CHAPITRE 25
Victory and Defeats

Lily avait fui cette nuit-là. Elle avait pris ses jambes à son cou, terrifiée par cette réalité qu'elle n'avait jamais envisagé si ce n'est dans ses pires cauchemars. Elle avait passé des années à se convaincre qu'elle le haïssait en vain. Elle n'y était même pas parvenue lorsqu'il avait poussé Severus à bout ce jour-là près du lac, entrainant la fin de leur amitié. Savoir qu'elle était parvenue à se faire détester de la personne qu'elle aimait le plus au monde était insupportable. Elle était en colère contre lui et contre elle-même. Elle lui avait donné des centaines de secondes chances. Ne pouvait-il pas en faire de même ? Son amour pour elle était-il donc si

fragile ?

Elle avait toujours été agacée par le fait qu'il était de notoriété publique qu'il était celui qui l'aimait le plus. Il en fallait, d'après la coutume, toujours un. Dans chaque couple, l'un des deux était celui qui aimait davantage. Lily avait toujours trouvé cette idée stupide dans son fervent besoin d'égalité. Le fait qu'il eut exprimé ses sentiments le premier plutôt que de les refouler comme elle n'était en aucun cas une preuve à ses yeux. Mais elle avait fini par se résigner. James gagnait toujours. Elle se souvenait d'en avoir parlé avec lui. Il avait bien évidemment un point de vue différent du sien à ce sujet. Ils n'étaient jamais d'accord sur rien de toutes manières. Pour lui, il n'était pas le gagnant mais le perdant. Il serait celui qui serait le plus blessé si les choses tournaient mal. Elle comprenait aujourd'hui ce qu'il avait voulu dire par là. Elle avait perdu.

La défaite était cuisante. Elle s'était donc réfugiée dans son appartement, pour lécher ses plaies tel un animal blessé. Elle s'était retranchée chez elle, comme un soldat qui aurait déserté. Elle était un déserteur. Viendrait-on la chercher ? Serait-elle condamnée ? Une part d'elle voulait qu'il la cherche. Qu'il la trouve. L'autre craignait que le verdict ne soit sans appel. S'il la quittait… Son cœur se serra douloureusement à cette pensée. Une voix lui rappela qu'il avait dit l'aimer mais l'amour ne suffit pas toujours.

Elle sursauta en entendant des coups à sa porte. Elle se saisit de sa baguette, sur ses gardes. Il était peu probable que des mangemorts prennent la peine de frapper avant d'entrer mais la prudence était de mise en toutes circonstances désormais. Ils étaient en guerre et les coups bas étaient monnaie courante, elle ne pouvait exclure la possibilité d'une nouvelle « méthode » pour les piéger.

– Qui est là ?

– C'est moi.

Il était là. Il était venu la chercher. Elle se précipita vers la porte, s'arrêtant une fois la main sur la poignée. Elle avait failli oublier la procédure. Rien ne prouvait que la personne derrière la porte n'était pas sous polynectar ou n'avait pas imité la voix de James à l'aide d'un sort. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que la magie compliquait tout. Les guerres moldus n'étaient pas aussi complexes. Personne ne pouvait vous faire boire une potion qui vous ferez tout avouer. C'était la plus grande crainte de l'Ordre. Maugrey s'était néanmoins inspiré des moldus pour y remédier. Une minuscule potion à boire en cas de capture. La mort était instantanée. James avait révoqué cette pratique. La mort n'était pas une option pour lui et encore moins une solution.

– Lily ?

– Oui…

– Tu dois me poser une question, lui rappela-t-il avec impatience.

– La dernière chose que tu m'aies dite.

– Ne m'oblige pas à répéter ça.

– C'est la procédure.

Elle l'entendit jurer doucement. Elle était probablement masochiste. C'était la seule explication plausible et qui justifierait sa demande. Pourquoi aurait-elle demandé une telle chose alors que ses plaies étaient encore béantes de la dernière valve qu'il avait déchargée sur elle. Elle recula, son instinct de survie lui rappelant qu'elle n'avait pas réchappé à la mort pour se détruire mais elle n'eut pas le temps de se réfugier où que ce soit, les mots lui parvenant distinctement à travers le battant de la porte.

– Je ne t'ai pas pardonné. Je t'aime mais une part de moi… te détestes.

– Va-t'en… murmura-t-elle brisée.

– Lily…

– Je t'ai dit de partir ! hurla-t-elle cette fois.

Elle savait pertinemment qu'elle n'avait aucun droit d'être en colère et cela la rendait d'autant plus furieuse, effet secondaire de la frustration qui en résultait. Elle était celle qui l'avait quitté. Elle était celle qui l'avait abandonné. Elle aurait dû en accepter les conséquences mais elle en était incapable. Elle était convaincue qu'en d'autres circonstances, elle lui aurait pardonné. Elle l'aurait aimé. Pour toujours. Elle ne l'aurait pas détesté.

– Si j'avais été à ta place… commença-t-elle mais elle fut interrompue.

– Oui mais tu ne l'es pas.

– J'ai dit si !

– C'est ça le truc Evans, dit-il, sa voix bien moins assurée laissant enfin transparaitre à quel point il était brisé… tout autant qu'elle. Tu ne m'aurais jamais détesté. Tu m'aurais pardonné. Tu m'aurais aimé. Mais moi tu vois, je ne t'aurais jamais quitté.

Elle étouffa un sanglot, sa main devant sa bouche.

– Pourquoi j'ai aussi mal si tu es celui qui a perdu ? lui demanda-t-elle, laissant coulé ses larmes sans faire mine d'ouvrir la porte.

– Tu ne te souviens pas ? demanda-t-il avant de poursuivre sans attendre sa réponse. Notre dernier jour à Poudlard. Il y avait une sorte de guerre des sexes à cause d'une dispute entre Sirius et… Elle.

– Et Marlène, le reprit-elle.

– Et Marlène, répéta-t-il. Sirius a dit que tu avais perdu parce que tu m'avais embrassé…

– Je me souviens.

– Tu te souviens de ce que tu lui as répondu ? l'interrogea-t-il.

– Que je n'avais pas perdu parce que tu avais gagné parce que… tes victoires sont les miennes, termina-t-elle.

– Il semblerait que le contraire fonctionne aussi. Mes défaites sont les tiennes.

Alors elle avait perdu aussi… Restait à savoir quoi. Elle ouvrit la porte prête à faire face aux conséquences de sa lâcheté et de sa trahison. Une part d'elle ne put s'empêcher de penser qu'une punition qui apparaissait sous les traits de James n'en était pas vraiment une. Elle pria néanmoins. Elle voulait que ses victoires continuent d'être les siennes. Elle voulait même des défaites. Elle voulait qu'ils continuent à être une équipe.