs aux mains de ces moldus et au fait qu'il ne pourrait pas lui venir en aide si ces gardiens dont elle avait fait mention l'enfermaient quelque part. Il n'espérait qu'une chose, que les médicomages soient en mesure de corriger les erreurs que commettaient sans aucun doute les moldus en soignant Draco et que cela ne laisserait pas de séquelles chez lui. Après tout, qui pouvait savoir à quels genres de procédures de sauvages ces moldus se vouaient.

Il soupira.

-Oui… j'ai compris, se força-t-il à dire, la mâchoire tendue. Maintenant, pourrais-je savoir quand l'opération de mon fils sera terminée.

Elle le fixa encore un moment, puis elle se rassit et tapa sur le clavier posé devant elle, les yeux fixés sur un écran lumineux. Une minute passa avant qu'elle ne relève les yeux vers lui, si bien qu'il cru pendant un moment qu'elle ne lui répondrait jamais.

-Ils devraient avoir terminé d'ici deux heures, maximum et ensuite, il sera amené en salle de réveil. Selon moi vous devriez pouvoir le voir en fin de journée.

-C'est beaucoup trop long!

Le regard de la femme se fit de nouveau sévère et le regard qu'elle lui lança indiquait qu'il s'agissait d'un ultime avertissement le concernant. Il détourna les yeux pour tenter de se calmer, il n'avait qu'une envie, lui lancer une volée d'insultes à défaut de pouvoir lui lancer un maléfice. Mais il avait encore besoin d'elle.

-Je dois contacter mon épouse.

-Bien sûr, dit-elle en prenant le téléphone posé devant elle et en le mettant un peu brusquement sur le dessus du comptoir pour lui donner accès au clavier. Vous n'avez qu'à faire le neuf avant de composer le numéro.

Il regarda le téléphone et fronça les sourcils comme si elle venait de lui tendre quelque chose de complètement incongru.

-Son nom est Narcissa Malfoy, née Black.

L'infirmière posa cette fois un regard circonspect sur lui.

-D'accord, dit-elle simplement avant de reporter son attention sur le dossier ouvert devant elle.

Lucius soupira et se racla la gorge pour attirer son attention. Elle leva les yeux de nouveau vers lui, agacée.

-C'est que je n'ai pas l'habitude de telles… choses, dit-il en désignant le téléphone comme s'il s'agissait de quelque chose de particulièrement répugnant.

Elle fronça légèrement les sourcils.

-De telles choses, répéta-t-elle sans comprendre.

-Oui, répondit-il du bout des lèvres.

-Vous n'avez pas l'habitude de… téléphoner, dit-elle lentement.

-Oui, c'est cela…oui.

Silence.

Voulant sans doute se débarrasser de lui au plus vite, elle saisit le combiné et le regarda comme si elle attendait quelque chose de sa part.

-Quel est son numéro? demanda-t-elle avec impatience au bout de quelques secondes.

-Quel numéro?

-Son numéro de téléphone.

-Oh, je l'ignore.

-Évidemment, ironisa-t-elle.

Il serra la mâchoire si fort qu'il sentit ses dents grincer les unes contre les autres. Et alors qu'il pensait que ça y était, qu'il ne pourrait plus se retenir et que d'une seconde à l'autre, il allait tout simplement lui sauter à la gorge, une très jeune femme vêtue du même type d'uniforme, sauf que celui-ci affichait un motif de licornes et d'étoiles de toutes les couleurs s'approcha d'eux d'un pas joyeux, un large sourire sur les lèvres.

-Monsieur Malfoy, vous êtes réveillé! Oh, mais vous ne devriez pas être debout, aviez-vous besoin de quelque chose? Est-ce que Marlene vous a dit pour votre fils? Il va bien, il est en salle d'opération pour le moment, mais tout va pour le mieux. C'est vraiment incroyable que vous alliez si bien tous les deux après cet accident, c'est presque un miracle, n'est-ce pas Marlene? Moi, je ne crois pas trop à ces trucs-là, mais faut dire que c'est quand même étonnant que tous les deux vous vous en soyez tirés avec si peu de blessures, l'ambulancier m'a dit que votre voiture était complètement écrasée, ils ont dû utiliser les pinces de désincarcération pour sortir votre fils de là. Et t'as vu, Marlene, les deux ont le même tatouage sur l'avant-bras, c'est tellement cool! Vous devez être très proches. Mes parents n'accepteraient jamais de se faire tatouer, eux et je ne me vois pas partager ça avec eux non plus…

Lucius baissa les yeux brièvement vers sa marque des ténèbres avant de les reporter sur l'infirmière. Si seulement elle savait…

-Oh, et j'allais presque oublier avec tout cela, nous avons pu avoir les informations concernant votre fils sur son permis de conduire, mais nous n'avons pas trouver votre portefeuille, alors j'ai quelques questions pour vous. Mais avant, il faudrait que vous retourniez dans votre chambre.

-Écoutez… tenta-t-il, mais elle continua.

- Woah! Mais qu'est-ce que vous avez fait à votre perf'? Ça ne va pas du tout… quel gâchis! Allez, venez avec moi, je vais vous nettoyer tout ça et vous la remettre, non mais on a pas idée de s'arracher ça comme ça… À quoi avez-vous pensé?

-Mademoiselle, je…

-Oh! Mais j'oubliais presque, j'imagine qu'il y a des gens que vous voudriez contacter pour les informer que vous êtes ici. Vous savez moi, je parle, je parle, je ne m'arrête pas à moins qu'on m'arrête, rit-elle en cachant son sourire derrière sa main.

-Justement, parvint-il enfin à dire. Je désire contacter mon épouse.

-Oh! J'imagine, oui. Elle doit être morte d'inquiétude à l'heure qu'il est! C'est pour ça que vous êtes venus au comptoir? Vous savez que vous avez un téléphone dans votre chambre?

-Il n'a pas son numéro et … tenta d'intervenir la prénommée Marlene, mais elle fut presqu'aussitôt interrompue par sa collègue.

-Mon père est comme ça, lui aussi, incapable de se souvenir d'aucun numéro, même si on lui pointait un revolver sur la tempe, rit de nouveau la jeune femme. Mais je crois qu'on a le téléphone cellulaire de votre fils dans ses affaires, il a certainement le numéro de sa mère dans ses contacts, non?

-Je… je ne sais pas à vrai dire.

-Et bien, y'a pas de soucis, je vais aller le chercher et nous allons vérifier, mais avant, retournez dans votre chambre, je vous y retrouve, dit-elle en s'éloignant, un grand sourire sur les lèvres.

Sans un regard pour l'autre, Lucius tourna les talons et retourna dans sa chambre.


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Je crois que cela fait longtemps que je n'ai pas écrit quelque chose qui m'a autant amusé que le passage concernant Lucius dans l'hôpital moldu. J'espère que cela vous a plus également.

Merci de me lire, de me suivre et de commenter,

xxx

Harley